Le Corset (1908) - Chapitre XIV

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Chapitre XIII Le Corset (1908) Chapitre XV


CHAPITRE XIV

Chercher comment la femme s'y prend pour plaire à l'homme, c'est répondre à cette question : quelles fen1­mes plaisent aux hommes.

C'est une question que s'est posée aussi M. Rafford Pyke, philosophe, sociologue et moraliste américain et à laquelle il a complaisamment répondu dans la Revue The Cosmopolitan. C'est avec grand intérêt que, en compa­gnie de M. Emile Faguet, je le suivrai dans le détail de sa réponse, je laisserai toutefois; de côté l'étude de ce qui peut plaire aux hommes des qualités morales de la femme, cela sortirait tout à fait du plan de ce travail où je ne veux aborder que des 'questions d'hygiène, de médecine et lie physiologie.

Auparavant., dit M. Faguet, se pose une question préju­dicielle.

Peut-on se demander, d'une façon générale, 'quelles sont les femmes qui plaisent aux hommes et n'y a-t-il pas seu­lement des ,cas et point de loi, point de règle ? Ne faut-il pas dire ,que telle femme 'est destinée à plaire à tel homme et point du tout aux autres? Ne faut-il pas dire que telle femme est destinée à déplaire à tel homme, sans. pour au­tant devoir déplaire à tel autre?

Notez 'que c'est la théorie de Schupenhauer au moins, laquelle a fait assez de bruit dans le monde, laquelle a conquis une certaine autorité et de laquelle je m'étonne que le très judicieux, très fin et quelquefois profond mo­raliste américain ne tienne pas compte et n'ait pas même l'air de se douter. Si, comme le croit Schopenhauer, cha­que être hun1ain, tant homme que femme, quand il res­sent « les passions de l'amour », comme on disait nu XVIIIe siècle, n'est qu'un être qui cherche à se compléter et à se compenser, la nature voulant la perpétuité et la non-dégradation de l'espèce et incitant cet être, sans qu'il s'en doute, à ,quérir dans un autre être les qualités qui lui manquent, les défauts mêmes qui lui manquent et en som­me tout ce ,qu'il sent qui lui fait défaut; s'il en est ainsi, il n'y a pas, il ne peut y avoir de « femmes plaisant aux hommes» mais telles femmes plaisant à tels hommes en raison des différences entre elles et eux, la femme de haute stature plaisant au nabot, la naine au géant, la spi­rituelle il. l'imbécile, l'autoritaire au timide. la timide à l'impérieux, etc.. et la question de M. Rafford Pyke ne peut même pas être posée. Mais, me dira-t-on, encore qu'on accepte la théorie de Schopenhauer, qui est conforme au sens commun, aux observations les plus, courantes et aux statistiques les plus sûres, encore qu'on accepte cette théorie, on peut, sans doute, précisément en observant les imperfections les plus communes chez les hommes, en déduire les séductions qui doivent être les plus communes chez les femmes, et tirer de là justement, le type général de la « femme qui plaît aux hommes » ; et donc ce type peut se trouver, et dOl1lc la recherche de M. Rafford Pyke n'est pas vaine. Et si ce n'est pas la méthode qu'a suivie M. Rafford Pyke, cela ne fait rien. Nous examinerons, nous, les théories de M. Raf­ford Pyke, et nous les apprécierons d'abord en elles-mê­mes et nous les contrôlerons ensuite, si cela nous fait plaisir, par la doctrine de Schopenhauer. Cette marche me paraît assez rationnelle et me plaît as­sez. Prenons donc cette façon d'aller.

Or, M. Rafford Pyke, quelle que soit sa méthode, et peut-être n'en a-t-il pas d'autre que l'observation et cette statistique personnelle que chacun de nous dresse il son usage, arrive à ces décisions générales.

1° La femme qui plaît aux hommes, n'est pas la femme belle. La beauté n'a plus d'influence sur les hom­mes. La femme belle est admirée ; elle n'est pas aimée. Je serais assez de l'avis de M. Rafford Pyke sur ce point. Seulement je ferai remarquer que la statistique est exces­sivement difficile sur cette affaire, parce que le nombre des femmes belles est excessivement restreint. Les femmes jolies sont, Dieu merci, très nombreuses ; les femmes que l'on peut appeler belles sont des exceptions infiniment rares. Dès lors quelle statistique établir ? Voit-on beau­coup de femmes belles rester sans preneur ou sans ador1­teur ? On ne le peut pas, puisqu'il n'y a presque pas de femmes belles. Si l'on en rencontre une qui soit demeuré délaissée, ce peut être un pur hasard et l'on n'en peut rien conclure.

2° La femme qui plaît aux hommes, toujours d'après M. Rafford, Pyke, est la femme gracieuse plutôt que la femme jolie.

Là-dessus Je crois que tout le monde sera d'accord. La grâce du visage, de la physionomie et des mouvements est certainement l'attrait le plus fort et aussi le plus du­rable que la femme exerce sur l'homme. Et ici, M. Haf­ford Pyke, sans citer Schopenhauer, abonde dans le sens de la doctrine schopenhauerienne. Il fait remarquer que l'homme, éternellement gauche et disgracieux, aux mou vements rudes ,et lourds, adore dans sa partenaire cette grâce du corps que Diderot définissait ainsi: « Cette rigoureuse et Ipnécise ~onfor,mité du mouvement du ~orpsà la nature de l'action ».

C'est pour cela 'que la danse a été ~hez tous les peuples connus, comme l'introduction à l'amour. La danse déploie la grâce et la montre dans tout,e la Rerfection où elle puisse atteindre. La grâc;e a créé la danse ,comme son expression, comme son instrument, comme son cadre et, pour tout dire d'un mot, ~omme son organe même.

