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... les enfans d’Héli grand-prêtre étaient des enfans de Bélial qui ne connaissaient point le seigneur, et qui violaient le devoir des prêtres envers le peuple ; car qui que ce fût qui immolât une victime, un valet de prêtre venait pendant qu’on cuisait la chair, tenant à la main une fourchette à trois dents, il la mettait dans la chaudiere, et tout ce qu’il pouvait enlever était pour le prêtre... et si celui qui immolait, lui disait : fesons d’abord brûler la graisse comme de coutume, et puis tu prendras de la viande autant que tu en voudras ; le valet répondait : non tu m’en donneras à présent, ou j’en prendrai par force... 1. Or Héli était très-vieux ; et il apprit que ses fils fesaient toutes ces choses, et qu’ils couchaient avec toutes les femmes qui venaient à la porte du tabernacle... or le jeune Samuel servoit le seigneur auprès du grand-prêtre Héli... la parole du seigneur était alors très-rare, et il n’y avait point de grande vision... il arriva un certain jour qu’Héli couchait dans son lieu ; ses yeux étaient obscurcis, et il ne pouvait voir... 2. Samuel dormait dans le temple du seigneur, où était l’arche de Dieu. Et avant que la lampe qui brûlait dans le temple fût éteinte, le seigneur appella Samuel ; et Samuel répondit : me voici. Il courut aussi-tôt vers le grand-prêtre Héli, et lui dit : me voici, car vous m’avez appellé. Héli lui dit : je ne t’ai point appellé ; et il dormit. Le seigneur appella encore Samuel, qui, s’étant levé, courut à Héli, et lui dit : me voici... 3. Or Samuel ne savait point encore distinguer la voix du seigneur ; car le seigneur ne lui avait point encore parlé... le seigneur appella donc encore Samuel pour la troisieme fois ; il s’en alla toujours à Héli, et lui dit : me voici... le seigneur vint encore, et il l’appella en criant deux fois, Samuel, Samuel ! ... et le seigneur lui dit : tiens, je vais faire un verbe dans Israël, que quiconque l’entendra les oreilles lui corneront ; ... j’ai juré à la maison d’Héli que l’iniquité de cette maison ne sera jamais expiée, ni par des victimes, ni par des présents 4. Et il arriva dans ces jours que les philistins s’assemblerent pour combattre... et dès le commencement du combat Israël tourna le dos ; et on en tua environ quatre mille. Le peuple ayant donc envoyé à Silo, on amena l’arche du pacte du seigneur des armées assis sur les chérubins ; et lorsque l’arche du seigneur fut arrivée au camp, tout le peuple jetta un grand cri, qui fit retentir la terre ; et les philistins ayant entendu la voix de ce cri, disaient : quelle est donc la voix de ce cri au camp hébraïque ! Confortez-vous, philistins, soyez hommes, de peur que vous ne deveniez esclaves des hébreux, comme ils ont été les vôtres 5. Donc les philistins combattirent ; et Israël s’enfuit ; et on tua trente mille hommes d’Israël. L’arche de Dieu fut prise, et les deux fils du grand-prêtre Héli, Ophni et Phinée, furent tués... Héli avait alors quatre-vingt-dix-huit ans... et quand il eut appris que l’arche de Dieu était prise, il tomba de son siege à la renverse, et s’étant cassé la tête il mourut... les philistins ayant donc pris l’arche, ils la menerent dans Azot, et la placerent dans leur temple Dagon auprès de Dagon... le lendemain les habitants d’Azot s’étant levés au point du jour, voilà que Dagon était par terre devant l’arche du seigneur. Ils prirent Dagon et le remirent à sa place. Le surlendemain, s’étant levés au point du jour, ils trouverent encore Dagon par terre devant l’arche du seigneur ; mais la tête de Dagon, et ses mains coupées, étaient sur le seuil. Or le trône de Dagon était demeuré en son lieu. Et c’est pour cette raison que les prêtres de Dagon, et tous ceux qui entrent dans son temple, ne marchent point sur le seuil du temple d’Azot jusqu’à aujourd’hui 6. Or la main du seigneur s’aggrava sur les azotiens, et il les démollit, et il les frappa dans la plus secrete partie des fesses ; et les campagnes bouillirent, et les champs aussi au milieu de cette région, et il naquit des rats ; et il fut fait une grande confusion de morts dans la cité. Or ceux d’Azot, voyant ces sortes de plaies, dirent : que le coffre du dieu d’Israël ne demeure plus chez nous et sur Dagon notre dieu. Et ils assemblerent tous les princes philistins, et ils dirent : que ferons-nous de l’arche du dieu d’Israël ? Les géthéens dirent : qu’on la promene. Et ils promenerent l’arche du dieu d’Israël. Et comme ils la promenaient de ville en ville, la main de Dieu se fesait sur eux, et il tuait grand nombre d’hommes ; et le boyau du fondement sortait à tous les habitants tant grands que petits, et leur fondement sorti dehors se pourrissait... l’arche du seigneur fut dans le pays des philistins pendant sept mois 7. Et les philistins firent venir leurs prêtres et leurs prophêtes, et leur dirent : que ferons-nous de l’arche du seigneur ? Dites-nous comment nous la renverrons en son lieu ? Ils répondirent : si vous renvoyez l’arche du dieu d’Israël, ne la renvoyez pas vuide, mais rendez-lui ce que vous lui devez pour le péché ; ... faites cinq anus d’or, et cinq rats d’or, selon le nombre des provinces des philistins... pourquoi endurciriez-vous votre cœur, comme l’égypte et pharaon endurcirent leur cœur ? Pharaon ayant été puni ne renvoya-t-il pas les hébreux ? Ne s’en allerent-ils pas ? ... prenez donc une charrette toute neuve, et deux vaches pleines à qui on n’a pas encore mis le joug, et renfermez leurs veaux dans l’étable. Vous prendrez l’arche du seigneur, et vous la mettrez sur la charrette avec les figures d’or dans un panier pour votre péché ; et laissez aller la charrette afin qu’elle aille... et vous la regarderez aller ; et si elle va à Bethsamès, ce sera le dieu d’Israël qui nous aura fait ces grands maux 8. Si elle n’y va point, nous saurons que ce n’est pas lui qui nous a frappés, et que tout est arrivé par hazard. Ils firent donc ainsi, et prenant deux vaches qui allaitaient leurs veaux, ils les attelerent à la charrette, et enfermerent leurs veaux dans l’étable ; et ils mirent l’arche de Dieu sur la charrette, et le panier où étaient les rats d’or, et les figures de l’anus et du fondement... 9. La charrette vint dans le champ de Josué de Betsamès et s’arrêta là. Et il y avait là une grande pierre... et ils couperent les bois de la charrette, et ils immolerent les deux vaches au seigneur en holocauste. Les lévites déposerent l’arche du seigneur et le panier sur la grande pierre ; et les gens de Betsamès offrirent des holocaustes, et immolerent des victimes au seigneur. ... or le seigneur punit de mort ceux de Betsamès, parce qu’ils avaient vu l’arche du seigneur ; et il fit mourir soixante et dix hommes du peuple et cinquante mille de la populace 10. Et le peuple pleura, parce que le seigneur avait frappé le peuple d’une si grande plaie... ils envoyerent donc aux habitants de Cariathiarim ; et ceux de Cariathiarim ramenerent l’arche du seigneur en Gabaa dans la maison d’Abinadab... et l’arche du seigneur demeura donc à Cariathiarim ; et elle y était depuis vingt ans, quand la maison d’Israël se reposa après le seigneur. Il arriva que Samuel, étant devenu vieux, établit ses enfans juges sur Israël... mais ils ne se promenerent point dans ses voies ; ils déclinerent vers l’avarice ; ils reçurent des présents ; ils pervertirent la justice 11. Ainsi donc, tous les anciens d’Israël assemblés vinrent vers Samuel à Ramatha, et lui dirent : voilà que tu es vieux ; tes enfans ne se promenent point dans tes voies ; donne-nous donc un melch, un roitelet , comme en ont tous nos voisins, afin qu’il nous juge. Ce discours déplut dans les yeux de Samuel, parce qu’ils avaient dit, donne-nous un roitelet ; et Samuel pria au seigneur. Et le seigneur lui dit : tu entends la voix de ce peuple qui t’a parlé ; ce n’est point toi qu’il rejette, c’est moi ; ils ne veulent plus que je regne sur eux 12. C’est ainsi qu’ils ont toujours fait depuis que je les ai tirés d’égypte ; ils m’ont délaissé ; ils ont servi d’autres dieux ; ils t’en font autant. à présent rends-toi à leur voix ; mais apprends-leur, et prédis-leur quels seront les usages de ce roi qui régnera sur eux. Samuel rapporta donc le discours de Dieu au peuple qui lui avait demandé un roi, et lui dit : voyez quel sera l’usage du roi qui vous commandera. Il prendra vos fils pour en faire ses charretiers ; et il en fera des cavaliers ; et il en fera des tribuns et des centurions, et des laboureurs de ses champs, et des moissonneurs de ses bleds, des forgerons pour lui faire des armes et des chariots ; et il fera de vos filles ses parfumeuses, ses cuisinieres et ses boulangeres ; et il prendra vos meilleurs champs, vos meilleures vignes, et vos meilleurs plants d’olivier, 13 et les donnera à ses valets. Il prendra la dixme de vos bleds et de vos vignes, pour donner à ses eunuques ; et il prendra vos serviteurs et vos servantes, et vos jeunes gens et vos ânes, et les fera travailler pour lui 14. Et vous crierez alors contre la face de votre roi ; et le seigneur ne vous exaucera point, parce que c’est vous-mêmes qui avez demandé un roi. Or le peuple ne voulut point entendre ce discours de Samuel, et lui dit : non, nous aurons un roi sur nous ; nous serons comme les autres peuples, et notre roi marchera à notre tête, et il combattra nos combats pour nous. Samuel ayant entendu les paroles du peuple, les rapporta aux oreilles du seigneur ; et le seigneur lui dit : fais ce qu’ils te disent ; établis un roi sur eux. Et Samuel dit aux enfans d’Israël : que chacun s’en retourne dans sa bourgade. Il y avait un homme de la tribu de Benjamin nommé Cis, fort vigoureux ; il avait un fils appellé Saül, d’une belle figure, et qui surpassait le peuple de toute la tête. Cis pere de Saül avait perdu ses ânesses. Et Cis pere de Saül dit à son fils : prends un petit valet avec toi, et va me chercher mes ânesses. Après avoir cherché, le petit valet dit : voici un village où il y a un homme de Dieu ; c’est un homme noble ; tout ce qu’il prédit arrive infailliblement ; allons à lui, peut-être il nous donnera des indications sur notre voyage... Saül dit au petit valet : nous irons ; mais que porterons-nous à l’homme de Dieu ? Le pain a manqué dans notre bissac, et nous n’avons rien pour donner à l’homme de Dieu 15. Et le petit valet répondit : voilà que j’ai trouvé le quart d’un sicle par hazard dans ma main ; donnons-le à l’homme de Dieu pour qu’il nous montre notre chemin. Autrefois en Israël ceux qui allaient consulter Dieu se disaient : allons consulter le voyant. Car celui qui s’appelle aujourd’hui prophete s’appellait alors le voyant 16. Et Saül dit au petit valet : tu parles très bien ; viens, allons. Et ils entrerent dans le bourg où était l’homme de Dieu ; et comme ils montaient la colline du bourg, ils rencontrerent des filles qui allaient puiser de l’eau. Ils dirent à ces filles : y a-t-il ici un voyant ? Les filles lui répondirent : le voilà devant toi ; va vite... or le seigneur avait révélé la veille à l’oreille de Samuel, que Saül arriverait, en lui disant : demain à cette même heure j’enverrai un homme de Benjamin ; et tu le sacreras duc sur mon peuple d’Israël ; et il sauvera mon peuple de la main des philistins, parce que j’ai regardé mon peuple, et que son cri est venu à moi. Samuel ayant donc envisagé Saül, Dieu lui dit : voilà l’homme dont je t’avais parlé ; ce sera lui qui dominera sur mon peuple. Saül, s’étant donc approché de Samuel au milieu de la porte, lui dit : enseigne-moi, je te prie, la maison du voyant. Samuel répondit à Saül, disant : c’est moi qui suis le voyant ; monte avec moi au lieu haut, afin que tu manges aujourd’hui avec moi ; et je te renverrai demain matin, et je te dirai tout ce que tu as sur le cœur... or Samuel prit une petite fiole d’huile, et il la répandit sur la tête de Saül, et le baisa, et dit : voilà que le seigneur t’a oint en prince ; et tu délivreras son peuple de la main de ses ennemis 17. Et voici le signe qui t’apprendra que Dieu t’a oint en prince. Tu rencontreras, en t’en retournant, deux hommes près du sépulcre de Rachel ; et ils te diront qu’on a retrouvé tes ânesses ; ... tu viendras après à l’endroit nommé colline de Dieu, où il y a garnison philistine ; et quand tu seras entré dans le bourg, tu rencontreras un troupeau de prophetes descendants de la montagne, avec des psaltérions, des flûtes et des harpes ; ... et l’esprit du seigneur tombera sur toi, et tu prophétiseras avec eux, et tu seras changé en un autre homme... et lorsque Saül fut venu à la colline ; il rencontra une troupe de prophetes ; et l’esprit de Dieu tomba sur lui, et il prophétisa au milieu d’eux. Et tous ceux qui l’avaient vu hier et avant-hier, disaient : qu’est-il donc arrivé au fils de Cis ? Saül est-il devenu prophete ? 