Le Renard, les Mouches, et le Hérisson

La bibliothèque libre.
 
Aller à : Navigation, rechercher

◄◄◄ Jean de La FontaineFables
LIVRE DOUZIÈME
►►►




Fable XIII.
Le Renard, les Mouches, & le Heriſſon.


Aux traces de ſon ſang, un vieux hôte des bois,
Renard fin, ſubtil, & matois,
Bleſſé par des Chaſſeurs, & tombé dans la fange,
Autrefois attira ce Paraſite aîlé

Que nous avons Mouche appellé.
Il accuſoit les Dieux, & trouvoit fort étrange
Que le ſort à tel poinct le voulût affliger,
Et le fiſt aux Mouches manger.
Quoi ! ſe jetter ſur moi, ſur moi le plus habile
De tous les Hôtes des Forêts ?
Depuis quand les Renards ſont-ils un ſi bon mets ?
Et que me ſert ma queuë ; eſt-ce un poids inutile ?
Va, le Ciel te confonde, animal importun ;
Que ne vis-tu ſur le commun !
Un Heriſſon du voiſinage,
Dans mes Vers nouveau perſonnage,
Voulut le délivrer de l’importunité
Du Peuple plein d’avidité.
Je les vais de mes dards enfiler par centaines,

Voiſin Renard, dit-il, & terminer tes peines.
Garde-t’en bien, dit l’autre ; ami ne le fais pas :
Laiſſe-les, je te prie, achever leurs repas.
Ces animaux ſont ſaouls ; une troupe nouvelle
Viendroit fondre ſur moi, plus âpre & plus cruelle.
Nous ne trouvons que trop de mangeurs ici-bas :
Ceux-ci ſont Courtiſans, ceux-là ſont Magiſtrats.
Ariſtote appliquoit cet Apologue aux Hommes.
Les exemples en ſont communs,
Surtout au païs où nous ſommes.
Plus telles gens ſont pleins, moins ils ſont importuns.


Outils personnels
Espaces de noms

Variantes
Actions
Lire
Contribuer
Imprimer / exporter
Boîte à outils