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… les enfans d’Héli grand-prêtre étaient des enfans de Bélial qui ne connaissaient point le seigneur, et qui violaient le devoir des prêtres envers le peuple ; car qui que ce fût qui immolât une victime, un valet de prêtre venait pendant qu’on cuisait la chair, tenant à la main une fourchette à trois dents, il la mettait dans la chaudiere, et tout ce qu’il pouvait enlever était pour le prêtre… et si celui qui immolait, lui disait : fesons d’abord brûler la graisse comme de coutume, et puis tu prendras de la viande autant que tu en voudras ; le valet répondait : non tu m’en donneras à présent, ou j’en prendrai par force… 1. Or Héli était très-vieux ; et il apprit que ses fils fesaient toutes ces choses, et qu’ils couchaient avec toutes les femmes qui venaient à la porte du tabernacle… or le jeune Samuel servoit le seigneur auprès du grand-prêtre Héli… la parole du seigneur était alors très-rare, et il n’y avait point de grande vision… il arriva un certain jour qu’Héli couchait dans son lieu ; ses yeux étaient obscurcis, et il ne pouvait voir… 2. Samuel dormait dans le temple du seigneur, où était l’arche de Dieu. Et avant que la lampe qui brûlait dans le temple fût éteinte, le seigneur appella Samuel ; et Samuel répondit : me voici. Il courut aussi-tôt vers le grand-prêtre Héli, et lui dit : me voici, car vous m’avez appellé. Héli lui dit : je ne t’ai point appellé ; et il dormit. Le seigneur appella encore Samuel, qui, s’étant levé, courut à Héli, et lui dit : me voici… 3. Or Samuel ne savait point encore distinguer la voix du seigneur ; car le seigneur ne lui avait point encore parlé… le seigneur appella donc encore Samuel pour la troisieme fois ; il s’en alla toujours à Héli, et lui dit : me voici… le seigneur vint encore, et il l’appella en criant deux fois, Samuel, Samuel !… et le seigneur lui dit : tiens, je vais faire un verbe dans Israël, que quiconque l’entendra les oreilles lui corneront ;… j’ai juré à la maison d’Héli que l’iniquité de cette maison ne sera jamais expiée, ni par des victimes, ni par des présents 4. Et il arriva dans ces jours que les philistins s’assemblerent pour combattre… et dès le commencement du combat Israël tourna le dos ; et on en tua environ quatre mille. Le peuple ayant donc envoyé à Silo, on amena l’arche du pacte du seigneur des armées assis sur les chérubins ; et lorsque l’arche du seigneur fut arrivée au camp, tout le peuple jetta un grand cri, qui fit retentir la terre ; et les philistins ayant entendu la voix de ce cri, disaient : quelle est donc la voix de ce cri au camp hébraïque ! Confortez-vous, philistins, soyez hommes, de peur que vous ne deveniez esclaves des hébreux, comme ils ont été les vôtres 5. Donc les philistins combattirent ; et Israël s’enfuit ; et on tua trente mille hommes d’Israël. L’arche de Dieu fut prise, et les deux fils du grand-prêtre Héli, Ophni et Phinée, furent tués… Héli avait alors quatre-vingt-dix-huit ans… et quand il eut appris que l’arche de Dieu était prise, il tomba de son siege à la renverse, et s’étant cassé la tête il mourut… les philistins ayant donc pris l’arche, ils la menerent dans Azot, et la placerent dans leur temple Dagon auprès de Dagon… le lendemain les habitants d’Azot s’étant levés au point du jour, voilà que Dagon était par terre devant l’arche du seigneur. Ils prirent Dagon et le remirent à sa place. Le surlendemain, s’étant levés au point du jour, ils trouverent encore Dagon par terre devant l’arche du seigneur ; mais la tête de Dagon, et ses mains coupées, étaient sur le seuil. Or le trône de Dagon était demeuré en son lieu. Et c’est pour cette raison que les prêtres de Dagon, et tous ceux qui entrent dans son temple, ne marchent point sur le seuil du temple d’Azot jusqu’à aujourd’hui 6. Or la main du seigneur s’aggrava sur les azotiens, et il les démollit, et il les frappa dans la plus secrete partie des fesses ; et les campagnes bouillirent, et les champs aussi au milieu de cette région, et il naquit des rats ; et il fut fait une grande confusion de morts dans la cité. Or ceux d’Azot, voyant ces sortes de plaies, dirent : que le coffre du dieu d’Israël ne demeure plus chez nous et sur Dagon notre dieu. Et ils assemblerent tous les princes philistins, et ils dirent : que ferons-nous de l’arche du dieu d’Israël ? Les géthéens dirent : qu’on la promene. Et ils promenerent l’arche du dieu d’Israël. Et comme ils la promenaient de ville en ville, la main de Dieu se fesait sur eux, et il tuait grand nombre d’hommes ; et le boyau du fondement sortait à tous les habitants tant grands que petits, et leur fondement sorti dehors se pourrissait… l’arche du seigneur fut dans le pays des philistins pendant sept mois 7. Et les philistins firent venir leurs prêtres et leurs prophêtes, et leur dirent : que ferons-nous de l’arche du seigneur ? Dites-nous comment nous la renverrons en son lieu ? Ils répondirent : si vous renvoyez l’arche du dieu d’Israël, ne la renvoyez pas vuide, mais rendez-lui ce que vous lui devez pour le péché ;… faites cinq anus d’or, et cinq rats d’or, selon le nombre des provinces des philistins… pourquoi endurciriez-vous votre cœur, comme l’égypte et pharaon endurcirent leur cœur ? Pharaon ayant été puni ne renvoya-t-il pas les hébreux ? Ne s’en allerent-ils pas ?… prenez donc une charrette toute neuve, et deux vaches pleines à qui on n’a pas encore mis le joug, et renfermez leurs veaux dans l’étable. Vous prendrez l’arche du seigneur, et vous la mettrez sur la charrette avec les figures d’or dans un panier pour votre péché ; et laissez aller la charrette afin qu’elle aille… et vous la regarderez aller ; et si elle va à Bethsamès, ce sera le dieu d’Israël qui nous aura fait ces grands maux 8. Si elle n’y va point, nous saurons que ce n’est pas lui qui nous a frappés, et que tout est arrivé par hazard. Ils firent donc ainsi, et prenant deux vaches qui allaitaient leurs veaux, ils les attelerent à la charrette, et enfermerent leurs veaux dans l’étable ; et ils mirent l’arche de Dieu sur la charrette, et le panier où étaient les rats d’or, et les figures de l’anus et du fondement… 9. La charrette vint dans le champ de Josué de Betsamès et s’arrêta là. Et il y avait là une grande pierre… et ils couperent les bois de la charrette, et ils immolerent les deux vaches au seigneur en holocauste. Les lévites déposerent l’arche du seigneur et le panier sur la grande pierre ; et les gens de Betsamès offrirent des holocaustes, et immolerent des victimes au seigneur. … or le seigneur punit de mort ceux de Betsamès, parce qu’ils avaient vu l’arche du seigneur ; et il fit mourir soixante et dix hommes du peuple et cinquante mille de la populace 10. Et le peuple pleura, parce que le seigneur avait frappé le peuple d’une si grande plaie… ils envoyerent donc aux habitants de Cariathiarim ; et ceux de Cariathiarim ramenerent l’arche du seigneur en Gabaa dans la maison d’Abinadab… et l’arche du seigneur demeura donc à Cariathiarim ; et elle y était depuis vingt ans, quand la maison d’Israël se reposa après le seigneur. Il arriva que Samuel, étant devenu vieux, établit ses enfans juges sur Israël… mais ils ne se promenerent point dans ses voies ; ils déclinerent vers l’avarice ; ils reçurent des présents ; ils pervertirent la justice 11. Ainsi donc, tous les anciens d’Israël assemblés vinrent vers Samuel à Ramatha, et lui dirent : voilà que tu es vieux ; tes enfans ne se promenent point dans tes voies ; donne-nous donc un melch, un roitelet , comme en ont tous nos voisins, afin qu’il nous juge. Ce discours déplut dans les yeux de Samuel, parce qu’ils avaient dit, donne-nous un roitelet ; et Samuel pria au seigneur. Et le seigneur lui dit : tu entends la voix de ce peuple qui t’a parlé ; ce n’est point toi qu’il rejette, c’est moi ; ils ne veulent plus que je regne sur eux 12. C’est ainsi qu’ils ont toujours fait depuis que je les ai tirés d’égypte ; ils m’ont délaissé ; ils ont servi d’autres dieux ; ils t’en font autant. à présent rends-toi à leur voix ; mais apprends-leur, et prédis-leur quels seront les usages de ce roi qui régnera sur eux. Samuel rapporta donc le discours de Dieu au peuple qui lui avait demandé un roi, et lui dit : voyez quel sera l’usage du roi qui vous commandera. Il prendra vos fils pour en faire ses charretiers ; et il en fera des cavaliers ; et il en fera des tribuns et des centurions, et des laboureurs de ses champs, et des moissonneurs de ses bleds, des forgerons pour lui faire des armes et des chariots ; et il fera de vos filles ses parfumeuses, ses cuisinieres et ses boulangeres ; et il prendra vos meilleurs champs, vos meilleures vignes, et vos meilleurs plants d’olivier, 13 et les donnera à ses valets. Il prendra la dixme de vos bleds et de vos vignes, pour donner à ses eunuques ; et il prendra vos serviteurs et vos servantes, et vos jeunes gens et vos ânes, et les fera travailler pour lui 14. Et vous crierez alors contre la face de votre roi ; et le seigneur ne vous exaucera point, parce que c’est vous-mêmes qui avez demandé un roi. Or le peuple ne voulut point entendre ce discours de Samuel, et lui dit : non, nous aurons un roi sur nous ; nous serons comme les autres peuples, et notre roi marchera à notre tête, et il combattra nos combats pour nous. Samuel ayant entendu les paroles du peuple, les rapporta aux oreilles du seigneur ; et le seigneur lui dit : fais ce qu’ils te disent ; établis un roi sur eux. Et Samuel dit aux enfans d’Israël : que chacun s’en retourne dans sa bourgade. Il y avait un homme de la tribu de Benjamin nommé Cis, fort vigoureux ; il avait un fils appellé Saül, d’une belle figure, et qui surpassait le peuple de toute la tête. Cis pere de Saül avait perdu ses ânesses. Et Cis pere de Saül dit à son fils : prends un petit valet avec toi, et va me chercher mes ânesses. Après avoir cherché, le petit valet dit : voici un village où il y a un homme de Dieu ; c’est un homme noble ; tout ce qu’il prédit arrive infailliblement ; allons à lui, peut-être il nous donnera des indications sur notre voyage… Saül dit au petit valet : nous irons ; mais que porterons-nous à l’homme de Dieu ? Le pain a manqué dans notre bissac, et nous n’avons rien pour donner à l’homme de Dieu 15. Et le petit valet répondit : voilà que j’ai trouvé le quart d’un sicle par hazard dans ma main ; donnons-le à l’homme de Dieu pour qu’il nous montre notre chemin. Autrefois en Israël ceux qui allaient consulter Dieu se disaient : allons consulter le voyant. Car celui qui s’appelle aujourd’hui prophete s’appellait alors le voyant 16. Et Saül dit au petit valet : tu parles très bien ; viens, allons. Et ils entrerent dans le bourg où était l’homme de Dieu ; et comme ils montaient la colline du bourg, ils rencontrerent des filles qui allaient puiser de l’eau. Ils dirent à ces filles : y a-t-il ici un voyant ? Les filles lui répondirent : le voilà devant toi ; va vite… or le seigneur avait révélé la veille à l’oreille de Samuel, que Saül arriverait, en lui disant : demain à cette même heure j’enverrai un homme de Benjamin ; et tu le sacreras duc sur mon peuple d’Israël ; et il sauvera mon peuple de la main des philistins, parce que j’ai regardé mon peuple, et que son cri est venu à moi. Samuel ayant donc envisagé Saül, Dieu lui dit : voilà l’homme dont je t’avais parlé ; ce sera lui qui dominera sur mon peuple. Saül, s’étant donc approché de Samuel au milieu de la porte, lui dit : enseigne-moi, je te prie, la maison du voyant. Samuel répondit à Saül, disant : c’est moi qui suis le voyant ; monte avec moi au lieu haut, afin que tu manges aujourd’hui avec moi ; et je te renverrai demain matin, et je te dirai tout ce que tu as sur le cœur… or Samuel prit une petite fiole d’huile, et il la répandit sur la tête de Saül, et le baisa, et dit : voilà que le seigneur t’a oint en prince ; et tu délivreras son peuple de la main de ses ennemis 17. Et voici le signe qui t’apprendra que Dieu t’a oint en prince. Tu rencontreras, en t’en retournant, deux hommes près du sépulcre de Rachel ; et ils te diront qu’on a retrouvé tes ânesses ;… tu viendras après à l’endroit nommé colline de Dieu, où il y a garnison philistine ; et quand tu seras entré dans le bourg, tu rencontreras un troupeau de prophetes descendants de la montagne, avec des psaltérions, des flûtes et des harpes ;… et l’esprit du seigneur tombera sur toi, et tu prophétiseras avec eux, et tu seras changé en un autre homme… et lorsque Saül fut venu à la colline ; il rencontra une troupe de prophetes ; et l’esprit de Dieu tomba sur lui, et il prophétisa au milieu d’eux. Et tous ceux qui l’avaient vu hier et avant-hier, disaient : qu’est-il donc arrivé au fils de Cis ? Saül est-il devenu prophete ? 18. Après cela Samuel assembla le peuple à Masphat ; et il dit aux enfants d’Israël : voici ce que dit le seigneur Dieu d’Israël : j’ai tiré Israël de l’égypte ;… mais aujourd’hui vous avez rejetté votre dieu qui seul vous avait sauvés ; vous m’avez répondu, non ; vous m’avez dit, donnez-nous un roi. Eh bien, présentez-vous donc devant le seigneur par tribus et par familles… et Samuel ayant jetté le sort sur toutes les tribus et sur toutes les familles, il tomba enfin jusques sur Saül fils de Cis 19. Samuel prononça ensuite devant le peuple la loi du royaume, qu’il écrivit dans un livre, et la mit en dépôt devant le seigneur… 20. Environ un mois après, Naas l’ammonite combattit contre Galaad. Et les gens de Jabès en Galaad dirent à Naas : reçois-nous à composition, et nous te servirons. Naas l’ammonite leur répondit : ma composition sera de vous arracher à tous l’œil droit. Les anciens de Jabès lui dirent : accordez-nous sept jours, afin que nous envoyions des messagers dans tout Israël ; et si personne ne vient nous défendre, nous nous rendrons à toi. Or Saül revenant du labourage ayant fait la revue à Bésech, il trouva que son armée était de trois cents mille hommes des enfans d’Israël, et trente mille de Juda. Le lendemain il divisa son armée en trois corps, et ne cessa d’exterminer Ammon jusqu’à midi… 21. Alors Samuel dit à tout le peuple d’Israël : vous voyez que j’ai écouté votre voix, comme vous m’avez parlé. Je vous ai donné un roi. Pour moi, je suis vieux, mes cheveux sont blancs… et il se retira 22. Or Saül était le fils de l’année lorsqu’il commença à régner ; et il régna deux ans sur Israël 23. Les philistins s’assemblerent pour combattre contre Israël avec trente mille chariots de guerre, six mille cavaliers, et une multitude comme le sable de la mer ; et ils se camperent à Machmas, à l’orient de Bethaven 24. Quand ceux d’Israël se virent ainsi pressés, ils se cacherent dans les cavernes, dans les antres, dans les rochers, dans les citernes 25. Les autres passerent le Jourdain, et vinrent au pays de Gad et de Galaad… et comme Saül était encore à Galgal, tout le peuple qui le suivait fut effrayé. Saül attendit sept jours selon l’ordre de Samuel ; mais Samuel ne vint point à Galgal : et tout le peuple l’abandonnait. Saül dit donc alors : qu’on m’apporte l’holocauste pacifique. Et il offrit l’holocauste ; et à peine eut-il fini d’offrir l’holocauste, voici que Samuel arriva ; et Saül alla au-devant de lui pour le saluer. Samuel lui dit : qu’as-tu fait ? Saül lui répondit : voyant que tu ne venais point au jour que tu m’avais dit, et les philistins étant en armes à Machmas, contraint par la nécessité j’ai offert l’holocauste. Samuel dit à Saül : tu as fais follement ; tu n’as pas gardé les commandements du seigneur ; si tu n’avais pas fait cela, le seigneur aurait affermi pour jamais ton regne sur Israël ; mais ton regne ne subsistera point ; le seigneur a cherché un homme selon son cœur, et il l’a destiné à régner sur son peuple, parce que tu n’as pas observé les commandements du seigneur 26. Samuel s’en alla ; et Saül ayant fait la revue de ceux qui étaient avec lui, il s’en trouva environ six cents 27. Même il ne se trouvait point de forgerons dans toutes les terres d’Israël. Car les philistins le leur avaient défendu, de peur que les hébreux ne forgeassent une épée ou une lance ; et tous les israélites étaient obligés d’aller chez les philistins pour éguiser le soc de leurs charrues, leurs cognées, leurs hoyaux et leurs serpettes 28. Et lorsque le jour du combat fut venu, il ne se trouva pas un hébreu qui eût une épée ou une lance, hors Saül et Jonathas son fils. Un certain jour il arriva que Jonathas, fils de Saül, dit à son écuyer : viens t’en avec moi, et passons jusqu’au camp des philistins. Et il n’en dit rien à son pere… Jonathas monta grimpant des pieds et des mains ; et son écuyer derriere lui… de façon qu’une partie des ennemis tomba sous la main de Jonathas, et son écuyer, qui le suivait, tua les autres. Ils tuerent vingt hommes dans la moitié d’un arpent ; et ce fut la premiere défaite des philistins… 29. Et les israëlites se réunirent. Saül fit alors ce serment : maudit sera l’homme qui aura mangé du pain de toute la journée, jusqu’à-ce que je me sois vengé de mes ennemis. Et le peuple ne mangea point de pain… en même temps ils vinrent dans un bois où la terre était couverte de miel. Or Jonathas n’avait pas entendu le serment de son pere ; il étendit sa verge qu’il tenait en main, et la trempa dans un rayon de miel ; et l’ayant portée à sa bouche, ses yeux furent illuminés 30. Saül consulta donc le seigneur, et lui dit : poursuivrai-je les philistins ? Et les livreras-tu entre les mains d’Israël dans ce jour ? Et Dieu ne répondit point… et Saül dit au seigneur : seigneur d’Israël ! Prononce ton jugement ; pourquoi n’as-tu pas répondu aujourd’hui à ton serviteur ? Découvres-nous si l’iniquité est dans moi, ou dans mon fils Jonathas ; et si l’iniquité est dans le peuple, donne la sainteté… Jonathas fut découvert aussi bien que Saül ; et le peuple échappa… et Saül dit : qu’on jette le sort entre moi et mon fils ; et le sort prit Jonathas. Saül dit à Jonathas : dis-moi ce que tu as fait ? Jonathas répondit : en tâtant j’ai tâté un peu de miel au bout de ma verge ; et voilà que je meurs… 31. Et le peuple dit à Saül : quoi ! Jonathas mourra, lui qui a fait le grand salut d’Israël ! Cela n’est pas permis. Vive dieu ! Il ne tombera pas un poil de sa tête. Ainsi le peuple sauva Jonathas, afin qu’il ne mourût point… 32. Après cela Saül se retira ; il ne poursuivit point les philistins, et les philistins se retirerent en leur lieu… et Samuel dit à Saül : le seigneur m’a envoyé pour t’oindre en roi sur le peuple d’Israël, écoute donc maintenant la voix du seigneur ; voici ce que dit le seigneur des armées. Je me souviens qu’autrefois Amalec s’opposa à Israël dans son chemin quand il s’enfuyait d’égypte ; c’est pourquoi marche contre Amalec, frappe Amalec, détruis tout ce qui est à lui, ne lui pardonne point, ne convoite rien de tout ce qui lui appartient, tue tout, depuis l’homme jusqu’à la femme, et le petit enfant qui tette ; 33 le bœuf, la brebis, le chameau, et l’âne. Donc Saül commanda au peuple, et l’ayant assemblé comme des agneaux, il trouva deux cents mille hommes de pieds, et dix mille hommes de Juda… et il marcha à la ville d’Amalec ; et il dressa des embuscades le long du torrent… et Saül frappa Amalec depuis Hévila jusqu’à Sur, vis-à-vis de l’égypte. Et il prit vif Agag roi des amalécites, et tua tout le peuple dans la bouche du glaive… mais Saül et les israélites épargnerent Agag et l’élite des brebis, des bœufs, des béliers, et de ce qu’il y avait de plus beau en meubles et en vêtemens ; ils ne démolirent que ce qui parut vil et méprisable 34. Alors le verbe du seigneur fut fait à Samuel, disant : je me repens d’avoir fait Saül roi, parce qu’il m’a abandonné. Samuel en fut enflammé, et cria au seigneur toute la nuit. Donc s’étant levé avant le jour pour aller chez Saül au matin, on lui annonça que Saül était venu sur le mont Carmel, où il s’érigeait un monument, un four triomphal, et que delà il était descendu à Galgal. Samuel vint donc à Saül ; et Saül offrait au seigneur un holocauste des prémices du butin pris sur Amalec. Samuel lui dit : le seigneur t’a oint roi sur Israël ; le seigneur t’a mis en voie, et t’a dit, va, tue tous les pécheurs amalécites, et combats jusqu’à-ce que tout soit tué ; pourquoi donc n’as-tu pas tout tué ? 35. Obéissance, vaut mieux que victime ; il y a de la magie et de l’idolâtrie à ne pas obéir ; ainsi donc, puisque tu as rejetté la parole de Dieu, Dieu te rejette et ne veut plus que tu sois roi… 36. Et Samuel se retourna pour s’en aller… mais Saül le prit par le haut de son manteau, qu’il déchira. Et Samuel dit : comme tu as déchiré mon manteau, Dieu déchire aujourd’hui le royaume d’Israël, et le donne à un autre qui vaut mieux que toi… Saül lui dit : j’ai péché, mais au moins rends-moi quelque honneur devant les anciens du peuple… Samuel dit : qu’on m’amene Agag roi d’Amalec ; et on lui amena Agag, qui était fort gras et tout tremblant. Et Samuël lui dit : comme ton épée a ravi des enfants à des meres, ainsi ta mere sera sans enfants parmi les femmes. Et il le coupa en morceaux à Galgal… 37. Or Samuel vint à Bethléem selon l’ordre du seigneur ; et les anciens de Bethléem tout surpris lui dirent : viens-tu ici en homme pacifique ? Et il répondit : je viens en pacifique pour immoler au seigneur ; purifiez-vous, et venez avec moi pour que je sacrifie. Samuel purifia donc Isaï et ses enfants, et il les appella au sacrifice… et Samuel dit à Isaï : sont-ce là tous tes enfants ? Isaï lui répondit : il en reste encore un petit qui garde les brebis. Et Samuel dit à Isaï : fais-le venir ; car nous ne nous mettrons à table que quand il sera venu… on l’amena 38 donc. Il était roux et très beau. Et Dieu dit à Samuel : c’est celui-là que tu dois oindre. Samuel prit donc une corne pleine d’huile, et oignit David au milieu de ses freres. Et le soufle du seigneur vint sur David ; et le soufle du seigneur se retira de Saül ; et Dieu envoya à Saül un mauvais esprit… 39. Et les officiers de Saül lui dirent : tu vois qu’un mauvais soufle de Dieu te trouble ; s’il te plait, tes serviteurs iront chercher un joueur de harpe, afin que, quand le mauvais soufle de Dieu te troublera le plus, il touche de la harpe avec sa main, et qu’il te soulage… Saül dit à ses serviteurs : allez-moi chercher quelqu’un qui sache bien harper. Et l’un de ses serviteurs lui dit : j’ai vu un des fils d’Isaï de Bethléem, qui harpe fort bien ; c’est un jeune homme très fort et belliqueux, prudent dans ses paroles, fort beau, et Dieu est avec lui 40. Saül fit donc dire à Isaï : envoye-moi ton fils qui est dans les pâturages. Isaï prit aussi-tôt un âne avec des pains, une cruche de vin et un chevreau, et les envoya à Saül par la main de son fils David… Saül aima fort David ; et il le fit son écuyer ; et toutes les fois que le mauvais soufle du seigneur rendait Saül maniaque, David prenait sa harpe, il en jouait, Saül était soulagé, et le soufle malin s’en allait 41. Cependant les philistins assemblerent toutes leurs troupes pour le combat. Saül et les enfants d’Israël s’assemblerent aussi. Les philistins étaient sur une montagne, et les juifs étaient d’un autre côté sur une montagne. Et il arriva qu’un bâtard sortit du camp des philistins ; il était de Geth, et il avait six coudées et une palme de haut (douze pieds et demi) ; et il avait des bottes d’airain, et un grand bouclier d’airain sur les épaules. La hampe de sa lance était comme un grand bois des tisserands, et le fer de sa lance pesait six cents sicles (vingt livres) ; et son écuyer marchait devant lui… et il venait crier devant les phalanges d’Israël ; et il disait : si quelqu’un veut se battre contre moi, 42 et s’il me tue, nous serons vos esclaves ; mais si je le tue, vous serez nos esclaves… Saül et tous les israélites, entendant le verbe de ce philistin, étaient stupéfaits, et tremblaient de peur. Or David était fils d’un homme d’éphrata, dont il a été parlé ; son nom était Isaï, qui avait huit fils, et qui était fort vieux, et très âgé parmi les hommes. Les trois plus grands de ses fils s’en allerent après Saül pour le combat. David était le plus petit ; et il avait quitté Saül pour venir paître les troupeaux à Bethléem 43. Cependant ce philistin se présentait au combat le matin et le soir, et resta là debout pendant quarante jours… or Isaï dit à David son fils : tiens, prends un litron de farine d’orge et dix pains, et cours à tes freres dans le camp. Porte aussi dix fromages à leur capitaine, visite tes freres, et vois comme ils se comportent… David se leva dès la pointe du jour, laissa son troupeau à un autre, et s’en alla tout chargé comme son pere lui avait dit, et vint au lieu de Magala où l’armée s’était avancée pour donner bataille, et qui criait déjà bataille… David, ayant donc laissé au bagage tout ce qu’il avait apporté, courut au lieu de la bataille voir comment ses freres se comportaient 44. Et comme il parlait encore, voilà que le bâtard nommé Goliath, philistin de Geth, vint recommencer ses bravades ; et tous les israélites qui l’entendaient se mirent à fuir devant sa face en tremblant de peur… et un homme d’Israël se mit à dire : voyez-vous ce philistin qui vient insulter Israël ? S’il se trouve quelqu’un qui puisse le tuer, le roi l’enrichira de grandes richesses et lui donnera sa fille, et sa famille sera affranchie de tout péage en Israël. Et David disait à ceux qui étaient auprès de lui, que donnera-t-on à celui qui tuera ce philistin ? Et le peuple lui répétait les mêmes discours… or ces paroles de David ayant été entendues, furent rapportées au roi. Et Saül l’ayant fait venir devant lui, David lui parla ainsi : 45 que personne n’ait le cœur troublé à cause de Goliath ; car j’irai, moi ton serviteur, et je combattrai ce philistin… et Saül lui dit : tu ne saurais résister à ce philistin, parce que tu n’es qu’un enfant, et qu’il est homme de guerre dès sa jeunesse… et David ajouta : le seigneur, qui m’a délivré de la main d’un lion et de la main d’un ours, me délivrera de la main de ce philistin 46… Saül dit donc à David : va, et que le seigneur soit avec toi ; et il lui donna ses armes, lui mit sur la tête un casque d’airain, et sur le corps une cuirasse… et David ayant ceint l’épée par-dessus sa tunique, commença à essayer s’il pouvait marcher avec ces armes ; car il n’y était pas accoutumé. David dit donc à Saül, je ne puis marcher avec ces armes, car je n’en ai pas l’habitude ; et il quitta ses armes. Il prit le bâton qu’il avait coutume de porter ; et il prit dans le torrent cinq pierres, et les mit dans sa panetiere ; et tenant sa fronde à la main, il marcha contre le philistin. Le philistin s’avança aussi, et s’approcha de David, ayant devant lui son écuyer. Et lorsqu’il eut regardé David, voyant que c’était un adolescent roux et beau à voir, il le méprisa et lui dit : suis-je un chien, pour que tu viennes à moi avec un bâton ?… et David mit la main dans sa panetiere, prit une pierre, la lança avec sa fronde, la pierre s’enfonça dans le front du philistin, et il tomba le visage contre terre… David courut, et se jetta sur le philistin, prit son épée, la tira du foureau, le tua, et coupa sa tête 47. Les philistins voyant que le plus fort d’entre eux était mort, ils s’enfuirent… et David prit la tête du philistin ; il la porta dans Jérusalem, et il mit ses armes dans sa tente… or lorsque Saül avait vu que David marchait contre le philistin, il dit à Abner prince de sa milice : qui est ce jeune homme ? De quelle famille est-il ? Abner lui répondit : vive ton ame, ô roi ! Je n’en sais rien. Le roi lui dit : va l’interroger ; il faut savoir de qui cet enfant est fils… et lorsque David fut retourné du combat après avoir tué le philistin, Abner le présenta au roi tenant en sa main la tête de Goliath… et Saül lui dit : de quelle famille es-tu ? David lui dit : je suis un des fils d’Isaï ton serviteur, de Bethléem 48. Or quand David revenait après avoir tué le philistin, les femmes sortirent de toutes les villes d’Israël chantant en chœur et dansant au-devant du roi Saül avec des flûtes, des tambours et des instruments à trois cordes ; elles chantaient dans leurs chansons : Saül en a tué mille, et David dix mille. Cette chanson mit Saül dans une grande colere… le lendemain le soufle malin du seigneur s’empara de Saül ; il prophétisait au milieu de sa maison ; et David jouait de la harpe devant lui comme à l’accoutumée ; et Saül tenait sa lance : il la jetta contre David pour le clouer à la muraille. David se détourna, et évita le coup deux fois… 49. Le temps étant venu que Saül devait donner Mérob sa fille en mariage à David, il la donna en mariage à Hadriel Molathite. Mais Michol, autre fille de Saül, était amoureuse de David ; cela fut rapporté à Saül, et il en fut bien aise ; car il dit : je lui donnerai celle-ci ; elle lui sera pierre d’achoppement ; elle le fera tomber dans les mains des philistins. Or donc, dit-il à David, tu seras mon gendre à deux conditions… et ensuite il lui fit dire par ses officiers : le roi n’a point besoin de présent de noces pour sa fille ; il ne te demande que cent prépuces des philistins… quelques jours après, David marcha avec ses soldats ; il tua deux cents philistins, et apporta au roi deux cents prépuces, qu’il compta devant lui ; et Saül lui donna sa fille Michol… alors Saül ordonna à Jonathas son fils et à tous ses serviteurs de tuer David ; mais Jonathas aimait beaucoup David, et il lui donna avis que son pere voulait le tuer… 50. Or il arriva que le soufle malin du seigneur se saisit encore de Saül ; et Saül étant dans sa maison comme David harpait de la harpe, il voulut le clouer contre la muraille avec sa lance ; et David s’enfuit. Saül envoya ses gardes dans la maison de David pour le tuer le lendemain matin… Michol sa femme le fit sauter par une fenêtre, et il s’enfuit… Michol aussi-tôt prit un téraphim, le coucha dans son lit à la place de David, et lui mit sur la tête une peau de chevre… 51. David s’enfuit donc et se sauva, et alla trouver Samuel à Ramatha. Cela fut rapporté à Saül, qui envoya des archers pour prendre David. Mais les archers ayant vu une troupe de prophetes qui prophétisaient, et Samuel qui prophétisait par-dessus eux, ils furent saisis eux-mêmes du soufle du seigneur, et ils prophétiserent aussi… Saül en ayant été averti, envoya d’autres archers ; et ils prophétiserent de même. Il en envoya encore, et ils prophétiserent tout comme les autres. Enfin, il y alla lui-même ; et le soufle du seigneur fut sur lui, et il prophétisa pendant tout le chemin… il se dépouilla de ses habits, prophétisa avec tous les autres devant Samuel, et resta tout nud le jour et la nuit. C’est delà qu’est venu le proverbe. Saül est donc aussi devenu prophete… 52. David s’enfuit donc ; et tous les gens qui étaient mal dans leurs affaires, chargés de dettes, et d’un naturel amer, s’assemblerent autour de lui dans la caverne d’Odolame ; et il fut leur prince. Or il y avait dans le désert de Mahon un homme très riche nommé Nabal, qui possédait sur le Carmel trois mille brebis et mille chevres ; et il fit tondre ses brebis sur le mont Carmel. Sa femme Abigaïl était prudente et fort belle à voir. David envoya dix de ses gens à Nabal lui dire ; nous venons dans un bon jour ; donnez à vos serviteurs et à votre fils David le plus que vous pourrez. Nabal répondit : qui est ce David ? On ne voit que des serviteurs qui fuient leur maître ; vraiment oui ! J’irai donner mon pain, mon eau et mes moutons, à des gens que je ne connais pas ! 53. Alors David dit à ses garçons : que chacun prenne son épée. Et David prit aussi son épée ; et il marcha vers Nabal avec quatre cents soldats, et en laissa deux cents au bagage. Mais la belle Abigaïl prit deux cents pains, deux outres de vin, cinq moutons cuits, cinq boisseaux de farine d’orge, cent paquets de raisins secs, et deux cents cabas de figues, et les mit sur des ânes. Abigaïl ayant apperçu David, descendit aussitôt de son âne, tomba sur sa face devant David et l’adora, et lui dit : que ces petits présents, apportés à monseigneur par sa servante pour lui et pour ses garçons, soient reçus avec bonté de monseigneur… David lui répondit : sois bénie toi même ; car sans cela, vive dieu, si tu n’étais venue promptement, Nabal ne serait pas en vie, et il ne serait pas resté un de ses gens qui pût pisser contre les murailles. Or, dix jours après, le seigneur frappa Nabal ; et il mourut… Abigaïl monta vite sur son âne avec cinq servantes à pied ; et David l’épousa le jour-même 54. David épousa aussi Achinoam ; et l’une et l’autre furent ses femmes. Saül, voyant cela, donna sa fille Michol, femme de David, à Phati. David s’en alla avec six cents hommes chez Akis, philistin, roi de Geth. Akis lui donna la ville de Sicheleg ; et David demeura dans le pays des philistins un an et quatre mois… il fesoit des courses avec ses gens sur les alliés d’Akis à Jésuri, à Jerzi, chez les amalécites. Il tuait tout ce qu’il rencontrait, sans pardonner ni à homme, ni à femme, enlevant brebis, bœufs, ânes, chameaux, meubles, habits, et revenait vers Akis 55. Et lorsque le roi Akis lui disait : où as-tu couru aujourd’hui ? David lui répondait : j’ai couru au midi vers Juda… or David ne laissait en vie ni homme ni femme, disant : je les tue, de peur qu’ils ne parlent contre nous. Akis se fiait donc à lui, disant : il fait bien du mal à Israël ; il me sera toujours fidele… et il dit à David : je ne confierai qu’à toi la garde de ma personne… 56. Or les philistins s’étant assemblés, Saül ayant aussi assemblé ses gens vers Gelboé, et ayant vu les philistins, il trembla de peur. Il consulta le seigneur ; mais il ne lui répondit rien ni par les songes, ni par les prêtres, ni par les prophetes 57. Et il dit à un de ses gens : va me chercher une femme (une ventrilogue) qui ait un ob, un esprit de Python 58… la femme lui dit : qui voulez-vous que j’évoque ? Saül lui dit : évoque-moi Samuel 59. Or comme la femme eut vu Samuel, elle cria d’une voix grande : pourquoi m’as-tu trompée ; car tu es Saül ? Le roi lui dit : ne crains rien ; qu’as-tu vu ? Elle répondit, j’ai vu des dieux montants de la terre. Saül lui dit : comment est-il fait ? Elle dit : c’est un vieillard qui est monté ; il est vêtu d’un manteau. Et Saül vit bien que c’était Samuel ; et il s’inclina la face en terre, et il l’adora. Samuel dit à Saül : pourquoi as-tu troublé mon repos en me fesant évoquer ? Saül lui dit : je suis très-embarrassé ; les philistins me font la guerre ; Dieu s’est retiré de moi ; il n’a voulu m’exaucer ni dans la main des prophetes, ni par les songes ; ainsi je t’ai évoqué, afin que tu me montres ce que je dois faire 60. Samuel lui dit : pourquoi m’interroges-tu quand Dieu s’est retiré de toi ?… il livrera Israël avec toi entre les mains des philistins ; demain toi et tes fils vous serez avec moi 61. Or la pythonisse avait un veau gras pour la pâques ; elle alla le tuer, prit de la farine, fit des azymes, et donna à souper à Saül 62. Or les philistins fondirent sur Saül et sur ses enfans, et ils tuerent Jonathas, et Abinadab, et Melchisua, les fils de Saül… et tout le poids du combat fut sur Saül ; et les sagittaires le poursuivirent, et il fut griévement blessé par les sagittaires. Et Saül dit à son écuyer : tire ton épée et acheve-moi, de peur que ces incirconcis ne viennent et ne me tuent en m’insultant. Son écuyer effraié n’en voulut rien faire ; ainsi Saül tira son épée, et tomba sur elle 63. Isboseth fils de Saül avait quarante ans lorsqu’il commença à régner sur Israël ; et il régna deux ans ; et il n’y avait que la tribu de Juda qui suivit le parti de David ; et David demeura à Hébron sept ans et demi… il y eut donc une longue guerre entre la maison de Saül et la maison de David… or Saül avait eu une concubine nommée Respha, fille d’Aya. Et le roi Isboseth dit à son capitaine Abner : pourquoi es-tu entré dans la concubine de mon pere ? Le capitaine Abner, en colere, répondit au roi Isboseth : comment donc ! Tu me traites aujourd’hui comme une tête de chien ! Moi qui t’ai soutenu contre la tribu de Juda après la chûte de ton pere et de tes freres ! Il t’appartient bien de me chercher querelle pour une femme ! 