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Les caraïtes étaient encore une grande secte des juifs. Ils se sont perpétués au fond de la Pologne, où ils exercent le métier de courtiers, et croient expliquer l’ancien testament. Les rabanites leurs adversaires les combattent par la tradition. Un Judas éleva une autre secte du temps de Pilate. Ces judaïtes regardaient comme un grand péché d’obéir aux romains : ils exciterent une sédition furieuse contre ce Pilate, dans laquelle il y eut beaucoup de sang répandu. Ces fanatiques furent même une des causes de la mort de Jesus-Christ ; car Pilate, ne voulant pas exciter parmi eux une sédition nouvelle, aima mieux faire supplicier Jesus que d’irriter des esprits si farouches. Outre ces sectes principales il y en avait beaucoup d’obscures formées par des enthousiastes de la lie du peuple : des gorthéniens, des masbothéens, des baptistes, des génistes, des méristes, dont les noms seuls sont à peine connus. C’est ainsi que nous avons eu des gomaristes, des arminiens, des voetiens, des jansénistes, des molinistes, des thomistes, des piétistes, des quiétistes, des moraves, des millenaires, des convulsionnaires, etc. Dont les noms se précipiteront dans un éternel oubli. Il n’en fut pas ainsi des samaritains, qui formaient une nation très-différente de celle de Jérusalem. Nous avons vu que les israélites qui habitaient la province de Samarie ayant été enlevés par Salmanazar, son successeur Assaradon envoya d’autres colonies à leur place. Ces colonies embrasserent une partie de la religion juive, et rejetterent l’autre : ils ne voulurent point sur-tout aller sacrifier dans Jérusalem, ni y porter leur argent. Ainsi les juifs furent toujours leurs ennemis, et le sont encore ; leur division a survécu à leur patrie. La capitale des samaritains est Sichem, à dix de nos lieues de Jérusalem. Le voisinage fut une raison de plus pour ces deux peuples de se haïr. Quoique les samaritains aient eu chez eux des prophetes, ils n’en admettent aucun parmi leurs livres sacrés, et se contentent de leur pentateuque. Ils ont les mêmes quatre grandes fêtes que les autres juifs, la même circoncision ; d’ailleurs très-pauvres et très-misérables, et réduits à un petit nombre sous le gouvernement turc, qui n’est pas encourageant. Toutes ces sectes furent contenues par l’autorité d’Hérode ; et tout se taisait dans l’empire romain devant la puissance suprême d’Auguste. Hérode avait déclaré par son testament Archelaus, l’un de ses fils, son successeur sous le bon plaisir de l’empereur. Il fallut qu’Archelaus allât à Rome faire confirmer le testament de son pere. Mais avant qu’il fît ce voyage, les juifs, qui ne l’aimaient pas, chasserent ses officiers de leur temple à coups de pierres pendant leur fête de pâques. Les officiers et les soldats s’armerent ; environ trois mille séditieux furent tués aux portes du temple. Archélaus partit, s’embarqua au port de Césarée bâtie par son pere, et alla se jetter aux genoux d’Auguste. Antipas son frere fit le même voyage de son côté pour lui disputer la couronne ; c’était pendant l’enfance de Jesus-Christ. Varus était depuis long-temps gouverneur de Syrie ; il avait envoyé Sabinus à Jérusalem avec une légion : cette légion fut attaquée par les séditieux aux portes du temple. Les romains renverserent et brûlerent les portiques magnifiques de cet édifice, destiné à être toujours la proie des flammes. Tout le pays fut en armes, et rempli de brigands. Varus fut obligé d’accourir lui-même avec des forces supérieures, et de punir les rebelles. Pendant que Varus pacifiait la Judée, Hérode Archélaus et son frere Hérode Antipas plaidaient leur cause aux pieds d’Auguste. Ils la perdirent tous-deux ; aucun ne fut roi. L’empereur donna Jérusalem et Samarie à Archélaus ; il ne lui accorda que le titre d’ethnarque, et lui promit de le faire roi s’il s’en rendait digne. Hérode Antipas obtint la Galilée, et quelques terres au-delà du Jourdain. Un troisieme Hérode leur frere, surnommé Philippe, eut les montagnes de la Trachonite, et le pays stérile de la Bathanée. Joseph, qui ne perd pas une occasion de vanter son pays, dit que le revenu d’Archélaus fut de quatre cents talents, celui d’Hérode-Antipas de deux cents, et le troisieme de cent. Ainsi tout le royaume aurait valu sept cents talents, quatre millions cent mille livres de net, après avoir payé le tribut à l’empereur. Toute la Judée ne vaut pas cinq cents mille livres aux turcs : il y a loin de-là aux vingt-cinq milliards de David et de Salomon. Auguste, neuf ans après, exila l’ethnarque Archélaus à Vienne dans les Gaules, et réduisit son état en province romaine sous le gouvernement de la Syrie. Après la mort d’Auguste, il parut sous l’empire de Tibere un petit-fils d’Hérode Le Grand, qui avait pris le nom d’Agrippa. Il cherchait quelque fortune à Rome ; il n’y trouva d’abord que la prison, dans laquelle Tibere le fit enfermer. Caligula lui donna la petite tétrarchie d’Hérode Philippe son oncle, et enfin lui accorda le titre de roi. C’est lui qui fit mettre aux fers saint Pierre, et qui condamna saint Jacques Le Majeur à la mort. Nous voici donc parvenus au temps de Jesus-Christ et de l’établissement du christianisme. Dans notre profonde vénération pour ces objets, contents d’adorer Jesus, et fuyant toute dispute, nous nous bornerons aux faits indisputables, divinement consignés dans le nouveau testament. Nous ne parlerons pas même des évangiles nommés apocryphes, dont plusieurs ont passé chez les savants pour être plus anciens que les quatre reconnus par l’église. Nous nous en tenons à ces quatre qui sont sacrés. Dans ces quatre nous ne choisissons que l’historique ; et nous n’en prenons que les passages les plus importants, pour tâcher d’être courts sur un sujet inépuisable.

