La Conque (Revue)

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La Conque (Revue)
La Conque, 1891-1892 (pp. 1-145).


La Conqve




Où je souffle un appel à quelque dieu qui passe…

H. de R.




MDCCCXCI

1er Mars


La Conque


Le Numéro DIX Francs — Abonnements CENT Francs

La CONQUE n’aura que douze numéros tirés chacun à cent exemplaires numérotés sur papier de luxe. Elle ne sera jamais ni continuée ni réimprimée.

COLLABORATEURS MM. Michel Arxauld, Henry Bérenger, Léon BluM, Edmond Fazy, André GIDE, Eugène Hollande, Claude MOREAU, Maurice QUILLOT, Paul VALÉRY, Pierre Louys.

Désormais chaque numéro de LA CONQUE sera précédé d’un frontispice en vers, inédit, signé d’un des poètes les glus justement admirés de ce temps. MM. Léon DIEZ José Maria DE HÊRÉDIA Maurice MAETERLINCK Stéphane MALLARMÉ, Jean MORÉAS, Henri de RÉGNIER, Paul VERLAINE, Frantis VIELÉ-GSIFFIN ont bien voulu accepter d’inaugurer ainsi chaque livraison de la jeune revue.

Programme du 1er Mars

Narcisse parle Paul VALÉRY.

L’Indifférent Michel ARNAULD.

L’Ascension Edmond PAZY.

Sonnet Léon BLUM.

Nuit d’Idumée André GIDE.

Tristesse Eugène HOLLANDE.

Le Soir au Luxembourg Henry BÉRENGER.

La Nuit sur l’Idole P. L.

Envoyer les manuscrits et les abonnements à M. Pierre LOUYS, 49, rue Vineuse.


La Conque




NARCISSE PARLE


Narcissæ placandis manibus


O frères, tristes lys, je languis de beauté
Pour m’être désiré dans votre nudité
Et, vers vous, Nymphes ! nymphes, nymphes des fontaines
Je viens au pur silence offrir mes larmes vaines
Car les hymnes du soleil s’en vont !…
Car les hymnes du soleil s’en vont !… C’est le soir.
J’entends les herbes d’or grandir dans l’ombre sainte
Et la lune perfide élève son miroir
Si la fontaine claire est par la nuit éteinte !
Ainsi, dans ces roseaux harmonieux, jeté
Je languis, ô saphir, par ma triste beauté,
Saphir antique et fontaine magicienne
Où j’oubliai le rire de l’heure ancienne !
Que je déplore ton éclat fatal et pur,
Source funeste à mes larmes prédestinée,
Où puisèrent mes yeux dans un mortel azur
Mon image de fleurs humides couronnée…
Hélas ! l’Image est douce et les pleurs éternels !…
A travers ces bois bleus et ces lys fraternels
Une lumière ondule encor, pâle améthyste
Assez pour deviner là-bas le Fiancé
Dans ton miroir dont m’attire la lueur triste,
Pâle améthyste ! ô miroir du songe insensé !
Voici dans l’eau ma chair de lune et de rosée
Dont bleuit la fontaine ironique et rusée ;
Voici mes bras d’argent dont les gestes sont purs…
Mes lentes mains dans l’or adorable se lassent
D’appeler ce captif que les feuilles enlacent,
Et je clame aux échos le nom des dieux obscurs !
Adieu ! reflet perdu sous l’onde calme et close,
Narcisse, l’heure ultime est an tendre parfum
Au cœur suave. Effeuille aux mânes du défunt

Sur ce glauque tombeau la funérale rose.

Sois, ma lèvre, la rose effeuillant son baiser
Pour que le spectre donne en son rêve apaisé,
Car la Nuit parle à demi-voix seule et lointaine
Aux calices pleins d’ombre pâle et si légers,
Mais la lune s’amuse aux myrtes allongés.

Je t’adore, sous ces myrtes, ô l’incertaine !
Chair pour la solitude éclose tristement
Qui se mire dans le miroir au bois dormant,
O chair d’adolescent et de princesse douce !
L’heure menteuse est noble au rêve sur la mousse
Et la délice obscure emplit le bois profond.
Adieu ! Narcisse, encor ! Voici le Crépuscule.
La flûte sur l’azur enseveli module
Des regrets de troupeaux sonores qui s’en vont !…
Sur la lèvre de gemme en l’eau morte, ô pieuse
Beauté pareille au soir, Beauté silencieuse,
Tiens ce baiser nocturne et tendrement fatal,
Caresse dont l’espoir ondule ce crystal !

Emporte la dans l’ombre, ô ma chair exilée
Et puis, verse pour la lune, flûte isolée,

Verse des pleurs lointains en des urnes d’argent.


(Fragment)
Paul Valéry.




L’INDIFFÉRENT



Au fronton, dénué des masques et d’emblèmes,
Sans lierre ni roses, sans éveil d’oiseau
Ni froisement de plis soyeux, les pierres blêmes
S’ouvraient, comme un regard aveugle sur les eaux.

Le vent n’y berçait qu’un subtil souffle d’énigme.
— Nuls rayons transparus sous la porte, les nuits ;
Nuls bruits, ne dénonçaient la présence anonyme
D’un maître venu là songer d’anciens ennuis.

Il émanait du marbre une pourpre vivante,
Pour l’adieu du soleil sombrant vers le cap noir ;
— Mais quel amour secret du gloire ou d’épouvante
Vibrait, dans cette lutte avec es feux du soir !…


Des pâtres, qui chantaient les pâles indolences,
Ont frissonné d’horreur aux premières étoiles
Les marchands accourus pour étaler des toiles,
En fuyant, ont brisé leurs poids et leurs balances

Et les chefs, qui trainaient le bronze de leur glaive
Dans l’ombre droite et sereine des chapitaux.
Ont frémi, tant la dalle éprise d’un vieux rêve
Dormait, indifférente à tous grossiers échos.



Or, pareil aux camps sans rois, aux temples sans cultes, t
Aux tours vierges, comme le marbre inhabité,
Blancs degrés, dôme clair au dessus des insultes,
Siégeait inaltérabla en sa viduité,

La rage a sonné l’alarme De la Cité
Belliqueuse et des bois, guerriers au geste brusque
Doux pasteurs, au parler mystérieux,
Peseurs d’or, plèbe prompte à ses Dieux,

Pélerins méconnus que le silence offusque,
Gravirent furieux la crête du rocher.
Leur main rude, arrachant la ronce et la lambrusque,
joignit l’yeuse au frêne en tragique bûcher :

Et voila, quand l’Azur palpitait surla flamme,
Que, las de secouer les torches, oublieux
D’épier, dans l’éclair bleu, la fuite de l’Ame,
Devant le meurtre inepte ils ont fermé les yeux



Un informe débris fume sous !a bruine,
Où se dressait le trône et le plafond du cèdre.
Le crépuscule pleure et chuchotte aux ruines
Le mystère défunt dont la Mort tient la clé

Car la haine, qui veut son œuvre sans remède
S’acharne vainement aux dalles de l’exhèdre
Nul regard^ en fouillant l’autel enviolé,

Sous le frémissement de la cendre encor tiède
Ne voit saigner le cœur d’un Phénix envolé.


Michel Derosne.

L’ASCENSION



La nuit tombe, Jésus a disparu, ravi
Dans une gloire d’or vers une autre demeure :
L’âme du monde en deuil se désespère et pleure
Le départ du rêveur que son rêve a suivi ;

Madeleine à genoux sanglote un peccavi
Suprême et songe au vain délice enfui de l’heure
Où l’Amant-Dieu charmé baisait comme on effleure
Ce front plus pur que ceux des vierges de Lévi ;

Et le Disciple élu, Jean, les yeux levés, semble
Dire à son Maître absent quelque chose en secret :
« Te ressouviendras-tu que nous fûmes ensemble ? »

Puis il s’afflige ; hélas, l’Homme de Nazareth
N’est plus, et le ciel voile en son lointain mystère
Le Dieu par qui toujours sera triste la terre.


Edmond Fazy.




SONNET



La nuit l’eau calme des bassins
Au reflet des lumières vagues
Forme d’imaginaires vagues
Et de fantastiques dessins.

Ce sont de bizarres coussins
Brodés de colliers et de bagues
Des chevaliers dressant leurs dagues
Des fleurs larges comme des seins…

… Des formes chétives et frêles
De femmes et de sauterelles
D’oiseaux clairs et de papillons

Dansent aussi sur l’eau tranquille
Dont l’éclair fuyant des rayons
Respecte le rêve immobile.


Léon Blum.

NUIT D’IDUMÉE



Lazur s’est attristé. Je crois que des nuées
Passent sur les clartés d’astres, exténuées.
Un hymne a brisé l’extase mystérieuse
La brume vêt une forme mystérieuse.
« Soudaine opacité de mon rêve immobile,
Bénie ! ô Vision — si mon âme nubile
Eut ignoré le deuil de tes enchantements
Triste spectre ! et l’ennui — tous les ennuis dormans
Que tu faisais lever à ton premier paraître.
Déjà lorsque j’étais penché vers ma fenêtre
Deux fois, je me souviens tu t’es penché vers moi
Et, tant ton voile était plein d’étoiles — pourquoi ?
Déjà deux fois, vers toi, mes mains se sont tendues
Sans toucher que l’Ennui des vides étendues.
— Un peu de brume qui s’accroche aux doigts, rosée,
Pan de robe déchiqueté, morte corolle,
S’évapore parmi l’espérance brisée —
Parfum dont le regret exhalé se désole.
Mes désirs vers tes yeux ne vont plus te proscrire
Je sais trop le néant que recèle ton voile
Ton pâle regard n’est malgré tout son sourire
Qu’un trou dans le brouillard ou brûle un jour d’étoile :
Mes bras levés vers tes cheveux mystérieux
S’enfonceraient en vain dans tes profonds orbites,
Sans t’atteindre, astre clair, jour lointain de tes yeux.
Au souffle suppliant que ma lèvre suscite
Vers ta bouche nocturne et ton baiser obscur
S’éparpille ton voile, et la brûme envolée
Devant l’éveil du rêve a montré, désolée,
Le solitaire Ennui de l’éternel Azur.
Ah ! cesse de pencher tes sourires, ah ! cesse
De sourire, — j’ai peur de frôler ta caresse
Et que mon cœur se pâme ; ah ! cesse de pencher
Vers mon front tes cheveux où l’azur étranger
D’un ciel de rêve a répandu son bleu vertige,
Car tes cheveux fuiront parmi l’azur en pleur,
Rosée ! et quand le ciel pâlira, triste fleur
Tu faneras dessus ta chancelante tige
Eparpillant dans l’air un sanglottant vertige
— Et je me retrouverai tout seul —


Il continue de se désoler quelque temps
Un peu de jour paraît aux vitres des croisées
Le brouillard se disperse et s’éplore en rosées.


Sur l’azur pâlissant déjà la nuit s’achève
Et se fanent les fleurs chimériques du rêve
En mes doigts désolés d’une si vide étreinte
Tige flétrie et corolle d’aurore atteinte

Deuil blanc de l’aube après le sourire des nuits
Qui s’éplore, brume égarée au vent ; et puis
Le soleil qui va me retrouver les mains jointes.


L’ange est parti maintenant il regrette
Puis se redresse à l’orgueil d’une feinte victoire.


Je sais bien que la nuit en eût été plus belle
Plus bleue aussi la clarté céleste et plus telle
Que mon rêve déçu l’objectait vaguement
Pour occuper mon âme inquiète au moment
D’être seule et tremblant de son inquiétude.
C’est fini. Reprenez votre grave attitude
Yeux éteints et bras retombés pour relier
Les mains prises encore au geste de prière,
Et… va-t-en, fleur menteuse ! évade-toi, chimère !
Je suis seul ! Je suis seul ! Et je m’en vais prier.


André Gide.




TRISTESSE



Espérance, va t’en ! fuis, vain nuage rose
Qui crèves dès qu’un vent dans le ciel a passé.
Arrière ! ô souvenirs, mon âme vous est close :
A quoi bon m’attendrir sur un rêve effacé ?

Vierge pâle aux yeux d’or en ma tristesse éclose,
Ouvre tes bras d’ivoire à ton amant lassé.
Que sur mon front brûlant ta main froide se pose
Et dormons sur des fleurs dans l’oubli du passé.

Viens ! dans un marbre dur j’ai creusé notre couche.
Lorsque j’aurai rivé mes lèvres à ta bouche
O Mort ! nul ne pourra troubler notre sommeil.

Vierge pâle aux yeux d’or, maîtresse caressée,
Viens me donner enfin le repos sans réveil :
La place est toute à toi, j’ai tué ma pensée !


Eugène Hollande.

LE SOIR AU LUXEMBOURG



Par tous les souvenirs dont l’ont peuplé nos âmes,
Et par tous ceux dont il fait vibrer notre chair,
§ Souvenirs de pensée ou souvenirs de femmes,
Le Luxembourg nous est un confident très cher.

Sur les grands marronniers de l’Ouest le soir repose,
Océan de lueurs plutôt que de couleurs
Où, parmi des courants bleus traversés de rose
Vénus nage au-dessus des arbres et des fleurs.

Dans ce décor savant de la rare culture
Où l’art italien des maîtres a passé,
La grise architecture et la blanche sculpture
Evoquent ta noblesse et ta grâce, ô passé.

La noblesse des rois et la grâce des reines
Au temps des beaux palais et des marbres anciens,
Images que pour nous ont faites plus sereines
La Mémoire et le Soir, ces deux magiciens !

Un clair-obscur élyséen idéalise
Le paysage pur aux muets horizons
Et fond en un accord parfait de clarté grise
Les urnes pâles, l’eau glauque, les bleus gazons.

Symbole d’une vie au-dessus de la vie,
Mirage vespéral aux fluides appâts,
Impression trop rare et partout poursuivie
D’un univers qui pouvait être, et qui n’est pas !

Accueillons-en du moins l’image en nos Génies
Qu’en notre âme semblable à cc calme jardin,
La nature et les arts mêlent leurs harmonies,
Comme en un bois sacré loin du fracas mondain

Qu’un peuple délicat de femmes y circule
Dont les yeux nous soit bons, dont les cœurs nous soient doux.
Surtout réalisons comme ce crépuscule
L’accord, même illusoire, entre la vie et nous !


Henry Bérenger.

Août 1890.

LA VIERGE


La Nuit sur l’Idole



C’est l’argent bleu qui luit sur les lacs
Dans le crépuscule de la lune.
C’est l’encens rare et l’irréel nard
Saphir et lapis d’eau et de brume
C’est le geste des chevaliers noirs
Au vol des blancheurs que l’ombre azure
Naussaiït en corps les tremblants hanaps
C’est l’air inconnu, l’été nocturne,
Et la clarté du ciel sidéral.

Du haut du chœur les grands rayons pâles
Tombent allongés au pied des murs
La nuit limpide aux lueurs bleuâtres
Pure comme une aube au nois d’élul
Glisse et descend du haut des vitrages
Tandis qu’au dehors les Acturus
Font la nuit claire et les brises calmes
Tout au haut des nefs, dans l’air du sud
Les vitraux peints filtrent les étoiles

Tu scintilles. Tes yeux sont très purs,
Etoile qui vis et tes mains chastes
Sus-je autrefois quel éternel flux
Vague avec lenteur en tes cils graves ?
jusqu’à tes pieds, de hauts plis obscurs
Plongent agrandis dans l’ombre large
Et le Psalmiste, un doigt sur le luth
Epie en extase au ras desdalles
L’astrnl rayon de tes longs yeux nus

De tes yeux nus où la nuit diffuse
Eclaircit un peu d’air vespéral
Où vaguement s’exalte et fulgure
Un reste de gloire et d’or lilas
Quand leurs feux seuls du noir se divulguent
Chaumes lum’neux aux nuls regard*
Vers qui si calme, encor qu’éperdue,
Dans un fiisson lent monte ma fui
0 Constellée aux yeux tatiiujues

P. L.



Le Directeur Pierre Louys. Annonay, Itnp, J. Royeiî.

KK PRÉPARATION

Paul Valéry Carmen mysticum.

MtMtt ice <~uiUot. Sorrates &

Claude Jtlorcau Emaux sur Or & sur Argent. -lOugène Hollande Beauté.

André Gide. De la Prose.

ICrimoml S azj Aniigonè.

Léon Kluiu ̃ • Des Yeux.

Henry Mcrcnger Poësies.

Michel Irnanlil Les Adorantes.

P. L La Vierge.

La Conqve




Où je souffle un appel à quelque dieu qui passe…

H. de R.




MDCCCXCI

Première Livraison.
15 Mars


La Conque


LE NUMÉRO DIX FRANCS ABONNEMENTS: CENT FRANCS

LA CONQUE, anthologie des plus jeunes poëtes, n’aura que douze livraisons, tirées chacune à cent exemplaires numérotés sur papier de luxe.

Japon b° Épmph

Elle ne sera jamais ni continuée ni réimprimée.

Chaque livraison de LA CONQUE -sera précédée d’un. FRONTISPICE en vers, inédit, signé d’un ces poêles les plus justement admises de ce temps. Après M. LECONTE DE LISLE, dont nous publions aujourd’hui le po’Jiue, MM. Léon DIERX, José Maria DE HÉRÉDIA Maurice MAETERLINCK Stéphane MALLARMÉ, Jean MORÉAS, Charles MORICE, Henri de RÉGNIER, Paul VERLAINE, Francis VIELÉ-GRIFFIN ont bien voulu accepter d’inaugurer aussi la jeune revue.

PROGRAMME DU 15 MARS

Soleils ! Poussière d’or… LECONTE DE LISLE.

L’indiffèrent MICHEL ARNAULD.

Narcisse parle PAUL VALÉRY.

Tristesse EUGÈNE HOLLANDE.

Le Soir au Luxembourg HENRY BÉRENGER.

L’Ascension EDMOND PAZY.

Sonnet LÉON BLUM.

La Nuit sur l’idole P. L.

Envoyer les manuscrits et les abonnements à M. Pierre LOUYS, 49, rue Vineuse.

Supplément à La Conque du 1 mars.




La Conque paraîtra en douze livraisons, du 15 mars au 1er septembre 1891.

Chacune de ses livraisons sera précédée d’un frontispice en vers. Nous publions aujourd’hui

Soleils ! poussières d’or, de M. Leconte de Lisle,

Paraîtront ensuite :

L’Odeur sacrée, de M. Léon Dierx.
Un nouvel Eventail, de M. Stéphane Mallarmé.
Deux Sonnets, de M. José Maria de Hérédia.
Le Mois de Marie, de M. Paul Verlaine.
etc., etc.

Toutes ces pièces sont entièrement inédites.


La Conque





SOLEILS ! POUSSIÈRE D’OR…




Soleils ! Poussière d’or éparse aux nuits sublimes
Où l’esprit éperdu s’envole et plonge en vain !
Vous épanchez sur nous, du fond des bleus abîmes,
La bienheureuse paix du silence divin,
Soleils ! Poussière d’or éparse aux nuits sublimes !

Mais qui sait, ô splendeurs, ravissement des yeux,
Qui déroulez sans fin vos spirales sacrées
Dans l’infini désir d’un but mystérieux,
Qui sait si, loin de nous, des voix désespérées,
De plus amers sanglots ne troublent pas vos cieux ?

Enfers ou Paradis des espaces sublimes,
Tels que nous qui passons, ombres d’un songe vain,
L’inévitable Mort, d’abîmes en abîmes,
Vous entraîne à jamais vers le Néant divin,
Enfers où Paradis des espaces sublimes !


Ivres et haletants, portés de ciel en ciel
Par l’aveugle et fougueux torrent des Destinées,
Pourquoi jaillissez-vous du Vide originel ?
Que sont des milliards de milliards d’années,
Quand vient l’heure où tout rentre au repos éternel ?

Soleils, Mondes, Amour, illusions sublimes,
Désirs, splendeurs ! si tout est éphémère et vain
Dans nos cœurs aussi bien qu’en vos profonds abîmes,
Votre instant est sacré, votre rêve est divin,
Soleils, Mondes, Amour, illusions sublimes !

Croulez donc dans la nuit du Gouffre illimité,
Mondes ! Vivants soleils, éteignez donc vos flammes !
Et toi, qui fais un Dieu de l’homme, ô volupté,
Amour ! Tu peux mourir, ô lumière des âmes,
Car ton rapide éclair contient l’éternité.


LECONTE DE LISLE.




L’INDIFFÉRENT



Au fronton, dénué des masques et d’emblèmes,
Sans lierre ni roses, sans éveil d’oiseaux
Ni froissement de plis soyeux, les pierres blêmes
S’ouvraient, comme un regard aveugle sur les eaux.

Le vent n’y berçait qu’un subtil souffle d’énigme.
— Nuls rayons transparus sous la porte, les nuits ;
Nuls bruits, ne dénonçaient la présence anonyme
D’un maître venu là songer d’anciens ennuis.

Il émanait du marbre une pourpre vivante,
Pour l’adieu du soleil sombrant vers le cap noir ;
— Mais quel amour secret du gloire ou d’épouvante
Vibrait, dans cette lutte avec es feux du soir !…


Des pâtres, qui chantaient les pâles indolences,
Ont frissonné d’horreur aux premières étoiles
Les marchands accourus pour étaler des toiles,
En fuyant, ont brisé leurs poids et leurs balances ;

Et les chefs, qui trainaient le bronze de leur glaive
Dans l’ombre droite et sereine des chapiteaux,
Ont frémi, tant la dalle éprise d’un vieux rêve
Dormait, indifférente à tous grossiers échos…



Or, pareil aux camps sans rois, aux temples sans cuites1,
Aux tours vierges, comme le marbre inhabité,
Blancs degrés, dôme clair au dessus des insultes,
Siégeait inaltérable en sa viduité,

La rage a sonné l’alarme De la Cité
Belliqueuse et des bois, guerriers au geste brusque
Doux pasteurs, prêtres au parler mystérieux,
Peseurs d’or, plèbe prompte à secourir ses Dieux,

Pèlerins méconnus que le silence offusque,
Gravirent furieux la crête du rocher.
Leur main rude, arrachant la roncè et ia îambrUsquè,
Joignit l’yeuse au frêne en tragique bûcher :

Et voilà, quand l’Azur palpitait sur la flamme,
Que; las de secouer les torches, oublieux
D’épier, dans l’éclair bleu, la fuite de l’Ame,
Devant te meurtre inepte ils ont fermé les yeux !…



Un informe débris fume sous la bruine,
Où se dressait le trône et le plafond du cèdre.
Le crépuscule pleure et chuchotte aux ruines
Le mystère défunt dont la Mort tient la clé :

Car la haine, qui veut son œuvre sans remôdè
S’acharne vainement aux dalles de l’exhèdre
Nul regard, en fouillant ruitel inviolé,

Sous le frémissement de la cendre encor tiède
Ne voit SalgnCr le ccâur d’un Phénix envolé…


MICHEL ARNAULD.

NARCISSE PARLE

Narcisse placandis ma.vibus

̃ frères, tristes lys, je languis de beauté

I Pour m’être désiré dans votre nudité

I Et, vers vous. Nymphes nymphes, nymphes des fontaines

Je viens au pur silence offrir mes larmes vaines Car les hymnes du soleil s’en vont

C’est le soir.