18. Après cela Samuel assembla le peuple à Masphat ; et il dit aux enfants d’Israël : voici ce que dit le seigneur Dieu d’Israël : j’ai tiré Israël de l’égypte ; ... mais aujourd’hui vous avez rejetté votre dieu qui seul vous avait sauvés ; vous m’avez répondu, non ; vous m’avez dit, donnez-nous un roi. Eh bien, présentez-vous donc devant le seigneur par tribus et par familles... et Samuel ayant jetté le sort sur toutes les tribus et sur toutes les familles, il tomba enfin jusques sur Saül fils de Cis 19. Samuel prononça ensuite devant le peuple la loi du royaume, qu’il écrivit dans un livre, et la mit en dépôt devant le seigneur... 20. Environ un mois après, Naas l’ammonite combattit contre Galaad. Et les gens de Jabès en Galaad dirent à Naas : reçois-nous à composition, et nous te servirons. Naas l’ammonite leur répondit : ma composition sera de vous arracher à tous l’oeil droit. Les anciens de Jabès lui dirent : accordez-nous sept jours, afin que nous envoyions des messagers dans tout Israël ; et si personne ne vient nous défendre, nous nous rendrons à toi. Or Saül revenant du labourage ayant fait la revue à Bésech, il trouva que son armée était de trois cents mille hommes des enfans d’Israël, et trente mille de Juda. Le lendemain il divisa son armée en trois corps, et ne cessa d’exterminer Ammon jusqu’à midi... 21. Alors Samuel dit à tout le peuple d’Israël : vous voyez que j’ai écouté votre voix, comme vous m’avez parlé. Je vous ai donné un roi. Pour moi, je suis vieux, mes cheveux sont blancs... et il se retira 22. Or Saül était le fils de l’année lorsqu’il commença à régner ; et il régna deux ans sur Israël 23. Les philistins s’assemblerent pour combattre contre Israël avec trente mille chariots de guerre, six mille cavaliers, et une multitude comme le sable de la mer ; et ils se camperent à Machmas, à l’orient de Bethaven 24. Quand ceux d’Israël se virent ainsi pressés, ils se cacherent dans les cavernes, dans les antres, dans les rochers, dans les citernes 25. Les autres passerent le Jourdain, et vinrent au pays de Gad et de Galaad... et comme Saül était encore à Galgal, tout le peuple qui le suivait fut effrayé. Saül attendit sept jours selon l’ordre de Samuel ; mais Samuel ne vint point à Galgal : et tout le peuple l’abandonnait. Saül dit donc alors : qu’on m’apporte l’holocauste pacifique. Et il offrit l’holocauste ; et à peine eut-il fini d’offrir l’holocauste, voici que Samuel arriva ; et Saül alla au-devant de lui pour le saluer. Samuel lui dit : qu’as-tu fait ? Saül lui répondit : voyant que tu ne venais point au jour que tu m’avais dit, et les philistins étant en armes à Machmas, contraint par la nécessité j’ai offert l’holocauste. Samuel dit à Saül : tu as fais follement ; tu n’as pas gardé les commandements du seigneur ; si tu n’avais pas fait cela, le seigneur aurait affermi pour jamais ton regne sur Israël ; mais ton regne ne subsistera point ; le seigneur a cherché un homme selon son cœur, et il l’a destiné à régner sur son peuple, parce que tu n’as pas observé les commandements du seigneur 26. Samuel s’en alla ; et Saül ayant fait la revue de ceux qui étaient avec lui, il s’en trouva environ six cents 27. Même il ne se trouvait point de forgerons dans toutes les terres d’Israël. Car les philistins le leur avaient défendu, de peur que les hébreux ne forgeassent une épée ou une lance ; et tous les israélites étaient obligés d’aller chez les philistins pour éguiser le soc de leurs charrues, leurs cognées, leurs hoyaux et leurs serpettes 28. Et lorsque le jour du combat fut venu, il ne se trouva pas un hébreu qui eût une épée ou une lance, hors Saül et Jonathas son fils. Un certain jour il arriva que Jonathas, fils de Saül, dit à son écuyer : viens t’en avec moi, et passons jusqu’au camp des philistins. Et il n’en dit rien à son pere... Jonathas monta grimpant des pieds et des mains ; et son écuyer derriere lui... de façon qu’une partie des ennemis tomba sous la main de Jonathas, et son écuyer, qui le suivait, tua les autres. Ils tuerent vingt hommes dans la moitié d’un arpent ; et ce fut la premiere défaite des philistins... 29. Et les israëlites se réunirent. Saül fit alors ce serment : maudit sera l’homme qui aura mangé du pain de toute la journée, jusqu’à-ce que je me sois vengé de mes ennemis. Et le peuple ne mangea point de pain... en même temps ils vinrent dans un bois où la terre était couverte de miel. Or Jonathas n’avait pas entendu le serment de son pere ; il étendit sa verge qu’il tenait en main, et la trempa dans un rayon de miel ; et l’ayant portée à sa bouche, ses yeux furent illuminés 30. Saül consulta donc le seigneur, et lui dit : poursuivrai-je les philistins ? Et les livreras-tu entre les mains d’Israël dans ce jour ? Et Dieu ne répondit point... et Saül dit au seigneur : seigneur d’Israël ! Prononce ton jugement ; pourquoi n’as-tu pas répondu aujourd’hui à ton serviteur ? Découvres-nous si l’iniquité est dans moi, ou dans mon fils Jonathas ; et si l’iniquité est dans le peuple, donne la sainteté... Jonathas fut découvert aussi bien que Saül ; et le peuple échappa... et Saül dit : qu’on jette le sort entre moi et mon fils ; et le sort prit Jonathas. Saül dit à Jonathas : dis-moi ce que tu as fait ? Jonathas répondit : en tâtant j’ai tâté un peu de miel au bout de ma verge ; et voilà que je meurs... 31. Et le peuple dit à Saül : quoi ! Jonathas mourra, lui qui a fait le grand salut d’Israël ! Cela n’est pas permis. Vive dieu ! Il ne tombera pas un poil de sa tête. Ainsi le peuple sauva Jonathas, afin qu’il ne mourût point... 32. Après cela Saül se retira ; il ne poursuivit point les philistins, et les philistins se retirerent en leur lieu... et Samuel dit à Saül : le seigneur m’a envoyé pour t’oindre en roi sur le peuple d’Israël, écoute donc maintenant la voix du seigneur ; voici ce que dit le seigneur des armées. Je me souviens qu’autrefois Amalec s’opposa à Israël dans son chemin quand il s’enfuyait d’égypte ; c’est pourquoi marche contre Amalec, frappe Amalec, détruis tout ce qui est à lui, ne lui pardonne point, ne convoite rien de tout ce qui lui appartient, tue tout, depuis l’homme jusqu’à la femme, et le petit enfant qui tette ; 33 le bœuf, la brebis, le chameau, et l’âne. Donc Saül commanda au peuple, et l’ayant assemblé comme des agneaux, il trouva deux cents mille hommes de pieds, et dix mille hommes de Juda... et il marcha à la ville d’Amalec ; et il dressa des embuscades le long du torrent... et Saül frappa Amalec depuis Hévila jusqu’à Sur, vis-à-vis de l’égypte. Et il prit vif Agag roi des amalécites, et tua tout le peuple dans la bouche du glaive... mais Saül et les israélites épargnerent Agag et l’élite des brebis, des bœufs, des béliers, et de ce qu’il y avait de plus beau en meubles et en vêtemens ; ils ne démolirent que ce qui parut vil et méprisable 34. Alors le verbe du seigneur fut fait à Samuel, disant : je me repens d’avoir fait Saül roi, parce qu’il m’a abandonné. Samuel en fut enflammé, et cria au seigneur toute la nuit. Donc s’étant levé avant le jour pour aller chez Saül au matin, on lui annonça que Saül était venu sur le mont Carmel, où il s’érigeait un monument, un four triomphal, et que delà il était descendu à Galgal. Samuel vint donc à Saül ; et Saül offrait au seigneur un holocauste des prémices du butin pris sur Amalec. Samuel lui dit : le seigneur t’a oint roi sur Israël ; le seigneur t’a mis en voie, et t’a dit, va, tue tous les pécheurs amalécites, et combats jusqu’à-ce que tout soit tué ; pourquoi donc n’as-tu pas tout tué ? 35. Obéissance, vaut mieux que victime ; il y a de la magie et de l’idolâtrie à ne pas obéir ; ainsi donc, puisque tu as rejetté la parole de Dieu, Dieu te rejette et ne veut plus que tu sois roi... 36. Et Samuel se retourna pour s’en aller... mais Saül le prit par le haut de son manteau, qu’il déchira. Et Samuel dit : comme tu as déchiré mon manteau, Dieu déchire aujourd’hui le royaume d’Israël, et le donne à un autre qui vaut mieux que toi... Saül lui dit : j’ai péché, mais au moins rends-moi quelque honneur devant les anciens du peuple... Samuel dit : qu’on m’amene Agag roi d’Amalec ; et on lui amena Agag, qui était fort gras et tout tremblant. Et Samuël lui dit : comme ton épée a ravi des enfants à des meres, ainsi ta mere sera sans enfants parmi les femmes. Et il le coupa en morceaux à Galgal... 37. Or Samuel vint à Bethléem selon l’ordre du seigneur ; et les anciens de Bethléem tout surpris lui dirent : viens-tu ici en homme pacifique ? Et il répondit : je viens en pacifique pour immoler au seigneur ; purifiez-vous, et venez avec moi pour que je sacrifie. Samuel purifia donc Isaï et ses enfants, et il les appella au sacrifice... et Samuel dit à Isaï : sont-ce là tous tes enfants ? Isaï lui répondit : il en reste encore un petit qui garde les brebis. Et Samuel dit à Isaï : fais-le venir ; car nous ne nous mettrons à table que quand il sera venu... on l’amena 38 donc. Il était roux et très beau. Et Dieu dit à Samuel : c’est celui-là que tu dois oindre. Samuel prit donc une corne pleine d’huile, et oignit David au milieu de ses freres. Et le soufle du seigneur vint sur David ; et le soufle du seigneur se retira de Saül ; et Dieu envoya à Saül un mauvais esprit... 39. Et les officiers de Saül lui dirent : tu vois qu’un mauvais soufle de Dieu te trouble ; s’il te plait, tes serviteurs iront chercher un joueur de harpe, afin que, quand le mauvais soufle de Dieu te troublera le plus, il touche de la harpe avec sa main, et qu’il te soulage... Saül dit à ses serviteurs : allez-moi chercher quelqu’un qui sache bien harper. Et l’un de ses serviteurs lui dit : j’ai vu un des fils d’Isaï de Bethléem, qui harpe fort bien ; c’est un jeune homme très fort et belliqueux, prudent dans ses paroles, fort beau, et Dieu est avec lui 40. Saül fit donc dire à Isaï : envoye-moi ton fils qui est dans les pâturages. Isaï prit aussi-tôt un âne avec des pains, une cruche de vin et un chevreau, et les envoya à Saül par la main de son fils David... Saül aima fort David ; et il le fit son écuyer ; et toutes les fois que le mauvais soufle du seigneur rendait Saül maniaque, David prenait sa harpe, il en jouait, Saül était soulagé, et le soufle malin s’en allait 41. Cependant les philistins assemblerent toutes leurs troupes pour le combat. Saül et les enfants d’Israël s’assemblerent aussi. Les philistins étaient sur une montagne, et les juifs étaient d’un autre côté sur une montagne. Et il arriva qu’un bâtard sortit du camp des philistins ; il était de Geth, et il avait six coudées et une palme de haut (douze pieds et demi) ; et il avait des bottes d’airain, et un grand bouclier d’airain sur les épaules. La hampe de sa lance était comme un grand bois des tisserands, et le fer de sa lance pesait six cents sicles (vingt livres) ; et son écuyer marchait devant lui... et il venait crier devant les phalanges d’Israël ; et il disait : si quelqu’un veut se battre contre moi, 42 et s’il me tue, nous serons vos esclaves ; mais si je le tue, vous serez nos esclaves... Saül et tous les israélites, entendant le verbe de ce philistin, étaient stupéfaits, et tremblaient de peur. Or David était fils d’un homme d’éphrata, dont il a été parlé ; son nom était Isaï, qui avait huit fils, et qui était fort vieux, et très âgé parmi les hommes. Les trois plus grands de ses fils s’en allerent après Saül pour le combat. David était le plus petit ; et il avait quitté Saül pour venir paître les troupeaux à Bethléem 43. Cependant ce philistin se présentait au combat le matin et le soir, et resta là debout pendant quarante jours... or Isaï dit à David son fils : tiens, prends un litron de farine d’orge et dix pains, et cours à tes freres dans le camp. Porte aussi dix fromages à leur capitaine, visite tes freres, et vois comme ils se comportent... David se leva dès la pointe du jour, laissa son troupeau à un autre, et s’en alla tout chargé comme son pere lui avait dit, et vint au lieu de Magala où l’armée s’était avancée pour donner bataille, et qui criait déjà bataille... David, ayant donc laissé au bagage tout ce qu’il avait apporté, courut au lieu de la bataille voir comment ses freres se comportaient 44. Et comme il parlait encore, voilà que le bâtard nommé Goliath, philistin de Geth, vint recommencer ses bravades ; et tous les