À son Altesse Sérénissime Madame la Duchesse du Maine
Madame,
Je ne m’attendais pas que mes ouvrages dussent jamais me procurer l’honneur infini d’en dédier un à Votre Altesse Sérénissime. Rien de tout ce que j’étais capable de faire ne m’aurait paru digne de cette fortune-là. Quelle proportion, aurais-je dit, de mes faibles talents et de ceux qu’il faudrait pour amuser la délicatesse d’esprit de cette Princesse ! Je pense encore de même ; et cependant, aujourd’hui, vous me permettez de vous faire un hommage de ’’La Surprise de l’amour’’. On a même vu Votre Altesse Sérénissime s’y plaire, et en applaudir les représentations. Je ne saurais me refuser de le dire aux lecteurs, et je puis effectivement en tirer vanité ; mais elle doit être modeste, et voici pourquoi : les esprits aussi supérieurs que le vôtre, Madame, n’exigent pas dans un ouvrage toute l’excellence qu’ils y pourraient souhaiter ; plus indulgents que les demi-esprits, ce n’est pas au poids de tout leur goût qu’ils le pèsent pour l’estimer. Ils composent, pour ainsi dire, avec un auteur ; ils observent avec finesse ce qu’il est capable de faire, eu égard à ses forces ; et s’il le fait, ils sont contents, parce qu’il a été aussi loin qu’il pouvait aller ; et voilà positivement le cas où se trouve ’’La Surprise de l’amour’’. Madame, Votre Altesse Sérénissime a jugé qu’elle avait à peu près le degré de bonté que je pouvais lui donner, et cela vous a suffi pour l’approuver, car autrement comment m’auriez-vous fait grâce ? Ne sait-on pas dans le monde toute l’étendue de vos lumières ? Combien d’habiles auteurs ne doivent-ils pas la beauté de leurs ouvrages à la sûreté de votre critique ! La finesse de votre goût n’a pas moins servi les lettres que votre protection a encouragé ceux qui les ont cultivées ; et ce que je dis là, Madame, ce n’est ni l’auguste naissance de Votre Altesse Sérénissime, ni le rang qu’Elle tient qui me le dicte, c’est le public qui me l’apprend, et le public ne surfait point. Pour moi, il ne me reste là-dessus qu’une réflexion à faire ; c’est qu’il est bien doux, quand on dédie un livre à une Princesse, et qu’on aime la vérité, de trouver en Elle autant de qualités réelles que la flatterie oserait en feindre. Je suis, avec un très profond respect,
Madame,
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- de Votre Altesse Sérénissime,
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- le très humble et très obéissant serviteur,
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- De Marivaux.
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Acteurs
LA MARQUISE, veuve. LE CHEVALIER. LE COMTE. LISETTE, suivante de la Marquise. LUBIN, valet du Chevalier. MONSIEUR HORTENSIUS, pédant.
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