La Mort fervente

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La Mort fervente
La mort fervente[1].


Mourir dans la buée ardente de l’été,
Quand parfumé, penchant et lourd comme une grappe,
Le cœur que la rumeur de l’air balance et frappe
S’égrène en douloureuse et douce volupté.

Mourir baignant ses mains aux fraîcheurs du feuillage,
Joignant ses yeux aux yeux fleurissants des bois verts
Se mêlant à l’antique et naissant univers,
Ayant en même temps sa jeunesse et son âge.

S’en aller calmement avec la fin du jour :
Mourir des flèches d’or du tendre crépuscule,
Sentir que l’âme douce et paisible recule
Vers la terre profonde et l’immortel amour.

S’en aller pour goûter en elle ce mystère
D’être l’herbe, le grain, la chaleur et les eaux,
S’endormir dans la plaine aux verdoyants réseaux,
Mourir pour être encor plus proche de la terre…


O lumineux matin [2].


O lumineux matin, jeunesse des journées.
Matin d’or, bourdonnant et vif comme un frelon.
Qui piques chaudement la nature, étonnée
De te revoir après un temps de nuit si long.

Matin, fête de l’herbe et des bonnes rosées.
Rire du vent agile, œil du jour curieux.
Qui regardes les fleurs, par la nuit reposées.
Dans les buissons luisants s’ouvrir comme des yeux.

Heure de bel espoir qui s’ébat dans l’air vierge
En mêlant les vapeurs, les souffles, les rayons,

  1. Extrait du recueil : Le Cœur innombrable (1901).
  2. Extrait du recueil : Le Cœur innombrable.