israélites qui l’entendaient se mirent à fuir devant sa face en tremblant de peur... et un homme d’Israël se mit à dire : voyez-vous ce philistin qui vient insulter Israël ? S’il se trouve quelqu’un qui puisse le tuer, le roi l’enrichira de grandes richesses et lui donnera sa fille, et sa famille sera affranchie de tout péage en Israël. Et David disait à ceux qui étaient auprès de lui, que donnera-t-on à celui qui tuera ce philistin ? Et le peuple lui répétait les mêmes discours... or ces paroles de David ayant été entendues, furent rapportées au roi. Et Saül l’ayant fait venir devant lui, David lui parla ainsi : 45 que personne n’ait le cœur troublé à cause de Goliath ; car j’irai, moi ton serviteur, et je combattrai ce philistin... et Saül lui dit : tu ne saurais résister à ce philistin, parce que tu n’es qu’un enfant, et qu’il est homme de guerre dès sa jeunesse... et David ajouta : le seigneur, qui m’a délivré de la main d’un lion et de la main d’un ours, me délivrera de la main de ce philistin 46... Saül dit donc à David : va, et que le seigneur soit avec toi ; et il lui donna ses armes, lui mit sur la tête un casque d’airain, et sur le corps une cuirasse... et David ayant ceint l’épée par-dessus sa tunique, commença à essayer s’il pouvait marcher avec ces armes ; car il n’y était pas accoutumé. David dit donc à Saül, je ne puis marcher avec ces armes, car je n’en ai pas l’habitude ; et il quitta ses armes. Il prit le bâton qu’il avait coutume de porter ; et il prit dans le torrent cinq pierres, et les mit dans sa panetiere ; et tenant sa fronde à la main, il marcha contre le philistin. Le philistin s’avança aussi, et s’approcha de David, ayant devant lui son écuyer. Et lorsqu’il eut regardé David, voyant que c’était un adolescent roux et beau à voir, il le méprisa et lui dit : suis-je un chien, pour que tu viennes à moi avec un bâton ? ... et David mit la main dans sa panetiere, prit une pierre, la lança avec sa fronde, la pierre s’enfonça dans le front du philistin, et il tomba le visage contre terre... David courut, et se jetta sur le philistin, prit son épée, la tira du foureau, le tua, et coupa sa tête 47. Les philistins voyant que le plus fort d’entre eux était mort, ils s’enfuirent... et David prit la tête du philistin ; il la porta dans Jérusalem, et il mit ses armes dans sa tente... or lorsque Saül avait vu que David marchait contre le philistin, il dit à Abner prince de sa milice : qui est ce jeune homme ? De quelle famille est-il ? Abner lui répondit : vive ton ame, ô roi ! Je n’en sais rien. Le roi lui dit : va l’interroger ; il faut savoir de qui cet enfant est fils... et lorsque David fut retourné du combat après avoir tué le philistin, Abner le présenta au roi tenant en sa main la tête de Goliath... et Saül lui dit : de quelle famille es-tu ? David lui dit : je suis un des fils d’Isaï ton serviteur, de Bethléem 48. Or quand David revenait après avoir tué le philistin, les femmes sortirent de toutes les villes d’Israël chantant en chœur et dansant au-devant du roi Saül avec des flûtes, des tambours et des instruments à trois cordes ; elles chantaient dans leurs chansons : Saül en a tué mille, et David dix mille. Cette chanson mit Saül dans une grande colere... le lendemain le soufle malin du seigneur s’empara de Saül ; il prophétisait au milieu de sa maison ; et David jouait de la harpe devant lui comme à l’accoutumée ; et Saül tenait sa lance : il la jetta contre David pour le clouer à la muraille. David se détourna, et évita le coup deux fois... 49. Le temps étant venu que Saül devait donner Mérob sa fille en mariage à David, il la donna en mariage à Hadriel Molathite. Mais Michol, autre fille de Saül, était amoureuse de David ; cela fut rapporté à Saül, et il en fut bien aise ; car il dit : je lui donnerai celle-ci ; elle lui sera pierre d’achoppement ; elle le fera tomber dans les mains des philistins. Or donc, dit-il à David, tu seras mon gendre à deux conditions... et ensuite il lui fit dire par ses officiers : le roi n’a point besoin de présent de noces pour sa fille ; il ne te demande que cent prépuces des philistins... quelques jours après, David marcha avec ses soldats ; il tua deux cents philistins, et apporta au roi deux cents prépuces, qu’il compta devant lui ; et Saül lui donna sa fille Michol... alors Saül ordonna à Jonathas son fils et à tous ses serviteurs de tuer David ; mais Jonathas aimait beaucoup David, et il lui donna avis que son pere voulait le tuer... 50. Or il arriva que le soufle malin du seigneur se saisit encore de Saül ; et Saül étant dans sa maison comme David harpait de la harpe, il voulut le clouer contre la muraille avec sa lance ; et David s’enfuit. Saül envoya ses gardes dans la maison de David pour le tuer le lendemain matin... Michol sa femme le fit sauter par une fenêtre, et il s’enfuit... Michol aussi-tôt prit un téraphim, le coucha dans son lit à la place de David, et lui mit sur la tête une peau de chevre... 51. David s’enfuit donc et se sauva, et alla trouver Samuel à Ramatha. Cela fut rapporté à Saül, qui envoya des archers pour prendre David. Mais les archers ayant vu une troupe de prophetes qui prophétisaient, et Samuel qui prophétisait par-dessus eux, ils furent saisis eux-mêmes du soufle du seigneur, et ils prophétiserent aussi... Saül en ayant été averti, envoya d’autres archers ; et ils prophétiserent de même. Il en envoya encore, et ils prophétiserent tout comme les autres. Enfin, il y alla lui-même ; et le soufle du seigneur fut sur lui, et il prophétisa pendant tout le chemin... il se dépouilla de ses habits, prophétisa avec tous les autres devant Samuel, et resta tout nud le jour et la nuit. C’est delà qu’est venu le proverbe. Saül est donc aussi devenu prophete... 52. David s’enfuit donc ; et tous les gens qui étaient mal dans leurs affaires, chargés de dettes, et d’un naturel amer, s’assemblerent autour de lui dans la caverne d’Odolame ; et il fut leur prince. Or il y avait dans le désert de Mahon un homme très riche nommé Nabal, qui possédait sur le Carmel trois mille brebis et mille chevres ; et il fit tondre ses brebis sur le mont Carmel. Sa femme Abigaïl était prudente et fort belle à voir. David envoya dix de ses gens à Nabal lui dire ; nous venons dans un bon jour ; donnez à vos serviteurs et à votre fils David le plus que vous pourrez. Nabal répondit : qui est ce David ? On ne voit que des serviteurs qui fuient leur maître ; vraiment oui ! J’irai donner mon pain, mon eau et mes moutons, à des gens que je ne connais pas ! 53. Alors David dit à ses garçons : que chacun prenne son épée. Et David prit aussi son épée ; et il marcha vers Nabal avec quatre cents soldats, et en laissa deux cents au bagage. Mais la belle Abigaïl prit deux cents pains, deux outres de vin, cinq moutons cuits, cinq boisseaux de farine d’orge, cent paquets de raisins secs, et deux cents cabas de figues, et les mit sur des ânes. Abigaïl ayant apperçu David, descendit aussitôt de son âne, tomba sur sa face devant David et l’adora, et lui dit : que ces petits présents, apportés à monseigneur par sa servante pour lui et pour ses garçons, soient reçus avec bonté de monseigneur... David lui répondit : sois bénie toi même ; car sans cela, vive dieu, si tu n’étais venue promptement, Nabal ne serait pas en vie, et il ne serait pas resté un de ses gens qui pût pisser contre les murailles. Or, dix jours après, le seigneur frappa Nabal ; et il mourut... Abigaïl monta vite sur son âne avec cinq servantes à pied ; et David l’épousa le jour-même 54. David épousa aussi Achinoam ; et l’une et l’autre furent ses femmes. Saül, voyant cela, donna sa fille Michol, femme de David, à Phati. David s’en alla avec six cents hommes chez Akis, philistin, roi de Geth. Akis lui donna la ville de Sicheleg ; et David demeura dans le pays des philistins un an et quatre mois... il fesoit des courses avec ses gens sur les alliés d’Akis à Jésuri, à Jerzi, chez les amalécites. Il tuait tout ce qu’il rencontrait, sans pardonner ni à homme, ni à femme, enlevant brebis, bœufs, ânes, chameaux, meubles, habits, et revenait vers Akis 55. Et lorsque le roi Akis lui disait : où as-tu couru aujourd’hui ? David lui répondait : j’ai couru au midi vers Juda... or David ne laissait en vie ni homme ni femme, disant : je les tue, de peur qu’ils ne parlent contre nous. Akis se fiait donc à lui, disant : il fait bien du mal à Israël ; il me sera toujours fidele... et il dit à David : je ne confierai qu’à toi la garde de ma personne... 56. Or les philistins s’étant assemblés, Saül ayant aussi assemblé ses gens vers Gelboé, et ayant vu les philistins, il trembla de peur. Il consulta le seigneur ; mais il ne lui répondit rien ni par les songes, ni par les prêtres, ni par les prophetes 57. Et il dit à un de ses gens : va me chercher une femme (une ventrilogue) qui ait un ob, un esprit de Python 58... la femme lui dit : qui voulez-vous que j’évoque ? Saül lui dit : évoque-moi Samuel 59. Or comme la femme eut vu Samuel, elle cria d’une voix grande : pourquoi m’as-tu trompée ; car tu es Saül ? Le roi lui dit : ne crains rien ; qu’as-tu vu ? Elle répondit, j’ai vu des dieux montants de la terre. Saül lui dit : comment est-il fait ? Elle dit : c’est un vieillard qui est monté ; il est vêtu d’un manteau. Et Saül vit bien que c’était Samuel ; et il s’inclina la face en terre, et il l’adora. Samuel dit à Saül : pourquoi as-tu troublé mon repos en me fesant évoquer ? Saül lui dit : je suis très-embarrassé ; les philistins me font la guerre ; Dieu s’est retiré de moi ; il n’a voulu m’exaucer ni dans la main des prophetes, ni par les songes ; ainsi je t’ai évoqué, afin que tu me montres ce que je dois faire 60. Samuel lui dit : pourquoi m’interroges-tu quand Dieu s’est retiré de toi ? ... il livrera Israël avec toi entre les mains des philistins ; demain toi et tes fils vous serez avec moi 61. Or la pythonisse avait un veau gras pour la pâques ; elle alla le tuer, prit de la farine, fit des azymes, et donna à souper à Saül 62. Or les philistins fondirent sur Saül et sur ses enfans, et ils tuerent Jonathas, et Abinadab, et Melchisua, les fils de Saül... et tout le poids du combat fut sur Saül ; et les sagittaires le poursuivirent, et il fut griévement blessé par les sagittaires. Et Saül dit à son écuyer : tire ton épée et acheve-moi, de peur que ces incirconcis ne viennent et ne me tuent en m’insultant. Son écuyer effraié n’en voulut rien faire ; ainsi Saül tira son épée, et tomba sur elle 63. Isboseth fils de Saül avait quarante ans lorsqu’il commença à régner sur Israël ; et il régna deux ans ; et il n’y avait que la tribu de Juda qui suivit le parti de David ; et David demeura à Hébron sept ans et demi... il y eut donc une longue guerre entre la maison de Saül et la maison de David... or Saül avait eu une concubine nommée Respha, fille d’Aya. Et le roi Isboseth dit à son capitaine Abner : pourquoi es-tu entré dans la concubine de mon pere ? Le capitaine Abner, en colere, répondit au roi Isboseth : comment donc ! Tu me traites aujourd’hui comme une tête de chien ! Moi qui t’ai soutenu contre la tribu de Juda après la chûte de ton pere et de tes freres ! Il t’appartient bien de me chercher querelle pour une femme ! 64. Que Dieu me traite encore plus mal que toi, si je ne donne à David ton trône comme Dieu a juré de le lui donner, et si je ne transfere le regne de la maison de Saül à celle de David, depuis Dan jusqu’à Bersabée. Isboseth n’osa répondre à Abner, parce qu’il le craignait... après cela Abner parla aux anciens d’Israël... il alla trouver David à Hébron, et il arriva accompagné de vingt hommes... et David lui fit un festin... mais Joab étant sorti d’auprès de David, envoya après Abner, sans que David le sut ; et lorsqu’il fut arrivé à Hébron, il tira Abner à part, et le tua en trahison en le perçant par les parties génitales... le roi Isboseth fils de Saül, ayant appris qu’Abner avait été tué à Hébron, perdit courage... 65. Or Isboseth avait à son service deux capitaines de voleurs dont l’un s’appellait Baana, et l’autre Rachab. Or Rachab et Baana entrerent la nuit dans la maison d’Isboseth et le tuerent dans son lit ; et ayant marché toute la nuit par le chemin du désert, ils présenterent à David la tête d’Isboseth fils de Saül... David commanda à ses gens de les tuer ; et ils les tuerent... 66. Alors le roi David, avec ses suivants, marcha contre Jérusalem habitée par des jébuséens... or David habita dans la forteresse ; et il l’appella la cité de David ; et il bâtit des édifices tout au tour... Hiram, roi de Tyr, envoya des ambassadeurs à David avec du bois de cedre, des charpentiers et des maçons pour lui faire une maison... il prit donc encore de nouvelles concubines et de nouvelles femmes, et il en eut des fils et des filles... 