Le Fondement de la morale - D’une explication métaphysique du fait primordial en morale

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Traduction par Auguste Burdeau.
Baillière, 1879 (pp. 178-195).
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CHAPITRE IV


D’UNE EXPLICATION MÉTAPHYSIQUE DU FAIT PRIMORDIAL EN MORALE


§ 2l. — Un éclaircissement sur cet appendice.


J`ai maintenant achevé d’expliquer le principe de la moralité pris comme un pur fait; j’ai montré que de lui seul découle toute justice désintéressée, toute charité vraie : et de ces deux vertus cardinales sortent toutes les autres. C’en est assez pour fonder l’éthique, en un sens du moins : car cette science, de toute nécessité, doit reposer sur quelque base réelle, saisissable et démontrable, choisie soit dans le monde extérieur, soit dans celui de la conscience; a moins qu’on ne veuille, à la façon de plus d’un de mes prédécesseurs, prendre arbitrairement quelque proposition abstraite, pour en déduire les préceptes de la morale; ou bien, à la manière de Kant, partir d’une pure notion, celle de la loi. J’ai donc, je crois, des il présent satisfait à la question posée par la Société Royale : car il ne s’y agissait que du fondement de la morale, et l’on n’y réclamait pas par surcroît une métaphysique propre a porter ce fondement mème. Toutefois, je le sens bien, l’esprit humain n’est pas pour si peu entièrement content, et ne se repose pas là-dessus à jamais. Il lui arrive ici comme à la fin de toute recherche et de toute science touchant la réalité : il se trouve en face d’un fait primordial; ce fait rend bien compte de tout ce qui se trouve enfermé dans le concept que nous en avons, et de tout ce qui en résulte, mais lui-même demeure inexpliqué. ux ÉCLAIRCISSEMENT sun enr Apvnuorcn. 179 nous offre un problème. Ici aussi, donc, une métaphysique est siblement nécessaire; une métaphysique, c’est-à·dire une ex- ication des Laits primordiaux en ce qu’ils ont de primordial, et, s faits s’y trouvant considérés d’ensemble, une explication de mivers. De la naît pour nous cette question : pourquoi la réalité xi s’ofl`re a nos sens et à notre intelligence, est·elle comme elle est non pas autrement? par quelle conséquence, étant donnée l’es- nce intime des choses, leur phénomène prend-il le caractère 1’0n vient de lui voir? Nulle part plus- qu’en morale, la néces- té d’une explication métaphysique n’est pressante : car il est un Jint sur lequel s’accordent tous les systèmes, philosophiques ou eligieux : c’est que la signification morale des actions enveloppe 1e signification métaphysique, une signification qui dépasse la Sgion du pur phénomène, qui va plus haut que toute expérience ossible, et qui touche de plus près a la question de l’existence e l’univers, a celle de la destinée humaine; car de degré en egré, quand l’esprit cherche la raison de toute existence, il s’é— Eve a ce sommet suprême : le bien moral. C’est ce dont on peut 'assurer encore ai l’aide d’un fait indéniable, la tournure que rennent nos pensées a l’approcl1e de la mort: alors, que l’homme oit attaché aux dogmes de quelque religion, ou non, il n’im- ·orte; sa pensée devient toute morale, et sfil veut faire un xamen de sa vie entière, c’est au point de` vue de la morale [u’il se place. Iei le témoignage des Anciens est d’un poids parti- ulier : eux n’avaient pas subi l’influence du christianisme. Je lirai done que cette vérité avait été déja exprimée dans un pas- age attribué au vieux législateur Zaleukos, mais qui, selon Bentley et Heyne, est de quelque pythagoricien; c’est Stobée qui t011S Ya C0t1SB1‘vé t « Asî tifitoûat tpe eppdrœv tat xatpev toürev, v qe yiyvtrott te réloç ëxciorcp züç ânallxyiç roû Civ- [laïc': yùp parirrm psrapzüma roi; péllovct ·r¢1¢u1·q2v,p¢;ivnp¢uo¢; ceu aôîixûxatm, sai epp.92 109 Beûheüat Ttcivtat Ttsrrâpxüat emaim; aûroîç. » («Il faut nous mettre devant les yeux cet instant qui pour chacun de nous irécède le départ de cette vie. Tous les mourants alors, se souve- 180 ne roxnaxuur nn LA Monann. nant de ce qu’ils ont fait d’injuste, sont pris de regret : ils vou- draient que tous leurs actes eussent été justes. ») De mème,p0ur rappeler un exemple historique, nous voyons que Périclès, sur son lit de mort, ne voulait plus entendre parler de ses grandes actions, mais seulement de ceci, qu’il n’avait jamais causé d’afdic· tion à aucun citoyen (Plutarque, Vic de Périclès). Il me revient! l’esprit un autre exemple, bien différent : je l’ai trouvé dans le compte-rendu des dépositions faites devant un jury anglais : un jeune nègre, de quinze ans, sans éducation, embarqué sur un na- vire, se trouvait, a la suite de coups reçus dans une rixe, àl'ar- ticle de la mort : il fit appeler au plus vite tous ses camarades, ' leur demanda si jamais il avait chagriné ou blessé l'un d’entn eux, et ayant reçu l’assurance qu’il n’en était rien, parut entr! dans