Cependant, si le commun des hommes a besoin de 13. danse pour apprécier la grâce, les connaisseurs ou simple­ment les homm,es de sensations fines, n'ont besoin ,que de la marc.he et préfèrent même la marche à la danse ~omme expression de la grâc.e et com,me manifestation de l'eu~ rythmie personnelle.

« La marche d'une déesse sur les nuées », dit Saint-Si­mon, en parlant de la duches:se de Bourgogne. Et vera in­cessu pa.tuit dea, dit Virgile, en parlant de Vénus, ~e qui veut dire : « et, par sa façon de marcher, eUe se révéla déesse ». La marche, c'est la grâce qui s.e m,eut. « Je hais le mouvem'ent qui dép"lace l,es lignes! » a dit un poète. Soit, mais le mouvement qui arrange les lignes à chaque moment qu'il semble les déranger, ,c',est la grâce exquise et e'elst la grâce suprêm,e. La grâce immobile, ~'est la sta­tue harmonieuse ; la grâce en m,arche, e'est la vie harmo­nieuse.

3° La femme qui plaît, c',est la femme élégante" .c'est-à­dire: la femme qui plaît, c',est la femm,e qui sait s'enca­drer. C'est la femme qui s'habille bien, ,premier cadre, et pour bien s'hahiller je n""ai pas besoin de dire qu'il faut savoir ,choisir les couleurs et les dessiIlls. d'ajustement con­formes à sa personnalité et s'y ada,ptant naturellement. C'est la femme dont la chambre ou le salon, second ca­dre, sont~ décorés avec un goût personnel eneore et tel que ,c.hambre ou .salon semble être un accessoire et une dépendance de la personne elle-même : (( Vous ne trouvez pas Mme X élégante? demandait-on à un homme de goût. - Mais non! - Pourquoi? - Je ne saurais t,rop vous dire ... 'Chez elle, elle a l'air d'être en visite. » Une femme qui ,chez ,elle n'est pas chez soi, eùt-elle l'instinct de l'élégance dans l'ajustement, est peut-être (( une ,élé~ gante » ; mais ,elle n'est pas €légante.

Je n'ai pas besoin de ,dIre, ajoute lM. Faguet, que je .suis ici, aussi tout à f.ait de l'avis de M. Rafford Pyke, puisque je m'aperçois que je suis en train de le compléter et d'ajouter des raisons à celles qu'il donne.

E-t ici, aussi, j'estime que la doctrine de. Schopenhauer confirme parfaitement celle de M. Rafford Pyke, car s'il est un être inélégant en son pnemier cadre, à savoir son ajustement ,et en son second cadre, à savoir son habitat, c'est certainement l'être masculin.

Depuis environ la fin du règne de Henri IV, les costumes masculins, en particulier, sont la honte de l'espèce humaine. Un tel être aura tout naturellement une inclina­tion pour celui qui — quelquefois au moins — montre du goût dans le choix et la disposition de ses deux cadres. La femme élégante encore plus peut-être que la femme gra­cieuse, ,est certaine d'exercer un grand attrait sur le sexe qui compte infiniment peu de Pétrones.

J'applaudis à cette conclusion de M. Rafford Pyke et de M. Emile Faguet, l'homme recherche surtout la femme élégante parce que la femme ,élégante pouvant grâce à des artifices de' sa toilette masquer les défauts de son ,corps donne à l'homme l'illusion de la beauté. Il y a, en effet, bien peu de femmes qui peuvent mon­trer nues des formes impeccables, presque toutes ont be­soin de mentir à l'homme par l'arrangement du cos­tume et, en ,cette façon de mentir, elles s'Ont expertes plus que dans toutes les autres.

Le corset est là qui lui apporte son aide trompeuse et quand, grâce à lui, grâce à ses dessous, grâce à sa robe, la femme es-t arrivé.e à plaire; à son tour, prise à son men­songe, elle s'estime non seulement élégante mais belle, estimant certificats de heauté ses succès auprès des hom­mes

Ce qu'il faudrait pour guérir les femmes de cette prétention et leur faire voir clair une fois dans leur vie, dit l'auteur d'un roman espagnol, se serait une bonne loi les obligeant pendant un mois seulement à se revêtir du même costume national que les hommes : culotte collan­te, veste courte.

Il n'en sortirait, pas deux dans la rue sur cinquante tel­lernent elles se trouveraient ridicules et ratées !... Les voyez-vous, par exemple, je ne dis pas en costume de to­reros, mais seulement d'Aragonais, d'Andalous n'im­porte ! avec leur petite taille, leurs courtes jambes, leur large ventre, leurs énormes fesses, etc. Quelles grâces, Messieurs, Mesdames ! Comparez et admirez ! Les voyez-­vous aussi en Eves, debout, alignées comme on voit des régiments d'Adams de tous les' âges et de toutes les tailles à la baignade ? C’est cela qui aurait bientôt fait de les mater ! Le voilà bien non plus en images, ni en statues ce fameux beau sexe qui ne peut même pas supporter une minute d’examen lorsqu’il se tient les os en pointe et qui n’est plus présentable que lorsqu’il est couché et étendu! Aussi vivent éternellement les jupes et les longues che­mises pour cacher toutes leurs difformités physiques ! Et cela ne leur suffit pas : il leur faut encore se couvrir et se recouvrir de barres de fer e.t de baleines, de posti­ches, de maquillages, de fanfreluches de toutes sortes et de toutes couleurs comme les seigneurs de l’ancien temps ou les sauvages d’aujourd’hui, ou mieux encore comme les mules du carosse royal. Heureusement que faute de mieux elles nous plaisent, toujours et quand même non pour ce qu’elles valent, mais pour le plaisir qu’elles nous représentent.

