- Une rose lueur s’épand par les nuées ;
- L’horizon se dentelle, à l’Est, d’un vif éclair ;
- Et le collier nocturne, en perles dénouées,
- S’égrène et tombe dans la mer.
- S’égrène et tombe dans la mer.
- Toute une part du ciel se vêt de molles flammes
- Qu’il agrafe à son faîte étincelant et bleu.
- Un pan traîne et rougit l’émeraude des lames
- D’une pluie aux gouttes de feu.
- D’une pluie aux gouttes de feu.
- Des bambous éveillés où le vent bat des ailes,
- Des letchis au fruit pourpre et des cannelliers
- Pétille la rosée en gerbes d’étincelles,
- Montent des bruits frais, par milliers.
- Montent des bruits frais, par milliers.
- Et des monts et des bois, des fleurs, des hautes mousses,
- Dans l’air tiède et subtil, brusquement dilaté,
- S’épanouit un flot d’odeurs fortes et douces,
- Plein de fièvre et de volupté.
- Plein de fièvre et de volupté.
- Par les sentiers perdus au creux des forêts vierges
- Où l’herbe épaisse fume au soleil du matin ;
- Le long des cours d’eau vive encaissés dans leurs berges,
- Sous de verts arceaux de rotin ;
- Sous de verts arceaux de rotin ;
- La reine de Java, la noire chasseresse,
- Avec l’aube, revient au gîte où ses petits
- Parmi les os luisants miaulent de détresse,
- Les uns sous les autres blottis.
- Les uns sous les autres blottis.
- Inquiète, les yeux aigus comme des flèches,
- Elle ondule, épiant l’ombre des rameaux lourds.
- Quelques taches de sang, éparses, toutes fraîches,
- Mouillent sa robe de velours.
- Mouillent sa robe de velours.
- Elle traîne après elle un reste de sa chasse,
- Un quartier du beau cerf qu’elle a mangé la nuit ;
- Et sur la mousse en fleur une effroyable trace
- Rouge, et chaude encore, la suit.
- Rouge, et chaude encore, la suit.
- Autour, les papillons et les fauves abeilles
- Effleurent à l’envi son dos souple du vol ;
- Les feuillages joyeux, de leurs mille corbeilles ;
- Sur ses pas parfument le sol.
- Sur ses pas parfument le sol.
- Le python, du milieu d’un cactus écarlate,
- Déroule son écaille, et, curieux témoin,
- Par-dessus les buissons dressant sa tête plate,
- La regarde passer de loin.
- La regarde passer de loin.
- Sous la haute fougère elle glisse en silence,
- Parmi les troncs moussus s’enfonce et disparaît.
- Les bruits cessent, l’air brûle, et la lumière immense
- Endort le ciel et la forêt.