64. Que Dieu me traite encore plus mal que toi, si je ne donne à David ton trône comme Dieu a juré de le lui donner, et si je ne transfere le regne de la maison de Saül à celle de David, depuis Dan jusqu’à Bersabée. Isboseth n’osa répondre à Abner, parce qu’il le craignait… après cela Abner parla aux anciens d’Israël… il alla trouver David à Hébron, et il arriva accompagné de vingt hommes… et David lui fit un festin… mais Joab étant sorti d’auprès de David, envoya après Abner, sans que David le sut ; et lorsqu’il fut arrivé à Hébron, il tira Abner à part, et le tua en trahison en le perçant par les parties génitales… le roi Isboseth fils de Saül, ayant appris qu’Abner avait été tué à Hébron, perdit courage… 65. Or Isboseth avait à son service deux capitaines de voleurs dont l’un s’appellait Baana, et l’autre Rachab. Or Rachab et Baana entrerent la nuit dans la maison d’Isboseth et le tuerent dans son lit ; et ayant marché toute la nuit par le chemin du désert, ils présenterent à David la tête d’Isboseth fils de Saül… David commanda à ses gens de les tuer ; et ils les tuerent… 66. Alors le roi David, avec ses suivants, marcha contre Jérusalem habitée par des jébuséens… or David habita dans la forteresse ; et il l’appella la cité de David ; et il bâtit des édifices tout au tour… Hiram, roi de Tyr, envoya des ambassadeurs à David avec du bois de cedre, des charpentiers et des maçons pour lui faire une maison… il prit donc encore de nouvelles concubines et de nouvelles femmes, et il en eut des fils et des filles… 67. David assembla de nouveau toute l’élite, au nombre de trente mille hommes, et alla, accompagné de tout le peuple de Juda, pour amener l’arche de Dieu sur laquelle on invoque le dieu des armées qui s’assied sur l’arche et sur les chérubins. On mit donc l’arche de Dieu sur une charrette toute neuve ; et ils prirent l’arche, qui était au bourg de Gabaa, dans la maison d’Abinadab… et les enfans d’Abinadab, nommés Hoza et Ahio, conduisirent la charrette, qui était toute neuve… mais lorsqu’on fut arrivé près de la grange de Nachon, les bœufs s’empêtrerent et firent pencher l’arche. Hoza la retint, en y portant la main. La colere de Dieu s’alluma contre Hoza, Dieu le frappa à cause de sa témérité. Hoza tomba mort sur la place devant l’arche de Dieu… alors David craignit Dieu dans ce jour, disant : comment l’arche de Dieu entrera-t-elle chez moi ? Et il la fit entrer dans la maison d’un céthéen nommé Obed-édom 68. Après cela David battit les philistins et les humilia ; et il affranchit le peuple d’Israël… et il défit aussi les moabites ; et les ayant vaincus, il les fit coucher par terre et mesurer avec des cordes. Une mesure de cordes était pour la mort, et une autre était pour la vie. Et Moab fut asservi au tribut… David défit aussi Adadézer roi de Soba en Syrie. Il lui prit sept cents cavaliers et vingt mille hommes de pied. Il coupa les jarrets à tous les chevaux des chariots, et n’en réserva que pour cent chariots. Les syriens de Damas vinrent au secours d’Adadézer roi de Soba ; et David en tua vingt-deux mille… la Syrie entiere lui paya tribut ; il prit les armes d’or des officiers d’Adadézer, et les porta à Jérusalem… 69. Et en revenant de Syrie il tailla en pieces dix-huit mille hommes dans la vallée des salines… et les enfants de David étaient prêtres… 70. Cependant il arriva que David, s’étant levé de son lit après midi se promenait sur le toit de sa maison royale ; et il vit une femme qui se lavait sur son toit vis-à-vis de lui. Or cette femme était fort belle. Le roi envoya donc savoir qui était cette femme ; et on lui rapporta que c’était Bethsabé fille d’élie, femme d’Urie l’éthéen. David l’envoya prendre par ses gens ; et dès qu’elle fut venue il coucha avec elle ; après quoi, en se lavant, elle se sanctifia, se purifiant de son impureté… et après que David eut fait tuer Urie, la femme d’Urie, ayant appris que son mari était mort, le pleura… 71. Et après qu’elle eut pleuré, David la prit, grosse de lui, dans sa maison, et l’épousa. Le seigneur envoya donc Nathan vers David… et Nathan lui dit : tu as fait mourir Urie l’héthéen, et tu lui as pris sa femme ; c’est pourquoi le glaive ne sortira jamais de ta maison dans toute l’éternité, parce que tu m’as méprisé et que tu as pris pour toi la femme d’Urie héthéen ;… je prendrai donc tes femmes à tes yeux ; je les donnerai à un autre, et il marchera avec elles devant les yeux de ce soleil ; car tu as fait la chose secretement, et moi je la ferai ouvertement à la face d’Israël et à la face du soleil… et David dit à Nathan : j’ai péché contre le seigneur. Et Nathan dit à David : ainsi Dieu a transféré ton péché ; et tu ne mourras point ;… 72. Et l’enfant qu’il avait eu de Bethsabé étant mort, il consola Bethsabé sa femme ; il entra vers elle, et engendra un fils qu’il appella Salomon, et Dieu l’aima… 73. Or David assembla tout le peuple, et marcha contre Raba, et ayant combattu il la prit. Il ôta de la tête du roi son diadême, qui pesait un talent d’or, avec des perles précieuses ; et ce diadême fut mis sur la tête de David. Il rapporta aussi un très-grand butin de la ville… et s’étant fait amener tous les habitans, il les scia en deux avec des scies, et fit passer sur eux des chariots de fer ; il découpa des corps avec des couteaux, et les jetta dans des fours à cuire la brique 74. Immédiatement après, Ammon, fils de David, aima sa sœur appellée Thamar, sœur aussi d’Absalon fils de David ; et il l’aima si fort, qu’il en fut malade ; car comme elle était vierge il était difficile qu’il fît rien de malhonnête avec elle… or Ammon avait un ami fort prudent, qui s’appellait Jonadab, et qui était propre neveu de David. Et Jonadab dit à Amnon : pourquoi maigris-tu, fils de roi ? Que ne m’en dis-tu la cause ? Amnon lui dit ; c’est que j’aime ma sœur Thamar, sœur de mere de mon frere Absalon 75. Jonadab lui ayant donné conseil… et Thamar étant venue chez son frere Amnon, qui était couché dans son lit… Amnon se saisit d’elle et lui dit : viens, couche avec moi, ma sœur. Elle lui répondit : non, mon frere, ne me violente pas ; cela n’est pas permis dans Israël ; ne me fais pas de sottises ; car je ne pourrais supporter cet opprobre ; et tu passerais pour un fou dans Israël ;… demande-moi plutôt au roi en mariage, et il ne refusera pas de me donner à toi… Amnon ne voulut point se rendre à ses prieres ; étant plus fort qu’elle, il la renversa et coucha avec elle. Et ensuite il conçut pour elle une si grande haine, que sa haine était plus grande que ne l’avait été son amour. Et il lui dit : leve-toi, et va-t-en. Thamar lui dit : le mal que tu me fais à présent, est encore plus fort que le mal que tu m’as fait. Mais Amnon, ayant appellé un valet, lui dit : chasse de ma chambre cette fille, et ferme la porte sur elle… 76. Absalon, fils de David, ne parla à son frere Amnon de cet outrage ni en bien ni en mal ; mais il le haïssait beaucoup, parce qu’il avait violé sa sœur Thamar… et il donna ordre à ses valets que, dès qu’ils verraient Amnon pris de vin dans un festin, ils l’assassinassent en gens de cœur… les valets firent à Amnon ce qu’Absalon leur avait commandé ; et aussi-tôt tous les enfans du roi s’enfuirent chacun sur sa mule 77. Or il n’y avait point d’homme dans tout Israël plus beau qu’Absalon ; il n’avait pas le moindre défaut depuis les pieds jusqu’à la tête ; et lorsqu’il tondoit ses cheveux, qu’il ne tondoit qu’une fois l’an parce que le poids de ses cheveux l’embarrassait, le poids de ses cheveux était de deux cents sicles… Absalon demeura deux ans à Jérusalem sans voir la face du roi… ensuite il fit dire à Joab de venir le trouver, pour le prier de le remettre entiérement dans les bonnes graces du roi son pere. Mais Joab ne voulut pas venir chez Absalon… et étant mandé une seconde fois, il refusa encore de venir… Absalon dit alors à ses gens : vous savez que Joab a un champ d’orge auprès de mon champ ; allez et mettez-y le feu… et les gens d’Absalon brûlerent la moisson de Joab… Joab alla trouver Absalon dans sa maison, et lui dit : pourquoi tes valets ont-ils mis le feu à mon orge ? Absalon répondit à Joab : je t’ai fait prier de me venir voir, afin de me raccommoder avec le roi ; je t’en prie, fais-moi voir la face du roi ; et s’il se souvient encore de mon iniquité, qu’il me tue 78. Joab alla donc parler au roi, qui appella Absalon, et Absalon s’étant prosterné, le roi le baisa… ensuite Absalon se fit faire des chariots, il assembla des cavaliers, et cinquante hommes qui marchaient devant lui… et il fit une grande conjuration ; et le peuple s’attroupa auprès d’Absalon… et, quarante ans après, Absalon dit à David : il faut que j’aille à Hébron pour accomplir un vœu que j’ai voué au seigneur dans Hébron. Et David dit à Absalon : va-t’en en paix. Et Absalon s’en alla dans Hébron ; et Absalon fit publier dans tout Israël, au son de la trompette, qu’il régnait dans Hébron. David dit à ses officiers, qui étaient avec lui à Jérusalem : allons, enfuyons-nous vite, hâtons-nous de sortir, de peur qu’on ne nous frappe dans la bouche du glaive… le roi David sortit donc avec tout son monde, en marchant avec ses pieds, laissant seulement dix de ses concubines pour garder la maison… ainsi, étant sorti avec ses pieds, suivi de tout Israël, il s’arrêta loin de sa maison ; et tous ses officiers marchaient auprès de lui ; et les troupes des théens, des céréthins, des phélétins, et six cents géthéens, très-courageux, marchaient à pied devant lui… 79. Tout le peuple pleurait à haute voix ; et le roi passa le torrent de Cédron ; et tout le peuple s’en allait dans le désert… 80. Après que David fut monté au haut du mont, Siba, intendant de la maison de Miphiboseth petit-fils de Saül, vint au-devant de lui avec deux ânes chargés de deux cents pains, de cent cabas de figues, de cent paquets de raisins secs, et d’une peau de bouc pleine de vin. Le roi lui dit : où est Miphiboseth le fils de votre ancien maître Jonathas ? Siba répondit au roi : Miphiboseth est resté dans Jérusalem, disant : aujourd’hui Israël me rendra le royaume de mon pere. Le roi dit à Siba : eh bien, je te donne tous les biens de Miphiboseth… or le roi David étant venu jusqu’à Bahurim, il sortit un homme de la maison de Saül nommé Séméi, qui le maudit et lui jetta des pierres et à tous ses gens, pendant que tout le peuple et tous les guerriers marchaient à côté du roi à droite et à gauche… et il maudissait le roi en lui disant : va-t’en, homme de sang, va-t’en, homme de Bélial. Cependant Absalon entra dans Jérusalem avec tout le peuple de son parti, et accompagné de son conseiller Achitophel… et Achitophel dit à Absalon : crois-moi, entre dans toutes les concubines de ton pere, qu’il a laissées pour la garde de sa maison, afin que, quand tous les israélites sauront que tu as ainsi déshonoré ton pere, ils en soient plus fortement attachés à toi. Absalon fit donc tendre un tabernacle sur le toit de la maison, et entra dans toutes les concubines de son pere devant tout Israël 81. Or du temps de David il arriva une famine, qui dura trois ans. David consulta l’oracle du seigneur, et le seigneur dit : c’est à cause de Saül et de sa maison sanguinaire ; parce qu’il tua des gabaonites. Le roi, ayant fait appeller des gabaonites, leur rapporta l’oracle… or les gabaonites n’étaient point des israélites, ils étaient des restes des ammorrhéens, et les israélites avaient autrefois juré la paix avec eux, et Saül voulut les détruire dans son zele, comme pour servir les enfans d’Israël et de Juda… David dit donc aux gabaonites : que ferai-je pour vous ? Comment vous appaiserai-je, afin que vous bénissiez l’héritage du seigneur ?… ils lui répondirent : nous devons détruire la race de celui qui nous opprima injustement, de façon qu’il ne reste pas un seul homme de la race de Saül dans toutes les terres d’Israël 82. Donnez-nous sept enfans de Saül, afin que nous les fassions pendre au nom du seigneur dans Gabaa ; car Saül était de Gabaa, et il fut l’élu du seigneur… et le roi David leur dit : je vous donnerai les sept enfans… et il prit les deux enfans de Saül et de Respha fille d’Aya, qui s’appellaient Armoni et Miphiboseth, et cinq fils que Michol, fille de Saül, avait eus de son mari Adriel… et il mit ces sept enfans entre les mains des gabaonites, qui les pendirent devant le seigneur ; et ils furent pendus tous ensemble au commencement de la moisson des orges 83. Et la fureur du seigneur se joignit à sa fureur contre les israélites, et elle excita David contre eux, en lui disant : va, dénombre Israël et Juda… le roi dit donc à Joab chef de son armée : promene-toi dans toutes les tribus d’Israël, depuis Dan jusqu’à Bersabé ; dénombre le peuple, afin que je sache son nombre… et Joab ayant parcouru toute la terre pendant neuf mois et vingt jours, il donna au roi le dénombrement du peuple ; et l’on trouva dans les tribus d’Israël huit cents mille hommes robustes tirants l’épée, et dans Juda cinq cents mille combattants… le lendemain au matin David s’étant levé, la parole de Dieu s’adressa au prophete Gad, lequel était le devin, le voyant de David… Dieu dit à Gad : va, et parle ainsi à David : voici ce que dit le seigneur. De trois choses choisis-en une, afin que je te la fasse ; ou tu auras la famine sur la terre pendant sept ans ; ou tes ennemis te battront, et tu fuiras pendant trois mois ; ou la peste sera dans ta terre pendant trois jours : délibere, et voi ce que tu veux que je dise à Dieu qui m’a envoyé 84. … David dit à Gad : je suis dans un grand embarras ; mais il vaut mieux tomber entre les mains de Dieu par la peste, que dans la main des hommes ; car ses miséricordes sont grandes. Aussitôt Dieu envoya la peste en Israël. Depuis le matin jusqu’au troisieme jour, et depuis Dan jusqu’à Bersabé, il mourut du peuple soixante et dix mille mâles. Et comme l’ange du seigneur étendait encore sa main sur Jérusalem pour la perdre, le seigneur eut pitié de l’affliction ; et il dit à l’ange qui frappait : c’est assez, à présent arrête la main. Or l’ange du seigneur était alors tout vis-à-vis d’Arauna le jébuséen… et David, voyant l’ange qui frappait toujours le peuple, dit au seigneur : c’est moi qui ai péché ; j’ai agi injustement ; ces gens qui sont des brebis, qu’ont-ils fait ? Je te prie, que ta main se tourne contre moi et contre la maison de mon pere 85. Alors Gad vint à David, et lui dit : monte, et dresse un autel dans l’aire d’Arauna le jébuséen. Or le roi David avait vieilli, ayant beaucoup de jours ; et quoiqu’on le couvrît de plusieurs robes, il ne se réchauffait point. Ses officiers dirent donc : allons chercher une jeune fille pour le seigneur notre roi, et qu’elle reste devant le roi, et qu’elle le caresse, et qu’elle dorme avec le seigneur notre roi. Et ayant trouvé Abisag De Sunam, qui était très belle ; ils l’amenerent au roi, et elle coucha avec le roi, et elle le caressait ; et le roi ne forniqua pas avec elle 86. Cependant Adonias, fils de David, disait : ce sera moi qui régnerai… il avait dans son parti Joab le général des armées, et Abiathar le grand-prêtre. Mais un autre grand-prêtre nommé Sadok, et le capitaine Banaia, et le prophete Nathan, et Séméi, n’étaient pas pour Adonias… ce prince donna un grand festin à tous ses freres et aux principaux de Juda ; mais il n’invita ni son frere Salomon, ni le prophete Nathan, ni Banaia, ni les autres prêtres. Alors Nathan dit à Bethsabé mere de Salomon : n’avez-vous pas ouï dire qu’Adonias s’est déja fait roi, et que notre seigneur David n’en sait rien ? Allez vite vous présenter au roi David ;… pendant que vous lui parlerez je surviendrai après vous, et je confirmerai tout ce que vous aurez dit… 87. … le roi David dit : faites moi venir le prophete Sadok, le prophete Nathan, et le capitaine Banaia, prenez avec vous mes officiers ; mettez mon fils Salomon sur ma mule ; chantez avec la trompette ; et vous direz, vive le roi Salomon… les convives d’Adonias se leverent de table ; et chacun s’en alla de son côté ; et Adonias alla se réfugier à la corne de l’autel… or la mort de David approchant, il recommanda à Salomon, en lui disant : tu sais ce qu’a fait autrefois Joab, qui mit du sang autour de ses reins, et dans les souliers qu’il avait aux pieds. Tu ne permettras pas que ses cheveux blancs descendent en paix au tombeau, je compte sur ta sagesse ;… j’ai juré à Séméi que je ne le ferais point périr par le glaive ; mais tu es sage, tu sauras ce qu’il faut faire, ne permets pas que ses cheveux blancs descendent dans la fosse autrement que par une mort sanglante 88. Et David s’endormit avec ses peres. Salomon prit possession du trône de son pere, et affermit son regne… Adonias alla implorer la protection de sa belle-mere Bethsabé, et lui dit : vous savez que le regne m’appartenait, comme à l’ainé, et que, de plus, tout Israël m’avait choisi pour roi ; mais mon royaume a été transporté à mon frere, et le seigneur l’a constitué ainsi ; je ne demande qu’une grace ; le roi Salomon ne vous refusera rien ; je vous prie qu’il me laisse épouser Abisag la sunamite… Bethsabé dit donc à Salomon son fils : je te prie, donne pour femme Abisag la sunamite à ton frere Adonias. Le roi Salomon répondit à sa mere ; pourquoi demandes-tu Abisag la sunamite pour Adonias ? Demande donc aussi le royaume ; car il est mon frere ainé, et il a pour lui Abiathar le grand-prêtre, et le capitaine Joab… 89. Salomon jura donc par Dieu… disant : je jure par Dieu, qui m’a mis sur le trône de David mon pere, qu’aujourd’hui Adonias mon frere sera mis à mort. Et le roi Salomon envoya le capitaine Banaia, fils de Joiadad, qui assassina Adonias, et il mourut… cette nouvelle étant venue au capitaine Joab, qui était attaché au prince Adonias ; il s’enfuit dans le tabernacle du seigneur, et embrassa la corne de l’autel… on vint dire au roi Salomon que Joab s’était réfugié dans le tabernacle de Dieu, et qu’il s’y tenait à l’autel. Et le roi Salomon envoya aussitôt le capitaine Banaia, fils de Joiadad, disant : cours vite, va tuer Joab… Banaia alla donc au tabernacle de Dieu, et dit à Joab : sors d’ici, que je te tue. Joab lui répondit : je ne sortirai point ; je mourrai ici… le capitaine Banaia, alla rapporter la chose au roi. Le roi lui répondit : fais comme je t’ai dit ; 90 assassine Joab, et l’enterre ; et je ne serai pas responsable, ni moi, ni la maison de mon pere, du sang innocent répandu par Joab ; que le seigneur donne une paix éternelle à David, à sa semence, à sa maison, et à son trône !… donc le capitaine Banaia, fils de Joiadad, retourna vers Joab, et l’assassina à l’autel ; et il enterra Joab en sa maison dans le désert 91. Le roi envoya aussi vers Séméi, et lui dit : bâtis-toi une maison dans Jérusalem, et n’en sors point pour aller d’un côté ni d’un autre ; si tu en sors jamais, et si tu passes le torrent de Cédron, je te ferai tuer au même jour. Séméi dit au roi, cet ordre est très juste. Mais au bout de trois ans il arriva que les esclaves de Séméi s’enfuirent vers Akis roi de Geth. Séméi fit aussitôt sangler son âne, et s’en alla vers Akis à Geth pour redemander ses esclaves, et les ramena de Geth… et Salomon, en ayant été averti, commanda à Banaia, fils de Joiadad, d’aller tuer Séméi ; et le capitaine Banaia y alla sur le champ, et il assassina Séméi, qui mourut… cependant le seigneur apparut à Salomon en songe, disant : demande ce que tu veux que je te donne… et Salomon dit au seigneur : je te prie de me donner un cœur docile, afin que je puisse juger ton peuple, et discerner entre le bon et le mauvais ; car qui pourra juger ce peuple, qui est fort nombreux ! … et Dieu lui dit dans ce songe ; parce que tu as demandé cette parole, et que tu n’as pas requis longues années, ni richesses, ni la mort de tes ennemis, mais que tu as demandé sagesse pour discerner justice, je ferai selon ton discours ; je te donne un cœur intelligent, de sorte que jamais homme, ni avant toi, ni après toi, n’aura été semblable à toi 92. Mais je te donnerai, en outre, richesses et gloire que tu n’as point demandées ; de sorte que nul ne sera semblable à toi en gloire et en richesses. Salomon se réveilla ; et il vit que c’était un songe. Salomon 93 avait donc sous sa domination tous les royaumes depuis l’Euphrate jusqu’aux philistins et à la terre d’égypte. Et il y avait pour la nourriture de Salomon, chaque jour, trente muids de fleur de farine, et soixante muids de farine commune, dix gros bœufs engraissés, vingt bœufs de pâturage, cent moutons, et grande quantité de cerfs, de chevreuils, de bœufs sauvages, et d’oiseaux de toute espece ; car il avait tout le pays au-delà du fleuve d’Euphrate depuis Tapsa jusqu’à Gaza 94. Et Salomon avait quarante mille écuries pour les chevaux de ses chars, et douze mille chevaux de selle… 95. Et la sagesse de Salomon surpassait la sagesse de tous les orientaux, et de tous les égyptiens ; il était plus sage que tous les hommes, plus sage qu’éthan israïte, et que Heman, et que Chacol, et que Dorda 96. Salomon composa trois mille paraboles, et il fit mille et cinq cantiques… Hiram roi de Tyr envoya ses serviteurs vers Salomon, ayant appris qu’il avait été oint et christ à la place de son pere. Et Salomon envoya aussi à Hiram, disant : j’ai dessein de bâtir un temple au nom de mon dieu Adonaï, comme Adonaï l’avait dit à mon pere ; commande donc à tes serviteurs qu’ils coupent pour moi des cedres du Liban ; car tu sais que je n’ai pas un seul homme parmi mon peuple qui puisse couper du bois comme les sidoniens… Hiram donna donc à Salomon des bois de cedre et de sapin ; et Salomon donna à Hiram, pour la nourriture de sa maison, vingt mille muids de froment par année, et vingt mille muids d’huile très pure chaque année… le roi Salomon choisit dans Israël trente mille ouvriers,… 97 soixante et dix mille manœuvres et porte-faix, quatre-vingt mille tailleurs de pierre, et trois mille trois cents intendants des ouvrages 98. Or on commença à bâtir le temple du seigneur quatre cents quatre-vingt ans après la sortie d’égypte 99. Or cette maison, que le roi Salomon bâtit au seigneur, avait soixante coudées et demi en longueur, vingt coudées en largeur, et trente coudées en hauteur… et il fit au temple des fenêtres de côté ; et il fit sur la muraille du temple des échafauds tout autour ; et l’échafaud d’en bas avait cinq coudées de large, et celui du milieu avait six coudées de large, et le troisieme échafaud avait sept coudées de large ;… et il plaça des poutres tout autour, afin qu’ils ne touchassent pas à la muraille ;… et il fit un étage sur toute la maison qui avait cinq coudées de hauteur 100. Il fit l’oracle au milieu du temple, en la partie la plus intérieure, pour y mettre le coffre du pacte. L’oracle avait vingt coudées de long, vingt de large, et vingt de haut. Il fit, dans l’oracle, des chérubins de bois d’olivier, qui avaient dix coudées de haut ; une aile de chérubin avait cinq coudées de longueur, et l’autre avait aussi cinq coudées 101. Il fit aussi un grand bassin de fonte, nommé la mer, de dix coudées d’un bord à l’autre ; et elle était toute ronde. Et il y avait une mer, et douze bœufs sur cette mer… or le roi, et tout Israël avec lui, immolerent des victimes devant le seigneur. Et Salomon égorgea et immola au seigneur vingt-deux mille bœufs gras et six-vingts mille brebis… ainsi le roi et le peuple dédierent le temple au seigneur… 102. Et Hiram, roi de Tyr, lui envoyait tous les bois de cedre et de sapin, et tout l’or dont il avait besoin. Et Salomon donna à Hiram vingt villes dans la Galilée… Hiram, roi de Tyr, vint voir ces villes ; mais il n’en fut point du tout content ; et il dit à Salomon ; mon frere, voilà de pauvres villes que vous m’avez données là !… 103. Le roi Salomon équipa aussi une flotte à ésiongaber, auprès d’élath, sur le rivage de la mer, au pays d’Idumée : et Hiram lui envoya de bons hommes de mer… et étant allés en Ophir, ils en rapporterent quatre cents vingt talents d’or au roi Salomon 104. La reine de Saba, ayant entendu parler de Salomon, vint le tenter par des énigmes 105. La reine de Saba donna au roi Salomon six-vingts talents d’or, une quantité très-grande d’aromates et de pierres précieuses. On n’a jamais apporté, depuis ce temps-là, tant de parfums à Jérusalem… le poids de l’or qu’on apportait chaque année à Salomon était du poids de six cents soixante et six talents d’or. Le roi Salomon eut aussi deux cents boucliers d’or pur, et trois cents autres boucliers d’or pur. Le roi Salomon fit aussi un trône d’yvoire revêtu d’un or très pur. Tous les vases dans lesquels Salomon buvait étaient aussi d’or ; et toute sa vaisselle, et tous les meubles de sa maison du Liban, étaient d’un or très pur. On lui amenait aussi une quadrige d’égypte pour six cents sicles d’argent, et chaque cheval pour cent cinquante sicles 106. Et il eut sept cents femmes qui étaient reines, et trois cents concubines… et comme il était déjà vieux, elles séduisirent son cœur pour lui faire adorer des dieux étrangers… il bâtit alors un temple à Chamos sur la montagne qui est auprès de Jérusalem… 107. Cependant le roi Salomon aima plusieurs femmes étrangeres, et la fille aussi de pharaon, et des moabites, et des ammonites ; et des iduméennes et des sidoniennes, et des héthéennes… Salomon eut donc copulation avec ces femmes d’un amour véhémentissime… or le seigneur suscita Adad l’iduméen, de race royale, qui était dans édom… Dieu suscita aussi pour ennemi à Salomon Razon fils d’Héliadad… qui fut ennemi d’Israël pendant tout le regne de Salomon, et qui régna en Syrie 108. Jéroboam, fils de Nabath, leva aussi la main contre le roi. Or Jéroboam était un homme courageux, fort, et puissant. Et il arriva dans ce temps-là que Jéroboam, sortant de Jérusalem, rencontra dans son chemin Ahias le prophete, qui avait un manteau tout neuf. Et Ahias coupa son manteau en douze morceaux, et dit à Jéroboam : prends pour toi dix morceaux de mon manteau ; car voici ce que dit le seigneur le dieu d’Israël : je diviserai le royaume, et je t’en donnerai dix tribus et il ne restera qu’une tribu à Salomon, à cause de David mon serviteur, et de la ville de Jérusalem que j’ai choisie dans toutes les tribus d’Israël… 109. Or Salomon voulut faire assassiner Jéroboam… et Salomon s’endormit avec ses peres, et il fut enseveli dans la ville de David son pere 110. Roboam fils de Salomon vint à Sichem ; car toutes les tribus y étaient assemblées pour l’établir roi ; mais Jéroboam, fils de Nabath, ayant appris en égypte la mort du roi Salomon, revint de l’égypte. Il se présenta donc avec tout le peuple d’Israël devant Roboam, disant : ton pere nous avait chargé d’un joug très-dur ; diminue donc à présent un peu de l’extrême dureté de ton pere ; et nous te servirons… 111. Roboam ayant consulté des jeunes gens de sa cour, répondit au peuple : le plus petit de mes doigts est plus gros que le dos de mon pere ; si mon pere vous a imposé un joug pesant, j’y ajouterai un joug plus pesant ; si mon pere vous a fouettés avec des verges, je vous fouetterai avec des scorpions. Le peuple, voyant donc que le roi n’avait pas voulu l’entendre, lui répondit : qu’avons-nous à faire à David ton grand-pere ? Quel héritage avons-nous à partager avec le fils d’Isaï ? Allons, Israël, allons-nous-en dans nos tentes ; adieu, David ; pourvois à ta maison comme tu pourras. Et tout Israël s’en alla dans ses tentes 112. Roboam ne regna donc que dans les bourgs de la tribu de Juda. Or le roi Roboam envoya l’intendant de ses tribus, nommé Aduram ; mais tout le peuple le lapida, et il en mourut… le roi Roboam monta aussitôt sur sa charrette, et s’enfuit à Jérusalem. Et tout Israël se sépara de la maison de David, comme il en est séparé encore aujourd’hui 113… or tout Israël, sachant que Jéroboam était revenu, le constitua roi ; et personne ne suivit la maison de David, excepté la maison de Juda. Roboam, étant donc à Jérusalem ; assembla la tribu de Juda et celle de Benjamin, et vint avec cent quatre-vingts mille soldats choisis
114. pour combattre contre la maison d’Israël, et pour réduire tout le royaume de Roboam fils de Salomon. Alors Dieu parla à Séméias, homme de Dieu, disant : va parler à Roboam, fils de Salomon, roi de Juda, et à toute la maison de Juda et de Benjamin, disant : voici ce que commande le seigneur ; vous ne monterez point contre vos freres les enfants d’Israël ; que chacun s’en retourne chez soi ; car c’est moi qui ai dit cette parole. Ils écouterent tous ce discours de Dieu, et ils s’en retournerent comme le seigneur l’avait ordonné 115… or Jéroboam fit bâtir Sichem dans les montagnes d’éphraïm… et il disait en lui-même : le royaume pourrait bien retourner à la maison de David ; si ce peuple monte en la maison du seigneur à Jérusalem, pour y sacrifier, le cœur de ce peuple se tournera à la fin vers Roboam roi de Juda ; ils me tueront et reviendront à lui. Donc, après y avoir bien pensé, il fit faire deux veaux dorés, et il dit à son peuple : gardez-vous de monter à Jérusalem ; voilà vos dieux qui vous ont tirés de l’égypte. Et il mit ces deux veaux, l’un à Béthel, et l’autre à Dan 116. En même temps Addo le voyant , le prophete, l’homme de Dieu 117, vint de Juda en Béthel, quand Jéroboam était monté sur l’autel, et qu’il jettait de l’encens. Et il cria contre l’autel dans le verbe de Dieu ; et il dit : autel, autel ! Voici ce que dit le seigneur : il naîtra un jour un fils de la maison de David, qui s’appellera Josias ; et il immolera sur toi les prêtres des hauts lieux, qui à présent brûlent sur toi de l’encens : et il brûlera sur toi les os des hommes. Et aussitôt il donna un signe, disant : ceci sera le signe que c’est Dieu qui a parlé ; voici que l’autel va se fendre et que la cendre qui est dessus va se répandre. Le roi, ayant entendu cet homme qui criait contre son autel en Béthel, étendit sa main et cria : qu’on saisisse cet homme-là, mais sa main, qu’il avait étendue, devint paralitique sur le champ ; et il ne put la retirer à lui… l’autel se fendit, et la cendre se répandit, selon le signe que l’homme de Dieu avait prédit dans le verbe de Dieu… alors le roi dit à l’homme de Dieu : conjure la face du seigneur ton dieu, et prie pour moi, afin qu’il me rende ma main. L’homme de Dieu pria la face du seigneur Dieu ; et le roi reprit sa main. Le roi dit donc à l’homme de Dieu : vient-en diner avec moi dans ma maison ; et je te ferai des présens. L’homme de Dieu répondit au roi : quand tu me donnerais la moitié de ta maison, je n’irais pas avec toi ; et je ne mangerai point de pain, ni ne boirai point d’eau ici ; car le seigneur, qui m’a envoyé ici, m’a ordonné en m’ordonnant : tu ne mangeras point de pain, et tu ne boiras point d’eau en ce lieu-là, et tu ne retourneras point par le chemin que tu es venu 118… Addo : le prophete s’en retourna donc par un autre chemin. Or il y avait un vieux prophete qui demeurait à Béthel ; et ses enfans conterent au vieux prophete leur pere tout ce que l’homme de Dieu venait de faire. Et leur pere leur dit : quel chemin a-t-il pris pour s’en aller ? Et ils lui montrerent le chemin. Et il dit à ses fils : sanglez-moi mon âne. Et ils lui sanglerent son âne ; et il monta dessus ; et il trouva Addo, l’homme de Dieu, assis sous un thérébinte ; et il lui dit : es-tu l’homme de Dieu qui es venu de Juda ? Et Addo répondit : c’est moi. Le vieux prophete lui dit : viens t’en avec moi pour manger du pain. Addo répondit : je ne peux m’en retourner ni venir avec toi, ni manger du pain, ni boire de l’eau en ce lieu ; car le seigneur m’a parlé dans le verbe du seigneur, disant : tu ne mangeras pain, ni ne boiras eau en ce lieu, et tu ne t’en retourneras pas par la même voie 119. Le vieux voyant lui répartit ; écoute ; je suis prophete aussi, et semblable à toi ; et un ange m’est venu parler dans le verbe du seigneur, disant : ramene-moi cet homme-là dans ta maison, afin qu’il mange pain et qu’il boive eau. Et ainsi il le trompa, et le ramena avec lui ; et Addo mangea pain et but eau. Et lorsqu’ils étaient assis à table, le verbe du seigneur se fit entendre au prophete qui avait ramené le prophete Addo. Et ensuite le même verbe cria au prophete Addo : homme de Dieu, qui viens de Juda, voici ce que dit le seigneur : parce que tu n’as pas été obéissant à la bouche du seigneur, et que tu n’as point gardé le commandement que le seigneur t’a commandé, et que tu t’en es retourné, et que tu as mangé pain et que tu as bu eau dans le lieu où je t’ai défendu de manger pain et de boire eau, ton cadavre ne sera point porté dans le sépulcre de tes peres… donc après qu’Addo, homme de Dieu eut bu et mangé, le vieux devin sangla son âne pour le ramener… et comme Addo, homme de Dieu, était en chemin, et fut rencontré par un lion, qui le tua ; son corps demeura dans le chemin ; et l’âne se tenait auprès de lui d’un côté, et le lion de l’autre 120. En ce temps Abias, fils de Jéroboam tomba malade. Et le roi de Jéroboam dit à sa femme : ma femme, déguise-toi ; change d’habit, va-t’en au village de Silo où est le prophete Hahias ; prends avec toi dix pains, un petit gâteau, un pot de miel, et va-t’en trouver le prophete ; car il te dira tout ce qui arrivera au petit enfant… or le prophete Hahias, que la vieillesse avait rendu aveugle, entendit le bruit des souliers de la reine, qui était à sa porte en Silo ; et lui dit : entre, entre, femme de Jéroboam ; pourquoi te déguises-tu ?