Et elles plaisent et elles représentent du plaisir parce que peu d’hommes malheureusement. songent à faire de la femme une compagne et que pres1que tous poussés par l’instinct ne voient dans l’être féminin qu’un instrument de jouissance.

C’est ainsi que la femme coquette et élégante l’a compris, inconsciemment peut-être, mais non moins certainement et c’est pourquoi elle il ,compris aussi comment dans notre civilisation, elle peut par la con striction du corset, par l’art du costume, augmenter la mise en valeur ou pro­duire l’illusion des lignes ondoyantes qui sont celles de la beauté féminine; lignes ondoyantes, apparentes ou réelles, auxquelles elle doit d’être désirée par eux.

« Quelles sont clone ces lignes ondoyantes qui caractéri­sent la femme. Ce sont avant tout le profil antérieur de !il poitrine, puis les profils latéraux de la taille et le profil de la cambrure des reins; c’est le profil de la nuque; ce son C enfin les lignes qui relient le cou aux épaules ». Toute l’habileté féminine va donc consister désormais à mettre en valeur ces lignes ondoyantes qui sont la parure natu­relle de la femme; à créer ce que le monde civilisé actuel considère comme étant la beauté : une taille svelte, dès hanches saillantes, une gorge proéminente ; pour cela le vêtement est nécessaire. Ce n’est pas en effet un sentiment de pudeur instinctive qui a fait naître l’usage des vêtements. De nos jours encore, il est des peuplades qui vivent complètement nues ; c’est la civilisation qui a inventé et voulu la pudeur. Le christianisme a augmenté cet instinct de la pudeur. L’effroi de la chair, 1,e mépris du, corps humain, voilà des idées essentiellement chrétiennes. En dehors de cela le vêtement n'a rien à voir avec la mo­ràle, le fait de découvrir son corps ne passe point pour immoral quand la mode l'exige (Dr Stratz).

La femme esthétiquement est faite, dit Montaigne, pour être vêtue selon les sinuosités exquises de ses lignes; rien ne doit masquer l'ampleur ni les vallonnements adorables de sa gorge, la cambrure de sa taille ou l'élégance de sa nuque, cette partie damnable, attirante faite pour y en­fouir les baisers. La jupe doit épouser ses formes, modeler les hanches, adhérer aux rondeurs des cuisses et mourir

Fig. 130. — profil du torse féminin et du torse masculin d'après Thomson.

en plis gracieux sur la délicatessle des attaches du pied dont la pointe semble émerger de la soie, des guipures, des batistes.

Toutes les modes qui ont engoncé la femme ont été des attentats contre sa beauté et des obstacles contre la sé­lect.ion naturelle ; les modes godronnées, empesées, déformatrices du corps ont toujours été prônées et imposées par des souveraines mal faites intéressées à dissimuler des défauts de corsages, des maigreurs terribles ou des pau vretés de chute de reins.

Mais pourquoi la femme veut-elle dissimuler ces défauts et ces pauvretés, pourquoi veut-elle par des artifices divers par ce contraste que produit une taille fine augmenter ou simuler l'opulence de la croupe et des seins? C'est que les régions mammaires et fessières constituent encore dans notre civilisation actuelle des régions d'attirance du re­gard et du désir 'masculin. De tout temps, des femmes dépourvues de charmes mammaires ont eu recours à des artifices de toilette.

Ovide conseillait déjà l'emploi de « ces enveloppes qui arrondissent la poitrine et lui prêtent ce qui lui manque. » Eustache Deschamps, huissier d'armes de Charles VI, dans sa diatribe sur le sexe « vilain» : Le Mirouer du mariage, indique la manière de fabriquer des appas à celles qui en sont dépourvues. Et Mahomet n'a-t-il pas dit: L'e sein, de la femme a un double rôle à remplir: nourrir l'enfant et ré­jouir le père. Il est vrai que maintenant la femme s'occupe peu du premier rôle et beaucoup du second.

C'est qu'en effet le sein qui n'a été à l'origine qu'un organe maternel secondaire, se transforme plus tard 9n organe érotique, en tentation d'amour, au même titre que le coussinet des Hottentotes qui sert de berceau et de hotte au nouveau-né est devenu chez ces peuplades un véritable organe sexuel secondaire, c'est-à-dire un organe propre à inspirer de l'amour, des désirs (Lombroso, Origine du bai­ser in Nouvelle Revue 15 août 1893).

Aucun organe, dit le docteur Witkowski, ne réunit mieux les avantages de l'utile du lei. Ces appas palpables sont des appâts magiques, qui avec les charmes du vi­sage, provoquent chez l'homme la griserie nécessaire à la reproduction de l'espèce, d'autre part, les caresses du ma­melon déterminent chez la femme, un éréthisme favorable à l'union sexuelle.

Nadeschin prétend môme qu'en raison de l'étroite sym­pathie des seins avec la matrice, leur ablation équivaut presque à une véritable castration, qu'elle diminue l'ap­titude à la conception et le plaisir dans le coït ce qui ex­pliquerait pourquoi en Russie la secte des Skoptsy s'ap­puyant sur certains passages de la Bible préconise et pratique des mutilations, spéciales suivant. les sexes, portant sur les testicules, les nymphes, le clitoris, les seins.

En Ecosse des sectaires aveuglés par le fanatisme reli­gieux coupaient les fesses et les têtons aux jeunes filles adeptes (Barbaste, de l'Homicide et de l'Anthropophagie).

