, Livre XI, Fable VIII
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- Un octogénaire plantoit.
- Passe encor de bâtir, mais planter à cet âge !
- Disaient trois jouvenceaux, enfants du voisinage :
- Assurément il radotoit.
- Car, au nom des dieux, je vous prie,
- Quel fruit de ce labeur pouvez-vous recueillir ?
- Autant qu’un patriarche il vous faudroit vieillir.
- A quoi bon charger votre vie
- Des soins d’un avenir qui n’est pas fait pour vous ?
- Ne songez désormais qu’à vos erreurs passées ;
- Quittez le long espoir et les vastes pensées ;
- Tout cela ne convient qu’à nous. —
- Il ne convient pas à vous-mêmes,
- Repartit le vieillard. Tout établissement
- Vient tard, et dure peu. La main des Parques blêmes
- De vos jours et des miens se joue également.
- Nos termes sont pareils par leur courte durée.
- Qui de nous des clartés de la voûte azurée
- Doit jouir le dernier ? Est-il aucun moment
- Qui vous puisse assurer d’un second seulement ?
- Mes arrière-neveux me devront cet ombrage :
- Eh bien ! défendez-vous au sage
- De se donner des soins pour le plaisir d’autrui ?
- Cela même est un fruit que je goûte aujourd’hui :
- J’en puis jouir demain, et quelques jours encore ;
- Je puis enfin compter l’aurore
- Plus d’une fois sur vos tombeaux.
- Le Vieillard eut raison : l’un des trois jouvenceaux
- Se noya dès le port, allant à l’Amérique ;
- L’autre, afin de monter aux grandes dignités,
- Dans les emplois de Mars servant la république,
- Par un coup imprévu vit ses jours emportés ;
- Le troisième tomba d’un arbre
- Que lui-même il voulut enter ;
- Et, pleurés du vieillard, il grava sur leur marbre
- Ce que je viens de raconter.