67. David assembla de nouveau toute l’élite, au nombre de trente mille hommes, et alla, accompagné de tout le peuple de Juda, pour amener l’arche de Dieu sur laquelle on invoque le dieu des armées qui s’assied sur l’arche et sur les chérubins. On mit donc l’arche de Dieu sur une charrette toute neuve ; et ils prirent l’arche, qui était au bourg de Gabaa, dans la maison d’Abinadab... et les enfans d’Abinadab, nommés Hoza et Ahio, conduisirent la charrette, qui était toute neuve... mais lorsqu’on fut arrivé près de la grange de Nachon, les bœufs s’empêtrerent et firent pencher l’arche. Hoza la retint, en y portant la main. La colere de Dieu s’alluma contre Hoza, Dieu le frappa à cause de sa témérité. Hoza tomba mort sur la place devant l’arche de Dieu... alors David craignit Dieu dans ce jour, disant : comment l’arche de Dieu entrera-t-elle chez moi ? Et il la fit entrer dans la maison d’un céthéen nommé Obed-édom 68. Après cela David battit les philistins et les humilia ; et il affranchit le peuple d’Israël... et il défit aussi les moabites ; et les ayant vaincus, il les fit coucher par terre et mesurer avec des cordes. Une mesure de cordes était pour la mort, et une autre était pour la vie. Et Moab fut asservi au tribut... David défit aussi Adadézer roi de Soba en Syrie. Il lui prit sept cents cavaliers et vingt mille hommes de pied. Il coupa les jarrets à tous les chevaux des chariots, et n’en réserva que pour cent chariots. Les syriens de Damas vinrent au secours d’Adadézer roi de Soba ; et David en tua vingt-deux mille... la Syrie entiere lui paya tribut ; il prit les armes d’or des officiers d’Adadézer, et les porta à Jérusalem... 69. Et en revenant de Syrie il tailla en pieces dix-huit mille hommes dans la vallée des salines... et les enfants de David étaient prêtres... 70. Cependant il arriva que David, s’étant levé de son lit après midi se promenait sur le toit de sa maison royale ; et il vit une femme qui se lavait sur son toit vis-à-vis de lui. Or cette femme était fort belle. Le roi envoya donc savoir qui était cette femme ; et on lui rapporta que c’était Bethsabé fille d’élie, femme d’Urie l’éthéen. David l’envoya prendre par ses gens ; et dès qu’elle fut venue il coucha avec elle ; après quoi, en se lavant, elle se sanctifia, se purifiant de son impureté... et après que David eut fait tuer Urie, la femme d’Urie, ayant appris que son mari était mort, le pleura... 71. Et après qu’elle eut pleuré, David la prit, grosse de lui, dans sa maison, et l’épousa. Le seigneur envoya donc Nathan vers David... et Nathan lui dit : tu as fait mourir Urie l’héthéen, et tu lui as pris sa femme ; c’est pourquoi le glaive ne sortira jamais de ta maison dans toute l’éternité, parce que tu m’as méprisé et que tu as pris pour toi la femme d’Urie héthéen ; ... je prendrai donc tes femmes à tes yeux ; je les donnerai à un autre, et il marchera avec elles devant les yeux de ce soleil ; car tu as fait la chose secretement, et moi je la ferai ouvertement à la face d’Israël et à la face du soleil... et David dit à Nathan : j’ai péché contre le seigneur. Et Nathan dit à David : ainsi Dieu a transféré ton péché ; et tu ne mourras point ; ... 72. Et l’enfant qu’il avait eu de Bethsabé étant mort, il consola Bethsabé sa femme ; il entra vers elle, et engendra un fils qu’il appella Salomon, et Dieu l’aima... 73. Or David assembla tout le peuple, et marcha contre Raba, et ayant combattu il la prit. Il ôta de la tête du roi son diadême, qui pesait un talent d’or, avec des perles précieuses ; et ce diadême fut mis sur la tête de David. Il rapporta aussi un très-grand butin de la ville... et s’étant fait amener tous les habitans, il les scia en deux avec des scies, et fit passer sur eux des chariots de fer ; il découpa des corps avec des couteaux, et les jetta dans des fours à cuire la brique 74. Immédiatement après, Ammon, fils de David, aima sa sœur appellée Thamar, sœur aussi d’Absalon fils de David ; et il l’aima si fort, qu’il en fut malade ; car comme elle était vierge il était difficile qu’il fît rien de malhonnête avec elle... or Ammon avait un ami fort prudent, qui s’appellait Jonadab, et qui était propre neveu de David. Et Jonadab dit à Amnon : pourquoi maigris-tu, fils de roi ? Que ne m’en dis-tu la cause ? Amnon lui dit ; c’est que j’aime ma sœur Thamar, sœur de mere de mon frere Absalon 75. Jonadab lui ayant donné conseil... et Thamar étant venue chez son frere Amnon, qui était couché dans son lit... Amnon se saisit d’elle et lui dit : viens, couche avec moi, ma sœur. Elle lui répondit : non, mon frere, ne me violente pas ; cela n’est pas permis dans Israël ; ne me fais pas de sottises ; car je ne pourrais supporter cet opprobre ; et tu passerais pour un fou dans Israël ; ... demande-moi plutôt au roi en mariage, et il ne refusera pas de me donner à toi... Amnon ne voulut point se rendre à ses prieres ; étant plus fort qu’elle, il la renversa et coucha avec elle. Et ensuite il conçut pour elle une si grande haine, que sa haine était plus grande que ne l’avait été son amour. Et il lui dit : leve-toi, et va-t-en. Thamar lui dit : le mal que tu me fais à présent, est encore plus fort que le mal que tu m’as fait. Mais Amnon, ayant appellé un valet, lui dit : chasse de ma chambre cette fille, et ferme la porte sur elle... 76. Absalon, fils de David, ne parla à son frere Amnon de cet outrage ni en bien ni en mal ; mais il le haïssait beaucoup, parce qu’il avait violé sa sœur Thamar... et il donna ordre à ses valets que, dès qu’ils verraient Amnon pris de vin dans un festin, ils l’assassinassent en gens de cœur... les valets firent à Amnon ce qu’Absalon leur avait commandé ; et aussi-tôt tous les enfans du roi s’enfuirent chacun sur sa mule 77. Or il n’y avait point d’homme dans tout Israël plus beau qu’Absalon ; il n’avait pas le moindre défaut depuis les pieds jusqu’à la tête ; et lorsqu’il tondoit ses cheveux, qu’il ne tondoit qu’une fois l’an parce que le poids de ses cheveux l’embarrassait, le poids de ses cheveux était de deux cents sicles... Absalon demeura deux ans à Jérusalem sans voir la face du roi... ensuite il fit dire à Joab de venir le trouver, pour le prier de le remettre entiérement dans les bonnes graces du roi son pere. Mais Joab ne voulut pas venir chez Absalon... et étant mandé une seconde fois, il refusa encore de venir... Absalon dit alors à ses gens : vous savez que Joab a un champ d’orge auprès de mon champ ; allez et mettez-y le feu... et les gens d’Absalon brûlerent la moisson de Joab... Joab alla trouver Absalon dans sa maison, et lui dit : pourquoi tes valets ont-ils mis le feu à mon orge ? Absalon répondit à Joab : je t’ai fait prier de me venir voir, afin de me raccommoder avec le roi ; je t’en prie, fais-moi voir la face du roi ; et s’il se souvient encore de mon iniquité, qu’il me tue 78. Joab alla donc parler au roi, qui appella Absalon, et Absalon s’étant prosterné, le roi le baisa... ensuite Absalon se fit faire des chariots, il assembla des cavaliers, et cinquante hommes qui marchaient devant lui... et il fit une grande conjuration ; et le peuple s’attroupa auprès d’Absalon... et, quarante ans après, Absalon dit à David : il faut que j’aille à Hébron pour accomplir un vœu que j’ai voué au seigneur dans Hébron. Et David dit à Absalon : va-t’en en paix. Et Absalon s’en alla dans Hébron ; et Absalon fit publier dans tout Israël, au son de la trompette, qu’il régnait dans Hébron. David dit à ses officiers, qui étaient avec lui à Jérusalem : allons, enfuyons-nous vite, hâtons-nous de sortir, de peur qu’on ne nous frappe dans la bouche du glaive... le roi David sortit donc avec tout son monde, en marchant avec ses pieds, laissant seulement dix de ses concubines pour garder la maison... ainsi, étant sorti avec ses pieds, suivi de tout Israël, il s’arrêta loin de sa maison ; et tous ses officiers marchaient auprès de lui ; et les troupes des théens, des céréthins, des phélétins, et six cents géthéens, très-courageux, marchaient à pied devant lui... 79. Tout le peuple pleurait à haute voix ; et le roi passa le torrent de Cédron ; et tout le peuple s’en allait dans le désert... 80. Après que David fut monté au haut du mont, Siba, intendant de la maison de Miphiboseth petit-fils de Saül, vint au-devant de lui avec deux ânes chargés de deux cents pains, de cent cabas de figues, de cent paquets de raisins secs, et d’une peau de bouc pleine de vin. Le roi lui dit : où est Miphiboseth le fils de votre ancien maître Jonathas ? Siba répondit au roi : Miphiboseth est resté dans Jérusalem, disant : aujourd’hui Israël me rendra le royaume de mon pere. Le roi dit à Siba : eh bien, je te donne tous les biens de Miphiboseth... or le roi David étant venu jusqu’à Bahurim, il sortit un homme de la maison de Saül nommé Séméi, qui le maudit et lui jetta des pierres et à tous ses gens, pendant que tout le peuple et tous les guerriers marchaient à côté du roi à droite et à gauche... et il maudissait le roi en lui disant : va-t’en, homme de sang, va-t’en, homme de Bélial. Cependant Absalon entra dans Jérusalem avec tout le peuple de son parti, et accompagné de son conseiller Achitophel... et Achitophel dit à Absalon : crois-moi, entre dans toutes les concubines de ton pere, qu’il a laissées pour la garde de sa maison, afin que, quand tous les israélites sauront que tu as ainsi déshonoré ton pere, ils en soient plus fortement attachés à toi. Absalon fit donc tendre un tabernacle sur le toit de la maison, et entra dans toutes les concubines de son pere devant tout Israël 81. Or du temps de David il arriva une famine, qui dura trois ans. David consulta l’oracle du seigneur, et le seigneur dit : c’est à cause de Saül et de sa maison sanguinaire ; parce qu’il tua des gabaonites. Le roi, ayant fait appeller des gabaonites, leur rapporta l’oracle... or les gabaonites n’étaient point des israélites, ils étaient des restes des ammorrhéens, et les israélites avaient autrefois juré la paix avec eux, et Saül voulut les détruire dans son zele, comme pour servir les enfans d’Israël et de Juda... David dit donc aux gabaonites : que ferai-je pour vous ? Comment vous appaiserai-je, afin que vous bénissiez l’héritage du seigneur ? ... ils lui répondirent : nous devons détruire la race de celui qui nous opprima injustement, de façon qu’il ne reste pas un seul homme de la race de Saül dans toutes les terres d’Israël 82. Donnez-nous sept enfans de Saül, afin que nous les fassions pendre au nom du seigneur dans Gabaa ; car Saül était de Gabaa, et il fut l’élu du seigneur... et le roi David leur dit : je vous donnerai les sept enfans... et il prit les deux enfans de Saül et de Respha fille d’Aya, qui s’appellaient Armoni et Miphiboseth, et cinq fils que Michol, fille de Saül, avait eus de son mari Adriel... et il mit ces sept enfans entre les mains des gabaonites, qui les pendirent devant le seigneur ; et ils furent pendus tous ensemble au commencement de la moisson des orges 83. Et la fureur du seigneur se joignit à sa fureur contre les israélites, et elle excita David contre eux, en lui disant : va, dénombre Israël et Juda... le roi dit donc à Joab chef de son armée : promene-toi dans toutes les tribus d’Israël, depuis Dan jusqu’à Bersabé ; dénombre le peuple, afin que je sache son nombre... et Joab ayant parcouru toute la terre pendant neuf mois et vingt jours, il donna au roi le dénombrement du peuple ; et l’on trouva dans les tribus d’Israël huit cents mille hommes robustes tirants l’épée, et dans Juda cinq cents mille combattants... le lendemain au matin David s’étant levé, la parole de Dieu s’adressa au prophete Gad, lequel était le devin, le voyant de David... Dieu dit à Gad : va, et parle ainsi à David : voici ce que dit le seigneur. De trois choses choisis-en une, afin que je te la fasse ; ou tu auras la famine sur la terre pendant sept ans ; ou tes ennemis te battront, et tu fuiras pendant trois mois ; ou la peste sera dans ta terre pendant trois jours : délibere, et voi ce que tu veux que je dise à Dieu qui m’a envoyé 84. ... David dit à Gad : je suis dans un grand embarras ; mais il vaut mieux tomber entre les mains de Dieu par la peste, que dans la main des hommes ; car ses miséricordes sont grandes. Aussitôt Dieu envoya la peste en Israël. Depuis le matin jusqu’au troisieme jour, et depuis Dan jusqu’à Bersabé, il mourut du peuple