Les Dernières Aventures du chien Berganza - 2

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du chien Berganza
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BERGANZA.

Tout ce que je t’ai raconté jusqu’ici en est l’introduction. — Tandis que, livré aux réflexions les plus tristes, je descendais la rue en courant, une troupe d’hommes vint à moi, et plusieurs criaient : « Saisissez ce chien noir ! saisissez-le ! il est fou, il est enragé ! c’est un fait certain. » Je crus reconnaître les persécuteurs de mon ami Jean ; et comme il était aisé de prévoir que, malgré mon courage et mon adresse, j’aurais dû succomber au nombre, je tournai lestement un coin de rue, et m’élançai dans un vaste hôtel dont la porte se trouvait ouverte pour mon bonheur. Tout y annonçait l’opulence et le bon goût ; devant moi se déployait un bel escalier bien clair, bien frotté. J’y montai en effleurant à peine les marches de mes pattes crottées, en trois sauts j’atteignis le palier supérieur, et je m’accroupis étroitement dans l’encognure d’un poêle.

Peu d’instants après, j’entendis dans le vestibule de joyeux cris d’enfants, et la charmante voix d’une jeune fille déjà nubile qui disait : « Lisette ! n’oublie pas de donner à manger aux oiseaux ; quant à mon lapin chéri, je lui porterai moi-même quelque chose. » — Il me sembla en ce moment qu’une puissance mystérieuse et irrésistible me sollicitait à sortir de ma cachette. J’avance donc doucement en remuant la queue et en faisant des courbettes de la façon la plus humble qui soit à mes ordres, et je vois… une jeune fille admirable, âgée de seize ans tout au plus, qui traversait le vestibule en tenant par la main un gentil enfant aux boucles dorées. Maigre mon humble posture, je causai, comme je le craignais, une assez vive frayeur. La jeune fille s’écria à haute voix : « Oh le vilain chien ! comment ce gros chien se trouve-t-il ici ? » Et serrant l’enfant contre elle, elle se disposait à s’enfuir. Mais je rampai jusqu’à ses pieds, et couché devant elle de l’air le plus soumis, je me mis à gémir tout bas tristement. « Pauvre chien ! qu’as-tu ? » me dit alors la charmante jeune fille, et elle se baissa pour me caresser avec sa petite main blanche. Petit à petit je donnai carrière à ma joie, et j’en vins bientôt à me livrer à mes bonds les plus gracieux. La jeune fille riait, l’enfant sautait et criait de plaisir. Bientôt il manifesta le désir commun à tous les enfants de monter sur moi. La jeune fille le lui défendit, mais je m’accroupis aussitôt par terre, et l’invitai moi-même à satisfaire son envie par toutes sortes de grognements et d’éternuments joyeux. Enfin, sa sœur le laissa libre d’agir. Quand je le sentis sur mon dos, je me levai doucement, et tandis que la jeune fille le maintenait d’une main avec la grâce la plus parfaite, je commençai à parcourir le vestibule dans tous les sens, d’abord au pas, puis en faisant des petites courbettes. L’enfant criait et jubilait de plaisir, et sa sœur riait de plus en plus cordialement. Une autre petite fille survint. À l’aspect de la cavalcade, elle joignit ses petites mains en signe de surprise, puis elle accourut, et voulut soutenir l’enfant par l’autre bras. Alors je pus essayer des bonds plus hardis ; nous avançâmes alors au petit galop, et chaque fois que je reniflais en secouant la tête, à l’instar du plus bel étalon arabe, les enfants poussaient des cris de jubilation. On vit les domestiques, les servantes, accourir du haut et du bas de l’escalier ; la porte de la cuisine voisine s’ouvrit, et la cuisinière, laissant échapper de ses mains une casserole qui résonna sur la dalle du seuil, se mit à rire à gorge déployée de ce spectacle, en se pressant les côtes de ses grosses mains rouges. Le nombre et la joie bruyante des assistants augmentaient de minute en minute ; les murs boisés, le plafond, retentissaient de fous éclats de rire à chaque gambade grotesque que j’exécutais comme un véritable paillasse. — Tout-à-coup je m’arrêtai, on crut que c’était de fatigue ; mais lorsque l’enfant fut mis à terre, je fis un grand bond, et puis je me couchai d’un air câlin aux pieds de la jeune fille aux boucles brunes.

