Le Bon Français

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H. Fournier, 1839 (1, pp. 95-97).


LE BON FRANÇAIS


chanson


CHANTÉE DEVANT DES AIDES-DE-CAMP DE L’EMPEREUR ALEXANDRE


MAI 1814


Air : J’ons un curé patriote


J’aime qu’un Russe soit Russe,
Et qu’un Anglais soit Anglais.
Si l’on est Prussien en Prusse,
En France soyons Français.
Lorsqu’ici nos cœurs émus
Comptent des français de plus [1],
Mes amis, mes amis,
Soyons de notre pays,
Oui, soyons de notre pays.


Charles-Quint portait envie
À ce roi plein de valeur [2]
Qui s’écriait à Pavie :
Tout est perdu, fors l’honneur !
Consolons par ce mot-là
Ceux que le nombre accabla.
Mes amis, mes amis,
Soyons de notre pays,
Oui, soyons de notre pays.


Louis, dit-on, fut sensible [3]
Aux malheurs de ces guerriers
Dont l’hiver le plus terrible
A seul flétri les lauriers.
Près des lis qu’ils soutiendront,
Ces lauriers reverdiront.
Mes amis, mes amis,
Soyons de notre pays,
Oui, soyons de notre pays.


Enchaîné par la souffrance,
Un roi fatal aux Anglais [4]
A jadis sauvé la France
Sans sortir de son palais.
On sait, quand il le faudra,
Sur qui Louis s’appuîra [5].
Mes amis, mes amis,
Soyons de notre pays,
Oui, soyons de notre pays.


Redoutons l’anglomanie,
Elle a déjà gâté tout.
N’allons point en Germanie
Chercher les règles du goût.
N’empruntons à nos voisins
Que leurs femmes et leurs vins.
Mes amis, mes amis,
Soyons de notre pays,
Oui, soyons de notre pays.


Notre gloire est sans seconde :
Français, où sont nos rivaux ?
Nos plaisirs charment le monde,
Éclairé par nos travaux.
Qu’il nous vienne un gai refrain,
Et voilà le monde en train !
Mes amis, mes amis,
Soyons de notre pays,
Oui, soyons de notre pays.


En servant notre patrie,
Où se fixent pour toujours
Les plaisirs et l’industrie,
Les beaux-arts et les amours,
Aimons, Louis le permet,
Tout ce qu’Henri-Quatre aimait.
Mes amis, mes amis,
Soyons de notre pays,
Oui, soyons de notre pays.
  1. Il est nécessaire de rappeler que M. le Comte d'Artois avait dit : « Il n’y a rien de changé en France ; il n’y a qu’un Français de plus. »
  2. François Ier.
  3. Les journaux du temps racontèrent que, sur une lettre du roi, l’empereur Alexandre avait promis de renvoyer en France tous les prisonniers faits sur nous dans la malheureuse campagne de Russie.
  4. Charles V, dit le Sage.
  5. Le roi avait dit à Saint-Ouen, aux maréchaux Masséna, Mortier, Lefèvre, Ney, etc. qu’il s’appuierait sur eux.
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