Le Rêve (André Breton)

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André Breton Alentours et inédits

Le Rêve
Septembre 1911
Le Rêve (André Breton)



Quelquefois, á l’éveil, par un matin qui passe,
On se sent dans le cœur un souvenir gravé ;
Le fait est loin de nous ; on dirait qu’il s’efface...
On l’évoque un instant et l’on dit : « J’ai rêvé... »

Un rêve est un regard plongé dans l’infini...
Quelque chose de bleu, comme un coin de légende...
Un joyau très brillant, mais que le jour ternit...
Peut-être le seul fruit que le jour nous défende...

Est-ce toi, triste Nuit, quand tu descends sur terre,
Qui jettes de ton char ce beau sable doré
Sur la pensée errante et toujours solitaire,
En secouant dans l’air ton manteau déchiré ?

Ou n’est-ce pas plutôt la voix d’un chérubin
Bercant notre sommeil de chansons étouffées...
Très naïves... qui s’échapperait le matin
En nous laissant ravis de nos contes de fées ?