J’entends les herbes d’or grandir dans l’ombre sainte Et Ja lune perfide élève son miroir

Si la fontaine claire est par la nuit éteinte

Ainsi, dans ces roseaux harmonieux, jeté

Je languis, ô saphir, par ma triste beauté,

Saphir antique et fontaine magicienne

Où j’oubliai le rire de J’heure ancienne

Que je déplore ton éclat fatal et pur,

Source funeste à mes larmes prédestinée,

Où puisèrent mes yeux dans un mortel azur

Mon image de fleurs humides couronnée.

Héias l’image est douce et les pleurs étemels A travers ces bois bleus et ces lys fraternels

Une lumière ondule encor, pâle améthyste

Assez pour deviner là-bas le Fiancé

Dans ton miroir dont m’attire la lueur triste,

Pâle améthyste ô miroir du songe insensé 1

Voici dans l’eau ma chair de lune et de rosée

Dont bleuit la fontaine ironique et rusée

Voici mes bras d’argent dont les gestes sont purs. Mes lentes mains dans l’or adorable se lassent D’appeler ce captif que les feuilles enlacent,

Et je clame aux échos te nom des dieux obscurs 1

Adieu reSet perdu sou» l’onde calme et close,

Narcisse, l’heure ultime est un tendre parfum

Au cœur suave. Effeuille aux mânes du défunt

A.c~s~ye,mâJ1es du défunt

Sur ce glauque tombeau la funérale rase.

Sois, ma lèvre, la rosé effeuillant son baiser

Pour que le spectre donne en son rêve apaisé, Car la Nuit parle à demi-voix seule et lointaine

Aux calices pleins d’ombre pâle et si légers,

Mais la lune s’amuse aux myrtes allongés
Je t’adore, sous ces myrtes, ô l’incertaine!
Chair pour la solitude éclose tristement
Qui se mire dans le miroir au bois dormant,
O chair d’adolescent et de princesse douce
L’heure menteuse est molle au rêve sur la mousse
Et la délice obscure emplit le bois profond,
Adieu Narcisse, encor Voici le Crépuscule.
La flûte sur l’azur enseveli module
Des regrets de troupeaux sonores qui s’en vont
Sur la lèvre de gemme en l’eau morte, ô pieuse
Beauté pareille au soir, Beauté silencieuse,
Tiens ce baiser nocturne et tendrement fatal,
Caresse dont l’espoir ondule ce crystal
Emporte la dans l’ombre, ô ma chair exilée
Et puis, verse pour la lune, flûte isolée,
Verse des pleurs lointains en des urnes d’argent.

(Fragment) PAUL VALÉRY.


TRISTESSE


Espérance, va t’en fuis, vain nuage rosé passé.
Qui crèves dès qu’un vent dans le ciel est passé.
Arrière 1 ô souvenirs, mon âme vous est close
A quoi bon m’attendrir sur un rêve effacé ?

Vierge pâle aux yeux d’or en ma tristesse éciose,
Ouvre tes bras d’ivoire à ton amant lassé.
Que sur mon front brûlant ta main froide se posé
Et donnons sur des fleurs dans l’oubli du passé.

Viens ! dans un marbre dur j’ai creusé notre couche.
Lorsque j’aurai rivé mes lèvres à ta bouche
O Mort ! nul ne pourra troubler notre sommeil.

Vierge pâle aux yeux d’or, œaîiîessc caressée,
Viens me donner enfin le repos sans réveil
La place est toute à toi, j’ai tué ma pensée !

EUGÈNE HOLLANDE.

|AR tous les souvenirs dont l’ont peuplé nos âmes, I Et par tous ceux dont il fait vibrer notre chair, Souvenirs de pensée ou souvenirs de femmes,

r. ~J

Le Luxembourg nous est un cotsSdent très cher. V

Sur les grands marronniers de l’Ouest le soir repose,

Océan de lueurs plutôt que de couleurs,

Où parmi des courants bleus traversés de rose

Vénus nage au-dessus des arbres et des fleurs.

Dans ce décor savant de la rare culture

Où l’art italien des maîtres a passé,

La grise architecture et la blanche sculpture

Evoquent ta noblesse et ta grâce, ô passé.

La noblesse des rois et la grâce des reines

Au temps des beaux palais et des marbres anciens,

Images que pour nous ont faites plus sereines

La Mémoire et le Soir, ces deux magiciens

Un clair-obscur élyséen idéalise

Le paysage pur aux muets horizons

Et fond en un accord parfait de clarté grise

Les urnes pâi^I’eàu glauque, les bleus gazons,

Symbole d’une vie au-dessus de la vie,

Mirage vespéral aux fluides appâts,

Impression trop rare et partout poursuivie

D’un univers qui pouvait être, et qui n’est pas 1

Accueillons-en du moins l’image en nos Génies

Qu’en notre âme semblable à ce calme jardin,

La nature et les arts mêlent leurs harmonies,

Comme en un bois sacré loin du fracas mondain.

Goûtons des anciens jours les beautés qu’ils ont eues,

Et pour que nos esprits modernes soient complets,

Ayons des souvenirs pareils à ces statues,

Une mémoire aussi noble que ce palais.

Qu’un peuple délicat de femmes y circule

Dont les yeux nous soit bons, dont les coeurs nous Soient dotiiÇ; Surtout réalisons comme ce crépuscule

L’accord; m*rne illusoire, entre la vie et nous 1

HENRY DÉRENGER, |a nuit tombe, Jésus a disparu, ravi

I Dans une gloire d’or vers une autre demeure I L’âme du monde en deuil se désespère et pleure

Le départ du rêveur que son rêve a suivi r

Madeleine à genoux sanglote un peccavi

Suprême et songe au vain délice enfui de l’heure

Où l’Amant-Dieu charmé baisait comme on effleure Ce front plus pur que ceux des vierges de Lévi

Et le Disciple élu, Jean,’ les yeux levés, semble

Dire à son Maître absent quelque chose en secret « Te ressouviendras-tu que nous filmes ensemble ? » Puis il s’afflige hélas, l’Homme de Nazareth

N’est plus, et le ciel voile en son lointain mystère

Le Dieu par qui toujours sera triste la terre.

EDMOND FAZY-

SONNET

A nuit l’eau calme des bassins Au reflet des lumières vagues J Forme d’imaginaires vagues

Et de fantastiques dessins.

Et de fantastiques dessiza.

Ce sont de bizarres coussins

Brodés dé colliers et de bagues

Des chevaliers dressait leurs .dagues

Des fleurs larges comme des seins

Des formes chétives et frêles

De femmes et de sauterelles

D’oiseaux clairs ét de papillons

Dansent aussi sur l’eau tranquille

Dont l’éclair fuyant des rayons

Resnecte le rêve immobile.

t,KON Bl/urç. LA VIERGE

JxB. Nuit sus l’Idole

8 ’est l’argent bleu qui luit sur les lacs Dans le crépuscule de la lune. C’est l’encens rare et l’irréel nard

\.· O`.GL 1 ell~l1: II11G CL U1C:lt:a llatFLI Saphir et lapis d’eau et de brume

C’est le geste des chevaliers noirs

Au vol des blancheurs que l’ombre azure Haussant en corps les tremblants hanaps C’est l’air inconnu, l’été nocturne,

Et la clarté du ciel sidéral.

Du haut du chœur les grands rayons pâles Tombent allongés au pied des murs La nuit limpide aux lueurs bleuâtres Pure comme une aube au mois d’élul Glisse et descend du haut des vitrages Tandis qu’au dehors les Arcturus

Font la nuit claire et les brises calmes, Tout au haut des nefs, dans l’air du sud, Les vitraux peints filtrent les étoiles

Tu scintilles. Tes yeux sont très purs, Etoile qui vis et tes mains chastes Sus-je autrefois quel éternel flux

Vagae avec lenteur co tes cils graves P Jusqu’à’tes pieds, dé hauts plis obscurs Plongent agrandis dans l’ombre large Et le PsaJrniste, un doigt sur le luth

Epie en extase au tas des dalles

L’astral rayon de tes longs yeux nus De tes veux nus où la nuit diffuse

Eclaircit un peu d’air vespéral

Où vaguement s’exalte et fulgure

Un reste de gloire et d’or lilas

Reflets errants que le noir divulgue

Charmes lumineux aux nuls regards

.Vers qui si calme, encor qu’éperdue, Dans un frisson lent monte ma Foi

O Constellée aux yeux taciturnes t

(jjJLJÎ) P. L.

Annoosy, Imp. J. RqyerN KK PRÉPARATION

PAUL VALÉRY Carmen mystiçum.

MAURICE QUILLOT Soudes.

CLAUDE MOREAU Emaux sur Or & sur Argent. EUGÈNE HOLLANDE Beauté.

ANDRÉ GIDE De la Prose.

EDMOND FAZY Les Fanes.

LÉON BLUM Des Yeux.

HENRY BÊREHGER L’Ame Moderne.

MICHEL ARNAULD Les Adorantes.

P. L. U Vierge.

La Conqve




Où je souffle un appel à quelque dieu qui passe…

H. de R.




MDCCCXCI

Deuxième Livraison.
1er Avril


La Conque


LE NUMÉRO DIX FRANCS ABONNEMENTS CENT FRANCS

LA CONQUE, anthologie des plus jeunes poètes, n’aura 11, que douze livraisons, tirées chacune à cent exemplaires numérotés sur papier de luxe.

Elle ne sera jamais ni continuée ni réimprimée.

Chaque livraison de LA CONQUE est précédée d’un FRONTISPICE en vers, inédit, signé d’un des poêles les Plus justement admirés de ce temps. Après M. LECONTE DE LISLE, dont nous avjns publié le poJme MM. Léon DIERX, José Maria DE HÉRÉDIA Maurice MAETERLINCK Stéphane MALLARMÉ, Jean MORÉAS, Charles MORICE, Henri de RÉGNIER, Paul VERLAINE, Francis VIELÉ-GRIFFIN ont bien voulu accepter d’inaugurer aussi la jeune revue.

SOMMAIRE DU 1er AVRIL

L’Odeur sacrée LÉON DIERX

A Léon Dierx EDMOND FAZY.

La Chanson des Nuques MAURICE QUILLOT.

Sonnet LÉON BLUM.

Nuit d’Idumée ANDRÉ GIDE.

Vierge incertaine PAUL VALÉRY.

Paysage d’automne EUGÈNE HOLLANDE.

Le Boucoliaste CLAUDE MOREAU.

Tlécla MICHEL ARNAULD.

Les Fleurs sur l’eau qui gire… P. L.

Envoyer les manuscrits et les abonnements à M. Pierre LOUiTS, 49, rue Vineuse.


L’ODEUR SACRÉE




Dans la douceur du soir, pour ravir le rêveur,
Un rayon plus royal octroyé par faveur
Irradie, arrosant l’horizon qu’il irise
Et la forêt s’embrase au soupir de la brise
Et la mare où se mire un troupeau lent et las
S’est moirée à son tour de miroitants éclats
Et l’ombre est couleur d’ambre et tout s’y recolore.
Pour ravir le rêveur un éclair vient d’éclore
Dans la douceur du soir aux bleus vite éblouis,
Un éclair revenu des jours évanouis i
Sur la rumeur éparse où l’esprit se disperse,
L’écho d’un frais refrain qu’on écoute et qui berce
Met au cœur rajeuni Pingénu battement
D’autrefois, aux clartés d’un climat plus clément,
Quand l’âme encor crédule a les joyeux coups d’ailes
Et l’essor arrondi d’un essaim d’hirondelles
Et les frais souvenirs, la savane et le toit
Paternel, tout revit, revient et se revoit.
Une odeur adorable est sur la plaine et plane
En s’affinant dans l’or de l’air plus diaphane,
Odeur sacrée en qui tout vain parfum se fond,
Exhalée on ne sait de quel exil, du fond
De quel ravin boisé rêvant sous les tropiques,
De quelle Ithaque en fleurs des mers aromatiques ?
L’odeur d’Eldorado qu’a seul un premier sol
Sur ce val apaisé repose un peu son vol,
Pour ravir le rêveur et dérouler îa spire
Des espoirs embaumés que de ïom il aspire,
Croyant ouïr les voix de son enfance, et voir
Ses clairs matins passer dans la douceur du soir


LÉON DIERX.

A LÉON DIERX



Avec des mots rêves dont le sens vain s’oublie,
Sur le rhythme d’amour des brises désolées,
Poète grave et doux, tes strophes long-voilées
Charment amèrement notre mélancolie

C’est le Songe d’un soir ^’automne. une Ophélie
Sembla dans un linceul de lys et d’azalées
L’image de la mort des âmes en allées
A la dérive, au fil d’un lent flot de folie.

A travers les vals d’ombre et les nocturnes plaines,
Mélodieux àéde en deuil, tes cantilènes
Suivent plaintivement le symbole qui passe,

Bercent de sons plaintifs la vierge aux lèvres closes,
Et se taisent, tandis que les vent de l’espace
Sifftent en se moquant la complainte des roses.


EDMOND FAZY.




LA CHANSON DES NUQUES



Dans le temple où les chants montent et s’entremêlent,
kj Voici que près du chœur la Sainte auréolée
1 Vers Jésus, abaissant ses deux mains criminelles,
O mon Dieu tombe, ainsi qu’une biche immolée.

Mais, tandis que sa bouche égrène les distiques,
Dans le temp!e où les chants glissent le long des murs,
Un cri profane et lent suit les hymnes mystiques
Et, dans l’orgueil hagard des douleurs extatiques
Flotte parmi l’encens en des rhythmes Impurs.

« Tel fut le saint colloque
« Da Marie Alacoquc

« Jésus, à tes pied», ton esclave
« Meurt en des amours infinies;
« Grâce pour son âme qui brave
« La terreur de ces agonies :

Verse le réchauffant trésor de Ton grand Cœur
Sur ce front pâlissant que la fièvre dévore,
Pourfaire qu’en ce sein redouble la Fetveur,
Divin Crucifié, pâle comme l’Aurore. »

D’autres Voix chantèrent alors
A Jésus le Miséricors

« Christ, voici devant toi les Nuques suppliantes
Tendant leur chair si blonde à tes baisers d’Amant
Vois, sous l’or des cheveux aux frisures charmantes
L’humble soumission, Jésus, de tes servantes,
Qui, lasses des humains aux amours décevantes
Viennent à ton autel avec égarement. »

Puis reprit le colloque
De Marie Alacoque

« Comme la flamme de ce cierge,
Je suis pure, ô Roi, je suis vierge
Ce cœur que nul n’a possédé,
C’est à toi que je ï’ai cédé,

Et je veux qu’il frissonne au vent de ta caresse
Comme un lys indolent au baiser du zéphyr,
Et qu’il s’endorme, endolori, plein de paresse,
Tout fier d’avoir été l’Elu de Ton Désir. »

Les Voix remontèrent alors
A Jésus le Miséricors

« On nous a dit que tu voulais des pécheresses
Pleurant leur repentir près de ton piédestal,
Que ton Cœur demandait d’innombrables maitresses
Aux savantes vertus, aux nerveuses détresses,
Et que tu te plaisais à dénouer les tresses
Où rôde le parfum énervait du santal ? »

Là finit le colloque
De Marie Alacoque

« Pour Toi, j’irai sous le suaire
Gravir pas à pas Ton calvaire
En chantant un hymne éperdu
Oà tout mon Cœur soit répandu.

J’aurai sur mon èpàulo innocente et meurtrie,
La palme du martyre et de l’Eternité,
Et ma lèvre, dans la prière, si flétrie,
Te retrouvera, sans t’avoir jamais quitté. »


Les douces Voix dirent alors
A Jésus le Miséricors

« Puisque tu sais aimer d’une Amour éternelle,
Puisque tes yeux sont bleus comme le ciel de Mai,
Puisque tu veux un coeur à-demi consumé,
Homme-Dieu, dont la voix doit être solennelle
Comme le chant du Ciel quand la foudre étincelle,
Dis, Jésus, nous veux-tu sur ton sein bien-aimé ? »

Dans l’infini silence et la nuit de l’Eglise
Il passa des parfums et des chansons de brise
Parmi les cogars émus, et Jésus l’Epousé
Laissant rougir alors son front cicatrisé
Abaissa son regard sur toutes ces faiblesses,
Et dit en souriant
— Venez… les Pécheresses

MAURICE QUILLOT.




SONNET



Des fleurs d’hiver sur vos cheveux
Il Dans l’or des boucles ondulées
m Trembleront, comme des aveux,
Les frissons claiis des Azalées,

Les Chrysanthèmes des allées
Où nous avons laissé nos vœux
Vous diront les mots que je veux,
Les mots des choses en allées.

Infidèle qui m’oublias !
Ecoute les Camélias
Chanter, leurs plaintes dans tes vasques

Pendant qtte, dans le ciel frileux,
Egayé de rayons fantasques,
S’égrènent des vols d’oiseaux bleus i


LÉON BLUM.

NUIT D’IDUMÉE

I’az’JR s’est attristé. Je crois que des nuées I Passent sur les clartés d’astres, exténuées. I Un hymne a brisé l’extase silencieuse

̃ H^B \Jll llVllJlie iX LJilSC 1 CAL99C BliClIVICIUV

La brume vêt une forme mystérieuse.

« Soudaine opacité de mon rêve immobile,

Bénie ô Vision si mon âme nubile

Eut ignoré le deuil de tes enchantements,

Triste spectre et l’ennui tous les ennuis dormans

Que tu faisais lever à ton premier paraître.

Déjà lorsque j’étais penché vers ma fenêtre

Deux fois, je me souviens, tu t’es penché vers moi

Et, tant ton voile était plein d’étoiles pourquoi ?

Déjà deux fois, vers toi, mes mains se sont tendues

Sans toucher que l’Ennui des vides étendues.

Un peu de brume qui s’accroche aux doigts, rosée,

Pan de robe déchiqueté, morte corolle,

S’évapore parmi l’espérance brisée

Parfum dont le regret exhalé se désole.

Mes désirs vers tes yeux n’iront plus te proscrire

Je sais trop le néant que recèSe ton voiie

Ton pâle regard ri’est malgré tout son sourire

Qu’un trou dans le brouillard où brûle un jour d’étoile

Mes bras levés vers tes cheveux mystérieux

S’enfonceraient en vain dans tes profonds orbites,

Sans l’atteindre, astre clair, jour lointain de tes yeux.

Au souffle suppliant que ma lèvre suscite

Vers ta bouche nocturne et ton baiser obscur

S’éparpille ton voile, et la brame envolée

Devant l’éveil du rêve a montré, désolée,

Le solitaire Ennui de l’éternel Azur.

Ah cesse de pencher tes sourires, ah cesse j

De sourire, j’ai peur de frôler ta caresse

Et que mon cœur se pâme ah cesse de pencher

Vers mon front tes cheveux où l’azur étranger

D’un ciel de rêve a répandu son bleu vertige,

Car tes cheveux fuiront parmi î’azur en pleur,

Rosée et quand le cîel pâlira, triste fleur,

Tu faneras dessus ta chancelante tige ̃

Eparpillant dans l’air un sanglotant vestige

Et je me retrouverai tout seul

II continue de se désoler quelque temps

Un peu. ds jour paraît aux vitres des croisées

Le brouillard se disperse et s’èplore en rosées.

Sur l’azur pâlissant déjà la nuit s’achève

Et se fanent les fleurs chimériques du rêve

En mes doigts désolés d’une si vide étreinte

Tige flétrie et corolle d’aurore atteinte Deuil blanc de l’aube après le sourire des nuits

Qui s’éplore, brume égarée au vent; et puis

Le soloil qui va me retrouver les mains jointes.

L’ange est parti maintenant il regrette

Puis se redresse à l’orgueil d’une feinte victoire.

je sais bien que la nuit en eût été plus belle

Plus bleue aussi la clarté céleste, et plus telle

Que mon rêve déçu l’objectait vaguement

Pour occuper mon âme inquiète au moment

D’être seule et tremblant de son inquiétude.

C’est fini. Reprenez votre grave attitude

Yeux éteints et bras retombés pour relier

Les mains prises encore au geste de prière,

Et. vâ-t-én, fleur menteuse évade-toi, chimère

Je suis seul Je suis ! Et je m’en vais prier.

ANDRÉ GIDE.

VIERGE INCERTAINE

loi qui verses, les nuits tendres, sur tes pieds blancs I Des larmes de statue oubliée et brisée,

I Telle une douloureuse et mystique rosée,

msm lelle une douloureuse et mystique rosée,

Par qui se courbent les doux calices tremblants,

J’irai, ce soir, vers l’eau taciturne où bleuissent

De pâles fleurs, dans Ja triste marc d’azur,

Cueillir pour tes doigts longs l’iris antique et pur

Que les pleurs amoureux de la fontaine emplissent. Ainsi je t’aimerai dans ton droit vêtement,

Tes yeux morts dans les miens arrêtés longuement, Avec ma fleur en tes mains vagues d’innocence

Nous resterons longtemps muets, d’ombre voilés.

Et je t’adorerai sous ces bois violets

Où de pudiques lys grandissent e;i silence.

PAUL VAiÉRV, PAYSAGE D’AUTOMNE

BBa source est sombre et froide et sa noire. émcrandc IN Tremble au toucher frileux d’une lueur qui rôde, •El Rayon bref, dans cette ombre à regret accepté,

^m I\UyUll Ut’t-’l, UcXlin ycuc umuib u *vg.n>t, a^i’i^f ii~,

Eclat dépaysé de solaire gaîté ~·

Tel un sourire est triste aux lèvres d’une veuve.

Mais la Lumière v?, contente de l’épreuve,

Sur la colline, sur la plaine, et sur les bois,

Sonner son chant discret de cors et de haubois.

Tardif a revêtir la couleur de l’automne,

Un arbre, çà et là, dans le concert détone.

La symphonie expire à l’orbe illimité

D’un chêne, de silence et fie sève habité,

Qui pousse ses bras forts et projette son ombre,

Comme pour élargir l’espace qu’il encombre.

Plus loin, six peupliers, dans une gloire d’or,

Semblent au seul éther arrêter leur essor

Et de leurs branches, des oiseaux, l’aile languide,

S’envolent, enivrés de lumineux fluide.

EUGÈNE HOLLANDE.

LE BOUCOLIASTE

IA flûte qui fléchit sous les doigts allongés Comme un bras effleuré de femme par les lèvres, Vibre, et le clair essaim des trilles encagès

S’envole entre les sauts bucoliques des chèvres. Le joueur puéril et ses roseaux légers

Disent en vain le charme du chant qui s’alterne Les Muses sont trop loin de la voix des bergers Et lo srjl dieu du jour superbe les prosterne. Mais l’Ephèbe « je suis, ô Phoibos radieux

Boucoliaste, et pur pour le culte des dieux.

J’ai l’espoir du laurier que ton geste décerne

Et je veux te matin pour te rendre indulgent Consacrer sur l’autel de flouve et dfi luzerne Ma flûte pastorale à ta lyre d’argent. »

ci.ude morf.au> TLÉCLA

Comme une étoile, amour des nuits, ou comme un lis,
Virginité superbe inconnue aux ménades,
Elle semble aspirer l’azur des sérénades
Que son voile nimbé sent flotter dans ses plis.

En ce temple où le jour s’épanche à flots pâlis
A travers la forêt blanche des colonnades
Elle vient, se berçant aux sombres promenades
Savourer l’encens des ineffables oublis.

Mais le commun soleil languit, puis s’exaspère
Postulé par le chaud orgueil d’un moi prospère,
Il éclate en désirs vainement combatus

Et son cri conquérant de l’éthéré portique
O sévère ostensoir des splendides vertus
Eclipse ta lueur lugubrement mystique.

MICHEL ARNAULD.

LES FLEURS SUR L’EAU QUI GIRE.