… ceux de la maison de Jéroboam, qui demeurent dans la ville, seront mangés par les chiens ; et ceux qui mourront à la campagne seront mangés par les oiseaux ;… va-t’en donc, et sitôt que tu auras mis le pied dans la ville, l’enfant mourra 121. Or Juda fit aussi le mal devant le seigneur. Car ils firent aussi des autels et des statues, et des bois consacrés sur les hauts. Il y eut aussi des sodomites prostitués, et des abominations. Mais la cinquieme année du regne de Roboam, Sésac, roi d’égypte, s’empara de Jérusalem, et il enleva tous les trésors de la maison du seigneur, et les trésors du roi ; il pilla tout, jusqu’aux boucliers d’or que Salomon avait faits 122… or Asa, petit-fils de Roboam, marcha droit devant le seigneur ; il chassa les sodomites prostitués… et empêcha Maacha sa mere de sacrifier à Priape, et il brisa le simulacre honteux de Priape, et le brûla dans le torrent de Cédron. Cependant il ne détruisit pas les hauts lieux. Mais son cœur était parfait devant le seigneur 123. Abias eut guerre avec Jéroboam. Il avait quatre cents mille combattans bien choisis et très vaillants. Et Roboam avait huit cents mille combattans bien choisis aussi, et très vaillants… et il y eut cinq-cents mille hommes des plus vaillants tués dans la bataille du côté d’Israël 124… Abias, voyant donc son royaume affermi, épousa quatorze femmes, dont il eut vingt-deux fils et seize filles… Asa, fils d’Abias, fit ce qui était bon et agréable devant le seigneur. Il leva dans Juda une armée de trois-cents mille hommes portants boucliers et piques ; et dans Benjamin deux-cents quatre-vingts mille hommes portants boucliers et carquois… et Zara, roi d’éthiopie, vint l’attaquer avec un million de combattants et trois-cents chariots de guerre… et les éthiopiens furent entiérement défaits, car c’était le seigneur qui les frappait. Or Amari acheta la montagne de Samarie d’un hébreu, nommé Somer, pour deux talents d’argent ; et il bâtit la ville de Samarie du nom de ce Somer, à qui la montagne avait appartenu. Et Hiel, natif de Béthel, rebâtit la ville de Jérico 125. En ce temps-là élie le thesbite, habitant de Galaad 126, dit à Achab roi d’Israël : vive dieu ! Il ne tombera pas pendant sept ans une goutte de rosée et de pluie, si Dieu ne l’ordonne par ma bouche… le seigneur Adonaï s’adressa ensuite à élie, et lui dit : retire-toi d’ici ; va-t’en vers l’orient ; cache-toi dans le torrent de Carith ; j’ai ordonné aux corbeaux de ce pays-là de te nourrir… élie fit comme le verbe d’Adonaï lui avait dit ; il se mit dans le torrent de Carith, qui est contre le Jourdain. Les corbeaux lui apportaient le matin du pain et de la viande, et le soir encore du pain et de la viande, et il buvait de l’eau du torrent. Quelques jours après, le torrent se sécha ; car il ne pleuvait point sur la terre. Le verbe d’Adonaï se fit donc encore entendre à lui, en disant : leve-toi ; va-t’en à Sarepta, village des sidoniens, et demeure là ; car j’ai commandé à une veuve de te nourrir… élie alla aussi-tôt à Sarepta ; et quand il fut à la porte, une veuve se mit à ramasser quelques brins de bois. Il lui dit : donne-moi un peu d’eau dans un gobelet, et une bouchée de pain. La veuve répondit : vive Adonaï ton dieu ! Je n’ai point de pain, je n’ai qu’un petit pot de farine qui n’en contient qu’autant qu’il en peut tenir dans ma main, et un peu d’huile dans un petit vase ; et je viens ici ramasser deux brins de bois pour faire manger mon fils et moi ; après quoi nous mourrons. élie lui dit : cela ne fait rien ; fais comme je t’ai dit ; fais-moi cuire un petit pain sous la cendre ; apporte-le moi : tu en feras après un autre pour ton fils et pour toi 127 ; car voici ce que dit Adonaï dieu d’Israël : le pot de farine ne manquera point, et le pot d’huile ne diminuera point, jusqu’à ce qu’Adonaï fasse tomber de la pluie sur la face de la terre… la veuve s’en alla donc, et fit ce qu’élie lui avait dit. élie mangea, elle aussi, et sa maison aussi ; et la farine du pot ne manqua point ; et l’huile du petit huilier ne diminua point… or il arriva après, que l’enfant de cette veuve, mere de famille, fut si malade qu’il ne respirait plus. Cette femme dit donc à élie : homme de Dieu, es-tu venu chez moi pour faire mourir mon fils… élie lui dit : donne-moi ton fils ; et il le prit du sein de la veuve, et le porta dans la salle à manger où il demeurait. Il se mit par trois fois sur l’enfant en le mesurant ; et il cria à Adonaï : mon seigneur, fais, je te prie, que l’ame de cet enfant revienne dans ses entrailles. Et Adonaï exauça la voix d’élie ; l’ame de l’enfant revint, et il ressuscita 128. Après plusieurs jours le verbe d’Adonaï fut fait à élie, disant : va, montre-toi au roi Achab, afin que je fasse tomber la pluie sur la face de la terre. élie alla donc pour se montrer au roi Achab… or il y avait alors grande famine sur la terre 129. Achab vint aussi-tôt devant élie, et lui dit : n’es-tu pas celui qui trouble Israël ? élie lui répondit : ce n’est pas moi qui trouble Israël ; c’est toi et la maison de ton pere, quand vous avez tous abandonné Adonaï et suivi Baal… fais assembler tout le peuple sur le mont Carmel, avec tes quatre cents cinquante prophetes de Baal, et avec tes quatre cents prophetes des bocages, qui mangent de la table de ta femme Jésabel… Achab fit donc venir tous les enfans d’Israël ; et il assembla ses prophetes sur le mont Carmel… élie dit : qu’on me donne deux bœufs ; qu’ils en choisissent un pour eux, et que l’ayant coupé par morceaux ils le mettent sur le bois, sans mettre du feu par-dessous 130. Et moi, je prendrai l’autre bœuf ; je le mettrai sur du bois, sans mettre du feu par-dessous… invoquez tous le nom de vos dieux ; et moi j’invoquerai le nom du mien. Que le dieu, qui exaucera par le feu, soit dieu ! Tout le monde lui répondit : très-bonne proposition. Les prophetes d’Achab, ayant donc pris leur bœuf, invoquerent le nom de Baal jusqu’à midi, disant : Baal, exauce-nous. Et Baal ne disait mot. Ils sautaient par-dessus l’autel ; il était déja midi. Et élie se moquait d’eux en disant : criez plus fort ; car Baal est un dieu ; il parle peut-être à quelqu’un ; ou il est au cabaret, ou il voyage, ou il dort, et il faut le réveiller. Ils se mirent donc à crier encore plus ; ils se firent des incisions selon leurs rites avec des couteaux et des lancettes, jusqu’à ce qu’ils fussent couverts de sang 131. élie rétablit l’autel d’Adonaï en prenant douze pierres, et fesant une rigole tout autour, arrangea son bois, coupa son bœuf par morceaux. Il fit répandre par trois fois quatre cruches d’eau sur son holocauste et sur le bois ; et il dit : Adonaï ! Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob ! Fais voir aujourd’hui que tu es le dieu d’Israël, et que je suis ton serviteur, et que c’est par ton ordre que j’ai fait tout cela. Et en même temps le feu d’Adonaï descendit du ciel et dévora l’holocauste, le bois, les pierres, la cendre, et l’eau qui était dans les rigoles. Ce que voyant le peuple, il cria : Adonaï est dieu, Adonaï est dieu. Alors élie leur dit : prenez les prophetes de Baal ; et qu’il n’en échappe pas un seul. Et le peuple les ayant pris, élie les mena au torrent de Cison, et les y massacra tous. élie dit ensuite au roi Achab : allez, mangez et buvez ; car j’entends le bruit d’une grande pluie 132… et il tomba une grande pluie. Achab monta donc sur sa charrette… et élie s’étant ceint les reins, courut devant Achab jusqu’au village de Jésraël 133. Le roi Achab, ayant rapporté à Jésabel ce qu’élie avait fait, et comme il avait massacré ses prophetes, la reine Jésabel envoya un messager à élie, disant : les dieux m’exterminent, si demain je ne tue ton ame, comme tu as tué l’ame de mes prophetes. élie trembla de peur, et s’enfuit dans le désert ; et il se jetta par terre et s’endormit. L’ange de Dieu le toucha et lui dit : leve-toi, et mange. élie se retourna, et vit auprès de sa tête un pain cuit sous la cendre et un pot d’eau. Il mangea et but et marcha pendant quarante jours et quarante nuits jusqu’au mont Oreb, montagne de Dieu… et il se cacha dans une caverne. Le seigneur Adonaï lui dit : que fais-tu là ? Sors et va sur la montagne. Puis le seigneur passa ; et on entendit devant le seigneur un grand vent, qui déracinait les montagnes, et qui brisait les roches ; et le seigneur n’était point dans le vent. Puis, après le vent, il se fit un grand tremblement de terre ; et le seigneur n’était pas dans ce tremblement. Et après ce tremblement de terre, il s’alluma un grand feu, et Dieu n’était pas dans ce feu. Après ce feu, on entendit le sifflement d’un petit vent ; et Dieu était dans ce sifflement 134. Et Adonaï dit à élie : retourne dans le désert de Damas, et tu oindras Hazaël, pour être roi de Syrie ; et tu oindras Jéhu, fils de Namsi, pour être roi sur Israël. Tu oindras aussi le bouvier élizée, pour être prophete. Quiconque aura échappé à l’épée de Jéhu, sera tué par élisée 135. Or élie, ayant rencontré élisée qui labourait avec vingt-quatre bœufs, il mit son manteau sur lui… Benadad, roi de Syrie, ayant assemblé toute son armée, et sa cavalerie, et ses chars de guerre, et trente-deux rois avec lui, marcha contre Samarie et l’assiégea. Le roi d’Israël assembla ses prophetes au nombre de quatre cents, et leur dit : dois-je aller à la guerre en Ramoth de Galaad ? Et ils lui répondirent : marche à la guerre dans la ville de Galaad ; et le seigneur la mettra dans ta main. Le roi Josaphat, roi de Juda (l’ami et l’allié du roi d’Israël Achab) dit aussi : n’y a-t-il point quelqu’autre prophête pour prophétiser ? Achab répondit au roi Josaphat : il y en a encore un par qui nous pourrions interroger Adonaï ; mais je hais cet homme-là, parce qu’il ne prophétise jamais rien de bon ; c’est Michée, fils de Jembla 136… cependant Achab, roi d’Israël, fit venir Michée. Le roi d’Israël et le roi de Juda étaient dans l’aire d’une grange, chacun sur son trone, vêtus à la royale, près de Samarie. Et tous les prophetes prophétisaient devant eux. Le prophete Sédékias, fils de Chaahana, se mit des cornes de fer sur la tête et dit : ces cornes frapperont la Syrie jusqu’à ce qu’elle soit détruite. Tous les prophetes prophétisaient de même, et disaient aux deux rois : montez contre Ramoth en Galaad ; et le seigneur vous la livrera… mais Michée, étant interrogé, dit : j’ai vu le seigneur assis sur son trône, et toute l’armée du ciel rangée à sa droite et à sa gauche ; et le seigneur a dit : qui de vous ira tromper Achab roi d’Israël, afin qu’il marche contre Ramoth en Galaad et qu’il y périsse : et un ange autour du trône disait une chose, et un autre ange en disait une autre… alors un méchant ange s’est avancé, et se présentant devant le seigneur, il lui a dit ; c’est moi qui tromperai Achab. Et Adonaï lui a dit : comment t’y prendras-tu ? Et l’ange malin a répondu : je serai un esprit menteur dans la bouche des prophetes ; Adonaï lui a réparti : oui, tu le tromperas, et tu prévaudras ; va-t’en, et fais cela ainsi. Le reste des discours d’Achab, et de tout ce qu’il fit, et la maison d’ivoire qu’il construisit, et toutes les villes qu’il bâtit, tout cela n’est-il pas écrit dans le livre des discours et des jours des rois d’Israël ? Or il arriva qu’Ochozias roi d’Israël, étant tombé par les barreaux d’une salle à manger en Samarie, en fut très-mal. Et il dit à ses domestiques ; allez consulter Belzébub ou Belzébuth, le dieu d’Acaron, pour savoir si je pourrai en réchapper… en même temps un ange du seigneur parla à élie le thesbite, et lui dit : va-t’en aux gens du roi de Samarie, et dis-leur : est-ce qu’il n’y a pas un dieu en Israël ? Pourquoi consultez-vous un dieu en Acaron ; c’est pourquoi, voici ce que dit Adonaï : ô roi ! Tu ne releveras point de ton lit, ô roi ! Mais tu mourras de mort. Et ayant parlé ainsi, élie s’en alla. Les gens du roi retournerent donc vers lui, et lui dirent : il est venu un homme, qui nous a dit tu ne releveras point de ton lit, ô roi ! Mais tu mourras de mort 137 ;… cet homme est très-poiloux, et il a une ceinture de cuir sur les reins. Ah ! C’est élie le thesbite, dit le roi. Et aussi-tôt il envoya un capitaine avec cinquante soldats pour prendre élie, qui était sur le haut d’une montagne. Le capitaine dit à élie : homme de Dieu, le roi t’ordonne de descendre de ta montagne. élie lui répondit ; si je suis homme de Dieu, que la foudre descende du ciel et te dévore toi et tes cinquante hommes. Et la foudre descendit du ciel et dévora les cinquante hommes et le capitaine. Le roi Ochosias envoya aussi-tôt un autre capitaine avec cinquante autres soldats. Le capitaine dit à élie : allons, allons, homme de Dieu, descends vite. élie lui répondit : si je suis homme de Dieu, que la foudre descende du ciel et te dévore toi et tes cinquante. Et la foudre descendit et dévora encore ce capitaine et cette cinquantaine 138. Les enfans des prophetes, qui étaient à Jérico, vinrent dire à élisée : ne sais-tu pas que le seigneur doit enlever aujourd’hui élie ? élisée répondit : je le sais ; n’en dites mot… et cinquante enfans des prophetes suivirent élie et élisée jusqu’au bord du Jourdain. Alors élie prit son manteau ; et l’ayant roulé, il en frappa les eaux du Jourdain, qui se diviserent en deux parts ; et élie et élisée passerent à sec. Quand ils furent passés, élie dit à élisée : demande-moi ce que tu voudras avant que je sois enlevé d’avec toi. élisée lui répondit : je te prie que ton double esprit soit fait en moi. élie lui dit : tu me demandes là une chose bien difficile ; cependant, si tu me vois quand je serai enlevé, tu l’auras ; mais si tu ne me vois point, tu ne l’auras pas 139. Et comme ils continuaient leur chemin en causant ensemble, voici qu’un char de feu et des chevaux de feu descendirent et séparerent élie et élisée ; et élie fut enlevé au ciel dans un tourbillon 140. élisée ramassa le manteau qu’élie avait laissé tomber par terre ; il prit le manteau, il en frappa les eaux du Jourdain ; mais elles ne se diviserent pas. élisée dit : eh bien, où est donc ce dieu d’élie ! Mais en frappant les eaux une seconde fois, elles se diviserent à droite et à gauche ; et élisée passa à pied sec. Or élisée monta delà à Béthel ; et comme il marchait dans le chemin, de petits enfans, étant sortis de la ville, se moquerent de lui en lui disant : monte, monte, chauve. élisée se retournant les anathématisa au nom du seigneur ; et en même temps deux ours sortirent d’un bois, et déchirerent quarante-deux enfans 141. Or le roi d’Israël, Joram, fils d’Achab, régnant dans Samarie, et le roi Josaphat régnant dans Jérusalem, et un autre roi régnant dans l’Idumée, s’étant joints ensemble contre un roi de Moab, ayant marché par le désert pendant sept jours, et n’ayant d’eau ni pour leur armée ni pour leurs bêtes ; le roi d’Israël Joram dit : hélas ! Hélas ! Le seigneur nous a ici joints trois rois ensemble, pour nous livrer dans les mains de Moab. Le roi Josaphat dit : n’y aurait-il point ici quelque prophete d’Adonaï, pour prier Adonaï ? Un des gens du roi répondit : il y a ici le bouvier élisée, fils de Saphat, lequel était valet d’élie. Et Josaphat dit : la parole du seigneur est dans lui. Alors Joram roi de Samarie, Josaphat roi de Jérusalem, et le roi d’édom, allerent trouver élisée 142. Joram roi de Samarie dit à élisée : dis-nous pourquoi le seigneur a assemblé trois rois pour les livrer aux mains du roi de Moab ? élisée lui répondit : vive Adonaï Sabaoth si je n’avais de respect 143 pour la face de Josaphat roi de Juda, je ne t’aurais pas seulement écouté ; et je n’aurais pas daigné te regarder ; mais maintenant qu’on m’amene 144 un harpeur. Et le harpeur vint chanter des chansons sur sa harpe ; et la main d’Adonaï fut sur élisée… les israélites battirent les moabites, qui s’enfuirent… le roi de Moab, ayant vu cela, prit son fils aimé qui devait régner 145 après lui, et il l’offrit en holocauste sur la muraille ; et les israélites, étant épouvantés, s’en retournerent chacun chez soi. Un certain jour élisée passait par le village de Sunam ; et il y avait une grande dame dans ce village qui lui donna du pain… cette femme dit à son mari : je vois que cet homme, qui passe souvent chez nous, est un saint homme de dieu ; fesons-lui faire une petite chambre ; mettons-y un petit lit, une table, une chaise et une lampe. Un jour donc élisée étant venu dans le village de Sunam, il alla loger dans cette chambre ; et il dit à son valet Gihézi : fais-moi venir cette sunamite ; et elle vint. élisée dit à son valet : demande-lui ce qu’elle veut que je fasse pour elle, si elle a quelque affaire, si elle veut que je parle au roi d’Israël Joram, ou au prince de sa milice ; que faut-il que je fasse pour elle ? 146. Son valet Gihézi lui répondit : est-ce que cela se demande, ne vois-tu pas que son mari est vieux, et qu’elle n’a point d’enfant. élisée la fit donc revenir, puis lui dit : tu auras 147 un enfant dans ta matrice, si à dieu plait, dans un an… cette femme eut donc un fils au bout de l’année… l’enfant mourut. La mere fit seller son ânesse, et alla trouver l’homme de Dieu sur le mont Carmel 148. Cette femme ayant fait des reproches à élisée, il dit à Gihézi son valet : mets ta ceinture, prends ton bâton et marche ; si tu rencontres quelqu’un, ne le salue point ; si on te salue, ne réponds point ; mets ton bâton sur le visage de l’enfant, pour le ressusciter. Gihézi courut donc, et mit son bâton sur le visage de l’enfant ; mais l’enfant ne branla point, et la parole et le sentiment ne lui revinrent point. Gihézi revint donc dire à son maître que l’enfant ne voulait pas ressusciter. élisée entra donc dans la maison, et trouva l’enfant, mit sa bouche sur sa bouche, ses yeux sur ses yeux, ses mains sur ses mains, et se courba sur l’enfant. Et la chair de l’enfant se réchaufa ; et élisée descendant du lit se promena dans la maison par-ci par-là ; et puis il remonta, et se courba sur lui ; et l’enfant bâilla sept fois, et ouvrit les yeux 149. élisée revint ensuite à Galgala ; il y avait une grande famine 150. Les enfans des prophetes demeuraient avec lui ; et il dit à un valet : prends une grande marmite, et fais à manger pour les enfans des prophetes. Le valet, ayant trouvé des coloquintes, les mit dans sa marmite… les prophetes, en ayant goûté, s’écrierent : homme de Dieu, la mort est dans la marmite. Oh bien donc, dit élisée, apportez-moi de la farine. Ils apporterent de la farine ; il la mit dans la marmite ; et il n’y eut plus d’amertume dans le pot. Or il vint un homme de Baal-Salisa, qui portait des prémices et vingt pains d’orge, avec du froment nouveau dans sa poche… le cuisinier lui répondit : il n’y en a pas là pour servir à cent convives. élisée dit : donne, donne cela au peuple, afin qu’il mange ; car Adonaï dit, ils mangeront et il y en aura de reste. Le cuisinier servit donc ces pains devant le peuple ; ils mangerent et il y en eut de reste, selon la parole d’Adonaï 151. Or Naaman, prince de la milice du roi de Syrie, était un homme grand et honoré chez son maître ; car c’était par lui qu’Adonaï avait sauvé la Syrie ; il était vaillant et riche, mais lépreux. Or des voleurs de Syrie ayant fait captive une fille d’Israël, cette fille était au service de la femme de Naaman. Cette fille dit à sa maîtresse : plût à dieu que monseigneur eût été vers le prophete qui est à Samarie ! Donc Naaman alla au roi son maître, et lui raconta le discours de cette fille. Le roi de Syrie lui répondit : va, j’écrirai pour toi au roi d’Israël. Il partit donc de Syrie. Il prit avec lui dix talents d’argent, six mille pieces d’or et dix robes… Naaman vint donc avec ses chariots et ses chevaux, et se tint à la porte de la maison d’élisée. Et élisée lui envoya dire : lave-toi sept fois dans le Jourdain ; et ta chair sera nette 152. Il s’en alla donc, se lava sept fois dans le Jourdain, et sa chair devint comme la chair d’un enfant… Naaman dit donc à élisée : certainement il n’y a point d’autre dieu dans toute la terre, si ce n’est le dieu d’Israël ;… je ne ferai plus d’holocaustes à d’autres dieux ; mais je te demande de prier ton dieu pour ton serviteur ; car lorsque le roi mon maître viendra dans le temple de Rimnon pour adorer, et que je lui donnerai la main, si j’adore aussi dans le temple de Rimnon, il faut que ton dieu me le pardonne. élisée lui répondit : va t’en en paix… 153. Quelque temps après, Benadad roi d’Assyrie assembla toute son armée : il monta, et vint assiéger Samarie… or il y avait grande famine en Samarie ; et la tête d’un âne se vendait quatre-vingts écus, et un quart de boisseau de crotins de pigeons cinq écus 154. Et le roi d’Israël passant par les murailles, une femme s’écria et lui dit : ô roi monseigneur ! Sauve moi. Et le roi lui répondit : comment puis-je te sauver ? Je n’ai ni pain, ni vin ; que veux-tu me dire ? Et la femme repartit : voilà ma voisine qui m’a dit, donne-moi ton fils afin que nous le mangions aujourd’hui, et demain nous mangerons le mien ; nous avons donc fait cuire mon fils, et nous l’avons mangé ; je lui ai dit le lendemain : fesons cuire aussi ton fils afin que nous le mangions ; elle n’en veut rien faire ; elle a caché son enfant. Le roi, ayant entendu cela, déchira ses vêtemens, et passa vite la muraille. Il dit : que Dieu m’extermine si la tête d’élisée, fils de Saphat, demeure aujourd’hui sur ses épaules, car c’est lui qui nous a envoyé la famine 155. Or élisée était assis dans sa maison. Des vieillards étaient avec lui. Le roi envoya donc vers lui un homme. Mais élisée dit à ses amis : prenez garde ; quand cet homme viendra pour me couper le cou, fermez bien la porte… comme il disait cela, le bourreau arriva et lui dit : voilà un grand mal ; que pourrons nous attendre du seigneur ? élisée lui répondit : écoute la parole du seigneur ; car voici ce que dit le seigneur. Demain à cette même heure le sac de farine se vendra trente-deux sous, et deux sacs d’orge se donneront pour trente-deux sous. Or pendant ce temps-là le seigneur fit entendre un grand bruit de chariots, de chevaux, et d’une grande armée dans le camp des syriens ; et tous les syriens s’enfuirent pendant la nuit, abandonnant leurs tentes, leurs chevaux, leurs ânes, et ne songeant qu’à sauver leur vie… tout le peuple aussitôt sortit 156 de Samarie et pilla le camp des syriens : et le sac de farine fut vendu trente-deux sous, et deux sacs d’orge trente-deux sous, selon la parole d’Adonaï… or élisée parla à la femme dont il avait ressuscité l’enfant, et lui dit : va t’en toi et ta famille où tu pourras ; car Adonaï a appellé la famine ; elle sera sur la terre pendant sept ans… pour élisée, il s’en alla à Damas. Benadad roi de Syrie était alors malade ; ses gens vinrent en hâte lui dire : voici l’homme de Dieu. Surquoi le roi dit à Hazaël : qu’on aille vite au-devant de l’homme de Dieu avec des présents ; qu’on le consulte si je pourrai relever de ma maladie… Hazaël alla donc vers élisée avec quarante chameaux chargés de présents ; et quand il fut devant élisée, il lui dit : ton fils le roi de Syrie m’a envoyé à toi avec ces présents, disant : pourrai-je guérir de ma maladie ? 157. élisée lui dit : va t’en, dis-lui qu’il guérira ; cependant le seigneur m’a dit qu’il mourra. Et l’homme de Dieu disant cela se mit à pleurer. Hazaël lui dit : pourquoi monseigneur pleure-t-il ? élisée dit : c’est que je sais que tu feras grand mal aux fils d’Israël ; tu brûleras leurs villes, tu tueras avec le glaive les jeunes gens, tu fendras le ventre aux femmes grosses… Hazaël lui dit : comment veux-tu que je fasse de si grandes choses, moi qui ne suis qu’un chien ? élisée répondit : c’est qu’Adonaï m’a révélé que tu seras roi de Syrie… le lendemain Hazaël, ayant quitté élisée, vint retrouver Benadad son maître qui lui dit : eh bien, que t’a dit élisée ? Il répondit : ô roi ! Il m’a dit que tu guériras. Alors il prit une peau de chevre mouillée, la mit sur le visage du roi, et l’étouffa. Le roi mourut, et Hazaël régna à sa place 158. En ce temps-là le prophete élisée appella un des enfans des prophetes, et lui dit : prends une petite bouteille d’huile, et va-t’en à Ramoth de Galaad ; quand tu seras là, tu verras Jéhu fils de Josaphat, fils de Namsi, et tu lui répandras en secret ta bouteille sur la tête, en lui disant : voici comme parle Adonaï, je t’oins roi d’Israël. Aussitôt tu ouvriras la porte et tu t’enfuiras… le jeune prophete alla donc en Ramoth de Galaad… et versa sa bouteille d’huile sur la tête de Jéhu, lui disant : je t’ai oint roi sur le peuple d’Israël de la part du seigneur, à condition que tu vengeras le sang des prophetes, etc… or Jéhu frappa le roi Joram son maître d’une fleche entre les épaules, qui lui perça le cœur ; et il tomba mort de son chariot. Ochozias roi de Juda, son ami, qui était venu le voir, s’enfuit par le jardin. Jéhu le poursuivit, et dit : qu’on le tue aussi celui-là ; et il fut tué… … et Jéhu leva la tête vers une fenêtre, où était Jézabel veuve du roi d’Israël Achab… et il dit : qu’on la jette par la fenêtre. Et on la jetta par la fenêtre ; et la muraille fut mouillée de son sang… or Achab avait eu soixante et dix fils dans Samarie. Et Jéhu écrivit aux chefs de Samarie, et leur manda : coupez les têtes des fils de votre roi, et venez nous les apporter demain dans Israël… dès que les premiers de la ville de Samarie eurent reçu ces lettres du roi Jéhu, ils prirent les soixante et dix fils du roi Achab, leur couperent le cou, et mirent leurs têtes dans des corbeilles… Jéhu fit mourir ensuite tout ce qui restait de la maison d’Achab, tous ses amis, tous ses officiers, tous les prêtres ; desorte qu’il ne resta plus personne. Après cela il vint à Samarie ; il rencontra les freres d’Ochosias roi de Juda ; il leur demanda : qui êtes-vous ? Ils lui répondirent : nous sommes quarante-deux freres d’Ochosias roi de Juda. Et Jéhu dit à ses gens : eh bien, qu’on les prenne tout vifs. Et les ayant pris vifs, il fit égorger tous les quarante-deux dans une citerne ; et il n’en resta rien… Athalie, mere d’Ochozias, voyant son fils mort, et les quarante-deux freres d’Ochozias morts, fit tuer tous les princes du sang royal ; mais Josabeth, sœur d’Ochozias, cacha le petit Joas fils d’Ochozias… et sept ans après, Joiadad grand-prêtre fit tuer par le glaive Athalie 159. La vingt-troisieme année de Joas fils d’Ochozias roi de Juda, la fureur du seigneur s’alluma contre Israël ; et il les livra entre les mains d’Hazaël roi de Syrie… et élisée étant tombé malade, un autre Joas roi d’Israël vint le voir. élisée dit au roi Joas : apporte-moi des fleches. Puis il dit : ouvre la fenêtre à l’orient ; jette une fleche par la fenêtre ;… frappe la terre avec tes fleches… le roi Joas ne frappa la terre que trois fois. L’homme de Dieu se mit en colere contre le roi Joas, et lui dit : si tu avais frappé la terre cinq fois, six fois, ou sept fois, tu aurais exterminé la Syrie ; mais puisque tu n’as frappé la terre que trois fois, tu ne battras les syriens que trois fois… puis élisée mourut ; et il fut enterré 160. Or il arriva que des gens qui portaient un corps mort en terre apperçurent des voleurs ; et en s’enfuyant ils jetterent le corps mort dans le sépulcre d’élisée… dès que le corps mort toucha le corps d’élisée, il ressuscita sur le champ et se dressa sur ses pieds… 161. Pendant le regne de Phacée roi d’Israël, Teglatphalassar roi des assyriens vint en Israël, il prit toute la Galilée et le pays de Nephtali, et en transporta tous les habitants en Assyrie… 162. Salmanasar roi des assyriens marche contre Ozée fils d’éla, qui régnait sur Israël à Samarie. Et Ozée fut asservi à Salmanasar, et lui paya tribut 163. Mais Ozée ayant voulu se révolter contre lui, il fut pris et mis en prison chargé de chaînes… Salmanasar dévasta tout le pays ; et étant venu à Samarie, il l’assiégea pendant trois ans ; et la neuvieme année d’Ozée Salmanazar prit Samarie, et transporta tous les israélites au pays des assyriens dans Ola, dans Habor, dans les villes des medes, vers le fleuve Gozan… et cela arriva, parce que les enfants d’Israël avaient péché contre leur dieu Adonaï 164. Or le roi d’Assyrie fit venir des habitants de Babylone, de Kutha, d’Ava, d’émath, de Sépharvaïm, et les établit dans les villes de la Samarie à la place des enfants d’Israël… quand ils y furent établis, ils ne craignirent point Adonaï ; mais Adonaï leur envoya des lions, qui les égorgeaient 165. Cela fut rapporté au roi des assyriens, auquel on dit : les peuples que tu as transportés dans la Samarie, et auxquels tu as commandé de demeurer dans ses villes, ignorent la maniere dont le dieu de ce pays-là veut être adoré ; et ce dieu leur a détaché des lions ; et voilà que ces lions les tuent, parce qu’ils ignorent la religion du dieu du pays. Alors le roi des assyriens donna cet ordre, disant : qu’on envoie en Samarie l’un des prêtres captifs ; qu’il retourne, et qu’il apprenne aux habitants le culte du dieu du pays… 166. Ainsi un des prêtres captifs de Samarie, y étant revenu, leur apprit la maniere dont ils devaient adorer Adonaï… 167. Ainsi chacun de ces peuples se forgea son dieu ; et ils mirent leurs dieux dans leurs temples, et dans les hauts lieux. Chaque peuplade mit le sien dans les villes où elle habitait. Les babyloniens firent leur soccoth Bénoth, les cuthéens leur Nergel, les émathiens leur Asima, les hévéens leur Nébahas et Terthah, pour ceux de Sépharvaïm ils brûlerent leurs enfants en l’honneur d’Adramélec et d’Anamélec. Or tous ces peuples adoraient Adonaï, et ils prirent les derniers venus pour prêtres des hauts lieux… et comme ils adoraient Adonaï, ils servaient aussi leurs dieux, selon la coutume des nations transplantées en Samarie… 168. La quatorzieme année du roi ézéchias roi de Juda, Sennachérib roi des assyriens vint attaquer toutes les villes fortifiées de Juda, et les prit… alors ézéchias envoya des messagers au roi des assyriens disant : j’ai péché envers toi ; retire-toi de moi ; je porterai tous les fardeaux que tu m’imposeras. Le roi d’Assyrie lui ordonna donc de payer trente talents d’argent, et trente talents d’or… ézéchias donna tout l’argent qui était dans la maison d’Adonaï et dans les trésors du roi… or les serviteurs du roi ézéchias allerent trouver Isaïe le prophete ; et Isaïe leur dit : dites à votre maître, voici ce que dit Adonaï : ne crains point les paroles blasphématoires des officiers du roi d’Assyrie ; car je vais lui envoyer un certain esprit, un certain soufle ; et il apprendra une nouvelle après laquelle il retournera dans son pays ; et je le frapperai dans son pays par le glaive… cette même nuit l’ange du seigneur vint dans le camp des assyriens, et il tua cent quatre-vingt-cinq mille hommes… et Sennachérib roi des assyriens, s’étant levé au point du jour, vit tous ces corps morts, et s’en retourna aussitôt. En ce temps-là ézéchias roi de Juda fut malade à la mort. Le prophete Isaïe fils d’Amos vint lui dire : voici ce que dit le dieu Adonaï : mets ordre à tes affaires, car tu mourras, et tu ne vivras pas… alors ézéchias tourna sa face contre la muraille, et pria Dieu, disant : seigneur, souviens-toi, je te prie, comment j’ai marché dans la vérité et dans un cœur parfait, et que j’ai fait ce qui t’a plu. Et il sanglota avec de grands sanglots… et Isaïe n’était pas encore à la moitié de l’antichambre, qu’Adonaï revint lui faire un discours, disant : retourne et dis à ézéchias chef de mon peuple, voici ce que dit Adonaï, dieu de David ton pere : j’ai entendu ta priere ; j’ai vu tes larmes ; je t’ai guéri ; et dans trois jours tu monteras au temple d’Adonaï, et j’ajouterai encore quinze années à tes jours 169… bien plus, je te délivrerai, toi et cette ville, du roi des assyriens, et je protégerai cette ville à cause de moi et de David mon serviteur. Alors Isaïe dit : qu’on m’apporte une marmelade de figues. On lui apporta la marmelade ; on la mit sur l’ulcere du roi, et il fut guéri… mais ézéchias ayant dit à Isaïe : quel signe aurai-je que le seigneur me guérira, et que j’irai dans trois jours au temple d’Adonaï ? Et Isaïe lui dit : voici le signe du seigneur, comme quoi le seigneur fera la chose qu’il t’a dite, veux-tu que l’ombre du soleil s’avance de dix degrés, ou qu’elle retourne en arriere de dix degrés ? ézéchias lui dit : il est aisé que l’ombre croisse de dix degrés ; ce n’est pas ce que je veux qu’on fasse ; mais que l’ombre retourne en arriere de dix degrés. Le prophete Isaïe invoqua donc Adonaï ; et il fit que l’ombre retourna en arriere de dix degrés, dont elle était déjà descendue dans l’horloge d’Achaz… 170. Manassé, fils d’ézéchias, avait douze ans lorsqu’il commença à régner… il dressa des autels à Baal… et à toute l’armée du ciel dans les deux parvis du temple d’Adonaï… il fit passer son fils par le feu ; il prédit l’avenir ; il observa les augures, fit des pythons et des aruspices 171… il s’endormit enfin avec ses peres, et fut enseveli dans le jardin de sa maison… … Josias avoit huit ans lorsqu’il commença à régner ; et il régna trente et un an ; et il fit ce qui est agréable au seigneur… or un jour le grand-prêtre Helkias dit à Saphan secrétaire : j’ai trouvé le livre de la loi dans le temple du seigneur en fesant fondre de l’argent… 172. Saphan secrétaire dit au roi : le grand-prêtre Helkias m’a donné ce livre. Et il le lut devant le roi… et le roi Josias déchira ses vêtemens… et il dit au grand-prêtre Helkias, et à Saphan secrétaire : allez, consultez Adonaï sur moi et sur le peuple touchant les paroles de ce livre qu’on a trouvé. Et le roi assembla tous les prêtres des villes de Juda ; et il souilla tous les hauts lieux… il souilla ainsi la vallée de Tophet, afin que personne ne sacrifiât plus son fils 173 ou sa fille à Moloc… il ôta aussi les chevaux que les rois de Juda avaient donnés au soleil à l’entrée du temple… il tua tous les prêtres des hauts lieux qui étaient à Béthel… et brûla sur ces autels des os de morts… puis il dit à tout le peuple : célébrons la pâques en l’honneur d’Adonaï votre dieu, selon ce qui est écrit dans ce livre du pacte avec Dieu… 174. Il n’y eut point avant Josias de roi semblable, qui revînt au seigneur de tout son cœur, de toute son ame et de toute sa force ; et on n’en a point vu non plus après lui… cependant l’extrême fureur d’Adonaï ne s’appaisa point, parce que Manassé pere de Josias l’avait fort irrité. C’est pourquoi Adonaï dit : je rejetterai Juda de ma face, comme j’ai rejetté Israël ; et je rejetterai Jérusalem et la maison que j’ai choisie 175. En ce temps-là le pharaon Néchao roi d’égypte marcha contre le roi des assyriens au fleuve de l’Euphrate ; et Josias marcha contre lui, et il fut tué dès qu’il parut… pharaon Néchao prit Joachaz le fils de Josias, et l’enchaîna dans la terre d’émath, afin qu’il ne régnât point à Jérusalem ; et il condamna Jérusalem à payer cent talents d’argent et un talent d’or… et pharaon Néchao établit roi à Jérusalem éliakim autre fils de Josias, et lui changea son nom en celui de Joachin 176. En ce temps-là Nabucodonosor roi de Babylone marcha contre Juda ; et Joachim fut son esclave pendant trois ans… après quoi il se révolta… alors le seigneur envoya des troupes de brigands de Chaldée, de Syrie, de Moab, d’Ammon, contre Juda, pour l’exterminer selon le verbe que le seigneur avait fait entendre par ses serviteurs les prophetes… 177. Et Joachim s’endormit avec ses peres ; et son fils Joachim régna à sa place. Et Nabucodonosor vint avec ses gens pour prendre Jérusalem. Joachim roi de Juda sortit de la ville, et vint se rendre au roi de Babylone avec sa mere, ses serviteurs, ses princes, ses eunuques, la huitieme année de son regne… et le roi Nabucodonosor emporta tous les trésors de Jérusalem, ceux de la maison d’Adonaï et ceux de la maison du roi : il brisa tous les vases d’or que Salomon avait mis dans le temple selon le verbe d’Adonaï… il transporta toute la ville de Jérusalem, 178 tous les princes, tous les hommes vigoureux de l’armée, au nombre de dix mille, et tous les hommes ouvriers, et tous les orfevres… il fit transporter à Babylone Joachim, et la mere de Joachim, et ses femmes, et ses eunuques, et les juges, de la terre de Juda en captivité ; et sept mille hommes robustes de Juda, et tous les ouvriers robustes ; ils furent tous captifs à Babylone… et il établit Roitelet tributaire Mathania oncle de Joachim, qu’il appella Sédécias… la colere d’Adonaï s’alluma plus que jamais contre Jérusalem et Juda ; il les rejetta de sa face. Et Sédécias se révolta contre le roi de Babylone… donc le roi de Babylone marcha avec toute son armée contre Jérusalem, et il l’entoura tout au tour… et le neuvieme jour du mois il y eut grande famine en Jérusalem, et le peuple n’avait point de pain… tous les gens de guerre s’enfuirent la nuit par la porte du jardin du roi ; et Sédécias s’enfuit par un autre chemin. Et l’armée des chaldéens poursuivit le roi, et le prit dans la plaine de Jérico… ils l’amenerent devant le roi de Babylone dans Réblata ; et le roi de Babylone lui prononça son arrêt… on tua ses enfants en sa présence, on lui creva les yeux, on le chargea de chaînes et on l’emmena à Babylone… Nabuzardan général du roi Nabucodonosor brûla la maison d’Adonaï, et la maison du roi, et toutes les maisons dans Jérusalem… il transporta captif à Babylone tout le peuple qui était demeuré dans la ville ; il laissa seulement les plus pauvres du pays pour labourer les champs et cultiver les vignes. Nabuzardan emmena aussi Saraïas le grand-prêtre, et Sophonie le second prêtre, trois portiers et un capitaine eunuque, et cinq eunuques de la chambre du roi Sédécias, et Sopher capitaine qui commandait l’exercice, et soixante chefs qu’on trouva dans la ville… et Nabucodonosor roi de Babylone les fit tous mourir dans Réblata.
