L’Inconstant par imitation
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Georges de Scudéry
- Esprits de plume et d'air, démons de l'inconstance,
- Qui ne trouvez jamais chez moi de résistance,
- Que je vous dois de voeux pour m'avoir fait savoir
- Que Philis, comme moi, cède à votre pouvoir !
- Nous vivons désormais francs de toute querelle,
- Chacun de nous suivra son humeur naturelle,
- Sans rendre nos désirs ni forcés, ni sujets ;
- Nous les attacherons à tous les beaux objets,
- Et ce change d'amour n'a rien qui soit blâmable,
- Quiconque a la beauté ne peut être qu'aimable ;
- Celui qui la possède a le droit d'aspirer
- Aussi bien comme un autre à se faire adorer.
- Cette diversité, qui sous ses lois me range,
- À proprement parler ne se peut dire change ;
- Car suivant son caprice et sa légèreté,
- Le but de mon amour est toujours la beauté.
- Arrière cette humeur qui s'obstine, importune,
- À vaincre et surmonter la mauvaise fortune,
- Qui, flattant ses défauts sous l'appas d'un doux mot,
- Fait appeler constant ce qu'on doit nommer sot !
- Bien loin ces sentiments de douleur et de crainte,
- Qui vous gênent une âme, et la tiennent contrainte !
- Je ne veux concevoir ni pensers, ni désirs,
- Qui dans le même instant n'enfantent des plaisirs ;
- Si je trouve l'Amour, et si je le conserve,
- Je trouve raisonnable et juste qu'il me serve ;
- Mais quand à mes dépens il voudra triompher,
- C'est un enfant mal né, que je dois étouffer.