« Plus on avance vers la civilisation, plus la femme triomphe de la femelle et plus l'amour envahit le champ de la maternité ». L'e snobisme actuel n'a-t-il pas créé les Florifères ! Et à bien examiner nos femmes elles le sont presque toutes des Florifères !... intégrales ou mitigées ... par un procédé ou un autre ... une raison ou une cause quelcon­que. (Les florifères, Camille Pert). Mais l'instinct sexuel existe toujours, il est là qui veille. En effet, si la femme veut être belle, si ,elle veut paraître belle surtout, si ,elle veut par cetite réalité de beauté et plus souvent par cette apparence de beauté — et sans négliger en outre d'exci­t,el' l'envie des autres femmes - si elle veut, dis-je, plaire à l'homm,e, c'est qu'elle est « l'être deslJinée à Ellcc'Omher aux subites convulsions de son sexe ». C'est que « \cha~ que jour elle nous invite à l',acte qui ,est la destinée mê­me de notre espèce ». (Le [eu, D'Annunz:i'o). C'est que « les deux s,exes ne viennent dans le monde que parc,e qu'ils qu'ils ont un amour à y conduire 'Ou à y trouver ou à s'y procur,er ». {Flirt, P. Hervieu). C'est qu'en un mot la fem­m,e obéit à un grand instinct, supérieur à tout le vouloir humain, l'instinct de la œproduction qui pousse l'un des sexes dans les bras de l'autre.

Luther a dit: « Une femme à moins d'être douée d'une grâce extraordinairement rare, ne peut pas plus se pas­ser d'un homme qu'elle ne peut se passer de manger, de dormir, de boire et de satisfaire à d'autres nécessités de la matière. Réciproquement un homme ne peut pas da­vantage se passer d'une femme. La raison en est. qu'il est aussi profondément implanté' dans la nature de procréer de:s enfants que de boire et de manger. C'est pourquoi Dieu a donné au corps et renfermé en lui, les membres, les veines, les artères et tous les organes qui doivent servir à ce but. Celui donc qui essaie de lutter contre cela et d'empêcher les choses d'aller comme le veut la nature, que fait-il sinon essayer d'empêcher la nature d'être la na­ture, le feu de brûler, l'eau de mouiller, l'homme de man­ger, de boire et de dormir ! »

Kant a résumé ces mêmes idées quand il a dit: cc L'hom­me et la femme ne ,constituent l'être humain entier et complet 'que réunis; un sexe ,complète l'autre ».

Et Schopenhauer de déclarer : l'instinct sexuel est la plus complète manifestation de la volonté de vivre c'est donc la concentration de toute volonté !

Affirmation que viennent confirmer ces lignes de Main­lœnder : le point essentiel de la. vie humaine -est dans l'instinct sexuel. Lui seul assure à l'individu la vie qu'il v-eut avant tout...

Et précédant tous ces philosophes la doctrine de Boudha ne dit-elle pas : « l'instinct sexuel est plus aigu que le croc avec lequel on dompte les éléphants sauvages' ; plus ardent que la flamme, il est comme un dard enfoncé dans l'esprit de l'homme. »

La Doctoresse Elisaheth Blackwall dit dans son livre The moral éducation of the young in relation to sex : « L'instinct sexuel existe comme une condition inévitable de la vie et de la fondation de la société. Ii est la force prépondérante dans la nature humaine. Il survit à tout ce 'qui passe ».

Rien n'est changé maintenant: la femme est aujourd'hui pour l'homme avant tout un objet de jouissance ; subor­donntée au point de vue économique, il lui faut considérer dans le mariage sa sécurité ; elle dépend donc de l'homme, elle devient une parc,elle de sa propriété. Sa situation est rendue plus défavorable encore par ce fait que, en règle générale, le nombre des femmes est supérieur à celui des hommes. Cette disproportion numérique, excite la concur­rence rendue plus âpre encore par suite de ce que nom­bre d'hommes pour toutes sortes de raisons ne se marient pas. C'est ainsi que la femme est obligée, en donnant à son extérieur l'allure la plus avantageuse possible, d'entamer, avec toutes celles de ses congénères du même rang qu'elle la lutte pour l'homme (La, Femme, Bebel).

L'amour n'est en effet qu'un piège tendu à l'individu. La nature ne songe qu'au maintien de l'espèce et Pour la perpétuer, elle n'a que faire de notre sottise. A ne consul­ter que la raison quel est l'homme qui voudrait être père et se préparer tant de soucis pour l'avenir; quelle femme pour une épilepsie de quelques minutes se donnerait une maladie d'une année entière (Chamfort).

J'ajouterai, si ce n'était un piège, qui donc, s'il pouvait réfléchir, oserait passer des préliminaires de l'amour ai­mables si souvent, au geste final, laid toujours.

« S'il est une fonction sur laquelle pèse le déterminisme lit-on' un peu partout. c'est bien la fonction sexuelle. Nous nous croyons libres et nous ne sommes en amour que de véritables esclaves. La nature, la grande sournoise aux aguets nous attend à tous les tournants du chemin ; tel qui fier de sa conquête, l'emporte victorieux dans ses bras, n'est que le misérable jouet des forces naturelles. »