Notes [modifier]
1. on ne sait pas quel est l’auteur du livre de Samuel. Le grand Newton croit que c’est Samuel lui-même ; qu’il écrivit tous les livres précédens, et qu’il y ajouta tout ce qui regarde le grand-prêtre Héli et sa famille. Newton, qui avait étudié d’abord pour être prêtre, savait très bien l’hébreu ; il était entré dans toutes les profondeurs de l’histoire orientale : son systême cependant n’a paru qu’une conjecture. Si Samuel n’a pas écrit une partie de ce petit livre, c’est sans doute quelque lévite qui lui était très attaché. Le savant Fréret reproche à l’auteur, quel qu’il soit, un défaut dans lequel aucun historien de nos jours ne tomberait : c’est de laisser le lecteur dans une ignorance entiere de l’état où étoit alors la nation. Il est difficile de savoir quel est le lieu de la scene, quelle étendue de pays possédaient alors les juifs, s’ils étaient encore esclaves ou simplement tributaires des phéniciens nommés philistins. L’auteur paraît être un prêtre, qui n’est occupé que de sa profession, et qui compte tout le reste pour peu de chose. Nous pensons qu’il y avait alors quelques tribus esclaves vers le nord de la Palestine ; et d’autres, vers le midi, seulement tributaires, comme celle de Juda, qui était la plus considérable, et celle de Benjamin, réduite à un très petit nombre : il nous semble que les juifs ne possédaient pas encore une seule ville en propre.
2. l’auteur ne nous dit point où résidait ce grand-prêtre Héli, que les phéniciens toléroient : il paraît que c’était dans le village appellé Silo, et que l’arche des juifs était cachée dans ce village, qui appartenait encore aux philistins, et dans lequel les juifs avaient permission de demeurer et d’exercer entr’eux leur police et leur religion. L’auteur fait entendre que les juifs étaient si misérables, que Dieu ne leur parlait plus fréquemment comme autrefois, et qu’ils n’avaient plus de visions : c’était l’idée de toutes ces nations grossieres, que quand un peuple était vaincu, son dieu était vaincu aussi ; et que, lorsqu’il se relevait, son dieu se relevait avec lui.
3. les critiques téméraires ne peuvent souffrir que le créateur de l’univers vienne appeller quatre fois un enfant pendant la nuit. Milord Bolingbroke traite le lévite, auteur de la vie de Samuel, avec le même mépris qu’il traite les derniers de nos moines, et que nous traitons nous-mêmes les auteurs de la légende dorée et de la fleur des saints ; c’est continuellement la même critique, la même objection ; et nous sommes obligés d’y opposer la même réponse.
4. Woolston trouve l’auteur sacré excessivement ridicule, de dire que le petit Samuel ne savait pas encore distinguer la voix du seigneur, parce que le seigneur ne lui avait point encore parlé . Effectivement on ne peut reconnaître à la voix celui qu’on n’a point encore entendu : c’est d’ailleurs supposer que Dieu a une voix, comme chaque homme a la sienne. Boulanger en tire une preuve que les juifs ont toujours fait dieu corporel, et qu’ils ne le regarderent que comme un homme d’une espece supérieure, demeurant d’ordinaire dans une nuée, venant sur la terre visiter ses favoris, tantôt prenant leur parti, tantôt les abandonnant, tantôt vainqueur, tantôt vaincu, tel, en un mot, que les dieux d’Homere. Il ne nie pas que l’écriture ne donne souvent des idées sublimes de la puissance divine ; mais il prétend qu’Homere en donne de plus sublimes encore, qu’on en trouve de plus belles dans l’ancien Orphée, et même dans les mysteres d’Isis et de Cérès. Ce systême monstrueux est suivi par Fréret, par Du Marsais, et même par le savant abbé De Longue-Rue : mais c’est abuser de son érudition, et vouloir se tromper soi-même, que d’égaler les vers d’Homere aux pseaumes des juifs, et la fable à la bible.
5. l’auteur sacré ne nous apprend ni comment les hébreux s’étaient révoltés contre les philistins leurs maîtres, ni le sujet de cette guerre, ni quelle place avaient les hébreux, ni où l’on combattit ; il nous parle seulement de trente-quatre mille juifs tués malgré la présence de l’arche. Comment concevoir qu’un peuple esclave, qui a essuyé de si grandes et de si fréquentes pertes, puisse sitôt s’en relever ! Les critiques ont toujours osé soupçonner l’auteur d’un peu d’exagération, soit dans les succès, soit dans les revers ; il vaut mieux soupçonner les copistes d’inexactitude. L’auteur semble beaucoup plus occupé de célébrer Samuel, que de débrouiller l’histoire juive : on s’attend envain qu’il donnera une description fidele du pays, de ce que les juifs en possédaient en propre sous leurs maîtres, de la maniere dont ils se révolterent, des places ou des cavernes qu’ils occuperent, des mesures qu’ils prirent, des chefs qui les conduisirent : rien de toutes ces choses essentielles ; c’est delà que Mylord Bolingbroke conclut que le lévite, auteur de cette histoire, écrivait comme les moines écrivirent autrefois l’histoire de leurs pays. Nous pouvons dire que Samuel, étant devenu un prophete, et Dieu lui parlant déjà dans son enfance, était un objet plus considérable que les trente mille hommes tués dans la bataille, qui n’étaient que des profanes, à qui Dieu ne se communiquait pas ; et qu’il s’agit dans la ste écriture des prophetes juifs, plus que du peuple juif.
6. le Lord Bolingbroke fait sur cette avanture des réflexions trop critiques. " la ressource des vaincus, dit-il, est toujours de supposer des miracles qui punissent les vainqueurs. Ces mots, ne marchent point sur le seuil du temple d’Azot jusqu’à aujourd’hui, prouvent deux choses, que ce miracle pitoyable ne fut imaginé que longtemps après, et que l’auteur ignorait les coutumes des phéniciens, dont il ne parle qu’au hazard : il ne sait pas que non seulement les phéniciens, les syriens, les égyptiens, les grecs et les romains, consacraient le seuil de tous les temples, qu’il n’était pas permis d’y poser le pied, et qu’on le baisait en entrant dans le temple. " il fait une critique beaucoup plus insultante. Quoi ! Dit-il, Dagon avait un temple ; Ascalon, Acaron, Sidon, Tyr, en avaient ; et le dieu d’Israël n’avait qu’un coffre ; encore ses ennemis l’avaient-ils pris ! Nous avons déjà réfuté cette critique blasphématoire, en fesant voir que le temple du seigneur devait être bâti à Jérusalem dans le temps marqué par la providence, et que c’est par un autre dessein de la providence qu’il fut détruit par les babyloniens ; ensuite par Hérode, qui en bâtit un plus beau ; que le temple d’Hérode fut détruit par les romains ; et que les mahométans ont enfin élevé une mosquée sur la même plateforme, et sur les mêmes fondemens construits par l’iduméen Hérode. Nous n’entrerons point dans la question, que propose Don Calmet, si le grand-prêtre Héli est damné : il n’appartient point aux hommes de damner les hommes. Laissons à Dieu seul ses jugements.
7. les incrédules, qui ne lisent les livres du canon juif que comme les autres livres, ne peuvent concevoir ni que le seigneur n’eût qu’un coffre pour temple, ni qu’il laissât prendre ce temple par ses ennemis, ni qu’ayant vu prendre ce temple portatif il ne se vengeât qu’en envoyant des rats dans les champs des philistins, et des hémorrhoïdes dans la plus secrete partie des fesses de ses vainqueurs. Mais qu’ils considerent que c’est ainsi à peu-près que le seigneur en usa quand Sara fut enlevée pour sa beauté à l’âge de soixante-cinq ans, et à l’âge de quatre-vingts-dix ans : il ferma toutes les vulves, toutes les matrices de la cour d’Abimélech roi d’un désert. Il y a peu de différence entre ce châtiment et celui des philistins. La commune opinion est, que le seigneur donna des hémorrhoïdes aux vainqueurs des juifs. Nous sommes d’un sentiment contraire : les hémorrhoïdes, soit internes soit externes, ne font point tomber le boyau rectum, qui d’ailleurs tombe très rarement. La chûte du fondement est toute une autre maladie.
8. il est étrange que les prophetes des philistins (peuple maudit) soient ici regardés comme de vrais prophetes ; mais chaque pays avait les siens ; et l’auteur, étant prophete lui-même, respecte son caractere jusques dans les étrangers maudits qui en font profession. Le seigneur inspire quand il veut les prophetes des faux dieux, témoin Balaam, comme il accorde le don des miracles aux magiciens, témoins les magiciens d’égypte Jannès et Mambrès, qui firent les mêmes miracles que Moyse. Les vaches qui ramenerent l’arche sont un espece de miracle : elles vont d’elles-mêmes à Bethsamès, village qui semble appartenir en propre aux hébreux. Il semble que ces vaches fussent prophétesses aussi.
9. les rats d’or et les anus d’or dans un panier sont les présents que les philistins font au dieu d’Israël leur ennemi. Les critiques prétendent qu’il n’est pas possible de forger une figure qui ressemble au trou qu’on nomme anus plus qu’à tout autre trou rond, et que ces figures ne pouvaient être que de petits cercles, de petits anneaux d’or. Mais qu’importe l’exactitude de la figure ? Un anus mal fait peut servir d’expiation tout aussi bien qu’un anus fait au tour. Il ne s’agit ici que d’une offrande qui marque le respect que le seigneur imposait aux vainqueurs-mêmes de son peuple.
10. le célebre docteur Kennicot dit que l’évêque d’Oxford et lui sont bien revenus de leur préjugé en faveur du texte. Les juifs et les chrétiens , dit-il, ne se sont point fait scrupule d’exprimer leur répugnance à croire cette destruction de cinquante mille soixante et dix hommes . Le seigneur ne punit ses ennemis qu’en leur donnant une maladie dans la plus secrete partie des fesses , pour avoir pris son arche ; et il tue cinquante mille soixante et dix hommes de son propre peuple pour l’avoir regardée ! Une telle providence semble impénétrable. Nous avons déjà vu tant de milliers de ce peuple tués par ordre du seigneur, que nous ne devons plus nous étonner. Plusieurs savants ont soutenu que ces phrases hébraïques, Dieu les frappa, Dieu les fit mourir de mort, Dieu les arma, Dieu les conduisit, signifient simplement, ils moururent, ils s’armerent, ils allerent ;
c’est ainsi que dans l’écriture un vent de Dieu
veut dire un grand vent , une montagne de Dieu , une grande montagne . Mais cette explication ne résout pas la difficulté : on demande toujours, pourquoi ces cinquante mille soixante et dix hommes moururent subitement ? Calmet, il faut l’avouer, ne dit rien de satisfaisant. Convenons qu’il y a dans l’écriture bien des passages qu’il n’est pas donné aux hommes de comprendre : il est bon de nous humilier.
11. il est manifeste que les enfants de Samuel furent aussi corrompus que les enfants d’Héli son prédécesseur : cependant Samuel conserva toujours son pouvoir sur le peuple.
12. ce peuple lui demande enfin un roi ; et Samuel fait dire expressément à Dieu, ce n’est point toi qu’il rejette, c’est moi . On fait sur cette parole de Dieu une difficulté : il est certain, dit le docteur Arbutnoth, que Dieu pouvait gouverner aussi aisément son peuple par un roi que par un prêtre ; ce roi pouvait lui être aussi subordonné que Samuel ; la théocratie pouvait également subsister. Mr Huet, petit-neveu de l’évêque d’Avranches, que nous connaissons sous le nom de Hut, établi en Angleterre, dit dans son livre intitulé the man after god’s own heart , qu’il est évident que Samuel voulait toujours gouverner ; qu’il fut très fâché de voir que le peuple voulait un roi ; que toute sa conduite dénote un fourbe ambitieux et méchant. Il n’est pas permis d’avoir cette idée d’un prophete, d’un homme de Dieu. M Huet le juge selon nos loix modernes : il le faut juger selon les loix juives, ou plutôt ne le point juger. Nous en parlerons ailleurs.
13. cette énumération de toutes les tyrannies qu’un roi peut exercer sur son peuple, semble prouver que M Huet pourroit être excusable de penser que Samuel voulait inspirer au peuple de l’horreur pour la royauté, et du respect pour le pouvoir sacerdotal. C’est, dit Arbuthnoth, le premier exemple des querelles entre l’empire, et le sacerdoce. Samuel, dit-il,… etc. Il est vrai que dans une histoire profane la conduite du prêtre Samuel pourrait être un peu suspecte ; mais elle ne peut l’être dans un livre canonique.
14. pour donner à ses eunuques, semble marquer qu’il y avoit déjà des eunuques dans la terre de Canaan, ou que du moins les princes voisins fesaient châtrer des hommes pour garder leurs femmes et leurs concubines. Cet usage barbare est bien plus ancien, s’il est vrai que les pharaons d’égypte eurent des eunuques du temps de Joseph. Ceux qui pensent que tous les livres de la ste écriture, jusqu’au livre des rois inclusivement, ne furent écrits que du temps d’Esdras, disent que les rois de Babylone furent les premiers qui firent châtrer des hommes, après qu’on eut châtré les animaux pour rendre leur chair plus tendre et plus délicate. Les empereurs chrétiens ne prirent cette coutume que du temps de Constantin.
15. les incrédules prétendent que ce seul passage prouve que les prêtres et les prophetes juifs n’étaient que des gueux entiérement semblables à nos devins de village, qui disaient la bonne avanture pour quelque argent, et qui fesaient retrouver les choses perdues. Mylord Bolingbroke, M Mallet, son éditeur, et M Huet, en parlent comme des charlatans de smithfields. Don Calmet, bien plus judicieux, dit, que si on leur donnait de l’argent ou des denrées, c’était uniquement par respect pour leur personne.
16. ces messieurs prennent occasion de ce demi-sicle, de ce schelling donné par un petit garçon gardeur de chevres au prophete Samuel, pour couvrir de mépris la nation juive. Saül et son valet demandent dans un petit village la demeure du voyant, du devin qui leur fera retrouver deux ou trois ânesses, comme on demande où demeure le savetier du village. Ce nom de devin, de voyant, qu’on donnait à ceux qu’on a depuis nommé prophetes, ces huit ou neuf sous présentés à celui qu’on prétend avoir été juge et prince du peuple, sont selon ces critiques les témoignages les plus palpables de la grossiere stupidité de l’auteur juif inconnu. Les sages commentateurs pensent tout le contraire : la simplicité du petit gardeur de chevres n’ôte rien à la dignité de Samuel ; s’il reçoit huit sous d’un petit garçon, cela ne l’empêchera pas d’oindre deux rois et d’en couper un troisieme par morceaux ; ces trois fonctions annoncent un très grand seigneur.
17. le savant Don Calmet examine d’abord, si l’huilier que Samuel avait dans sa poche, était un pot de terre, un godet, ou une fiole de verre ; quoique les juifs ne connussent point le verre ; et il ne résout point cette question. Non seulement Samuel a une révélation que les ânesses de Saül sont retrouvées, mais il répand une bouteille d’huile sur la tête de Saül en signe de sa royauté ; et c’est delà que tout roi juif s’est depuis nommé oint, christ, dans les traductions grecques, et que les juifs ont appellé les grands rois, de Babylone, et de Perse, du nom d’oint, de christ, d’oint du seigneur, christ du seigneur. Il est dit dans le lévitique, qu’Aaron, tout prévaricateur, tout apostat qu’il était, fut oint par Mosé en qualité de grand-prêtre. Il se peut, en effet, que dans le désert, au milieu d’une disette affreuse, on eût trouvé une cruche d’huile que Mosé répandit sur les cheveux, la barbe et les habits d’Aaron : cette cérémonie convenait à un peuple pauvre ; et puisque le dieu du ciel et de la terre y présidait, elle était sacrée. Les grands-prêtres juifs furent installés depuis avec la même onction d’huile. Toute cérémonie doit être publique ; Samuel pourtant n’huila pas d’abord la tête de Saül devant le peuple ; il crut apparemment qu’il ne pouvait imprimer un caractere plus auguste à Saül qu’en l’oignant de la même huile dont on prétend que lui Samuel avait été oint : cependant il n’est point dit que Samuel fut oint. Quoiqu’il en soit, les rois juifs furent les seuls qui reçurent cette marque de la royauté. On ne connaît dans l’antiquité aucun prince oint par ses sujets. On prit cette coutume en Italie ; et l’on croit que ce furent les usurpateurs lombards, qui, devenus chrétiens, voulurent sanctifier leur usurpation en fesant répandre de l’huile sur leur tête par la main d’un évêque. Clovis ne fut pas oint ; mais l’usurpateur Pepin le fut. On oignit quelques rois espagnols ; mais il y a longtems que cet usage est aboli en Espagne. On sait qu’un ange apporta du ciel une bouteille sainte pleine d’huile pour sacrer les rois de France ; mais l’histoire de cette bouteille, appellée sainte ampoule, est révoquée en doute par plusieurs doctes : c’est une grande question.
18. l’huile de Saül eut quelque chose de divin, puisqu’elle le rendit prophete tout d’un coup ; ce qui était bien au-dessus de la dignité de roi.
19. les critiques trouvent mauvais que Samuel oigne Saül roi, et le fasse christ avant d’avoir assemblé le peuple et d’avoir obtenu son suffrage : s’il suffisait d’une bouteille d’huile pour régner, il n’y a personne qui ne pût se faire oindre roi par le vicaire de son village. Cette objection est forte en certains pays ; mais Samuel, qui était le voyant, savait bien que quand le peuple tirerait un roi au sort, le sort tomberait sur Saül, et qu’alors le peuple reconnaîtrait son légitime souverain déjà oint.
20. ils soutiennent encore, que de jouer un roi aux dès (comme dit Boulanger) est une chose ridicule : que le sort peut très aisément tomber sur un homme incapable ; qu’on n’a jamais tiré ainsi un monarque qu’au gâteau des rois ; que chez les grecs et chez les romains on tirait aux dès un roi du festin ; mais que dans une affaire sérieuse on devait procéder sérieusement. La réponse, déjà faite à cette critique, est que Dieu conduisait le sort, et qu’il disposait non seulement du tirage, mais aussi de la volonté du peuple. Pour la loi du royaume, que Samuel prononça, on dispute si c’est le lévitique ou le deutéronome. Quelques commentateurs pensent que ce fut une loi faite par Samuel.
21. les incrédules ne sont pas surpris que Saül revînt du labourage ; mais ils ne peuvent consentir à le voir à la tête de trois cents trente mille combattants, dans le même temps que l’auteur dit que les juifs étaient en servitude, qu’ils n’avaient pas une lance, pas une épée ; que les philistins leurs maîtres ne leur permettaient pas seulement un instrument de fer pour aiguiser leurs charrues, leurs hoyaux, leurs serpettes. notre Gulliver, dit le Lord Bolingbroke, a de telles fables, mais non de telles contradictions . Nous avouons que le texte est embarrassant ; qu’il faut distinguer les temps ; que probablement les copistes ont fait des transpositions. Ce qui était vrai dans une année, peut ne l’être pas dans une autre. Peut-être même ces trois cents trente mille soldats peuvent se réduire à trois mille : il est aisé de se méprendre aux chiffres. Le révérend pere Don Calmet s’exprime en ces mots : il est fort croyable qu’il y a un peu d’exagération dans ce qui est dit de Saül et de Jonathas .
22. M Huet de Londres dit encore, que la retraite de Samuel, en voyant Saül si bien accompagné, prouve assez son dépit de ne plus gouverner. Mais quand cela serait, quand Samuel aurait eu cette faiblesse, quel est le chef d’une église qui ne serait pas un peu fâché de perdre son pouvoir ? Nous verrons cependant que le pouvoir de Samuel ne diminua pas.
23. le même M Huet se récrie ici sur la contradiction, et sur l’anachronisme : dans d’autres endroits, dit-il, l’écriture marque que Saül régna quarante ans. Il est vrai qu’il y a là une apparence de contradiction ; et Don Calmet lui-même n’a pu concilier les textes. Il se peut qu’il y ait là une erreur de copiste.
24. Mrs Le Clerc, Freret, Boulanger, Mallet, Bolingbroke, Middleton, se recrient sur ces trente mille chariots de guerre. Le docteur Stakhouse, dans son histoire de la bible, rejette ce passage. Calmet dit, que ce nombre de chariots de guerre paraît incroyable, et qu’on n’en a jamais tant vus à la fois . Pharaon, continue-t-il, n’en avait que six cents ; Jabin roi d’Azor neuf cents ; Sesac roi d’égypte douze cents ; Zarar roi d’éthiopie trois cents, etc. Les critiques contestent encore à Calmet les neuf cents chariots du roi d’Azor. Tous conviennent d’ailleurs, que tout le pays de Canaan ne connut la cavalerie que très tard. Nous avons observé que dans ce pays montueux, entrecoupé de cavernes, on ne se servit jamais que d’ânes. Quand nous mettrions trois mille chariots au lieu de trente mille, nous ne contenterions pas encore les incrédules. Nous ne connaissons point de maniere d’expliquer cet endroit. Nous pourrions hazarder de dire que le texte est corrompu ; mais alors on nous répondrait que le seigneur, qui a dicté ce texte, doit en avoir empêché l’altération. Alors nous répondrions, qu’il a prévenu en effet les fautes de copistes dans les choses essentielles, mais non pas dans les détails de guerre, qui ne sont point nécessaires à salut.
25. les critiques disent, que si Saül avait trois cents trente mille soldats et un prophete, et étant prophete lui-même, il n’avait rien à craindre ; qu’il ne fallait pas s’enfuir dans des cavernes, quoique le pays en soit rempli. Il est à croire qu’on n’avait point alors des armées soudoyées, qui restassent continuellement sous le drapeau.
26. Mr Huet de Londres déclare, que Samuel ne découvre ici que sa mauvaise volonté. Il prétend, avec Estius et Calmet, que Samuel n’était point grand-prêtre, qu’il n’était que prêtre et prophete ; que Saül l’était comme lui ; qu’il avait prophétisé dès qu’il avait été oint, et qu’il était en droit d’offrir l’holocauste. Samuel, dit-il, semble avoir manqué exprès de parole pour avoir occasion de blâmer Saül, et de le rendre odieux au peuple. Nous ne voyons pas que Samuel mérite cette accusation. Huet peut lui reprocher un peu de dureté ; mais non pas de la fourberie. Cela serait bon s’il avait été prêtre par-tout ailleurs que chez les juifs.
27. le lecteur est bien surpris de ne plus trouver Saül accompagné que de six cents hommes, lorsque le moment d’auparavant il en avait trois cents trente mille. Nous en avons dit la raison ; les armées n’étaient point soudoyées ; elles se débandaient au bout de quelques jours, comme du temps de notre anarchie féodale.
28. nous avons parlé de cette puissante objection ; mais elle n’est pas contre les trois cents trente mille hommes, qui peut-être n’avaient point d’armes ; elle n’est que contre les six cents hommes qui restaient à Saül, et qui devaient être aussi désarmés. Le texte dit positivement que la victoire de Jonathas fut un miracle ; et cela répond à toutes les critiques.
29. ce combat de deux hommes, qui n’ont qu’une lance et une épée, contre toute une armée, est fort extraordinaire. Mais aussi le texte nous apprend qu’il y avait là du miracle ; et nous devons nous souvenir, que Samson tua mille philistins avec une mâchoire d’âne dans le commencement de sa servitude.
30. Boulanger ne peut digérer ce serment de Saül. L’écriture, dit-il, nous le donne pour un homme attaqué de manie : il était, sans doute, dans un de ses accès quand il défendit à ses soldats de manger de toute la journée. La critique de Boulanger tombe à faux ; car Saül n’était pas encore fou alors ; il ne le devint que quelque temps après. La terre couverte de miel a paru à d’autres critiques une trop grande exagération. Les abeilles ne font leurs ruches que dans des arbres. Les voyageurs assurent qu’il n’y a aucun arbre dans cette partie de la Palestine, excepté quelques oliviers dans lesquels les abeilles ne logent jamais. Cette critique ne regarde que l’histoire naturelle, et ne touche point au fond des choses, d’ailleurs Jonathas peut avoir trouvé une ruche dans le chêne de Mambré, qui subsistait encore du temps de Constantin, à ce qu’on dit.
31. cette résolution de Saül, d’immoler son fils pour avoir mangé un peu de miel, a quelque chose de semblable au serment de Jéphté, qui fut forcé de sacrifier sa fille. Saül dit en propres mots à son fils : que Dieu me fasse tout le mal possible, et qu’il y ajoute encore, si tu ne meurs aujourd’hui, mon fils Jonathas. Les savants alleguent encore cet exemple, pour prouver qu’il était très commun d’immoler des hommes à Dieu. Mais les exemples de Saül et de Jephté ne concluent pas que les juifs fissent si souvent des sacrifices de sang humain.
32. on demande pourquoi le peuple n’empêcha pas Jephté d’immoler sa fille, comme il empêcha Saül d’immoler son fils ? Nous n’en savons pas bien précisément la raison ; mais nous oserons dire que le peuple, ayant mangé ce jour-là de la chair et du sang malgré la défense, craignait apparemment que le sort ne tombât sur lui comme il étoit tombé sur Jonathas ; et qu’il devait être très en colere contre Saül qui avait été assez imprudent de défendre à ses troupes de reprendre un peu de forces un jour de combat.
