La Vieille Servante

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Henri Plon, imprimeur-éditeur, 1870 (8e éd.) (pp. 219-220).
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LA VIEILLE SERVANTE.


Gudule est la vieille servante
Qui nous tint petits en ses bras ;
L’âge a rendu sa main tremblante ;
Un long fauteuil retient ses pas.
Elle est près du foyer qui brille,
Comme un vieux portrait de famille.

Allons, Gudule, endormez-vous :
La cloche va tinter huit coups.

Dans sa pauvre tête alourdie
On sent décroître sa raison ;
Toute la famille est grandie ;
Elle est l’enfant de la maison.
Nous berçons sa triste vieillesse
Comme elle fit notre jeunesse.

Allons, Gudule, endormez-vous :
La cloche va tinter huit coups.


Gudule est quelquefois grondeuse,
Surtout quand le temps va changer ;
Nous écoutons sa voix pleureuse,
Sans rire et sans nous corriger.
Chez nous, on n’oserait rien faire
Sans son avis… qu’on ne suit guère.

Allons, Gudule, endormez-vous :
La cloche va tinter huit coups.

Nous lui racontons les merveilles
Dont jadis elle nous parlait ;
Elle écoute des deux oreilles,
En égrenant son chapelet.
Nous contons l’histoire éternelle
Du diable ou de la fée Urgèle.

Allons, Gudule, endormez-vous :
La cloche va tinter huit coups.

Gudule, autrefois économe,
Devint avare à soixante ans ;
Chaque année arrondit la somme
Qu’elle amasse pour ses enfants.
Or, elle n’a garçon ni fille :
Nous sommes toute sa famille.

Allons, Gudule, endormez-vous :
La cloche a tinté ses huit coups.

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