une grande paix. On voit cela en toute occasion : un mo rant ne manque pas de faire ses eff`orts pour obtenir le pardon du torts qu’il a pu avoir. Un autre fait vient encore ici à mon aider autant, pour nos travaux intellectuels, s’agit·il des plus parfai chefs-d’œuvre du monde, nous recevons volontiers une récom pense, si on nous l’offre; autant, quand nous avons accomp quelque acte d’une haute valeur morale, nous repoussons loin nous toute espèce de salaire. C’est ce qu’on voit surtout après trait d’héroîsme : un homme a sauvé au péril de sa vie un plusieurs de ses semblables; il a beau ètre pauvre, il n'aece jamais une rétribution : il le sent bien, son action a une vale métaphysique, et a payée, elle la perdrait. Burger nous ad en langage poétique ce qui se passe alors dans l’àme d’un homm à la lin de son lied du Brave Homme. Mais la réalité parfois M diffère pas de la poésie, et j’en ai tro11vé plus d’un exemple da! les journaux anglais.- De ces actes, on en rencontre partout, les différences de religion n’ont rien à y voir. Toute vie aspire quelque fin morale et métaphysique, et cela est si vrai, que Sî religion ne l’expliquait précisément en ce sens, elle n’aurait cune racine : c’est par ce qu’elle a de moral qu’elle prend pl dans les ames. Chaquereligion fait de son dogme la base mê UN écnarncrssnmnur sun cur Avpnunrcn. 18i besoin moral, que tout homme sent et pourtant ne s’ex· e pas : entre les deux, elle met un lien si étroit, qu’on les it inséparables; et c’est même tout le souci des prêtres, de ndre a nos yeux en une seule chose Vimmoralité et l'incré— . Et de la précisément vient, que pour le croyant, l’ineré- ne fait qu’un avec le méchant; et de même nous voyons ces sans-Dieu, mécréant, païen, hérétique, servir de synonymes dire méchant. Et ce qui rend la tache facile aux religions, qu’e||es regardent la foi com me leur étant acquise : alors foi elles exigent qu’on l’applique a leur dogme; le tout à de menaces. Mais les systèmes de philosophie n’ont pas la aussi belle : en les examinant tous, on voit qu’ils sont mal à leur aise pour rattacher leur éthique à une méta- que, que pour lui assigner un fondement. Et pourtant c’est s nécessité inéluctable : il faut que l’éthique repose sur la Jhysique ; je l’ai fait voir dans IDOD introduction, en m’ap— 1t sur l’autorité de Wolff et de Kant. de tous les problèmes dont peut s’occuper l’esprit humain, iblème métaphysique est le plus embarrassant : à tel point nombre de philosophes l’ont cru insoluble. Pour moi, dans constance présente, une difficulté vient s’ajout.er a toutes les s, qui m’est tout a fait particuliere : je dois faire ici une ·qui se suffise a elle·mème, et je ne peux partir d’aucun ine de métaphysique, me réclamer d’aucun : en effet, il me tit alors, ou bien l’exposer, ce qui prendrait trop d’espace , en le supposer, ce qui serait fort déplacé. Je ne puis donc ms plus que précédemment, user de la méthode synthétique: e faut procéder par analyse, aller non pas du principe aux quences, mais des conséquences au principe. Or c’est une ation pénible, de ne pouvoir rien supposer d’admis de n’avoir base que ce qui est communément reçu; j’y ai déja trouvé le diûîcultés, quand j’établissais le fondement de Péthique, naintenant en jetant un coup d’œil en arrière il me semble accompli un tour de force; c’est comme si j’avais fait à scnomssnaunn. Mouans. il 182 LB 1•`UNDEM|·lN’I' on LA MO1\ALE· ' main levée un dessin qu’on ne fait d’ordinaire qu’en posant lc ‘ bras sur un appui solide. Ici, quand il s’agit de jeter la lumière - de la métaphysique sur cette base morale, cette nécessité, de sc Q passer de toute supposition, devient bien autrement gênante : je ` ne vois qu’un moyen d’en sortir, c’est de m’en tenir à une esquisse g générale, d’indiquer les idées au lieu de les développer, de mon- ' trer la route qui conduirait au but, au'lieu de la suivre jusqu’2t la fin, enfin de dire seulement une petite partie de ce que j’aurais cu à dire en toute autre circonstance sur un tel sujet. Mais d’a- bord, outre les raisons que je viens d’alléguer, je dois encore , m’excuser sur ceci, que dans les chapitres précédents j’ai resolu , I le véritable problème qui m’était proposé : ce qui suit n’est donc i d qu'un opus supererogationis (1), un appendice ajouté de mon plein I, gré, et qu’il faut prendre comme je le donne. 6 _ le §22. Fondement Métaphysique. i S · ta .Iusqu’ici nous n’avons cessé de marcher sur ce solide terrain de S l’expérience : il nous faut l’abandonner, pour nous élever la ou 1 nulle expérience ne peut, ne pourra jamais parvenir, et où nous ] pourrons obtenir une dernière satisfaction dans l’ordre théorique. 