Maurice Maindron, l'auteur de pages si justement 'ré­putées abonde en propos subtils sur cette question. C'est ainsi que dans ,son livre Monsieur de Clerambon le héros du roman répond à l'amoureux Taubadel qui avait entre­pris un éloge des dames et des demoiselles : « Les femmes sont ainsi faites qu'elles supportent plus commodément, les sévices que la contradiction. Prompte à pardonner les mauvais traitements qui n'intéressent que leur chair, elles ne pardonnent point au contraire les paroles sévères et les reproches mérités. Il semblerait qu'elles soient mues en cela par un sens obscur de la justice et qu'elles pres­sentent confusément combien peu leur esprit compte en comparaison de leur chair. Péchant toujours par cette chair qui est leur seule raison d'être, elles ne s'étonnent point des inconvénients qui résultent gé­néralement du commerce naturel. Après tout se ré­pètent-elles, nous avons été créées pour ça. Fou qui cherche en nous autre chose. Battez une femme qui s'est laissé aller à quelque faute grave, elle ne vous en gardera rigueur qu'autant qu'il y a eu des témoins. Mais n'essayez pas de la morigéner encore moins de la railler, la bête se cabre. Il me souvient au temps de ma première jeunesse d'avoir écrit une lettre mesurée et courtoise pour repro­cher a une dame de m'avoir trompé sans motifs et contre son intérêt. Elle me répondit par ces mots que je n'ai jamais oubliés, tant je les trouve délicieux : « Tu avais le droit de me gifler, mais non de m'adresser une pareille lettre. » Cette femme était logique. Elle prétendait être punie dans sa chair qui avait la seule grande part dans sa faute. »

« Je ne saurais trop insister: rien n'est moins suppor­table aux femmes que la moquerie, et elles poursuivent les gens d'esprit, j'entends par là ,ceux qui ont cet esprit profond des anciens philosophes — d'une haine singu­lière et vivace. La plupart des heureux moments que les sots obtiennent de passer avec les belles, leur sont accor­dés pour une raison qu'ils ne soupçonnent guère ; c'est qu'alors qu'une dame se donne ou se prête — pour res­ter dans le vrai et des idées et des mots — à un homme sans même souvent le connaître, elle n'agit ainsi que dans le secret espoir de mortifier un autre qui, toujours, vaut mieux que celui-là. Tant il est vrai que la femme va volontiers du meilleur au pire, et se complaît à vous don­ner des leçons utiles à rabaisser notre orgueil. »

« E,t ce qu'il y a d'admirable là-dedans, c'est qu'elles pro­cèdent par instinct, comme les bêtes ode la terre et les oiseaux du ciel, sans être en rien capables de débrouil­ler le chaos confus de leurs pensées. Il ne se passe rien derrière ce mur qu'est leur front poli et cependant cha­cun a la prétention d'y trouver des choses nouvelles à soi particulièrement destinées. »

Cette univers,elle loi de l'attraction des sexes qui pousse fatalement l'homme et la femme à se livrer à un perpé­tuel et incessant combat sur le terrain de la satisfaction de:s sens, M. Jules Lemaître la reconnaît aussi quand il écrit : « la toilette féminine est essentiellement expres­sive du sexe ; tandis que la toilette des femmes a' pour fin suprême l'attrait du se~e ,et ne se soucie point de la commodité ; c'est de la commodité presque, seule que le costume masculin se préoccupe ; il a fini par faire' avec le leur un contraste absolu ... »

Plus j'approfondis la question, dit un autre auteur, p,lus je me ,convainquis que l'hom'me est un animal- d'instinct essentiellement polygamique, animal plus intelJigent mais plus vicieux Ique tout autre, ,et que la femme n'est rien autre chose que sa femelle nèe avec des aptitudes polyandriques que la nature s'acharne à développer en dépit des m'œurs, de l'éducation et de tous les progrès humains. C'est là de la science exacte et expérimentale à l'appui de laquelle les preuves abondent.

C'est aussi la conclusion à laquelle arrive M. Paul Va­lentin dans son étude sur l'Evolution de la lemme devant la psychologie positive, le cerveau féminin, dit-il, subit en permanence, à un degré dont le cerveau masculin n'ap­proche que dans des circonstances très rares, le contre­coup d'une sexualité normalement omnipotente. De la puberté à la ménopause, en dépit des apparences parfois contraires, la mentalité de la femme obéit, dans une pro­portion que soupçonnent seuls les médecins spécialistes des névroses, à ·des· tendances émotionnelles, dont l'ori­gine profonde doit être cherchée dans l'expansion ou ta dérivation du « besoin d'aimer». Evident ou mé­connu, entravé ou libre, excessif ou modéré, l'instinct, qui pousse les femmes à sacrifier à l'espèce le meilleur de leur vie, neutralise, équilibre, galvanise ou pervertit, suivant les cas, ses manifestations psychiques essentiel­les. Toute impression qui met -en jeu l'instrument de la pensée féminine le trouve « accordé » en quelque sorte à un « diapason » spécial, par le fait même de l'énorme retentissement cérébral de l'activité sexuelle. Si la femme n'atteint pas dans le domaine de la production intellectuelle, ni la même puissance, ni la même hauteur que l'homme, elle reconquiert tous ses avantages sur le ter­rain de l'instruction instinctive et de la logique passionnelle.

Le rôle prépondérant que jouent chez elle certaines exci­tations viscérales dans la genèse du travail psychique ac centue à merveille le trait fondamental de sa structure physiologique, qui lui commande de sauvegarder avant tout la survivance de l'espèce.

Et il est heureux que l'amour ne soit qu'un piège tendu à l'individu, car si la nature ne disposait pas de ce piège comment maintienidrait-elle la perpétuité de l'espèce. La femme perd en effet le sentiment de la maternité, elle ne fait du reste que suivre les leçons de l'homme qui lui a démontré qu'en amour il n'y avait plus ni cause aus­tère, ni but grandiose. L'homme a dénaturé à son profit l'attrait des sexes, il a faussé, tourné en gaudriole l'acte de reproduction, la femme l'a cru ...

