La Chauve-souris
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- Oui, je te reconnais, je t'ai vu dans mes songes,
- Triste oiseau ! mais sur moi vainement tu prolonges
- Les cercles inégaux de ton vol ténébreux ;
- Des spectres réveillés porte ailleurs les messages ;
- Va, pour craindre tes noirs présages,
- Je ne suis point coupable et ne suis point heureux.
- Attends qu'enfin la vierge, à mon sort asservie,
- Que le ciel comme un ange envoya dans ma vie,
- De ma longue espérance ait couronné l'orgueil ;
- Alors tu reviendras, troublant la douce fête,
- Joyeuse, déployer tes ailes sur ma tête,
- Ainsi que deux voiles de deuil.
- Sœur du hibou funèbre et de l'orfraie avide,
- Mêlant le houx lugubre au nénuphar livide,
- Les filles de Satan t'invoquent sans remords ;
- Fuis l'abri qui me cache et l'air que je respire ;
- De ton ongle hideux ne touche pas ma lyre,
- De peur de réveiller des morts !
- La nuit, quand les démons dansent sous le ciel sombre,
- Tu suis le chœur magique en tournoyant dans l'ombre.
- L'hymne infernal t'invite au conseil malfaisant.
- Fuis ! car un doux parfum sort de ces fleurs nouvelles ;
- Fuis, il faut à tes mornes ailes
- L'air du tombeau natal et la vapeur du sang.
- Qui t'amène vers moi ? Viens-tu de ces collines
- Où la lune s'enfuit sur de blanches ruines ?
- Son front est, comme toi, sombre dans sa pâleur.
- Tes yeux dans leur route incertaine
- Ont donc suivi les feux de ma lampe lointaine ?
- Attiré par la gloire, ainsi vient le malheur ?
- Sors-tu de quelque tour qu'habite le Vertige,
- Nain bizarre et cruel, qui sur les monts voltige,
- Prête aux feux du marais leur errante rougeur,
- Rit dans l'air, des grands pins courbe en criant les cimes,
- Et chaque soir, rôdant sur le bord des abîmes,
- Jette aux vautours du gouffre un pâle voyageur ?
- En vain autour de moi ton vol qui se promène
- Sème une odeur de tombe et de poussière humaine ;
- Ton aspect m'importune et ne peut m'effrayer.
- Fuis donc, fuis, ou demain je livre aux yeux profanes
- Ton corps sombre et velu, tes ailes diaphanes,
- Dont le pâtre conteur orne son noir foyer.
- Des enfants se joueront de ta dent furieuse ;
- Une vierge viendra, tremblante et curieuse
- De son rire craintif t'effrayer à grand bruit ;
- Et le jour te verra, dans le ciel exilée,
- A mille oiseaux joyeux mêlée,
- D'un vol aveugle et lourd chercher en vain la nuit !