1 Heureux si quelque indice, si quelque échappée de lumière, vient nous permettre de nous déclarer contents. Mais ce a quoi nous ‘ ne devons pas renoncer, c’est la loyauté dans nos procédés : 11ous i n’irons pas, a l’exemple de ces philosophes, qui se disent succes- ' seurs de Kant, nous lancer dans des reves, débiter des contes, chercher a en imposer au lecteur avec des mots, à lui jeter de la poudre aux yeux; quelques idées exposées en toute franchise, voila ce que nous promettons. " Ce qui jusque-là nous avait servi de principe pour tout éclairer, i devient maintenant l’objet de notre étude : je veux dire ce senti- ment inné à l’homme, ineiïaçable en lui, la pitié, seul principe, I. • Un travail surèrogatoire. » (TR.) l·’0l\DEMEàl Mi;1·ai·uxsiouis. 163 nous l’av0ns vu enfin, de toute action pure d’égoisme: or c’estàde telles actions, à celles-là seules, qu’on reconnait une valeur mo- rale. Tant de philosophes parmi les modernes considèrent les no- tions de bien et de mal comme des notions simples, c’est·à·dire qui n’ont besoin ni ne sont capables d’aucune explication, et s’e11 sont la·dessus, d’un air de mystère et de dévotion, parlant d’une Idée du Bien, dont ils font la base de leur morale ou dont ils se servent pour masquer la fragilité de cette même morale (I), l que je me vois forcé à placer ici un mot d’explication : ces concepts ne sont rien moins que simples et donnés a priori ; ils expriment une relation, et nous les prenons dans notre experience de tous les jours. Tout ce qui est conforme aux désirs d’une vo- lonté individuelle se nomme, par rapport à cette volonté, bon: exemples 2 de bonne nourriture, un bon chemin, un bon présage; le contraire est dit mauvais, et s’il s’agit d’êtres vivants, méchant. Si un homme, en vertu de son caractère, n’aime pas à faire obstacle aux désirs d’autrui, mais plutôt y aide et y concourt selon son pouvoir, ceux qu’il secourt l’appellent, dans le même sens du mot que ci·dessus, un homme bon .· ainsi l’idée de bonté lui est appliquée par un sujet qui en juge toujours d’un point de vue relatif, empirique, et en qualité de patient. Si maintenant nous considérons le caractère de l’homme bon, non plus par rapport aux autres, mais en lui·meme, nous voyons alors, par ce qui a été dit précédemment, qu’il prend une part directe au bien et au mal d’autrui; que la raison en est dans le sentiment de la pitié ; qu’enfin c’est de là que naissent en lui ces deux vertus, la justice et la charité. Si nous revenons Si considérer ce qui fait l’essence

1. La notion du Bien, prise dans sa pureté, est une notion primi- tive, « une idee absolue, dont le contenu se perd dans l’infini », (Bouterweclr, Aphorismes pratiques, p. Bi.) On le voit, il s’en faut de peu qu’il ne fasse de cette notion si simple, disons mieux, triviale, du bien, un Agmnrûç °, afin de pouvoir la placer, comme une idole dans un temple. ’ ¤ Envoyé de Jupiter. » (Tn.) .. t d’un tel caractère, nous le trouvons, à n’en pouvoir douter,en ceci : personne moins que lui ne fait une différence marquée entre soi-même et les autres. Aux yeux du méchant, cette différence est assez grande pour que la souffrance d’autrui, par elle·mème, lui devienne une jouissance : et cette jouissance, il la recherche, dût·il ne trouver aucun avantage personnel à la chose, dut-il meme en éprouver quelque dommage. Cette différence est encore assez grande aux yeux de l’égoïste, pour qu’il n’hésite pas, en tue d’un avantage meme léger a conquérir, à se servir de la douleur des autres comme d’un moyen. Pour Fun et lutrc donc, entre le moi, qui a pour limites celles de leur propre personne, et le non- moi, qui enveloppe le reste de l’nnivers, il y a un large ahlmc. une différence fortement marquée : « Pereat mundus, dam ego salvus sim (l) » , voila leur maxime. Pour l’homme bon, au contraire, cette différence n’est point aussi grande ; même. quand ll [L3 accomplit ses actes de générosité, elle semble supprimée: il poursuit le bien d’autrui En ses propres dépens; le moi d’un autre, il le traite a l’égal du sien mème. Et enlin s’agit-il de samer un grand nombre de ses semblables, il sacrifie totalement son propre moi; Yindividu donne sa vie pour le grand nombre. q Ici une question se pose : cette dernière façon de concevoir le rapport entre mon moi et celui d’autruî, qui est le principe de la conduite de l’homme bon, est·elle erronée, vient-elle d’une illusion il Ou bien, l’erreur ne serait·elle pas plutot dans l’idée contraire, dans celle qui sert de règle à l’égolste et au méchant? La manière de voir qui est au fond celle de l’égo!ste, est I parfaitement juste, dans le domaine empirique. Au point de vue de Pexpérience, la difference entre une personne et celle d’autrui t parait ètre absolue. Nous sommes divers quant à l’espace : cette ’ diversité me sépare d’autrui, et par suite aussi, mon bien et mon mal de ceux d’autrui. - Mais d’abon·d, il faut le remarquer, la notion que nous avons de notre propre moi n’est pas de celles qui tt Périssel’uuivers, et que je sois sauvé! » (TR.) puisent le sujet et l’éclairent jusque dans son dernier fond grace à l’intuition que