Les Amours de Diane
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- SONNET I.
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Je vous offre ces vers qu’Amour m’a faict escrire,
De vos yeux ses flambeaux ardemment agité,
Non pour sacrer ma peine à l’immortalité :
Car à si hault loyer ma jeunesse n’aspire.
C’est le but de mes vœux, que je vous face lire
Le variable estat de ma captivité,
Celebrant vos honneurs si je suis bien traitté,
Accusant vos rigueurs si je sens du martyre.
Je n’agrandiray point, riche d’inventions,
Vos beautez, vos dédains, ma foy, mes passions,
Il suffira qu’au vray mon crayon se rapporte.
Et puis je n’escry pas pour gloire en acquérir,
Ains plustost je m’escrie àu mal qui me transporte,
Ainsi qu’un patient qui languît sans mourir.
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- II.
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Le penser qui m’enchante, & qui le plus souvent
Selon ses mouvemens m’attire ou me repousse,
Me ravissant au monde un jour d’une secousse
Jusqu’au troisiéme ciel m’alloit hault elevant :
Et comme je táchoy de voller plus avant,
Amour qui m’apperçoit contre moy se courrouce,
Et choisit de vos yeux la flamme heureuse & douce
Pour m’empécher l’entree & se mettre au devant.
Je ne peu passer outre, étonné de la flame,
Qui de ses chauds rayons brûla toute mon ame,
Qui m’eblouit la veuë, & me fist trebûcher.
Mais bien que de vos yeux ce malheur me procede,
Tousjours je les desire, & m’en veux approcher,
En la cause du mal recherchant le remede.
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- III.
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Je me laisse brûler d’une flamme couverte,
Sans pleurer, sans gemir, sans en faire semblant :
Quand je suis tout en feu, je feins d’estre tremblant,
Et de peur du peril je consens à ma perte.
Ma bouche incessamment aux cris d’Amour ouverte,
N’ose plaindre le mal qui mes sens va troublant,
Bien que ma passion sans cesser redoublant
Passe toute douleur qu’autrefois j’ay soufferte.
Amans qui vous plaignez de vostre ardant vouloir,
D’aimer en lieu trop haut, de n’oser vous douloir,
N’egalez vostre cendre à ma flamme incogneue.
Car je suis tant, par force, ennemy de mon bien,
Que je cache ma peine à celle qui me tue,
Et quand elle me plaint je dy que ce n’est rien.
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- IIII.
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Le jour que je fu né l’impitoyable archer
Amour, à qui le Ciel rend humble obeissance,
Se trouva sur le poinct de ma triste naissance,
Tenant son arc bandé tout prest à décocher.
Aussi tost qu’il me veit, il se mist à lácher
Un trait envenimé de toute sa puissance :
Et m’attaignit au cœur de telle violance,
Qu’il eust peu de ce coup percer tout un rocher.
M’ayant ainsi blessé, tout joyeux il s’adresse
À la Crainte, aux Regrets, au Dueil, à la Tristesse,
Qui m’assisterent tous à ce malheureux poinct.
Voila (dit-il) pour vous, je vous le recommande,
Suivez-le tout par tout, ne l’abandonnez point,
Et faites que tousjours il soit de vostre bande.
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- V.
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Voicy du gay Printemps l’heureux advenement,
Qui fait que l’Hiver morne à regret se retire :
Desja la petite herbe au gré du doux Zephyre
Navré de son amour branle tout doucement.
Les forests ont repris leur verd accoutrement,
Le Ciel rit, l’air est chaud, le vent mollet soupire,
Le Rossignol se plaint, & des accords qu’il tire,
Fait languir les esprits d’un doux ravissement.
Le Dieu Mars & l’Amour sont parmi la campagne :
L’un au sang des humains, l’autre en leurs pleurs se bagne,
L’un tient le coutelas, l’autre porte les dars.
Suive Mars qui voudra mourant entre les armes,
Je veux suivre l’Amour, & seront mes allarmes,
Les courroux, les soupirs, les pleurs & les regars.
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- VI.
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Ô grand démon volant, arrête la meurtriere
Qui fuit devant mes pas, car pour moy je ne puis,
Ma course est trop tardive : & plus je la poursuis,
Et plus elle s’avance, en me laissant derriere.