Du jour où l'homme s'est montré dédaigneux de la mère, ou il amis sur un trône la Beauté, la Passion, la bataille entre l'homme et la femme était décidée, immi­nente ! L'amante, déifiée par les poètes, souveraine par le désir qu'elle inspirait, s'est affolée de la puissance que les sens ,surexcités de l'homme lui donnaient... elle a abusé de son pouvoir jusqu'à l'instant très moderne très contemporain où l'égoïsme de l'homme s'est, redressé et a secoué le joug -1 Car, ne vous y trompez pas ! l'homme sacrifie encore à la passion sensuelle, mais ,elle seule l'as­servit ,et non plus la prêtresse ! L'homme adore la sensa­tion qui IUli vient de la femme mais il marche sur la fem­me. EUe n'est plus 'Pour lui qu'un instrument de plaisir qu'Ïil. regarde éiyeC indifférence, sa folle brève assouiVie.

Or, pour arriver à provoquer l'instinct sexuel de l'hom­me ,et obéir ainsi inconsciemmient à l'ordre de la. nature qui pousse l'ètre humain a. se reproduire,qu',est-ce que la femm,e a trouvé actueUement de mieux si ce n'est les vêtements ,et non pas seulement n'importe quels vête­ments, mais encore les vêtements qui le plus mettent ,en vedette ses qualités physiques quand elle en a, qui le mieux suppléent à ces qualités physiques quand la, nature ne lui a p.as d.éparti la beauté ou quand la maladie, l'âge, la fatigue, ont fait disparaître les formes saines et frat­ches de la jeunesse. Et ces vêtements. la femme s'en en­veloppe d'autant plus volontiers que s'ils ont l'inappré­ciwble avant.a!ge pour le plus g-rand nombre de donner à l'homme des illus,ions que celui-ci ne saurait avoir si la femme lui apparaissait brutalement dévêtue, ils ont pour toutes l'incont,estable utilité d'augmenter le désir sen­suel, qui excité devant l'inconnu, s'irrite devant seule­ment un peu de chair devinée, entrevue ou dévêtue. « Le vêtement développe un sentiment qui souvent s'as­socie à l'amour. la curiosité : il exalte aussi ce désir, la conquête. L'idée d'un übstacle monte le désir au pa roxysme ; souvent l'excitation sexuelle tombe en même temps que les vêtements de la femme qui s'offre à nous sans combat » (Joanny Roux).

Dans un article paru dans le Figaro en juillet 1905, Marcel Prévost, écrivait, traitant du krack de la beauté fémi­nine en France : La beauté s'est démocratisée ou plutôt-­car les deux mots s'associent mal, l'un signifiant moyen­ne » et l'autre « exception », une certaine habileté à parer, à présenter aux yeux les charmes dont les dota une nature, même parcimonieuse, réussit à niveler sensiblement l'attrait des Parisiennes. Les modes, heureusement combi­nées pour le gentil laideron que nous baptisons à Paris « femme charmante » ou pour les dames qui entrent gail­lardement dans leur troisième jeunesse, — ces modes le chiffons, de fanfreluches, de pampilles, où la ligne est constamment rompue pour l'amusement des yeux, — ces modes illusionnistes ne siéent point à la pure beauté. Habillez chez le grand couturier la Vénus de Milo, voire la Joconde, elle aura l'air d'une chienlit. Le mannequin rêvé par tous les artistes de l'aiguille est la femme sans contours, le schéma de femme, sur lequel on peut draper et suspendre indéfiniment des étoffes, des dentelles, des broderies. La beauté de la femme contemporaine est es­sentiellement une beauté habillée, où le visage même et la chevelure sont œuvres d'art... Un homme qui assurait avoir goûté beaucoup d'heureuses fortunes dans le meilleur monde, et qui en parlait volontiers, me témoigna un jour à quel point il estimait, avec le poète des Stances, que le meilleur moment des amours n'est pas quand on s'est dit: « Je t'aime » — et qu'un autre moment après celui-ci est particulièrement pénible : celui où un galant cour­tisan doit prouver à une femme du monde, combien il la trouve plus charmante a~ors qu'elle est, en réalité, débar­rassée de ses charmes les plus incontestables. If ajoutait que les mondaines très intelligentes s'en rendent compte, qu'elles ne dérangent leur toilette qu'à la dernière extré­mité, que tout se passe le plus souvent en thé et en porto et que les aptitudes d'un Casanova de Seingalt seraient aujourd'hui sans emploi.

Les vêtements sont en effet pour la femme de vraies armes dans la lutte sexuelle qu'elle soutient, à tel point qu'il « faudrait qu'elle fut insoucieuse des plus élémen­1aires voluptés pour se dévoiler, pour se désarmer tout entière devant l'ennemi. Ah ! le fade divertissement qu'une femme nue ; c'est comme une charade dont on saurait le mot. » Mais ces vêtements dont elle se couvre, ces lingeries, ces dentelles dont elle se pare se,raient dans l’immense majorité des cas, pour ne pas dire toujours, insuffisants à rendre la femme désirable si celle-ci se contentait de vêtir de falbalas un corps fatigué, déformé, vieilli; aussi la femme a-t-elle trouvé inieux.

Primitivement destiné à protéger le corps contre les lacets ou les cordons des jupes, primitivement destiné à rendre plus faèile et plus léger le port des jupons, le cor­set a bientôt été détourné de son utilisation prelmière, il est devenu l’arme par excellence que la femme emploie pour tromper sur la réalité de ses formes, comme il est devenu « l’armature » essentielle de la toilette féminine. Ne peut-on dire, avec Henry Fouquier, qu’il est la pierre angulaire de cet é~iflce,qu’est)a toilette d’une femme élé­gante d’aujourd’hui ? ... Et puislque pour l’homme de nos contrées ce qui l’attire le plus dans la femme c’est en dehors des lèvrés au, sourire charmeur, la forme des seins, et la chute dès reips, et puisque « pour l’homme fait, le besoin sexuel se traduit avant tout par des représentations visuelles » l’on comprendra comment le corset qui peut par une coupe savante soit modifier le volume de la gorge, soit resserrer des chairs envahies par la graisse, et qur permet, gràce à un laçage sévère entre les côtes etle bas­sin de rendre fine une taille dont l’exiguïté s’accroît du contraste des masses sus ou sousjacentes — taille que la sottise masculine considère co,mme une beauté chez la femme — l’on comprendra donc que le corset soit en si grande faveur parmi les femmes que depuis des siècles aucune malédiction des philosophes, aucun conseil des hygiénistes, aucune prescription des rnédecins n’ait pu les convaincre de se défaire de cet instrument qui devient si facilement entre leu,rs mains un instrument de supplice, une cause de maladie.