soixante et dix mille mâles. Et comme l’ange du seigneur étendait encore sa main sur Jérusalem pour la perdre, le seigneur eut pitié de l’affliction ; et il dit à l’ange qui frappait : c’est assez, à présent arrête la main. Or l’ange du seigneur était alors tout vis-à-vis d’Arauna le jébuséen... et David, voyant l’ange qui frappait toujours le peuple, dit au seigneur : c’est moi qui ai péché ; j’ai agi injustement ; ces gens qui sont des brebis, qu’ont-ils fait ? Je te prie, que ta main se tourne contre moi et contre la maison de mon pere 85. Alors Gad vint à David, et lui dit : monte, et dresse un autel dans l’aire d’Arauna le jébuséen. Or le roi David avait vieilli, ayant beaucoup de jours ; et quoiqu’on le couvrît de plusieurs robes, il ne se réchauffait point. Ses officiers dirent donc : allons chercher une jeune fille pour le seigneur notre roi, et qu’elle reste devant le roi, et qu’elle le caresse, et qu’elle dorme avec le seigneur notre roi. Et ayant trouvé Abisag De Sunam, qui était très belle ; ils l’amenerent au roi, et elle coucha avec le roi, et elle le caressait ; et le roi ne forniqua pas avec elle 86. Cependant Adonias, fils de David, disait : ce sera moi qui régnerai... il avait dans son parti Joab le général des armées, et Abiathar le grand-prêtre. Mais un autre grand-prêtre nommé Sadok, et le capitaine Banaia, et le prophete Nathan, et Séméi, n’étaient pas pour Adonias... ce prince donna un grand festin à tous ses freres et aux principaux de Juda ; mais il n’invita ni son frere Salomon, ni le prophete Nathan, ni Banaia, ni les autres prêtres. Alors Nathan dit à Bethsabé mere de Salomon : n’avez-vous pas ouï dire qu’Adonias s’est déja fait roi, et que notre seigneur David n’en sait rien ? Allez vite vous présenter au roi David ; ... pendant que vous lui parlerez je surviendrai après vous, et je confirmerai tout ce que vous aurez dit... 87. ... le roi David dit : faites moi venir le prophete Sadok, le prophete Nathan, et le capitaine Banaia, prenez avec vous mes officiers ; mettez mon fils Salomon sur ma mule ; chantez avec la trompette ; et vous direz, vive le roi Salomon... les convives d’Adonias se leverent de table ; et chacun s’en alla de son côté ; et Adonias alla se réfugier à la corne de l’autel... or la mort de David approchant, il recommanda à Salomon, en lui disant : tu sais ce qu’a fait autrefois Joab, qui mit du sang autour de ses reins, et dans les souliers qu’il avait aux pieds. Tu ne permettras pas que ses cheveux blancs descendent en paix au tombeau, je compte sur ta sagesse ; ... j’ai juré à Séméi que je ne le ferais point périr par le glaive ; mais tu es sage, tu sauras ce qu’il faut faire, ne permets pas que ses cheveux blancs descendent dans la fosse autrement que par une mort sanglante 88. Et David s’endormit avec ses peres. Salomon prit possession du trône de son pere, et affermit son regne... Adonias alla implorer la protection de sa belle-mere Bethsabé, et lui dit : vous savez que le regne m’appartenait, comme à l’ainé, et que, de plus, tout Israël m’avait choisi pour roi ; mais mon royaume a été transporté à mon frere, et le seigneur l’a constitué ainsi ; je ne demande qu’une grace ; le roi Salomon ne vous refusera rien ; je vous prie qu’il me laisse épouser Abisag la sunamite... Bethsabé dit donc à Salomon son fils : je te prie, donne pour femme Abisag la sunamite à ton frere Adonias. Le roi Salomon répondit à sa mere ; pourquoi demandes-tu Abisag la sunamite pour Adonias ? Demande donc aussi le royaume ; car il est mon frere ainé, et il a pour lui Abiathar le grand-prêtre, et le capitaine Joab... 89. Salomon jura donc par Dieu... disant : je jure par Dieu, qui m’a mis sur le trône de David mon pere, qu’aujourd’hui Adonias mon frere sera mis à mort. Et le roi Salomon envoya le capitaine Banaia, fils de Joiadad, qui assassina Adonias, et il mourut... cette nouvelle étant venue au capitaine Joab, qui était attaché au prince Adonias ; il s’enfuit dans le tabernacle du seigneur, et embrassa la corne de l’autel... on vint dire au roi Salomon que Joab s’était réfugié dans le tabernacle de Dieu, et qu’il s’y tenait à l’autel. Et le roi Salomon envoya aussitôt le capitaine Banaia, fils de Joiadad, disant : cours vite, va tuer Joab... Banaia alla donc au tabernacle de Dieu, et dit à Joab : sors d’ici, que je te tue. Joab lui répondit : je ne sortirai point ; je mourrai ici... le capitaine Banaia, alla rapporter la chose au roi. Le roi lui répondit : fais comme je t’ai dit ; 90 assassine Joab, et l’enterre ; et je ne serai pas responsable, ni moi, ni la maison de mon pere, du sang innocent répandu par Joab ; que le seigneur donne une paix éternelle à David, à sa semence, à sa maison, et à son trône ! ... donc le capitaine Banaia, fils de Joiadad, retourna vers Joab, et l’assassina à l’autel ; et il enterra Joab en sa maison dans le désert 91. Le roi envoya aussi vers Séméi, et lui dit : bâtis-toi une maison dans Jérusalem, et n’en sors point pour aller d’un côté ni d’un autre ; si tu en sors jamais, et si tu passes le torrent de Cédron, je te ferai tuer au même jour. Séméi dit au roi, cet ordre est très juste. Mais au bout de trois ans il arriva que les esclaves de Séméi s’enfuirent vers Akis roi de Geth. Séméi fit aussitôt sangler son âne, et s’en alla vers Akis à Geth pour redemander ses esclaves, et les ramena de Geth... et Salomon, en ayant été averti, commanda à Banaia, fils de Joiadad, d’aller tuer Séméi ; et le capitaine Banaia y alla sur le champ, et il assassina Séméi, qui mourut... cependant le seigneur apparut à Salomon en songe, disant : demande ce que tu veux que je te donne... et Salomon dit au seigneur : je te prie de me donner un cœur docile, afin que je puisse juger ton peuple, et discerner entre le bon et le mauvais ; car qui pourra juger ce peuple, qui est fort nombreux ! ... et Dieu lui dit dans ce songe ; parce que tu as demandé cette parole, et que tu n’as pas requis longues années, ni richesses, ni la mort de tes ennemis, mais que tu as demandé sagesse pour discerner justice, je ferai selon ton discours ; je te donne un cœur intelligent, de sorte que jamais homme, ni avant toi, ni après toi, n’aura été semblable à toi 92. Mais je te donnerai, en outre, richesses et gloire que tu n’as point demandées ; de sorte que nul ne sera semblable à toi en gloire et en richesses. Salomon se réveilla ; et il vit que c’était un songe. Salomon 93 avait donc sous sa domination tous les royaumes depuis l’Euphrate jusqu’aux philistins et à la terre d’égypte. Et il y avait pour la nourriture de Salomon, chaque jour, trente muids de fleur de farine, et soixante muids de farine commune, dix gros bœufs engraissés, vingt bœufs de pâturage, cent moutons, et grande quantité de cerfs, de chevreuils, de bœufs sauvages, et d’oiseaux de toute espece ; car il avait tout le pays au-delà du fleuve d’Euphrate depuis Tapsa jusqu’à Gaza 94. Et Salomon avait quarante mille écuries pour les chevaux de ses chars, et douze mille chevaux de selle... 95. Et la sagesse de Salomon surpassait la sagesse de tous les orientaux, et de tous les égyptiens ; il était plus sage que tous les hommes, plus sage qu’éthan israïte, et que Heman, et que Chacol, et que Dorda 96. Salomon composa trois mille paraboles, et il fit mille et cinq cantiques... Hiram roi de Tyr envoya ses serviteurs vers Salomon, ayant appris qu’il avait été oint et christ à la place de son pere. Et Salomon envoya aussi à Hiram, disant : j’ai dessein de bâtir un temple au nom de mon dieu Adonaï, comme Adonaï l’avait dit à mon pere ; commande donc à tes serviteurs qu’ils coupent pour moi des cedres du Liban ; car tu sais que je n’ai pas un seul homme parmi mon peuple qui puisse couper du bois comme les sidoniens... Hiram donna donc à Salomon des bois de cedre et de sapin ; et Salomon donna à Hiram, pour la nourriture de sa maison, vingt mille muids de froment par année, et vingt mille muids d’huile très pure chaque année... le roi Salomon choisit dans Israël trente mille ouvriers,... 97 soixante et dix mille manœuvres et porte-faix, quatre-vingt mille tailleurs de pierre, et trois mille trois cents intendants des ouvrages 98. Or on commença à bâtir le temple du seigneur quatre cents quatre-vingt ans après la sortie d’égypte 99. Or cette maison, que le roi Salomon bâtit au seigneur, avait soixante coudées et demi en longueur, vingt coudées en largeur, et trente coudées en hauteur... et il fit au temple des fenêtres de côté ; et il fit sur la muraille du temple des échafauds tout autour ; et l’échafaud d’en bas avait cinq coudées de large, et celui du milieu avait six coudées de large, et le troisieme échafaud avait sept coudées de large ; ... et il plaça des poutres tout autour, afin qu’ils ne touchassent pas à la muraille ; ... et il fit un étage sur toute la maison qui avait cinq coudées de hauteur 100. Il fit l’oracle au milieu du temple, en la partie la plus intérieure, pour y mettre le coffre du pacte. L’oracle avait vingt coudées de long, vingt de large, et vingt de haut. Il fit, dans l’oracle, des chérubins de bois d’olivier, qui avaient dix coudées de haut ; une aile de chérubin avait cinq coudées de longueur, et l’autre avait aussi cinq coudées 101. Il fit aussi un grand bassin de fonte, nommé la mer, de dix coudées d’un bord à l’autre ; et elle était toute ronde. Et il y avait une mer, et douze bœufs sur cette mer... or le roi, et tout Israël avec lui, immolerent des victimes devant le seigneur. Et Salomon égorgea et immola au seigneur vingt-deux mille bœufs gras et six-vingts mille brebis... ainsi le roi et le peuple dédierent le temple au seigneur... 102. Et Hiram, roi de Tyr, lui envoyait tous les bois de cedre et de sapin, et tout l’or dont il avait besoin. Et Salomon donna à Hiram vingt villes dans la Galilée... Hiram, roi de Tyr, vint voir ces villes ; mais il n’en fut point du tout content ; et il dit à Salomon ; mon frere, voilà de pauvres villes que vous m’avez données là ! ... 103. Le roi Salomon équipa aussi une flotte à ésiongaber, auprès d’élath, sur le rivage de la mer, au pays d’Idumée : et Hiram lui envoya de bons hommes de mer... et étant allés en Ophir, ils en rapporterent quatre cents vingt talents d’or au roi Salomon 104. La reine de Saba, ayant entendu parler de Salomon, vint le tenter par des énigmes 105. La reine de Saba donna au roi Salomon six-vingts talents d’or, une quantité très-grande d’aromates et de pierres précieuses. On n’a jamais apporté, depuis ce temps-là, tant de parfums à Jérusalem... le poids de l’or qu’on apportait chaque année à Salomon était du poids de six cents soixante et six talents d’or. Le roi Salomon eut aussi deux cents boucliers d’or pur, et trois cents autres boucliers d’or pur. Le roi Salomon fit aussi un trône d’yvoire revêtu d’un or très pur. Tous les vases dans lesquels Salomon buvait étaient aussi d’or ; et toute sa vaisselle, et tous les meubles de sa maison du Liban, étaient d’un or très pur. On lui amenait aussi une quadrige d’égypte pour six cents sicles d’argent, et chaque cheval pour cent cinquante sicles 106. Et il eut sept cents femmes qui étaient reines, et trois cents concubines... et comme il était déjà vieux, elles séduisirent son cœur pour lui faire adorer des dieux étrangers... il bâtit alors un temple à Chamos sur la montagne qui est auprès de Jérusalem... 107. Cependant le roi Salomon aima plusieurs femmes étrangeres, et la fille aussi de pharaon, et des moabites, et des ammonites ; et des iduméennes et des sidoniennes, et des héthéennes... Salomon eut donc copulation avec ces femmes d’un amour véhémentissime... or le seigneur suscita Adad l’iduméen, de race royale, qui était dans édom... Dieu suscita aussi pour ennemi à Salomon Razon fils d’Héliadad... qui fut ennemi d’Israël pendant tout le regne de Salomon, et qui régna en Syrie 108. Jéroboam, fils de Nabath, leva aussi la main contre le roi. Or Jéroboam était un homme courageux, fort, et puissant. Et il arriva dans ce temps-là que Jéroboam, sortant de Jérusalem, rencontra dans son chemin Ahias le prophete, qui avait un manteau tout neuf. Et Ahias coupa son manteau en douze morceaux, et dit à Jéroboam : prends pour toi dix morceaux de mon manteau ; car voici ce que dit le seigneur le dieu d’Israël : je diviserai le royaume, et je t’en donnerai dix tribus et il ne restera qu’une tribu à Salomon, à cause de David mon serviteur, et de la ville de Jérusalem que j’ai choisie dans toutes les tribus d’Israël... 109. Or Salomon voulut faire assassiner Jéroboam... et Salomon s’endormit avec ses peres, et il fut enseveli dans la ville de David son pere 110. Roboam fils de Salomon vint à Sichem ; car toutes les tribus y étaient assemblées pour l’établir roi ; mais Jéroboam, fils de Nabath, ayant appris en égypte la mort du roi Salomon, revint de l’égypte. Il se présenta donc avec tout le peuple d’Israël devant Roboam, disant : ton pere nous avait chargé d’un joug très-dur ; diminue donc à présent un peu de l’extrême dureté de ton pere ; et nous te servirons... 111. Roboam ayant consulté des jeunes gens de sa cour, répondit au peuple : le plus petit de mes doigts est plus gros que le dos de mon pere ; si mon pere vous a imposé un joug pesant, j’y ajouterai un joug plus pesant ; si mon pere vous a fouettés avec des verges, je vous fouetterai avec des scorpions. Le peuple, voyant donc que le roi n’avait pas voulu l’entendre, lui répondit : qu’avons-nous à faire à David ton grand-pere ? Quel héritage avons-nous à partager avec le fils d’Isaï ? Allons, Israël, allons-nous-en dans nos tentes ; adieu, David ; pourvois à ta maison comme tu pourras. Et tout Israël s’en alla dans ses tentes 112. Roboam ne regna donc que dans les bourgs de la tribu de Juda. Or le roi Roboam envoya l’intendant de ses tribus, nommé Aduram ; mais tout le peuple le lapida, et il en mourut... le roi Roboam monta aussitôt sur sa charrette, et s’enfuit à Jérusalem. Et tout Israël se sépara de la maison de David, comme il en est séparé encore aujourd’hui 113... or tout Israël, sachant que Jéroboam était revenu, le constitua roi ; et personne ne suivit la maison de David, excepté la maison de Juda. Roboam, étant donc à Jérusalem ; assembla la tribu de Juda et celle de Benjamin, et vint avec cent quatre-vingts mille soldats choisis