notre cerveau construit avec les données des sens, d’1me manière par conséquent indirecte, nous connaissons notre propre corps: c’est un objet dans l’espace; gràce au sens itime, nous connaissons la série continue de nos désirs, des actes de volonté qui naissent en nous à l’occasion de motifs venus du dehors, et enfin les mouvements multiples, tantôt forts, mtot faibles, de notre volonté elle-mème, mouvements aux- uels en fin de compte se ramènent tous les faits dont nous avons entiment. Mais c’est tout : la‘connaissauce ne saurait se cou- taître a son tout. Le substrat lui·mème de toute cette apparence, ’étre en soi, l’ètre intérieur, celui qui veut et qui connait, nous est inaccessible : nous n’avons de vue que sur le dehors; au-de- dans, ténèbres. Ainsi la connaissance que nous avons de nous- mêmes n’est ni complète, ni égale en profondeur a son sujet nais plutot elle est superficielle; une partie, la plus grande, la plus essentielle, de nous·mèmes, demeure pour nous une inconnue, un problème; pour parler avec Kant : le moi ne se connait ]u’en qualité de phénomène, mais ce qu’il peut ètre en lui·meme, il ne le connait pas. -— Or, en cette partie de nous, qui tombe sous notre connaissance, assurément chacun diffère nettement des tutres; mais il ne s’ensuit pas encore, qu’il en soit de même pour nette grande et essentielle partie qui demeure pour nous voilée et inconnue. Pour celle·là, il est du moins possible qu’elle soit en tous tous comme un fond unique et identique. Quel est le principe de toute multiplicité, de toute diversité iumeriqueî — L’espace et le temps : par eux seuls, elle est pos- sible. Le multiple en effet ne peut etre conçu ou représenté que

ous forme de coexistence ou de succession. Maintenant les indi-

eidus sont une multiplicité de ce genre : considérant donc que Vespace et le temps rendent la multiplicité possible, je les ap- pelle lep rincipium individualùmis (l), sans m’inquiéter, si c’est bien l « Principe (Vin lividuution. • (TÃ!.1 i 186 ne roxnnm:x·r ou LA uonacn. dans ce sens que les scolastiques employaient cette expression. Dans toute l'explication du monde telle que l’a donnée, avec sa merveilleuse profondeur, Kant, s’il y a un seul point dont la vérité ne puisse faire doute, c’est l’Esthétique transcendentalc, la théorie du caractère idéal de l’espace et du temps. La base en est · si solide, qu’on n’a pu élever contre elle une seule objection vrai- . semblable. C’est la le triomphe de Kant : on peut la compter, cette théorie , parmi les bien rares doctrines métaphysiques 5 vraiment établies, nos seules conquêtes réelles sur le terrain de la , métaphysique. Dans cette théorie donc, l’espace et le temps sont E les formes de notre faculté intuitive; elles lui appartiennent, et : en conséquence n'appartiennent pas aux choses, aux objets de p cette faculté; aussi elles ne sauraient désormais ètre un carac- u tère des choses en soi; elles ne se rapportent qu’a l’apparence, ,, les choses ne pouvant apparaitre qu’à ce prix dans un esprit pour i qui la connaissance du monde extérieur tient a des conditions , physiologiques. Quant a la chose en soi, quant à l'essence vraie du monde, le temps et l’espacc lui sont étrangers. Il faut en dire autant, par suite, de la multiplicité : cette essence vraie, qui est sous les innombrables apparences du monde des sens, doit done etre une; et ce qu’elles manifestent toutes, c'est seulement l’u- nique, l'essence identique partout. Inversement, ce qui s’oll’reà ' nous sous forme de multiplicité, donc dans l’espace et le temps, ne saurait être chose en soi, et n’est que phénomène. Ce phé- nomène de plus n'existe par lui-mème que pour notre esprit, un esprit soumis à des conditions multiples, et qui même dépend d’une fonction organique : hors de la, il n’est rien. Dans cette théorie, toute multiplicité est pure apparence; tous les individus de ce monde, coexistants et successifs, si infini qu’en soit le nombre, ne sont pourtant qu’un seul et même étre, qnii présent en chacun d’eux, et partout identique, seul vraiment existant, se manifeste en tous: cette théorie est peut-être bien plus ancienne que Kant ; on pourrait dire qu’elle a toujours existé. D°abord elle est la première, la plus essentielle des idées contenues rounsnnnr Mtirapuvstous. l87 ns le plus vieuxlivre du monde, les Vedas sacrés, dont la partie »gmatique, ou pour mieux dire esoterique (t), se trouve dans les tpanischads (2). Là, presque à chaque pas, nous trouvons cette ande pensée ; elle y est répétée sans cesse, reproduite en toute casion, à grand renfort d’images et de comparaisons. Elle fai- tt aussi le fond de la sagesse de Pythagore: si faibles que soient vestiges de sa philosophie, tels qu’ils nous parviennent, la ose toutefois ne fait pas doute. C’est Et cela que se réduit, ou 1 s’en faut, toute la doctrine de l’Ec0le Eléate : le fait est bien mu. Plus tard les