Le Rhin allemand

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Alfred de MussetPoésies nouvelles

Le Rhin allemand
Réponse à la chanson de Becker



     Nous l'avons eu, votre Rhin allemand,
         Il a tenu dans notre verre.
         Un couplet qu'on s'en va chantant
         Efface-t-il la trace altière
Du pied de nos chevaux marqué dans votre sang ?

     Nous l'avons eu, votre Rhin allemand.
         Son sein porte une plaie ouverte,
         Du jour où Condé triomphant
         A déchiré sa robe verte.
Où le père a passé, passera bien l'enfant.

     Nous l'avons eu, votre Rhin allemand.
         Que faisaient vos vertus germaines,
         Quand notre César tout-puissant
         De son ombre couvrait vos plaines ?
Où donc est-il tombé, ce dernier ossement ?

     Nous l'avons eu, votre Rhin allemand.
         Si vous oubliez votre histoire,
         Vos jeunes filles, sûrement,
         Ont mieux gardé notre mémoire ;
Elles nous ont versé votre petit vin blanc.

     S'il est à vous, votre Rhin allemand,
         Lavez-y donc votre livrée ;
         Mais parlez-en moins fièrement.
         Combien, au jour de la curée,
Etiez-vous de corbeaux contre l'aigle expirant ?

     Qu'il coule en paix, votre Rhin allemand ;
         Que vos cathédrales gothiques
         S'y reflètent modestement ;
         Mais craignez que vos airs bachiques
Ne réveillent les morts de leur repos sanglant.
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