« En vérité, mademoiselle Cécile ! dit en riant la grosse cuisinière, le chien a l’air de vouloir vous obliger à le monter. » Là-dessus, tous les domestiques, les bonnes, les femmes de chambre, de s’écrier en chœur : « Oui, oui ! ah le chien intelligent ! — le chien spirituel ! » — Une légère rougeur parcourut les joues de Cécile. Au fond de son œil d’azur pétillait l’envie de se passer ce plaisir d’enfant. — Faut-il ?… ne faut-il pas ?… semblait-elle se demander tout bas, en me regardant amicalement, le doigt appuyé sur sa bouche. Bientôt après elle était assise sur mon dos : alors je m’avançai, fier de mon charmant fardeau, au pas de la haquenée conduisant au tournoi sa royale maîtresse, et la troupe pressée des spectateurs se rangeant avec précipitation sur mon passage, je fis le tour du vestibule, comme au milieu d’un cortège triomphal. Tout-à-coup une grande et belle femme, d’un âge mûr, ouvrit la porte de l’antichambre, et arrêtant un regard fixe sur ma belle cavalière : « Voyez quel enfantillage ! » dit-elle. — Cécile quitta mon dos, et elle supplia si instamment en ma faveur, elle sut présenter si adroitement le récit de ma rencontre imprévue, en faisant valoir mon bon caractère et l’aimable bouffonnerie de mes manières, que sa mère dit enfin au valet de cour : « Donnez à manger à ce chien, et s’il s’habitue à la maison, il pourra rester ici, et il fera la garde durant la nuit. »

MOI.

Dieu soit loué ! te voilà avec un asile assuré !

BERGANZA.

Ah, mon ami ! la décision de lu chère dame me frappa comme un coup de tonnerre, et si je n’avais pas compté alors sur la ressource de mes petits talents de courtisan, je me serais levé et enfui à toutes jambes. Je ne ferais que te fatiguer en te racontant en détail tous les expédients, toutes les finesses de flatterie grâce auxquels je parvins à me glisser d’abord de la cour dans l’antichambre, et petit à petit dans les appartements privés de la dame. Qu’il te suffise d’un mot : les cavalcades du petit garçon, qui paraissait être le favori de la mère, me sauvèrent de l’écurie, et ce fut à la protection de sa charmante sœur, à qui je m’étais dévoué de toute mon âme du premier moment où je la vis, que je dus enfin l’entrée des appartements intérieurs. Cette jeune fille chantait si parfaitement, que je ne doutai point que ce ne fût d’elle seule que parlait le maître de chapelle Jean Kreisler, quand il dépeignait l’effet magique et mystérieux du chant de la jeune virtuose qui seule donnait à sa musique l’inspiration et la vie. Suivant la méthode des habiles cantatrices d’Italie, elle avait l’habitude de solfier pendant une bonne heure tous les matins. Je saisissais alors l’occasion favorable pour me glisser dans le salon auprès d’elle, et couché sous le piano je l’écoutais attentivement. Lorsqu’elle avait fini, je lui témoignais mon contentement par mille bonds joyeux, et elle me récompensait par un bon déjeûner, que je croquais de la manière la plus décente sans salir le parquet. Bref, on finit par ne plus tarir dans toute la maison sur mon amabilité et mon penchant décidé pour la musique. Cécile vantait surtout en moi, outre ces belles qualités, ma galanterie envers son cher petit lapin, par lequel je me laissais tirer impunément les oreilles, la queue, etc. La dame de la maison déclara que j’étais un chien charmant ; et après que j’eus assisté avec une décence exemplaire et toute la dignité convenable à un thé littéraire et à un concert, après que le cercle intime auquel on fit part de mon arrivée romanesque dans l’hôtel, m’eut également honoré d’un suffrage unanime, je fus enfin promu à la dignité de chien de corps de Cécile, ce qui mit le comble à mes vœux les plus chers.

MOI.

Oui ! te voilà dans une maison distinguée, favori en titre d’une jeune fille ravissante, à en juger par tes paroles. Mais tu voulais m’entretenir de la tendance superficielle, de la vulgarité des caractères soi-disant poétiques, et tu devais avant tout me raconter par quelle catastrophe…

BERGANZA.

Doucement ! doucement, mon ami ! — Laisse-moi raconter suivant l’ordre de mes souvenirs. D’ailleurs, ne dois-je pas trouver du plaisir à m’arrêter sur quelques moments heureux de ma vie passée ? Et puis tout ce que je t’ai narré sur mon séjour dans cette maison que je voue à présent aux malédictions de l’enfer, se rattache précisément à cette fatale catastrophe, et bientôt il me suffira de deux mots pour te mettre entièrement au fait. Laisse-moi donc avec ma maudite manie de vouloir tout dépeindre en discours prolixes sous des couleurs aussi vives, aussi pittoresques que les choses se présentent à mon esprit, revenir sur un sujet qu’il me répugnait d’aborder.

