La Guerre (Pottier)

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Au bureau du Comité Pottier, 1908 (pp. 35-36).



LA GUERRE



À Eugène BAILLET (Lice chansonnière).


On vient de déclarer la guerre :
« Allons-y ! disent les vautours ;
» Mais cela ne nous change guère,
» N’est-ce pas guerre tous les jours ? »


Du moins elle jette son masque,
En riant d’un rire insensé,
Le squelette a coiffé son casque,
Son cheval-squelette est lancé.


Elle couvait, aussi perverse,
De classe à classe, à tous degrés ;
Ici, guet-apens du commerce ;
Là, famille à couteaux tirés.


Privé d’essor, le brigandage
Chutait au bagne à tous propos ;
On ne tolérait le pillage
Qu’à titre de banque et d’impôts.


On sevrait la soif sanguinaire ;
On réprimait le fauve instinct ;
On inquiétait Lacenaire,
On chagrinait ce bon Castaing.


Ah ! nous blâmions l’infanticide !
Nos fils ont vingt ans… et ce soir
Le conseil des bouchers décide
Lesquels sont bons pour l’abattoir.


Emplumés, tatoués, nous sommes
Des Peaux-Rouges, des clans rivaux.
Jetons au sol un fumier d’hommes,
« La terre en produit de nouveaux ! »


Souffleté, l’Évangile émigre,
Les apôtres s’en vont bernés,
Ô patrie ! un reste de tigre
Rugit dans tous les « cœurs bien nés ! »


On chauffe à blanc votre colère,
Peuples sans solidarité,
Mis au régime cellulaire
De la nationalité.


L’obus déchire la nuit noire,
Le feu dévore la cité ;
Le sang est tiré… viens le boire !
Toi, qu’on nomme l’Humanité.


Le droit de la force et du nombre
Piaffe sur les vaincus meurtris ;
La gloire étend sur le ciel sombre
Ses ailes de chauve-souris.


Guerre ! guerre ! mais qu’attend-elle
Pour broyer la chair et les os ?
Elle attend la feuille nouvelle,
Le mois des fleurs et des oiseaux.



Paris, 1857.
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