Les fleurs s’en sont allées au fil de l’eau le long des rives.

Les fleurs ? L’eau merveilleuse où le soir qui meurt se mordoré.
Les pétales de crépuscule tournent et chavirent
Au fil du fleuve qu’un frisson bleu de brise déflore
Et si loin par la plaine et la plaine se suivirent
Qu’aux derniers champs du monde où naît rouge l’aurore.

Les fleurs s’en sont allées au fil de l’eau le long des rives.

Les fleurs ? Celles de chair et de lin frêle encorollées
Que berce le roulis des lentes barques évasives
Et tristement, avec des nonchalances désolées
Peuplent d’un vol le miroir des rivières massives
Des rivières entre les pins, longues allées.

Les fleurs sur l’eau qui gire au fil des fleuves en allées.

O le silence noir des eaux ! L’effroi près des ramures
Frisson glacé comme d’une rivière dévêtue.
Et dans la haute nuit du pare où sont morts tes murmures,
Dans la brume ou a’érige une pàieur de statue
La tristesse et la nudité des eaux nocturnes.

Les fleurs sur l’eau qui gire au fil des fleuves en allées.

-J F. KN PRÉPARATION

PAUL VALÉRY Carmen mysticum.

MAURICE QUILLOT Sonates.

CLAUDE MOREAU • V EÀaux sur Or & sïir Argent. EUGÈNE HOLLANDE Beauté.

ANDRÉ GIDE De la Prose.

EDMOND FAZY ’-Les fanes.

LÉON BLUM «• ^Dès-Yeux.

HENRY BÉRENGER « :V Ame Moderne.

MICHEL ARNAULD Les Adorantes.

P. L. La Vierge.

La Conqve




Où je souffle un appel à quelque dieu qui passe…

H. de R.




MDCCCXCI

Troisième Livraison.
1er Mai.


La Conque


LE NUMÉRO DIX FRANCS ABONNEMENTS CENT FRANCS

LA CONQUE, anthologie des plus jeunes poëtes, n’aura que douze livraisons, tirées chacune à cent exemplaires numérotés sur papier de luxe.

Elle ne sera jamais ni continuée ni réimprimée.

Chaque livraison de LA CONQUE est précédée d’un FRONTISPICE en vers, inédit, Nous avons publié les poèmes de MM. LECONTE DE LISLE, Léon DIERX, José- Maria DE HEREDIA. Mme Judith GAUTIER, et MM. Maurice MAETERLINCK, Stéphane MALLARMÉ, Jean MORÉAS, Charles MORICE, Henri de RÉGNIER, Algemon Ck. SWINBURNE, Paul VERLAINE, Francis VIELÈ- GRIFPIN ont trie* voulu accepter d’inaugurer aussi la jeune revue.

SOMMAIRE DU 1er MAI

Le Tombeau du Conquérant JOSÉ-MARIA DE HEREDIA.

Orphée PAUL VALÉRY.

La Flécha EUGÈNE HOLLANDE.

Crépuscules HENRY BÉRENGER.

Antigone EDMOND FAZY.

Plainte à Jésus EMILE SCHALLER.

Sonnet LÉON BLUM.

L’Ascète ARMAND DENNERY.

La Femme qui danse P. L.

Pégase CLAUDE MOREAU.

Envoyer les manuscrits et les abonnements à M Pierre LOUYS, 49, rue Vineuse* LE

TOMBEAU DU CONQUÉRANT « Les Espagnols, après avoir vêtu de son armure

leur Capitaine mort, le coulèrent au fond du Missis-

sipi qu%il venait de découvrir. »

Conquête de la Floride.

| l’ombre de la voûte en fleur des catalpas Et des tulipiers noirs qu’étoile un blanc pétale, il ne repose point dans là terre fatale

La Floride conquise a manqué sous ses pas.

Un vil tombeau messied à de pareils trépas

Linceul du Conquérant de l’Inde Occidentale,

Tout le Meschacebé par dessus lui s’étale 1-

Le Peau-Rouge et l’ours gris ne le troubleront pas. Il dort au lit profond creusé par les eaux vierges Qu’importe un monument funéraire, des cierges,

Le psaume et la chapelle ardente et l’ex-voto ?

Puisque le vent du Nord, parmi les cyprières

Pleure et chante à jamais d’éternelles prières

Sur le grand fleuve où gît Hernando de Soto.

(aï> JOSK-MAR1A DE HERED1A. ORPHÉE

!L évoque, en un bois thessalien, Orphée "Sous les myrtes, et le Soiro antique descend. Le bois sacré s’emplit lentement de lumière,

̃pgS Le bois sacre s’emplit lentement de lumière, 0 Et le dieu tient la lyre entre ses doigts d’argent.

Le dieu chante, et selon le rythme tout puissant,

S’élèvent au soleil les fabuleuses pierres

Et l’ou voit grandir vers l’azur incandescent

Les hauts murs d’or harmonieux d’un sanctuaire.

Il chante, assis au bord du ciel splendide, Orphée Y Son oeuvre se revêt d’un vespéral trophée

Et sa lyre divine enchante les porphyres,

Car le temple érigé par ce musicien

"Unit la sûreté des rythmes anciens

A l’âme immense du grand hymne sur la lyre

PAUL VAU.RY.

LA FLÈCHE

A André Bellessort,

Iivrant, muet, à l’aigle une chair immortelle Et cessant de compter les siècles résolus, Prométhée, au ciel bleu, de sa fiÈre prunelle,

W^mm i romeinee, au ciei Dieu, ae sa nerc prunene, Jetait le fier dédain de qui n’espère plus.

Cependant que l’oiseau le frappait de son aile

Et meurtrissait le ccrur en ses ongles inclus,

Hercule, auréolé d’une splendeur nouvelle,

Apparut, colossal, tendant ses poings velus.

Alors l’aigle s’enfuit avec un cri terrible.

Nu puiivunt délier l’enchaîné du Destin,

ilercuie prit son arc et le ciel fut sa cible.

« Ma flèche reviendra teinte du sang divin’,

Dil-i1 ̃’̃ Prométhée en lui baisant la face. »

La flèche vole encor dans l’insondable espace

.M~M~ Eli’GkNE HOLLANDE, o Il~

CRÉPUSCULES PSYCHOLOGIQUES i

Jur le for.’l rose et vert des couchants Vénus brille. I Au flanc des bois muets éclate un hallali. I Le parfum de? rosiers emplit le ciel pâli.

Je songe devant un portrait de jeune. fille.

Le soir descend on moi comme un fleuve d’oubli.

Vénus reluit au fond du couchant vert et rose.

je sentais autrefois se guérir mes douleurs

Devant cette harmonie aux légères pâleurs

Or j’en souffre aujourd’hui, car je la décompose,

Et mon cerveau n’est plus la dupe des couleurs.

Le cor résonne au fond de la forêt brunie.,

Enfant, quand j’écoutais la fanfare des cors,

L’extase traversait d’un frisson tout mon corps

Désarmais je sais trop comment naît l’harmonie,

Et mon cerveau n’est plus la dupe des accords.

L’odeur des blancs rosiers meurt au ciel qu’elle embaume. je pressentais jadis dans tes parfums rôdeurs

Un Edcn idéal aux riches profondeurs

Depuis lors j’ai trouvé le secret de l’arôme

Et n cerveau n’est plus la dupe des odeurs.

Je songe devant un portrait de jeune femme

O printemps disparus où je voyais un chœur ·

De vierges me sourire en me nommant vainqueur

Hélas des fausses fleurs j’ai découvert la trame,

Et mon cerveau n’est plus la dupe de mon cœur.

J’ai voulu tout sonder d’une main trop hâtive:

Les livres sur lesquels mon front lourd a pâli

Ont dans mon cœur usé pour longtemps aboli

Les bonheurs spontanés et leur fraîcheur native

O soir, descends en moi comme un fleuve d’oubli I

HENRY BÉRENGER.

ANTIGONE

IA détro.-îKe implorait le céleste message

I Le si&ne dit retour d’Antigone perdue

I Sans espoir je laissais mes yeux sur l’étendue

Mobile seulement du solennel passage :c;x~

Des nuage», du vent vespéral et d’un cygne. L’horizon frissonna d’une présence d’ailes;

Un reflet d’ange fit l’eau triste du Wannsee

Sourire, et, telle chante une astrale rosée

Lorsque l’éther l’adule aux fanes d’asphodèles,

La Sœur que ma prière adorait dit, bénigne

« D’Aic/one ^étoile où je suis, ma pensée

Plaint tes erreur: de tes douloureuses tendresses

Pour des rêves bientôt trahis, plaint tes détresses

D’âme iaSdèle il est trop vrai, mais fia-seée.

Au regret des chers soirs que nous eûmes dans Thèbes Parmi l’azur natal ma délivrance plane,

Frère, sur ton exil hanté de nostalgies

Stériles vers moi seule et de- songes d’orgies

En d’infernaux palais de métaux dont émane

Cette odeur d’ohban qu’ont les gorges cl’éphèbes

Nous tûmes, je le sais, lors d’une très lointaine

Existence deux Fîls de Roy dans Ecbatane

Qui se plaisaient voir, comme un jardin se fane

Des corps mêlés languir aux soupirs de fontaine

Que rhythme lentement la bouche des blessuics

Mais contemple oublieux des barbares délices

Ces terrasses d’Hellas que lustre l’indolence

De nos sandales sur les dalles de silence,

Et souviens toi que nous pleurâmes les malices

Commises quand nos cœurs avaient soif de luxures i

Mérite le pardon que le pâte Prophète

Nous accorda pour prix de sa douce victoire!

Subis, serein, la solitude expiatoire En le Nord triste et songe à l’angéiique fête

Qui saluera demain tes noces fraternelles

Sol d’exil en Jésus, ô patrie, Alcyone,

Pui site de beauté qu’un plus chaste fantôme

Magnifia de son vol blanc parmi l’arôme

Extasié des rieurs candides, oh rayonne t

De l’orgueil de ravir à jamais nos prunelles

C’est la fin de l’épreuve et l’aube de la joie

Voici venir en l’ombre hyaline de l’heure,

Réelle avec la grâce indécise, d’un leurre,

Une forme. je sens l’azur comme une soie

Idéale ondule autour d’elle et bruire »

Soudain, brisant ta voix céleste, un sacrilège

Fracas de la foudre éclate et, le fiont haut, Statue

Ou M,y jt de Sa Nuit qui toujours abattue

Se redresse toujours, surgit nimbé de neige ’M&?~

Obscure et de rafale ibiis au noir sourire. ~4

Fragment) • EDMOND t.\?.Y PLAINTE A JÉSUS

dô~f~c ,~e~cis, si ttt ~Pé~baûff~x.

Jdoux Jésus, si tu réchauffes

De l’enfant jusqu’au vieil !es pauvres

Tous les humbles et tous les pauvres

«**ta4* Jrï>k «**̃»! rt*r\rï¥. ’ni0’ 1IW1 tfhlt1

Qui pour dormir n’ont pas un toit,

Si tous ceux qui suivent ion culte

Et la loi d’amour qu’il inculque

Ne descendront clans le sépulcre

Que pour ressusciter en tut,

Sî ces mots, comme tu l’attestes,

Affranchis dés liens terrestres,

Seront relevés par ta dextre

Et verront le. trône de Dieu,

Seigneur, il faut que tu m’épargnes

Lorsque Satan sur moi s’acharne,

Et, prenant pitié île mes iarmes,

Que tu me mènes aux Saints-Lieux.

Je me laissais aller -sans règle

A tous les penchants d’un cœur faible

Et j’étais mort selon l’esprit,

Et quand sur moi venait le monstre,

J’allais moi-même à sa rencontre. ’"IK~

Je l’appcllais pour me torrompre

Au lieu de lutter contre lui. s~’

Si mon repentir ne t’ébranle

Pourrai-je plus, sans que je tremble,

Tourner mes regards vers ce temple

Que tu t’e* construit dans l’azur?

Devant ta face, fl Juge intègre,

Après mon passé que j’exècre

Comment oserai-je paraître ?

Je n’ai rien en moi que d’impur.

Le soir, quand l’horiïon s’entr’ouvre

Et s’enflamme en lueurs de pourpre,

Je crois voir se creisse* te gouffre.

Où doivent somH.’»- les méchants, ’<.

Car- je suis un fils des Ténèbres,,

Car mon esprit, "ses yeux, mes lèvres,

Et ta main que vers toi je lève

Se soat employés pour Sstan, ̃Que si ton tonnerre passe outre

Et si tu consens à {n’absoudre,

Touché des pleurs que tu vois sourdre

Dans un cœur où tu n’étais pas,

Prends pour guérir mon âme triste

Cette main que t’angoisse crispe

Quand je songe au ciel que je risque

En ne marchant point sur tes pas.

Sans chercher rien qui me disculpe

Des plaisirs faux dont je fus dupe,

J’entrerai dans !a route abrupte

Qui est \ chemin de la croix,

Et si par grâce tu m’acceptes,

A jamais courbé sous ton sceptre,

Je fais vœu de suivre à la lettre

Les commandements de ta loi.

EMILE SCHALLER.

SONNET

̃ es souvenirs du temps passé me sont très durs, I Chassez l’obsession des formes revenues. I Allez Faites monter des rosés sur tes murs

̃̃HIM /liiez i raues IIIUIUUI ucs lusra aui -gb wuirs

Plantez des arbres verts entre es avenues.

Je sens flotter dans l’air des odeurs inconnues.

Est-ce le lourd parfum des raisins déjà mûrs .Elle avait des yeux clairs et des pensers obscurs, Des mots lascifs avec des poses ingénues.

Les souvenirs du temps passe restent en nous

Nous avons beau prier et pleurer à genoux

On n’exorcise pas leur mirage rebelle.

Et cela reste en nous comme un parfum trop fort, Ou comme Un vieux refrain boiteux que l’on épèle /ri-.n Dieu Trouverons nous le repos dans la mort P

.t. LÉON BLUrt. .̃̃L’ASCÈTE."

I’œil fixé ̃<"•? le ciel, mains jointes, à genoux,

L’ascète aux yeux profonds, à la face blêmie, Songe, et dans le repos de la terre endormie

̃Hi aonge, et Clans ie repos ue ja [erre enuonniç

Son âme immaculée invoque Dieu pour nous.

Aux rumeurs d’ici-bas ses oreilles sont closes,

En vain l’aile du soir fait tressaillir les bois

Dans sa pieuse extase, il n’entend pas la voix,

La voix qui lentement la nuit monte des choses.

Et par l’air alangui des souffles sensuels

Passent en un murmure affolant de caresses

La nature au printemps aime à chanter des messes, Elle a ses desservants, elle a ses rituels.

L’homme qu’emplit la sainte et mystique parole,

Dans le vague absorbant des contemplations,

Interroge, anxieux, les constellations,

Comme pour y chercher quelque divin symbole. Et voici que soudain s’élève dans les deux,

Ainsi que d’un grand orgue en l’abside infinie, `:

Une mystérieuse et troublante harmonie

Et l’ascète entendit cet hymne harmonieux:

« Mon bien-aimé m’a dit « Viens, lève-toi, ma belle, « Car l’hiver pluvieux, l’hiver s’en est allé,

« Le parfum de la fleur aux chansons s’est mêlé, ~& « Et dèij dans nos bois chante la tourterelle. %S’:i,

« Déjà jonchent le sol les figues des figuiers,

« Déjà la grappe pend à la vigne odorante,

« Ma belle lève-tpi, lève-toi, mon amante,

« Et viens-t’en près de moi causer sous les palmiers. « Ma colombe, pourquoi dans la roche blottie,

« Silencieusement demeurer à l’écart ?

« Viens, très douce est ta voix> çt très doux ton regard « Belle comme Tirtsa, viens, ô ma grande amie,

« Viens. » Et sous l’ample nef le chant des épousés S’éteignit. Et l’ascète au visage de cendre

Dans les astres 1.1 .vants, éperdu, crut entendre

Le frôlement que Sont les nocturnes baisers,

a ARMAND DENNBRV. LA FEMME QUI DANSE

̃ i.le danse, eîe est nue, elle est jeune ses flancs 2 Ondulent avec un déhanchement farouche ̃ Un irisson lumineux monte de ses pieds blancs,

̃Sa Un msson lumineux monte ae ses piecis oiancs, Mais le sourire fait une fleur de la bouche

Sous le regard languide entre les cils tremblants. Ses doigts caressent vers des lèvres ignorées

Le galbe blanc, la chaleur douce de ses seins

Et son battement d’aile invite les essaims

Des baisers, à l’ab.i des épaules dorées.

Puis la teille plnvi»e à la r*?Tw«?rçe, t?nd

Le pur ventre, gonflé d’un souffle intermittent, Et sur l’arachnéen fourreau noir de sa robe

Deux lys voluptueux avec des gestes vains

Ses bras tourneurs au’rythme lent des luths divins Cherchent l’imaginaire amant qui se dérobe.

p. L.

PÉGASE

,aSGASE

̃e ses quatre pieds purs faisant feu sur le soi

I La Bête chimérique et blanche s’écartèie

I Et son vierge poitrail que nul cran d’or n’attelle

̃^mb cf< » vierge pomau que nui ci u in u ulluuu S’épioie en un vivace et mystérieux vol.

La crinière enflammée en rayons d’auréole

Casque d’aube et d’argent le cheval immortel

Qui iuit sur la clarté du froid nocturne, tel

Orion scintillant à l’air glacé d’Eole.

Et comme au temps où les Esprits sereins et b^aux

Buvaient au flot sacré jailli sous les sab ils

L’illusion des sidérales chevauchées,

Les prêtes en deuil de leurs cultes perdus,

Imaginent < jr sous leurs mains approchées

L’étalon rétii fuir da; îes d’eux défendus.

~~?~’4~ ^0 CLAUDK MORK.U’. EN PRÉPARATION

PAUL VALÉRY Carmen mysticum.

MAURICE QUILLOT Sonates.

CLAUDE MOREAU Emaux sur Or & sur Argent. EUGÈNE HOLLANDE Beauté.

ANDRÉ GIDE De la Prose.

EDMOND FAZY Les Fanes.

LÉON BLUM Des Yeux.

HENRY BÉRENGER L’Ame Moderne.

MICHEL ARNAULD Les Adorantes.

P. L, La Vierge.

La Conqve




Où je souffle un appel à quelque dieu qui passe…

H. de R.




MDCCCXCI

Quatrième Livraison.
1er Juin.


La Conque


LE Nl-WÉKO DIX .FRANCS ABONNEMENTS; CENT FRANCS S

LA CONQUE, anthologie des plus jeunes poëtes, n’aura que douze livraisons, tirées chacune à cent exemplaires numérotés sur papier de luxe.

Elle ne sera jamais ni continuée ni réimprimée.

Chaque livraison de LA CONQUE est précédée f/ Mt; /<).V7’/5’/VC’A’ eu vers, inédit. Nous avons publié les poèmes de MM. I.ECONTE DE LISLE. Léo» DIEUX, José-Maria DE HEREDIA. *̃•>̃ Judith GAUTIER, et MM. Maurice MAETERLINCK, Stéphane MALLARMÉ, Jean MORÉAS, Charles MORICE, Henri de RÉGNIER, Algernon Ch. SWINBURNE, Paul VERLAINE, Francis VIELE- CA’IFFIN ont bien voulu accepter d’inaugurer aussi la jeune revue.

SOMMAIRE DU 1er JUIN

Éventail STÉPHANE MALLARMÉ.

La Comédie de la Mort MAURICE QUILLOT.

La suave Agonie PAUL VALÉRY.

Sonnet LÉON BLUM.

Evocation HENRY BÉRENGER.

Regrets EUGÈNE HOLLANDE.

Le Réveil CLAUDE MOREAU.

Piédestal P. L.


ÉVENTAIL



(de Madame Mallarmé.)




Avec comme pour langage
Rien qu’un battement aux cieux
Le futur vers se dégage
Du logis très précieux


Aile tout bas la courrière
Cet éventail si c’est lui
Le même par qui derrière
Toi quelque miroir a lui


Limpide où va redescendre
Pourchassée en chaque grain
Un peu d’invisible cendre
Seule à me rendre chagrin


Toujours tel il apparaisse
Entre tes mains sans paresse


STÉPHANE MALLARMÉ

LA COMÉDIE DE LA MORT A Stéphane Mallarmé.

IE Jardin, le grand Jardin se boursoufle de tertres Où poussent des touffes d’adorables chrysanthèmes Dans les enclos fermés de cadenas et de chaînes

Comme si l’on craignait que les âmes se perdent,

On écrit leurs noms sur des Croix dans les herbes vertes Et dans l’ombre du soir, les parents s’en vont tout blêmes, Parcequ’ils ont peur de voir les Morts, hors de leurs gaîues, S’en venir Ï6ur dire avec rlçs bouches trop ouvertes

« Que venez-vous ici ? ridicules trouble-fêtes

Allez, ce grand calme est très bon pour nos pauvres têtes, Et nos cheveux sont le gazon des lentes charmilles.

« Comme les Dieux immortels, nous vivons sans querelles Nous disons nos « Ave » sous les petites chapelles

Où sont inscrits nos noms dans les Caveaux des Familles » I

La Grande Mort est venue

Elle a pris l’âme toute nue.

Le corps est resté dans la chambre

II fait un froid de Décembre.

̃– Certains ont dit « II fallait

Que cette pauvre âme s’en aille l »

O Maître, d’un coup de barais

Chassez cette valetaille.

L’un pense au Dieu tutélaire

Qui •’̃ révèle dans l’Hostie

C’est le prêtre au lourd bréviaire

° Et des relents de sacristie La peureuse a fui l’idée

De cette mort vague qui plane

Quand vous serez vieille et ridée, 0

Des vers boiront votre crâne.

Et je cherche la césure

Des vers que j’écris pour la Morte,

Parceque j’ai souffert d’une incroyable blessure

En voyant la Grand’Mort qui poussait d’un doigt la porte,

Et chantait de sa voix si lente et si magnanime

Qui tremble un peu, ce chant d’adieu bien triste, qui rime

« Voilà ton règne est passé,

Ton sablier est cassé.

Ton corps est déjà glacé

Requiescat in pace. »

II

L’Amant.

L’odeur de ses cheveux, vagabonde,

A fleuré dans mon cœur pendant toute une nuit,

Une nuit où le rêve qui s’enfuit

Cherche dans l’ombre tiède une voix qui réponde.

La fleur des yeux où Dieu se reflète,

A fleuri dans mon cœur pendant toute une nuit,

Et ce cœur redemandait le bruit

Du baiser que mendie une bouche inquiète.

La tiédeur de sa gorge veinée

A flambé dans mon cœur pendant toute une nuit,

Et je croyais voir le soleil qui luit,

Inonder de printemps une neige fanée.

Je mettrai ses petits souliers

Familiers,

Comme autrefois au pied du lit

Où, dans les dentelles, pâlit

0 souvenir des iours d’Espoir

Le petit bonnet blanc à ruche, du Soir

III

LES INNOCENTS.

Ils sont gentils, les Enfants de choeur,

Ils ont des cheveux bouclés qui frisent,

Des gaités dans leurs prunelles grises,

Et des baisers sur leur bouche en cœur.

o Avec leur cierge a îa flamme pâle

Qui frissonne au vent de l’encensoir.

Ils s’amusent ainsi, sans savoir

Et font des points blancs sur une dalle.

lis se répètent un joyeux nom

Avec de petits éclats de rire, o

Lançant des gouttelettes de cire

Et ron ron ron, petit patapon

Quand la Grand’Messe sera finie,

Et chanté le long « Pie Jesu s>.

