La Femme stérile

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Maurice RollinatPaysages et paysans

La Femme stérile





 
Ses jupons troussés court comme sa devantière,
       Sous ses gros bas bleus bien tirés
       Laissant voir ses mollets cambrés
       À mi-chemin des jarretières,
       S’en vient près du vieux cantonnier
       La femme rousse du meunier :
       Cheveux frisés sur des yeux mièvres,
       Blanche de peau, rouge de lèvres,
       Le corsage si bien rempli
       Qu’il bombe aux deux endroits, sans pli,
       Cotillon clair moulant énormes
       Le callipyge de ses formes.
Voilà ce qu’elle dit alors au père Pierre
       En train de casser de la pierre :

       « Voyez ! si l’on n’a pas d’malheur,
       Et si n’faut pas que l’diab’ s’en mêle !
       J’suis pourtant un’ solid’ femelle,
       En plein’ force et dans tout’ sa fleur,

       

Eh ben ! yaura six ans à Pâques
       Que j’somm’ mariés, et q’tels qu’avant,
       Nous pouvons pas avoir d’enfant !
       Ça s’ra pour c’te fois, disait Jacques,

       Mais toujou sans p’tit le temps passa…
       Et qu’on en voudrait tant un ! Dame !
       C’est pas d’not’ faut’ ! l’homme et la femme
       On fait ben tout c’qui faut pour ça.

       J’ai fait dir’ des mess’ de pèl’rins,
       Brûler des cierg’ aux saints, aux saintes,
       Dans des églis’ en souterrains,
       Mais ouah ! j’suis pas d’venue enceinte.

       Les prièr’ ? les r’mèd’ de tout’ sorte ?
       Méd’cins ? Curés ? n’m’ont servi d’rin.
       J’suis tell’ comme un mauvais terrain
       Qu’on ens’menc’ ben sans qu’i’ rapporte.

       Et vrai ! C’est pourtant pas qu’on triche !
       Mais, des fois, vous q’êt’s’ un ancien.
       Si vous connaissiez un moyen ?
       Faut me l’donner ! mon pèr’ Pierriche. »


       Alors, le vieux lâchant sa masse,
       À genoux sur son tas, voûté,
       Lui répond avec la grimace
       Du satyre qu’il est resté,

       La couvant de son œil vert brun
       Qui lèche, tâte, enlace, vrille :
       « Sais-tu c’que t’as à fair’, ma fille ?
       Eh ben ! faut aller à l’emprunt. »

       Et la meunière aux yeux follets,
       Qui sait ce que parler veut dire,
       S’écrie en éclatant de rire :
       « Vous seriez l’prêteur, si j’voulais.

       Hein ? fiez-vous donc à c’bon apôtre !
       Mais j’veux pas d’vous, vieux scélérat ! »
       Et lui : « T’as ma r’cett’ qui pourra
       P’t’êt’ ben t’servir avec un autre. »

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