Les Beaux-Arts réduits à un même principe/Partie 2/chapitre 9

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[ page ]que ses termes ne pouvoient exprimer. qualem nequeo monstrare, & sentio tantùm. PARTIE 2 CHAPITRE 9 3 consequence. le goût de la nature étant le même que celui des arts, il n'y a qu'un seul goût qui s'étend à tout, et même sur les moeurs. l'esprit saisit sur le champ la justesse de cette conséquence. En effet, qu'on jette les yeux sur l'histoire des nations, on verra toujours l'humanité & les vertus civiles, dont elle est la mere, à la suite des beaux arts. C'est par-là qu'Athenes fut l'école de la délicatesse ; que Rome, malgré sa férocité originaire, s'adoucit ; que tous les peuples, [ page ]à proportion du commerce qu'ils eurent avec les muses, devinrent plus sensibles & plus bienfaisans. Il n'est pas possible que les yeux les plus grossiers, voyant chaque jour les chef-d'oeuvres de la sculpture et de la peinture, ayant devant eux des édifices superbes & réguliers ; que les génies les moins disposés à la vertu & aux graces, à force de lire des ouvrages pensés noblement, et délicatement exprimés, ne prennent une certaine habitude de l'ordre, de la noblesse, de la délicatesse. Si l'histoire fait éclore des vertus ; pourquoi la prudence d'Ulysse, la valeur d'Achille n'allumeroient-elles pas le même feu ? Pourquoi les graces d'Anacréon, de Bion, de Moschus n'adouciroient-elles pas nos moeurs ? Pourquoi tant de spectacles, où le noble se trouve réuni avec le gracieux, ne nous donneroient-ils [ page ]pas le goût du beau, du décent, du délicat ? Nos peres, & nos peres savans, battoient des mains aux représentations comiques de nos saints mystéres, un paysan aujourd'hui en sentiroit l'indécence. Tel est le progrès du goût : le public se laisse prendre peu à peu par les exemples. à force de voir, même sans remarquer, on se forme insensiblement sur ce qu'on a vu. Les grands artistes exposent dans leurs [ page ]ouvrages les traits de la belle nature : ceux qui ont eu quelque éducation, les approuvent d'abord ; le peuple même en est frappé. On s'applique le modéle sans y penser. On retranche peu à peu ce qui est de trop : on ajoute ce qui manque. Les façons, les discours, les démarches extérieures se sentent d'abord de la réforme : elle passe jusqu'à l'esprit. On veut que les pensées, quand elles sortiront au-dehors, paroissent justes, naturelles, & propres à nous mériter l'estime des autres hommes. Bientôt le coeur s'y soumet aussi, on veut paroître bon, simple, droit : en un mot, on veut que tout le citoyen s'annonce par une expression vive & gracieuse, également éloignée de la grossiereté & de l'affectation : deux vices aussi contraires au goût dans la société, qu'ils le sont dans les arts. Car le goût a par-tout les mêmes régles. Il veut qu'on ôte tout [ page ]ce qui peut faire une impression fâcheuse, et qu'on offre tout ce qui peut en produire une agréable. Voilà le principe général. C'est à chacun à l'étudier selon sa portée, & à en tirer des conclusions pratiques : plus on les portera loin, plus le goût aura de finesse & d'étendue. Si on pratiquoit la religion chrétienne comme on la croit : elle feroit, en un moment, ce que les arts ne peuvent faire qu'imparfaitement, et avec des années & quelquefois des siécles. Un parfait chrétien est un citoyen parfait. Il a le dehors de la vertu, parce qu'il en a le fonds. Il ne veut nuire à qui que ce soit, & veut obliger tout le monde ; & en prend efficacement tous les moyens possibles. Mais comme le plus grand nombre n'est chrétien que par l'esprit ; il est très-avantageux pour la vie civile, qu'on inspire aux hommes