Jetant leur vieux surplis décousu

Et l’ennui de la cérémonie,

Ils s’en iront jouer « au voleur »

A côté du vague cimetière,

Où les Défunts disent leur prière

Parmi la grande aubépine en fleur,

Mais à présent, hélas on s’ennuie

Il faut rester debout trop longtemps,

Ecouter des sanglots, et des chants

En latin, tristes comme la pluie.

Et puis, c’est ce grand catafalque

Avec miMe cierges vacillants

Qui font de tout petits points brillants.

Les yeux fixés sur le tabernacle,

Ils ont un rire très ingénu

Ils ne savent pas pourquoi c’est triste

Car ils n’ont jamais lu le Psalmiste

Qui dit que nul n’en est revenu

De cette Grand’Mort accapareuse.

Et quarsd i’enCant de cheeur aux doux yeux

Où se reflète un morceau des Cieux,

Retourne sa figure si joyeuse,

II voit les Endeuillé*, et tous Ceux

Qui pleurent sur cejte tombe fraîche

Alors maa doux Jésus de la Crèche

Il loi vi«irt deux larme* dans tes yeux

IV

Les Indifférents,

Eîie ar-. i des palais aux blanches colonnades,

Où les rares satins s’écrasaient en torsades.

Parmi les ors, parmi les fleurs, parmi l’encens


Elle avait des laquais plus sûrs que les esclaves
Qui dans les temps Romains ourlaient des laticlaves
Assis dans l’Atrium près des tares puissants :

Elle avait des lingots plus pesants que sa tête,
Des plats d’argent, que l’on sortait, les jours de fête,
Du grand bahut de chêne aux contours ciselés ;

Elle avait un parc où des sources incertaines
Coulaient en fins ruisseaux, jaillissaient en fontaines,
Sous l’ombre des saules pleureurs échevelés ;
— Maintenant, son jardin sera le Cimetière
Où l’on dort, où l’on est bien tranquille — ma chère !


MAURICE QUILLOT.


29 janvier 1891.




LA SUAVE AGONIE




Pourquoi tes Yeux sont si grands, ce soir ?…
Et, dans ces flammes de soleil mortes,
Toi qui vas mourir, que veux-tu voir ?


Pourquoi ces baisers purs vers le soir ?
Pourquoi de ta main pâle tu portes
Lentement, des sourires secrets,


Comme des fleurs vaguement données
A des vierges aux regards sacrés,
Qui dans l’air passent couronnées ?…


Toi, qui verras ailleurs le Matin,
O ma chère agonisante, admire.
Parmi ces brouillards tendres de myrrhe.


Les salutaires Voix d’or lointain…


PAUL VALÉRY.

SONNET

A petit yo.

UAND je me coucherai dans l’ombre où tu reposes tt Tu poseras ta main blanche sur mes cheveux. Je dis ce que tu dis et fais ce que tu veux,

Nous nous allongerons en de tranquilles poses.

Et, pour respirer mieux le parfum clair des roses,

Nous penchant tour à tour comme pour des aveux,

Nous nous inclinerons, enlacés et honteux

Vers le gazon tout plein de roses demi-closes.

Les oiseaux chanteront sur des modes très doux,

Nous nous inclinerons, courbés sur les genoux,

Jusqu’à ce que mon front heurte ton front timide

Et que ta lèvre enfin, qu’un désir entr’ouvrit

Chastement, sur ma bouche, en un baiser candide,

Se pose. dans tes yeux je verrai si tu ris.

LÉON BLUM.

ÉVOCATION

A ligne des coteaux violets se dessine j Très cette sur te fond vert-paie du couchant. 1 À l’orient cendré des teintes de glycine

Otfrettt aux yeux lassés leur gris-sombre attachant.

Parfums dans les jardins, parfums sur la colline,

Et parfums dans ’!a plaine. A cette heure, le chant

Des vignefQl1$ voCttét qui reviennent du champ

Fait battre étrangement mon caeur dans ma poitrine. Ah, la Souffrance est douce en ce calme parfait

Les vœux et les regrets que la vie étouffait

Au tendre clair.,obscur ouvrent mieux leurs pétales °

Là haut s’entr’ouvre aussi la floraison des soirs

Etj’evo’ dans les plâleuis occidentales,

La vierge,llux yeux pensifs promise il mes espoirs.

HENRY BÉRENGER. REGRETS

IL allait, et ses mains désiraient cette étoile, Le Bonheur Et, le cœur gonflé comme la toile Du vaisseau que fait fuir un grand souffle marin,

^B *r’ u ruiijuuuu muv w» a.ub*- mi c.jlcjiiiu h7wu*u^ iiiuiiii|

II courait le péril d’une marche sans fin,

Lorsque son âme, un jour, s’élança vers ta grâce,

O Femme, par qui Dieu se révèle à la race

Baigné dans ta clarté, pour ciel ayant tes yeux,

Il s’enivra longtemps d’avoir mené ses vœux

Aux bords les plus lointains des océans du rêve.

A peine croyait-il, dans les vents de la grève

De l’humaine malice entendre les rumeurs

Au vainqueur oublieux qu’importaient ces clameurs ? P

Femme, ta volouté changea cette fortune.

Sa lèvre est devenue à ta lèvre importune

Ce regard, où l’appel de ta grâce avait lui,

Au risque de »a mort s’est détourné de lui

Depuis lors il revoit la clarté de l’étoile,

Mais nul souffle marin ne gonflé plus sa voile.

EUGÈNE HOLLANDE.

LE RÉVEIL

Ma mer matinale brillait au haut du flux

̃ Les grands avirons bleus s’allongeaient sur les scalmes J Et l’infini silence éveillait tes yeux calmes

Des femmes, que nul vol rameur ne berçait plus. C’était le deuil de l’heure où les couples élus

De leurs bras étoilés par les roux lycophtalmes

Vers l’Ile, sur la mer, guidaient avec des palmes L’escorte des dauphins et des tritons joufflus,

C’était la fin des chants alternés, et des rires

Autour des bouches, et des doigts charmeurs de lyres. Les tempes s’appuyaient aux mains, lourdes d’ennui. Et dans l’air pâle o* soleil s’élève et tremble Des couples, éperdus d’être partis ensemble,

1 Tristement, regardaient leurs rêves de la nuit CLAUDE MOREAU. PIÉDESTAL

La chapelle où s’arrêtent mes pas
La chapelle
Où quelque voix de triste aurore appelle
Et d’où l’on ne revient pas
Sans une âme changée
Je ne saurais
M’y guider qu’à travers les marais
Où le ciel vespéral se moire en mer orangée
Couleur de gloire
Mais l’eau d’or se rassérène, sans mémoire
Des pieds calleux, des pieds las,
L’eau longue d’or sous le céleste soir lilas
Et c’est la voie au firmament couleur de gloire
Vers la chapelle où s’arrêtent mes pas.

Le parvis où j’ai rêvé d’être, de toute
Éternité
M’attendant au terme de la route
Dans l’auréole des soirs d’été
C’est la virginité
Marmoréenne des colonnes sous la voûte

Ô chapelle
Où quelque voix de silence m’appelle
Enveloppé de laine blanche à plis profonds
Seul
Voilant sous ce gonflement de linceul
Les sursauts matés des désirs moribonds
J’irai
Vers le chœur de l’Esprit ignoré
Où s’épure à genoux la malheureuse âme
Aux pâles rayons des mains hautes et vierges

Mais sur nulles marches d’autel vers la femme
Et qu’en l’absence des simulacres et des cierges
Seul au centre du chœur se carre
Le pur piédestal de carrare
Où le seul rêve sera statue.

Et gisant par le désert des dalles
Effraye de la nef soudain tue
J’évoquerai la forme féminine surgie
Hors des lignes pyramidales
Mes yeux en éveil m’ouvriront leur magie
Grands ouverts sur le rêve
De la Vierge en la paix des voiles, qui s’élève.

(Fragment de la Vierge)

EN PRÉPARATION

PAUL VALÉRY Carmen mysticum.

MAURICE QUILLOT Sonates.

CLAUDE MOREAU Emaux sur Or & sur Argent EUGÈNE HOLLANDE Beauté.

ANDRÉ GIDE De la Prose.

EDMOND FAZY Les Faites.

LÉON BLUM Des Yeux.

HENRY BÉRENGER L’Ame Moderne.

MICHEL ARNAULD Les Adorantes.

P. L. La Vierge.

La Conqve




Où je souffle un appel à quelque dieu qui passe…

H. de R.




MDCCCXCI Cinquième LIVRAISON. iPr JUILLET.

La Conque

LE NUMÉRO DIX FRANCS ABONNEMENTS CENT FRANCS

LA CONQUE, anthologie des plus- jeunes poëtes, n’aura ~v que douze livraisons, tirées chacune à cent exemplaires numérotés sur papier de luxe.

Elle ne sera jamais ni continuée ni réimprimée.

Chaque livraison de LA CONQUE est précédée d’un FRONTISPICE en vers, inédit. Ncnis avons publié les poèmes de MM. LECONJE DE LISLE, Lion DIERX, Josê-Maria DE HEREDIA, Stéphane MALLARMÉ, Algernon Ch. SWINBVRNE. M’»? Judith GAUTIER et MM. Maurice MAETERLINCK, Jean MORÉAS, Charles MORICE, Henri de RÉGNIER, Paul VERLAINE, Francis VIELÉ- GRIFFIN ont bien voulu accepter et inaugurer aussi la jeune revue.

Un frontispice à l’eau forte, par FÉLICIEN ROI’S sera joint à la dernière livraison.

SOMMAIRE DU i" JUILLET

The Ballad of Melicertes ALGERNON CH. SWINBURNE

Prière Moderne EUGÈNE HOLLANDE.

Décor Romanesque CAMILLE MAUCLAIR.

Les Vaines Danseuses PAUL VALÉRY.

Impression EMILE WATYN.

Sonnet LÉoN BLUM.

Fanes EDMOND FAZY.

Soir de Ville HENRY BÉRENGER.

Le Stigmate P. L. THE BALLAD OF MELICERTES

In memory of Théodore de Banville

Death, a iight outshining life, bitls heaveii .esume
il Star by star the soûls whose light made earth divine,
M Death, a night outshitiing day, secs burn and bloom,
M Flower by flower, and sun by sun, the famés that shine
i^H^^v rlower Dy nower, ana sun [>y sun, trie lames mai snmc
Deathless, higher than tife beheld their sovereign sign.
Dead Simonides of Ceos, latc restored,
Givcn again of God, again by man deplorcd, -•
Shone but yestereve, a glory frail as breath.
F rail ? But famc’s breath quickens, kindles, keeps in ward,
Life so sweet as this that dies and casts off dealh.

Mother’s love, and rapture of the sea, whose womb
Hrceds eternal life of joy that sîings like bririe,
Pride of song, and joy to dare the singer’s doom,
Sorrow soft as slccp, and laughter bright as wine,
Flushed and filled with fragrant (ire his lyric line.
As the sea-shell utters, like a stricken chord,
Music uttering ail the sea’s withïn it stored, d
Poet well-beloved, whose praise our sorrow saith,
So thy s.ongs retain thy soûl, and so record
Life so sweet as this that dies and casts ofï death.

Side by side wo mourned at Gautier’s golden tomb
Hère in spirit now I stand and mourn at thlnc. .,?.
Yet no breath of death strikes thence, no shadow of gloont,
Only light raorc bright than gold of the inmost mine,
Only stcam of incensc warm from lovc’s own shrinc.
Not the darkling stream, t.; ̃- sundering Stvgian ford,
Not the hour that smites .ind severs as a sword,
Not the night subduing light that perisheth,
Smitc, subduc, divide from us by doom abhorred,
Life so sweet as this that. dies and casts off death

Prince of song more sweet than honey, lyric lord,

Not thy Franco hore only mourns a light adored,

One whose love-lit fame the world inhefiteth.

Strangers too, now brethren, haiJ with heart’s accord,

Life sp sweet as this that ’dies and casts off death.

ALGERNON CHARLES SWINBURNE.

LA BALLADE DE MÉLICERTE

t la mémoire de Théodore de Banville

La Mort, lumière surpassant en éclat la vie, mande aux cieux de résorber

Etoile à étoile tes âmes dont la lueur fit divine la terre.

La mort, nuit surpassant en éclat le jour, voit flagrer et fleurir,

Fleur à fleur, et soleil à soleil, tes renommées qui brillent

Immortelles à son firmament, plus hautes que lavie ne contempla leur signe Souverain

Simonide de Céos mort jadis, récemmnt ressuscité,

Rendit par Dieu une fois de plus, une fois de plus pleuré des hommes,

Reluisait hier soir ô gloire frêle comme le souffle.

Frêle? mais h souffle de la renommée ravive, avive, couve en sa garde

Une vie si douce que celle-ci qui meurt et rejette la mort.

Le maternel amour, le frisson ravi Me la mer, de qui le flanc

Engendre une éternelle vie de joie qui mord comme l’âpreté de l’onde.

L’orgueil de la chanson, et d’oser la destinée du chanteur,

La tristesse douce comme le sommeil, et le rire clair comme un vin,

Empourprèrent et emplirent de fragances embrasées sa ligne lyrique.

Et telle la conque profère, comme la corde au heurt du plectre,

Une musique disant toute la musique mer en elle accumulées,

Poète bien-aimé, dont la louange est dite par notre douleur,

Telles tes chansons gardant ton âme, et, telles, restituent

Une vie si douce que celle-ci qui meurt et rejette la mort. Cote à côte, nous pleurâmes au tombeau d’or de Gautier

Ici, en esprit, me voici debout et qui pleure auprès du tien

Pourtant nulle haleine demortn’enprovienthostile, nulle ombre ne s’en projette lugubre, Seule une lumière à éblouir l’or vierge du suprême filon,

Seule une vapeur d’encens tiède du tabernacle même de l’amour.

Ni la rivière de ténèbres, le gué stygien qui s’interpose,

Ni l’heure qui vient férir et fendre comme une épée.

Ni la nuit victorieuse d’une lumière périssable

Ne sauront abattre, nï soumettre, ai séparer de nous par quelque arrêt abhorré Une vie si douce que celle-ci qui meurt et rejette la mort.

Prince de la chanson plu» douce quc’lc miel, lyrique Seigneur,

Ta France ne pleure pas seule, ici, une lumière qu’elle adorait,

De qui la renommée que l’amour illumine est l’héritage du monde

Des étrangers aussi, frèr: lujourd’hui, saluent en unisson de coeur

Une vie si douce qu? ceile ci qui meurt et icjcttc la mort.

& AI.GKRKON CHARLES SWINBURNE.

PRIÈRE MODERNE

à Henry Bérenger.

[Bouges encens évaporés sur les ciels pâles

Vitraux de pourpre et d’or barrés .de rameaux noirs 19 Autels aériens, mouvantes cathédrales

Soleils couchants, mystique apparence des soirs

Robes de lin, au lond des bois, le long des sentes,

Et, sur les fleuves dont les eaux sont frémissantes,

Cortège virginal des vapeurs bleuissantes

Voici qu’est descendu le ciel, à l’horizon,

Sous le regard éclos d’une étoile 0 mon âme,

Souviens-toi, pouf Celui que le silence acclame,

De garder et l’encens et la pourpre et la flamme,

Jusqu’à ce qu’ait jailli l’astrale floraison

Tragiques feux irradiés de tes prunelles

Rythme sourd de ton pas somnambule, ô Paris

Aspect mystérieux de tes formes réelles

Gestes de l’action dont le rêve est épris

Foule qui roule, blanche et noire, par les rues,

Laissant au souvenir, d’heure en heure décrues,

De vagues visions des têtes disparues

Scène du monde où l’Héroïne est la Douteur

Sur le masque du fou, sur la face du sage,

Partout j’ai reconnu sou. effrayant passage

Dans l’humaine cohue elle a seule un visage,

Le reste est sans regards, sans traits et sans couleur.

Puisse à tous et toujours tbn éclatant symbole, •-̃’

O soir, se révéler dans la double beauté ·

Du ciel, où la Pensée à l’Idéal s’envole

Et du sol, oit le cœur est du Réel tenté

Que l’attrait soit égal, car l’objet est le même

Sur la montagne ou sur ia croix, splendide ou blême, S.M

Fils de l’humble Marie ou du Juge Suprême

La même majesté dans le Christ apparaît

Tel, dans les yeux souffrants de la foule qui passe

Et dans la fête radieuse de l’espace,

Là, Douleur et Labeur, ici, Repos et Grâce,

Aux coeurs épris de lui Dieu se décèlerait.

EUGÈNE HOLLANDE.

DÉCOR ROMANESQUE

~t. A Saint Pot-RmtX.

|r ce fut, en l’e’.wol nacré d’ailes de cygpes, I La gloire de Cypris nue et baisant des rosés I Que le flot déroulé des pompeux satins rosda

t_ ,1?^ •». IA^ a-wv t *t> j4rt r>iaiiv I rwi (rilfiti

Fit resplendir sur les aaurs de cieux insignes. Toute païenne et souriante draperie

Sous l’or clair des fenêtres aux jolis losanges,

Avec des tons verts et sanglants d’orfèvrerie,

Et la bordure de licornes très étranges.

Toute païenne, et douce, et noble la déesse

Faite de roses et gaîment rose elle-même,

Adorable monceau de fleurs dont se parsème

L’étoffe lourde qui chatoie et qui caresse.

Et c’étaient, sous les plafonds de hautes ténèbres,

Des ors d’astres ciselés au sein de nuits calmes,

Des éclairs de casques et de glaives célèbres,

Et des crédences, et des floraisons de palmes,

Et des aigles écartelant d’armoriales

Ailes de nuit aux pourpres des blasons antiques

C’étaient parmi l’essor des arceaux héraldiques

S’exaltant vers le ciel d’ogives triomphales.

Et silences Mais les exquisités insignes

En ce décor de moyen-âge de ces roses

Que semait, en l’envol nacré d’ailes de cygnes,

La Cypris nue en la douceur des satins roses

CAMILLE MAUCLA1K.

LES VAINES DANSEUSES

9EUES qui sont des fleurs légères sont venues, ̃ Figurines d’or, et beautés toutes menues 9 Où s’irise une faible lune. Et !es voici

^̃^̃m Vp^Li .£* Il l»ï\ï l.tt* ra, JUKI»! « < J~sL IVs^) VVIV1

Mélodieuses fuir dans le bois éclairci.

De mauves et d’iris et de nocturnes rosés

Sont les grâces de nuit sous leurs danses écioses

Qui de parfums voilés amusent leurs doigts d’or.

Mais l’azur doux s’effeuille ’en le bocage mort,

Ht de Teau mince luit peînë, reposée

Comme un pâle trési r d’une antique rosés

D’où le silence en fleur monte. Encor les voici

Mélodieuses fuir sous le bois éclairci,

Aux calices aimés leurs mains sont gracieuses

Un peu’ de lune dort sur leurs lèvres pieuses,

Et leurs bras merveilleux aux gesles endormis

Aiment à dénouer sous les myrtes amis

Leurs liens fauves et leur caresse. Et certaines

Moins csiptives du rhytmc et .harpes lointaines,

S’en vont d’m. -?s subtil au lac enseveli

Boire des lis l’eau frêle où dort Je pur oubli. M

?~. FAUX VALÉRY. IMPRESSION

HE lac s’endort sous ses voiles de lichen vert, Sous les roseaux berceurs où frissonne une houle. Et, dominant les arbrisseaux plaintive foule,

S’érigent les vieux pins sous leur chape d’hiver.

Et sur ces choses, plane un long suaire de brume.

Dénouant ses vapeurs aux pointes des gazons.

Et les calmes lueurs dont l’espace s’allume

Nimbent de violet les molles frondaisons.

L’ombre du peuplier croit sur la route grise;

Le pommier neige à flocons" rosés sur le champ;

Et se noie aux clartés câlines du couchant

L’envol des cygnes blancs qui vibre dans la brise.

Flot de sommeil berceur sur mon âme versé,

De pénombre appalie où mon rêve circule;

Vol de rythmes chanteurs à mon cerveau lassé.

Raisonner C’est plein jour. Songer C’est crépuscule. EMILE WATYN.

SONNET

Ious avez murmuré, votre main dans ma main, Une phrase d’adieu très lente et très banale. Je n’ai pas dit comme autrefois Donc, à demain.

J- .t.r.

Je -n’ai pas prononcé de parole brutale.

Car je hais la douleur bruyante et qui s’étale.

Vous en ririez, avec vos airs d’enfant gamin.

Comme ils sont loin avec leurs senteurs de jasmin Les jardins enchantés où j’aurai fait escale.

Vous ne murmuriez pas des paroles d’adieu

Ces jours où, détournant de ma bouche vos yeux, Vous emplissiez mon cœur d’une extase rapide.

Et les moments si cis.-x, hélas j vite écoulés,

Où lasse après l’ar.u de votre amour timide r- Vous suiviez dans, l’air bleu vos rêves envolés, LÉON BLUM. FANES Lendemain

’Aujourd’hui c’est Vènise en deuil après les fêtes Les canaux que moiraient d’ors vains les girandoles S’attristent de bercer d’illusoires gondoles,

o,attnsrenr oenercero’tHuSOIres gonooles,

’̃•̃̃ s attristent Dercer a illusoires gondoles, Et les vols d’oiseaux fous présagent des tempêtes. Ils eurent trop raison naguère, les prophètes

Qui parlaient de l’ennui bourreau des jeux frivoles, ht de 1’heure où dépris de toutes mes idoles

Je rêverais l’exil absolu des ascètes

Adieu mon cœur est las de vos délices vides, Je me souviens je songe aux saintes Thébaïdes, Aux dunes de silence où le soupir des sables

Et des flots ravirait mon âme solitaire

Vers l’adoration des Dieux inconnaissables

En J’amour ingénu de l’éternel mystère.

L,a Victoire

9E Mage d’aujourd’hui, penché sur le Mystère,

Dérobe aux Sphinx muets les Arcanes des choses

m Dét~tt&uit SphtMx tnaet~i~s Arcanes des choses

Les lèvres de la Nuit par son baiser décloses

wmm L.es lèvres ue aa muic par son uaiser ueeioses Laissent le Jour immense illuminer la Terre.

Cabbalistes, sursum n’est plus temps de taire

Aux peuplas moribonds la Merveille des Gnoses

Voyez à l’Orient ces feux d’apothéoses,

Nimbes promis au front du rêveur solitaire

Zohar, Apocalypse, 6 Lumières, sans trêve

Rayonnez, rayonnez sur notre Crépuscule

Après quatre-vingts ans, le Siècle enfin se lève.

Le sinistre Sat-n qui ricanait recule

Les prftreu >ï,in triomphent, et l’Aurore,

Grand aigle éclabouastsiit les Ténèbres, s’essore,

EDMOND FAZY. SOIR DE VILLE

SB eau soir ponctué d’or de la Ville en rumeur El Dans le réveil encor puéril de l’année Quand la Lune si>r ia nuit molle et satinée

̃fifl Quand la Lune si »a nuit molle et satinée

Fait bleuir ses rayons maudits du seul dormeur,

Beau soir ponctué d’or où l’odeur émanée

Des églantiers et des lilas dans leur primeur

Sous l’humide parfum du marronnier se meurt

Loin fles jardins fleuris où d’abord elle est née.