C’est qu’en effet parmi tous les avantage,s du corps féminin, celui qui passe pour le plus important, c’est la sveltesse de lia taille et pour l’obtenir les femmes ont eu recours au corset sous toutes ses formes.

D’Hippocrate à Sommering, bien des voix autorisées se sont élevées contre l’usage du corset et bien d’autres s’élèveront encore après eux, hélas ! fort inutilement. Les femmes à qui le corset est nécessaire l’ont toujours conservé et le conserveront tant que le monde sera monde.

« Je ne suis pas ennemi du corset, mais ennemi de l’abus qu’on en a fait. Le déconseiller aux femmes mal faites, c’est prêcher dans le désert ; je me suis contenté. non sans succès, de mettre en garde les femmes bien faites contre ses funestes conséquences, lorsqu'il en était temps encore. »

Pour comprendre l'importance que l'on attache au corset, voyons tout d'abord clairement ce que c'est que la taille et quelle est l'idée qu'on s'en fait ordinairement.

Fig. 131. — Jeune javanaise n'ayant jamais porté de corset.

La figure 131 nous montre la conformation naturelle de, la taille, telle que la présente une jeune Javanaise bien faite qui n'a jamais porté de corset. Bien que le corps ait assez d'embonpoint, la sveltesse de taille ressort bien ; et ce n'est point parce que le milieu du corps est d'une minceur exceptionnelle, mais parce que sa minceur relati­ve contraste avec la largeur d"es hanches et des épaules.

Nous admettrons donc comme condition naturelle d'une taille élancée, qu'à partir de la région la plus étroite, c'est-­à-dire la base inférieure du thorax, le corps s'évase èou cement vers Je haut et vers le bas; quant à la dimension absolue du tour de taille, elle est complètement accessoire. Dans la vie ordinaire et notamment parmi les femmes elles-mêmes on en juge autrement. Tout au plus parle-­t-on de taille. Une taille de 60 centimètres est belle, une de 50 centimètres est ravissante, etc.

Mais que l'homme ne tente pas les dieux; que jamais, jamais, il ne désire contempler ce que dans leur clémence ils enveloppent.

Fig. 132. — Torse de femme sans traces de corset (Viennoise).

Et maintenant faisons abstraction, si vous le voulez bien, des troubles internes graves que peut produire le corset serré et posons la question suivante : atteint-on, en sacrifiant ainsi sa santé et bien des agréments de la vie, atteint-on oui ou non le véritable but qu'on s'était proposé, l'embellissement du corps ? Nous répondrons : en apparence oui, en réalité, non.

La fine taille ainsi obtenue peut en imposer au vulgaire, mais l'observateur expérimenté, choquté de la dispropor­tion ,entre cette taille mince et les autres parties du corps reconnaîtra presque toujours les défauts sous les vête­m:ents qui l'es dissimulent.

Sur un corps nu, la déformation saute aux yeux. Sur un corps non déformé par le corset, les contours du thorax ont pour prolongement naturel l'es lignes de l'abdo­men, dont la légère convexité est déterminée par la sail­lie des muscles, notamment à droite et à gauche de la li­gne médiane, au dessus du nombril, qui est particulière­ment riche en tissu adipeux.

La compression par le corset a pour premier résultat un sinon transversal au-dessus du nombril, sillon qui forme une division trop nette et peu naturelle du tronc en deux parties; les parties molles de l'abdomen situées au-dessous de cette ligne sont refoulées vers le bas et en avant; le ventre devient lui aussi de plus en plus saillant. Comme la convexité du thorax diminue, les seins retom­bent toujours davantage. La forte compression ces mus­cles du ventre, particulièrement de ceux qui vont du pubis au sternum, détruit le relief de l'abdomen et en même temps son principal soutien, si bien, que le ventre devient flasque et pendant.

Un pareil corps est déformé pour toujours par la pre­mière grosses-se, par le plus léger embonpoint : le ventre et les seins grossissent, deviennent toujours plus flasques et plus, pendants, à la place de la taille" il ne reste plus qu'un sillon trarl5versal plissé, ridé, seul le corset est en­core capable de donner pendant quelque temps l'illusion des formes qu'il a lui-même détruites (1)[1]. Et quand vient l'heure du déshabillage, que ce soit le retour à la maison après la journée d'affaires, que ce soit la rentrée après les heures de plaisir, avec quelle satisfaction non dissimu­lée. la femme enlève son corset. Elle vous jurera qu'elle ne se serre pas malgré que sur sa peau line large bande, brunie et excoriée plus ou moins, atteste la constriction du corset.. Elle vous dira que sans corset elle serait fati­guée des reins et parce qu'elle a pris à un tel point l'ha­bitude du corset serré qu'elle ne peut plus se passer de ce soutien, elle conclut, avec une admirable absence de lo­gique, que cette habitude, parce que ancienne, est, bonne. Que ne répond-elle plus spirituellement comme une de nos exquises artistes parisiennes: « Je dois au corset une joie quotidienne, car l'ennui de le mettre tous les matins, n'est pas comparable, selon moi, au plaisir de l'ôter tous les soirs. »

