, Livre VIII, Fable XXI
- Une traîtresse voix bien souvent vous appelle ;
- Ne vous pressez donc nullement :
- Ce n’étoit pas un sot, non, non, et croyez-m’en,
- Que le chien de Jean de Nivelle.
- Un citoyen du Mans, chapon de son métier,
- Etoit sommé de comparoître
- Par-devant les lares du maître,
- Au pied d’un tribunal que nous nommons foyer.
- Tous les gens lui crioient, pour déguiser la chose :
- Petit, petit, petit ! mais, loin de s’y fier,
- Le Normand et demi laissoit les gens crier.
- Serviteur, disoit-il ; votre appât est grossier.
- On ne m’y tient pas, et pour cause.
- Cependant un faucon sur sa perche voyoit
- Notre Manseau qui s’enfuyoit.
- Les chapons ont en nous fort peu de confiance,
- Soit instinct, soit expérience.
- Celui-ci, qui ne fut qu’avec peine attrapé,
- Devoit, le lendemain, être d’un grand soupé,
- Fort à l’aise en un plat, honneur dont la volaille
- Se seroit passée aisément.
- L’oiseau chasseur lui dit : Ton peu d’entendement
- Me rend tout étonné. Vous n’êtes que racaille,
- Gens grossiers, sans esprit, à qui l’on n’apprend rien.
- Pour moi, je sais chasser, et revenir au maître.
- Le vois-tu pas à la fenêtre ?
- Il t’attend : es-tu sourd ? - Je n’entends que trop bien,
- Repartit le chapon ; mais que me veut-il dire,
- Et ce beau cuisinier armé d’un grand couteau ?
- Reviendrois-tu pour cet appeau ?
- Laisse-moi fuir ; cesse de rire
- De l’indocilité qui me fait envoler
- Lorsque d’un ton si doux on s’en vient m’appeler.
- Si tu voyois mettre à la broche
- Tous les jours autant de faucons
- Que j’y vois mettre de chapons,
- Tu ne me ferois pas un semblable reproche.