néo—platoniciens furent pénétrés de cette me vérité: ils enseîgnaîent « Sté the îvdtutœ cîvraivrœv nina; xlwxàç ~.» rïwt. · (Que «grace àl’unité de toutes choses, toutes les ames n font qu’une » .) « Au neuvième siècle, on la voit a l’improviste laraitre, chez Scot Érigène : inspiré qu’il en est, il s’efi`orce de faire passer sous les formes et le langage de la religion chré- enne. Parmi les Musulmans, nous la retrouvons dans la mystique tltée des Soutîis. En Occident, Giordano Bruno, pour n’avoir pu ister au besoin de la déclarer, devait expier sa faute par une mort tominieuse et cruelle. Et pourtant nous voyons les mystiques l. Réservée aux initiés. (TR.) B On a conteste Vauthenticité de l’Ottpn.elthat, en se fondant sur ·tains passagers, qui étaient des gloses marginales ajoutées par les mistes musulmans, puis introduites dans le texte. Mais cette au- ·nticité a été parfaitement établie par les indîanistes F. H. H. indischmann (Ie fils) dans son Sancarct, swe de theologuments Vc- rtttcorttm, t833, p. XIX, et Bochinger, De la vie contemplative ·z les Hindous, i83l, p. l2. — Le lecteur, même qui ne sait pas le tscrit, pourra comparer les traductions récentes de quelques Ou- tishads, par Rammohun Roy, par Poley, celle de Lolebrooke ssi, et même la traduction toute récente de Rôer; il se convain- enttèrement d’une chose ; c’est qu’Anquetil, en faisant sa traduc- 1 latine, qui est un strict mot à mot, de la traduction persane e par le martyr de cette doctrine, le sultan Daraschakolt, a eu .oin dune connaissance exacte, parfaite, du sens des mots: les res au contraire, procèdent par tàtonnements, par conjectures; ssi il est bien certain qu‘ils sont moins exacts. - (Je point est tminé de plus près dans le second volume des Parerga, chap. xvr, 84. l88 1.: roxnuunsrr nu ut uonitmz. chrétiens, malgré qu'ils en aient, s’y laisser aller tous autant qu'ils sont. Le nom de Spinoza est devenu synonyme de cette doctrine. De nos jours enfin, Kant ayant achevé d’anéantir le vieux dogmatisme, si bien que le monde étonné en contemple les débris fnmants, la même idée a reparu dans la philosophie éclec- tique de Schelling: Schelling prend les doctrines de Plotin,de Spinoza, de Kant et de Jacob Boehm; il en fait, avec les données nouvelles des sciences naturelles, un amalgame, du tout compose un ensemble propre a satisfaire un moment les besoins prssants de ses contemporains, et sur ce thème, exécute des variations; grace a lui, l’idée se fait accepter chez les hommes compétents de toute l’Allemagne, gagne jusqu’aux gens simplement éclairés, s’étend quasi partout (i). Une seule exception : les philosophes d’université de ce temps. C’est qu'ils ont une rude tache: de combattre ce qu’on appelle le panthéisme, ce qui les met dans un grand embarras, une vraie détresse; alors, en désespoir de cause, ils appellent à leur aide tantôt les sophismes les plus eriants, tantôt les phrases les plus emphatiques, et vont se travaillant pour se ravauder quelque travestissement un peu honnête, dont ils ail`u· bleraient leur philosophie, une philosophie de vieille femme, qui est a la mode, et qui est reçue. Bref, le "Ev mi vrais (2) fit de tout temps la risée des sots, l’éternel sujet de méditation des sages. Toutefois, on ne le peut démontrer en rigueur qu’avec la théorie de Kant, comme j'ai fait tout a l’heure ; Kant lui-même u’a pas fait ce travail: à la façon des orateurs habiles, il a donné les pré- misses, et laissé a l’auditeur le plaisir de conclure. U Donc, la multiplicité, la division n’atteint que le phénomène: et c’est un seul et mème ètre qui se manifeste dans tout ce qui | t. On peut assez longtems, chez notre espè ee, Q Fermer la porte à la raison. Mais des qu’elle entre avec adresse, Elle reste dans la maison, Et bientôt elle en est maîtresse. (Vouumu.) ‘2. « L’nn et le tout. » (TR.) \ roxnmmxr mârsrursioun. i89 vit. Ainsi ce n'est pas quand nous supprimons toute barrière entre ' le moi et le non-·moi que nous nous trompons ; c’est bien plutot dans le cas contraire. Aussi cette dernière façon de voir, les In- dous la nomment Maia, c’est·à·dire apparence, illusion, fantas- magorie. L’autre, comme nous l’avons vu, fait le fond même du phénomène de la pitié : la pitié n’en est que la traduction en fait. Ce serait donc la la base métaphysique de la morale ; toutse ré- duirait à ceci: qu’un individu se reconnaltrait, lui-même et son être propre, en un autre. Dès lors la sagesse pratique, la justice, la bonté, s’accorderaiont enfin avec les doctrines les plus pro- fondes ou soit parvenue la sagesse théorique la plus avancée. Et le philosophe pratique, l’homme juste, bienfaisant, généreux, exprimerait par ses actes la même vérité qui est le résultat der- nier des travaux du génie, des recherches laborieuses des philo- sophes théoriciens. Toutefois la vertu dépasse de beaucoup la sa- gesse théorique: celle·ci n’est jamais qu’une œuvre