114. pour combattre contre la maison d’Israël, et pour réduire tout le royaume de Roboam fils de Salomon. Alors Dieu parla à Séméias, homme de Dieu, disant : va parler à Roboam, fils de Salomon, roi de Juda, et à toute la maison de Juda et de Benjamin, disant : voici ce que commande le seigneur ; vous ne monterez point contre vos freres les enfants d’Israël ; que chacun s’en retourne chez soi ; car c’est moi qui ai dit cette parole. Ils écouterent tous ce discours de Dieu, et ils s’en retournerent comme le seigneur l’avait ordonné 115... or Jéroboam fit bâtir Sichem dans les montagnes d’éphraïm... et il disait en lui-même : le royaume pourrait bien retourner à la maison de David ; si ce peuple monte en la maison du seigneur à Jérusalem, pour y sacrifier, le cœur de ce peuple se tournera à la fin vers Roboam roi de Juda ; ils me tueront et reviendront à lui. Donc, après y avoir bien pensé, il fit faire deux veaux dorés, et il dit à son peuple : gardez-vous de monter à Jérusalem ; voilà vos dieux qui vous ont tirés de l’égypte. Et il mit ces deux veaux, l’un à Béthel, et l’autre à Dan 116. En même temps Addo le voyant , le prophete, l’homme de Dieu 117, vint de Juda en Béthel, quand Jéroboam était monté sur l’autel, et qu’il jettait de l’encens. Et il cria contre l’autel dans le verbe de Dieu ; et il dit : autel, autel ! Voici ce que dit le seigneur : il naîtra un jour un fils de la maison de David, qui s’appellera Josias ; et il immolera sur toi les prêtres des hauts lieux, qui à présent brûlent sur toi de l’encens : et il brûlera sur toi les os des hommes. Et aussitôt il donna un signe, disant : ceci sera le signe que c’est Dieu qui a parlé ; voici que l’autel va se fendre et que la cendre qui est dessus va se répandre. Le roi, ayant entendu cet homme qui criait contre son autel en Béthel, étendit sa main et cria : qu’on saisisse cet homme-là, mais sa main, qu’il avait étendue, devint paralitique sur le champ ; et il ne put la retirer à lui... l’autel se fendit, et la cendre se répandit, selon le signe que l’homme de Dieu avait prédit dans le verbe de Dieu... alors le roi dit à l’homme de Dieu : conjure la face du seigneur ton dieu, et prie pour moi, afin qu’il me rende ma main. L’homme de Dieu pria la face du seigneur Dieu ; et le roi reprit sa main. Le roi dit donc à l’homme de Dieu : vient-en diner avec moi dans ma maison ; et je te ferai des présens. L’homme de Dieu répondit au roi : quand tu me donnerais la moitié de ta maison, je n’irais pas avec toi ; et je ne mangerai point de pain, ni ne boirai point d’eau ici ; car le seigneur, qui m’a envoyé ici, m’a ordonné en m’ordonnant : tu ne mangeras point de pain, et tu ne boiras point d’eau en ce lieu-là, et tu ne retourneras point par le chemin que tu es venu 118... Addo : le prophete s’en retourna donc par un autre chemin. Or il y avait un vieux prophete qui demeurait à Béthel ; et ses enfans conterent au vieux prophete leur pere tout ce que l’homme de Dieu venait de faire. Et leur pere leur dit : quel chemin a-t-il pris pour s’en aller ? Et ils lui montrerent le chemin. Et il dit à ses fils : sanglez-moi mon âne. Et ils lui sanglerent son âne ; et il monta dessus ; et il trouva Addo, l’homme de Dieu, assis sous un thérébinte ; et il lui dit : es-tu l’homme de Dieu qui es venu de Juda ? Et Addo répondit : c’est moi. Le vieux prophete lui dit : viens t’en avec moi pour manger du pain. Addo répondit : je ne peux m’en retourner ni venir avec toi, ni manger du pain, ni boire de l’eau en ce lieu ; car le seigneur m’a parlé dans le verbe du seigneur, disant : tu ne mangeras pain, ni ne boiras eau en ce lieu, et tu ne t’en retourneras pas par la même voie 119. Le vieux voyant lui répartit ; écoute ; je suis prophete aussi, et semblable à toi ; et un ange m’est venu parler dans le verbe du seigneur, disant : ramene-moi cet homme-là dans ta maison, afin qu’il mange pain et qu’il boive eau. Et ainsi il le trompa, et le ramena avec lui ; et Addo mangea pain et but eau. Et lorsqu’ils étaient assis à table, le verbe du seigneur se fit entendre au prophete qui avait ramené le prophete Addo. Et ensuite le même verbe cria au prophete Addo : homme de Dieu, qui viens de Juda, voici ce que dit le seigneur : parce que tu n’as pas été obéissant à la bouche du seigneur, et que tu n’as point gardé le commandement que le seigneur t’a commandé, et que tu t’en es retourné, et que tu as mangé pain et que tu as bu eau dans le lieu où je t’ai défendu de manger pain et de boire eau, ton cadavre ne sera point porté dans le sépulcre de tes peres... donc après qu’Addo, homme de Dieu eut bu et mangé, le vieux devin sangla son âne pour le ramener... et comme Addo, homme de Dieu, était en chemin, et fut rencontré par un lion, qui le tua ; son corps demeura dans le chemin ; et l’âne se tenait auprès de lui d’un côté, et le lion de l’autre 120. En ce temps Abias, fils de Jéroboam tomba malade. Et le roi de Jéroboam dit à sa femme : ma femme, déguise-toi ; change d’habit, va-t’en au village de Silo où est le prophete Hahias ; prends avec toi dix pains, un petit gâteau, un pot de miel, et va-t’en trouver le prophete ; car il te dira tout ce qui arrivera au petit enfant... or le prophete Hahias, que la vieillesse avait rendu aveugle, entendit le bruit des souliers de la reine, qui était à sa porte en Silo ; et lui dit : entre, entre, femme de Jéroboam ; pourquoi te déguises-tu ? ... ceux de la maison de Jéroboam, qui demeurent dans la ville, seront mangés par les chiens ; et ceux qui mourront à la campagne seront mangés par les oiseaux ; ... va-t’en donc, et sitôt que tu auras mis le pied dans la ville, l’enfant mourra 121. Or Juda fit aussi le mal devant le seigneur. Car ils firent aussi des autels et des statues, et des bois consacrés sur les hauts. Il y eut aussi des sodomites prostitués, et des abominations. Mais la cinquieme année du regne de Roboam, Sésac, roi d’égypte, s’empara de Jérusalem, et il enleva tous les trésors de la maison du seigneur, et les trésors du roi ; il pilla tout, jusqu’aux boucliers d’or que Salomon avait faits 122... or Asa, petit-fils de Roboam, marcha droit devant le seigneur ; il chassa les sodomites prostitués... et empêcha Maacha sa mere de sacrifier à Priape, et il brisa le simulacre honteux de Priape, et le brûla dans le torrent de Cédron. Cependant il ne détruisit pas les hauts lieux. Mais son cœur était parfait devant le seigneur 123. Abias eut guerre avec Jéroboam. Il avait quatre cents mille combattans bien choisis et très vaillants. Et Roboam avait huit cents mille combattans bien choisis aussi, et très vaillants... et il y eut cinq-cents mille hommes des plus vaillants tués dans la bataille du côté d’Israël 124... Abias, voyant donc son royaume affermi, épousa quatorze femmes, dont il eut vingt-deux fils et seize filles... Asa, fils d’Abias, fit ce qui était bon et agréable devant le seigneur. Il leva dans Juda une armée de trois-cents mille hommes portants boucliers et piques ; et dans Benjamin deux-cents quatre-vingts mille hommes portants boucliers et carquois... et Zara, roi d’éthiopie, vint l’attaquer avec un million de combattants et trois-cents chariots de guerre... et les éthiopiens furent entiérement défaits, car c’était le seigneur qui les frappait. Or Amari acheta la montagne de Samarie d’un hébreu, nommé Somer, pour deux talents d’argent ; et il bâtit la ville de Samarie du nom de ce Somer, à qui la montagne avait appartenu. Et Hiel, natif de Béthel, rebâtit la ville de Jérico 125. En ce temps-là élie le thesbite, habitant de Galaad 126, dit à Achab roi d’Israël : vive dieu ! Il ne tombera pas pendant sept ans une goutte de rosée et de pluie, si Dieu ne l’ordonne par ma bouche... le seigneur Adonaï s’adressa ensuite à élie, et lui dit : retire-toi d’ici ; va-t’en vers l’orient ; cache-toi dans le torrent de Carith ; j’ai ordonné aux corbeaux de ce pays-là de te nourrir... élie fit comme le verbe d’Adonaï lui avait dit ; il se mit dans le torrent de Carith, qui est contre le Jourdain. Les corbeaux lui apportaient le matin du pain et de la viande, et le soir encore du pain et de la viande, et il buvait de l’eau du torrent. Quelques jours après, le torrent se sécha ; car il ne pleuvait point sur la terre. Le verbe d’Adonaï se fit donc encore entendre à lui, en disant : leve-toi ; va-t’en à Sarepta, village des sidoniens, et demeure là ; car j’ai commandé à une veuve de te nourrir... élie alla aussi-tôt à Sarepta ; et quand il fut à la porte, une veuve se mit à ramasser quelques brins de bois. Il lui dit : donne-moi un peu d’eau dans un gobelet, et une bouchée de pain. La veuve répondit : vive Adonaï ton dieu ! Je n’ai point de pain, je n’ai qu’un petit pot de farine qui n’en contient qu’autant qu’il en peut tenir dans ma main, et un peu d’huile dans un petit vase ; et je viens ici ramasser deux brins de bois pour faire manger mon fils et moi ; après quoi nous mourrons. élie lui dit : cela ne fait rien ; fais comme je t’ai dit ; fais-moi cuire un petit pain sous la cendre ; apporte-le moi : tu en feras après un autre pour ton fils et pour toi 127 ; car voici ce que dit Adonaï dieu d’Israël : le pot de farine ne manquera point, et le pot d’huile ne diminuera point, jusqu’à ce qu’Adonaï fasse tomber de la pluie sur la face de la terre... la veuve s’en alla donc, et fit ce qu’élie lui avait dit. élie mangea, elle aussi, et sa maison aussi ; et la farine du pot ne manqua point ; et l’huile du petit huilier ne diminua point... or il arriva après, que l’enfant de cette veuve, mere de famille, fut si malade qu’il ne respirait plus. Cette femme dit donc à élie : homme de Dieu, es-tu venu chez moi pour faire mourir mon fils... élie lui dit : donne-moi ton fils ; et il le prit du sein de la veuve, et le porta dans la salle à manger où il demeurait. Il se mit par trois fois sur l’enfant en le mesurant ; et il cria à Adonaï : mon seigneur, fais, je te prie, que l’ame de cet enfant revienne dans ses entrailles. Et Adonaï exauça la voix d’élie ; l’ame de l’enfant revint, et il ressuscita 128. Après plusieurs jours le verbe d’Adonaï fut fait à élie, disant : va, montre-toi au roi Achab, afin que je fasse tomber la pluie sur la face de la terre. élie alla donc pour se montrer au roi Achab... or il y avait alors grande famine sur la terre 129. Achab vint aussi-tôt devant élie, et lui dit : n’es-tu pas celui qui trouble Israël ? élie lui répondit : ce n’est pas moi qui trouble Israël ; c’est toi et la maison de ton pere, quand vous avez tous abandonné Adonaï et suivi Baal... fais assembler tout le peuple sur le mont Carmel, avec tes quatre cents cinquante prophetes de Baal, et avec tes quatre cents prophetes des bocages, qui mangent de la table de ta femme Jésabel... Achab fit donc venir tous les enfans d’Israël ; et il assembla ses prophetes sur le mont Carmel... élie dit : qu’on me donne deux bœufs ; qu’ils en choisissent un pour eux, et que l’ayant coupé par morceaux ils le mettent sur le bois, sans mettre du feu par-dessous 130. Et moi, je prendrai l’autre bœuf ; je le mettrai sur du bois, sans mettre du feu par-dessous... invoquez tous le nom de vos dieux ; et moi j’invoquerai le nom du mien. Que le dieu, qui exaucera par le feu, soit dieu ! Tout le monde lui répondit : très-bonne proposition. Les prophetes d’Achab, ayant donc pris leur bœuf, invoquerent le nom de Baal jusqu’à midi, disant : Baal, exauce-nous. Et Baal ne disait mot. Ils sautaient par-dessus l’autel ; il était déja midi. Et élie se moquait d’eux en disant : criez plus fort ; car Baal est un dieu ; il parle peut-être à quelqu’un ; ou il est au cabaret, ou il voyage, ou il dort, et il faut le réveiller. Ils se mirent donc à crier encore plus ; ils se firent des incisions selon leurs rites avec des couteaux et des lancettes, jusqu’à ce qu’ils fussent couverts de sang 131. élie rétablit l’autel d’Adonaï en prenant douze pierres, et fesant une rigole tout autour, arrangea son bois, coupa son bœuf par morceaux. Il fit répandre par trois fois quatre cruches d’eau sur son holocauste et sur le bois ; et il dit : Adonaï ! Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob ! Fais voir aujourd’hui que tu es le dieu d’Israël, et que je suis ton serviteur, et que c’est par ton ordre que j’ai fait tout cela. Et en même temps le feu d’Adonaï descendit du ciel et dévora l’holocauste, le bois, les pierres, la cendre, et l’eau qui était dans les rigoles. Ce que voyant le peuple, il cria : Adonaï est dieu, Adonaï est dieu. Alors élie leur dit : prenez les prophetes de Baal ; et qu’il n’en échappe pas un seul. Et le peuple les ayant pris, élie les mena au torrent de Cison, et les y massacra tous. élie dit ensuite au roi Achab : allez, mangez et buvez ; car j’entends le bruit d’une grande pluie 132... et il tomba une grande pluie. Achab monta donc sur sa charrette... et élie s’étant ceint les reins, courut devant Achab jusqu’au village de Jésraël 133. Le roi Achab, ayant rapporté à Jésabel ce qu’élie avait fait, et comme il avait massacré ses prophetes, la reine Jésabel envoya un messager à élie, disant : les dieux m’exterminent, si demain je ne tue ton ame, comme tu as tué l’ame de mes prophetes. élie trembla de peur, et s’enfuit dans le désert ; et il se jetta par terre et s’endormit. L’ange de Dieu le toucha et lui dit : leve-toi, et mange. élie se retourna, et vit auprès de sa tête un pain cuit sous la cendre et un pot d’eau. Il mangea et but et marcha pendant quarante jours et quarante nuits jusqu’au mont Oreb, montagne de Dieu... et il se cacha dans une caverne. Le seigneur Adonaï lui dit : que fais-tu là ? Sors et va sur la montagne. Puis le seigneur passa ; et on entendit devant le seigneur un grand vent, qui déracinait les montagnes, et qui brisait les roches ; et le seigneur n’était point dans le vent. Puis, après le vent, il se fit un grand tremblement de terre ; et le seigneur n’était pas dans ce tremblement. Et après ce tremblement de terre, il s’alluma un grand feu, et Dieu n’était pas dans ce feu. Après ce feu, on entendit le sifflement d’un petit vent ; et Dieu était dans ce sifflement 134. Et Adonaï dit à élie : retourne dans le désert de Damas, et tu oindras Hazaël, pour être roi de Syrie ; et tu oindras Jéhu, fils de Namsi, pour être roi sur Israël. Tu oindras aussi le bouvier élizée, pour être prophete. Quiconque aura échappé à l’épée de Jéhu, sera tué par élisée 135. Or élie, ayant rencontré élisée qui labourait avec vingt-quatre bœufs, il mit son manteau sur lui... Benadad, roi de Syrie, ayant assemblé toute son armée, et sa cavalerie, et ses chars de guerre, et trente-deux rois avec lui, marcha contre Samarie et l’assiégea. Le roi d’Israël assembla ses prophetes au nombre de quatre cents, et leur dit : dois-je aller à la guerre en Ramoth de Galaad ? Et ils lui répondirent : marche à la guerre dans la ville de Galaad ; et le seigneur la mettra dans ta main. Le roi Josaphat, roi de Juda (l’ami et l’allié du roi d’Israël Achab) dit aussi : n’y a-t-il point quelqu’autre prophête pour prophétiser ? Achab répondit au roi Josaphat : il y en a encore un par qui nous pourrions interroger Adonaï ; mais je hais cet homme-là, parce qu’il ne prophétise jamais rien de bon ; c’est Michée, fils de Jembla 136... cependant Achab, roi d’Israël, fit venir Michée. Le roi d’Israël et le roi de Juda étaient dans l’aire d’une grange, chacun sur son trone, vêtus à la royale, près de Samarie. Et tous les prophetes prophétisaient devant eux. Le prophete Sédékias, fils de Chaahana, se mit des cornes de fer sur la tête et dit : ces cornes frapperont la Syrie jusqu’à ce qu’elle soit détruite. Tous les prophetes prophétisaient de même, et disaient aux deux rois : montez contre Ramoth en Galaad ; et le seigneur vous la livrera... mais Michée, étant interrogé, dit : j’ai vu le seigneur assis sur son trône, et toute l’armée du ciel rangée à sa droite et à sa gauche ; et le seigneur a dit : qui de vous ira tromper Achab roi d’Israël, afin qu’il marche contre Ramoth en Galaad et qu’il y périsse : et un ange autour du trône disait une chose, et un autre ange en disait une autre... alors un méchant ange s’est avancé, et se présentant devant le seigneur, il lui a dit ; c’est moi qui tromperai Achab. Et Adonaï lui a dit : comment t’y prendras-tu ? Et l’ange malin a répondu : je serai un esprit menteur dans la bouche des prophetes ; Adonaï lui a réparti : oui, tu le tromperas, et tu prévaudras ; va-t’en, et fais cela ainsi. Le reste des discours d’Achab, et de tout ce qu’il fit, et la maison d’ivoire qu’il construisit, et toutes les villes qu’il bâtit, tout cela n’est-il pas écrit dans le livre des discours et des jours des rois d’Israël ? Or il arriva qu’Ochozias roi d’Israël, étant tombé par les barreaux d’une salle à manger en Samarie, en fut très-mal. Et il dit à ses domestiques ; allez consulter Belzébub ou Belzébuth, le dieu d’Acaron, pour savoir si je pourrai en réchapper... en même temps un ange du seigneur parla à élie le thesbite, et lui dit : va-t’en aux gens du roi de Samarie, et dis-leur : est-ce qu’il n’y a pas un dieu en Israël ? Pourquoi consultez-vous un dieu en Acaron ; c’est pourquoi, voici ce que dit Adonaï : ô roi ! Tu ne releveras point de ton lit, ô roi ! Mais tu mourras de mort. Et ayant parlé ainsi, élie s’en alla. Les gens du roi retournerent donc vers lui, et lui dirent : il est venu un homme, qui nous a dit tu ne releveras point de ton lit, ô roi ! Mais tu mourras de mort 137 ; ... cet homme est très-poiloux, et il a une ceinture de cuir sur les reins. Ah ! C’est élie le thesbite, dit le roi. Et aussi-tôt il envoya un capitaine avec cinquante soldats pour prendre élie, qui était sur le haut d’une montagne. Le capitaine dit à élie : homme de Dieu, le roi t’ordonne de descendre de ta montagne. élie lui répondit ; si je suis homme de Dieu, que la foudre descende du ciel et te dévore toi et tes cinquante hommes. Et la foudre descendit du ciel et dévora les cinquante hommes et le capitaine. Le roi Ochosias envoya aussi-tôt un autre capitaine avec cinquante autres soldats. Le capitaine dit à élie : allons, allons, homme de Dieu, descends vite. élie lui répondit : si je suis homme de Dieu, que la foudre descende du ciel et te dévore toi et tes cinquante. Et la foudre descendit et dévora encore ce capitaine et cette cinquantaine 138. Les enfans des prophetes, qui étaient à Jérico, vinrent dire à élisée : ne sais-tu pas que le seigneur doit enlever aujourd’hui élie ? élisée répondit : je le sais ; n’en dites mot... et cinquante enfans des prophetes suivirent élie et élisée jusqu’au bord du Jourdain. Alors élie prit son manteau ; et l’ayant roulé, il en frappa les eaux du Jourdain, qui se diviserent en deux parts ; et élie et élisée passerent à sec. Quand ils furent passés, élie dit à élisée : demande-moi ce que tu voudras avant que je sois enlevé d’avec toi. élisée lui répondit : je te prie que ton double esprit soit fait en moi. élie lui dit : tu me demandes là une chose bien difficile ; cependant, si tu me vois quand je serai enlevé, tu l’auras ; mais si tu ne me vois point, tu ne l’auras pas 139. Et comme ils continuaient leur chemin en causant ensemble, voici qu’un char de feu et des chevaux de feu descendirent et séparerent élie et élisée ; et élie fut enlevé au ciel dans un tourbillon 140. élisée ramassa le manteau qu’élie avait laissé tomber par terre ; il prit le manteau, il en frappa les eaux du Jourdain ; mais elles ne se diviserent pas. élisée dit : eh bien, où est donc ce dieu d’élie ! Mais en frappant les eaux une seconde fois, elles se diviserent à droite et à gauche ; et élisée passa à pied sec. Or élisée monta delà à Béthel ; et comme il marchait dans le chemin, de petits enfans, étant sortis de la ville, se moquerent de lui en lui disant : monte, monte, chauve. élisée se retournant les anathématisa au nom du seigneur ; et en même temps deux ours sortirent d’un bois, et déchirerent quarante-deux enfans 141. Or le roi d’Israël, Joram, fils d’Achab, régnant dans Samarie, et le roi Josaphat régnant dans Jérusalem, et un autre roi régnant dans l’Idumée, s’étant joints ensemble contre un roi de Moab, ayant marché par le désert pendant sept jours, et n’ayant d’eau ni pour leur armée ni pour leurs bêtes ; le roi d’Israël Joram dit : hélas ! Hélas ! Le seigneur nous a ici joints trois rois ensemble, pour nous livrer dans les mains de Moab. Le roi Josaphat dit : n’y aurait-il point ici quelque prophete d’Adonaï, pour prier Adonaï ? Un des gens du roi répondit : il y a ici le bouvier élisée, fils de Saphat, lequel était valet d’élie. Et Josaphat dit : la parole du seigneur est dans lui. Alors Joram roi de Samarie, Josaphat roi de Jérusalem, et le roi d’édom, allerent trouver élisée 142. Joram roi de Samarie dit à élisée : dis-nous pourquoi le seigneur a assemblé trois rois pour les livrer aux mains du roi de Moab ? élisée lui répondit : vive Adonaï Sabaoth si je n’avais de respect 143 pour la face de Josaphat roi de Juda, je ne t’aurais pas seulement écouté ; et je n’aurais pas daigné te regarder ; mais maintenant qu’on m’amene 144 un harpeur. Et le harpeur vint chanter des chansons sur sa harpe ; et la main d’Adonaï fut sur élisée... les israélites battirent les moabites, qui s’enfuirent... le roi de Moab, ayant vu cela, prit son fils aimé qui devait régner 145 après lui, et il l’offrit en holocauste sur la muraille ; et les israélites, étant épouvantés, s’en retournerent chacun chez soi. Un certain jour élisée passait par le village de Sunam ; et il y avait une grande dame dans ce village qui lui donna du pain... cette femme dit à son mari : je vois que cet homme, qui passe souvent chez nous, est un saint homme de dieu ; fesons-lui faire une petite chambre ; mettons-y un petit lit, une table, une chaise et une lampe. Un jour donc élisée étant venu dans le village de Sunam, il alla loger dans cette chambre ; et il dit à son valet Gihézi : fais-moi venir cette sunamite ; et elle vint. élisée dit à son valet : demande-lui ce qu’elle veut que je fasse pour elle, si elle a quelque affaire, si elle veut que je parle au roi d’Israël Joram, ou au prince de sa milice ; que faut-il que je fasse pour elle ? 