Le Cheval et les armes du voyageur

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Le cheval et les armes du voyageur ; Le coquillage
Alphonse de Lamartine

Le Cheval et les armes du voyageur

M. de Lamartine, absorbé par la politique, a presque entièrement renoncé à la poésie. Cependant, de temps en temps, le poète se retrouve comme malgré lui. Voici deux morceaux qui viennent de lui échapper; nous devons dire à quelle occasion pour l'intelligence de ces vers.

Tous les ans, vers le milieu d'avril, M de Lamartine fait tirer chez elle une loterie au bénéfice d'une œuvre de charité à laquelle elle s'est consacrée : l'œuvre du patronage des jeunes filles abandonnées. Pour cette occasion, les personnes bienfaisantes et les artistes surtout, dont le génie secourable ne manque jamais à la charité, envoient des lots, ouvrages de leurs mains. Dans ces lots, cette année, se trouvent des encadremens en arabesques représentant différens sujets groupés avec goût et admirablement peints. Entre ces encadremens, les artistes ont laissé une page blanche destinée à être remplie par des autographes d'écrivains ou de poètes; M. de Lamartine a été chargé d'en remplir deux.

Le premier de ces encadremens représente des scènes de la vie orientale: des armes, des pipes, des harnais, le désert, des chevaux arabes, des palmiers, etc. Voici les vers dont M. de Lamartine a rempli ce cadre.


[modifier] Le Cheval et les armes du voyageur

Le soleil du désert ne luit plus sur ta lame,

O mon large yatagan, plus poli qu'un miroir,

Où Kaïdha mirait son visage de femme,

Comme un rayon sortant des ombres d'un ciel noir!


Tu pends par la poignée au pilier d'une tente,

Avec mon narghilé, ma selle, et mon fusil,

Et semblable à mon cœur, qui s'use dans l'attente,

La rouille et le repos te dévorent le fil!


Et toi, mon fier Sultan, à la crinière noire,

Coursier né des amours de la foudre et du vent,

Dont quelques poils de jais tigraient la blanche moire,

Dont le sabot mordait sur le sable mouvant,


Que fais-tu maintenant, cher berceur de mes rêves?

Mon oreille aimait tant ton pas mélodieux,

Quand la bruyante mer, dont nous suivions les grèves,

Nous jetait sa fraîcheur et son écume aux yeux!


Tu rengorgeais si beau ton cou marbré de veines

Quand celle que ma main sur ta croupe élançait,

T'appelait par ton nom, et, retirant tes rênes,

Marquetait de baisers ton poil qui frémissait !


Je la livrais sans peur à ton galop sauvage :

La vague de la mer, dans le golfe dormant,

Moins amoureusement berce près du rivage

La barque abandonnée à son balancement.


Car, au plus léger cri qui gonflait sa poitrine,

Tu t'arrêtais, tournant ton bel oeil vers tes flancs,

Et, retirant le feu dans ta rose narine,

De l'écume du mors tu lavais ses pieds blancs !


Penses-tu quelquefois, l'oeil baissé vers la terre,

A ce maître venu dans ton désert natal,

Qui parlait sur ta croupe une langue étrangère,

Et qui t'avait payé d'un monceau de métal?


Penses-tu quelquefois à ta jeune maîtresse,

Qui, pour parer ta bride, houri d'un autre ciel,

Détachait les rubis ou les fleurs de sa tresse,

Et dont la main t'offrait de blancs cristaux de miel?


Où sont-ils? que font-ils? quels climats les retiennent?

Les vaisseaux dont tu vois souvent blanchir les mâts,

Ces grands oiseaux des mers qui vont et qui reviennent,

Sur ton sable doré ne les déposent pas!


Ne les hennis-tu pas de ton naseau sonore?

Ton cœur dans ton poitrail ne bat-il pas d'amour

Quand ton oreille entend dans les champs de l'aurore

Résonner les doux mots qu'ils t'apprirent un jour?


Oh! oui; car de ta selle, en détachant mes armes,

Tu me jetas tout triste un regard presque humain!

Je vis ton oeil bronzé se ternir, et deux larmes

Le long de tes naseaux roulèrent sur ma main !

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