Le Soleil et les Grenouilles (Fable non recueillie)
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Les Filles du limon tiraient du Roi des Astres
Assistance et protection.
Guerre ni pauvreté, ni semblables désastres
Ne pouvaient approcher de cette Nation.
5Elle faisait valoir en cent lieux son empire.
Les Reines des étangs, Grenouilles veux-je dire,
Car que coûte-t-il d’appeler
Les choses par noms honorables ?
Contre leur bienfaiteur osèrent cabaler,
10Et devinrent insupportables.
L’imprudence, l’orgueil, et l’oubli des bienfaits,
Enfants de la bonne fortune,
Firent bientôt crier cette troupe importune ;
On ne pouvait dormir en paix :
15Si l’on eût cru leur murmure,
Elles auraient par leurs cris
Soulevé grands et petits
Contre l’œil de la Nature.
Le Soleil, à leur dire, allait tout consumer,
20Il fallait promptement s’armer,
Et lever des troupes puissantes.
Aussitôt qu’il faisait un pas,
Ambassades Croassantes
Allaient dans tous les États.
25À les ouïr, tout le monde,
Toute la machine ronde
Roulait sur les intérêts
De quatre méchants marais.
Cette plainte téméraire
30Dure toujours ; et pourtant
Grenouilles devraient se taire,
Et ne murmurer pas tant :
Car si le Soleil se pique,
Il le leur fera sentir.
35La République aquatique
Pourrait bien s’en repentir.
- Voir aussi
- Le Soleil et les Grenouilles. VI, 12.
- Sources
- Père Commire : Sol et Ranae.
- Variantes
- 31 : doivent (Œuvres posthumes, 1696).
- Notes
- Fable composée à la veille de la guerre de Hollande (1672) et publiée en feuille volante signée D.L.F. (F. Muguet, Paris, sans date) (Guignard, Paris, sans date) ; puis parue dans le Recueil de vers choisis du Père Bouhours (Paris, 1693) signée de La Fontaine.