Diffusion de la couleur et de l’odeur,

Diffusion aussi du roulement grondeur

Que font tant, de fracas humains parmi les rues,

Diffusion surtout, de l’âme en tout cela

Rayons bleuis, parfums mêlés, rumeurs décrues,

Mysticité du cœur dans Paris, tout est là

HENRY BÉRENGER,

I*a Vierge

LE STIGMATE

Ïous la dalmatiqiie bleue et blanche

Elle a passé, les bras tendus,

Laissant pendre au fil de sa hanche

a«i Laissant pendre au ni de sa nanenc

Les écharpes d’ombre, à flots perdus.

les longues brumes horizontales

S’élevaient sur les encensoirs.

Les lys blancs teign tient leurs pétales

Aux rougissantes pudeurs d?s soirs.

«

Elle a gravi, les yeux aux lumières

Vers les ciboires inconnus

Les sept marches d’or, coutumières

Des purs genoux blancs et des pieds nus,

Lente, claire, aile est montée au faîte

Les bras croisés, baissés les yeux

Avec les rayons du prophète

Diverges sur son front radieux, Il

a

Or voici toute la nef sonore

Murmurante au bruit de ses pas

Chantait

Offre au Seigneur tes lèvres pour myrrhe

Offre ton souffle pour encens

Offre tes longs yeux d’or où se mire

L’ombre des soirs incandescents

Offre au Seigneur ta blancheur de vierge

Sous l’aurore de tes cheveux

Et tout ton corps brûlé comme un cierge

En holocauste au dieu des vœux

Agenouillée en Vierge Marie,

Avec le geste triomphant

De tendre au Sauveur de Samarie

Ton grand cœur de mère et d’enfant.

III

Le poète parle

0, splendide comme une idole,

Laissant palpiter sur tes bras blonds

Tes cheveux, dorés pour étole,

Levant les mains vers les vitraux longs

’t.~M

Retourne-toi, haute et nimbée,

O Vierge, 0 Mère, 0 Coeur sans amant,

Vers la faible forme courbée

Qui tremble dans l’ombre follement;

Et, noire sur l’aube indécise,

Les pieds joints sous les plis étendus,

Telle que Saint-Franeois-d’Assise

Montrant le Stigmate aux éperdus,

Montre au cœur pur que tu fascines

ù.jrreur et d’orgueil les doigts ailés

La trace des lèvres divines

Aux pointes de tes seins étoiles,

Aottt pu !> «•• «-• EN PRÉPARATION

PAUL VALÉRY Y Carmen mysticnm.

MAURICE QU1LLOT Sonates-.

CLAUDE MOREAU Emaux sur Or & sur Argent. EUGÈNE HOLLANDE Beauté.

ANDRÉ GIDE De la Prese.

EDMOND FAZY Les Fanes.

LÉON BLUM Des Yeux.

HENRY BÉRENGER L’Ame Moderne.

MICHEL ARNAULD Les Adorantes.

P, L. La Vierge.

La Conqve




Où je souffle un appel à quelque dieu qui passe…

H. de R.




MDCCCXCI SIXIÈME LIVRAISON. 1 t’r AOUT.

La Conque

LE NUMÉRO DIX FRANCS ABONNEMENTS CENT FRANCS ««4

LA CONQUE, anthologie des plus jeunes poëtes, n’aura que douze livraisons, tirées chacune à cent exemplaires numérotés sur papier de luxe.

Elle ne sera jamais ni continuée ni réimprimée.

Chaque livraison de LA CONQUE est précédée d’un FRONTISPICE en vers, inédit. Nous avons publié les poèmes de MM. LECONJE DE LISLE, Lion DIERX, José-Maria DE HEREDIA, Stéphane MALLARMÉ, Algernon Ch. SWINBURNE. M’ Judith GAUTIER et MM. Maurice MAETERLINCK, Jean MORÉAS, Charles MORICE, Henri de RÉGNIER, Paul VERLAINE, Francis VIELÉ- GRIFFIN ont bien ̃voulu accepter d’inaugurer aussi la jeune revue.

3oe

Un frontispice à l’eau forte, par FÉLICIEN ROPS sera joint à la dernière livraison.

SOMMAIRE DU 1er AOUT

L’Amrita des Dieux JUDITH GAUTIER.

Laorimavere Virgines CAMILLE MAUCLAIR.

Ballade de Résurrection GERORGE DONCIEUX.

Vers LÉON BLUM.

Crépuscules psychologiques HENRY BÉRENGER.

Fanes EDMOND FAZY.

Le jeune Prêtre PAUL VALÉRY. Taur^tn&n maître Leconte de Lisle

L’AMRITA DES DIEUX

̃ ANS la nuit merveilleuse, au cœur duciel posée, ̃ La Lune resplendit pleine de l’Arfirita Qui, des pressoirs divins, en limpide rosée, ̃ Sang ciair des astres mûrs, lentement s’égoutta.

Tous les dieux vont venir boire cette lumière,

Ce philtre de jeunesse et d’immortalité.

Il leur rendra l’éclat de ta splendeur première,

Et de charmes nouveaux nimbera leur beauté Hors des swargas lointains ils se hâtent en foule Les dieux couleur d’opale, aux yeux fixes, les dieux Terribles ou très-bons. Kmportés par la houle

De leur désir, its vont, vers le vin radieux.

Déjà le chœur superbe en désordre s’attroupe

Autour de l’Amrita, l’etincelant trésor

D’impétueuses soifs font déborder la coupe

Et sur le monde obscur tomber des gouttes d’or. Dans l’ombre, un homme est là, te regard aux étoiles, Sans rêves, le cœur lourd, confusément troublé, Mais soudai à ses yeux, se déchirent les voiles Le breuvage divin sur sa lèvre à coulé

Dans l’être sans pensée une >me vient d’éclore

Sous l’éclaboussement de ’• iosée en feu

11 voit les immortels, en tremblant il adore, 11 pleure, et tend les bras vers le firmament bleu. Les dieux boivent encor l’un plus que l’autre avide

Ils s’enivreht d’amour, de puissance et d’orgueil. Enfin la coupe au ciel n’est plus qu’un croissant vide Les bienheureux ont fui, laissant l’espace en deuil.

Mais l’homme obscur a bu des gouttes du Mystère, L’infini tout entier a pénétré ses yeux

II est poète, il chante, et pour chaïme"r4a terre

Il dévoile le ciel et révèle les dieux.

JUDITH GAUTIER.

LACRYMAVERE VIRGINES A Georges Roche grosse.

HBt les Vierges, ainsi de pâles asphodèles H S’erabrumant de tristesse en les joyeux lilas, Aux célestes forêts, mythiques citadelles,

̃Sa Aux célestes torets, mythiques citadelles,

Inclinaient l’immense douleur de leurs fronts las.

Leurs seins aigus vibrant d’inapaisés sangtots

Aux baisers tépébreux d’un invisible archange,

Elles se déroulaient en leur cadence étrange,

Comme une mer d’albâtre aux harmonieux flots

Alors qu’elles passaient auprès des sveltes marbres

Sous l’austère salut, des chênes frémissants,

Ariane levait ses yeux morts vers les arbres

Sous ï’impïâèat.’e vol de ses deuils renaissants.

Niôbé g’effaraitj dans leurs longs cris stridents,

Du sifflement des traits empourprant les sept filles,

Et la douce Biblis, en son lit de jonquilles,

Souhaitait son eau pure à leurs beaux fronts ardents Tandis .- Marsyas saignant au tronc de l’yeuse

Ranitï ail sur sa lèvre en féu l’orgueilleux chant;

pour saluer troupe adorable et peureuse

Ûe J’hynine aux accords dompteur du Dieu méehaht. Dans l’ombre fraternelle où rêvait leur chagtin, t Des caresses chantaient sur l’aile des oiselles, J Et des paons constellaient de regards d’or cour elles

L’éventail d’émeraude orgueil du parc serein.

Et, les statues offrant l’exquis et triste hommage

De pleurs marmoréens aux perles de leurs pleurs,

Les Oiseaux et tes Bois offraient brise et ramage,

Les gazons s’enchantaient de rosée et de fleurs.

Mais le groupe sacré, dans son exil tremblant,

Insensible aux langueurs des triomphantes rosés,

Fleurissait l’horizon vermeil de ses bras rosés

Levés pour des appels vers le ciel somnolent,

Comme si, dans le sombre azur gemmé d’étoiles,

Une Galère d’or où s’efface un adieu,

EnHant pour tout jamais les ailes de ses voiles,

Eût bercé le départ implacable d’un Dieu

Et ces Vierges pleuraient l’Exil de la Beauté,

Car, sur le haut bûcher embaumé d’hyacinthes,

Ptus pâle que les lys dont ses tempes sont ceintes,

Adonis était né pour Ja divinité

Cypris avait serti d’astres ses boucles blondes,

Et, sous l’immensité des cieux mystérieux,

L’Adolescent avait aux lueurs d’autres mondes

Comme de grands iris ouvert ses larges yeux.

Alors les lys vivants, les Vierges aux paslents,

Empourprant leur candeur à la mourante flamme,

A l’Ombre, aux Dieux d’Enfer, noirs sphinx gardiens de l’âme, Avaient lugubrement dit les hymnes dolents.

Et maintenant ce champ de fleurs sous la rosée

Des pleurs, et sous l’effroi des vœux Plutoniens,

Dans la forêt, des Jeux et des Ris délaissée,

Troublait de ses parfums les songes anciens

Et les Faunes pensifs, et les funèbres arbres,

Pressentant des regreJs plus amers que les flots,

Ecoutaient s’abîmer • "’effrayants sanglots

Le lilial essaim de ces douloureux marbres.

CAMILLE MAUCLAIR. BALLADE DE RÉSURRECTION

IE tombeau divin a germé

Et Pâques sonne aux cathédrales. Autour du grand cierge allumé

J;1.

HIM Aaiuui un giciuu t-ictgt; a’iuiuu

L’encens déroule ses spirales,

Les vitraux diaprent les dalles,

Des alléluias éclatants

Volent de l’orgue à deux battants

La nef ouvre aux peuples sa porte.

Venez vous. Sauveur du vieux Tems,

Pour ressusciter l’âme morte ? Ÿ

II

C’est le dieu renaissant, c’est Mai,

Libre des prisons hivernales,

Qui monte dans l’nzur charme

Parmi les roses triomphales.

Il a fait taire les rafales,

Son souffle a tiédi les antans,

Des prés en fleur aux nids chantants

Régne sa vertu douce et forte.

Que peut l’haleine du printems,

Pour ressusciter l’âme morte P

III

Renouveau du cœur enflammé

Les voici, le* nuits nuptiales

Partout l’espoir du bien-aimé =.

Rosit les candeurs virginales

Partout, aux brises maiinales

Et sous les astres lactescent»,

Un vague émoi trouble tes sens,

L’air est plein de baisers. N’importe

II n’est philtres assez puissants

Four ressusciter l’âme morte.

ENVOI

O blanche reine de vingt ans,

Aux doux yeux, aux pensers constants,

qui les anges font escorte,

incline- toi, *i tu l’entens,

Pour ressusciter l’âme morte.

~o (IE0RGE D0NC1EUX, VERS

A P. L.

1, .I I i’,

Ï ES nuits d’été, les gens descendent dans la rue. Par la brume on les vcit passer, très vite, et puis Ce n’est plus rien qu’un tourbillon d’amour qui fuit

in I a #À r^Hin A sH 11 n^ in ^i^ fi 1 p v^n n 1 a

mimm Ce n est plus non qu’un tourbillon d amour qui tuit Dans le charme d’une vision djkparue.

Les arbres que le soir çmpoussierait d’or A J Sont maintenant tristes et vagues sous la lune.

Le ciel est bleu, le vent est chaud la terre est brune. Tout paraît lisse et clair comme dans un décor.

Les voix que l’on entend prennent, dans le silence,

Cet accent fauve et sourd qui vous épouvantait.

Souvenez-vous du bon chevalier, qui partait,

Dans la nuit un reflet d’étoile sur sa lance.

II

Votre robe, serrant un peu trop votre taille,

Vous fait trop frêle, avec quelque d’exquis.

Vous êtes la très pure et très naïve à qui

L’archange apparaîtra les matins de bataille.,

i

Si naïve, et si caressante, qu,e lfi ciel,

Le soif, pour vous, s’est fait d’un?-’ teinte plus pâle,

Lilas et bleu dans des transparences d’opale Et les fleurs d’un parfum. presque artificiel. Pourtant n’en soyez pas moins douce à nos faiblesses. Le vent plus frais ouvre les arbres du chemin.

Venez, ne parlons plus, je prendrai votre main.

Il faut des mots si peu chastes pour qu’on vous blesse.

III <

Là-bas ? où donc ? Quand on a quinze, ans, on souhaite

Des pays inconnus et des soleils, plus bleus.

Gardez-vous le regret des. p,ays fabujeux

Qu’avait rêy petite âme inquiété? Moi, je sais bien que sous des arbres plus épais, Au fond des bois que rafraîchiraient les fontaines, Je ne deviendrais pas dupe des choses vaines,

Je garderais l’orgueil stérile de ma paix.

Restons ici. Vivons paresseux et tranquilles,

Vous aurez des mots donx, comme pour me calmer. Et je vous aimerai de comprendre et d’aimer

Mes désirs sans espoir et mes vœux immobiles.

LÉON BLUM.

CRÉPUSCULES PSYCHOLOGIQUES

E rêve une colline étroite au jour baissant.. Des vapeurs s’en iraient par l’azur albescent ̃ Qu’une diffusion impalpable de rose

Nuancerait

Et ce serait

Notre secret

D’errer sous les bouleaux dont le tronc blanc se rose Par un suave après-midi de fin d’hiver

Songeurs d’amour parmi le rare gazon vert..

Et je rêve, au delà de l’étroite colline,

Des lointains bleu-foncé qu’une brume opaline Velouterait (l’un voile aux violets replis..

Moins loin, des plaines

S’étendraient pleines

D’albes baleines

Qui monteraient en blancs réseaux un peu bleuis D’un vieux toit pastoral ou des feux de fougères Qu’allument en plein champ les légères bergères..

Et les frêles bouleaux mettraient sur le ciel blanc Les dessins imprévus de leur treillis tremblant,. Le vent frissonnerait dans leurs fins ramuscules Et ce charmant

Frissonnement

Dirait comment

On doit s’aimer dans la douceur des crépuscules,. Et nos songes auraient ce frisson du bouleau Si doux qu’an ne sait pas si c’est le vent ou l’eau.. ï Ft~urier r~p,~g

Est-ce le vent ou l’eau qui glisse par vos branches Et se joue au travers de vos écqfçes blanches P Dites-le moi, bouleaux rêveurs, tendres bouleaux.. Point de r~ponse

L’ombre s’annonce

Et puis se fonce..

Le sombre soir se meurt sur de secrets sanglots Seul un sanglant sillon de rouge-de-saturno Il Trouble encore au couchant la grisaille nocturne. g

Puis, comme un souvenir en un cceur iourd d’ennui Ce rouge sombrerait lui-même dans )a nuit

Un magistral’silence assombrirait la Terre

Et les aspects

Des fonds épais

Prendraient la paix

Des soirs poignants où l’on pressent le grand mystère. Hélas d’où nous viendrait le mot essentiel

Obscurité du cceur sous la noirceur du. ciel

Le Mot essentiel, porte d’or des Sésames,

S’ouvrira-t.il jamais pour éMouir les âmes ? P

Obscurité du ciel sur la noirceur du coeur

Tout n’est qye rb~e

?) de br~~ ·

Qui brilie etcr&ve..

Le Temps dissout l’Amour et le Temps est vainqueur Nous sommes de la même ,étoffe que -nos songes :~¡’¡:if;¿ Qtt’on ttoutitendeia foi des, sinc~ffl mensonges 1

Soir pâle, bouleaux blancs; fin coteau galonné,

0 tendre et délicat décor imaginé,

Ne viens plus attendrir ma vision ravie.

E’msqtie.j~mM?

L~sprochaipstnais

_.QLHptu.pto~<;t9.

Ne rouvriront un c(Bttr endurci par la vie

Le Temps dissout ie Temps, et le Temps est vainqueur

Et Je Oe)’est’dbKur’eticor moins que le~ cœur)

HENRY BÉRENGER. F A N E S Indolence

|a douceur de dormir à deux dans la demeure I Pleine de lune pâle et de tremblantes palmés Est suave surtout lorsqu’on les blêmes balmes

BhI Est suave surtout lorsqu’on les blêmes balmes Du mystère nocturne un rêve noir s’épeure

O délice de voir s’enfuir le sombre leurre

Sous In crypte de mort et d’oubli des ciels calmes. O bonheur de sentir l’haleine des lys aimes

Du paradis parler aux âmes qu’elle effleure.

La chambre est un jardin de frissonnante flore, Un Eden où le vol musical du silence

Vibre comme une voix défunte de mandore

Et caresse en passant nos songes que balance

Loin du midi brutal ou de l’ardente aurore

Le souffle vague et frais de notre nonchalance. EDMOND FAZY.

LE JEUNE PRÊTRE

jt~~t~tat~yp~s.da’~Ftiin clérical,

1OUS les calmes cyprès du jardin clérical,

Va 1* jeune homme noir aux yeux lents et magiques. Lassé de l’exégèse et des mots liturgiques

II savoure le bleu repos Dominical. k~

L’air est plein de parfums et de cloches sonnantes

Mais le Séminariste évoque dans son coeur

Oublieux du latin murmuré dans Id Chœur

Un Rêve de bataille et d’armes frissonnantes.

Et, se dressent ses mains faites pour l’ostensoir

Cherchant un glaive lourd Car il lui Semble voir

Au couchant ruisselet le sang doré des Anges

Là haut! Il vcut.nageant dans le Ciel clair et vert

Parmi les Séraphins bardés de feux étranges,

Sonnant cor, choquer le fer contre i Enfer

14 Juillet. QÎÏ?) PAUL VALÉRY.

~MM. KN PRÉPARATION

PAUL VALÉRY Carmen mysticum.

MAURICE QUILLOT Sonates.

CLAUDE MOREAU Emaux sur Or & sur Argent. EUGÈNE HOLLANDE Beauté.

ANDRÉ GIDE De la Prose.

EDMOND FAZY Les Fanes.

LÉON BLUM Des Yeux.

HENRY BÉRENGER L’Ame Moderne.

MICHEL ARNAULD Les Adorantes.

P, L. La Vierge.


La Conqve




Où je souffle un appel à quelque dieu qui passe…

H. de R.




MDCCCXCI Septième LIVRAISON. r’r SEPTEMBRE.

La Conque

LF. NUMÉRO DIX FRANCS ABONNEMENTS CENT FRANCS S LA CONQUE, anthologie des plus jeunes poëtes, n’aura que douze livraisons, tirées chacune à cent exemplaires numérotés sur papier de luxe.

Elle ne sera jamais ni continuée ni réimprimée.

Ckaqtie livraison de LA CONQUE est précédée d’un FRONTISPICE en vers, inédit. Nous avons publié les poèmes de MM. LECONTE DE IJSLE. Lion DIERX, Josè-Maria DE HEREDIA, Stéphane MALLARMÉ, Algernon Ch. SW1NBURNE. M«’o Judith GAUTIER et MM. Maurice MAETERLINCK, Jean MORÉAS, Charles MORICE, Henri de RÉGNIER, Paul VERLAINE, Francis VIELË- GRIFFIN ont bien voulu accepter d’inaugurer aussi la jeune revue.

Un frontispice à l’eau farté, Par FÉLICIEN ROPS sera joint à In dernière livraison.

SOMMAIRE DU 1er SEPTEMBRE

Chanson PAUL VERLAINE.

Petites choses LÉON BLUM.

Pleine Mer ÉMILE WATYN.

La Fileuse PAUL VALÉRY.

La Dame en gris HENRY BÉRENGER.

Sonnets CAMILLE MAUCLAIR.

Sonnets EDMOND FAZY.

De Fleurs CLAUDE MOREAU.

D’Etoiles P. L. CHANSON

̃ ’HORRIBLE nuit d’insomnie Sans la présence bénie

̃ De ton cher corps près de moi WS Sur ta bouche tant baisée

Encore trop rusée

En toute mauvaise foi

Sans ta bouche tout mensonge

Mais si franche quand j’y songe

Et qui sait me consoler

Sous l’aspect et sous l’espèce

D’une fraise, bonne pièce

D’un très plausible parler

Et surtout sans le pcntacle

De tes sens et le miracle

Multiple et un, fleur et fruit

De tes durs yeux de sorcière

Durs et doux à ta manière.

Vrai Die.. la terrible nuit

PAUL VKRKA1NE. PETITES CHOSES

̃̃̃ ̃̃̃̃

̃ vent glisse et fuit sur vos mains tremblantes H jouez-moi la nuit doit vous inspirer ̃̃ Des airs languissants et des valses lentes

̃<"̃ Des airs languissants et des valses lentes

Des airs alanguis qui fassent pleurer.

Le vent qui s’enfuit rythmera nos rêves

Rythmera la voix lente de nos voix

Et nous pleurerons les minutes brèves

Dans l’ombre alourdie et fraîche des bois.

II

Si tu veux faisons un rêve

Moulons sur deux palefrois.

Pendant que tu te recueilles

En des rêves trop subtils

L’eau miroite entre les feuilles

Et le ciel entre tes cils

I’hœbé là-haut nous jalouse,

Mais son regard lent et doux

Met des voix dans la pelouse

Et des pleurs sur tes genoux

Regarde sa lueur danse

Sur l’ombre de tes bras nus.

Ecoute le veut cadence

La chanson d’Eviradmis.

o Si tu veux, faisons itft rêve

Montons sur deux palefrois

Tu m’emmènes, je t’enlève.

3m~ L’oiseau chante dans les bois. in

La pluie, en tombant parmi les rosiers

Perce des trous blancs dans les feuilles vertes Les pétales cl?irs des roses ouvertes

S’inclinent au ras des treillis d’osier.

Voyez-vous le faîte incliné des saules.

L’orage qui souffle à gros tourbillons

Y creuse de longs et souples sillons

L’orage qui fait trembier vos épaules.

Nous irons revoir tous deux, n’est-ce pas.

Le jardin jauni, le banc solitaire.

Sentez-vous l’odeur âpre de la terre

La terre mouillée où marquent nos pas.

LÉON BLUM.

PLEINE MER

Houleux béliers au large flanc Vague qui croule et se relève Amer baiser de petite Eve

̃̃il Amer bàjser de petite Eve

Où l’on ne s’offre que tremblant.

Bleu pâle, plus pâle et plus blanc

L’horizon semble ourler la grève

Je m’absorbe en le contemplant

On dirait un grand ciel qui rêve

Ciel tout peuplé de visions,

Envolernenl de papillons,

Sur la clarté des poupes neuves,

Voile en berne, signal de deuil

Se rapproche visible à l’œil.

Et voici sangloter veuves.

EMILE WATÏN. LA FILEUSE

1.ILIA NEQVE NENT.

Issise la fileuse au bleu de la croisée I Où le Jardin mélodieux se dodeline I Le rouet ancien qui ronfle l’a grisée.

Lasse, ayant bu l’azur, de filer l’agneline

Chevelure, à ses doigts si faibles évasive,

Elle songe, et sa tête petite s’incline.

L’âme des fleurs paraît plus vaste et primitive,

De plus jeunes parfums le val chaste s’arrose,

Et des lys ont pâli le Jardin de l’oisive.

Une tige, où le vent vagabond se repose

Courbe le salut vain de sa grâce étoilée

Dédiant, magnifique, au vieux rouet, sa rose.

