Le Christianisme dévoilé/Chapitre IX

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Chapitre 8 Le Christianisme dévoilé Chapitre 10


Des rites, des cérémonies mystérieuses, ou de la théurgie des chrétiens.

Si les dogmes, enseignés par la religion chrétienne, sont des mystères inaccessibles à la raison ; si le dieu, qu’elle annonce, est un dieu inconcevable, nous ne devons pas être surpris de voir, que, dans ses rites et ses cérémonies, cette religion conserve un ton inintelligible et mystérieux.

Sous un dieu, qui ne s’est révélé que pour confondre la raison humaine, tout doit être incompréhensible, tout doit mettre le bon sens en défaut.

La cérémonie la plus importante du christianisme, et sans laquelle nul homme ne peut être sauvé, s’appelle le baptême  ; elle consiste à verser de l’eau sur la tête d’un enfant, ou d’un adulte, en invoquant la trinité. Par la vertu mystérieuse de cette eau, et des paroles qui l’accompagnent, l’homme est spirituellement régénéré  ; il est lavé des souillures, transmises de race en race, depuis le premier pere du genre humain ; en un mot, il devient enfant de Dieu, et susceptible d’entrer dans sa gloire, lorsqu’il sortira de ce monde.

Cependant, suivant les chrétiens, l’homme ne meurt qu’en conséquence du péché d’Adam ; et si, par le baptême, ce péché est effacé, comment arrive-t-il que les chrétiens soient sujets à la mort ? On nous dira peut-être, que c’est de la mort spirituelle, et non de la mort du corps, que J C a délivré les hommes ; mais cette mort spirituelle n’est autre chose que le péché ; et dans ce cas, comment peut-il se faire que les chrétiens continuent à pécher, comme s’ils n’avoient point été rachetés et délivrés du péché ? D’où l’on voit que le baptême est un mystère impénétrable à la raison, dont l’expérience dément l’efficacité.

Dans quelques sectes chrétiennes, un évêque, ou un pontife, en prononçant des paroles, et en appliquant un peu d’huile sur le front, fait descendre l’esprit saint sur un jeune homme, ou un enfant ; par cette cérémonie, le chrétien est confirmé dans sa foi, et reçoit invisiblement une foule de graces du très-haut.

Ceux de tous les chrétiens, qui, par le renoncement le plus parfait à leur raison, entrent le plus dans l’esprit de leur religion inconcevable, non contens des mystères qui leur sont communs avec les autres sectes, en admettent un sur-tout, qui est propre à causer la plus étrange surprise, c’est celui de la transubstantiation. à la voix redoutable d’un prêtre, le dieu de l’univers est forcé de descendre du séjour de sa gloire, pour se changer en pain ; et ce pain, devenu Dieu, est l’objet des adorations d’un peuple qui se vante de détester l’idolâtrie.

Dans les cérémonies puériles, auxquelles l’enthousiasme des chrétiens attache le plus grand prix, l’on ne peut s’empêcher de voir des vestiges très-marqués de la théurgie pratiquée chez les peuples orientaux. La divinité, forcée par le pouvoir magique de quelques paroles, accompagnées de cérémonies, obéit à la voix de ses prêtres, ou de ceux qui savent le secret de la faire agir, et, sur leurs ordres, elle opére des merveilles. Cette sorte de magie est perpétuellement exercée par les prêtres du christianisme : ils persuadent à leurs disciples, que des formules, reçues par tradition, que des actes arbitraires, que des mouvemens du corps, sont capables d’obliger ce Dieu de la nature à suspendre ses loix, à se rendre à leurs vœux, à répandre ses graces. Ainsi, dans cette religion, le prêtre acquiert le droit de commander à Dieu lui-même : c’est sur cet empire qu’il exerce sur son Dieu ; c’est sur cette théurgie véritable, ou sur ce commerce mystérieux de la terre avec le ciel, que sont fondées les cérémonies puériles et ridicules, que les chrétiens appellent sacremens. Nous avons déja vu cette théurgie dans le baptême, dans la confirmation, dans l’eucharistie ; nous la retrouvons encore dans la pénitence, c’est-à-dire, dans le pouvoir que s’arrogent les prêtres de quelques sectes, de remettre, au nom du ciel, les péchés qu’on leur a confessés. Même théurgie dans l’ordre, c’est-à-dire, dans ces cérémonies qui impriment à quelques hommes un caractere sacré, qui les distingue des prophanes mortels.

Même théurgie dans ces fonctions et dans ces rites, qui fatiguent les derniers instans d’un mourant. Même théurgie dans le mariage, où le chrétien suppose que cette union naturelle ne pourroit être approuvée du ciel, si les cérémonies d’un prêtre ne la rendoient valide, et ne lui procuroient la sanction du tout-puissant.

En un mot, nous voyons cette magie blanche, ou théurgie, dans les prieres, les formules, la lithurgie, et dans toutes les cérémonies des chrétiens ; nous la trouvons dans l’opinion qu’ils ont, que des paroles, disposées de certaine maniere, peuvent altérer les volontés de leur dieu, et l’obliger à changer ses décrets immuables.

Elle montre son efficacité dans ses exorcismes, c’est-à-dire, dans les cérémonies, par lesquelles, à l’aide d’une eau magique, et de quelques paroles, on croit expulser les esprits malins qui infestent le genre humain. L’ eau bénite, qui, chez les chrétiens, a pris la place de l’ eau lustrale des romains, posséde, selon eux, les vertus les plus étonnantes ; elle rend sacrés les lieux et les choses, qui étoient auparavant prophanes. Enfin, la théurgie chrétienne, employée par un pontife, dans le sacre des rois, contribue à rendre les chefs des nations plus respectables aux yeux des peuples, et leur imprime un caractere tout divin.

Ainsi, tout est mystére, tout est magie, tout est incompréhensible dans les dogmes, ainsi que dans le culte d’une religion révélée par la divinité, qui vouloit tirer le genre humain de son aveuglement.

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