L’Histoire de France tome II/Passage du Tagliamento

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L'histoire de France tome II
Passage du Tagliamento




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La paix signée avec Rome décidait le maintient de la paix avec Naples. Bonaparte n’avait plus à s’occuper que de l’Autriche. La campagne s’annonçait dans les plus belles conditions et pour lui et pour la France. L’armée d’Italie, qu’une suite de victoires sans exemple animait d’une confiance illimitée en elle-même et en son chef, était devenue irrésistible. Nos deux armées d’Allemagne n’étaient nullement ébranlées par une double retraite, l’une honorable, l’autre victorieuses, qui n’avaient entamé ni leur énergie ni leur discipline. Reposées et renforcées, elles ne demandaient qu’à se reporter en avant. Elles aussi, comme l’armée d’Italie, elles avaient foi dans leurs chefs. Moreau avait grandi aux yeux de son armée de Rhin et Moselle, dans la dernière partie de la campagne. Quant à l’ancienne armée de Sambre et Meuse, elle avait maintenant à sa tête, non plus Beurnonville, mais le général Hoche : C’est tout dire !

Ces deux armées comptait, au printemps, l’une 60.000, l’autre plus de 80.000 hommes, et les Autrichiens n’avaient plus en tout à mettre en ligne devant elles qu’environ 80.000 hommes. L’archiduc Charles, comme Würmser l’année d’avant, mais dans des circonstances bien autrement périlleuses pour l’Autriche, avait été rappelé des bords du Rhin avec une partie de son armée ;il était chargé de défendre, non plus l’Italie mais les états héréditaire d’Autriche, sur lesquels Bonaparte allait fondre du haut des Alpes.

Le succès était infaillible et décisif, si nos trois armées se concertaient et attaquaient tous ensemble.

Mais, alors, Bonaparte n’aurait pas toute la gloire à lui seul. Hoche savait, comme lui, porter des coups foudroyants. On pouvait s’attendre à voir sur le Danube des journées dignes de celles de l’Adige et du Mincio.

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Bonaparte était prêt ; les autres, Moreau surtout, ne l’étaient pas. Bonaparte avait des raisons très spécieuses pour entrer immédiatement en campagne. Il recevait, dans les premiers jours de mars, la plus grande partie d’un puissant renfort que lui avait promis Carnot. Moreau, avec un louable désintéressement avait choisi dans son armée, qui avait beaucoup souffert, ce qui restait dans le meilleur état pour l’envoyer en toute hâte à Bonaparte : 20.000 excellents soldats arrivèrent du Rhin sur l’Adige avec un général de grand mérite, bernadotte. Bonaparte avait donc ses renforts. L’archiduc Charles n’avait pas les siens. L’archiduc, accouru les confins de la Vénétie et du Tyrol, ne pouvait recevoir avant trois semaines 40.000 hommes détachés des armées autrichiennes du Rhin.

Cette avance de trois semaines était capitale pour l’ouverture des opérations. Il n’était pas douteux que Bonaparte ne culbutât les débris d’armées qu’allait lui opposer l’archiduc ; mais, après les premiers succès, Bonaparte pouvait se trouver compromis, s’il marchait sur Vienne avant que nos armées du Rhin fussent en mesure de lui donner la main ; ou, tout au moins, s’il maintenait son avantage et si l’Autriche se résignait à traiter avec lui, les conditions de la paix seraient évidemment beaucoup moins avantageuses à la France que dans le cas ou l’Autriche serait accablée, écrasée, sous nos trois armées réunies.

Ces considérations n’arrêtèrent pas bonaparte. Il ne vit que l’intérêt de sa gloire.

Il se lança en avant.

Il avait tous les avantages : les premiers soldats du monde contre des recrues, et, pour la première fois, même le nombre : il avait plus de 60.000 hommes en ligne. L’archiduc eût pu du moins avoir une bonne ligne de défense dans des pays de montagnes ; mais le cabinet de vienne lui avait imposé un plan défectueux. On l’avait obligé de couvrir la route de Vienne par le Frioul, au lieu d’occuper les positions bien plus fortes du Tyrol de façon à prendre Bonaparte en flanc et en queue dans sa marche, ou à lui opposer un front presque inexpugnable s’il attaquait par le Tyrol.

Dès que l’archiduc n’était pas en Tyrol, il eût dû se poster à l’entrée des montagnes dans la Carinthie pour défendre la route directe de vienne ; mais le cabinet autrichien lui avait imposé de couvrir avant tout la place maritime de Trieste.

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L’archiduc avait donc pris position sur le cours inférieur du Tagliamento. Bonaparte l’y attaqua avec notre droite (25.000 hommes), le 27 ventôse (16 mars). Bernadotte, à la tête de ses soldats de Rhin, traversa la rivière à gué aux cris de « vive la république » !

L’archiduc fut forcé à la retraite. Il eut avis que pendant ce temps, Masséna avec notre centre (15.000 hommes), avait poussé droit aux passes de la Carinthie, culbuté un corps autrichien, et allait s’emparer du col de Travis, la position décisive de ces montagnes.

L’archiduc y courut, mais trop tard et avec des forces insuffisantes. Masséna força ces hauts passages couverts de neige et de glace. Il rejeta l’archiduc de l’autre côté des montagnes. Un gros corps de trois divisions autrichiennes, qui n’avait pu rejoindre à temps l’archiduc, fut pris dans les défilés entre Masséna et une division envoyée par Bonaparte. Cinq mille Hommes furent faits prisonniers avec leur général : le reste se dispersa (28/29 ventôse ; 17/18 mars).

Ces victoires avaient porté les Français au point de jonction des deux chaînes de montagne qu’on nomme les Alpes Carniques et les Alpes Juliennes. Ils descendirent du bassin de l’Adriatique dans celui du Danube et du pays de langue italienne dans le pays de langue allemande. Ils étaient dans les domaines héréditaires de la vieille Autriche.

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