La bibliothèque libre.
Louise Labé — Sonnets
XIIII « Tant que mes yeux pourront larmes espandre, … »
Labé Sonnet 14
- Tant que mes yeus pourront larmes espandre,
- A l’heur passé avec toy regretter :
- Et qu’aus sanglots et soupirs resister
- Pourra ma voix, et un peu faire entendre :
- Tant que ma main pourra les cordes tendre
- Du mignart Lut, pour tes graces chanter :
- Tant que l’esprit se voudra contenter
- De ne vouloir rien fors que toy comprendre :
- Je ne souhaitte encore point mourir.
- Mais quand mes yeus je sentiray tarir,
- Ma voix cassee, et ma main impuissante,
- Et mon esprit en ce mortel sejour
- Ne pouvant plus montrer signe d’amante :
- Prirey la Mort noircir mon plus cler jour.
|
- Tant que mes yeux pourront larmes épandre,
- A l’heur passé avec toi regretter :
- Et qu’aux sanglots et soupirs résister
- Pourra ma voix, et un peu faire entendre :
- Tant que ma main pourra les cordes tendre
- Du mignard Lut, pour tes grâces chanter :
- Tant que l’esprit se voudra contenter
- De ne vouloir rien fors que toi comprendre :
- Je ne souhaite encore point mourir.
- Mais quand mes yeux je sentirai tarir,
- Ma voix cassée, et ma main impuissante,
- Et mon esprit en ce mortel séjour
- Ne pouvant plus montrer signe d’amante :
- Prierai la Mort noircir mon plus clair jour.
|