146. Son valet Gihézi lui répondit : est-ce que cela se demande, ne vois-tu pas que son mari est vieux, et qu’elle n’a point d’enfant. élisée la fit donc revenir, puis lui dit : tu auras 147 un enfant dans ta matrice, si à dieu plait, dans un an... cette femme eut donc un fils au bout de l’année... l’enfant mourut. La mere fit seller son ânesse, et alla trouver l’homme de Dieu sur le mont Carmel 148. Cette femme ayant fait des reproches à élisée, il dit à Gihézi son valet : mets ta ceinture, prends ton bâton et marche ; si tu rencontres quelqu’un, ne le salue point ; si on te salue, ne réponds point ; mets ton bâton sur le visage de l’enfant, pour le ressusciter. Gihézi courut donc, et mit son bâton sur le visage de l’enfant ; mais l’enfant ne branla point, et la parole et le sentiment ne lui revinrent point. Gihézi revint donc dire à son maître que l’enfant ne voulait pas ressusciter. élisée entra donc dans la maison, et trouva l’enfant, mit sa bouche sur sa bouche, ses yeux sur ses yeux, ses mains sur ses mains, et se courba sur l’enfant. Et la chair de l’enfant se réchaufa ; et élisée descendant du lit se promena dans la maison par-ci par-là ; et puis il remonta, et se courba sur lui ; et l’enfant bâilla sept fois, et ouvrit les yeux 149. élisée revint ensuite à Galgala ; il y avait une grande famine 150. Les enfans des prophetes demeuraient avec lui ; et il dit à un valet : prends une grande marmite, et fais à manger pour les enfans des prophetes. Le valet, ayant trouvé des coloquintes, les mit dans sa marmite... les prophetes, en ayant goûté, s’écrierent : homme de Dieu, la mort est dans la marmite. Oh bien donc, dit élisée, apportez-moi de la farine. Ils apporterent de la farine ; il la mit dans la marmite ; et il n’y eut plus d’amertume dans le pot. Or il vint un homme de Baal-Salisa, qui portait des prémices et vingt pains d’orge, avec du froment nouveau dans sa poche... le cuisinier lui répondit : il n’y en a pas là pour servir à cent convives. élisée dit : donne, donne cela au peuple, afin qu’il mange ; car Adonaï dit, ils mangeront et il y en aura de reste. Le cuisinier servit donc ces pains devant le peuple ; ils mangerent et il y en eut de reste, selon la parole d’Adonaï 151. Or Naaman, prince de la milice du roi de Syrie, était un homme grand et honoré chez son maître ; car c’était par lui qu’Adonaï avait sauvé la Syrie ; il était vaillant et riche, mais lépreux. Or des voleurs de Syrie ayant fait captive une fille d’Israël, cette fille était au service de la femme de Naaman. Cette fille dit à sa maîtresse : plût à dieu que monseigneur eût été vers le prophete qui est à Samarie ! Donc Naaman alla au roi son maître, et lui raconta le discours de cette fille. Le roi de Syrie lui répondit : va, j’écrirai pour toi au roi d’Israël. Il partit donc de Syrie. Il prit avec lui dix talents d’argent, six mille pieces d’or et dix robes... Naaman vint donc avec ses chariots et ses chevaux, et se tint à la porte de la maison d’élisée. Et élisée lui envoya dire : lave-toi sept fois dans le Jourdain ; et ta chair sera nette 152. Il s’en alla donc, se lava sept fois dans le Jourdain, et sa chair devint comme la chair d’un enfant... Naaman dit donc à élisée : certainement il n’y a point d’autre dieu dans toute la terre, si ce n’est le dieu d’Israël ; ... je ne ferai plus d’holocaustes à d’autres dieux ; mais je te demande de prier ton dieu pour ton serviteur ; car lorsque le roi mon maître viendra dans le temple de Rimnon pour adorer, et que je lui donnerai la main, si j’adore aussi dans le temple de Rimnon, il faut que ton dieu me le pardonne. élisée lui répondit : va t’en en paix... 153. Quelque temps après, Benadad roi d’Assyrie assembla toute son armée : il monta, et vint assiéger Samarie... or il y avait grande famine en Samarie ; et la tête d’un âne se vendait quatre-vingts écus, et un quart de boisseau de crotins de pigeons cinq écus 154. Et le roi d’Israël passant par les murailles, une femme s’écria et lui dit : ô roi monseigneur ! Sauve moi. Et le roi lui répondit : comment puis-je te sauver ? Je n’ai ni pain, ni vin ; que veux-tu me dire ? Et la femme repartit : voilà ma voisine qui m’a dit, donne-moi ton fils afin que nous le mangions aujourd’hui, et demain nous mangerons le mien ; nous avons donc fait cuire mon fils, et nous l’avons mangé ; je lui ai dit le lendemain : fesons cuire aussi ton fils afin que nous le mangions ; elle n’en veut rien faire ; elle a caché son enfant. Le roi, ayant entendu cela, déchira ses vêtemens, et passa vite la muraille. Il dit : que Dieu m’extermine si la tête d’élisée, fils de Saphat, demeure aujourd’hui sur ses épaules, car c’est lui qui nous a envoyé la famine 155. Or élisée était assis dans sa maison. Des vieillards étaient avec lui. Le roi envoya donc vers lui un homme. Mais élisée dit à ses amis : prenez garde ; quand cet homme viendra pour me couper le cou, fermez bien la porte... comme il disait cela, le bourreau arriva et lui dit : voilà un grand mal ; que pourrons nous attendre du seigneur ? élisée lui répondit : écoute la parole du seigneur ; car voici ce que dit le seigneur. Demain à cette même heure le sac de farine se vendra trente-deux sous, et deux sacs d’orge se donneront pour trente-deux sous. Or pendant ce temps-là le seigneur fit entendre un grand bruit de chariots, de chevaux, et d’une grande armée dans le camp des syriens ; et tous les syriens s’enfuirent pendant la nuit, abandonnant leurs tentes, leurs chevaux, leurs ânes, et ne songeant qu’à sauver leur vie... tout le peuple aussitôt sortit 156 de Samarie et pilla le camp des syriens : et le sac de farine fut vendu trente-deux sous, et deux sacs d’orge trente-deux sous, selon la parole d’Adonaï... or élisée parla à la femme dont il avait ressuscité l’enfant, et lui dit : va t’en toi et ta famille où tu pourras ; car Adonaï a appellé la famine ; elle sera sur la terre pendant sept ans... pour élisée, il s’en alla à Damas. Benadad roi de Syrie était alors malade ; ses gens vinrent en hâte lui dire : voici l’homme de Dieu. Surquoi le roi dit à Hazaël : qu’on aille vite au-devant de l’homme de Dieu avec des présents ; qu’on le consulte si je pourrai relever de ma maladie... Hazaël alla donc vers élisée avec quarante chameaux chargés de présents ; et quand il fut devant élisée, il lui dit : ton fils le roi de Syrie m’a envoyé à toi avec ces présents, disant : pourrai-je guérir de ma maladie ? 157. élisée lui dit : va t’en, dis-lui qu’il guérira ; cependant le seigneur m’a dit qu’il mourra. Et l’homme de Dieu disant cela se mit à pleurer. Hazaël lui dit : pourquoi monseigneur pleure-t-il ? élisée dit : c’est que je sais que tu feras grand mal aux fils d’Israël ; tu brûleras leurs villes, tu tueras avec le glaive les jeunes gens, tu fendras le ventre aux femmes grosses... Hazaël lui dit : comment veux-tu que je fasse de si grandes choses, moi qui ne suis qu’un chien ? élisée répondit : c’est qu’Adonaï m’a révélé que tu seras roi de Syrie... le lendemain Hazaël, ayant quitté élisée, vint retrouver Benadad son maître qui lui dit : eh bien, que t’a dit élisée ? Il répondit : ô roi ! Il m’a dit que tu guériras. Alors il prit une peau de chevre mouillée, la mit sur le visage du roi, et l’étouffa. Le roi mourut, et Hazaël régna à sa place 158. En ce temps-là le prophete élisée appella un des enfans des prophetes, et lui dit : prends une petite bouteille d’huile, et va-t’en à Ramoth de Galaad ; quand tu seras là, tu verras Jéhu fils de Josaphat, fils de Namsi, et tu lui répandras en secret ta bouteille sur la tête, en lui disant : voici comme parle Adonaï, je t’oins roi d’Israël. Aussitôt tu ouvriras la porte et tu t’enfuiras... le jeune prophete alla donc en Ramoth de Galaad... et versa sa bouteille d’huile sur la tête de Jéhu, lui disant : je t’ai oint roi sur le peuple d’Israël de la part du seigneur, à condition que tu vengeras le sang des prophetes, etc... or Jéhu frappa le roi Joram son maître d’une fleche entre les épaules, qui lui perça le cœur ; et il tomba mort de son chariot. Ochozias roi de Juda, son ami, qui était venu le voir, s’enfuit par le jardin. Jéhu le poursuivit, et dit : qu’on le tue aussi celui-là ; et il fut tué... ... et Jéhu leva la tête vers une fenêtre, où était Jézabel veuve du roi d’Israël Achab... et il dit : qu’on la jette par la fenêtre. Et on la jetta par la fenêtre ; et la muraille fut mouillée de son sang... or Achab avait eu soixante et dix fils dans Samarie. Et Jéhu écrivit aux chefs de Samarie, et leur manda : coupez les têtes des fils de votre roi, et venez nous les apporter demain dans Israël... dès que les premiers de la ville de Samarie eurent reçu ces lettres du roi Jéhu, ils prirent les soixante et dix fils du roi Achab, leur couperent le cou, et mirent leurs têtes dans des corbeilles... Jéhu fit mourir ensuite tout ce qui restait de la maison d’Achab, tous ses amis, tous ses officiers, tous les prêtres ; desorte qu’il ne resta plus personne. Après cela il vint à Samarie ; il rencontra les freres d’Ochosias roi de Juda ; il leur demanda : qui êtes-vous ? Ils lui répondirent : nous sommes quarante-deux freres d’Ochosias roi de Juda. Et Jéhu dit à ses gens : eh bien, qu’on les prenne tout vifs. Et les ayant pris vifs, il fit égorger tous les quarante-deux dans une citerne ; et il n’en resta rien... Athalie, mere d’Ochozias, voyant son fils mort, et les quarante-deux freres d’Ochozias morts, fit tuer tous les princes du sang royal ; mais Josabeth, sœur d’Ochozias, cacha le petit Joas fils d’Ochozias... et sept ans après, Joiadad grand-prêtre fit tuer par le glaive Athalie 159. La vingt-troisieme année de Joas fils d’Ochozias roi de Juda, la fureur du seigneur s’alluma contre Israël ; et il les livra entre les mains d’Hazaël roi de Syrie... et élisée étant tombé malade, un autre Joas roi d’Israël vint le voir. élisée dit au roi Joas : apporte-moi des fleches. Puis il dit : ouvre la fenêtre à l’orient ; jette une fleche par la fenêtre ; ... frappe la terre avec tes fleches... le roi Joas ne frappa la terre que trois fois. L’homme de Dieu se mit en colere contre le roi Joas, et lui dit : si tu avais frappé la terre cinq fois, six fois, ou sept fois, tu aurais exterminé la Syrie ; mais puisque tu n’as frappé la terre que trois fois, tu ne battras les syriens que trois fois... puis élisée mourut ; et il fut enterré 160. Or il arriva que des gens qui portaient un corps mort en terre apperçurent des voleurs ; et en s’enfuyant ils jetterent le corps mort dans le sépulcre d’élisée... dès que le corps mort toucha le corps d’élisée, il ressuscita sur le champ et se dressa sur ses pieds... 161. Pendant le regne de Phacée roi d’Israël, Teglatphalassar roi des assyriens vint en Israël, il prit toute la Galilée et le pays de Nephtali, et en transporta tous les habitants en Assyrie... 162. Salmanasar roi des assyriens marche contre Ozée fils d’éla, qui régnait sur Israël à Samarie. Et Ozée fut asservi à Salmanasar, et lui paya tribut 163. Mais Ozée ayant voulu se révolter contre lui, il fut pris et mis en prison chargé de chaînes... Salmanasar dévasta tout le pays ; et étant venu à Samarie, il l’assiégea pendant trois ans ; et la neuvieme année d’Ozée Salmanazar prit Samarie, et transporta tous les israélites au pays des assyriens dans Ola, dans Habor, dans les villes des medes, vers le fleuve Gozan... et cela arriva, parce que les enfants d’Israël avaient péché contre leur dieu Adonaï 164. Or le roi d’Assyrie fit venir des habitants de Babylone, de Kutha, d’Ava, d’émath, de Sépharvaïm, et les établit dans les villes de la Samarie à la place des enfants d’Israël... quand ils y furent établis, ils ne craignirent point Adonaï ; mais Adonaï leur envoya des lions, qui les égorgeaient 165. Cela fut rapporté au roi des assyriens, auquel on dit : les peuples que tu as transportés dans la Samarie, et auxquels tu as commandé de demeurer dans ses villes, ignorent la maniere dont le dieu de ce pays-là veut être adoré ; et ce dieu leur a détaché des lions ; et voilà que ces lions les tuent, parce qu’ils ignorent la religion du dieu du pays. Alors le roi des assyriens donna cet ordre, disant : qu’on envoie en Samarie l’un des prêtres captifs ; qu’il retourne, et qu’il apprenne aux habitants le culte du dieu du pays... 166. Ainsi un des prêtres captifs de Samarie, y étant revenu, leur apprit la maniere dont ils devaient adorer Adonaï... 167. Ainsi chacun de ces peuples se forgea son dieu ; et ils mirent leurs dieux dans leurs temples, et dans les hauts lieux. Chaque peuplade mit le sien dans les villes où elle habitait. Les babyloniens firent leur soccoth Bénoth, les cuthéens leur Nergel, les émathiens leur Asima, les hévéens leur Nébahas et Terthah, pour ceux de Sépharvaïm ils brûlerent leurs enfants en l’honneur d’Adramélec et d’Anamélec. Or tous ces peuples adoraient Adonaï, et ils prirent les derniers venus pour prêtres des hauts lieux... et comme ils adoraient Adonaï, ils servaient aussi leurs dieux, selon la coutume des nations transplantées en Samarie... 168. La quatorzieme année du roi ézéchias roi de Juda, Sennachérib roi des assyriens vint attaquer toutes les villes fortifiées de Juda, et les prit... alors ézéchias envoya des messagers au roi des assyriens disant : j’ai péché envers toi ; retire-toi de moi ; je porterai tous les fardeaux que tu m’imposeras. Le roi d’Assyrie lui ordonna donc de payer trente talents d’argent, et trente talents d’or... ézéchias donna tout l’argent qui était dans la maison d’Adonaï et dans les trésors du roi... or les serviteurs du roi ézéchias allerent trouver Isaïe le prophete ; et Isaïe leur dit : dites à votre maître, voici ce que dit Adonaï : ne crains point les paroles blasphématoires des officiers du roi d’Assyrie ; car je vais lui envoyer un certain esprit, un certain soufle ; et il apprendra une nouv