Le Roi de Thulé (trad. Deschamps)

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Études françaises et étrangères
Alphonse Levavasseur, éditeur, 1831 (5e éd.) (pp. 21-25).



LE ROI DE THULÉ.

BALLADE

TRADUITE DE GOETHE.






*


Cette ballade, qui se trouve dans le drame de Faust, est pleine de caractère et de naïveté dans la langue allemande. C*est un petit chef-d’œuvre de style.

J’ai du moins tenté de donner une idée de ses formes en la traduisant, pour ainsi dire, vers par vers.


*



LE ROI DE THULÉ.








Il fut à Thulé, dit l’histoire,
Un roi tendre et fidèle encor.
Sa maîtresse, en mourant, pour boire,
Lui fit don d’une coupe d’or.


Rien n’avait pour lui tant de charmes ;
Soir et matin il s’en servait.
Ses yeux se remplissaient de larmes
A chaque fois qu’il y buvait.

Et quand l’écuyer sombre, en croupe,
Vint le prendre.... à son héritier,
Il laissa son royaume entier,
Mais non, certes, sa belle coupe.

Il siégeait au royal gala,
Dans la grande salle gothique,
Dans son château sur la Baltique ;
Tous ses chevaliers étaient là.

La mort au cœur, le vieux convive
Réchauffa sa force en buvant ;
Et sur la mer, loin de la rive,
Jeta sa chère coupe au vent.


Il la vit tomber, s’emplir toute,
Et s’engloutir en moins de rien ;
Puis, fermant les yeux, dit : C’est bien !
Et plus onc ne but une goutte.

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