Les Adieux à la Gloire

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H. Fournier, 1839 (2, pp. 85-87).
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LES ADIEUX À LA GLOIRE


DÉCEMBRE 1820


Air : Je commence à m’apercevoir, etc. (d’Alexis)


Chantons le vin et la beauté :
Tout le reste est folie.
Voyez comme on oublie
Les hymnes de la liberté.
Un peuple brave
Retombe esclave :

Fils d’Épicure, ouvrez-moi votre cave.

La France, qui souffre en repos,
Ne veut plus que mal à propos

J’ose en trompette ériger mes pipeaux.

Adieu donc, pauvre Gloire !
Déshéritons l’histoire.

Venez, Amours, et versez-nous à boire.

Quoi ! d’indignes enfants de Mars [1]
Briguaient une livrée,
Quand ma muse éplorée
Recrutait pour leurs étendards !
Ah ! s’il m’arrive
Beauté naïve,

Sous ses baisers ma voix sera captive ;

Ou flattons si bien, que pour moi
On exhume aussi quelque emploi.

Oui, noir ou blanc, soyons le fou du roi.

Adieu donc, pauvre Gloire !
Déshéritons l’histoire.

Venez, Amours, et versez-nous à boire.

Des excès de nos ennemis
Chaque juge est complice,
Et la main de Justice
De soufflets accable Thémis :
Plus de satire !
N’osant médire,

J’orne de fleurs et ma coupe et ma lyre.

J’ai trop bravé nos tribunaux ;
Dans leurs dédales infernaux

J’entends Cerbère et ne vois point Minos.

Adieu donc, pauvre Gloire !
Déshéritons l’histoire.

Venez, Amours, et versez-nous à boire.

Des tyrans par nous soudoyés
La faiblesse est connue :
Gulliver éternue,
Et tous les nains sont foudroyés.
Mais quelle image !
Non, plus d’orage ;

De nos plaisirs redoutons le naufrage.

Opprimés, gémissez plus bas.
Que nous fait, dans un gai repas,

Que l’univers souffre ou ne souffre pas ?

Adieu donc, pauvre Gloire !
Déshéritons l’histoire.

Venez, Amours, et versez-nous à boire.

Du sommeil de la liberté
Les rêves sont pénibles :
Devenons insensibles
Pour conserver notre gaîté.
Quand tout succombe,
Faible colombe,

Ma muse aussi sur des roses retombe.

Lasse d’imiter l’aigle altier,
Elle reprend son doux métier :

Bacchus m’appelle, et je rentre au quartier.

Adieu donc, pauvre Gloire !
Déshéritons l’histoire.

Venez, Amours, et versez-nous à boire.

  1. Plusieurs généraux de l’ancienne armée sollicitaient et obtenaient des emplois dans la maison du roi.
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