MOI.

Allons, mon cher Berganza, continue de raconter à ta manière.

BERGANZA.

La Cagnizares pouvait bien au bout du compte avoir raison.

MOI.

Où veux-tu en venir maintenant ?

BERGANZA.

Comme on dit : Le diable seul peut deviner cela. Cependant, il y a bien des choses qu’il ne devine pas. C’est apparemment pour cela qu’on dit encore : C’est un pauvre diable ! — Il y a toujours eu en moi et dans mon ami Scipion quelque chose de bien étrange ! Décidément, je suis en effet le personnage Montiel banni de l’espèce humaine, et à qui le masque de chien, qui lui fut imposé comme punition, sert à présent de récréation et de divertissement.

MOI.

Berganza ! je ne te comprends pas.

BERGANZA.

Aurais-je donc pu, moi, si loyal, si porté au bien, si ami de la vérité, et plein d’un mépris si profond pour ces caractères faux et dégénérés dont font parade les hommes d’aujourd’hui, devenus pour la plupart insensibles à tout ce qui est grand et saint, comment, dis-je, aurais-je pu recueillir tant d’observations précieuses, dont l’ensemble forme ce trésor qu’on appelle la philosophie de l’expérience, s’il avait fallu me produire partout sous l’aspect d’une créature humaine ? — Merci, Satan ! qui as laissé l’huile des sorcières me griller le dos en pure perte ! Je puis du moins, en ma qualité de chien, me coucher auprès du poêle sans qu’on y prenne garde, et tous les secrets de votre naturel perverti que vous mettez à nu devant moi sans défiance, viennent fournir amplement matière à l’ironie et à la pitié que provoque la ridicule et nauséabonde fatuité qui vous distingue.

MOI.

Les hommes ne t’ont-ils donc jamais fait aucun bien, que tu invectives si amèrement toute l’espèce ?…

BERGANZA.

Mon cher ami, durant ma vie, déjà passablement longue, j’ai reçu maint et maint bienfait, dont j’étais indigne peut-être, et je garde un souvenir reconnaissant de chaque plaisir ou de chaque bonne aubaine que m’ont procurés sans intention celui-ci ou celui-là ; remarque bien : j’ai dit sans intention ! Il y a selon moi beaucoup à dire sur ce que vous appelez faire du bien. Celui qui me gratte le dos ou me chatouille délicatement les oreilles, ce qui me fait toujours éprouver un bien-être indéfinissable, ou bien celui qui me gratifie d’un bon morceau de rôti pour s’amuser à me faire rapporter sa canne lancée loin de lui, et quelquefois en pleine eau, ou pour m’engager à faire le beau en m’asseyant sur mes pattes de derrière (manœuvre que je hais mortellement), penses-tu que l’un ou l’autre passe à mes yeux pour m’avoir fait du bien ? C’est un prêté-rendu, un échange, un contrat où il ne peut être question ni de bienfait ni de gratitude. Mais le crasse égoïsme des hommes fait que chacun se borne à proclamer avec vanterie ce qu’il donne, et rougit de mentionner ce qu’il reçoit, de sorte qu’on voit souvent deux individus s’accuser réciproquement d’ingratitude au sujet de la même transaction. — Mon ami Scipion, qui n’avait pas non plus toujours bonne chance, était dans le temps au service d’un riche paysan, homme inculte et brutal, qui le laissait fort souvent à jeun, mais ne lui épargnait pas les coups de bâton. Un jour Scipion, dont le défaut capital n’était certes pas la gourmandise, uniquement poussé par la faim, avait vidé une terrine de lait à sa portée, et le paysan qui le surprit commença par le battre jusqu’au sang. Scipion s’enfuit précipitamment pour échapper à une mort certaine, car le rustre vindicatif s’était emparé déjà d’une fourche de fer, et il traversa le village à la course. Mais en passant devant l’étang du moulin, il vit tomber dans les flots le fils du paysan, un enfant de trois ans qui s’amusait à jouer au bord de l’eau. Scipion, d’un bond rapide, s’élance dans l’étang, saisit avec ses dents l’enfant par ses vêtements, et le rapporte sain et sauf sur l’herbe du rivage, où bientôt il reprit ses sens en souriant à son libérateur et le caressant. Alors Scipion reprit bien vite son élan pour s’éloigner à jamais du village. Vois-tu, mon ami, c’est là ce qui s’appelle un service rendu par pure amitié. Pardonne-moi de ne pas m’être rappelé tout d’abord un trait semblable chez un homme.

