Le sacre de Charles X
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- I
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- L'orgueil depuis trente ans est l'erreur de la terre.
- C'est lui qui sous les droits étouffa le devoir ;
- C'est lui qui dépouilla de son divin mystère
- Le sanctuaire du pouvoir.
- L'orgueil enfanta seul nos fureurs téméraires,
- Et ces lois dont tant de nos frères
- Ont subi l'arrêt criminel,
- Et ces règnes sanglants, et ces hideuses fêtes,
- Où, sur un échafaud se proclamant prophètes,
- Des bourreaux créaient l'Eternel !
- En vain, pour dissiper cette ingrate folie,
- Les leçons du Seigneur sur nous ont éclaté ;
- Dans les faits merveilleux que notre siècle oublie,
- En vain Dieu s'est manifesté ;
- En vain un conquérant, aux ailes enflammées,
- A rempli du bruit des armées
- Le monde en ses fers engourdi ;
- Des peuples obstinés l'aveuglement vulgaire
- N'a point vu quelle main poussait ses chars de guerre
- Du septentrion au midi !
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- II
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- Qui jamais de Clovis surpassa l'insolence,
- Peuples ? dans son orgueil il plaçait son appui.
- Ne mettant que le monde et lui dans la balance,
- Il crut qu'elle penchait sous lui.
- Il bravait de vingt rois les armes épuisées ;
- Des nations s'étaient brisées
- Sur ce Sicambre audacieux ;
- Sur la terre à ses yeux rien n'était redoutable ;
- Il fallut, pour courber cette tête indomptable,
- Qu'une colombe vînt des cieux !
- Peuples ! au même autel elle est redescendue !
- Elle vient, échappée aux profanations,
- Comme elle a de Clovis fléchi l'âme éperdue,
- Vaincre l'orgueil des nations.
- Que le siècle à son tour comme un roi s'humilie.
- De la voix qui réconcilie
- L'oracle est enfin entendu ;
- La royauté, longtemps veuve de ses couronnes,
- De la chaîne d'airain qui lie au ciel les trônes
- A retrouvé l'anneau perdu.
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- III
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- Naguère on avait vu les tyrans populaires,
- Attaquant le passé comme un vieil ennemi,
- Poursuivre, sous l'abri des marbres séculaires,
- Le trésor gardé par Remy.
- Du pontife endormi profanant le front pâle,
- De sa tunique épiscopale
- Ils déchirèrent les lambeaux ;
- Car ils bravaient la mort dans sa majesté sainte ;
- Et les vieillards souvent s'écriaient, pleins de crainte :
- - Que leur ont donc fait les tombeaux ?
- Mais, trompant des vautours la fureur criminelle,
- Dieu garda sa colombe au lys abandonné.
- Elle va sur un roi poser encor son aile :
- Ce bonheur à Charles est donné !
- Charles sera sacré suivant l'ancien usage,
- Comme Salomon, le roi sage,
- Qui goûta les célestes mets,
- Quand Sadoch et Nathan d'un baume l'arrosèrent,
- Et, s'approchant de lui, sur le front le baisèrent,
- En disant : Qu'il vive à jamais !
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- IV
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- Le vieux pays des francs, parmi ses métropoles,
- Compte une église illustre, où venaient tous nos rois,
- De ce pas triomphant dont tremblent les deux pôles,
- S'humilier devant la croix.
- Le peuple en racontait cent prodiges antiques :
- Ce temple a des voûtes gothiques,
- Dont les saints aimaient les détours ;
- Un séraphin veillait à ses portes fermées ;
- Et les anges du ciel, quand passaient leurs armées,
- Plantaient leurs drapeaux sur ses tours !
- C'est là que pour la fête on dresse des trophées.
- L'or, la moire et l'azur parent les noirs piliers,
- Comme un de ces palais où voltigeaient les fées,
- Dans les rêves des chevaliers.
- D'un trône et d'un autel les splendeurs s'y répondent
- Des festons de flambeaux confondent
- Leurs rayons purs dans le saint lieu ;
- Le lys royal s'enlace aux arches tutélaires ;
- Le soleil, à travers les vitraux circulaires,
- Mêle aux fleurs des roses de feu.
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- V
- V
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- Voici que le cortège à pas égaux s'avance.
- Le pontife aux guerriers demande CHARLES DIX.
- L'autel de Reims revoit l'oriflamme de France
- Retrouvée aux murs de Cadix.