imparfaite, elle n’arrive à son but que par une route détournée, celle du rai- sonnement; l’autre du premier pas s’y trouve portée. L'homme qui a la noblesse morale, quand le mérite intellectuel lui ferait défaut, révèlerait encore par ses actes une pensée, une sagesse, la plus profonde, la plus sublime: il fait rougir l’homme de ta- lent ct de savoir, si ce dernier, par sa conduite, laisse voir que la grande vérité est restée dans son cœur comme une étran- gère. · « L’individuation est réelle, le • principium individuationis· et la distinction des individus telle qu’il l’établit, constitue l’ordre des choses en soi. Chaque individu est un ètre radicale- ment différent de tous les autres. Dans mon moi seul réside tout ce que j’ai d’ètre véritable; tout le reste est non—moi et me reste étranger. · Voila un jugement en faveur duquel protestent mes os et ma chair, qui sert de principe à tout égoïsme, et qui s’ex- prime en fait par tout acte dépourvu de charité, injuste ou mali- cieux. « lfindividuation est une pure apparence; elle nait de l’espace il. l90 ms roxnnunxr on LA Mon.u.n. et du temps, qui sont les formes créées par la faculté de connaître dont jouit mon cerveau, et imposées par elleà ses objets: la multiplicité aussi et la distinction des individus sont une pure apparence, qui n’existe que dans l’idée que je me fais des choses. Mon être intérieur, véritable, est aussi bien au fond de toutce qui vit, il y est tel qu’il m’apparaît à moi-meme dans les limites de ma conscience. » — Cette vérité, le sanscrit en a donné la formule définitive : « Tat twam asi, • ·tu es cela • ; elle éclate aux yeux sous la forme de la pitié, de la pitié, principe de toute vertu véritable c’est-à-dire désintéressée, et trouve sa traduction réelle dans toute action bonne. C’est elle, en fin de compte, que nous invoquons quand nous faisons appel a la douceur, à la cha- rité, quand nous demandons gràce plutot que justice ; car alors nous ramenons notre auditeur à ce point de vue, d’oi1 tous`les etres apparaissent fondus en un seul. Au contraire l’égoïsme, l’envie, la haine, l’esprit de persécution, la dureté, la rancune, les joies mauvaises, la cruauté viennent de l’autre idée, et s’appuient sur elle. Si nous sommes émus, heureux en apprenant, et plus encore en contemplant, mais surtout en accomplissant une action généreuse, c'est au fond que nous y trouvons une certitude, la certitude qu’il y a au delà de la multiplicité, des distinctions mises entre les individus parle « principium individuationis ·, une unité réelle, accessible même pour nous, car voilà qu’ellese manifeste dans les faits. Selon que c’est l’une de ces deux pensées, ou l’autre qui pré- vaut en nous, c’est la pilier d’Empedoele, ou le wîxo; (1) qui règne entre l’ètre et l’ètre. Mais celui qu’anime le vcîxoq, s’il pouvait par un effort de sa haine, pénétrer jusque dans le plus détesté de ses adversaires, et là, parvenir jusqu’au dernier fond, alors il se- rait bien étonné : ce qu’i1 y découvrirait, c’est lui-meme. En reve, toutes les personnes qui nous apparaissent, sont des formes t. L’Am\tiè et la Haine, deux principes dont la lutte, avec ses vi- cissitudes, fait, selon Empèdocle, toute l'existence du monde. (THA rounnmnmr Miàraruvsioun. 191 Isrrière lesquelles nous nous cachons nous-mêmes : eh bien l du- ant la veille, il en est de mème; la chose n’est pas aussi aisée à econnaître, mais « tat twam asi-. Celle de ces deux pensées qui domine en nous perce non-seu- zment dans chacune de nos actions, mais dans toute notre vie iorale, dans tout notre état : c’est parla que l’ame d’un homme on diffère si nettement de celle d’un méchant. Ce dernier sent artout une barrière infranchissable entre lui et tout le reste. Le monde pour lui est au sens le plus absolu un non·moi : il y voit vant tout un ennemi ; aussi la note fondamentale de sa vie est- lle la haine, le soupçon, l’envie, la joie maligne. —Au contraire, l’homme bon vit dans un monde qui est homogène avec sa lropre essence : les autres ne sont pas pour lui un non·moi, mais l dit d’eux : c’est encore moi. Aussi se sent-il pour eux un ami naturel : il sent qu’au fond tout être tient à son ètre, il prend eart directement au bien et au mal de tous; et avec confiance, l attend d’eux la mème sympathie. De la cette profonde sérénité jui règne en lui, cet air d’assurance, de tranquillité, de conten- .ement, qui fait que chacun autour de lui se trouve bien. — Le néchant, dans sa détresse, ne compte pas sur l’aide des autres ; s’il y fait appel, c’est sans confiance; s’il l’obtient, il n’en 1·essent tulle reconnaissance : il n’y peut guère voir qu’un effet de la folie d’auIrui. Quant a reconnaître en un étranger son propre être, c’est ce dont il est bien incapable, mème quand la vérité s’est manifestée à lui par des signes aussi indubitables. Et de la vient tout ce qu’il y a de monstrueux dans l’1ngratitude. Cet