MOI.

En dépit de ton antipathie pour ces pauvres hommes qui sont bien mal dans tes papiers, je sens pourtant mon affection pour toi s’accroître de plus en plus, mon brave Berganza ! Permets-moi de t’en donner, tout-à-fait sans intention, un témoignage qui ne peut, je le sais, que t’être infiniment agréable.

Berganza s’approcha de moi en reniflant légèrement, et je lui grattai doucement le dos en promenant ma main plusieurs fois de sa tète à sa queue ; il balançait la tète de droite et de gauche en murmurant de plaisir, et se prêtant au contact de la main bienfaisante. Enfin, quand elle cessa d’agir, nous reprîmes notre entretien.

BERGANZA.

Chaque sensation corporelle agréable me rappelle toujours à l’esprit les souvenirs les plus gracieux, et au moment où je parle je viens de voir m’apparaître l’image de la charmante Cécile, telle que je la vis un jour, avec sa simple robe blanche et ses cheveux bruns noués élégamment en tresses brillantes, comme elle sortait du salon, les yeux en pleurs, et se dirigeant vers sa chambre. J’allai au-devant d’elle, et je me couchai en rampant à ses pieds, suivant mon habitude. Elle me prit alors avec ses deux petites mains par la tête, et me contemplant avec ses beaux yeux, qu’une larme humectait encore, elle s’écria : « Hélas !… hélas ! ils ne me comprennent pas ! personne ! ma mère non plus… — Si je pouvais m’expliquer devant toi, toi, ô mon chien fidèle ! si je pouvais t’ouvrir le fond de mon cœur ?… mais comment m’y résoudre ? et quand je le pourrais, tu ne me répondrais pas… Ah ! du moins tu ne m’affligerais pas non plus, toi ! »

MOI.

Cette jeune fille, la Cécile, m’intéresse de plus en plus.

BERGANZA.

Dieu, noire maître à tous, et à qui je recommande mon âme, car le démon ne doit avoir aucun droit sur elle, bien que je lui sois sans doute redevable de ce domino à la vénitienne sous lequel j’ai été lancé dans la grande mascarade terrestre, — oui ! le Dieu souverain a créé les hommes avec des modifications bien variées. La diversité infinie des dogues, des bassets, des carlins, des bichons et des caniches n’est rien en vérité comparativement à la multiplicité des contrastes entre les nez pointus, camards, recourbés, retroussés, etc., et aux différences innombrables qu’offrent les yeux, les mentons, les muscles frontaux dans l’espèce humaine. Bref, est-il seulement possible d’imaginer, même avec les facultés intellectuelles les plus rares et les plus vastes, le nombre illimité des caractères dissemblables ?…

MOI.

Mais où veux-tu en venir, Berganza ?

BERGANZA.

Prends-le pour une réflexion sommaire ou même vulgaire, si tu veux.

MOI.

Tu t’écartes encore tout-à-fait de ta catastrophe.

BERGANZA.

Je voulais seulement te dire que ma maîtresse, la mère de Cécile, avait su attirer chez elle tout ce qu’il y avait dans la Résidence d’artistes et de savants de quelque réputation ; et grâce à ses relations intimes avec les familles les mieux pourvues en talents de toute espèce, elle avait fondé dans son hôtel un cercle scientifique, esthétique et littéraire, dont elle s’était faite la directrice. Sa maison était en quelque sorte une bourse poétique, artistique, où se traitaient une multitude d’affaires avec force jugements sur l’art, et dont maints ouvrages, ou même parfois les noms d’artistes véritables étaient l’objet. — Les musiciens, il faut en convenir, sont des gens bien bizarres !

MOI.

Comment cela, Berganza ?

BERGANZA.