Car la dormeuse file une laine isolée

Mystérieusement l’ombre frêle se tresse

Au fil de ses doigts longs et qui dorment, filée,

Le songe se dévide avec une paresse

Angélique, et sans cesse au fuseau doux, crédule

La chevelure ondule au gré de la caresse.

N’es-tu morte naïve au bord du crépuscule

Naïve de jadis, et de lumière ceinte

Derrière tant de fleurs l’azur se dissimule

Ta sœur, la grande rose où sourit une sainte

Parfume ton front vague au vent de son haleine,

Innocente qui crois languir dans l’heure éteinte

Au bleu :a )a croisée où tu filais la laine

PAUL VALÉRY. a LA DAME EN GRIS

̃ face des lueurs douces de la soirée

Et dans l’ombre de la fenêtre inéclairée Sous le charme de quels frissons viens-tu t’asseoir 9mmp rlnnt l*»s vpnx «mit cri* cnmm** l#> Soir

̃̃̃̃ Sous le charme de quels frissons viens-tu t’asseoir O femme dont les yeux sont gris comme le Soir Et dont Van Beers par un raffinement suprême

A peint les vêtements gris comme les yeux même C Ah, ce gris à la fois impénétrable et clair

Ce front haut sous ces fins cheveux blonds, et cet air De sensualité que la bouche écarlate

Et les grands yeux où la pupille se dilate

Donnent à ton visage un peu triste pourtant

Comme on sent bien dans ce regard inquiétant

Errer et vaciller l’éphémère tendresse.

Il émane de tout ton être une caresse

Impalpable et qui fait défaillir. On ne sait

Si c’est vers un désir ou bien vers un regret

Que ton âme s’en va parmi le crépuscule.

Plus on la veut connaître et plus elle recule,

La jeune âme indécise éparse au soir d’été.

Fragile âme à qui vont nos goûts d’éternité,

Quelle autre âme mêlée à ta mélancolie,

Te dira les mots où la tienne se délie

Et déchiffrant enfin tes vœux et tes aveux

Pour toi seule dira les ph.ases que tu veux ?

HENRY BÉREN’GER.

PRIÈRE

Ceint du Styx, mon rêve est un temple dans une Ile. c. M.

̃ OSE flottante au Styx neuf fois ceignant mon Rêve, Sfl Princesse pâle, éclos en cette île de nuit

13 Où des Dieux blancs et noirs se promènent sans bruit,

Erigeant leur énigme au seuil d’or de la grève. Ile de songe, où mon esprit rêve sans trêve Tu suspendras, fleur dedaigneuse de tout fruit, Ton décor de parfums à mon coeur qui reluit, Ostensoir qu’en ce Temple un désir vierge élève 1 Charme à notre Holocauste en l’île au fleuve noir Et puisque j’ai cueilli sur la rive ce soir

Ta consolation de rose crépuscuis,

Ah sois l’Aurore mëssSgère ct’lriddnhu,

Omphale que rehausse un opprobre d’Hercule, Et prophétise etîfiii que l’Archange est venu LES BANNIS

SXK’Oi de tous ces lotus en nos Thulés éclos SI Pas un ne s’enguirlande au monstre de la proue mm Et le rire au buccin du vert Triton s’ébroue,

Multiforme bouffon de nos altiers sanglots

Sinistre mer, que l’éperon quadruple troue

Nos rêves* accoudés pensifs sur les noirs flots

S’étioient, et le nain Orgueil vire la roue,

Et l’antenne s’efforce aux insurgis Ilôts

Cependant que debout sur la Guivre, au sillage Notre Espoir en habit de fer suit un mirage

Risible et beau comrne un Polyphème aveuglé Ah l’Ile est si lointaine à nos obèses voiles

Et ta nuit, Atlantide où nous avons cinglé,

C’est S’âpre Niobé pleurant les Sept Etoiles

LE CYGNE SUPRÊME Le Cygne jouait à la galère.

SAINT-POL ROUX.

IYGNE du Dernier Jour, défi vierge aux ténèbres Où des Gestes prédits par d’anciens nécromants Initieront d’inéludés écroulements,

JBm Initieront a ineiuaes écroulements.

Exalte agonisant l’amour des Morts célèbres

Et si le chaut rythmé des harpes de tes plumes

Insurge en ta candeur la Nef du Souvenir,

Qu’au moins le Vaisseau chante aux Léthés à venir Son mépris incroyant des mortelles écumes

Que sur Méduse plane un dédain d’Arion

Que la nef surnageante ait des mystères d’arche Aux noirs anneaux du Styx rampant comme un python Et que s’érige, en ta splendeur d’Espoir qui marche Vers la Léda d’aurore offerte au Cygne-Dieu,

L’inobscurci Départ de tes ailes d’adieu

CAMILLE MAUCLAiR. F AN ES

Mes Rêves.

JJIes rêves n’osent pas se divertir d’eux-mêmes BJ Vers le rire des Avalions

m Pleins d’avril éternel où marchent des poèmes Avec des ailes aux talons;

Mes rêves sont plaintifs comme les chrysanthèmes Et comme les doux violons

De l’automne en voyage et comme les pleurs blêmes De la lune sur les vallons

Mes rêves sont captifs de leur tristesse intime Ils n’osent pas prendre l’essor

Vers le joyeux pays à cause de l’abyme

Ouvert entre la rive d’or

Et le désert en deuil dont je serai victime

Au siècle des siècles encor.

Voyage

ME soir ma solitude est un lac de silence Et de songe où la nef de mes chimères glisse Vers des illusions de rive en le délice

vers ues musions ae nvc c« ic ucm-c

D’un rêve qui promet l’éternelle opulence

Une brise aux mortels parfums de pestilence

Nous mène lentement à l’île du supplice

Le doux lys de l’espoir effeuille sou calice

Et sa tige s’effile en venimeuse lance

Le mirage d’or fuit, la menteuse merveille

S’évanouit perdu dans les mornes ténèbres,

Mon navire joyeux pour l’enfer appareille

Et les oiseaux de l’ombre avec des cris funèbres Escortent le damne jusqu’aux lointains parages Où l’attend le démon des éternels naufrages.

EDMOND FAZY. DE FLEURS

aLLES avaient piqué des lotus dans leurs boucles Et mouillé leurs cheveux avec des parfums lourds S9 Leurs souples flancs roulaient des houles de velours

Leurs longs yeux Palpitaient comme des escarboucles

Leurs longs yeux palpitaient comme des escarboudes

Des couleuvres d’argent tournaient sur leurs bras nus Des colliers descendaient sur leurs mamelles grises

Leurs souffles délicats erraient comme des brises

Dans leurs voix tristes et leurs rires ingénus

Et les rougeurs des fleurs sur leurs bouches nocturnes Tremblaient avec des nonchalances taciturnes

Au bout de leurs doigts blancs ongulés d; carmin

Et les sourds tapis bleus déroulaient le chemin

Où les filles du dieu, sur des fleurs de verveines

Se charmaient l’une l’autre au fil des heures vaines.

CLAUDE MOREAU.

D’ÉTOILES

Die Sterne die begehrt man nicht.

SE désir infini suscité par les astres

Monte avec le noir, tremble avec l’ombre de nuit Le cpeur de marbre pur et qui s’épanouit,

•wmm Le coeur ue marore pur ec qm s ejmuuuiL, Fleur! ô les cœurs d’acanthe aux cous blancs des pilastres Eclot d’une colonne où Tordes astres luit.

Les souvenirs de l’être et la vie et du jour

Se perdent, vieux voiles oubliés par leur âme

Le cœur, Rose de glace aux doigts d’Elle, se pâme Et défaille et périt de la mort de l’amour.

Il se meurt d’une envie éternelle. Tranquille

Sa vision descend dans la nuit immobile

Descend, neige et l’ensevelit comme un époux,

Extase qui revient des étoiles heureuses

Suivre dans J’air nocturne au morne deuil des fous Le silence mortel mené par les pleureuses.

P. 1’. EN PREPARATION

PAUL VALÉRY Cf7’’mCM my~sticura.

MAURICE QUILLOT Surratcs.

CLAUDE MOREAU Emaux sur Or strr Argertf. EUGÈNE HOLLANDE Beaerlé.

ANDRÉ GIDE Dc la Prosc.

EDMOND FAZY Lcs Fancs.

LÉON BLUM Des Ycux.

HENRY BÉRENGER 7./tm<)M~f.

MI(:HEL ARNAULD Les adoravtes.

P, L. La Vicrge.

La Conqve




Où je souffle un appel à quelque dieu qui passe…

H. de R.




MDCCCXCI HUITIÈME LIVRAISON. I`’~ OCTOBRE.

La Conque

LE NUMÉRO DIX FRANCS ABONNEMENTS CENT FRANCS LA CONQUE, anthologie des plus jeunes poëtes, n’aura que douze livraisons, tirées chacune à cent exemplaires numérotés sur papier de luxe.

Elle ne sera jamais ni continuée ni réimprimée.

rwy

Chaque livraison de LA CONQUE est précédée d’zmz FRONTISPICE en vers, inédit. Nous avons publié les poëzues de MM. LECONTE DE LISLE, Léon DIERX, ~osé-Maria DE HEREDIA, Stéphane MALLARMÉ, Algerzron Ch. SWINBURNE, M,ne ’"fudüh GAUTIER et MM. Paul VERLAINE, ~eava MORÉAS. MM. D?nu- rice MAETERLINCK, C’harles MORICE, Hezzri de RÉGNIER ont bien voulu accepter d’iazaugzcrer aussi la jetcue revue.

>0<;

Un frontis~ice â l’eau forte, ~ar FÉLICIEN ROPS sera joint à la dernière livraison.

SOMMAIRE DU 1er OCTOBRE

Le Retour JEAN MORÉAS.

Le Rêve de la vie HENRY BÉRENGER.

Rondel d’automne GEORGE DONCIEUX.

Sonnets CAMILLE MAUCLAIR,

Antigone (fragments) EDMOND FAZY.

Sonnet EUGÈNE HOLLANDE.

Comme deux âmes-sœurs… MAURICE QUILLOT,

Hélène, la reine triste PAUL VALÉRY.

A Téodor de W. P. L. LE RETOUR

IÉTRÉE, chère tête

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Pareille au blond épi que la faucille guette,

O Pétréa, génisse indocile au servage,

Moins douce est la saveur de la pomme sauvage

Que ta bouche.

Contre des hommes belliqueux que la trompette enivre Mes bras tendirent l’arc, d’aubier où la sagette vibre Mais ils sauront aussi s’illustrer d’une lutte

Plus bénigne, ô Pétrée, et j’appris les secrets

Des pertuisés roseaux et de la curve flûte.

C’est temps nouveau quand de ses traits

Diane n’ensanglante les forêts.

C’est quand jouvence fait à Dioné service.

O gracieuse enfant, que clairs et simples sont tes yeux Déjà l’astre de Bérénice

Guide vers l’occident le Bouvier paresseux.

Pour que tu cèdes à mes pleurs

Ma main a dévidé des fils de sept couleurs,

Chantant l’air redouté

J’ai répandu la cendre

Des herbes de bonté.

La voix du rossignol fait ton âme plus tendre,

Et le favone agace, comblant mes vœux,

La couronne de pin qui mêle tes cheveux.

,«-«< JEAN MORÉAS. LE REVE DE LA VIE

HE Bois, qu’éblouissaient les fêtes de la vie, Déserté du soleil et du fracas mondain,

Se prépare au silence où le soir le convie,"

Aux suprêmes lueurs d’un ciel incarnadin

Le dernier équipage a quitté l’avenue

Où la nuit vient poser son immense dédain.

L’eau des lacs frissonnante ainsi qu’une chair nue Réfléchit les sapins dressant de noirs remparts

Sur un fond d’Occident pâli qui s’atténue,

Des arômes confus montent de toutes parts,

Odeurs d’acacias et de tilleuls ensemble

Et dans l’Orient blond semé d’astres épars

Surgit le fin croissant de la lune, qui semble

Tisser comme un réseau de languide clarté

Pour ce pur paysage où sa lumière tremble.

Sur le calme sommeil de ce lac argenté

Dont les cygnes neigeux semblent être les rêves Qu’il serait doux d’errer par cette nuit d’été

Volupté de voguer, insoucieux des grèves,

Au bruit d’avirons où la lune brillerait

Parmi les vaporeux fantômes qui s’élèvent.

Mais écoute voici qu’en plein lac on dirait

Qu’une musique monte au dessus dîs eaux grises, Tendre comme l’aveu poignant d’un cher secret Elle vient d’une barque où des femmes assises

Avec des vêtements qui leur donnent un air

De grands cygnes aux blanches ailes indécises

jettent leur âme avec leur. voix dans du Wagner, Et c’est bien l’âme aussi de ta nuit estivale

Qui vibre dans ces voix où nul mot n’est amer. Elle meurt, puis remplit l’élher par intervalles

La musique des voix sur le miroir des eaux.

O puissance de l’âme humaine sans rivale,

Plus noble que les chants des plus divins oiseaux, La voilà qui s’impose à la nuit attentive,

L’héroïque romance au dessus des roseaux 1

Toi qui restes ravie en rêve mir la rive,

Sais-tu quel invisible et sûr enchantement

Te retient sur ces bords, pénétrée et captive Ni le lac, ni la lune, ni le Bois dormant

Ni même de ce chant la tendresse infinie

N’auraient pu t’émouvoir aussi profondément.

Il fallait, pour goûter cette unique harmonie,

Que loin du vil fracas de la Ville en rumeur ’Jî

Ton âme fut enfin calmée, ô mon amie. ;S

II fallait que Paris ayant tu sa clameur

Ne fut plus rien qu’un bruit aussi faible à l’oreille

Qu’au cœur un souvenir effacé de douleur

II fallait qu’en cette heure où notre âme appareille

Vers les phares surgis aux noires mers du. ciel,

La Nature devint à l’Idéal pareille

II fallait que de tous les aspects du réel,

Des rumeurs de la ville et des formes des choses

II ne subsistât plus rien qu-; l’Essentiel

Alors, dans le silence infini des nuits closes,

Devaient s’ouvrir en toi comme en un chaste val,

Avec leurs fleurs vers une intime aurore écloses

Les candides rameaux du Rosier idéal

HENR" BÉRENGER.

RONDEL D’AUTOMNE

gSH, chère, j’ai le cœur bien las.

H Vois ce ciel trouble où meurt l’automne

H Et comme le bosquet frissonne,

Tout noir, et veuf de ses lilas.

Sourires appris, faux hélas,

De ce mensonge monotone, ’:).M!

Ah chère, j’ai le cœur bien las

Vois ce ciel trouble où meurt l’automne.

Pourtant j’.ii rêvé de doux lacs,

Une main délicate et bonne,

1 Une voix qui berce et pardonne

Et j’en ris encore aux éclats.

Ah! chère, j’ai le cœur bien las. j~

GEORGE DONC1EUX. SONNET

RSirage où s’exalta toute une Océanie

iDJ D’ors et d’aromes verts et de cieux inconnus, IlSa Tes Yeux lus par les miens et fleuris ingénus

w".e"n ""n a,hn r;n ,r~l.o :7a,F:

Smm es Yeux lus par les miens et fleuris ingénus

Comme une aube de nostalgie indéfinie

Tes mélodiques doigts surent, douce «gonie,

Célébrer si longtemps ces pays survenus,

Que de nos vœux d’antan naquirent, beaux et nus,

Des anges promelteurs de cet or d’insomnie.

Mais les Etoiles ont proclamé le mensonge

Dont l’ombre de tes cils alanguîssaït la gloire,

Et lé regret est né dans l’ivresse du songe

Et seul demeure, épars vol pâle eu la mémoire,

L’essor des.anges nés du luth où. se module

Un dernier rêve de notre âme au crépuscule.

CAMILLE MAUCLAIR.

SONNET

[es àrbffiâ que le yent courbe dans tes cours blanches I Jettent une ombre souple et claiie sur les murs. Il ne faut pas sortir les. fruits ne sont pas mûrs,

,1a. u~l~r’~ ~mrc.~a ac U U_l~i3 m, ji<`a m~,

Et des fleurs de pommier rosent seules les branches.

Viens cependant: le ciel est bleu. Quand tu te penches

Un peu, tes cheveux font sur ton front lisse et pur

Courir des frissons d’or et des reflets d’azur.

Tu pencheras sur moi tu nuque, et puis tes hanches.

Les chemins sont tout verts, d’un vett pâle et honteux.

Je lâcherai ta main si tu me le demandes,

Je passerai mon bras sous ton bras, si tu veux,

Les feuilles des fraisiers des plates-bandes,

Hélas les jours sont courts et nos douleurs grandes.

Le ciel est bleu le vent est bleu tes yeux sont bleus.

LÉON BLUM. ANTIGONE

If N lied suprême comme un soupir de baisers

M Charme de crépuscule et de douce folie La frêle floraison de tendresse .pâlie

La frêle floraison de tendresse .pâlie

Qui fleurit le tombeau de mes rêves brisés.

Les sons silencieux des voix- semblent posés L’aile close en les lys de ma mélancolie

Tels que des. messagers qui viendraient d’Idalie Caresser la langueur de désirs épuisés.

Mon cœur est un jardin d’automne où des violes Se lamentent, le soir, mystérieusement

Des colombes d’amour s’y plaignent, endormant La mort des roses par des plaintes sans paroles, Et l’âme nostalgique écoute infiniment

Soupirer le suprême arônje des corolles.

Sœur des sœurs, Antigone, Antigone, le soir

L’isolé se souvient de tes yeux d’ange-femme, De la paix que ton âme exhalait en son âme

Et de tes pleurs bénits mieux qu’une eau d’aspersoir Je t’offre à deux genoux ma tristesse, encensoir Où brûlèrent pour toi mes raves, Noire-Dame

D’Hellas, 8 Vierge morte avant l’épithalame,

Sainte dont la douceur fut mon seul reposoir 1 D’éternité je suis, Antigone, ton frère

Mais las 1 nos Dieux s’en vont dans ta nuit funéraire, Chrétien, je te murmure un langage moins beau Et ma voix ne t’est plus comme jadis amené,

Puisque tu dors si près du sororal tombeau

Ce long rêve charmé par les plaintes d’ismène.

Voie! l’heure de lune où la lande frissonne, Où la silencieuse approche du mystère

Isole étrangement la douleur solitaire

D’un cœur qui n’en ferait confidence à personne. Parmi le crépuscule, une voix d’aube sonne

Le signal rayonnant du- départ pour Cythère

Mais la nuit maternelle est comme un baptistère,

Salut des lys en pleurs que le péché moissonne

L’eau lustrale d’oubli que versent les étoiles

Console ta tendresse inutile, ârae-cygne,

Esprit pur, esprit seul, dont la femme est indigne,

Coeur qui ne daigneras jamais, levant tes voiles,

Pour prix d’un charme faux, de mauvaise origine,

Etre l’ami d’amour de l’éphèbe Androgyne

EDMOND FAZY.

(Fragments)

SONNET

A Hortense P.

IARCE que le matin de ce jour fut sans nue Et que mes yeux se sont ouverts sur la beauté D’un, ciel vaste, paré de sa jeune clarté,

̃̃̃ D un ciel vaste, pare de sa jeune clarté,

Mon cœur a défailli d’une langueur connue,

D’une langueur qui m’est de vous, un jour, venue,

Lorsque votre regard, aube de volupté,

Semblait permettre à mon désir sollicité

De voler en chantant dans sa bleue étendue.

Mais tes ombres du soir dont le ciel s’est rempli,

Tandis que je donnais à mon rêve des ailes,

M’évoquent tristement les ténèbres d’oubli

Dont vous voilez pour moi l’azur de vos prunelles,

Comme si vous preniez un plaisir orgueilleux

A me voir si longtemps errer au bord des cieux.

"-4~ ’L. EUGÈNE HOLLANDE. COMME DEUX AMES-SŒURS.

Iommr deux Ames-Sœurs qu’enguirlande le Rêve, La neige de leur cœur, pâlissante, s’élève

Ainsi qu’un hymne lent vers le Ciei. Suppliants,

̃SI Ainsi quun nymne lent vers le i.iei. ouppuams, Les grands lys enlacés aux pétales brillants

Offrent au vent des nuits la lourdeur de leurs tempes;

Et leur prière passe, ainsi que par les temples

S’égare un peu d’encens autour des grands piliers

Vers les Anges de bois qui sent agenouillés.

O dans la Nuit, ces deux Blancheurs voluptueuses

Qui se cherchent, dans l’ombre, au couvert des yeuses,

O Narcissus, dont les délicates pâleurs

N’approchent encor pas I’étrangeté des leurs.

C’est le Rêve attendri des Ephèbes-Archanges,

C’est le brillant parfum des voluptés étranges,

Où le caeur croit trouver un peu d’apaisement

Et l’oubli de Celui qui n’a pas de serment.

Puis, écoutez la voix majestueuse et calme =

Qui, dans la Nuit d’argent, se développe, et clame

« Venez à moi, les écœurés, ies indolents, ~~i-~

Qu’un chant indéfini berce en ses rythmes lents,

Durant les longs baisers rendus aux bouches pâles

Venez je vous dirai quelles morts dans quels râles Trouvent les yeux mi-c!os qui se ferment an jour,

Pour s’entr’ouvrir le soir aux ardeurs de l’Amour. »

Une brise a pleuré dans les feuilles séchées.

Abandonnant au vent leurs corolles penchées,

Et plus pâles encor, et plus dolents aussi,

O lendemains d’aimer où l’on reste transi

Fatigués de l’Aisur où plane le Mystère,

Les Lys se sont courbés pour regarder la terre.

MAURICE QUILLOT, HÉLÈNE, LA REINE TRISTE

[ZUR c’est moi Je viens des grottes de la mort Entendre l’onde se rompre aux degrés sonores Et je revois les galères dans les aurores

.Jv.v’

Ressusciter de l’ombre au fil des rames d’or.

Mes solitaires mains appellent les monarques

Dont la barbe de sel amusait mes doigts purs

Je pleurais Ils chantaient leurs triomphes obscurs

Et les golfes, enfuis aux poupes de leurs barques

Voici les conques profondes et les clairons

Sévères qui rhytmaient lé vol des avirons

Le chant clair des rameurs enchaîne le tumulte,

Et les Dieux A la proue héroïque, exaltés

Dans leur sourire antique et que l’écume insulte

Tendent vers moi leurs bras indulgents et sculptés PAUL VALÉRY.

A Téodor de W.

̃aïf, aux yeux à fleur de tête et grands ouverts, II 11 a taché de sang le vol sacré du cygne; 9 Mais il pleure, le Fou, le Pur.

B8|9 Mais il pleure, le Fou, le Pur.

Une procession lente de chênes verts

S’ébranle vers la nuit où va rougir le Signe.

Sur le lys qui descend d’avoir regardé Dieu

Ne prévaudront les roses ni les chairs fleuries

II sait-par la pitié la Blessure, et le feu

Jailli des trous d’enfer par les sorcelleries.

Et la Femme aux yeux d’ombre en qui vivait l’effroi

D’avoir étreint dan» ses genoux dressés le Roi,

Se prosterne entre ses cheveux de madeleine.

Sanctus et Hosanna vers le preux Parsifal

Qui marchant sur les fleurs dans le soir triomphal

Brandit à bout de bras vers le Graal la Lance

(Tiff L,

ffayreuth, 3 Avùf. KN PRÉPARATION

PAUL VALÉRY Carmen mysticum.

MAURICE QUILLOT Sonates.

