Les Fleurs du mal/1857/La Muse vénale

La bibliothèque libre.
Aller à : Navigation, rechercher

Les Fleurs du mal (1857)
Poulet-Malassis et de Broise, 1857 (pp. 28-29).
◄  la muse malade SPLEEN ET IDÉAL le mauvais moine  ►
VIII
LA MUSE VÉNALE


Ô muse de mon cœur, amante des palais,
Auras-tu quand Janvier lâchera ses Borées,
Durant les noirs ennuis des neigeuses soirées,
Un tison pour chauffer tes deux pieds violets ?

Ranimeras-tu donc tes épaules marbrées
Aux nocturnes rayons qui percent les volets ?
Sentant ta bourse à sec autant que ton palais,
Récolteras-tu l’or des voûtes azurées ?


Il te faut, pour gagner ton pain de chaque soir,
Comme un enfant de chœur, jouer de l’encensoir,
Chanter des Te Deum auxquels tu ne crois guères,

Ou, saltimbanque à jeun, étaler tes appas
Et ton rire trempé de pleurs qu’on ne voit pas,
Pour faire épanouir la rate du vulgaire.


Outils personnels
Espaces de noms

Variantes
Actions
Lire
Contribuer
Imprimer / exporter
Boîte à outils