33. la foule des critiques ne parle de ce passage qu’avec horreur. Quoi ! S’écrie sur-tout le Lord Bolingbroke, faire descendre le créateur de l’univers dans un coin ignoré de ce misérable globe, pour dire à des juifs : à propos, je me souviens qu’il y a environ quatre cents ans qu’un petit peuple vous refusa le passage ; allons, vous avez une guerre terrible avec vos maîtres les philistins, contre lesquels vous vous êtes révoltés ; laissez là cette guerre embarrassante ; allez vous en contre ce petit peuple, qui ne voulut pas autrefois que vous vinssiez tout ravager chez lui en passant ; tuez hommes, enfants, vieillards, femmes, filles, bœufs, vaches, chevres, brebis, ânes ; car comme vous êtes en guerre avec le peuple puissant des philistins, il est bon que vous n’ayez ni bœufs ni moutons à manger, ni ânes pour porter le bagage. Ces paroles nous font fremir ; et assurément si c’était un homme qui parlât ; nous ne l’approuverions point ; mais c’est Dieu qui parle ; et ce n’est pas à nous de savoir quelle raison il avait pour ordonner qu’on tuât tous les amalécites, leurs moutons et leurs ânes.
34. toujours les mêmes objections sur ces prodigieuses armées, que le prétendu roi d’une horde d’esclaves leve en un moment. Les turcs ont bien de la peine à conduire aujourd’hui une armée de quatre-vingts mille combattants complet. On demande encore ce que sont devenus les autres cent vingt-mille soldats du Melk Saül, lesquels étaient venus combattre sans avoir une seule épée, une seule fleche. Tout-à-l’heure, dit le fameux curé Mêlier, l’armée de Saül était de trois cents trente mille hommes ; et il ne lui en reste plus que deux cents dix mille ; le reste apparemment est allé conquérir le monde sur les pas de Sésostris. Ces railleries indécentes du curé Mêlier ne sont pas des raisons. Il était fort difficile de nourrir de si grandes armées dans un petit pays tel que la Judée : on était obligé de licentier ses troupes au bout de peu de jours ; ainsi il ne serait pas surprenant que Saül eût été un jour suivi de trois cents mille hommes, et un autre de deux cents mille : il est vrai qu’il faut au moins quelques épées, quelques fleches à tant de soldats, et que selon le texte ils n’en avaient point ; mais ils pouvaient se servir de frondes et de massues.
35. les déclamations du Lord Bolingbroke sur ce passage sont plus violentes que jamais. Si un prêtre, dit-il, avait été assez insolent et assez fou pour parler ainsi, je ne dis pas à notre roi Guillaume, mais au duc de Marlborough, on l’aurait pendu sur le champ au premier arbre. Samuel, ajoute-t-il, n’est point un prêtre de Dieu, c’est un prêtre du diable. Toutes ces exclamations de tant de critiques partent du même principe ; ils jugent les juifs comme ils jugeraient les autres hommes. pourquoi n’as-tu pas tout tué ? serait ailleurs un discours infernal ; mais ici c’est Dieu qui parle par la bouche de Samuel ; et il est sans doute le maître de punir comme il veut, et quand il veut. Les incrédules insistent : ils disent qu’il n’est que trop vrai qu’on s’est toujours servi du nom de Dieu pour excuser, si l’on pouvait, les crimes des hommes. Ils ont raison quand ils parlent des autres religions ; mais ils ont tort quand il s’agit de la religion juive. Il leur semble absurde que Dieu ordonne qu’on tue toutes les brebis, et tous les ânes ; mais on leur dira toujours que ce n’est pas à eux de juger la providence.
36. la querelle entre le sceptre et l’encensoir, qui a troublé si longtems tant de nations, est ici bien marquée ; nous ne pouvons en disconvenir. Samuel dit au roi que sa désobéissance aux ordres, que ce prince a reçus de lui de la part de Dieu, est aussi coupable que le serait la magie et l’idolâtrie ; et il déclare à Saül : Dieu ne veut plus que tu regnes. C’est une question épineuse, si Saül devait l’en croire sur sa parole. M Fréret prétend que Saül pouvait lui dire : donne-moi un signe, fais-moi un miracle, pour me prouver que Dieu veut me détrôner, comme tu me donnas un signe quand tu me fis oint ; tu me fis alors retrouver mes ânesses ; fais au moins quelque chose de semblable. Les commentateurs sont d’une autre opinion : ils disent que dès qu’un prophete a donné une fois un signe, il n’est plus obligé d’en donner d’autre.
37. plusieurs personnes excusent les emportemens du Lord Bolingbroke quand ils lisent ce passage. Un prêtre, un ministre de paix, un homme qui serait souillé pour avoir touché seulement un corps mort, couper un roi en morceaux comme on coupe un poulet à table ! Faire de sa main ce qu’un bourreau tremblerait de faire ! Il n’y a personne que la lecture de ce passage ne pénetre d’horreur. Enfin quand on est revenu du frissonnement qu’on a éprouvé, on est tenté de croire que cette abomination est impossible ; un vieillard, tel que Samuel, aura eu difficilement la force de hâcher en pieces un homme. Calmet dit que le zele arma Samuel dans cette occasion pour venger la gloire du seigneur
- il
veut dire apparemment la justice . Peut-être qu’Agag avait mérité la mort ; car quelle gloire peut revenir à Dieu de ce qu’un prêtre coupe un souverain en morceaux ? Nous tremblons en examinant cette barbarie absurde : adorons la providence sans raisonner.
38. il semble étrange que les habitants de Bethléem demandent à Samuel : viens-tu ici avec un esprit de paix ? Bethléem n’appartenait donc pas à Saül ; et cela est très vraisemblable : car Jérusalem, qui est tout auprès, n’était point à lui. Il y avait donc dans Bethléem des cananéens qui dominaient, et des juifs tributaires. C’est aux juifs pourtant que Samuel s’adressa : purifiez-vous, et venez avec moi . Jamais histoire ne fut plus divine ; mais aussi elle est très obscure aux yeux des hommes.
39. Calmet observe que c’était une beauté chez les juifs d’être roux, et que l’époux ou l’amant du cantique des cantiques était rousseau. Nous ne sommes pas de cette opinion. L’amant du cantique des cantiques était d’un blanc mêlé de rouge, candidus et rubicundus . Mais le sacre de David est un objet plus important. C’est d’abord une chose remarquable que Dieu parle à Samuel chez le pere de David même, en présence de toute la maison. Il faut croire qu’il lui parlait intérieurement : mais alors comment les assistants pouvaient-ils deviner qu’il avait une mission particuliere et divine ? Tous les juifs devaient savoir que Saül régnait ; parce que Samuel lui avait répandu de l’huile sur la tête. Or quand il en fait autant à David, son pere, sa mere, ses freres et les assistants devaient s’appercevoir qu’il fesoit un roi nouveau, et que par-là il exposait toute la famille à la vengeance de Saül. Il y a là quelque difficulté ; mais elle disparaît, dès qu’on sait que Samuel était inspiré. Boulanger dit qu’il n’y a jamais eu de scene du théâtre italien plus comique, que celle d’un prêtre de village qui vient chez un paysan, avec une bouteille d’huile dans sa poche, oindre un petit garçon rousseau, et faire une révolution dans l’état. Mais il ajoute que cet état et ce petit garçon rousseau ne méritaient pas un autre historien. Nous laissons ces blasphêmes pour ce qu’ils valent.
40. les commentateurs exaltent ici le pouvoir de la musique. Calmet remarque, que Terpandre appaisa une sédition en jouant de la lyre ; et il cite Henri étienne, qui vit dans la tour d’Angleterre un lion quitter son dîner pour entendre un violon. Ces exemples sont assez étrangers à la maladie de Saül. Le soufle malin de Dieu, c’est-à-dire un soufle très-malin, une espece de possession, l’avait rendu maniaque, et, selon plusieurs commentateurs, Dieu l’avait abandonné au diable. Mais il est prouvé que les juifs ne connaissaient point encore d’esprit malin, de diable qui s’emparât du corps des hommes ; c’était une doctrine des chaldéens et des persans ; et jusqu’ici il n’en est pas encore question dans les livres saints.
41. les commentateurs remarquent que c’était un don particulier, communiqué de Dieu à David, de guérir les accès de folie dont Saül était attaqué. Mais en même temps ils veulent expliquer si ce don était la suite de son sacre, et de l’huile que Samuel avait répandu sur sa tête.
42. on remarque qu’en cet endroit l’histoire est interrompue, et que l’auteur sacré passe rapidement de la folie de Saül à des opérations de guerre. Rarement il se sert de transitions. Quelques-uns même affirment que c’est une marque infaillible de l’inspiration, de passer rapidement d’un objet à un autre. La cause, l’objet et les détails de cette guerre ne sont pas exprimés selon notre méthode ; c’est à nous à nous conformer à celle de l’auteur. Ce géant Goliath, qui avait douze pieds et demi de haut, ne doit pas paraître une chose extraordinaire après les géants que nous avons vus dans la genese. Il est vrai que nous ne voyons plus aujourd’hui d’hommes de cette taille ; telle est même la constitution du corps humain, que cette excessive hauteur, en dérangeant toutes les proportions, rendrait ce géant très faible et incapable de se soutenir. Il faut regarder Goliath comme un prodige, que Dieu suscitait pour manifester la gloire de David. La vulgate se sert ici du mot phalange, qui ne fut connu que longtemps après ; c’est une anticipation.
43. M Huet de Londres dit qu’il n’est pas naturel que David, ayant été fait écuyer du roi, le quittât pour aller paître des troupeaux au milieu de la guerre. Il convient que chez les anciens peuples, et sur-tout chez les premiers romains, il n’était pas rare de passer de la charrue au commandement des armées ; mais il soutient que personne ne quitta jamais l’armée pour mener des brebis paître. Il se peut cependant que le pere de David l’eût appellé auprès de lui pour quelque autre raison, et qu’étant chez son pere il lui eût rendu les mêmes services qu’auparavant.
44. on fait toujours la même question, pourquoi l’écuyer du roi l’avait abandonné. Nous y avons déjà répondu.
45. les critiques disent, que ces histoires de géants, vaincus par des hommes d’une taille médiocre, sont très communes dans l’antiquité, soit qu’elles aient été véritables, soit qu’elles aient été inventées. Un fait n’est pas toujours romanesque pour avoir l’air romanesque. Ils censurent ces paroles de David, que donnera-t-on ? Il semble que David ne combatte pas par amour pour la patrie, mais par l’espoir du gain. Mais il est permis de desirer une juste récompense.
46. il y a des naturalistes qui prétendent qu’on ne voit point d’ours dans les pays qui nourrissent des lions. Nous ne sommes pas assez instruits de cette particularité pour les réfuter ; l’histoire sacrée est plus croyable qu’eux.
47. d’autres critiques disent qu’un caillou, lancé de bas en haut contre un casque d’airain, ne peut s’enfoncer dans le front : c’est une objection vaine.
48. il est plus difficile de répondre à ceux qui ne peuvent comprendre comment Saül ignore quel est ce David, comment il ne reconnaît point son joueur de harpe, son écuyer, qui portait ses armes. Nous n’avons point de solution pour cette difficulté ; mais considerons que ces contradictions ne sont qu’historiques, et qu’elles ne touchent ni à la foi, ni aux bonnes mœurs. On ne peut comprendre encore comment David porta la tête de Goliath à Jérusalem, qui n’appartenait point alors au peuple de Dieu ; mais c’est une anticipation ; il se peut que David, s’étant emparé plusieurs années après de la place de Jérusalem, y ait porté le crane de Goliath.
49. l’auteur sacré nous représente ici Saül dans un accès de folie. Quelques commentateurs disent que ce n’était qu’un accès de colere, et qu’il était jaloux de la chanson qu’on chantait à l’honneur de David, et sur-tout de ce qu’il avait été oint en secret.
50. M Huet d’Angleterre trouve de la contradiction dans la conduite de Saül, qui veut toujours tuer David, qui est jaloux de lui, et qui lui donne sa fille Michol en mariage. Mais il est dit que Saül était possedé d’un esprit malin. Lorsque le roi de France Charles Vi donna sa fille au roi d’Angleterre son ennemi, on avoue qu’il était fou. à l’égard des deux cents prépuces, chaque pays a ses usages : on apporte aux turcs des têtes ; on apportait aux scythes des crânes ; on apporte aux iroquois des chevelures.
51. voilà la guerre déclarée entre Saül et David ; le beau-pere craint toujours que le gendre ne le détrône ; cela ne peut être autrement. Quand Samuel a oint deux rois, deux christs, il a excité nécessairement une guerre civile. Michol sauve son mari en mettant une figure dans son lit coëffée d’une peau de chevre : cette peau de chevre était-elle le bonnet de nuit ordinaire de David ? C’était un téraphim ; mais un téraphim était, dit-on, une idole. Michol fesoit-elle coucher des idoles avec elle ? Voulait-elle que les satellites envoyés par Saül prissent cette idole pour son mari ? Voulait-elle que la peau de chevre fût prise pour la chevelure rousse de David ? C’est sur quoi les commentateurs ne s’accordent pas.
52. l’auteur sacré a déjà donné une autre origine à ce proverbe. M Boulanger compare ici témérairement Saül à un juge de village en basse-Bretagne nommé Kerlotin, qui envoya chercher un témoin par un huissier ; le témoin buvait au cabaret, et l’huissier resta avec lui à boire ; il dépêche un second huissier, qui reste à boire avec eux : il y va lui-même, il boit et s’enivre ; et le procès ne fut point jugé.
53. M Huet de Londres déclare la conduite de David insoutenable ; il ose le comparer à un capitaine de bandits, qui a ramassé jusqu’à six cents coupe-jarrets, et qui court les champs avec cette troupe de coquins, ne distinguant ni amis, ni ennemis, rançonnant, pillant tout ce qu’il rencontre. Mais cette expédition n’est pas approuvée dans la ste écriture : l’auteur sacré ne lui donne ni louange, ni blâme ; il raconte le fait simplement.
54. M Huet continue et dit, que si on avait voulu écrire l’histoire d’un brigand, d’un voleur de grand chemin, on ne s’y serait pas pris autrement ; que ce Nabal, qui, après avoir été pillé, meurt au bout de peu de jours, et David qui épousa sur le champ sa veuve, laissent de violents soupçons. Si David, dit-il, a été selon le cœur de Dieu, ce n’est pas dans cette occasion. Nous confessons qu’aujourd’hui une telle conduite ne serait point approuvée dans un oint du seigneur. Nous pouvons dire que David fit pénitence, et que cette avanture fut comprise dans les sept pseaumes pénitentiaux implicitement. Nous n’osons prétendre que David fût impeccable.
55. M Huet remarque, que d’abord David contrefit le fou et l’imbécille devant le roi Akis, chez lequel il s’était réfugié. Ce n’est pas une excellente maniere d’inspirer la confiance à un roi qu’on se propose de servir à la guerre ; mais la maniere dont David sert ce roi son bienfaiteur est encore plus extraordinaire : il lui fait accroire qu’il fait des courses contre les israëlites, et c’est contre les propres amis de son bienfaicteur qu’il fait ces courses sanguinaires ; il tue tout, il extermine tout, jusqu’aux enfants, de peur, dit-il, qu’ils ne parlent. Mais comment ce roi pouvait-il ignorer que David combattait contre lui-même sous prétexte de combattre pour lui ? Il fallait que ce roi Akis fût plus imbécille que David n’avait feint de l’être devant lui. M Huet déclare David et Akis également foux, et David le plus scélérat de tous les hommes. Il aurait dû, dit-il, parler de cette action abominable dans ses pseaumes. On peut répondre à M Huet, que David, dans cette guerre civile, ne portait pas au moins le ravage chez ses compatriotes ; qu’il ne trahissait et qu’il n’égorgeait que ses alliés, lesquels étaient des infideles. Il y a aussi des commentateurs éclairés, qui, regardant David comme l’exécuteur des vengeances de Dieu, l’absolvent de tout péché dans cette occasion.
56. voilà David qui, d’écuyer et de gendre de Saül son roi, devient formellement capitaine des gardes de l’ennemi d’Israël. Il est difficile, nous l’avouons avec douleur, de justifier toute cette conduite selon le monde ; mais selon les desseins inscrutables de Dieu, et selon la barbarie abominable de ces temps-là, nous devons suspendre notre jugement, et tâcher d’être justes dans le temps où nous sommes, sans examiner ce qui était juste ou injuste alors.
57. il est défendu dans le deutéronome d’expliquer les songes ; mais Dieu se réservait le droit de les expliquer lui-même. Aujourd’hui un général d’armée, qui déterminerait ses opérations de campagne sur un songe, ne serait pas regardé comme un homme bien sensé. Mais, nous l’avons déjà dit, ces temps-là n’ont rien de commun avec les nôtres.
58. les devins, les sorciers, les pythonisses, les prophetes, dans tous les pays, ont toujours affecté de parler du creux de la poitrine, et de former des sons qui ont quelque chose de sombre et de lugubre : ils se disaient tous agités d’un esprit qui les fesait parler autrement que les autres hommes ; et la populace se laissait prendre à ces infames simagrées, qui effrayaient les femmes et les enfants. Les premiers prophetes des Cevennes, vers l’an 1704, parlaient tous du creux de la poitrine, et traînaient un peuple fanatique après eux. Il n’en était pas ainsi des vrais prophetes du seigneur. Saül demande une femme qui ait un ob ; la vulgate dit, un esprit de Python. Les profonds mythologistes, qui ont sérieusement examiné l’histoire de Typhon frere d’Osiris et d’Isis, ont conclu savamment qu’il était le même que le serpent Python. Le judicieux Bochard assûre pourtant, que Typhon était le même qu’Encélade. Leur histoire est aussi confuse que le reste de la mythologie. Il n’est pas aisé de savoir si Jupiter se battit contre Typhon, et le foudroya ; ou si Apollon tua Python à coups de fleches. Quoiqu’il en soit, la pythie, ou pythonisse de Delphes, rendait des oracles de temps immémorial. Non seulement elle était ventriloque, mais elle recevait l’inspiration dans son ventre. Elle s’asseyait sur un triangle de bois ou de fer, une exhalaison qui sortait de la terre, et qui entrait dans sa matrice lui fesait connaître le passé et l’avenir. La réputation de cet oracle pénétra dans l’Asie Mineure, dans la Syrie, et enfin jusques dans la Palestine. Il est très vraisemblable que la pythonisse d’Endor était une de ces gueuses, qui tâchaient de gagner leur vie à imiter comme elles pouvaient la pythie de Delphes. Le texte nous dit donc, que Saül se déguisa pour aller consulter cette misérable. Il n’y a rien que de très ordinaire dans cette conduite de Saül. Nous avons vu dans plusieurs endroits, qu’il n’y a point de pays où la friponnerie n’ait abusé de la crédulité ; point d’histoire ancienne qui ne soit remplie d’oracles et de prédictions. Longtemps avant Balaam on a prédit l’avenir ; depuis Balaam on le prédit toujours ; et depuis Nostradamus on ne le prédit plus gueres.
59. il y avait un an ou deux que Samuel était mort, lorsque Saül s’adressa à la pythonisse pour évoquer ses manes, son ombre. Mais comment évoquait-on une ombre ? Nous croyons avoir prouvé ailleurs que rien n’était plus naturel, ni plus conforme à la sottise humaine. On avait vu dans un songe son pere, ou sa mere, ou ses amis, après leur mort ; ils avaient parlé dans ce songe ; nous leur avions répondu ; nous avions voulu, en nous éveillant, continuer la conversation, et nous n’avions plus trouvé à qui parler. Cela était désespérant ; car il nous paraissait très certain que nous avions parlé à des morts, que nous les avions touchés ; il y avait donc quelque chose d’eux qui subsistait après la mort, et qui nous avait apparu : ce quelque chose était une ame, c’était une ombre, c’étaient des manes. Mais tout cela s’enfuyait au point du jour ; le chant du coq fesait disparaître toutes les ombres. Il ne s’agissait plus que de trouver quelqu’un d’assez habile pour les rappeller pendant le jour, et le plus souvent pendant la nuit. Or sitôt que des imbéciles voulurent voir des ames et des ombres, il y eut bientôt des charlatans qui les montrerent pour de l’argent. On cacha souvent une figure dans le fond d’une caverne, et on la fit paraître par le moyen d’un seul flambeau derriere elle. La pythonisse d’Endor n’y fait pas tant de façon : elle dit qu’elle voit une ombre ; et Saül la croit sur sa parole. Par-tout ailleurs que dans la sainte écriture, cette histoire passerait pour un conte de sorcier assez mal fait ; mais puisqu’un auteur sacré l’a écrite, elle est indubitable ; elle mérite autant de respect que tout le reste. St Justin ne doute pas, dans son dialogue contre Tryphon, que les magiciens n’évoquassent quelquefois les ames des justes et des prophetes, qui étaient tous en enfer, et qui y demeurerent jusqu’à ce que Jesus-Christ vint les en tirer, comme l’assurent plusieurs peres de l’église. Origene est fortement persuadé que la pythonisse d’Endor fit venir Samuel en corps et en ame. Le plus grand nombre des commentateurs croit que le diable apparut sous la figure de Samuel. Nous ne prenons parti ni pour ni contre le diable. Le révérend pere Don Calmet prouve la vérité de l’histoire de la pythonisse par l’exemple d’un anglais, qui avait le secret de parler du ventre. M Boulanger dit que Calmet devait s’en tenir à ses vampires.
60. puisque Saül et l’ombre de Samuel ont ensemble une grande conversation, on peut inférer delà que c’était Samuel lui-même qui était monté de la terre. Samuel se plaint qu’on ait troublé son repos en enfer ; il parle au nom de Dieu ; c’est un fort préjugé que cette ombre n’était point le diable. Encore une fois, nous n’osons rien décider dans une question si ardue. Quelques critiques se sont enquis pourquoi l’ombre de Samuel était venue de l’enfer avec son manteau. Ils demandent si on a des manteaux en enfer ; si les ames sont habillées quand elles sont évoquées. Ce sont des questions plus ardues encore.
61. l’ombre de Samuel prédit réellement à Saül qu’il perdra la bataille ; qu’il y sera tué avec ses fils. Pourquoi donc Saül donne-t-il cette bataille ? Il ne croyait donc pas aux prédictions de Samuel. Saint éphrem dit que cette obstination de combattre, malgré les prédictions d’une ombre, est une preuve que ce roi était tout-à-fait fou. Le pere Quesnel en tire un grand argument en faveur de la prédestination. Le pere Doucin soutient que Saül était libre de refuser la bataille après que l’ombre lui avait promis qu’il y serait tué. On dispute sur une autre question. Samuel dit à Saül : tu seras demain avec moi. Saül sera-t-il sauvé ? Sera-t-il damné ? Samuel est en enfer ! Mais il n’est pas probablement dans l’enfer des damnés ; il est dans l’enfer des élus. Saül sera-t-il élu ? Nous protestons que nous n’en savons rien. Des incrédules demandent s’il y a jamais eu un Saül et un Samuel. Ils disent qu’il n’y a que les livres juifs qui en parlent, et que les annales de Tyr ont parlé de Salomon et n’ont jamais parlé de David. Un pareil scepticisme ruinerait toutes les histoires particulieres. Ces incrédules ont beau traiter de fable le combat de David et de Goliath, les deux cents prépuces philistins présentés à Saül, Agag haché en morceaux par un prêtre âgé d’environ cent ans, et enfin l’histoire de la pythonisse d’Endor ; tous ces faits, même indépendamment de la révélation, sont aussi certains qu’aucune autre histoire ancienne.
62. voilà la premiere fois que des sorcieres donnent à souper à ceux qui les consultent. Nous n’en dirons pas davantage sur la pythonisse d’Endor. Le lecteur peut consulter, s’il veut, tous les livres qu’on a écrits sur les sorciers ; il n’en sera pas plus instruit.
63. il est étrange que le moment d’après l’auteur sacré raconte la mort de Saül d’une maniere toute différente ; car il dit qu’un amalécite vint se présenter à David, lui disant : Saül m’a prié de le tuer, et je l’ai tué ; et je t’apporte son diadême et son bracelet à toi mon maître. Laquelle de ces deux leçons devons nous adopter ? L’auteur donne une autorité pour la seconde leçon, il cite le livre des justes, le droiturier. Il y a encore là une terrible difficulté, que nous n’avons pas la témérité de résoudre. Comment ce même livre des justes, que nous avons vu écrit du temps de Josué, peut-il avoir été écrit du temps de David ? Il faudrait, disent les critiques, que l’auteur eût vécu environ quatre cents ans. Les commentateurs répondent, que c’était un livre où les lévites inscrivaient tous les noms des justes, ou tout ce qui concernait la justice. Il est triste qu’un tel livre, qui devait être fort curieux, ait été perdu sans ressource.
64. tout rentre ici pour la premiere fois dans le train des choses ordinaires. L’intervention du ciel ne dispose plus du gouvernement ; on ne voit plus de ces aventures que les incrédules traitent de romanesques, et dans lesquelles les sages commentateurs reconnaissent la simplicité des temps antiques ; tout se fait, comme par-tout ailleurs, par les passions humaines. Le roi Isboseth est mécontent de son général Abner ; et Abner, mécontent de son roi, le trahit pour se donner à David. Joab général de David est jaloux d’Abner ; il craint d’être supplanté par lui, et il l’assassine. Deux chefs de voleurs, qui ont vendu leurs services au roi Isboseth, l’ayant massacré, croient qu’ils obtiendront une grande récompense de David son compétiteur. David, pour se dispenser de les payer, les fait assassiner eux-mêmes. Il semble qu’on lise l’histoire des successeurs d’Alexandre, qui signalerent les mêmes perfidies et les mêmes cruautés sur un plus grand théatre.
65. il faut qu’il y ait ici quelque méprise de la part des copistes ; car il n’est pas possible que le roi Isboseth ait perdu courage, uniquement parce qu’on avait assassiné son nouvel ennemi Abner ; il perdit sans doute courage, quand son général Abner l’abandonna pour passer au service de son compétiteur David : il y a quelque chose d’oublié ou de transposé dans le texte. Plusieurs incrédules nous reprochent de recourir si fréquemment à la ressource d’imputer tant de fautes aux copistes : ils affirment qu’il était aussi aisé à l’esprit saint de conduire la plume des scribes que celle des auteurs. Nous les confondons en disant, que les scribes n’étaient pas sacrés, et que les auteurs juifs l’étaient.
66. c’est une excellente politique ; on pourrait la comparer à celle de César qui fit mourir les assassins de Pompée, s’il était permis de comparer les petits événements d’un pays aussi chétif que la Palestine aux grandes révolutions de la république romaine. Il est vrai qu’Isbozeth est fort peu de chose devant Pompée ; mais l’histoire de Pompée et de César n’est que profane ; et l’on sait que la juive est divine.
67. à cette époque de la prise de Jérusalem commence le véritable établissement du peuple juif, qui jusques-là n’avait jamais été qu’une horde vagabonde, vivant de rapine, courant de montagne en montagne, et de caverne en caverne, sans avoir pu s’emparer d’une seule place considérable, forte par son assiete. Jérusalem est située auprès du désert, sur le passage de tous les arabes qui vont trafiquer en Phénicie. Le terrein, à la vérité, n’est que de cailloux, et ne produit rien ; mais les trois montagnes, sur lesquelles est bâtie la ville, en fesaient une place très importante. On voit que David manquait de tout pour y bâtir des maisons convenables à une capitale, puisqu’Hiram, roi de Tyr, lui envoya du bois, des charpentiers et des maçons ; mais on ne voit pas comment David put payer Hiram, ni quel marché il fit avec lui. David était à la tête d’une nation long-temps esclave, qui devait être très pauvre. Le butin qu’il avait fait dans ses courses ne devait pas l’avoir beaucoup enrichi, puisqu’il n’est parlé d’aucune ville opulente qu’il ait pillée. Mais enfin, quoique l’histoire juive ne nous donne aucun détail de l’état où était alors la Judée, quoique nous ne sachions point comment David s’y prit pour gouverner ce pays, nous devons toujours le regarder comme le seul fondateur. Dès qu’il se vit maître de la forteresse de Jérusalem, et de quinze à vingt lieues de pays, il commença par avoir de nouvelles concubines et de nouvelles femmes, à l’imitation des plus grands rois de l’orient.
68. l’auteur sacré, qui était sans doute un prêtre, recommence ici à parler des choses qui sont de son ministere. Il dit que le dieu des armées est assis sur l’arche et sur des chérubins. Cette arche, quoique divine, ne devait pas tenir une grande place puisqu’elle n’occupait qu’une simple charrette, laquelle devait être fort étroite, puisqu’elle passait par les défilés qui regnent de la montagne de Gabaa à la montagne de Jérusalem. On ne conçoit pas comment des prêtres ne l’accompagnaient pas, et comment on ne prit pas toutes les précautions nécessaires pour l’empêcher de tomber. On comprend encore moins pourquoi la colere de Dieu s’alluma contre le fils aîné de celui qui avait gardé l’arche si longtemps dans sa grange ; ni comment cet Hoza fut puni de mort subite, pour avoir empêché l’arche de tomber. Les incrédules révoquent en doute ce fait, qu’ils prétendent être injurieux à la bonté divine. Il leur paraît que s’il y avait quelqu’un de coupable, c’étaient les lévites qui abandonnaient l’arche, et non pas celui qui la soutenait. Le Lord Bolingbroke conclut, qu’il est évident que tout cela fut écrit par un prêtre, qui ne voulait pas que d’autres que des prêtres pussent jamais toucher à l’arche. On la mit pourtant dans la grange d’un laïque nommé Obed édom ; et encore ce laïque pouvait être un philistin. Ces commencemens grossiers du regne de David prouvent que le peuple juif était encore aussi grossier que pauvre, et qu’il ne possédait pas encore une maison assez supportable pour y déposer l’objet de son culte avec quelque décence. Nous convenons que ces commencemens sont très grossiers. Nous avons remarqué que ceux de tous les peuples ont été les mêmes ; et que Romulus et Thésée ne commencerent pas plus magnifiquement. Ce serait une chose très curieuse de bien voir par quels degrés les juifs parvinrent à former comme les autres peuples, des villes, des citadelles, et à s’enrichir par le commerce et par le courage. Les historiens ont toujours négligé ces ressorts du gouvernement, parce qu’ils ne les ont jamais connus ; ils s’en sont tenus à quelques actions des chefs de la nation, et ont noyé ces actions, toujours ridiculement exagérées, dans des fratras de prodiges incroyables : c’est ce que dit positivement le Lord Bolingbroke. Nous soumettons ces idées à ceux qui sont plus éclairés que lui et que nous.
69. on est bien étonné que David, après la conquête de Jérusalem, ait payé encore tribut aux philistins, et qu’il ait fallu de nouvelles victoires pour affranchir les juifs de ce tribut. Cela prouve que le peuple hébreu était encore un très petit peuple. La maniere dont David traite les moabites, ressemble à la fable qu’on a débitée sur Busiris, qui fesait mesurer ses captifs à la longueur de son lit. On leur coupait les membres qui débordaient, et on allongeait par des tortures les membres qui n’étaient pas assez longs. L’horrible cruauté de David fait de la peine à Don Calmet : cette exécution, dit-il, fait frémir ; mais les loix de la guerre de ces temps-là permettaient de tuer les captifs . Nous osons dire à Don Calmet, qu’il n’y avait point de loix de la guerre, que les juifs en avaient moins qu’aucun peuple ; et que chacun suivait ce que sa cruauté ou son intérêt lui dictait. On ne voit pas même que jamais les peuples ennemis des juifs les aient traités avec une barbarie qui approche de la barbarie juive : car lorsque les amalécites prirent la bourgade Sigelec, où David avait laissé ses femmes et ses enfants, il est dit, qu’ils ne tuerent personne ;
ils ne mesurerent point les captifs avec des cordes, et ne firent point périr dans les supplices ceux dont les corps ne s’ajustaient pas avec cette mesure. Plusieurs savants nient formellement ces victoires de David en Syrie et jusqu’à l’Euphrate. Ils disent qu’il n’en est fait aucune mention dans les histoires ; que si David avait étendu sa domination jusqu’à l’Euphrate, il eût été un des plus grands souverains de la terre. Ils regardent comme une exagération insoutenable ces prétendues conquêtes du chef d’une petite nation, maîtresse d’une seule ville, qui n’était pas même encore bâtie. Comme nous n’avons que des juifs qui aient écrit l’histoire juive, et que les historiens orientaux, qui auraient pu nous instruire, sont perdus, nous ne pouvons décider sur cette question. Il n’est pas improbable que David ait fait quelques courses jusqu’auprès de Damas.
70. des commentateurs, que Calmet a suivis, prétendent que prêtres signifie princes
- il
est plus probable que David voulut joindre dans sa maison le sacerdoce avec l’empire ; rien n’est plus politique. Au reste ces mots, ils étaient prêtres ; n’ont aucun rapport avec ce qui précede et ce qui suit : c’est une marque assez commune de l’inspiration.
71. l’avanture de Bethsabé est assez connue, et n’a pas besoin de long commentaire. Nous remarquerons que la maison d’Urie devait être très voisine de la maison de David ; puisqu’il voyait de son toit Bethsabée se baignant sur le sien. La maison royale était donc fort peu de chose, n’étant pas séparée des autres par des murailles élevées, par des tours et des fossés, selon l’usage. Il est remarquable que l’écrivain sacré se sert du mot sanctifier , pour exprimer que Bethsabé se lava après le coït. On était légalement impur chez les juifs, quand on était mal-propre. C’était un grand acte de religion de se laver ; la négligence et la saleté étaient si particulieres à ce peuple, que la loi l’obligeait à se laver souvent ; et cela s’appellait se sanctifier . Le mariage de Bethsabé, grosse de David, est déclaré nul par plusieurs rabins, et par plusieurs commentateurs. Parmi nous une femme adultère ne peut épouser son amant, assassin de son mari, sans une dispense du pape : c’est ce qui a été décidé par le pape Célestin Trois. Nous ignorons si le pape peut en effet avoir un tel pouvoir ; mais il est certain que chez aucune nation policée il n’est permis d’épouser la veuve de celui qu’on a assassiné. Il y a une autre difficulté : si le mariage de David et de Bethsabé est nul, on ne peut donc dire que Jesus-Christ est descendant légitime de David, comme il est dit dans sa généalogie. Si on décide qu’il en descend légalement, on foule aux pieds la loi de toutes les nations : si le mariage de David et de Bethsabé n’est qu’un nouveau crime, Dieu est donc né de la source la plus impure. Pour échapper à ce triste dilemme, on a recours au repentir de David, qui a tout réparé. Mais en se repentant il a gardé la veuve d’Urie ; donc, malgré son repentir, il a encore agravé son crime : c’est une difficulté nouvelle. La volonté du seigneur suffit pour calmer tous ces doutes, qui s’élevent dans les ames timorées. Tout ce que nous savons, c’est que nous ne devons être ni adulteres, ni homicides, ni épouser les veuves des maris que nous aurions assassinés.