isolement moral, ou se renferme par nature, et inévitablement, le méchant, l’expose à tomber souvent dans le désespoir. — ljhomme bon, lui, met autant de confiance dans l’appel qu’il adresse aux autres, qu’il sent en lui de bonne volonté toujours prete à leur porter secours. C’est, nous l’avons dit, que pour l’un Vhumanité est un non-moi, et pour l’autre < c’est moi encore • . L’homme généreux. qui pardonne à son ennemi, et qui rond le bien pour le mal, voila l’ètre sublime, digne des plus hautes l92 LE rortnnxnur nn: LA Mouans. louanges : il reconnaît le même etre qu’il porte en lui, là même ou cet être nie le plus fortement son identité. Il n‘est pas de bienfait pur, pas d’assistance vraiment et plei- l nement désintéressée, c’est-à·di1·e dont l’auteur s’inspire de la l seule pensée de la détresse ou est autrui, qui, examinée à fond. n’apparaisse comme un acte vraiment mystérieux, une sorte de mystique mise en pratique : car elle a son principe dans cette vérité méme, qui fait le fond de toute mystique : et toute autre explication ici serait une erreur. Un homme fait l’anmone ; il ne songe, ni de près ni de loin, à rien antre chose qu’à diminuer la misère qui_t0urmente ce pauvre : eh bien l cet acte serait bien impossible, s’il nesavait qu’il est cet être même qui lui apparaît sous cette forme déplorable, s’il ne reconnaissait enfin son propre ètre, son ètre intime, dans cette apparence étrangère. Et voilà pourquoi, dans le précédent chapitre, j’ai appelé la pitié le grand mystère de l’éthique. ' Celui qui va à la mort pour sa patrie, est délivré de l’illusi0n, ne borne plus son ètre aux limites de sa personne : il l’étend, cet ètre, y embrasse tous ceux de son pays en qui il va continuer de vivre, et meme les générations futures pour qui il fait ce qn’il fait. Ainsi la mort pour lui n’est que comme le clignement des yeux, qui n’interrompt pas la vision. Voici un homme pour qui tous les autres ne sont qu’un non- moi; au fond sa propre personne, seule, est pour lui vraiment réelle : les autres ne sont a vrai dire que fantomes ; il leur re- connaît une existence, mais relative: ils peuvent lui servir comme instruments de ses desseins, ou bien le contrarier, et voilà tout; enfin entre sa personne et eux tous, il y a une distance l immense, un abîme profond ; le voilà devant la mort: avec lui, toute réalité, le monde entier lui semble disparaître. Voyez cet autre : en tous ses semblables, bien plus, en tout ce qui a vie, il reconnaît son essence, il se reconnait ; son existence se fond dans l’existence de tous les vivants: par la mort, il ne perd qu’uue faible portion de cette existence ; il subsiste en tous les autres, | Ponummrr urànrnvstoun. l93 en qui toujours il a reconnu, aimé son essence, son être ; seule- ment l’illusion va tomber, l’illusion qui séparait sa conscience de toutes les autres. Ainsi s’explEque, non pas entièrement, mais en grande partie, la conduite si différente que tiennent en face de la mort l’homme d’une bonté extraordinaire et le scélérat. De tout temps, la pauvre Vérité a eu a rougir de n’ètre qu’un paradoxe: et pourtant ce n’est pas sa faute. Elle ne peut prendre la forme de l’erreur qui trône partout. Alors, gémissante, elle implore du regard son dieu protecteur, le 'Ilemps, qui du doigt lui montre le triomphe et la gloire futurs. Mais le Temps a un coup d’aile si ample, si lent, que, cependant, l’individu meurt. Moi aussi, je sens bien l’air paradoxal que je vais avoir, avec mon interprétation métaphysique du phénomène primordial en ethique, aux yeux de nos Occidentaux instruits, accoutumés qu’ils sont à voir fonder la morale de tout autre manière : mais je ne peux pas pourtant faire violence à. la vérité. Tout ce que je peux, par considération pour eux, obtenir de moi, c’est de faire voir, par une citation, comment cette métaphysique de la morale était, il y a déja des dizaines de siècles, au fond de la sagesse des Hindous; c’est de cette sagesse que je me réclame: ainsi Coper- nic en appelait au système astronomique des pythagoriciens, étouffé par Aristote et Ptolémée. Dans le Baghavad-Gita, lecture XIII, 27-28, on lit ceci' (traduction de A. W. von Schlegel) : « Eumdem in omnibus animantihus consistentem summum do- minum, istis pereuntibus haud pereuntem qui cernit, is vere cer- nit. — Eumdem vero cernens ubique praesentem dominum, non violat semet ipsum sua ipsius culpa : exinde pergit ad summum iter (I). » Je dois m’en tenir it ces simples indications touchant la méta- 1. « Celui qui voit un même souverain miître au fond de tous les vivants, maitre qui lorsqu’ils meurent ne meurt pas, c·lui·la voitle vrai. — Or, voyant le maitre présent partout, il ne se soutlle par au- cune faute qui soit de son fait ; aussi il suit la route qui mène en haut. » (TR.) 195 ms rouonunnr on La Mouans. physique de la morale : et pourtant il resterait encore a faire un pas de plus, qui