CLAUDE MOREAU Emaux sur Or & sur Argent. EUGÈNE HOLLANDE Beauté.

ANDRÉ GIDE De la Prose-

EDMOND FAZY Les Fanes.

LÉON BLUM Des Yeux.

HENRY BÉRENGER L’Ame Moderne.

MICHEL ARNAULD Les Adorantes.

P. £t La Vierge.

La Conqve




Où je souffle un appel à quelque dieu qui passe…

H. de R.




MDCCCXCI o

Neuvième LIVRAISON. ior NOVEMBRE.

La Conque

LE NUMÉRO DIX’ FRANCS ABONNEMENTS CENT FRANCS

LA CONQUE, anthologie des plus jeunes poëtes, n’aura que douze livraisons, tirées chacune à cent exemplaires numérotés sur papier de luxe.

Elle ne sera jamais ni continuée ni réimprimée.

Chaque livraison de LA CONQUE est précédée d’un FRONTISPICE en vers, inédit. Nous avons publié les poèmes de MM. LECONTE DE LISLE, Léon DIERX, Josè-Maria DE HEREDIA, Stéphane MALLARMÉ, Algernon Ch. SWINBURNE, Mme Judith GAUTIER et MM. Paul VERLAINE, Jean MORÉAS. Charles MORICE, MM. Oscar WILDE, Maurice MAETERLINCK, Henri de RÉGNIER ont bien voulu accepter d inaugurer aussi la jeune revue.

Un frontispice à l’eau forte, par FÉLICIEN ROPS sera joint à la dernière livraison.

SOMMAIRE DU 1er NOVEMBRE

Vers CHARLES MORICE.

La Beauté Purificatrice EUGÈNE HOLLANDE.

La Belle au bois dormant PAUL VALÉRY.

Un Port CLAUDE MOREAU.

Vers LÉON BLUM.

L’Angélus du Cœur HENRY BÉRENGER.

La Femme aux paons P. L. VERS

Hl. va léger comme un baiser, H L’ignorance toute sciente. La gravité toute riante, Parmi les bois apprivoisés.

Et les bois sont ailés de voix

Et fleurants d’odeurs alizées

Pour cette âme fleurdelisée

Par la jeunesse de sa joie.

Il capte dans ses larges yeux,

Que leur impudence innocente,

Tout ce qu’il peut voir où qu’il. hante

Et loin et par delà les lieues.

II désire, il aime, il veut tout,

Les visages, les paysages

Et combien sa folie esi sage

Que le bpis de mai mire ei loue

Mais comme il est celui que tout

Appelle et celui que tout choie

II n’a pas le loisir du choix

Et va toujours il ne sait où.

11 va et ses pieds sont des ailes

Il vole sans prévoir le soir

Etant parti riche d’espoir

Pour des matinées éternelles.

Et triste la fin du chemin

Que le bel éphèb»; émerveille:

Silencieusement surveille

Les fleurs qui fanent dans sa main.

CHARLES hC.ICE.

@11’ LA BEAUTÉ PURIFICATRICE Au V’e E.-M. DE Vogué.

« La félicité gît dans le sentiment de la Beauté,

point le plus élevé de la vie morale. »

LEIBNITZ.

IN voile de vapeur flottait devant mes yeux La tête en proie au mal et pesant vers la terre, 1 Je marchais, défaillant, dans un air délétère,

MSll je marchais, défaillant,,dans un air délétère, Et mes pieds étaient lourds, comme s’ils étaient vieux Et les bruits des vivants dans la ville géante

Révoltaient mon oreille et me heurtaient au cœur, Comme si d’ennemis un innombrable choeur

En clamant sur mes pas m’eût rempli d’épouvanté. En hâte, vers quel but? la multitude allait. Leurs gestes étaient fous .et leurs -yeux étaient vides Que faisais-je, étranger, parmi tous ces stupides, O mes rêves, troublés des visions du laid P

La foule se hâtait, dans son cercle de peine,

Cependant que l’instinct me poussait, âme et corps, De l’éperon, du fouet, de la voix et du mors,

Comme un cheval blessé qu’un bon cavalier mène, Loin des douleurs, loin du labeur artificiel,

Loin des mille maisons dont l’étreinte de pierre Etouffe l’air d’en haut et presse la Lumière

Loin des bouches de feu qui crachent sur le ciel

~~oM~R~]~ma~s~~t~a~t~ ~at~l

Vers la plaine, ma vaste et ma libre patrie i

Vers les climiips et les bois, refuge et réconfort Vers les grands prés en fleur, d’où je revenais fort, Quand j’y portais, enfant, mon âme endolorie. Je matchais; et Paris décroissait lentement, Et déjà j’oubliais Mes haines en allées,

Quand, dans tes cieuz, de musicales envolées Montèrent, conviant ma pauvre âme gaîment.

Douce chanson de l’espérance qui m’appelle

Et voici qu’un parfum s’épand dans l’air léger.

Un souffle frais le porte et le fait voyager

Des bourgeons près d’éclore à l’herbe encor nouvelle. Or une jeune fille aux yeux de bleu velours

Passa, vive à marcher, et j’eus d’elle un sourire.

Ses cheveux, casque d’or où le soleil se mire,

Aimantant mon vouloir firent mes pieds moins lourds. Un charme fut soudain diffus dans la nature.

Le ciel, ftme d’amour faite visible aux yeux,

Bas, avec un recul d’azur mystérieux,

Touchant à ce qui passe atteignait ce -qui dure.

Et je lui dis « Ecoute, ô Bienfaisante Viens t

« Puisque tes pas aimés font tressaillir la terre]

« Et que de son pouvoir elle tâche à te plaire, .»

« Si tu veux, car je suis captif en tes liens

« Noua irons nous cacher en la forêt complice

« De quelque mont, là-bas, où vivent moins d’humains. « C’est là que, joint à toi des et des mains,

« II se peut que mon bonheur s’accomplisse. « Oh I ne me traîné pas au milieu des: damnés

« j’ai traversé leur foule et ma face en est pâle. `

« J’ai peur J’entends le son de la pierre tombale

« Qu’ils touchent en marchant aussitôt qu’ils sont nés. « Ils bâtissent dessus, te dis-je, lenr demeure !~` « Ils la cimentent bien avec des sueurs d’or

« Et mettent au dedans leur néant pour décor,

« Mais la bâtisse croule et le sépulcre affleure

« Nous, si tu veu*^ fuyons nous vivrons défendu»- ~.=:

a pe l~effatï`.qr~e~t~u~c~a~~ ~i~kfe

« De l’effort que toujoua. à quelque autre est contraire,

« Et nos corps oubliés ne pourront nous distraire

« D’écouter nos pensers ensemble confondus. « Le temps prendra nos jours, comme le vent les feuilles. « Nous n’aurons nul regret de les voir s’envoler

« Quel songe fait celui qui les veut assembler!

« Promets-tu la durée à des fleurs que tu cueilles ? P « Mais tu vas ton chemin Par grâce, écoute encor « Pitié Je suis un cœur mauvais, hanté des vices « J’embrasse tes genoux, pour que tu me ravisses « A la séduction qui leur donne l’essor. »

Elle me répondit « Marchez donc dans ma voie « Je suis soeur des damnés et je n’ai point de peur. « Vous m’aimez ? Suivez-moi, vous deviendrez meilleur « Et même vous ferez l’œuvre humaine avec joie. »

0 Beauté de l’Aimée ô Souverain Pouvoir

Tu domptas de mon cœur les puissances rebelles

Et ta grâce .îyant mis le nombre et l’ordre en elles,

J’eus l’âme harmonieuse à force de te voir!

Comme un brusque rayon d’aurorale lumière

Apaise et fait chanter dans sa joie, au réveil,

Le dormeur qu’effrayait un monstrueux sommeil,

J’ai vu la Vérité, Femme, sous ta paupière.

J’ai connu que la vie est un rêve et fait peur,

A moins d’y découvrir le Dieu qui la pénètre

J’ai connu que ce Dieu, c’est la Beauté, dont l’être

Se dérobe aux cœurs froids indignes du bonheur,

« Cherches, vous trouverez! Sais-tu, ma douce amante, Lorsque, dans la cité, mes pas rythment tes pas,

Que ces mots, par moments, mon cœur les dit tout bas, Et sais-tu que ta voix tendrement les commente P

Elle ’dit- « Près de moi tu vas, tes yeux sereins,

Dans des clartés, aux sons d’un orchestre invisible,

Parce que le Divin, dans ma chair fait sensible,

Par ta lèvre est touché, quand des bras tu m’étreins Mais ma beauté révélatrice est périssable.

Elle t’a dit le mot de la félicité

Prends garde que la haine est une cécité.

Le secret est d’aimer d’un amour inlassable »

\S. EUÇS^E IipjLI.^NDE. LA BELLE AU BOIS DORMANT

1A Princesse, dans un palais de roses pures

Sous les murmures et les toujours dort.

Elle dit en rêvant des paroles obscures, <

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^^̃^̃^̃^̃^̃B ^^44 W *^a«P V&4 A V V W4« » ^t^^Br *»»*# w vwvm> *tf J

Et tes oiseaux perdus mordent ses bagues d’or.

Elle n’écoute ni les gouttes dans leurs chûtes

Tinter, au fond des fleurs lointaines, lentement

Ni s’enfuir la douceur pastorale des fiâtes

Dont la rumeur antique emplit le bois dormant.

.O belle suis en paix. ta nonchalante idylle

Elle est si tendre l’ombre à ton sommeil tranquille Qui baigne de parfums tes yeux ensevelis

Et, songe, bienheureuse, en tes paupières closes Princesse pâle dont les rêves sont jolis

A l’éternel dormir sous les gestes des Rosés

PAUL VALÉRY.

UN PORT

t’OC<<;éo!gt~ ~ôc~ ~ur n)M .u~ai.tée

I’ocrb éclatant dès rocs sur la mer bleue ailée

S’ombre de lilas clair à. l’aurore en éveil

Dans le port ébloui d’azur et de soleil

t ̃t ?i j- iit_

mK^mÊ uans le porc qoioui a azur et ue soleil

Qui pavane l’orgueil de sa queue ocellée

Le quai monumental de marbres et d’airains

Où s’éloignent des perspectives de colonnes

Accueille les traitants venus des Barcelones Des Rhodes et des, Tyrs par les déserts marins Entre des zingaris bariolés, des femmes

Passent. Dés bateliers bruns dorment’ sur tes rames.

»Dcs nègres heurtent des cages et des ballots

Lourds sur des planche* frôles, et jettent leur charge

Aux vaisseaux accroupis les aile* vers le large

Prêts & (tari: d’un vol lent, efAeureur des. Hat*.

M~.t; CLAUDE MOKEAtf. VERS `>

..J:j ()

i

Ians le jardin, près des rosiers qu’un souffle frôle

Telle, les soirs d’été, légère, elle passait.

Je marchais," immobile à côté d’elle, et c’est

Le vent seul qui faisait frissonner son épaule.

Un frisson me prend au regret des soirs d’été,

Frisson d’amour, regret vague qui se dérobe,

Les soirs sont loin où les reflets bleus de sa robe

Mettaient la joie en mon pauvre cœur enchanté.

Quand la brise soufflait plus fraîche dans les branches, Ses cheveux fins semblaient s’éparpiller dans l’air.

par instants le ciel bas s’entr ouvrait d’un éclair.

Elle marchait très droite en redressant les hanches.

II

O vous, que pour me faire pubtier j’ai choisie

L’oubli que je cherchais en vous n’est pas venu.

Je baiserai pourtant votre bras lisse et nu

D’un baiser tendre, avec quelque mélancolie.

Vous m’avez accueilli, plus douce, avec douceur.

Et souriant presque gaîment de votre œil grave,

Je resterai votre ami cher et votre esclave,

Je serai votre frère et vous serez na sœur.

Lorsque noua rentrerons, la nuit, par les rue* vides,

Les pavés. gris, au clair de lune, blanchiront,

Je poserai mon front lassé sur votre front,

J’effacerai sous me» baisers vos tristes rides.

~f m’

Nous viendrons nous asseoit’, quand nous serons lassés, Dans le jardin, sous l’ombre claire dès verdures. `

Nous ne nous dirons pas de paroles drop dures.

Nous serons indulgents comme par le passé ?

Nous penserons au jours .heureux. des étés proches,

Aux jours heureux que les rayons purs traversaient,

Je ne sais plus les mots cruels qui vpus blessaient

Nous causerons sans ironie et sans reproches.

Nos espoirs sont- ternis nos désira sont calmés, .f

Mais laissez-moi, les yeux fermés, revoir en songe,

Les jours enfuis, les rêves morts, les vieux mensonges

Et croire que jadis nous nous sommes aimés,

e J.ÉON 81. UM, L’ANGELUS DU CŒUR

) 1 ("2J’»r> 1 Z, ~>

ttBttts; correspdmtinëe &tMBge ~it’tp-t-H

Entre la mort du jour et, Il’aube’de mes rêves t Pour oue tous mes plus chers ttouvettifs’de bonheur ’a- ~f~.f.~ -t.

SJB^BJBJQ|BJBJ |J|J| Ui4C LVU9 âltViT U* V«tT V|lbAM ^v*»,

Soient mêlés à celui de ce moment charmeur Où les. molles clartés se succèdent trop brèves Sur l’Occident, tantôt puissatt, tantôt subtil ? P Sans doute les espoirs que mon âme recèle. Comme. sous an climat clément de tendres fleura, A la fraîcheur du soir ouvrent mieux. leurs pétales, Quand la Vie assourdit les richesses brutales De ses (ormes, de «es bruits et de ses couleur»

Sous la diffusion de Tbmbre ^niv-ersellel 3 ~-t

0 crépuscule, ô rêve extérieur du ciel,

Oasis embaumée où le Temps dans sa fuite

Eternelle s’arrête et s’oublie un moment,

O rêve, ô crépuscule aussi du sentiment,

Halte du coeur où la mystère nous invite, ̃

Oubli de l’action, baume du mal réel,

Salut, frères gémeaux dans l’espace et la vie I- N’êtes-vous pas l’étoile et les vents alises

Pour l’ame qui voyage aux océans du songe t Elle bénit en vous 1« bienfaisant mensonge

Du clair-obscur par qui vous idéalisez

Un monde qui la tient de trop près1 asservie.

O Crépuscule, o Rêve, adelphes qui mêlez

Dans le soir délicat vos formes- enlacées, ç

Combien d’illusions parfaites je vous, dois

Faites pleuvoir toujours avec vos divins doigts Une neige de fleurs pâles et de pensées

Par les firmaments clairs et sur nos coeurs troublés

Pour qu’en dépit du mal, en dépit des orages, Des aveuglants soleils et des pesantes nuits,

Nous retrouvions encor pour nos, r&yes, qulçxtle ’’H

Trop de lumière ou trop, d’obscurité, l’Asile

Où ne pénètrent pas les terrestres ennuis,

L’Eden spirituel aux imprévus mirages 1

Eden d’apothéose ou flottent des parfums

De verveine et d’iris H»!ès d’héliotrope,

Eden suave où les plus’ sceptiques esprits z’r

Rapprennent le Credo des espoirs désappris,

Où les derniers songeurs de notre vieille Europe

Viennent se consoler de leurs dogmes défunts, Contre le plein soleil; contre la multitude,

Salut et sois béni, miraculeux séjour

Où l’Angelus du Cœur éternellement tinte,

Pays de la tendresse et de la demi-teinte,

Crépuscule, tombeau de la nuit et du jour,

Rêve, tombeau du doute et de la certitude 1

Hff»RV BÉRENGER.

LA FEMME AUX PAONS

Besnard pinxit.

IBS paons légers suivent une femme Sur le bleu d’un rêvo.

Une blancheur, un épithalamo De plumes s’élève,

Les paons sont blancs, les plumes sont blanche*.

Elle, cit rouge, et nue.

Les paons câlins suivent vers ses hanches

L’odeur reconnue.

Effleurant l’herbe, allongeant leurs queues

Os vont derrière elle

Qui disparaît sous les branches bleues

Fugitive et frêle

C’est un soupir, c’est une caresse

Leur démarche ailée.

Ils ont aimé cette chasseresse

Pan» l’ombre étoilée

Ils ont moulé leur col à son ventre

A ton dos leurs plumes

Et doucement- se glissent vers l’antre

Comme un vol de brumes,

Vers l’antre bleu des fleurs nuptiales ..r~

Des fleurs fraternelles

Où s’aoa.idonnent le; cheveux pâles ~i.~

A:’ M^lés dans les ailes, UN PRÉPARATION

PAUL VALÉRY Chorus mysticus. MAURICE QUILLOT Les Beaux >Ai>ares. CLAUDE MORE AU ’L’Or & et la Nuit. CAMILLE MAUCLAIR Les Apparences. EUGÈNE HOLLANDE Beauté.

ANDRE GIDE Traité du Narcisse. EDMOND FAZY Ahtigone.

LÉON BLUM Des Yeux.

HENRY BÉRENGER L’Ame Moderne. MICHEL ARNAULD Les Adorantes. P. L, Les Seins Etoilés

La Conqve




Où je souffle un appel à quelque dieu qui passe…

H. de R.




MDCCCXCI Dixième LIVRAISON. i(’r DÉCEMBRE.


La Conque

LE NUMÉRO DIX FRANCS ABONNEMENTS CENT FRANCS

LA, CONQUE, anthologie des plus jeunes poëtes, n’aura que douze livraisons, tirées chacune à cent exemplaires numérotés sur papier de luxe.

Elle,.ne sera jamais ni continuée ni réimprimée.

Chaque livraison de LA CONQUE est précédée d’un FRONTISPICE en vers, inédit. Nous avons publié les poèmes de MM. LEÇON TE DE LISLE, Léon DIERX, José-Maria DE HEREDIA, Stéphane MALLARMÉ, Algernon Ch. SWINBURNE, Mme Judith GAUTIER et MM. Paul VERLAINE, Jean MORÉAS, Charles MORICE. MM. Oscar WILDE, Maurice MAETERLINCK, Henri de RÉGNIER ont bien voulu accepter d’inaugurer aussi la jeune revue.

e Un frontispice à Veau forte, par FÉLICIEN ROPS sera joint à la dernière livraison.

SOMMAIRE DU 1er DÉCEMBRE

Lied MAURICE MAETERLINCK.

La Promenade. ANDRÉ GIDE.

Vers. LÉON BLUM.

Sonnet. CAMILLE MAUCLAIR.

Les beaux avares d’eux-mêmes. MAURICE QUILLOT.

La vierge au piano HENRY BÉRENGER.

Glaucé P. L. f

Il

ous avez allumé les lampes 0 te soleil dans le Jardin Vous avez allumé les lampes P Je vois le soleil par tes fentes,

A 9 1.

J~ .11 w’u

Ouvrez les portes du Jardin a

Les clefs des portes sontjperdues i

II faut attendre, il faut attendre i

Les trois clefs tombent de la tour,

Il faut attendre, il faut attendre,

II faut attendre d’autres jours.

D’autres jours ouvriront les portes

La forêt garde les verrous,

La forêt brûle autour de nous

C’est la clarté des feuilles mortes

Qui brûlent sur le seuil des portes.

Les autres jours sont déjà las i

Les autres jours ont peur aussi i

Les autres jours ne viendront pas

Les autres jours mourront aussi

Nous aussi nous mourrons ici.

@J;

MAURICE MAETERLINCK. /’tQ\ "M’1~J ~~r’

LA PROMENADE

̃ous’nous sommes levés un matin

S Nous étions las d’attendre quelque chose,

I Et comme le ciel était rose

Nous sommes partis un matin

En nous tenant par la main

Le long des berges du chemin

Parmi les fleurs écloses.

Nous avons marché jusqu’au soir

Le long de la route e

Et tu me disais nous allons, écoute

Vers l’Eglise où il y a quelque chose à voir.

Les prunelles après cet obscur sommeil

Et encloses sous les opaques paupières

Avaient oublié les lumières,

Mais dans la forêt aux clairières

S’ouvraient et avaient des éblouissements roses Aux lucides métamorphoses

Du matinal soleil.

Et nous écoutions les chants clairs

De tous ces oiseaux dans les branches,

Nous avoi.s marché jusqu’au soir

Nous avions le lointain espoir

De voir quelque chose:

Quand se sont éloignés les ombrages humides, Les sourires des bords des eaux, C’était l’heure candide

Où les sources s’évaporent

Entre les roseaux.

Mous avons déploré que fut si brève l’aurore, Les brumes au bord des ruisseaux

E,t la paix ombreuse des branches.

Et comroti l’Azur illumine,

Tu mettais ta main dessus tes yeux pour voir Au loin, les toits des villes blanches

Sur les calmes collines. Nous avons marché jusqu’au soir

Jusqu’à la nuit venue

Vers l’Eglise inconnue.

Les rüyar~~ .penches s>. of~t envqbf 1~ ~la~e k -VE

Les rayons penchés ont envahi la plaine. ̃"

Les grands rayons se sont assoupis sur la plaine

Des chants sont montés aux Azurs pacifiques

Et clans les lointains éblouis, des haleines

Vespérales et purpurines sont montées I Pour accueillir la chute oblique du Soleil.

Alors notre âme s’est assise sur la mousse

A cause des nuages vermeils

Et parce qu’un doux parfum montait de la mousse,

Un peu de jour mourant encore se désole

Et tu as murmuré des antiques paroles. .s.

Alors le crépuscule s’est clos.

Le sentier qui fuyait s’est caché sous la mousse _~>

La route s’est enfoncée dans’ la vasb,

Et nous eûmes peur de l’heure passée.

Et nos âmes alors s’étonnèrent

D’être ainsi assises-ensemble

Alors tes mains s’abandonnèrent

Alors tes mains

• S’abandonnèrent.

̃ K Y Y\ O c- a

Et puis nos âmes ise désolèrent

« Qui sait si de nouveaux matins

Reviendront, et si pour tous deux ensemble ? î

Qui ü sait si des aurores rosés ? i

Ah que si nous allions encore nous endormir =

Cette nuit dans l’enchantement des choses »

Les nocturnes voix se sont tues

Et les fleurs êclose» écoutent `~ X~~d..x,

Mais nous ne savons plu-, le chemin.

Nous avons perdu lu route.

Tu fis geste, avec t:>. main,

De silence, et iu J « Ecoute

La-bas, ies cloches d.e;j;fcgiise ~ç

a â ~~> Qui > sônncnjf,

ANDRÉ GIDE. « Ici le jet d’eau sanglote étran- gement et MMM)’<. »

̃ mouvement lascif et brusque des lianes I Dans la forêt sonore, où l’eau vive bruit, I Effarouche l’oiseau mobile qui s’enfuit.

£o:UdJ.UU,UÇ’J.’VI~’CU.U a ’:IUI’o auuav.

Oh Maleine, est-ce vous, ou bien est-ce Uglyane P Il est tombé soudain, lorsque la lune a lui,

L» long jet d’eau qui sanglotait dans la clairière. Son cri d’adieu, qui traversa notre prière,

L’entendez-vous parmi les souffies de la nuit ?

Je l’entends. Les hiboux pleurent. La luheplèure. Comme ils glissent, ses sanglots gris, sur le gazon. Donnez la main. Mais vous pleurez. Pleurez. C’est bon De pleurer, dans la nuit triste qui nous effleure.

Pleurez. Sur les rameaux des lourds marronniers roux Pleurent de longs regrets de lumière indécise.

Pleurez. Ne dites rien mais pleurez. L’herbe est grise. Maleine, Ce n’est pas Uglyane, C’est vous.