72. on demande si le prophete Nathan, en parlant au prophete David de ses femmes et de ses concubines, avec lesquelles Absalon son fils coucha sur la terrasse du palais, lui parlait avant ou après cette avanture. Il nous semble que le discours de Nathan précede de quelques années l’affront que fit Absalon à son pere David, en couchant avec toutes ses femmes l’une après l’autre sur la terrasse du palais.
73. les critiques prétendent que le seigneur ne fut point fâché que David eût épousé la veuve d’Urie, puisqu’il aima tant Salomon, né de David et de cette veuve. Nathan a prévenu cette critique, en disant que Dieu a transféré le péché de David. Ce fut le premier-né sur lequel le péché fut transporté ; cet enfant mourut, et Dieu pardonna à son pere ; mais la menace, de faire coucher toutes ses femmes et toutes ses filles avec un autre sur la terrasse de sa maison, subsista entiérement.
74. on prétend qu’un talent d’or pesait environ quatre-vingt-dix de nos livres de seize onces ; il n’est gueres possible qu’un homme ait porté un tel diadême ; il aurait accablé Poliphême et Goliath. C’est-là où Calmet pouvait dire encore, que l’auteur sacré se permet quelques exagérations. Le diadême, d’ailleurs, n’était qu’un petit bandeau. Il est à souhaiter que les inconcevables barbaries exercées sur les citoyens de Raba, soient aussi une exagération. Il n’y a point d’exemple, dans l’histoire, d’une cruauté si énorme et si réfléchie. M Huet ne manque pas de la peindre avec les couleurs qu’elle semble mériter. Calmet dit ; qu’il est à présumer que David ne suivit que les loix communes de la guerre ; que l’écriture ne reproche rien sur cela à David, et qu’elle lui rend même le témoignage exprès, que, hors le fait d’Urie, sa conduite a été irréprochable . Cette excuse serait bonne dans l’histoire des tigres et des pantheres. quel homme, s’écrie M Huet, s’il n’a pas le cœur d’un vrai juif, pourra trouver des expressions convenables à une pareille horreur ? est-ce là l’homme selon le cœur de Dieu ? bella, horrida bella !
nous croirions outrager la nature si nous prétendions que Dieu agréa cette action affreuse de David ; nous aimons mieux douter qu’elle ait été commise.
75. M Huet s’exprime bien violemment sur cet inceste d’Amnon, et sur tous les crimes qui en résulterent. on ne sort, dit-il, d’une horreur, que pour en rencontrer une autre dans cette famille de David . L’histoire profane rapporte des incestes qui ont quelque ressemblance avec celui d’Amnon ; et il n’est pas à présumer que les uns aient été copiés des autres ; car, après tout, de pareilles impudicités n’ont été que trop communes chez toutes les nations. Mais, ce qu’il y a ici d’étrange, c’est qu’Amnon confie sa passion criminelle à son cousin germain Jonadab. Il fallait que la famille de David fût bien dissolue, pour qu’un de ses fils, qui pouvait avoir tant de concubines à son service, voulût absolument jouir de sa propre sœur, et que son cousin germain lui en facilitât les moyens.
76. ce qu’il y a de plus étrange encore, c’est que Thamar dit à son frere, demande-moi en mariage, etc. . Le lévitique défend expressément, au chap 18, de révéler la turpitude de sa sœur. Mais quelques juifs prétendent qu’il était permis d’épouser la sœur de pere, et non pas de mere. C’était tout le contraire chez les athéniens et chez les égyptiens : ils ne pouvaient épouser que leur sœur de mere ; il en fut de-même, dit-on, chez les perses. Il fallait bien que les hébreux fussent dans l’usage d’épouser leurs sœurs ; puisqu’Abraham dit à deux rois, qu’il avait épousé la sienne. Il se peut que plusieurs juifs aient fait depuis comme le pere des croyants disait qu’il avait fait. Le chap 18 du lévitique, après tout, ne défend que de révéler la turpitude de sa sœur ; mais quand il y a mariage, il n’y a plus turpitude. Le lévitique pouvait très bien avoir été absolument inconnu des juifs pendant leurs sept servitudes ; et ce peuple, qui n’avait pas de quoi aiguiser ses serpettes, et qui n’avait eu si longtemps ni feu ni lieu, pouvait fort bien n’avoir point de libraire ; puisqu’on ne trouva que longtemps après le pentateuque sous le melk Josias.
77. c’est une grande impureté de coucher avec sa sœur ; c’est une extrême brutalité de la renvoyer ensuite avec outrage : mais c’est sans doute un crime encore beaucoup plus grand d’assassiner son frere dans un festin. Il est triste de ne voir que des forfaits dans toute l’histoire de Saül et de David. Tous les freres d’Absalon, témoins de ce fratricide, sortent de table et montent sur leurs mules, comme s’ils craignaient d’être assassinés ainsi que leur frere Amnon : c’est la premiere fois qu’il est parlé de mulets dans l’histoire juive. Tous les princes d’Israël, avant ce temps, sont montés sur des ânes. Le pere Calmet dit, que les mulets de Syrie ne sont pas produits de l’accouplement d’un âne et d’une jument ; et qu’ils sont engendrés d’un mulet et d’une mule . Il cite Aristote ; mais il vaudrait mieux sur cette affaire consulter un bon muletier . Nous avons vu plusieurs voyageurs, qui assûrent qu’Aristote s’est trompé et qu’il a trompé Calmet. Il n’y a point de naturaliste, aujourd’hui, qui croie aux prétendues races de mulets. Un bourriquet fait un beau mulet à une cavale ; la nature s’arrête là ; et le mulet n’a pas le pouvoir d’engendrer. Pourquoi donc la nature lui a-t-elle donné l’instrument de la génération ? On dit qu’elle ne fait rien en vain ; cependant l’instrument d’un mulet devient la chose du monde la plus vaine : il en est des parties du mulet comme des mamelles des hommes ; ces mamelles sont très inutiles, et ne servent qu’à figurer.
78. M Huet dit, que cette conduite d’Absalon avec Joab est moins horrible que tout le reste ; mais qu’elle est excessivement ridicule ; que jamais on ne s’est avisé de brûler les orges d’un général d’armée, d’un secrétaire d’état, pour avoir une conversation avec lui ; que ce n’est pas là le moyen d’avoir des audiences. Il va jusqu’à la raillerie : il dit que le capitaine Joab ne fit pas ses orges avec Absalon. Cette plaisanterie est froide ; il ne faut point tourner la sainte écriture en raillerie.
79. le Lord Bolingbroke raconte que le général Widers, qui s’était tant signalé à la fameuse bataille de Blenheim, entendant un jour son chapelain lire cet endroit de la bible, lui arracha le livre et lui dit : par D chapelain, voila un grand poltron et un grand misérable que ton David, de s’en aller pieds nuds avec son beau régiment de géthéens ; par D. J’aurais fait volte face, jarni D j’aurais couru à ce coquin d’Absalon. Mord… je l’aurais fait pendre au premier poirier. Le discours et les juremens de ce Widers sont d’un soldat ; mais il avait raison dans le fonds ; quoique ses paroles soient fort irrévérentieuses.
80. si l’auteur sacré n’avait été qu’un écrivain ordinaire, il aurait détaillé la rebellion d’Absalon, il aurait dit quelles étaient les forces de ce prince ; il nous aurait appris pourquoi David, ce grand guerrier, s’enfuit de Jérusalem avant que son fils y fût arrivé. Jérusalem était-elle fortifiée ? Ne l’était-elle pas ? Comment tout le peuple, qui suit David, ne fait-il pas résistance ? Est-il possible qu’un homme aussi impitoyable que David, qui vient de scier en deux, d’écraser sous des herses, de brûler dans des fours, ses ennemis vaincus, s’enfuie de sa capitale en pleurant comme un sot enfant, sans faire la moindre tentative pour réprimer un fils criminel ? Comment, étant accompagné de tant d’hommes d’armes, et de tous les habitants de Jérusalem, ce sémei lui jeta-t-il des pierres impunément tout le long du chemin. C’est sur de telles incompatibilités que les Tilladet, les Le Clerc, les Astruc, ont pensé que nous n’avons que des extraits informes des livres juifs. Les auteurs de ces extraits écrivaient pour des juifs, qui étaient au fait des affaires ; ils ne savaient pas que leurs livres seraient lus un jour par des bretons et par des gaulois. à l’égard de ce pauvre Miphibozeth, fils de Jonathas, fils de Saül, comment ce boiteux espérait-il de régner ? Comment David, qui n’a plus rien, qui ne peut plus disposer de rien, donne-t-il tout le bien du prince Miphibozeth à son domestique Siba ? Fréret dit, que si ce prince Miphibozeth avait un intendant (ce qui est difficile à croire) cet intendant se serait emparé du bien de son maître sans attendre la permission du roi David.
81. les critiques disent que ce n’est pas un moyen bien sûr de s’attacher tout un peuple, que de commettre en public une chose si indécente. Les incrédules refusent de croire qu’Absalon, tout jeune qu’il était, ait pu consommer l’acte avec dix femmes devant tout le peuple ; mais le texte ne dit pas qu’Absalon ait commis ces dix incestes tout de suite : il est naturel qu’il ait mis quelque intervalle à sa lubricité. Les mauvais plaisants sont inépuisables en railleries sur ces prouesses du bel Absalon ; ils disent que depuis Hercule on ne vit jamais un plus beau fait d’armes. Nous ne répéterons pas leurs sarcasmes et leurs prétendus bons mots, qui allarmeraient la pudeur autant que les dix incestes consécutifs d’Absalon. Les sages se contentent de gémir sur les barbaries de David, sur son adultere avec Bethsabé, sur son mariage infame avec elle, sur la lâcheté qu’il montre en fuyant pieds-nuds quand il peut combattre, sur l’inceste de son fils Amnon, sur les dix incestes de son fils Absalon, sur tant d’atrocités et de turpitudes, sur toutes les horribles abominations des regnes du melk Saül et du melk David.
82. ce passage a fort embarrassé tous les commentateurs. Il n’est dit en aucun endroit de la sainte écriture que Saül eût fait le moindre tort aux gabaonites ; au contraire, il était lui-même un des habitants de Gabaa ; et il est naturel qu’il ait favorisé ses compatriotes, quoiqu’ils ne fussent pas juifs. Quant à la famine qui désola trois ans le pays du temps du melk David, rien ne fut si commun dans ce pays qu’une famine. Les livres saints parlent très souvent de famine ; et quand Abraham vint en Palestine, il y trouva la famine. On ne sort point de surprise lorsque Dieu lui-même dit à David, que cette famine n’est envoyée qu’à cause de Saül, qui était mort si longtemps auparavant, et parce que Saül avait eu de mauvaises intentions contre un peuple qui n’était pas le peuple de Dieu.
83. le Lord Bolingbroke, Messieurs Fréret et Huet, s’élevent contre cette action avec une force qui fait trembler : ils décident que de tous les crimes de David celui-ci est le plus exécrable. David, dit M Huet, cherche un infame prétexte pour détruire par un supplice infame toute la race de son roi et de son beau-pere ; il fait pendre jusqu’aux enfants que sa propre femme Michol eut d’un autre mari, lorsqu’il la répudia ; il les livre, pour être pendus, entre les mains d’un petit peuple, qui ne devait nullement être à craindre ; puisqu’alors David est supposé être vainqueur de tous ses ennemis. Il y a dans cette action non seulement une barbarie qui ferait horreur aux sauvages, mais une lâcheté dont le plus vil de tous les hommes ne serait pas capable. à cette lâcheté, et à cette fureur, David joint encore le parjure ; car il avait juré à Saül de ne jamais ôter la vie à aucun de ses enfants. Si, pour excuser ce parjure, on dit qu’il ne les pendit pas lui-même ; mais qu’il les donna aux gabaonites pour les pendre, cette excuse est aussi lâche que la conduite de David-même, et ajoute encore un degré de scélératesse. De quelque côté qu’on se tourne, on ne trouve dans toute cette histoire que l’assemblage de tous les crimes, de toutes les perfidies, de toutes les infamies, au milieu de toutes les contradictions. Ces reproches sanglants font dresser les cheveux à la tête. Le r p Don Calmet repousse ces invectives en disant, que David avait ordre de la part de Dieu, qu’il avait consulté, et que David ne fut ici que l’exécuteur de la volonté de Dieu ; et il cite Estius, Grotius, et les antiquités de Flavien Joseph.
84. il y a beaucoup de choses importantes à remarquer dans cet article. D’abord, le texte de la vulgate dit expressément, que la fureur de Dieu redoublée inspira David, et le porta, par un ordre positif, à faire ce dénombrement, que Dieu punit ensuite par le fleau le plus destructif. C’est ce qui fournit un prétexte à tant d’incrédules de dire ; que Dieu est souvent représenté chez les juifs comme ennemi du genre humain, et occupé de faire tomber les hommes dans le piege. Secondement, le seigneur a lui-même ordonné trois dénombrements dans le pentateuque. Troisiémement, rien n’est plus utile et plus sage, comme rien n’est plus difficile, que de faire le dénombrement exact d’une nation ; et non seulement cette opération de David est très prudente, mais elle est sainte, puisqu’elle lui est ordonnée par la bouche de Dieu même. Quatriémement, tous les incrédules crient à l’exagération, à l’imposture, au ridicule, d’admettre à David treize cents mille soldats dans un si petit pays ; ce qui ferait, en comptant seulement pour soldats le cinquieme du peuple, six millions cinq cents mille ames ; sans compter les cananéens et les philistins, qui venaient tout récemment de livrer quatre batailles à David, et qui étaient répandus par toute la Palestine. Cinquiémement, le livre des paralipomenes, qui contredit très souvent le livre des rois, compte quinze cents soixante et dix mille soldats : ce qui monterait à un nombre bien plus prodigieux encore et plus incroyable. Les commentateurs succombent sous le poids de ces difficultés ; et nous aussi. Nous ne pouvons que prier l’esprit saint, qu’il daigne nous éclairer.
85. sixiémement, les critiques mal intentionnés, comme Mêlier, Boulanger et autres, pensent qu’il y a une affectation puérile, ridicule, indigne de la majesté de Dieu, d’envoyer le prophete Gad au prophete David, pour lui donner à choisir l’un des trois fléaux pendant sept ans, ou pendant trois mois, ou pendant trois jours. Ils trouvent dans cette cruauté une dérision, et je ne sais quel caractere de conte oriental, qui ne devrait pas être dans un livre où l’on fait agir et parler Dieu à chaque page. Une peste qui extermine en trois jours soixante et dix mille mâles, viros, doit avoir tué aussi soixante et dix mille femelles. Il leur paraît affreux que Dieu tue cent quarante mille personnes de son peuple chéri, auquel il se communique tous les jours, avec lequel il vit familiérement ; et cela, parce que David a obéi à l’ordre de Dieu même, et a fait la chose du monde la plus sage. Ils trouvent encore mauvais que l’arche du seigneur soit dans la grange d’un étranger. David, selon eux, devait au moins la loger dans sa maison. Enfin M Fréret pense, que l’auteur sacré imite visiblement Homere, quand le seigneur arrête la main de l’ange exterminateur. Selon lui, il est très probable que l’auteur, qu’il croit être Esdras, avait entendu parler d’Homere. En effet, Homere, dans son premier chant de l’iliade, peint Apollon descendant des sommets de l’olympe, armé de son carquois, et lançant ses fléches sur les grecs, contre lesquels il était irrité. Nous ne sommes pas de l’avis de M Fréret. Nous pensons qu’Esdras lui-même ne connut jamais les grecs, et que jusqu’au temps d’Alexandre il n’y eut jamais le moindre commerce entre la Grece et la Palestine. Ce n’est pas que quelque juif ne pût, dès le siecle d’Esdras, aller exercer le courtage dans Corinthe et dans Athenes ; mais les gens de cette espece ne composaient pas l’histoire des israélites. Pour les autres objections, il faut avouer que Calmet y répond trop faiblement. Nous ne croyons pas que le choix des trois fléaux soit puérile ; au contraire, cette rigueur nous semble terrible. Mais qui peut juger les jugemens de Dieu !
86. le révérend pere Don Calmet observe qu’une jeune fille fort belle est très propre à ranimer un homme de soixante et dix ans ; c’était alors l’âge de David. Il dit qu’un médecin juif conseilla à l’empereur Frédéric Barberousse, de coucher avec de jeunes garçons et de les mettre sur sa poitrine. Mais on ne peut pas toute la nuit tenir sur sa poitrine un jeune garçon. On employe, ajoute-t-il, de petits chiens au même usage. Il faut que Salomon crût que son pere avait mis la belle Abisag à un autre usage, puisqu’il fit assassiner (comme nous le verrons) son frere ainé Adonias, pour lui avoir demandé Abisag en mariage ; comme s’il avait voulu épouser la veuve ou la concubine de son pere.
87. M Huet ne passe pas sous silence, cette intrigue de cour ; il s’éleve violemment contre elle. On ne voit point, dit-il, le seigneur ordonner d’abord que l’on verse de l’huile sur la tête de Salomon, et qu’il soit oint et christ ; tout se fait ici par cabales. L’ordre de la succession n’était pas encore bien établi chez les juifs : mais il était naturel que le fils ainé succédât à son pere ; d’autant plus qu’il n’était point né d’une femme adultere, comme Salomon. L’auteur sacré ne présente pas Nathan comme un prophete inspiré de Dieu dans cette occasion, mais comme un homme qui est à la tête d’un parti, qui fait une brigue avec Bethsabé pour ravir la couronne à l’ainé, et qui emploie le mensonge pour parvenir à ses fins ; car il accuse Adonias de s’être fait roi ; et ce prince avait dit seulement, j’espere d’être roi ; son droit était reconnu par les deux principales têtes du royaume, un grand-prêtre et un général d’armée. C’est une chose étonnante qu’il y ait deux grands-prêtres à la fois. La loi en cela était violée ; et deux grands-prêtres, opposés l’un à l’autre, devaient nécessairement exciter des troubles. M Huet excuse un peu David, qui était affaibli par l’âge ; mais il ne pardonne ni à Salomon, ni à Bethsabé, encore moins au prophete Nathan, auquel il donne les épithetes les plus injurieuses. Nous ne pouvons nous empêcher de voir qu’il y avait en effet une grande cabale pour Salomon contre Adonias, mais enfin le doigt de Dieu est par-tout : il se sert des moyens humains comme des plus divins.
88. M Huet dit sans détours, que David meurt comme il a vécu. Il a l’horrible ingratitude d’ordonner qu’on tue son général d’armée auquel il devait sa couronne. Il se parjure avec Séméi, après lui avoir fait serment de ne jamais attenter à sa vie. Enfin, il est assassin et perfide jusques sur les bords du tombeau. Le révérend pere Don Calmet justifie David par ces paroles remarquables. " David avait reçu de grands services de Joab ; et l’impunité, qu’il lui avait accordée pendant si long-temps, était une espece de récompense de ses longs travaux : mais cette considération ne dispensait pas David de l’obligation de punir le crime et d’exercer la justice contre Joab. Enfin les raisons de reconnaissance ne subsistaient pas à l’égard de Salomon ; et ce prince avait un motif particulier de faire mourir Joab, qui est, qu’il avait conspiré de donner le royaume à Adonias, à son exclusion. "
89. en tâchant de suivre mes deux prédécesseurs, j’observe d’abord que cette histoire n’a rien de commun ni avec nos saints dogmes, ni avec la foi, ni avec la charité. Le jeune Adonias demande à son frere puiné, devenu roi par la brigue de Bethsabé et du prophete Nathan, une seule grace, qui ne tire à aucune conséquence : il veut, pour tout dédommagement du royaume qu’il a perdu, une jeune fille, une servante, qui réchauffait son vieux pere : il est si simple et de si bonne foi, qu’il implore, pour obtenir cette fille, la protection de la mere de Salomon, de cette même Bethsabé qui lui a fait perdre la couronne ; et, pour toute réponse, le sage Salomon jure par Dieu qu’il fera assassiner son frere Adonias ; et sur le champ, sans consulter personne, il commande au capitaine Banaia d’aller tuer ce malheureux prince. Est-ce là l’histoire du peuple de Dieu ? Est-ce l’histoire du serrail du grand turc ? Est-ce celle des voleurs de grand-chemins ?
90. si l’on peut ajouter un crime nouveau aux scélératesses par lesquelles Salomon commence son regne, il y ajoute un sacrilege. Le capitaine Banaia lui rapporte que Joab implore la miséricorde de Dieu dans le tabernacle, et qu’il embrasse la corne de l’autel. Cet officier n’ose commettre un assassinat dans un lieu si saint. Salomon n’en est point touché ; il ordonne au capitaine de massacrer Joab à l’autel-même. S’il est quelque chose d’étrange après tant d’horreurs, c’est que Dieu, qui a fait périr cinquante mille hommes de la populace, et soixante et dix hommes du peuple, pour avoir regardé son arche, ne venge point ce coffre sacré, sur lequel on égorge le plus grand capitaine des juifs, à qui David devait sa couronne.
91. à peine Salomon, cruel fils de l’infame Bethsabé, s’est-il signalé par l’assassinat, par le sacrilege et par le fratricide, qu’il tend un piege à ce Séméi conseiller d’état du roi son pere. Il attend que ce pauvre vieillard ait sellé son âne pour aller redemander son bien, et qu’il ait passé le torrent de Cédron, pour le faire tuer sous couleur de justice. Qu’on lise l’histoire de Caligula et de Néron, et qu’on voie si ces monstres ont commencé ainsi leur regne par de tels crimes. On dit que Dieu punit Salomon pour avoir offert de l’encens aux dieux de ses femmes et de ses maîtresses ; et moi j’ose croire, que s’il fut enfin puni, ce fut pour ses assassinats.
92. c’est cependant immédiatement après cette foule de crimes que Dieu parle à Salomon. Dieu venir continuellement sur la terre pour s’entretenir avec des juifs ! Mais passons. Cette fois-ci Dieu n’apparaît à Salomon que dans un rêve : comment l’a-t-on su ? Il le dit donc à quelque autre juif ; et c’est sur la foi de cet autre juif qu’un scribe juif a écrit cette histoire singuliere ! Histoire fondée sur un rêve, comme toutes les avantures de Joseph et du pharaon sont fondées sur des rêves ! S’il se pouvait qu’un ministre du Dieu suprême fût descendu du haut des cieux pour dire à Salomon devant tout le peuple, demande à Dieu ce que tu veux, il te l’accordera, que Salomon lui eût demandé la sagesse, et que Dieu, en la lui donnant, y eût ajouté les trésors et la puissance, ce serait un très bel apologue : mais le rêve gâte tout.
93. je dirai hardiment, que jamais Salomon, ni aucun prince juif, n’eut tous ces royaumes. Je ne ménage point le mensonge, comme ont fait mes deux prédécesseurs ; mon indignation ne me permet pas cette lâche complaisance. Qui jamais avait entendu dire que des juifs aient régné de l’Euphrate à la Méditerranée. Il est vrai que le brigandage leur valut un petit pays au milieu des roches et des cavernes de la Palestine depuis le désert de Bersabé jusqu’à Dan (voyez la lettre de st Jérôme) ; mais il n’est point dit que jamais Salomon ait conquis par la guerre une lieue de terrain. Le roi d’égypte possédait de grands domaines dans la Palestine ; plusieurs cantons cananéens n’obéissaient pas à Salomon : où est donc cette prétendue puissance ?
94. ce pauvre Calmet, copiste de toutes les fadaises qu’on a compilées avant lui, a beau nous dire que les rois de Babylone nourrissaient tous leurs officiers : un roi juif était auprès d’un roi de Babylone, ce qu’était le roi de Corse Théodore en comparaison d’un roi d’Espagne, ou le roi d’Yvetot vis-à-vis un roi de France. Soixante et dix mille muids de farine et trente bœufs par jour ! En vérité cela ressemble aux cinq cents aunes de drap employées pour la braguette de la culotte de Gargantua.
95. les quarante mille écuries de Salomon ne sont pas de trop, après les quatre-vingts dix mille muids de farine.
96. je ne sais point qui étaient ce Dorda et ce Chacol ; et personne ne le sait : mais pour les trois mille paraboles, et les mille cinq cantiques, il nous en reste quelques-uns qu’on attribue à ce Salomon. Flavien Joseph, ce transfuge juif, ce hableur épargné par Vespasien, dit que Salomon composa trois mille volumes de paraboles ; et la mauvaise traduction, dite des septante, attribue à Salomon cinq mille odes. Plût à dieu qu’il eût toujours fait des odes hébraiques, au lieu d’assassiner son frere !
97. l’historien juif, Flavien Joseph, n’est pas d’accord avec l’écrivain que nous commentons, sur les mesures de vin et d’huile ; mais il affirme que les lettres de Salomon et d’Hiram existaient encore de son temps. Serait-il possible que les archives tyriennes eussent subsisté après la destruction de Tyr par Alexandre, et les juives après la ruine du temple sous Nabuchodonozor ?
98. tout ce détail semble terriblement exagéré. Cent quatre-vingts trois mille trois cents hommes employés aux seuls préparatifs d’un temple qui ne devait avoir que quatre-vingts onze pieds de face, révoltent quiconque a la plus légere connaissance de l’architecture. Cinquante ouvriers bâtissent en Angleterre une belle maison de cette dimension en six mois. Au reste, les mesures du livre des rois, des paralipomenes, d’ézéchiel et de Joseph, ne s’accordent pas ; et cette différence entre les trois auteurs est assez extraordinaire.
99. les auteurs ne s’accordent pas davantage sur la chronologie de ce temple. Les prétendus septante le disent bâti quatre-cents quarante ans après la fuite d’égypte ; Joseph cinq cents quatre-vingts douze ans ; et parmi les modernes on trouve vingt opinions différentes : cette question n’est d’aucune importance ; mais dans un livre sacré l’exactitude ne nuirait pas.
100. il paraît que le sur-intendant des bâtimens de Salomon n’était ni un Michel-Ange, ni un Bramante : on ne sait ce que c’est que ces fenêtres de côté, ces fenêtres obliques. D’ailleurs il ne faut pas s’imaginer que ces temples eussent la moindre ressemblance avec les nôtres. C’étaient des cloîtres, au milieu desquels était un petit sanctuaire : on fesait de ces cloîtres une citadelle ; les murs étaient solides, et les prêtres avaient leurs maisons adossées à l’intérieur de ces murs : ces trois échafauds, ces trois étages, dans l’intérieur du temple, bâtis pour les prêtres, étaient de bois, et avançaient d’une coudée l’un sur l’autre. Nous avons encore d’anciennes villes bâties de cette maniere barbare.
101. on a remarqué que ces figures de veaux dans le sanctuaire, et ces douze veaux qui soutenaient la cuve appellée la mer où les prêtres se lavaient, étaient une transgression formelle contre la loi.
102. il ne fallait pas faire souvent de pareils sacrifices : on aurait bientôt été réduit à la famine. Comptez pour chaque bœuf gras quatre cents livres de viande : voilà huit millions 800000 livres de bœuf, et douze cents mille livres de mouton ; ajoutez-y le pain et le vin ; c’est un grand repas.
103. on ne sait pas trop où Salomon aurait pris ces vingt villes. Samarie n’existait pas. Jéricho n’était qu’une mazure. Sichem, Béthel, n’étaient pas rebâties ; elles ne le furent que sous Jéroboam. C’étaient apparemment des villages que Salomon donna au roi de Tyr ; et que ce tyrien en ait été content ou non, cela est fort indifférent.
104. ce voyage d’Ophir est peu de chose. Si vous comptez le talent d’or à cent vingt mille livres de la monnoie de France, ce n’est qu’une affaire de cinquante millions quatre cents mille livres. Les paralipomenes vont bien plus loin : ce livre assure que David, avant sa mort, donna à son fils cent mille talents d’or de ses épargnes, et un million de talents d’argent. Nous comptons le talent d’or à quarante mille écus, et le talent d’argent à deux mille ; ce qui fait juste six milliards d’écus, dix-huit milliards de francs. Ce que Salomon amassa pouvait bien aller à une somme aussi forte. Il est comique de voir un melk, un roitelet juif, avoir à sa disposition trente six milliards de livres françaises, ou neuf milliards d’écus d’Allemagne, ou environ un milliard et demi sterling. On est dégoûté de tant d’exagérations puériles ; cela ressemble à la Jérusalem céleste, qui descend du ciel dans l’apocalypse, et que le bon homme st Justin vit pendant quarante nuits consécutives ; les murailles étaient de jaspe, la ville était d’or, les fondements de pierres précieuses, et les portes de perles.
105. la reine de Saba, qui vient proposer des énigmes à Salomon, et qui lui fait un petit présent de seize millions huit cents mille livres de France, ou de quatre millions deux cents mille écus d’Allemagne, est bien une autre dame que l’impératrice de Russie. Salomon, qui était fort galant, dut lui faire des présents qui valaient au moins le double. La dixme de tout cet argent appartient aux prêtres. On cherche ce royaume de Saba ; il était sans doute dans le pays d’utopie.
106. mettons le sicle d’argent à un écu de France de trois livres. Salomon n’achetait pas cher ses chevaux dans un temps où l’on marchait sur l’or et sur l’argent dans les rues de Jérusalem. L’égypte ne nourrissait gueres de chevaux. Que ne les fesait-il venir d’Arabie ? Et de Perse ? Ne savait-il pas que la plupart des chevaux d’égypte deviennent tous aveugles en peu de temps ?
107. il semble assez prouvé que les juifs n’avaient point encore de culte fixe et déterminé. S’ils en avaient eu, Jacob et ésaü n’auraient point épousé des filles idolâtres ; Samson n’aurait point épousé une philistine ; Jephté n’aurait point dit, que tout ce que le dieu Chamos avait conquis pour son peuple lui appartenait de droit. Il est très vraisemblable qu’aucun des livres juifs, tels qu’ils nous sont parvenus, n’était encore écrit. Il était fort indifférent que Salomon adorât un dieu sous le nom de Chamos, ou de Moloch, ou de Milkon, ou d’Adonaï, ou de Sadaï, ou de Jéhova.
108. ce Rason roi de Syrie, qui fit tant de peine à Salomon pendant tout son regne en Judée, démontre évidemment que l’auteur sacré se contredit grossiérement quand il dit que Salomon régna de l’Euphrate à la Méditerranée. Les contradictions sont fréquentes dans l’auteur sacré.
109. nous avons déjà vu un lévite qui coupa sa femme en douze morceaux, parce qu’elle était morte de lassitude d’avoir été violée en Gabaa ; et maintenant voici un prophete nommé Ahias, qui ne coupe que son manteau en douze parts, pour signifier au rebelle Jéroboam que des douze tribus d’Israël il en aurait dix. Il aurait pu complotter contre Salomon avec ce rebelle sans qu’il lui en coutât un bon manteau tout neuf ; le dieu d’Israël ne donnait pas beaucoup de manteaux à ses prophetes ; on sait que leur garderobe était mal fournie ; apparemment que Jéroboam lui paya la valeur de son manteau.
110. si Salomon voulut faire assassiner ce Jéroboam, il paraît qu’en effet Dieu lui avait donné la sagesse : il est toujours fort vilain d’assassiner ; mais enfin il s’agissait d’un royaume qui, dit-on, s’étendait de l’Euphrate à la mer. Salomon ne put venir à bout de son dessein, il mourut ; et de bonnes gens disputent encore s’il est damné. Les prophetes juifs n’agiterent point cette question. Il n’y avait point encore d’enfer de leur temps.
111. ce Salomon était donc le plus avare juif qui fût parmi les juifs ; et son contrôleur général des finances méritait d’être pendu. Quoi ! De son temps on marchait sur l’or et l’argent dans les rues ; nous avons vu qu’il possédait environ trente-six milliards d’argent comptant ; et le cancre accablait encore son peuple d’impôts, après lui avoir fait manger en un jour cent quatre-vingts neuf millions deux cents mille livres de viande à seize onces la livre ! On a bien raison de dire qu’il n’y a rien de si avare qu’un prodigue. Pour Roboam, qui dit que Salomon avait fouetté son peuple avec des verges, et qu’il le fouetterait avec des scorpions ; c’est la réponse d’un tyran. Roboam méritait pis que ce qui lui arriva.
112. tout Israël avait grande raison. Une nation entiere n’aime point à être fouettée avec des scorpions. La maison de David n’était pas meilleure qu’une autre : c’était le fils de l’habitant d’un village ; et les autres familles avaient autant de droit, que la sienne, de se servir de scorpions pour fouetter le peuple ; mais Dieu choisit la famille de David.
113. ces mots, comme il en est séparé encore aujourd’hui, prouvent que l’auteur sacré écrivait très longtemps après l’événement. Cela prouve encore que, s’il n’était qu’un homme ordinaire, on pourrait douter de tout ce qu’il raconte : mais il était inspiré, comme on sait. Cette scission entre Israël et Juda dura toujours jusqu’à la dispersion des dix tribus, et recommença ensuite entre Samarie et Jérusalem. Delà toutes les prophéties en faveur de Juda par les prophetes du parti de Juda. Delà toutes ces invectives contre les ennemis de Juda, et toutes ces prédictions de la grandeur de Juda, qu’on a ensuite appliquées à Jésu fils de Marie, quand la religion chrétienne a été établie, avec tant de peine et de temps, sur les ruines de la religion judaïque.
114. voilà une des exagérations incroyables qui se sont glissées dans les livres saints du peuple de Dieu (sans doute par la faute des copistes). Un misérable roitelet de la dixieme partie d’un petit pays barbare pouvait-il avoir une armée de cent quatre-vingts mille combattants ? Les exagérations précédentes, dit-on, sont encore plus incroyables. Il est vrai ; et j’en suis très fâché. Mes deux prédécesseurs ont dit avec raison, que dans ces temps-là rien ne se fesait comme aujourd’hui.
115. tous les bons critiques soupçonnent quelqu’un de ces Rabi, de ces Rhoë, de ces prophetes, d’avoir écrit tous ces livres juifs. L’auteur représente toujours un prophete prédisant l’avenir et disposant du présent : mais de quelle autorité ce juif inconnu, nommé Séméias, était-il donc revêtu, pour dissiper tout d’un coup une armée de cent quatre-vingts mille hommes ? Ce prophete-là n’était pas de la faction de Juda ; aussi n’était-il point compté parmi ceux qui ont prédit Jésu fils de Marie en Bethléem.
116. nouvelle preuve que la religion judaïque n’était point fixée. Cette misérable nation juive change de culte à tout moment, depuis sa singuliere évasion d’égypte jusqu’au temps d’Esdras. Remarquez son goût pour les veaux d’or ou dorés. Il en coûta vingt-trois mille hommes pour le veau d’Aaron. Le seigneur Adonaï, ou Sadaï, ou Sabbahoth, ou Jéhova, ou Jhao, devait naturellement égorger quarante-six mille israélites pour les deux veaux de Jéroboam. Au reste, ce Jéroboam était fort sensé de ne vouloir pas que son peuple allât sacrifier en Jérusalem. Les rois de Perse ne souffrent pas que les persans aillent baiser la pierre noire à La Mecque ; et le roi de Prusse n’envoie point ses grenadiers demander des pardons à Rome.