Ô Dieu fay l’un des deux : consens à ma priere,
Ou ne me laisse plus en l’estat que je suis :
Rens moy comme j'estois, sans Dame & sans ennuis,
Et delivre ma vie en ses yeux prisonniere.
Si tu es juste, Amour, tu me dois délier,
Ou par un doux effort ceste dure plier :
Mais las que mon attente est folle & miserable !
J’importune un tyran qui de nos maux se plaist,
Qui s’abreuve de pleurs, qui d’ennuis se repaist.
Et plus il est prié, moins il est pitoyable.
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- VII.
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Ô lict, s’il est ainsi que tu sois inventé
Pour prendre un doux repos quand la nuit est venue,
D’où vient que dedans toy ma douleur continue,
Et que je sens par toy mon tourment augmenté ?
Je ne fay que tourner d’un & d’autre costé,
Je choisi tous les coings, je cherche & me remue :
Et mon cœur qui ressemble à la marine esmue,
D’ennuis & de pensers est tousjours agité.
J’assemble bien souvent mes paupieres lassees,
J’invoque le Sommeil pour guarir mes pensees,
Mais il fuit de mes yeux & n’y veût demeurer.
D’un seul bien, ô mon Lict, mes langueurs tu consoles,
Je m’ouvre tout à toy, cœur, pensers, & paroles,
Et je n’ose autre part seulement respirer.
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- VIII.
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Si la foy plus certaine en une ame non feinte,
Un desir temeraire, un doux languissement,
Une erreur variable, & sentir vivement,
Avec peur d’en guarir, une profonde atteinte.
Si voir une pensee au front toute depeinte,
Une voix empeschee, un morne estonnement,
De honte ou de frayeur naissant soudainement,
Une palle couleur de lis & d’amour teinte :
Bref, si se mespriser pour une autre adorer,
Si verser mille pleurs, si tousjours soupirer,
Faisant de sa douleur nourriture et bruvage.
Si, loin estre de flamme, & de pres tout transi,
Sont cause que je meurs par defaut de merci,
L’offense en est sur vous, & sur moy le dommage.
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- IX.
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Dés le jour que mon ame, amoureuse insensee,
Se rendant à vos yeux les fist Roys de mon cœur,
Il n’y a cruauté de barbare vaincueur,
Qu’Amour n’ait dedans moy fierement exercee.
Las ! je tire mon feu d’une roche glacee,
Qui n’a ny sentiment, ny pitié, ny rigueur :
Elle ignore sa force & ma triste langueur,
Et du mal qu’elle fait n’a soucy ny pensee.
Elle est toute de marbre, aucun trait ne la poingt,
Elle verse la flamme & ne s’echauffe point,
Et n’ayant point d’amour elle en peuple la terre.
Ô Beauté, dont les traits sont si victorieux,
Apprenez par ma mort les efforts de vos yeux,
Et voyez desormais à qui vous faites guerre !
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- X.
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Je suis chargé d’un mal qui sans fin me travaille,
Quelque part que je tourne il me suit obstiné :
Tout conseil, tout secours sans profit m’est donné :
Car tousjours plus au vif sa rigueur me tenaille.
Le lict à mes pensers est un champ de bataille,
Si je saute du lict j’en suis plus mal mené :
Si je sors, le tyran, qui me tient enchaisné,
À toutes les fureurs pour conduite me baille.
Icy l’ardent desir m’anime à bien aimer,
Plus pres le desespoir me veut faire abysmer :
Je suis en mesme temps tout de flamme & de glace.
Sans fin mesmes discours je refais & desfais,
Ô miserable esprit ! quel Amour, quelle Paix
D’un chaos si confus debrouillera la masse ?
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- XI.
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Du bel œil de Diane est ma flamme empruntee,
En ses nœuds blons-dorez mon cœur est arrêté,
Sa main victorieuse a pris ma liberté,
Et sa douce parole a mon ame enchantee :
Son œil rend la splendeur des astres surmontee,
Ses cheveux du soleil ternissent la beauté,
Sa main passe l’ivoyre, & la divinité
De ses sages discours à bon droit est vantee.
Son bel œil me ravit, son poil doré me tient,
La rigueur de sa main mes douleurs entretient,
Et par son doux parler je sens croistre ma flame.
Voila quelle est ma vie, & n’ay plus de repos
Depuis l’heure qu’Amour m’engrava dedans l’ame
Son œil, son poil, sa main, & ses divins propos.
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