Ou bien que ne reconnaît-elle franchement les services qu'elle demande au corset, comme le faisait naguère une divette pleine d'esprit : « Toutes les femmes grosses ou minces avouent difficilement les services rendus par le corset. Gomme si toutes pouvaient s'en passer, sans être disgracieuses ! Eh bien, moi j'avoue que depuis que j'engraisse un peu, je m'en sers très rarement, mais quand je n'avais rien, absolument rien pour bomber mes cor­sages, mon corset avait deux fameux petits goussets pleins de coton réparateur ; et ma foi, je leur garde une

Fig. 133. — Marques de compression très forte par le corset.

petite reconnaissance aux corsets... » Nulle doute que cette même divette qui maintenant a engraissé beaucoup, n'a­voue, si elle restait, sincère que son corset la « maintient » expression consacrée — une femme n'est jamais serrée, elle est maintenue — car grâce à lui la femme peut paraître avoir « des lignes encore très agréables, alors qu'elle a perdu la correction de, ces lignes ».

L'importance du rôle du corset dans la toilette fémi­nine est donc capitale. Sans corset « lui faisant une jo­lie taille » pas de robe qui « habille bien » sans vêtement qui la pare et la répare, nul moyen pour la femme d'at­tirer le regard et d'attiser le désir. Que si quelqu'un n'était point convaincu de ces vérités, je lui citerai une vieille loi anglaise promulguée sous Charles, II ; loi dont le texte, chose peu banale, n'a jamais été abrogé.

Cette loi édictait « que les femmes de tout âge, de tout rang, de tout métier ou grade qui par le port du corset, trompent les sujets masculins de Sa Majesté et les indui­sent par ce moyen en mariage soient atteintes par les peines applicables là la sorcellerie, à la magie noire et autres crimes de c.e genre, en vertu des lois existant,es, et que leur mariage soit déclaré nul par suite de la con­damnation. »

Comme on]e voit, le Dr Maréohal qui a rédigé contre le corset, un texte de loi que j'ai reproduit, a été un peu devancé dans ses idées de proscription. L'impuis­sance de la loi que je viens de citer consolera mon con­frère de l'échec, de ses projets, car que vient faire l'hy­giène et la médecine là où il n'est point question de santé? Qu'importe à la femme sa santé; ce qui l'intéresse, c'est plaire, plaire beaucoup, plaire longtemps. Hygiénistes et médecins perdent leur temps à proscrire le corset, l'hom­me seul en tant que mari ou amant pourra remédier à cet état de choses, je dirai plus loin comment, et encore n'est-ce là qu'une simple hypothèse de ma part, hypo­thèse dont je ne vois pas la réalisation dans un avenir prochain.

De tout ce qui précède, il m'apparaît bien résulter que je puis poser et résoudre ces deux questions — toute:, conditions de costumes et de mœurs égales d'ailleurs — : la femme doit-elle porter un corset? non. La femme por­tera-t-elle un corset ? oui.

J'ai, je crois, expliqué suffisamment ce paradoxe apparent seulement, car si les deux questions, semblent dé­couler l'une rie l'autre, les deux réponses résultent de considérations toutes différentes. J'ai tenu cependant à résumer tout le problème sous cette forme car elle m'ap­paraît devoir mieux frapper l'esprit du lecteur.

En résumé, le costume agit sur celui qui le porte et c'est pourquoi la tradition clairvoyante a établi un habit spécial à chaque sexe, à chaque âge, à chaque profession. Le costume développe et renforce les idées que sa forme suggère et parfois impose. Aussi n'est-ce pas 'sans logique que les féministes avisées et hardies ont souvent pro­testé contre la tyrannie de leurs vêtement,s et surtout contre celle des armatures si gracieuses qui les doublent et les soutiennent. Je ris, en dedans de moi, comme psychologue, de l'effet des condamnations que, comme médecin, je porte sur le corset ; car je sais bien que c'est là une arme très précieuse dans la lutte sexuelle et que les combat­tants ne déposeront pas naïvement pour de simples mo­tifs d'hygiène (Dr Toulouse, le Journal, 6 octobre i905).

Et c'est pourquoi J.-J. Rousseau commettait vis-à-vis des femmes une impertinente erreur, quand, parlant in­cidemment du corset, il s'exprimait ainsi : « Je n'ose presser les raisons sur lesquelles les femmes s'obstinent à s'encuirasser ainsi : un sein qui tombe, un ventre qui grossit, cela déplaît fort, j'en conviens dans une per­sonne de vingt ans, mais cela ne choque plus à tren­te, etc. »

Et c'est pourquoi ne pouvant faire disparaître le corset, le médecin doit s'efforcer de faire disparaître ses dan­gers dans la plus grande mesure possible.

Donc je ne perdrai pas mon temps en d'inutiles anathè­mes contre le corset, je vais m'efforcer de trouver avec cet ennemi de la santé de bien des femmes un modus vivendi qui satisfasse le monde médical sans mécontenter le public féminin. La tâche est délicate, aussi ai-je droit à quelque indulgence si je ne la remplis pas au gré de tous.

Je vais d'abord examiner quel corset la femme doit por­ter puis j'étudierai comment elle doit lacer son corset.

  1. (1) Je regrette de n'avoir pu obtenir l'autorisation de reproduire cer­taines figures de la publication: L'Etude Académique, données comme types de modèles bien conformés. Le lecteur aurait pu se rendre compte mieux encore des déformations produites par le corset en considérant les modèles dont les photographies illustrent les pages 248 et 249 (année 1905).
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