est tout a fait nécessaire. Mais pour cela il fau- drait en morale aussi s’etre avancé d’un pas plus loin ; et c’est ce qui ne se peut guère ici : en Europe, la morale ne se propose l pas de but supérieur à la théorie du droit et de la vertu; ce qui · est au delà, elle l’ignorc ou le méconnatt. Ainsi, en omettant par nécessité ce dernier point, je dois ajouter qu’avec cette esquisse d’ensemble d’une métaphysique de la morale, on ne peut entre- voir, même de loin, la clef de voûte de l’édi1ice métaphysique complet: on ne peut deviner la véritable liaison des parties de j la Dirina Commedia. D’ailleurs, de l’exposer, cela ne rentre ni • dans la question, ni dans mon plan. On ne peut dire tout en un jour: et puis il ne faut pas en répondre plus long qu’on ne vous en demande. Quand on travaille à faire avancer la pensée humaine et la I science, on éprouve toujours de la part du siècle une résistance : I c’est comme un fardeau, qu’il faut trainer, et qui pèse lourde- ment sur le sol, quoi qu’on puisse faire. Mais ce qui doit alors nous rendre confiance, c’est la certitude d’avoir, il est vrai, les préjugés contre nous, mais pour nous la Vérité: et la Vérité, I une fois qu’elle aura fait sa jonction avec son allié, le Temps, est sûre de la victoire: si donc ce n’est pas pour aujourd’hui c’est pour demain (1). . ‘ JUDICIUM BEGUB DANICE SCIENTIARUM SOCIE ra Tts. \ Quœstionem anno 1837 propositam, « utrum philosophiœ |Il0· ‘ rahs tons et fundamentum in idea moralitatis, quae immediate l conscientia eontmeatur, et ceteris notionibus fundamentalibus, quœ ex illa prodeant, explicandis quaerenda sint, an in alio co- I l. On peut rappeler ici la devise que Schopenhauer a mise en tète j du volume qui renferme le présent mémoire et l’essai sur le Libre ` arbitre : Moydln vi âlûhua nai ûnsptcxûst. ii (« Grande est la vérité: rien n’est aussi fort qu’elle. ») (TR.) Joosmsur ne soonirs uomnu. 195 gnosccndi principio ·, unus tantuin scriptor explicare conatus est, cujus commentationam, garmanico sarmona compositam et his verbis notatam : « Moral predigen ist leicht, moral begrün dan ist (1) schwer · , prœmio dignam Lutlicare nequivimus. Omisso anim ao, quod potissimum postula atur, hoc axpeti putavit, ut prmcipium aliquod athica: conderatur, itaqua eam partam com- mentationis suœ, in qua principii athicœ a se propositi at meta- physicaa suœ naxum axponit, appandicis loco habuit, in qua plus quam postulatum asset [prœstarct, quum taman ipsum thema ejusmodt dtsputationcm agitaret, in qua Vel prœcipuo loco ma- taphysicœ et ethica: nexus considararetur. Quod autatn scriptor in sympathia fundamentum ethicaz constituera conatus est, nequa ipsa disserendi forma nobis satisfecit, nequa reapse, hoc fun a- mantum suflicere, evicit ; quin ipse contra essa conliteri coaotus ast. Naqua reticendum videtur, plures recantioris œtatis summos pliilosophos tain indecenter commamorari, ut justam at gravem otïensionem habent (2). l. Ce second « ist » °, c’est l'Académie qui de sa grâce l’a ajouté pour donner une preuve de cette theorie de Longin (de Subltm. c. XXXIX, que l’addition ou le retranchement d'•me syllabe peutsufïire pour détruire toute la force d’une sentence. _ 2. « La question proposée pour l’année i837 était celle-ci : « L’ori- « gine et le fondement de la morale doivent-ils être cherches dans « l’idèe de la moralité, qui est fournie directement par la conscience, tt et dans les autres notions premières qui dérivent de cette idée, ou « bien dans quelque autre principe de la connaissance ? · Un seul auteur a essayé d’y répondre: sa dissertation est en allemand, et porte cette devise : « Il est aisé de prêcher la morale, il est dilïicile « de fonder la morale. » Nous n’avons pu la trouver digne du prix. L’auteur en effet a oublié le vrai point en question, et a cru qn’on lui demandait de créer un principe de morale ; par suite, s'il a dans une partie de son mémoire, expose le rapport qui unit le principe de la morale tel qu’il le propose, avec sa métaphysique, c‘est sous la forme d’un appendice; en quoi il pense donner plus qu’on ne lui demande; or c’était la justement la discussion qu’on voulait voir traiter, une discussion portant principalement sur le lien entre la mé- taphysique et l’èthique. Uauteur, de ‘plus, a voulu fonder la morale sur la sympathie : or ni sa méthode e discussion ne nous a satis- faits, ni il n'a réussi réellement à prouver qu’une telle base (ùt sufli- sante. Enfin, nous ne devons pas le taire, l’auteur mentionne di- vers philosophes contemporains, des plus grands, sur un ton d’nnc telle inconvenance, qn’on aurait droit de s`en offcnser gravement. » (TB.) ° Schopenhauer avait mis: « Prècher la morale, c’est chose aisée; la fonder, voilà le diilîcile. » L’Académie met : « ll est aisé de precher la morale; il est difficile dela fonder. » (Til.) MN.


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