117. c’est l’historien Flavian Joseph qui appelle ce prophete Addo ; les sacrés cahiers ne le nomment pas. Le seigneur Adonaï donne à son prophete Addo un pouvoir plus qu’humain. Dès que le roitelet Jéroboam veut faire saisir ce prophete de malheur, sa main se seche, et son bras reste étendu, sans pouvoir remuer. Cependant Adonaï avait lui-même envoyé un autre prophete à ce même Jéroboam, pour lui donner dix parts en douze de ce beau royaume de quarante-cinq lieues de long sur quinze de large. Le miracle de cette main séchée est bien peu de chose en comparaison de la mer-Rouge fendue en deux, et du soleil s’arrêtant un jour entier sur Gabaon, comme la lune sur Ayalon. Mais nous verrons d’aussi beaux miracles, quand nous serons parvenus au temps du devin élie, et du roitelet Achab.
118. cette défense, de manger sur les terres de Jéroboam, prouve encore que ces terres n’étaient pas fort étendues. Un bon piéton pouvait aisément déjeuner à Samarie, et souper à Jérusalem ; à plus forte raison un prophete, accoutumé à une vie sobre, pouvait se passer de déjeuner à Béthel, qui était encore plus près de Jérusalem que de Samarie.
119. remarquez que dès qu’un homme se disait prophete en Israël, ou en Juda, on le croyait sur sa parole. Nous avons vu qu’il y avait du temps de Saül des troupes de prophetes ; mais on n’était point reçu dans ces bandes, comme on est reçu licentié à Salamanque et à Coïmbre. Dès que le vieillard se dit prophete, Addo le reconnaît pour tel, et se met à manger sans difficulté.
120. sans l’avanture du lion et de l’âne qui resterent tous deux en sentinelle à côté du corps mort, nous n’aurions fait aucun commentaire sur le prophete Addo, qui n’a pas fait une grande figure dans le monde, et à qui l’on ne peut reprocher que d’avoir eu faim et d’avoir déjeuné mal-à-propos dans un endroit plutôt que dans un autre. On ne peut le ranger que parmi les petits prophetes.
121. ce prophete Hahias n’est pas consolant. Mais observez qu’il n’est que prophete d’Israël ; et que, par conséquent, il est hérétique. Le peuple d’Israël était plongé dans l’hérésie ; il sacrifiait chez lui ; il ne sacrifiait point à Jérusalem. Et il n’est point exprimé que le prophete Hahias fût de la faction de Juda. Mais il y a eu de tout temps des prophetes chez les hérétiques. Jurieu l’était en Hollande, il prophétisa contre Louis Xiv. Le nommé Caré De Mongeron prophétisa en faveur des jansénistes. Il y a des prophetes par-tout.
122. le lion de Juda, dont la verge ne devait jamais sortir d’entre ses jambes, jusqu’à-ce que le shilo vînt, sent cette fois-ci ses ongles rognés de bien près ; et sa verge n’a pas grand pouvoir. Sésac vient d’égypte piller tous les trésors prétendus qui étaient dans le temple de Salomon. De graves savants prouvent que Sésac était le grand Sésostris : d’autres graves savants prouvent que Sésostris naquit mille ans avant Sésac. Des savants encore plus graves prouvent qu’il n’y eut jamais de Sésostris. Une raison qui ferait croire que ce ne fut pas Sésostris qui pilla Jérusalem, c’est qu’il ne pilla point Sichem, Jérico, Samarie et les deux veaux d’or hérétiques ; car Hérodote dit que ce grand Sésostris pilla toute la terre.
123. l’auteur sacré dit que la reine Maacha était mere du roitelet Abia ; et ensuite il dit qu’elle était mere du roitelet Asa ; mais il ne dit point ce que c’étaient que ces Priapes, dont la mere Maacha était grande-prêtresse à Jérusalem. On ne sort point de surprise quand on voit des Priapes adorés par la maison de David et par les enfants de Jacob. Y a-t-il une plus forte preuve que la religion judaïque ne fut jamais fixée jusqu’au temps d’Esdras ? Quant aux jeunes sodomites chassés par le roi Asa, ou par le roi Abias, il est étonnant qu’il y eut encore de ces gens-là, après le terrible exemple de Sodome et Gomore. Il est souvent parlé de ces jeunes sodomites dans le troisieme livre des rois.
124. je ne puis ni concilier les contradictions énormes qui se trouvent entre le livre des rois et celui des paralipomenes, ni éclaircir leurs obscurités. Je donne seulement ce petit exemple concernant le roitelet de Juda, nommé Abias, et le roitelet Jéroboam. Que dites-vous, mon cher lecteur, des vingt-deux fils de cet Abias et de ses seize filles, dont ces quatorze femmes accouchent en deux ans de temps ? Que dites-vous de son armée de cinq-cents quatre-vingts mille hommes, et de celle du roi d’éthiopie qui se montait à un million ? Vous savez qu’il y a un peu loin de l’éthiopie à Jérusalem. Par où était venu ce roi d’éthiopie ? Comment le roi d’égypte Sésac, ou Sésostris, l’avait-il laissé passer ? Je n’insiste pas sur ces prodiges : nous en avons vus, et nous en verrons bien d’autres ; prenons courage.
125. ces grands rois d’Israël ne possédaient pas une ville passable avant qu’on eût bâti Samarie, Jérico et Sichem. Jérico fut une place importante contre les irruptions des arabes et des syriens ; ainsi Josué n’avoit pas agi en politique, lorsqu’il la détruisit entiérement ; et l’anathême prononcé contre elle ne subsista pas.
126. c’est ici où l’on parle pour la premiere fois d’élie le thesbite, cet homme unique, qui n’avait pas de pain à manger sur la terre, et qui monta au ciel dans un char de feu, traîné par quatre chevaux de feu. On ne connaît gueres plus le bourg de Thésbes sa patrie, que sa personne ; et le voilà qui annonce tout d’un coup qu’il ne pleuvra que par son ordre. Remarquons d’abord que Dieu ne l’emploie que chez les israélites hérétiques, comme nous l’avons déjà insinué. Adonaï lui ordonne de s’asseoir, non pas au bord du torrent, mais dans le torrent même ; et c’est là que les corbeaux viennent le nourrir de la part de Dieu. Cette idée, de nourrir les saints par des corbeaux, fut imitée depuis dans l’histoire des peres du désert. Un corbeau nourrit, pendant soixante ans, l’hermite Paul dans une caverne de la Thébaïde, et lui apportait chaque jour la moitié d’un pain dans son bec. Paul n’avait que cent treize ans, lorsque l’hermite Antoine, âgé de quatre-vingt-dix, vint lui faire une visite. Alors le corbeau apporta un pain entier pour le déjeûner des deux saints comme st Jérémie l’atteste.
127. le seigneur envoie élie du milieu des hérétiques chez des infideles. Le prophete commence par deviner qu’une femme qui ramasse du bois est veuve, il commence par demander pour lui le seul morceau de pain qui reste à cette femme, bien sûr qu’il lui en donnera d’autre. Mais il n’est pas dit que cette femme sidonienne se soit convertie, et ait quitté le dieu de Sidon pour le dieu de Juda, malgré tous les miracles que fait élie en sa faveur ; mais sa conversion peut se supposer. De plus, un grand nombre de savans suppose ; et nous l’avouons souvent, que tous les peuples reconnaissaient un dieu suprême qui communiquait une partie de son pouvoir à ceux qu’il voulait favoriser, tantôt à des mages d’égypte, tantôt à des mages de Perse ou de Babylone, à des hérétiques samaritains, à des idolâtres même, comme Balaam. Si vous en croyez ces savans, chacun conservait ses rites, son culte, ses dieux secondaires, en adorant le dieu universel. Ainsi le pharaon, qui vit les miracles de Moyse, reconnut la puissance de Dieu, et ne changea point de culte : ainsi la veuve de Sarepta, dont élie multiplia l’huile et la farine et ressuscita l’enfant, resta dans sa religion ; car il n’est point dit qu’élie l’engagea à judaïser.
128. quelques commentateurs ont remarqué qu’élisée, valet d’élie et son successeur en prophétie, fit la même chose en faveur d’un petit enfant, qu’il ne ressuscita qu’après s’être étendu sur lui. L’enfant bailla sept fois, et ouvrit les yeux. Les impies ont prétendu conclure qu’élisée lui-même était le pere de cet enfant, parce que le mari de la mere était fort vieux, et que Gihézi, valet d’élisée, qui lui amena cette femme dans sa chambre, lui dit : ne vois-tu pas ce qu’elle te demande ? Mais il n’est pas permis de soupçonner ainsi un prophete. Nous ne répondrons point à ceux qui nient absolument tous les miracles d’élie et d’élisée, et jusqu’à l’existence de ces deux hommes. contra negantem principia non est disputandum.
129. toujours la famine dans la terre de promission. Il y a encore une autre famine du temps d’élisée. à peine Abraham y était-il arrivé qu’il y eut famine ; et il y avait encore famine lorsque Joseph, le juif, gouvernait l’égypte despotiquement.
130. le mont Carmel appartenait aux sidoniens. On sait que c’est sur cette montagne que le prophete élie fonda les carmes. Ces savants moines ont plus d’une fois traité d’hérétiques ceux qui ont osé combattre cette vérité.
131. il est évident, par l’acceptation universelle et soudaine que les israélites font de l’offre d’élie, qu’ils étaient dans la bonne foi. Il n’est pas moins évident que leurs prêtres avaient une confiance aussi grande dans leur dieu Baal, qu’élie dans le vrai dieu ; puis qu’ils se donnaient des coups de couteau, et qu’ils fesaient couler leur sang, pour obtenir le feu du ciel. Il semble même que le peuple d’Israël et le peuple de Juda adoraient le même dieu sous des noms différents. Israël avait des veaux d’or ; mais Juda avait ses bœufs d’or, placés par Salomon dans le sanctuaire avant que Sésac vint piller Jérusalem et le temple. Il est clair, par le texte, qu’Israël n’adorait point ses veaux ; puis qu’il n’adorait que Baal. Or ce mot Bal, Bel, Baal, signifiait le seigneur, comme Adonaï, éloa, Sabbahoth, Sadaï, Jéhova, signifiait aussi le seigneur. Les rites, les sacrifices, étaient entiérement les mêmes ; les intérêts seuls étaient différents. L’hérésie d’Israël ne consistait donc qu’en ce que les israélites ne voulaient pas porter leur argent à Jérusalem, dont la tribu de Juda était en possession.
132. quelques savans prétendent qu’élie n’est qu’un personnage allégorique, et qu’il n’y eut jamais d’élie. Mais si élie exista, les critiques disent que jamais juif ne fut plus barbare. Les prophetes de Baal étaient aussi dévots à leur dieu que lui au sien ; leur foi était aussi grande que la sienne. Ils n’étaient donc pas coupables ; ils étaient fideles à leur dieu et à leur roi. Il y avait donc une injustice horrible à leur faire souffrir la mort. Et comment le roi d’Israël permit-il cette exécution ? C’était se condamner soi-même à assister à la potence. De plus, élie devait espérer que le miracle inouï de la foudre, qui vint en temps serain brûler les pierres de son autel, la cendre de son bois et l’eau de ses rigoles, convertirait infailliblement les hérétiques. Il devait donc porter sur ses épaules les brebis égarées. Il devait vouloir le repentir des pécheurs, et non leur mort. Mais il les massacre lui-même. interfecit eos. c’était un rude homme que cet élie, qui égorgeait tout seul huit cents cinquante prophetes ses confreres : car il est dit qu’il les tua tous. Mes prédécesseurs, dans l’explication de la sainte écriture, n’ont pu répondre aux critiques, ni moi non plus. Puisse seulement cette exécrable boucherie d’élie ne point encourager les persécuteurs.
133. nos critiques ne cessent de s’étonner de voir le plus grand des prophetes, le premier ministre de l’éternel, courir comme valet-de-pied devant la charrette du roi d’Israël. Il est dit dans l’histoire de François Xavier, apôtre des Indes, qu’il courait, comme élie, devant la charette qui mena ses compagnons de Rome en Espagne. Nos critiques s’étonnent bien davantage que la reine Jésabel soit assez sotte pour faire avertir élie, par un messager, qu’elle le fera pendre le lendemain. C’était lui donner un jour pour se sauver. Ils ne conçoivent pas qu’un homme qui ressuscitait des morts, qui disposait des nuées et de la foudre, soit assez poltron pour s’enfuir sur les menaces d’une femme. Dieu ne l’assiste qu’avec un petit pain cuit et de l’eau. L’ange, qui lui donna ce pain et cette eau, était apparemment l’ange qui donna à boire au petit Ismaël et à sa mere Agar.
134. Dieu, qui n’était pas dans ce grand vent, mais qui était dans ce petit vent, fournit de belles réflexions aux commentateurs, et sur-tout au profond Calmet. Il soupçonne, après de grands hommes, que le grand vent signifie l’ancien testament, et que le petit vent signifie le nouveau.
135. ce petit morceau est le plus important de tous. Dieu ordonne à élie de faire un oint, un christ, un messie d’Hazaël, de le sacrer roi, oint de Syrie ; et d’oindre, de sacrer pareillement Jéhu roi d’Israël, et d’oindre, de sacrer aussi le bouvier élisée en qualité de prophete, titre qui est bien au-dessus du titre de roi. Cet élisée est le premier prophete pour lequel l’écriture ait jamais employé ce mot d’oint ; de christ. Mylord Bolingbroke dit, que pour faire deux rois et un prophete, il ne faut qu’un demi-septier d’huile. Cependant nous ne voyons pas qu’élisée ait été jamais oint. Nous voyons encore moins qu’élisée ait égorgé ceux qui échapperent à l’épée de Jéhu. On nous a épargné les meurtres dont élisée devait décorer son ministere. C’est bien assez des huit cents cinquante prophetes tués de la propre main d’élie.
136. mes prédécesseurs, dans le travail épineux et désagréable de ce commentaire, se sont appliqués à citer et à réfuter Mylord Herbert, Wolston, Tindal, Toland, l’abbé de Tilladet, l’abbé de Longuerue, le curé Mêlier, Boulanger, Fréret, Du Marsais, le comte de Boulainvilliers, Mylord Bolingbroke, Huet, et tant d’autres. Nous nous en tiendrons ici à Mylord Bolingbroke ; et nous croirons, en le réfutant, avoir réfuté tous les critiques. Voici donc comme il s’exprima dans son livre aussi profond que hardi, donné au public par l’écossais M Mallet, son secrétaire et son disciple. " je suis bien-aise de voir un roi qui se dit catholique, comme Josaphat, et un roi hérétique comme Achab, réunis contre l’ennemi commun, contre un infidele tel que le roi de Syrie, souillé du crime d’adorer Dieu sous le nom d’Adad et de Remnon, au lieu de l’adorer sous le nom d’Adonaï et de Sabaoth. Mais je suis fâché de voir le roi d’Israël assez imbécille pour appeller à son conseil de guerre quatre cents gueux de la lie du peuple, qui se disaient prophetes. Je ne sais même où il put trouver ces quatre cents énergumenes, après qu’élie avait eu la condescendance d’en tuer huit cents cinquante de sa main, savoir, quatre cents cinquante prophetes commensaux de la reine Jésabel, et quatre cents prophetes des bocages. " quoique je sache bien que les rois d’Israël et de Juda n’étaient pas riches, et que la ville de Samarie était alors fort peu de chose, cependant je n’aime point à voir deux rois vêtus à la royale, assis chacun sur un trône dans une aire où l’on bat du bled. Ce n’est pas-là un lieu propre à tenir conseil. " le prophete Sédékias, fils de Chaahana, pouvait prédire aux deux rois des choses agréables, sans se mettre deux cornes de fer sur la tête. C’eût été un beau spectacle, si tous les autres prophetes et tous les officiers de l’armée s’étaient mis des cornes pour opiner. " Michée ne se met point de cornes ; mais il est assez fou pour dire qu’il vient d’assister au conseil de Dieu, et qu’il a vu Dieu assis sur son trône, environné de toutes les troupes célestes. " ce furieux insensé ose attribuer à Dieu deux choses également abominables et ridicules, l’une de vouloir tromper Achab roi d’Israël, l’autre de ne savoir comment s’y prendre. " mais le comble de l’extravagance est de faire entrer un esprit malin, un diable, dans le conseil de Dieu, quoique le peuple hébreu n’eût jamais encore entendu parler du diable, et que ce diable n’eût été inventé que par les perses, avec qui ce peuple n’avait encore aucune communication. " Dieu ne sait comment ce diable s’y prendra. Le diable, qui a plus d’esprit que lui, et plus de puissance, lui dit qu’il se mettra dans la bouche de tous les prophetes pour les faire mentir. " du moins, lorsque dans le second livre de l’iliade Jupiter cherche des expédients pour relever la gloire d’Achille aux dépens d’Agamemnon, il trouve un expédient de lui-même : c’est de tromper Agamemnon par un songe menteur. Il ne consulte point le diable pour cela, il parle lui-même au songe ; il lui donne ses ordres. Il est vrai qu’Homere fait jouer-là un rôle bien bas et bien ridicule à son Jupiter. " il se peut que les livres juifs, ayant été écrits très-tard, le prêtre, qui compila les rêveries hébraïques, ait imité cette rêverie d’Homere. Car dans toute la bible le dieu des juifs est très-inférieur aux dieux des grecs ; il est presque toujours battu ; il ne songe qu’à obtenir des offrandes ; et son peuple meurt toujours de faim. Il a beau être continuellement présent, et parler lui-même, on ne fait rien de ce qu’il veut. Si on lui bâtit un temple, il vient un Sésac roi d’égypte qui le pille et qui emporte tout. S’il impose la sagesse à Salomon, ce Salomon se moque de lui, et l’abandonne pour d’autres dieux. " s’il donne la terre promise à son peuple, ce peuple y est esclave depuis la mort de Josué jusqu’au regne de Saül. Il n’y a point de Dieu ni de peuple plus malheureux. " les compilateurs des fables hébraïques ont beau dire que les hébreux n’ont toujours été misérables que parce qu’ils ont toujours été infideles. Nos prêtres anglicans en pourraient dire autant de nos irlandois et de nos montagnards d’écosse. Rien n’est plus aisé que de dire : si tu as été battu, c’est que tu as manqué aux devoirs de ta religion : si tu avais donné plus d’argent à l’église, tu aurais été vainqueur. Cette infame superstition est ancienne ; elle a fait le tour de la terre ". On peut dire à Mylord Bolingbroke, que les écrivains sacrés n’ont pas plus connu Homere que les grecs n’ont connu les livres des juifs. Jupiter, qui trompe Agamemnon, ressemble, il est vrai, au dieu Sabaoth qui trompe le roi Achab. Mais l’un n’est point emprunté de l’autre. C’était une créance, commune dans tout l’orient, que les dieux se plaisaient à tendre des pieges aux hommes, et à ouvrir sous leurs pas des précipices dans lesquels ils les plongeaient. Les poëmes d’Homere et les tragédies grecques portent sur ce fondement. D’ailleurs l’exemple de la mort d’Achab rentre dans les exemples ordinaires d’une justice divine, qui venge le sang innocent. Achab était très-coupable, et méritait que Dieu le punît. Il avait pris, dans la ville de Samarie, la vigne de Naboth sans la payer ; et il avait fait condamner injustement Naboth à la mort. Il n’est donc ni étonnant ni absurde que Dieu le punisse, de quelque maniere qu’il s’y prenne. à l’égard du luxe d’Achab et de sa maison d’ivoire, ou ornée d’ivoire, cela prouve que les caravanes arabes apportaient depuis long-temps des marchandises des Indes et de l’Afrique. Quelques ornemens d’ivoire aux chaises curules furent long-temps la seule magnificence que les romains connurent. Quoique les commentateurs reprochent aux écrivains hébreux des hyperboles et de l’exagération, cependant il faut bien que les chefs de la nation hébraïque eussent quelque sorte de décoration.
137. nous n’examinerons ici que les objections de Mylord Bolingbroke. Selon lui " élie le thesbite est un personnage imaginaire ; et Thesbe sa patrie est aussi inconnue que lui. Ces premieres paroles confirment que chaque bourgade, dans tous ces pays-là, avait son dieu qui en valait bien un autre. Il était indifférent au roi Ochosias, d’envoyer chez le dieu Adonaï, ou chez le dieu Belzébub. Il paraît qu’élie était très connu du roi Ochosias ; puisque, lorsque ses gens lui dirent qu’il est venu un fou poiloux avec une ceinture de cuir, il dit tout d’un coup : c’est élie. Il ne crut pas devoir consulter un homme que toute sa cour regardait avec dérision. "
138. Mylord Bolingbroke continue ainsi. " cet élie, qui fait descendre deux fois la foudre sur deux capitaines, et sur deux compagnies de soldats envoyées de la part de son roi, ne peut être qu’un personnage chimérique ; car s’il pouvait se battre ainsi à coups de foudre, il aurait infailliblement conquis toute la terre en se promenant seulement avec son valet. C’est ce qu’on disait tous les jours aux sorciers : si vous êtes sûrs que le diable, avec qui vous avez fait un pacte, fera tout ce que vous lui ordonnerez, que ne lui ordonnez-vous de vous donner tous les empires du monde, tout l’argent et toutes les femmes ? On pouvait dire de-même à élie : tu viens de tuer deux capitaines et deux compagnies à coups de tonnerre ; et tu t’enfuis comme un lâche, et comme un sot, dès que la reine Jésabel te menace de te faire pendre ! Ne pouvais-tu pas foudroyer Jésabel, comme tu as foudroyé ces deux pauvres capitaines ? Quelle impertinente contradiction fait de toi tantôt un dieu, et tantôt un gougeat ? Quel homme sensé peut supporter ces détestables contes, qui font rire de pitié et frémir d’horreur ? " ces invectives terribles seraient à leur place contre les prêtres des faux dieux ; mais non pas contre un prophete du seigneur, qui ne parle et n’agit jamais de lui-même, et qui n’est que l’instrument du seigneur. Il n’a point fait son marché avec Dieu, comme les sorciers prétendaient en avoir fait un avec le diable.
139. l’enlévement admirable d’élie au ciel se prépare ; mais d’où ces fils de prophetes le savaient-ils ? Pourquoi élie roule-t-il son manteau ? Pourquoi diviser les eaux du Jourdain, comme avait fait Josué ? Le char de feu, dans lequel élie monta, ne pouvait-il pas l’enlever aussi bien à la droite qu’à la gauche du Jourdain ? nec Deus intersit nisi dignus vindice nodus.
on s’est beaucoup tourmenté pour savoir ce que c’est que ce double soufle, ou ce double esprit, qu’élisée, valet et successeur d’élie, demande à son maitre. Il lui demande un esprit aussi puissant que le sien, un esprit qui en vaut deux ; c’est le duplici panno d’Horace ; c’est, comme nous disons, enfermer à double tour. à l’égard de la réponse d’élie, les commentateurs ne l’ont jamais expliquée. Torniel pense qu’elle signifie : si tu as les yeux assez bons pour me distinguer quand je serai dans mon char de feu environné de lumiere, ce sera signe que tu auras autant de génie que moi ; mais si tu ne peux me voir, ce sera signe que tu seras toujours médiocre. Surquoi Toland dit, que le savant Torniel est encore plus médiocre qu’élisée. Nous n’approuvons pas ces écarts de Toland.
140. ce char de lumiere, ces quatre chevaux de feu, ce tourbillon dans les airs, ce nom d’élie, ont fait penser au Lord Bolingbroke et à Monsieur Boulanger, que l’avanture d’élie était imitée de celle de Phaëton qui s’assit sur le char du soleil. La fable de Phaëton fut originairement égyptienne : c’est du moins une fable morale, qui montre les dangers de l’ambition. Mais que signifie le char d’élie ? Les écrivains juifs, dit le Lord Bolingbroke, ne sont jamais que des plagiaires grossiers et maladroits.
141. si l’histoire de quarante-deux petits garçons était vraie, dit encore Milord Bolingbroke, " élisée ressemblerait à un valet qui vient de faire fortune ; et qui fait punir quiconque lui rit au nez. Quoi, exécrable valet de prêtre, tu ferois dévorer par des ours quarante-deux enfants innocents pour t’avoir appellé chauve ! Heureusement il n’y a point d’ours en Palestine ; ce pays est trop chaud, et il n’y a point de forêt. L’absurdité de ce conte en fait disparaitre l’horreur ". C’est ainsi que s’explique un anglais ; qui avait cet esprit puissant, ce double génie que demandait élisée, mais qui avait aussi double hardiesse. Je n’oserais assurer qu’il n’y ait point d’ours en Galilée ; c’est un pays plein de cavernes, où ces animaux venus de loin, auraient pu se retirer.
142. c’est toujours Mylord Bolingbroke qui parle. " si on voyait trois rois, l’un papiste et les deux autres protestans, aller chez un capucin pour obtenir de lui de la pluie, que dirait-on d’une pareille imbécillité ? Et si un frere capucin écrivait un pareil conte dans les annales de son ordre, ne conviendrait-on pas de la vérité du proverbe : orgueilleux comme un capucin ". Ces paroles du Lord Bolingbroke ne peuvent faire aucun tort à élisée. On peut dire qu’élisée entendait, qu’un orthodoxe ne doit parler à un hérétique que pour tâcher de le convertir.
143. M Colins et Mylord Bolingbroke disent que cette réponse d’élisée est bien d’un bouvier qui a fait fortune. Mais le jacobin Torquémada dit que c’est la noble fierté d’un prophete, qui daigne s’abaisser à parler à un roi hérétique qu’il aurait pu mettre à l’inquisition.
144. pourquoi élisée ne peut-il prophétiser sans le secours d’un ménétrier ? Ces insolens anglais le comparent to an old letcher who can not suive if he does not fumble . Nous nous garderons bien de traduire ces paroles infames.
145. l’action du roi de Moab est d’une autre nature que celle du prophete élisée, qui ne peut prophétiser si on ne joue du violon ou de la harpe : elle prouve que les juifs ne furent pas les seuls de ces cantons qui sacrifierent leurs enfans. Mais devaient-ils s’enfuir parce que leur ennemi, le roi de Moab, fesait une action abominable qu’ils commirent souvent eux-mêmes ? Au contraire ils devaient presser le siege, ils devaient abolir cette horrible coutume, comme les romains défendirent aux carthaginois d’immoler des hommes, et comme César le défendit aux sauvages gaulois.
146. dès qu’élisée est logé et nourri par une dévote, il oublie qu’il est infiniment au-dessus du roi Joram, auquel il disait tout-à-l’heure, qu’il ne daignait le regarder ni lui parler. Il se dit ici son favori, et demande s’il peut rendre service à sa dévote auprès du roi Joram. qualis ab incessu processerit et sibi constet . Il semble qu’élisée change ici de caractere ; on peut dire qu’il préfere le plaisir de rendre service, au maintien de la dignité de son ministere.
147. nous ne sommes pas de ces gausseurs impies, qui prétendent que le texte insinue que le prophete fit un enfant à sa dévote ; nous sommes bien loin de soupçonner une chose si incroyable d’un disciple de prophete, devenu prophete lui-même, et auquel il n’a manqué qu’un char de feu, et quatre chevaux de feu, pour égaler élie.
148. on demande pourquoi élisée envoie son valet ressusciter le petit garçon avec son bâton, puisqu’il savait bien que son valet ne le ressusciterait pas. On demande pourquoi il lui ordonne de ne saluer personne en chemin. Il est clair que c’est pour aller plus vite ; et Calmet remarque que Jesus-Christ ordonne la même chose à ses apôtres dans st Luc. Mais pourquoi courir si vite pour ne rien faire ?
149. les incrédules se moquent de ce miracle d’élisée et de toutes ses simagrées, et de toutes ses contorsions ; ils disent que ce n’est là qu’une fade imitation du miracle d’élie, qui ressuscita le fils de la veuve de Sarepta. Mais il y a un sens mystique ; et ce sens est, qu’il faut se proportionner aux petits pour leur faire du bien. Le révérend pere Don Calmet, profond dans l’intelligence de l’écriture, ne doute pas, après plusieurs autres peres, que le bâton du valet d’élisée ne soit évidemment la synagogue, et qu’élisée ne soit l’église romaine.
150. et encore famine, et toujours famine ; et toujours preuve, que ce beau pays de Canaan, avec ses montagnes pelées, ses cavernes, ses précipices, son lac de Sodome et son désert de sables et de cailloux, n’était pas tout-à-fait aussi fertile que de bonnes gens le chantent ; et qu’il en faut croire st Jérôme plutôt que les espions de Josué, qui rapporterent sur une civiere un raisin que deux hommes avaient bien de la peine à soulever.
151. ce passage semble indiquer bien des choses ; mais la plus remarquable est, que des évangiles racontent la même chose de Jesus-Christ, afin que l’ancien testament fût en tout une figure du nouveau.
152. Naaman fut fort étonné qu’on lui ordonnât de se baigner pour la galle. Il y avait de beaux fleuves à Damas, qui pouvaient le guérir ; mais ces fleuves n’avaient pas la vertu du Jourdain, purifiante par la vertu d’élisée.
153. il est bien juste que le général du roi de Syrie, ayant été guéri de la galle par élisée, confesse que le dieu d’Israël est le plus grand de tous les dieux, et jure qu’il n’en servira jamais d’autre ; mais il est bien étrange que dans le même moment il demande la permission d’adorer le dieu Rimnon. Il est encore plus étrange que le juif élisée lui donne cette licence sans restriction, sans modification. Si c’est par esprit de tolérance, élisée soit beni ! Salut à élisée ! Ce n’est pourtant pas le premier juif qui ait trouvé bon qu’on adorât d’autres dieux qu’Adonaï. Jacob avait trouvé bon que son beau pere, et ses deux femmes, et ses deux servantes, eussent d’autres dieux ; un petit fils de Mosé, ou Moyse, avait été prêtre des dieux de Michas dans la tribu de Dan ; Salomon, et presque tous ses successeurs, adoraient des dieux étrangers ; et malgré les lévites, malgré l’atroce et cruelle stupidité de la nation, les juifs furent souvent plus tolérants qu’on ne pense.
154. et toujours famine dans la terre promise !
155. il faut avouer que, si élisée avait envoyé la famine par malice dans la terre promise, le roi Joram aurait été excusable de lui faire couper le cou ; puisqu’élisée aurait été cause que les meres mangeaient leurs enfans. Pour la femme, qui avait donné la moitié de son fils pour souper à sa voisine, c’est une grande question, dit Du Marsais, si elle avait le droit de manger à son tour la moitié de l’enfant de cette comere selon son marché ; il y a de grandes autorités pour et contre. Ce passage de Du Marsais fait trop voir qu’il ne croyait point cette avanture, et qu’il la regardait comme une de ces exagérations que les juifs se permettaient si souvent.
156. dieu merci, si élisée a envoyé la famine, il envoie aussi l’abondance ; et un grand sac de farine ne coutera que trente deux sous. On est seulement un peu surpris que le roi de Syrie s’enfuie tout d’un coup sans raison ; mais c’est encore un miracle d’élisée.
157. la conduite d’élisée ne paraît pas cette fois si édifiante. Il dit au capitaine Hazaël : capitaine, va dire au roi qu’il guérira ; mais je sais qu’il mourra. Il est difficile d’excuser le prophete sans une direction d’intention. La solution de cette difficulté est peut-être, que le prophete ne veut pas effrayer le roi, mais il veut que la parole du seigneur s’accomplisse.
158. nous voilà retombés dans cet épouvantable labyrinthe d’assassinats multipliés que nous voulions éviter. Les rois de Syrie disputent de crimes avec les roitelets de Juda et d’Israël. Le seigneur avait ordonné à élisée d’oindre Hazaël christ et roi de Syrie ; il n’en fait rien ; mais Hazaël n’en est pas moins roi pour avoir étouffé son souverain avec une peau de chevre. élisée avait aussi un ordre exprès d’Adonaï d’aller oindre Jéhu roi christ d’Israël : il envoie à sa place un petit prophete ; et dès que Jéhu est oint, il devient plus méchant que tous les autres : il assassine son roi Joram ; il assassine le roi de Juda Ochosias, qui était venu faire une visite à son ami Joram ; " il assassine sa reine Jézabel, qui ne valait pas mieux que lui, et la donne à manger aux chiens ; il assassine soixante et dix fils du roi Achab mari de Jésabel, et on met leurs têtes dans des corbeilles ; il assassine quarante-deux freres d’Ochosias roitelet de Jérusalem. Athalie grand-mere du petit Joas assassine tous ses petits-fils dans Jérusalem, à ce que dit l’histoire, à la réserve du petit Joas, qui échappe : elle avait près de cent ans, selon la computation judaïque, et n’avait d’ailleurs aucun intérêt à les égorger ; elle ne commet tous ces prétendus assassinats que pour le plaisir de les commettre, et pour donner un prétexte au grand-prêtre Joiada de l’assassiner elle-même. Enfin c’est une scene de meurtres et de carnage, dont on ne pourrait trouver d’exemple que dans l’histoire des fouines, si quelque coq de basse-cour avait fait leur histoire. " ce sont les propres paroles du curé Mêlier ; nous ne pouvons les réfuter qu’en avouant cette multitude effroyable de crimes, et qu’en redisant ce que mes deux prédécesseurs et moi avons toujours dit, que le seigneur n’abandonna son peuple aux mains des ennemis, que pour le punir de cette persévérance dans la cruauté, depuis l’assassinat du roitelet de Sichem et de tous les sichémites jusqu’à l’assassinat du grand-prêtre Zacharie, fils du grand-prêtre Joiada, par le roi Joas petit-fils de la reine Athalie : ce qui fait une période d’assassinats d’environ neuf cents années presque sans interruption ; et les mœurs de ce peuple, depuis le rétablissement de Jérusalem jusqu’à Adrien, ne sont pas moins barbares.
159. les critiques disent qu’il ne profita point aux hébreux d’être le peuple de Dieu, et que s’il avait été expressément le peuple du diable, ils n’auraient jamais pu être plus méchants ni plus malheureux. Il est vrai que ce peuple est d’autant plus coupable, que Dieu ne cesse jamais d’être avec lui, soit pour le favoriser, soit pour le punir. Les autres nations, et jusqu’aux romains-mêmes, se vanterent aussi d’avoir leurs dieux présents parmi elles, mais de loin à loin, et rarement en personne ; mais depuis le temps d’Abraham le seigneur Adonaï habita presque toujours avec les hébreux, leur parlant de sa bouche, les conduisant par sa main ; de sorte que le plus grand des prodiges opérés sur cette petite nation, est qu’elle ait persévéré presque sans relâche dans l’apostasie et dans le crime.