LÉON BLUM.

SONNET

’attente, ce soir d’or, de quelque vert fantôme Emergé ruisselant de l’eau triste des glaces Exagère le vol imprévu de l’atome Ÿ

Aux factices soleils des bougeoirs, et si lasses e

Nos âmes, que voici s’instaurer en des grâces

Des squelettes fardés de la poudre d’un tome

Tout un cortège de bouffons aux cent grimaces Souillant la nuit de son carnaval polychrome,

Le livre sacrilège avec l’ennui tua

L’Hérodiade ou .e Narcisse qu’espéra ° Notre attente qui s’épouvante et qui désire

Et s’exa. sur "ti déroute en ton espoir,

Cœur lâche épris de quoique héroïque délire,

i/or muet "de la glace mette dans ce soir,

t~M!tg.a~~A CAMILLE MAUCLAIK, Les Beaux-Avares d’eux-mêmes

DERRIÈRE LA MONTAGNE

1e fut un matin d’aube indécise Nous avions chanté toute la nuit Tu me pris par la main puis

̃MB mc pns par ja main puis

Nous suivîmes la route grise

jusqu’aux lèvres de l’aube indécise. e

Tu semblais t’émouvoir du repos des campagnes,

Et tu disais O viens, là-bas, toujours plus loin,

A travers les champs de sainfoin

je veux voir les autres Demains

Qui sont derrière la montagne.

Mais un ange, t’en souvient-il ? P

Un ange a cligné ses beaux cils `

Sur l’or voilé de ses grands yeux O Roseline

Roseline, sur la colline,

De grandes fleurs ont enlr’ouvert -leurs coeurs tremblants, Et ce matin, o Roseline, les lys blancs

Sont trop pâles sont bien trop pâles ~°

Et toi, tu l’écartas d’un geste,

Et comme il s’en allait pensif, tu. me dis, Reste

Avec ta fiancée aux paupières pâles.

Le long du tranquille chemin,

Nous marchions la main dans la main ̃•-

Vers les invisibles Demains

Qui sont derrière la montagne

Et tu disais Je sens qu’un Dieu nous accompagne 1 Puis, tu chantais, avec ton cœur silencieux

Tous les poèmes d’or dont je savais la trame

Et c’était, dans la nuit, comme un clair brin’t de rames Sur l’étang immobile ouvert devant les fcieux.

Pendant longtemps nous avons fui

A travers les jours et les nuits

Vers le métaphysique ennui des gypaëtes

Autour de nous chantaient des âmes de poètes c

Et sur 1 ne.1 c, si.» pieds ne laissaient pas d’empreinte.

IJn «ôir lorsqu’au ciel noir la lampe1 fui éteinte,

Nous restantes asgis sur l’herbe- des sentiers

Près du carrefour familier

Où, devant une Croix, des peuples en prières • Âvaieht,dé leurs genoux, creusé le cœur dès pierres, Le vent passait, avec des hymnes, dans les saules, Et j’appuyais mon front brûlant sur ton épaule.

Devant nos corps entrelacés n J ? f, Passaient les souvenirs glacés Tu les comptais, avec des grâces enfantines,

Quand leur procession descendait tes collines

Pour fondre, dans la mer des brouillards entassés.

Mon ami, vois-tu pas cette flamme envolée ? P

Son aile d’or s’égare à travers la vallée,

Près des rochers fleuris

Où se crispe la chair rose des saxifrages,

Qui sait ? Peut-être encore assez puissants, nos cris, Pour la ramener des naufrages ?

Vers les invisibles Demains,

Nous allions nos coeurs dans nos mains

.< Et tu disais O Paraclet,

Du Paradis voici les clefs

Viens avec nous aux fiers sommets de nos vertiges Les pauvres fleurs d’ici sont mortes sur leurs tiges Pour n’avoir pas chanté la gloire du Très-Haut,

Comme les durs fléaux `z

Sur l’aire où les gerbes s’amoncellent,

Nos cœurs battent dans nos mains frêles

Paraclet, divin Paraclet,

Du Paradis voici les clés

s1 â~-

Alors je dis Ma Roseline,

Nous avons gravi la colline

Derrière nous, les champs lointains sont effacés:

Mais avec un doux cri, tu répondis Passez

Monsieur, c’est la clarté monotone des lunes..

La porte est entr’ouverte.. et ton cœur a menti

O mes tendres Espoirs tombent anéantis,

Car vois-tu mon amour. “<

Cpmii.e ils sont ténébreux et maussades, les jours °

Qui sont derrière la montagne I. r M.~

MAURICE QU1U.PT. LA VIERGE AU PIANO

̃a double lampe jaune et rose a nuancé SSS ̃ De reflets orangés le salon or et rouget ~?~

j! Quetque~~)S;8Sn$ta~~up.es.B~ ne bouge, y

il Quelques amis sont là groupés. Plus un ne bouge,

̃!̃̃ yueiques amis sont la groupes, nus un ne oouge, Un court silence, et la musique a commencé.

Tu es au piano sous l’éclat des bougies,

Beethoven te remplit de peur et de douceur

Toute pâle aux puissants appels du précurseur, `

Tu palpites, beau cygne aux ailes élargies,.

Puis, rassurée enfin, tu pars d’un noble élan

Sur le fleuve harmonique où, dans l’oubli de l’heure, Le violon s’exalte, le piano pleure,

Et le violoncelle exhale un regret lent.

Sur ton front la candeur, dans tes yeux l’allégresse,

Et le rosé de la pudeur t’jlluminant.

De tes savantes mains tu nous fais maintenant

Un rare et cher tissu d’invisible tendresse. r Parce qu’elle y révèle un charme essentiel,

La musique ennoblit encore ton visage

Comme le soir idéalise un paysage

Parce qu’il y répand le souvenir du ciel. :~t.

Je sais bien que demain tu ne seras plus telle

Le sublime est plus bref qu’un éclair sur la mer,

Et tu me fais sentir ce soir lé charme amer

De la beauté qu’on sait n’être pas immortelle.

Qu’importe ? Le plus pur de toi me fut livré Tu ne te connais pas, seul j’ai saisi ton âme,

Et celui qui t’aura pour fiancée ou femme

Comprendra moins que moi quel fut ton être vrai.

La Musique, par qui j’ai pu mieux te connaître, :< -J~~

Immortalisera du moins ton souvenir

Je l’ai mise en mes vers et tu n’y peux périr,

Puisqu’ils ont pour hisscn l’essence de tan être ~jM~ HENRY BÉRENGER. ŒABCÉ

JJlle se baigne

tm Au marais des iris et des grands lys d’eau 9 Fille se baigne comme un nénufar blanc

BBa fine se Daigne comme un nenurar Diane

Comme un nénuiir et sa corolle saigne

Elle toute en or ruisselant

Comme un soleil du soir qui baigne dans l’eau

Miroitante et merveilleuse

Le marais verdétre et si lourd d’or

L’étang putride vert et noir

Est le miroir

De ses hanches,

Blanches

0 qui chantera l’enfant glauque et d’or

Dans ses mares mordorées

Son fin buste émerge de l’eau

Comme un nénufar chevelu d’or rouge

Ses yeux sent comme des flammes sur l’eau,

Vertes étoiles, ses yeux doux d’Asie

Mais sa bouche est un coquillage de pourpre

Et sa chevelure est sur sa bouche

Sa chevelure cramoisie

Ses cheveux longs, où sont des algues vagues

Et des crabes verts aux crocs des boucles0

Et l’écume des basses vagues

Et des gouttes d’escarboucles

Où les lumières ont des verres

0 comme au front des roches d’or

Ses cheveux dissolus couronnés de conferves

Ses cheveux, ah défleuris ses cheveux dévêtus et nus. « Iris

Marécageux iris

Mes cheveux sous-marins mêlés d’algues languides

Te veulent, triste iris,

Et l’iris de mes yeux. »

Voici trouer la frêle eau d’or

Ses doigts luxurieux.

Vers les iris, vers les iris,

Fleurs droites a fleurir derrière ses oreilles

Fleurs d’ombres et d’azurs, fleurs froides, bleus iris

Bleus bai.? de la nuit dans ses mains nonpareilles

Baisers bieus et d’argent. SOUS PRESSE

ANDRÉ GIDE Traité du Narcisse. EUGÈNE HOLLANDE Beauté.

HENRY BÉRENGER L’Ame Moderne. CAMILLE MAUCLAIR L’Inaccessible.

CLAUDE MOREAU Vers les Yeux des Sirènes. • PIERRE LOUYS Astarté.

̃ EN PRÉPARATION PAUL VALÉRY Chorus Mysticus. MAURICE QUILLOT Le Psychothéraniène. RENÉ MALDAN Le déplorable arcane. EDMOND FAZY Antigone.

LÉON BLUM Des Yeux.

MICHEL ARNAULD Les Adorantes.

ANDRÉ GIDE Valentin Knox.

EUGÈNE HOLLANDE La Cité future.

HENRY BÉRENGER Les Frissons de l’Aurore. CAMILLE MAUCLAIR Les Apparences.

CLAUDE MOREAU Les Thargéliodes. ANDRÉ WALTER Poésies (posthumes). p, Sainte Marie de Magdala.

La Conqve




Où je souffle un appel à quelque dieu qui passe…

H. de R.




MDCCCXCII Onzième LIVRAISON.

La Conque

LE NUMÉRO DIX FRANCS ABONNEMENTS CENT FRANCS

LA CONQUE, anthologie des plus jeunes poëtes, n’aura que douze livraisons, tirées chacune à cent exemplaires numérotés sur papier de luxe.

Elle ne sera jamais ni continuée ni réimprimée.

Chaque livraison de LA CONQUE est précédée d’an FRONTISPICE en vers, inédit. Nous avons publié les poèmes de MM. LECONTE DE LISLE. Léon DIERX, fosè-Maria DE HEREDIA, Stéphane MALLARMÉ, Algernon Ch. SWINBURNE, Mme fudith GAUTIER et MM. Paul VERLAINE, Jean MORÉAS, Charles MORICE, Maurice MAETERLINCK, Henri de RÉGNIER.

90C

Un frontispice à l’eau forte, par FÉLICIEN ROPS sera joint à la dernière livraison.

SOMMAIRE DE LA ONZIÈME LIVRAISON

Heure HENRI DE RÉGNIER.

Poésies. ANDRE WALTER.

Sonnets. CLAUDE MOREAU.

Le Bois amical, Ensemble, Fragment. PAUL VALÉRY.

Au Prince Tacciturne PIERRE LOUYS. HEURE

M’EST l’Espoir

Comme des ailes faibles dans le crépuscule

Si loin que c’est le vent, peut-être, ou le frisson De ta pâleur sur ta face, ô taciturne

Devant quelque Ombre en les cyprès du bois nocturne Parmi les asphodèles graves du gazon,

Ou des pas que le vent simule aux campanules Des bleus treillis du vieux jardin de la raison

Où ton âme se connaît moins au crépuscule.

C’est l’Espoir.

Ecoute, il est assis au bord du fleuve

Si près de l’eau que ses ailes trempent dans l’eau- O les antiques ailes en l’eau toujours neuve

Qui fuit et mouille le plumage de nouveau

Le plumage des grandes ailes dans l’eau.

C’est l’Espoir

Mais voici l’aube et l’heure pâle

Où ta face est plus triste encore et taciturne

Et folle de mornes alarmes

En les mains à travers qui coulent une à une

Tes larmes.

Le vent efface des traces de pas nus aux sables. C’était l’Espoir

Qui fut assis dans l’ombre auprès du fleuve noi.- f’ HENRI DE RÉGNIER.

@ POÉSIES

IL n’y a pas eu de printemps cette année, ma chère Pas de chants sous les fleurs et pas de fleurs légères. Ni d’Avril, ni de rires et ni de métamorphoses.

̃!̃ Ni d’Avril, m de rires et ni de métamorphoses. Nous n’avons pas tressé de guirlandes rosss.

Nous étions 4 ~c ~e,=~ rirs lampes

Nous étions penchés à !a !ueur rl« lampes

Encore, et sur tous nos bouquins de l’hiver

Quand nous a, surpris un soleil de septembre

Rouge et peureux et comme une anémone de mer. Tu m’as dit « Tiens voici l’Automne.

Est-ce que nous avons dormi ?

S’il nous faut vivre encore parmi

Ces in-folios, ça va devenir monotone.

Peut-être déjà qu’un Printemps

A fui sans que nous l’ayons vu paraître

Pour que l’aurore nous parle à temps

Ouvre les rideaux des fenêtres. »

Il pleuvait. Nous avons ranimé les lampes

Que ce soleil rouge avait fait pâlir

Et nous nous sommes replongés dans l’attente

Du clair printemps qui va venir.

NE lampe neuve remplace la vide Une nuit succède à une autre nuit; | Et l’on entend fuir dans la nuit, le bruit

,&o~ j. vu. ’al~J’j’ ~A .a

Du sablier triste qui se vide.

Nous rapetassons de faux syllogismes

Et nous ergotons sur la Trinité,

Mais tout ça, ça manque un peu de lyrisme Et nos lampes ne font pas beaucoup de clarté. Pour quand nous avons trop mal à la tête Au fond de la chambre basse on a mis Parallèles deux étroites couchettes

Nous nous étendons puérils et soumis.

Nous récitons nos petites prières

Nous soufflons tous les flambeaux

Et se closent sur les paupières

Les nuits étroites des tombeaux.

Mais devant nos prunelles hagardes

Un grand concept s’obstine à mourir

Et nous avons peur de nous endormir

Parceque l’un sent que l’autre le regarde, ̃ sais qu’une âme implique un geste iD’où vibre une sonorité

t Qu’harmonieusement atteste

,H.

La très adéquate clarté.

Un paysage s’exaspère

Au gré de ses’intentions

Et une rhytmique atmosphère

Unit cette âme à l’horizon.

Mais je ne sais pourquoi notre âme débile, erre Sous des ciels neufs et qu’elle n’a pas choisis, Et parmi des campagnes autoritaires

Où nous n’osons que des gestes soumis.

Alors, puisque nous n’avons plus de force

Et que le paysage est vainqueur.

Au moins je voudrais qu’il emporte

Des victoires selon nos coeurs.

Et je cherche un champ de soleil

Où tu doives me dire « Je t’aime. s

Mais seule la lune éclaire la plaine

Toujours d’une pâleur pareille.

NOCTURNE

J’errais. sur les lisières aventureuses.

D’une triste forêt sans oiseaux,

C’était l’heure où une contrainte peureuse

Fait dire malgré soi des mots.

Au bout de l’allée couverte

La lune est apparue

Si plaintive et si verte

Que "pus ne la reconnaissions plus.

Tu m’as dit avec un air d’ennui

« Es-tu bien sûr que ce soit la même P

Comme elle est malade aujourd’hui,

La pauvre lune, comme elle est blême »

Un vent tiède a soufflé dans les branches

Elles ont agité plaintivement leurs feuilles rousses. Nous, nous regardions le long de la mousse Gésir nos pauvres petites ombres pâles.

je t’ai dit avec un air maussade

« Elle est bien malade aujourd’hui,

L.i lune, elle est bien malade »

En voilà assez pour aujourd’hui. L’AVENUE

NE rhythmique allée haute et découverte De troncs nllignés symétriquement, | ffs et tilleuls aux feuilles rousses et vertes

Se prolonge sous le crépuscule indéfiniment.

Comment j’y fus mené, par quel sortilège ? P

Je ne sais, et je ne pourrais dire vraiment

Quel rhythme mauvais était dans cette allée de rêve, Où ma pauvre âme s’égarait solitairement.

Une branche déplacée, ou bien un peu de lumière D’une lune qui se soulevait me fit te voir.

L’étonnement de te voir là me fit taire

Mais tu semblais ne pas savoir que nous étions là. Ta robe blanche apparue entre les branches

D’un arbre y jetait comme une blanche clarté Puis l’allée continuait aussi logique,

Comme si tu ne t’y étais pas arrêtée.

Tes mains s’ouvrirent dans un geste fatidique

Les paumes offertes à la lune qui luit

Pendant que de ses vocalises mécaniques,

Un rossignol faisait des trous dans la nuit.

SOLSTICE

IN chant de cor a retenti dans l’air sonore. Nous avons compris qu’il ne fallait plus bouger Le cor s’est tu, mais la vibration monte encore

Vers l’horizon cuivré.

Les halliers d’or se sont inclinés vers les pailles. Les champs étaient par meul<-3 jaunes rangés Un soleil mort luisait au fond du paysage

Et des forêts hautes s’étaient dressées.

Il y avait sur les lisières des hêtrées

Des corneilles qui ne voulaient pas s’endormir, Et on voyait entre les branches enchevêtrées De cerfs passants qui s’étaient arrêtés.

Pourquoi ce cor a-t-îl vibré dans le silence ? P Quelle heure est-il que ce soleil ne dorme pas P Les corneilles, sur les halliers que le soir balance, Ces corneilles ne se tairont donc pas P.

Des pleurs encor ah ça devient trop monotone. Nous aurions dû rester à la maison ce soir. Ah voici déjà les feuilles mortes de l’automne, Qui tourbillonnent dans le vent du soir, LE PARC

JBuand nous avons vu que In petite porte était fermée

11 Nous sommes restés longtemps à pleurer

«̃ Quand nous avons compris que ça ne servait pas à grand chose,

̃Sa yuand nous avons compris que ça ne servait pas à grand chose, Nous avons repris lentement le chemin.

Tout le jour, nous avons longé le mur du jardin,

D’où parfois nous venait des bruits de voix et de rires

Nous pensions qu’il y avait peut-être des fêtes sur l’herbe, Et cette idée-là nous faisait mélancoliques.

Le soleil vers le soir a’rougi le mur du parc

Nous ne savions pas ce qui s’y passait, car on ne voyait Rien que des branches qui, par-dessus le mur s’agitaient

Et qui laissaient de temps en temps tomber des feuilles.

LANDE DOUBLE

Ton âme aimera son reflet dans les glaces i

Elle croira qu’elle voit quelqu’un d’autre.

A. S.

IETTE lande de bruyère rose

Où nous étions venus nuus asseoir, Cette lande, se métamorphose

̃fia cette lanae; se metamorpnose

Sous les obliques rayons du soir.

On dirait que c’est-un miroir

Où fleurissent des nuages roses

Une calme plaine de cristal

Où paissent nos âmes sentimentales.

te ciel que le couchant teinte de roses

Or, dirait une lande dé bruyères.

C’est comme une plaine reflétée,

Où broute mon âme dépareillée.

ANDRÉ WALTER. SONNETS

̃es Grecques sur le port en péplos de safran Agitant des lauriers et des branches de roses Regardent revenir vers les apothéoses

̃̃̃̃ Kegardent revenir vers les apothéoses

Les citoyens vainqueurs des rostres du tyran.

Fendant la mer, trouant l’onde, dressant leurs proues, Les trières sur les hauts flots glauques, les nefs Légères au rhythme des coups d’avirons brefs,

Longs paons noirs, soulèvent l’ècume en larges roues. La foule est au quai, joyeuse « Ils reviennent les Voici » Des tapis d’or les mènent au palais

Suspendre au rude Arès les dépouilles coupées Les sacrificateurs traînent des boucs cornus

Et des femmes au mur allongeant leurs bras nus Croisent des rameaux verts sur le sang des épées.

U’ON déserte la ville que nul ne rallume L’autel nous laisserons à tout jamais, ce soir, Les dieux horribles de la terre, et dans le noir

y,Ca UI~UA uvsmu.aca uc aa m. uc.o .c, uv.. Nous partirons, suivis par un frisson d’écume.

La nef impérieuse à travers l’amertume

Bondira, tranchant l’eau du fil de son coupoir,

Et nous nous pencherons sur la proue à l’espoir

De vos terribles voix, déesses de la brume

Grands poissons glauques d’où fleurissent des corps blancs, Nus miroirs de la lune et des flots nonchalants,

Vous qui chantez vos yeux dans les algues, Sirènes Quand nous aurons touché vos bouches, vous pourrez, D’un signe seulement de vos doigts adorés,

Délivrer dans la mort nos âmes plus sereines.

CLAUDE MOREAU. LE BOIS AMICAL

A André Gide.

SJSous avons pensé des choses pures, M Côte à côte le long des chemins. 13 Nous nous sommes tenus par les mains,

^^mm l^ious nous suxniue» tenus par jes mains, Sans dire parmi les fleurs obscures.

Nous marchions comme des fiancés

Seuls, dans la nuit verte des prairies

Et nous partagions ce fruit de féeries,

La Lune 1 amicale aux insensés.

Et puis nous sommes morts sur la mousse Très loin, Tout seuls parmi l’ombre douce De ce bois intime et murmurant.

Et là-haut dans la Lumière immense

Nous nous sommes trouvés en pleurant,

O mon bon Compagnon de Silence

ENSEMBLE

A Pierre Louys.

̃e vous salue, ô frère exquis ô Mien ̃ Ensemble venons quand le jour mourra M Ecouter le vieux chant grégorien

-b’

Pénitente, une cloche tintera.

Comme un couvercle de tombeau, le soir Bandera nos yeux, ouvrant notre coeur

Et nous marcherons, tenant l’encensoir

Dans la Nuit silencieuse du chœur.

’O combien seuls devant Dieu combien seuls Cherchant les purs et nocturnes linceuls Ou bruit la parole auguste d’or.

Marchons vers la Lampe des Bien-Aimés, Prions, ô frère puis, les yeux fermés

Embrassons-nous devant le Saint Thrésor. FRAGMENT

Mn soir favorisé de colombes sublimes,

|l La pucelle doucement se peigne au soleil ̃ Aux nénuphars sur l’onde elle donne un orteil

.t. ,w..

Ultime, et pour tiédir ses froides mains errantes Des fois baigne au couchant leurs roses transparentes. Tantôt, si d’une ondée innocente, sa peau

Frissonne, c’est le dire absurde d’un pipeau,

Flûte dont le coupable aux dents de pierrerie

Tire un futile vent d’ombre, et de rêverie

Par l’occulte baiser qu’il risque sous les fleurs

Mais toute indifférente à ces doux jeux de pleurs Ni se divinisant par aucune parole

De rose, la beauté jouant de l’auréole

Mire dans l’œil auguste émerveillé d’un or

D’éparse chevelure où fuit la myrrhe encor,

De la lumière vue entre ses doigts limpides

Une feuille meurt sur ses épaules humides

Une goutte tombe de la flûte sur l’eau.

Et le pied pur s’épeure comme un bel oiseau

Ivre d’ombre.

PAUL VALÉRY.

04-

AU PRINCE TACITURNE

II j’entre en la forêt du frêne et de l’alberge I Attiré par la lune au lac lucide et pur I A l’espoir d’entrevoir comme un songe futur

IIIIIIIIIIIIIIJ’ ¿ ç:;¡;)"l’VII 4 YI4 <7.415’

Ta Chimère apparue au miroir de la berge

Avant d’atteindre aux eaux d’où sa blanche ombre émerge La marque de tes pas séchée au terrain dut

Me dira quel héros d’argent, d’aube et d’azur

A fait sourdre le sang nuptial de la vierge

Je n’irai pas au bois conquérir les seins froids

Où ta longue épée entre et luit comme une croix Chercheur de face pâle et d’âme taciturne

Je suivrai le long gué par les marais du soir

Et j’irai découvrir nue en son trhône noir

Une déesse en fleurs dans une île nocturne

PIERRE LOUYS. Supplément à La Conque, N°

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