La Femme noyée (Collinet)
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Je ne suis pas de ceux qui disent : « Ce n’est rien :
C’est une femme qui se noie. »
Je dis que c’est beaucoup ; et ce sexe vaut bien
Que nous le regrettions, puisqu’il fait notre joie.
5Ce que j’avance ici n’est point hors de propos,
Puisqu’il s’agit en cette Fable,
D’une femme qui dans les flots
Avait fini ses jours par un sort déplorable.
Son Époux en cherchait le corps,
10Pour lui rendre en cette aventure,
Les honneurs de la sépulture.
Il arriva que sur les bords
Du Fleuve auteur de sa disgrâce
Des gens se promenaient ignorant l’accident.
15Ce Mari donc leur demandant
S’ils n’avaient de sa femme aperçu nulle trace :
« Nulle, reprit l’un d’eux ; mais cherchez-la plus bas ;
Suivez le fil de la Rivière. »
Un autre repartit : « Non, ne le suivez pas ;
20Rebroussez plutôt en arrière.
Quelle que soit la pente et l’inclination
Dont l’eau par sa course l’emporte,
L’esprit de Contradiction
L’aura fait flotter d’autre sorte. »
25Cet homme se raillait assez hors de saison.
Quant à l’Humeur contredisante,
Je ne sais s’il avait raison.
Mais que cette Humeur soit, ou non,
Le défaut du Sexe et sa pente,
30Quiconque avec elle naîtra
Sans faute avec elle mourra,
Et jusqu’au bout contredira,
Et, s’il peut, encor par-delà.