160. les critiques cherchent en vain à comprendre pourquoi le melch de Samarie Joas auroit exterminé les syriens s’il avoit jetté sept fleches par la fenêtre. élisée savait donc non seulement ce qui devait arriver, mais encore ce qui devait ne pas arriver, et le futur absolu, et le futur contingent. Songeons que la prophétie est une chose si surnaturelle, que nous ne devons jamais l’examiner selon les regles de la sagesse humaine.
161. les critiques ne se lassent point de faire des objections. Ils demandent pourquoi le seigneur ne ressuscita pas élisée lui-même, au lieu de ressusciter un inconnu que des voleurs avaient jetté dans sa fosse ? Ils demandent ce que devint cet homme qui se dressa sur ses pieds ! Ils demandent si c’était une vertu secrette, attachée aux os d’élisée, de ressusciter tous les morts qui les toucheraient ? à tout cela que pouvons-nous répondre ? Que nous n’en savons rien.
162. enfin voici le dénouement de la plus grande partie de l’histoire hébraïque. C’est ici que commence la destruction des dix tribus entieres, et bientôt la captivité des deux autres : c’est à quoi se terminent tant de miracles faits en leur faveur. Les sages chrétiens voient avec douleur le désastre de leurs peres, qui leur ont frayé le chemin du salut. Les critiques voient avec une secrete joie l’anéantissement de presque tout un peuple, qu’ils regardent comme un vil ramas de superstitieux enclins à l’idolâtrie, débauchés, brigands, sanguinaires, imbécilles et impitoyables. On dirait, à entendre ces critiques, qu’ils sont au nombre des vainqueurs de Samarie et de Jérusalem. Cette révolution nous offre un tableau nouveau, et de nouveaux personnages. Quels étaient ces peuples et ces rois d’Assyrie, qui vinrent de si loin fondre sur le petit peuple qui avait habité près de la Célésyrie, de Dan jusqu’à Bersabé, dans un terrein d’environ cinquante lieues de long sur quinze de large, et qui espéra dominer sur l’Euphrate, sur la Méditerranée et sur la mer Rouge ?
169. qui était ce Téglatphalassar et ce Salmanazar, par qui commença l’extinction de la lampe d’Israël ? Ces rois régnaient-ils à Ninive ou à Babylone ? à qui croire, de Ctésias ou d’Hérodote, d’Eusebe ou de Syncelle extrait par Photius ? Y a-t-il eu chez les orientaux un Bélus, un Ninus, une Sémiramis, un Ninias, qui sont des noms grecs ? Tonas Concoleros est-il le même que Sardanapale ? Et ce Sardanapale était-il un fainéant voluptueux, ou un héros philosophe ? Chiniladam était-il le même personnage que Nabucodonosor ? Presque toute l’histoire ancienne trompe notre curiosité : nous éprouvons le sort d’Ixion en cherchant la vérité ; nous voulons embrasser la déesse, et nous n’embrassons que des nuages. Dans cette nuit profonde que dois-je faire ? On m’a chargé de commenter une petite partie de la bible, et non pas l’histoire de Ctésias et d’Hérodote. Je m’en tiens à ce que les hébreux eux-mêmes racontent de leurs disgraces et de leur état déplorable. Un roi d’orient, qu’ils appellent Salmanazar, vient enlever dix tribus hébraïques sur douze, et les transporte dans diverses provinces de ses vastes états. Y sont-elles encore ? En pourrait-on retrouver quelques vestiges ? Non, ces tribus sont ou anéanties, ou confondues avec les autres juifs. Il est vraisemblable, et presque démontré, qu’elles n’avaient aucun livre de leur loi lorsqu’elles furent amenées captives dans des déserts en Médie et en Perse ; puisque la tribu de Juda elle-même n’en avait aucun sous le regne du roi Josias, environ soixante et dix ans avant la dispersion des dix tribus, et que dans cet espace de temps tout le peuple fut continuellement affligé de guerres intestines et étrangeres, qui ne leur permirent gueres de lire. Il peut se trouver encore quelques-uns des descendants des dix tribus vers les bords de la mer Caspienne, et mêmes aux Indes, et jusqu’à la Chine ; mais les prétendus descendants des juifs, qu’on dit avoir été retrouvés en très petit nombre dans ces pays si éloignés, n’ont aucune preuve de leur origine : ils ignorent jusqu’à leur ancienne langue ; ils n’ont conservé qu’une tradition vague, incertaine, affaiblie par le temps. Les deux autres tribus de Juda et de Benjamin, qui revinrent à Jérusalem avec quelques lévites après la captivité de Babylone, ne savent pas même aujourd’hui de quelle tribu ils descendaient. Si donc les juifs, qui avaient habité dans Jérusalem depuis Cyrus jusqu’à Vespasien, n’ont pu jamais connaître leurs familles, comment les autres juifs, dispersés depuis Salmanazar vers la mer Caspienne et en Scythie, auraient-ils pu retrouver leur arbre généalogique. Il y eut des juifs qui régnaient dans l’Arabie heureuse sur un petit canton de l’Yemen du temps de Mahomet dans notre septieme siecle, et Mahomet les chassa bientôt : mais c’étaient, sans doute, des juifs de Jérusalem, qui s’étaient établis dans ce canton pour le commerce, et à la faveur du voisinage. Les dix tribus, anciennement dispersées vers la Mingrélie, la Sogdiane et la Bactriane, n’avaient pu de si loin venir fonder un petit état en Arabie. Enfin, plus on a cherché les traces des dix tribus, et moins on les a retrouvées. On sait assez que le fameux juif espagnol Benjamin De Tudele, qui voyagea en Europe, en Asie et en Afrique au commencement de notre douzieme siecle, se vanta d’avoir eu des nouvelles de ces dix tribus que l’on cherchait en vain. Il compte environ sept cents quarante mille juifs vivants de son temps dans les trois parties de notre hémisphere, tant de ses freres dispersés par Salmanazar, que de ses freres dispersés depuis Titus et depuis Adrien. Encore ne dit-il pas si dans ces sept cents quarante mille sont compris les enfants et les femmes ; ce qui ferait, à deux enfants par famille, deux millions neuf cents soixante mille juifs. Or comme ils ne vont point à la guerre, et que les deux grands objets de leur vie sont la propagation et l’usure, doublons seulement leur nombre depuis le douzieme siecle, et nous aurons aujourd’hui dans notre continent quatre millions neuf cents vingt mille juifs, tous gagnant leur vie par le commerce ; et il faut avouer qu’il y en a d’extrêmement riches depuis Bassora jusques dans Amsterdam et dans Londres. D’après ce compte, très modéré, il se trouverait que le peuple d’Israël serait, non seulement plus nombreux que les anciens parsis ses maîtres, dispersés comme lui depuis Omar, mais plus nombreux qu’il ne le fut lorsqu’il s’enfuit d’égypte en traversant à pied la mer Rouge. Mais aussi il faut considérer, qu’on accuse le voyageur Benjamin De Tudele d’avoir beaucoup exagéré suivant l’usage de sa nation et de presque tous les voyageurs. La relation du rabbi Benjamin ne fut traduite en notre langue qu’en 1729 à Leide ; mais cette traduction étant fort mauvaise, on en donna une meilleure en 1734 à Amsterdam. Cette derniere traduction est d’un enfant de onze ans, nommé Baratier, français d’origine, né dans le margraviat de Brandebourg-Anspach. C’était un prodige de science, et même de raison ; tel qu’on n’en avait point vu depuis le prince Pic De La Mirandole. Il savait parfaitement le grec et l’hébreu dès l’age de neuf ans ; et ce qu’il y a de plus étonnant, c’est qu’à son âge il avait déjà assez de jugement pour n’être point l’admirateur aveugle de l’auteur qu’il traduisait : il en fit une critique judicieuse ; cela est plus beau que de savoir l’hébreu. Nous avons quatre dissertations de lui, qui feraient honneur à Bochart, ou plutôt qui l’auraient redressé. Son pere, ministre du saint évangile, l’aida un peu dans ses travaux ; mais la principale gloire est due à cet enfant. Peut-être même ce singulier traducteur, et ce plus singulier commentateur, méprise trop l’auteur qu’il traduit ; mais enfin il fait voir, qu’au moins Benjamin De Tudele n’a point vu tous les pays que ce juif prétend avoir parcourus. Benjamin s’en rapporta sans doute dans ses voyages aux discours exagérés, emphatiques et menteurs, que lui tenaient des rabbins asiatiques, empressés à faire valoir leur nation auprès d’un rabbin d’Europe. Il ne dit pas même qu’il ait vu certaines contrées imaginaires dans lesquelles on disait que les juifs de la premiere dispersion avaient fondé des états considérables. " la ville de Théma, dit Benjamin, est la capitale des juifs au nord des plaines de Sennaar ; leur pays s’étend à seize journées dans les montagnes du nord : c’est là qu’est le rabbi Hanan, souverain de ce royaume. Ils ont de grandes villes bien fortifiées ; et delà ils vont piller jusqu’aux terres des arabes leurs alliés : ils sont craints de tous leurs voisins. Leur empire est très vaste ; ils donnent la dixme de tout ce qu’ils ont aux disciples des sages qui demeurent toujours dans l’école, aux pauvres d’Israël, et aux pharisiens, c’est-à-dire à leurs dévots. " dans toutes ces villes il y a environ trois cents mille juifs ; leur ville de Tanaï a quinze milles en longueur, et autant en largeur. C’est là qu’est le palais du prince Salomon. La ville est très belle, ornée de jardins et de vergers, etc. ". Benjamin ne dit point du tout qu’il ait été dans ce pays de Théma, ni dans cette ville de Tanaï : il ne nous apprend pas non plus de quels juifs il tient cette relation chimérique. Il est sûr qu’on ne peut le croire ; mais il est sûr aussi, que s’il est un juif ridiculement trompé par des juifs de Bagdad et de Mésopotamie, il n’est point un menteur qui dit avoir vu ce qu’il n’a point vu. Benjamin probablement alla jusqu’à Bagdad et à Bassora : c’est là qu’il apprit des nouvelles de l’isle de Ceylan ; et on l’a condamné très mal à propos d’avoir dit que l’isle de Ceylan, qui est sous la ligne, est sujette à d’extrêmes chaleurs. Enfin, son livre est plein de vérités et de chimeres, de choses très sages et très impertinentes ; et en tout, c’est un ouvrage fort utile pour quiconque sait séparer le bon grain de l’ivraie. Benjamin ne parle point des parsis, qui sont aussi dispersés que la nation judaïque, et en aussi grand nombre ; il n’est occupé que de ses compatriotes. Le résultat de toutes ces recherches est, que les juifs sont par tout, et qu’ils n’ont de domination nulle part ; ainsi que les parsis sont répandus dans les Indes, dans la Perse, et dans une partie de la Tartarie. Si les calculs chimériques du jésuite Pétau, de Whiston et de tant d’autres, avaient la moindre vraisemblance, la multitude des juifs et des parsis couvrirait aujourd’hui toute la terre. Revenons maintenant à l’état où étaient les deux hordes, les deux factions hébraïques de Samarie et de Jérusalem. Achas régnait sur les deux tribus de Juda et de Benjamin : cet Achas, à l’âge de dix ans, selon le texte, engendra le roi ézéchias ; c’est de bonne heure. Il fit depuis passer un de ses enfants par le feu, sans que le texte nous apprenne s’il brûla réellement son fils en l’honneur de la divinité, ou s’il le fit simplement passer entre deux buchers selon l’ancienne coutume, qui dura chez tant de nations superstitieuses jusqu’à Savonarole dans notre seizieme siecle. Les paralipomenes disent, qu’un certain roitelet d’Israël, nommé Phacée, lui tua un jour cent vingt mille hommes dans un combat, et lui fit deux cents mille prisonniers : c’est beaucoup ! Cet Achas était alors, lui et son peuple, dans une étrange détresse : non seulement il était vexé par les samaritains, mais il l’était encore par le roi de Syrie nommé Rasin, et par les iduméens. Ce fut dans ces circonstances que le prophete Isaïe vint le consoler, comme il le dit lui-même aux chapitres sept et huit de sa grande prophétie, en ces termes. " le seigneur continuant de parler à Achas, lui dit : demande un signe, soit dans le bas de la terre, soit dans les hauts au dessus. Et Achas dit : je ne demanderai point de signe ; je ne tenterai point Adonaï. Eh bien, dit Isaïe, Adonaï te donnera lui-même un signe ; une femme concevra ; elle enfantera un fils, et son nom sera Emmanuël ; et avant qu’il mange de la crême et du miel, et qu’il sache connaître le bien et le mal, ce pays que tu détestes sera délivré de ces deux rois (Rasin et Phacée) ; et dans ces jours Adonaï sifflera aux mouches qui sont au haut des fleuves d’égypte et du pays d’Assur ; Adonaï rasera avec un rasoir de louage la tête, et le poil d’entre les jambes, et toute la barbe du roi d’Assur, et de tous ceux qui sont dans son pays… et Adonaï me dit : écris sur un grand rouleau avec un stilet d’homme, Mahershaal asbas, qu’on prenne vite les dépouilles . " c’est dans ce discours d’Isaïe, que des commentateurs, appellés figuristes, ont vu clairement l’avenue de Jesus-Christ, qui pourtant ne s’appella jamais ni Emmanuel, ni Mahershaal asbas, prends vite les dépouilles . Poursuivons nos recherches sur la destruction des dix tribus.
164. nous voyons que de tout temps, quand des peuples barbares et indisciplinés se sont emparés d’un pays, ils s’y sont établis. Ainsi les goths, les lombards, les francs, les sueves, se fixerent dans l’empire romain ; les turcs dans l’Asie Mineure, et enfin dans Constantinople ; les tartares quitterent leur patrie pour dominer dans la Chine. Les grands princes, au contraire, et les républiques, qui avaient des capitales considérables, ne se transplanterent point dans les pays conquis, mais en transporterent souvent les habitants, et établirent à leur place des colonies. Cet usage, qui changea en grande partie la face du monde, se conserva jusqu’à Charlemagne ; il fit transporter des familles de saxons jusqu’à Rome. Ces transportations des peuples paraissaient un moyen sûr pour prévenir les révoltes. Il ne faut donc point s’étonner que Salmanazar donna les terres du royaume d’Israël à des cultivateurs babyloniens, et à d’autres de ses sujets.
165. les critiques demandent pourquoi Dieu n’envoya pas des lions pour dévorer Salmanazar et son armée, au lieu de faire manger par ces animaux les émigrants innocents, qui venaient cultiver une terre ingrate devenue déserte ? Si on leur répond que c’était pour les forcer à connaître le culte du seigneur, ils disent que les lions sont de mauvais missionnaires ; que ceux qui avaient été mangés ne pouvaient se convertir ; et que le prêtre hébreu, qui vint les prêcher de la part du roi de Babylone, ne suffisait pas pour enseigner le catéchisme à toute une province. Mais probablement ce prêtre avait des compagnons, qui l’aiderent dans sa mission. Si on veut s’informer chez les commentateurs, qui étaient ces peuples de Cutha, d’Ava, d’émath ? Plus ils en parlent, moins vous êtes instruit. C’étaient des peuplades syriennes ; on n’en sait pas davantage. Nous ne connaissons pas l’origine des francs qui s’établirent dans la Gaule Celtique, ni des pirates qui se transplanterent en Normandie. Qui me dira de quel buisson sont partis les loups dont mes moutons ont été dévorés ?
166. c’est une chose bien digne de remarque, que cette opinion des grecs, à chaque pays son dieu, fut déjà reçue chez les peuples de Babylone, comme cette maxime en Allemagne et en France, nulle terre sans seigneur . Mais comment fesaient ceux qui adoraient le soleil, ou qui du moins révéraient dans le soleil l’image du Dieu de l’univers ? Nous dirons que les persans étaient alors les seuls qui professaient ouvertement cette religion, et qu’ils ne l’avaient point encore portée à Babylone ; elle n’y fut introduite que par le conquérant Kir ou Kosrou, que nous nommons Cyrus.
167. on reste stupéfait quand on voit, qu’aussitôt que cette nouvelle peuplade fut instruite du culte d’Adonaï, elle adora une foule de dieux asiatiques inconnus, Soccot Bénot, Nergel, Asima, Tartha, Adramélec, Anamélec, et qu’on brûla des enfants aux autels de ces dieux étrangers. M Basnage, dans ses antiquités judaïques, nous apprend que, selon plusieurs savants, ce fut ce prêtre hébreu, envoyé aux nouveaux habitants de Samarie, qui composa le pentateuque. Ils fondent leur sentiment sur ce qu’il est parlé dans le pentateuque de l’origine de Babylone, et de quelques autres villes de la Mésopotamie que Moyse ne pouvait connaître ; sur ce que ni les anciens samaritains, ni les nouveaux, n’auraient voulu recevoir le pentateuque de la main des hébreux de la faction de Juda, leurs ennemis mortels ; sur ce que le pentateuque samaritain est écrit en hébreu, langue que ce prêtre parlait, n’ayant pu avoir le temps d’apprendre le chaldéen ; sur les différences essentielles entre le pentateuque samaritain et le nôtre. Nous ne savons pas qui sont ces savants. M Basnage ne les nomme pas.
168. Hérodote parle d’un Sennaérib, qui vint porter la guerre sur les frontieres de l’égypte, et qui s’en rétourna parce qu’une maladie contagieuse se mit dans son armée ; il n’y a rien là que dans l’ordre commun. Que le roitelet de la petite province de Juda s’humilie devant le roi Senna Rérib, qu’il lui paie trente talents d’argent, et trente talens d’or, c’est une somme très forte dans l’état où était alors la Judée ; cependant ce n’est point une chose absolument hors de toute vraisemblance : mais que le prophete Isaïe vienne de la part de Dieu dire à ézéchias que le roi Senna Chérib a blasphémé ; qu’un ange vienne du haut du ciel frapper et tuer cent quatre-vingts cinq mille hommes d’une armée chaldéenne ; et que cette exécution, aussi épouvantable que miraculeuse, soit inutile, qu’elle n’empêche point la ruine de Jérusalem ; c’est-là ce qui semblerait justifier l’incrédulité des critiques, si quelque chose pouvait les rendre excusables. Ils ne comprennent pas comment le seigneur, protégeant la tribu de Juda, et tuant cent quatre-vingts-cinq milles de ses ennemis, abandonne, sitôt après, cette tribu dont la verge devait dominer toujours, laisse detruire son temple, et voie impunément cette tribu et celle de Benjamin, avec tant de lévites, plongés dans les fers. ô altitudo !
humilions-nous sous les décrets impénétrables de la providence ; mais qu’il nous soit permis de ne point admettre les explications ridicules que tant d’auteurs ont données à ces événemens inexpliquables.
169. les critiques, comme Milord Bolingbroke et M Boulanger, prétendent que le prophete Isaïe joue ici un rôle très-triste et très-indécent, de devoir dire à son prince, dès qu’il est malade, tu vas mourir. ézéchias est représenté comme un prince lâche et pusillanime, qui se met à pleurer et à sanglotter quand un inconnu a l’indiscrétion de lui dire qu’il est en danger ; et à peine cet Isaïe est-il sorti de la chambre du roi, que Dieu lui-même vient dire au prophete, le roi vivra encore quinze ans. Sous quelle forme était Dieu, quand il vint annoncer à Isaïe son changement de volonté dans l’antichambre ? Ces incrédules ne se lassent point de censurer toute cette histoire ; il faut combattre contre eux depuis le premier verset de la bible jusqu’au dernier.
170. une nuée d’autres incrédules fond sur cette marmelade de figues, et sur cet horloge. Tous ces censeurs disent que le mal d’ézéchias était bien peu de chose, puisqu’on le guérit avec un emplâtre de figues. ézéchias leur paraît un imbécille, de croire qu’il est plus aisé d’avancer l’ombre que de la reculer. Dans l’un et l’autre cas les loix de la nature sont également violées, et tout l’ordre du ciel également interrompu. La rétrogradation de l’ombre ne leur paraît qu’une copie renforcée du miracle de Josué. La plupart des interprêtes croient que le soleil s’arrêta pour Josué, et recula pour ézéchias. Isaïe même, au chapitre trente-deux de sa prophétie, dit, le soleil recula de dix lignes ; ce qui probablement signifie dix heures. Mais il est clair qu’Isaïe se trompe ; l’ombre est toujours opposée au soleil ; si l’astre est à l’orient, l’ombre est à l’occident ; pour que l’ombre reculât de dix heures vers le matin ; il aurait fallu que le soleil se fût avancé de dix heures vers le soir. De plus, si ces degrés, ces heures, signifient le nombre des années qui sont réservées à ézéchias, pourquoi l’ombre du style ne rétrograde-t-elle que de dix degrés, et non pas de quinze ? Le plus long jour de l’année en Palestine n’est que de quatorze heures : c’eût été encore un miracle de plus ; car il est impossible que le soleil paraisse quinze heures et plus, quand il n’est que quatorze heures sur l’horizon. Une autre difficulté encore, c’est que non-seulement les juifs ne comptaient point le jour par heures comme nous ; mais que de plus ils n’eurent ni cadrans, ni horloges. Enfin, il y aurait eu un jour entier de perdu dans la nature, et une nuit de trop. Ce sont-là des embarras où se jettent des ignorants téméraires qui imaginent des miracles, et qui même les expliquent. Telles sont les réflexions de plusieurs physiciens. On peut leur dire que le prophete Isaïe n’était pas obligé d’être astronome, et même que Don Calmet, qui a voulu expliquer dans une dissertation cette rétrogradation, a fait beaucoup plus de bévues qu’Isaïe. On est obligé de dire qu’il n’entend rien du tout à la matiere, et que dans tous ses commentaires il n’a fait souvent que copier des auteurs absurdes, qui n’en savaient pas plus que lui.
171. ou Manassé, roitelet de Juda, n’avait jamais entendu parler du miracle du cadran de son pere, et des autres miracles d’Isaïe ; ou il ne regardait Adonaï que comme un dieu local, un dieu d’une petite nation qui fesait quelquefois des prodiges ; mais qui était inférieur aux autres dieux ; ou Manassé était tout-à-fait fou : car il n’y a qu’un fou qui puisse, après des miracles sans nombre, nier ou mépriser le dieu qui les a faits. Cette inconcevable incrédulité de Manassé fils d’ézéchias peut faire penser, qu’en effet le pentateuque, à peine écrit par ce prêtre hébreu qui vint enseigner les samaritains, n’était pas encore connu ; la religion judaïque n’était pas encore débrouillée ; rien n’était constaté, rien n’était fait : autrement il serait impossible d’imaginer comment le culte changea tant de fois depuis la création jusqu’à Esdras.
172. nouvelle preuve, ou du moins nouvelle vraisemblance, très-forte, que le prêtre hébreu, venu à Samarie, avait enfin achevé son pentateuque, et que le grand-prêtre juif en avait un exemplaire. Tout ce qui peut nous étonner, c’est que ce prêtre ne le porta pas lui-même au roi, et l’envoya avec très-peu d’empressement et de respect par le secrétaire Saphan. S’il avait cru que ce livre fût écrit par Moyse, il l’aurait porté avec la pompe la plus solemnelle ; on aurait institué une fête pour éterniser la découverte de la loi de Dieu et de l’histoire des premiers siecles du genre humain ; c’eût été une nouvelle occasion de dire, que la lumiere soit, et la lumiere fut ; car le peuple hébreu était plongé dans les plus épaisses ténebres.
173. ce petit article est curieux. D’abord ce Josias souille les hauts lieux : souiller un lieu réputé sacré, c’était le remplir d’immondices, y répandre des excrémens et de l’urine. La vallée de Tophet était auprès du petit torrent de Cédron ; c’était-là que l’on jettait les corps des suppliciés à la voirie, et qu’on sacrifiait ses enfants. C’est la premiere fois qu’il est parlé dans l’écriture de chevaux consacrés au soleil. Cette coutume était visiblement prise du culte des perses. Presque chaque ligne concourt à prouver, que jamais la religion hébraïque n’eut une forme stable qu’après le retour de la captivité ; les juifs emprunterent tous leurs rites, toutes leurs cérémonies des égyptiens, des syriens, des chaldéens, des perses. Il n’est pas aisé de concevoir comment ce Josias tua tous les prêtres de Béthel ; car Béthel, tout voisin qu’il était de Jérusalem, ne lui appartenait pas : c’était à Béthel que s’était établi ce prêtre qui était envoyé aux samaritains, et qu’on suppose avoir écrit le pentateuque. S’il amena avec lui d’autres missionnaires pour enseigner aux samaritains la religion israélite, le melk Josias, en les tuant, ne fut donc qu’un assassin, un tyran abominable. La coutume de brûler des os de morts, et sur-tout de bêtes mortes, pour souiller des lieux consacrés, était un usage des sorciers : on voit dans la vie du dernier des Zoroastres, que ses ennemis cacherent dans sa chambre un petit sac plein d’os de bêtes, afin de le faire passer pour un magicien. Voyez Hide.
174. si Josias propose de faire la pâques selon le rite indiqué dans ce livre du pacte avec Dieu, dans ce livre unique trouvé par le grand-prêtre au fond d’un coffre et donné au roi par le secrétaire Saphan, on n’avait donc point fait la pâques auparavant ; et en effet aucun des livres de l’écriture ne parle d’une célébration de pâques sous aucun roi de Juda ou d’Israël, ni sous aucun des juges : c’est encore une confirmation de cette opinion, très-répandue et très-vraisemblable, que la religion hébraïque n’était point formée ; que les livres judaïques n’avaient jamais été rassemblés, et, selon tant de doctes, qu’ils n’avaient point été écrits ; que tout s’était fait d’après des traductions vagues et changeantes ; et que c’est ainsi que tout s’est fait dans le monde.
175. l’auteur du livre des rois nous dit que jamais roi ne fut si pieux, n’aima tant Dieu, que Josias ; et il ajoute que Dieu, pour récompense, rejette sa maison et Jérusalem, parce que Manassé pere de Josias l’avait offensé. C’est surquoi tous les critiques se récrient. Le prêtre de Juda, disent-ils, qui écrivait ce livre, veut insinuer que tous les rois de la terre n’auraient pu prendre Jérusalem, si le seigneur ne la leur avait pas livrée ; mais pour que le seigneur leur permette de détruire cette Jérusalem qui devait durer éternellement, il faut qu’il soit en colere contre elle : il ne peut être en colere contre Josias ; il l’est donc contre son pere. C’est puissamment raisonner : aussi ne répliquons-nous rien à cet argument.
176. si Polybe et Xénophon avaient écrit cette histoire, convenons qu’ils l’auraient écrite autrement. Nous saurions ce que c’était que ce grand empire d’Assyrie, qui est l’instant d’après anéanti dans l’empire de Babylone ; nous apprendrions pourquoi ce Josias, favori du seigneur, se déclara contre Néchao roi d’égypte. C’était un grand spectacle que la puissance égyptienne combattant contre l’Asie ; c’étaient de grands intérêts, et qui méritaient d’être au moins exposés clairement. Les paralipomenes nous apprennent, que le pharaon d’égypte envoya dire au melk Josias : qu’y a-t-il entre toi et moi, melk de Juda ? Je ne marche point contre toi, c’est contre une autre maison que Dieu m’a ordonné d’aller au plus vîte ; ne t’oppose point à Dieu qui est avec moi, de peur qu’il ne te tue . Remarquez, lecteurs attentifs et sages, que toutes les nations adoraient un dieu suprême, quoiqu’il y eût mille dieux subalternes, mille cultes différents : c’est une vérité dont vous trouverez des traces dans tous les livres grecs et latins, comme dans les livres hébreux, et dans le peu qui nous reste du zenda vesta, et des védams. Le roi d’égypte Néchao dit : Dieu est avec moi. Le roi de Ninive en avait dit autant. Le roi de Babylone disait : Dieu est avec moi. Voyez l’iliade d’Homere ; chaque héros y a un dieu qui combat pour lui.
177. le juif qui a écrit cette histoire court bien rapidement sur le plus grand et le plus fatal événement de sa patrie ; il semble qu’il n’ait voulu faire que des notes pour aider sa mémoire. Cette destruction de Jérusalem, cette captivité de la tribu de Juda, ces rois de Babylone et d’égypte qui semblent se disputer cette proie, ces brigands de Chaldée, de Syrie, de Moab et d’Ammon, qui se réunissent tous contre une misérable horde de Juda sans défense, tout cela n’est ni annoncé ni expliqué : cette histoire est plus seche et plus confuse que tous les commentaires qu’on en a faits. La saine critique demandait (humainement parlant) que l’auteur débrouillât d’abord les deux empires de Ninive et de Babylone ; qu’il nous instruisît des intérêts que ces deux puissances eurent à démêler avec l’égypte et avec la Syrie ; comment la petite province de Judée, enclavée dans la Syrie, subit le sort des peuples vaincus par le roi de Babylone. L’auteur nous dit bien que Dieu avait prédit tout cela par ses prophetes ; mais il fallait écrire un peu plus clairement pour les hommes. Au moins, quand Flavien Joseph raconte l’autre destruction de Jérusalem, dont il fut témoin, il développe très-bien l’origine et les événements de cette guerre ; mais quand, dans ses antiquités judaïques, il parle de Nabucodonosor qui brûle Jérusalem en passant, il ne nous en dit pas plus que le livre que nous cherchons en vain à commenter. Flavien Joseph n’avait point d’autres archives que nous. Tous les documents de Babylone périrent avec elle ; tous ceux de l’égypte furent consumés dans l’incendie de ses bibliotheques. Trois peuples malheureux, opprimés et subjugués, ont conservé quelques histoires informes : les parsis ou guebres, les descendants des anciens bracmanes, et les juifs. Ceux-ci, quoique infiniment moins considérables, nous touchent de plus près, parce qu’une révolution inouie a fait naître parmi eux la religion qui a passé en Europe. Nous fesons tous nos efforts pour démêler l’histoire de cette nation, dont nous tenons l’origine de notre culte ; et nous ne pouvons en venir à bout.
178. nous ne pouvons dire aucune particularité de cette destruction de Jérusalem, puisque les livres juifs ne nous en disent pas davantage ; mais il y a une observation, aussi importante que hardie, faite par Mylord Bolingbroke et par M Fréret : ils prétendent que les prophetes étaient chez la nation juive ce qu’étaient les orateurs dans Athenes ; ils remuaient les esprits du peuple. Les orateurs athéniens employaient l’éloquence auprès d’un peuple ingénieux ; et les orateurs juifs employaient la superstition et le style des oracles, l’enthousiasme, l’ivresse de l’inspiration, auprès du peuple le plus grossier, le plus enthousiaste et le plus imbécille qui fût sur la terre. Or, disent ces critiques, s’il arriva quelquefois que les rois de Perse gagnerent les orateurs grecs, les rois de Babylone avaient gagné de-même quelques prophetes juifs. La tribu de Juda avait ses prophetes qui parlaient contre les tribus d’Israël ; et la faction d’Israël avait ses prophetes qui déclamaient contre Juda. Les critiques supposent donc que les nouveaux samaritains, étant attachés par leur naissance à Nabucodonosor, susciterent Jérémie pour persuader à la tribu de Juda de se soumettre à ce prince. Voici sur quoi est fondée cette opinion. Jérusalem est sur le chemin de Tyr, que le roi de Babylone voulait prendre. Si Jérusalem se défendait, quelque faible qu’elle fût, sa résistance pouvait consumer un temps précieux au vainqueur ; il était donc important de persuader au peuple de se rendre à Nabucodonosor, plutôt que d’attendre les extrémités où il serait réduit par un siege, qui ne pouvait jamais finir que par sa ruine entiere. Jérémie prit donc le parti du puissant roi Nabucodonosor contre le faible et petit melk de Jérusalem, qui pourtant était son souverain. Cette idée fait malheureusement du prophete Jérémie un traître ; mais ils croient prouver qu’il l’était, puisqu’il voulait toujours que non seulement la petite province de Juda se rendît à Nabucodonosor, mais encore que tous les peuples voisins allassent au-devant de son joug. En effet, Jérémie se mettait un joug de bœuf ou un bât d’âne sur les épaules, et criait dans Jérusalem : voici ce que dit le seigneur roi d’Israël : c’est moi qui ai fait la terre, et les hommes et les bêtes de somme dans ma force grande et dans mon bras étendu ; et j’ai donné la face de la terre à celui qui a plu à mes yeux ; j’ai donné la terre à la main de Nabucodonosor mon serviteur ; et je lui ai donné encore toutes les bêtes des champs ; et tous les peuples de la terre le serviront, lui et son fils, et les fils de ses fils ; et ceux qui ne mettront pas leur cou sous un joug et sous un bât devant le roi de Babylone, je les ferai mourir par le glaive, par la famine, et par la peste, dit le seigneur . Jamais il ne s’est rien dit de plus fort en faveur d’aucun roi juif. Jérémie fait dire à Dieu-même que ce Nabucodonosor, qui fut depuis changé en bœuf, est le serviteur de Dieu, et que Dieu lui donne toute la terre à lui et à sa postérité. Ainsi donc, humainement parlant, Jérémie est un traître et un fou aux yeux de ces critiques : un traître, parce qu’il veut soulever le peuple contre son roi, et le livrer aux ennemis : un fou, par toutes ses actions et par toutes ses paroles, qui n’ont ni liaison, ni suite, ni la moindre apparence de raison. Ils alleguent sur-tout la fameuse lettre de Seméia au pontife Sophonie : Dieu vous a établi pour faire fouetter à coups de nerfs de bœuf ce fou de Jérémie qui fait le prophete . Ce qui les confirme encore dans leur opinion, c’est que les juifs retirés en égypte, où Jérémie se retira aussi, le punirent de mort comme un perfide, qui avait vendu son maître et sa patrie aux babyloniens. Mais c’est la seule tradition qui nous apprend que Jérémie fut lapidé par les juifs dans la ville de Taphni ; les livres juifs ne nous en disent rien. à l’égard de tant de prisonniers de guerre que Nabucodonosor serviteur de Dieu fit mourir impitoyablement, ce sont là des mœurs bien féroces. Les juifs avouent qu’ils ne traiterent jamais autrement les autres petits peuples qu’ils avaient pu subjuguer ; ainsi l’histoire ancienne, ou véritable ou fausse, n’est que l’histoire des bêtes sauvages dévorées par d’autres bêtes. M Du Marsais, dans son analyse, fait une réflexion accablante sur cette premiere destruction de Jérusalem, et sur les suivantes. Quoi, dit-il, l’éternel prodigue les miracles, les plaies et les meurtres, pour tirer les juifs de cette féconde égypte où il avait des temples sous le nom d’iaho le grand être, sous le nom de Knef l’être universel ; il conduit son peuple dans un pays où ce peuple ne peut lui ériger un temple pendant plus de cinq siecles ; et enfin quand les juifs ont ce temple, il est détruit ! Cela effraie le jugement et l’imagination ; on reste confondu quand on a lu cette inconcevable histoire ; il faut se consoler en disant, qu’apparemment les juifs n’avaient point péché quand l’éternel les tira d’égypte, et qu’ils avaient péché quand l’éternel perdit son temple et la ville.