- Les cloches dans les airs tonnent ; le canon gronde ;
- Devant l'aîné des rois du monde
- Tout un peuple tombe à genoux ;
- Mille cris de triomphe en sons confus se brisent ;
- Puis le roi se prosterne, et les évêques disent :
- - "Seigneur, ayez pitié de nous !
- "Celui qui vient en pompe à l'autel du Dieu juste,
- C'est l'héritier nouveau du vieux droit de Clovis,
- Le chef des douze pairs, que son appel auguste
- Convoque en ces sacrés parvis.
- "Ses preux, quand de sa voix leur oreille est frappée,
- Touchent le pommeau de l'épée,
- Et l'ennemi pâlit d'effroi ;
- Lorsque ses légions rentrent après la guerre,
- Leur marche pacifique ébranle encore la terre :
- O Dieu ! prenez pitié du roi !
- Car vous êtes plus grand que la grandeur des hommes !
- Nous vous louons, Seigneur, nous vous confessons Dieu !
- Vous nous placez au faîte, et dès que nous y sommes,
- A la vie il faut dire adieu !
- Vous êtes Sabaoth, le Dieu de la victoire !
- Les chérubins, remplis de gloire,
- Vous ont proclamé Saint trois fois ;
- Dans votre éternité le temps se précipite ;
- Vous tenez dans vos mains le monde qui palpite
- Comme un passereau sous nos doigts !"
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- VI
- VI
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- Le roi dit : "Nous jurons, comme ont juré nos pères,
- De rendre à nos sujets paix, amour, équité ;
- D'aimer, aux mauvais jours comme en des temps prospères,
- La charte de leur liberté.
- Nous vivrons dans la foi par nos aïeux chérie.
- Des ordres de chevalerie
- Nous suivrons le chemin étroit.
- Pour sauver l'opprimé nos pas seront agiles.
- Ainsi nous le jurons sur les saints Evangiles.
- Que Dieu soit en aide au bon droit !"
- Montjoie et Saint-Denis ! – Voilà que Clovis même
- Se lève pour l'entendre ; et les deux saints guerriers,
- Charlemagne et Louis, portant pour diadème
- Une auréole de lauriers ;
- Et Charles Sept, guidé par Jeanne encor ravie ;
- Et François Premier, dont Pavie
- Trouva l'armure sans défaut ;
- Et du dernier martyr l'héroïque fantôme,
- Ce roi, deux fois sacré pour un double royaume,
- A l'autel et sur l'échafaud !
- Devant ces grands témoins de la grandeur française,
- Le saint chrême de Charle a rajeuni les droits.
- Il reçoit, sans faiblir, cette couronne où pèse
- La gloire de soixante rois.
- L'archevêque bénit l'épée héréditaire,
- Et le sceptre, et la main austère
- Dont nul signe n'est démenti ;
- Puis il plonge à leur tour dans le divin calice
- Ces gants, qu'un roi jamais n'a jetés dans la lice,
- Sans qu'un monde n'en ait retenti !
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- VII
- VII
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- Entre, ô peuple ! – Sonnez, clairons, tambours, fanfare !
- Le prince est sur le trône ; il est grand et sacré !
- Sur la foule ondoyante il brille comme un phare
- Des flots d'une mer entouré.
- Mille chantres des airs, du peuple heureuse image,
- Mêlant leur voix et leur plumage,
- Croisent leur vol sous les arceaux ;
- Car les francs, nos aïeux, croyaient voir dans la nue
- Planer la Liberté, leur mère bien connue,
- Sur l'aile errante des oiseaux.
- Le voilà prêtre et roi ! – De ce titre sublime
- Puisque le double éclat sur sa couronne a lui,
- Il faut qu'il sacrifie. Où donc est la victime ? -
- La victime, c'est encor lui !
- Ah ! pour les rois français qu'un sceptre est formidable !
- Ils guident ce peuple indomptable,
- Qui des peuples règle l'essor ;
- Le monde entier gravite et penche sur leur trône ;
- Mais aussi l'indigent, que cherche leur aumône,
- Compte leurs jours comme un trésor !
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- VIII
- PRIERE
- VIII
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- O Dieu ! garde à jamais ce roi qu'un peuple adore !
- Romps de ses ennemis les flèches et les dards,
- Qu'ils viennent du couchant, qu'ils viennent de l'aurore,
- Sur des coursiers ou sur des chars !
- Charles, comme au Sina, t'a pu voir face à face !
- Du moins qu'un long bonheur efface
- Ses bien longues adversités.
- Qu'ici-bas des élus il ait l'habit de fête.
- Prête à son front royal deux rayons de ta tête ;
- Mets deux anges à ses côtés !
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- Reims, mai-juin 1825