La Légende de Phryné

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Aux éditions Rieder, 1939 (pp. 157-160).
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LA LÉGENDE DE PHRYNÉ


Or donc Phryné, dont la beauté

Tenait du sortilège,

Pour avoir, a-t-on raconté,

Commis un sacrilège,


Fut invitée à comparoir

Devant l’Aréopage.

Elle s’y rendit sans surseoir,

En galant équipage.


Elle avait comme défenseur

Un certain Hypéride

Qui passait pour un fin diseur,

Un orateur limpide.


Celui-ci parla brillamment,

Trois, quatre heures sans boire,

Et sans convaincre notamment

Ces messieurs du prétoire.


Il faut croire que ces lascars

N’étaient du tout en veine

De clémence, ce jour-là, car

Il y perdait sa peine.


Mais voilà que notre avocat,

À bout de rhétorique,

Tout à coup se dit : « Eurêka »

L’argument sans réplique ;


Puis, au grand ahurissement

De ces juges rigides,

Il dévêtit superbement

Sa cliente splendide.


Quand ils virent ce corps parfait,

Ce fut bien autre chose :

Ils l’acquittèrent en effet,

Et sans plus d’autre glose.


C’est bien là, tout au moins, ce que

La légende rapporte.

Pour moi je ne l’admets peu,

Je la vois d’autre sorte.


La nudité, pour ces gens-là,

N’était — vu sa fréquence —

Un spectacle de grand gala.

Et puis, tenez, j’y pense :


Phryné ne leur apprenait rien,

La chère créature,

Car beaucoup la connaissaient bien

À l’état de nature.


Elle n’était pas en béton,

Non plus que ses semblables,

Voire, elle avait le cœur — dit-on,

Et la jambe innombrables.


Et donc, je crois bien que, parmi

Ce sombre aréopage,

Ayant reconnu des amis

Elle fit grand tapage,


Et leur cria : « Tas de vannes,

De débauchés notoires,

Si jamais vous me condamnez

Je sais de vos histoires ;


« Et je viderai tout mon sac…

Ah ! je vois à vos têtes

Que vous avez déjà le trac,

Vieux ingrats que vous êtes !


« Et puis, vous savez, mes chéris,

Encore une autre chose :

Si j’ai la prison pour abri,

Ma porte sera close !


« Vous pourrez vous fouiller, voilà !

Et je vous… enguirlande. »

Ne croyez-vous pas que c’est là

Que finit la légende ?
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