Le Tombeau de Jean de La Fontaine
La Fontaine reçut du ciel ce nom chantant.
En lui se produisit cette métamorphose
Que d’homme qu’il était, comme Adonis la rose.
Il devint la fontaine au regard transparent.
Mais voici que se tait son flot pur. La colombe
Qui se mirait dedans et qui lui répondait
Fait silence à son tour et je vois son duvet
Sous la flèche neiger tandis qu’elle succombe.
Les gens qui ne sont pas huîtres à l’ordinaire
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- Ouvrent la bouche pour parler.
- Je ne l’ouvre que pour me taire :
- Ouvrent la bouche pour parler.
Lors on voit la sagesse à mes lèvres perler.
Le doux roseau n’avait à porter que sa tête,
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- Il était comme toi :
- Il était comme toi :
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Quand le chef est léger du chaume ou du poète
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- Léger est son émoi.
- Léger est son émoi.
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Mais chêne d’Abraham autant que de Virgile,
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- Je gardais dans mon sein,
- Je gardais dans mon sein,
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En étendant sur eux mon ombre comme une île
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- Et le nid et l’essaim.
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Toi qui ne sus jamais quelle charge est au père
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- Le poids de son amour,
- Le poids de son amour,
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Je succombai sous lui quand je quittai la terre
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- En cet orageux jour.
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J’ai résisté, doux La Fontaine,
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- Mieux que le chêne.
- Mieux que le chêne.
Mais jamais a-t-on su pourquoi ?
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- C’était pour toi :
- C’était pour toi :
Afin que de moi tu jouasses
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- Aux heures lasses
- Aux heures lasses
Sans avoir avoué jamais
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- D’où je venais.
Je suis pourtant cette même herbe
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- Qu’avec superbe
- Qu’avec superbe
L’arbre, c’est toi qui nous le dis,
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- Railla jadis.
- Railla jadis.
Mais tu n’as point fini l’histoire :
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- Quand l’heure noire
- Quand l’heure noire
Eut jeté seul le chêne à bas,
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- Tu me coupas.
Tu fais de moi dont l’aile est si légère
Qu’elle n’est rien qu’un reflet de lumière,
Tu fais de moi l’image du bon sens.
Je ne sais trop d’où vient ton grain d’encens :
Serait-ce point, ce bon sens, ô poète,
Qui me chassa du nid au bon moment,
Un grain de plomb que tu mis dans ma tête
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- Gratuitement ?
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De cette goutte d’eau je fais libation
A celui qui nota cette vibration
Qui d’arbre en arbre court au long de l’avenue.
Si j’ai fait mon métier pour mourir toute nue
Je ne fis qu’imiter mon maître et sa chanson.
Tels que de petits pains portons
Nos œufs blancs et mous à tâtons
Dans notre arrière-galerie ;
Ou bien notre race est périe,
Car on dit qu’est mort l’Immortel
Dont la fable fit immortelles
Dessous la calotte du ciel
Les fourmis avec ou sans ailes.
Nous nous éparpillons comme des feuilles noires
Que fait tourner le vent, et nous nous relevons,
Et longtemps nous rasons les cimes des sillons,
Oiseaux dont on a dit qu’ils causent les déboires.
Pourtant n’est-ce pas toi qui fis de l’un de nous
Ce que sans doute sont la plupart d’entre vous ?
Poète trop souvent sensible aux flatteries,
Tu laissas retomber du toit des bergeries
Ce fromage dont un renard s’est régalé.
Mais ne savais-tu point que tu l’avais volé ?
On comprend, garde forestier,
Gentilhomme à guêtre défaite,
Que toi ni moi ne fassions fête
A Médor, car il est rentier.
Plus d’une fois, de la souillarde
De quelque Belle-au-bois-dormant,
Devant un feu clair de sarment
Nous vîmes rôtir la poularde.
Ni toi ni moi n’en avions rien :
L’aile était dévolue au prince
Pour qui, dit-on, la fille en pince,
Et la cuisse allait à son chien.
Restait la suprême ressource :
A jeun tous deux, traînant les pieds,
D’aller dessous les noisetiers
Ecouter se plaindre la source.
Tu regardais mon air battu,
Mes dents longues, mon poil minable.
J’étais le sujet de ta fable.
De ma fable ne l’étais-tu ?
Lorsque je fais sur la muraille
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- Gravement
- Un très lent
- Mouvement.
- Gravement
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Voici des raisins blonds,
De suaves melons,
Des fleurs et des rayons,
Des guêpes, des frelons,
Et de blancs papillons,
Et les verts pavillons
Pour écraser la mouche
Qui butine sa bouche,
Comme faisait, dit-on,
Une abeille à Platon.
Je ne puis que penser ainsi que l’éléphant :
La fable où tu me mets en rien ne me rehausse.
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- De la faune de l’Orient
- Tu n’as pas, comme j’ai, la bosse.
- De la faune de l’Orient
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- Il te faut de moindres sujets.
- Comment aurais-tu su me peindre ?
- Il te faut de moindres sujets.
Passe encor l’éléphant, mais moi, lion, m’atteindra !
Il n’est dans mon désert ni routes ni trajets.
Un jour que j’explorais le gouffre des sirènes,
L’une d’elles me dit : « Il chante mieux que moi ;
Des chœurs des Immortels il est passé le roi,
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- Si nous en sommes reines. »
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Le geste d’une vierge offrant à quelque pâtre,
En se voilant d’un bras les yeux, mon lait d’albâtre,
Ne peuvent égaler la grâce et le doux bruit
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- De ton vers qui nous fuit.
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Si l’on veut savamment dessiner le portrait
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- D’un animal ou d’un homme,
- Il faut y mettre ce trait
- D’un animal ou d’un homme,
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Qui distingue chacun, prince ou bête de somme,
C’est vrai, j’ai peine à bouger
Quand je suis en terre ferme.
Mais qui me verrait nager
Me prendrait-il pour un terme ?
Laisse Jammes t’offrir un rameau de cerises
Lavé par la rosée et séché par les brises,
Mais accepte de moi qu’anime un bel esprit
Cette infusion chaude et ce léger fruit cuit.
Mais je ne fais cela qu’avec timidité,
Car Jupin me chargea, le printemps et l’été,
Lorsque la nuit endort tes chants, ô La Fontaine,
De les continuer sous la lune sereine !