N’as-tu pas remarqué que les peintres sont pour la plupart d’humeur chagrine et si maussades qu’aucun des plaisirs de la vie ne peut triompher de leur mélancolie ; et quant aux poètes, que leurs ouvrages seuls sont capables de leur procurer une satisfaction réelle !… Mais les musiciens planent d’un pied léger par-dessus tout : bons vivants, gourmets et buveurs surtout, un bon plat, ou mieux encore des vins assortis de première qualité, leur ouvrent le paradis ; et oubliant tout le reste sans nul effort, ils se réconcilient avec la société, qui parfois les pique au vif, et pardonnent généreusement à l’âne de méconnaître dans ses hihan ! la loi de l’accord parfait, parce qu’au bout du compte il ne peut braire autrement en sa qualité d’âne. — Bref, les musiciens ne sentent pas le malin esprit, marchât-il même sur leurs talons.

MOI.

Mais, Berganza, pourquoi donc encore cette digression à l’improviste ?

BERGANZA.

C’est pour dire que ma dame était précisément en grande vénération auprès de tous les musiciens, et lorsqu’au bout de six semaines d’exercice continu, elle massacrait, sans respect pour la mesure et l’expression, une sonate ou un quintetto, ils ne manquaient pas de la combler des éloges les plus exagérés ; car les vins de sa cave, qu’elle recevait de première main, étaient exquis, et il était impossible de manger de meilleurs biftecks dans toute la ville que chez elle.

MOI.

Fi ! Jean Kreisler n’aurait pas fait cela.

BERGANZA.

Pourtant il le faisait. — Il n’y a là ni fausseté ni lâche et basse flatterie : non, c’est l’action d’un esprit bienveillant souffrant le mal patiemment, ou plutôt une complaisante résignation à prêter l’oreille à des sons confus qui aspirent en vain à passer pour de la musique ; et cette bienveillance, cette résignation, ne proviennent que d’un certain sentiment de bien être intérieur, qui lui-même est le résultat immanquable des copieuses libations d’un vin généreux pendant et après un succulent diner. — J’avoue que tout cela me prévient en faveur des musiciens, dont le royaume du reste n’est pas de ce monde, de sorte qu’ils font l’effet d’étrangers venus d’une contrée inconnue et lointaine, étonnant par la singularité de leur extérieur, de leurs façons d’agir, et je dirai même se rendant ridicules, car il suffit que Pierre tienne sa fourchette de la main gauche, pour que Jean, qui a tenu toute sa vie la sienne de la main droite, se moque de lui.

MOI.

Mais pourquoi les gens ordinaires se moquent-ils ainsi de tout ce qui sort de leurs habitudes ?

BERGANZA.

Parce que les choses auxquelles ils sont accoutumés leur sont devenues si commodes, qu’ils regardent celui qui agit d’autre manière comme un fou, en s’imaginant qu’il se tourmente beaucoup pour faire ainsi, dans l’ignorance de leur manière traditionnelle ; alors ils se félicitent et se réjouissent de voir l’étranger si bête, tandis qu’ils s’estiment si ingénieux, et ils en rient du meilleur de leur cœur ; ce que je leur permets de tout le mien aussi.

MOI.

Je voudrais que tu revinsses maintenant à la dame.

BERGANZA.

M’y voici justement. Ma dame avait la manie décidée de vouloir pratiquer elle-même tous les arts. Elle touchait du piano, comme je viens de le dire, elle composait même, elle peignait, elle brodait, elle modelait en plâtre et en argile, elle faisait des vers, elle déclamait ; et il fallait que la société subit ses cantates soporifiques, et se pâmât d’aise à la vue de ses caricatures peintes, brodées ou moulées. Peu de temps avant mon arrivée dans la maison, elle avait fait la connaissance d’un artiste mimique bien connu que tu as eu sans doute l’occasion de voir bien souvent ; et de là le révoltant abus qu’elle introduisit dans le cercle avec ses rhapsodies scéniques. La dame n’était pas mal faite, mais l’approche de la vieillesse avait déjà marqué son empreinte sur tous les traits de son visage, fortement prononcés par eux-mêmes, et en outre les formes de son corps avaient pris un développement luxuriant et même excessif. Cela ne l’empêchait pourtant pas de représenter devant le cercle Psyché, la Vierge Marie, et je ne sais plus quels autres saintes ou divinités de l’Olympe. — Que le diable emporte les sphinx et le professeur de philosophie !

MOI.

Quel professeur de philosophie ?

BERGANZA.

Dans le cercle en question, se trouvaient presque toujours inévitablement d’abord le maître de musique de Cécile, ensuite un professeur de philosophie, et un caractère indécis.

MOI.

Qu’entends-tu par ton caractère indécis ?

BERGANZA.

C’est un homme que je ne saurais désigner autrement, car je n’ai jamais pu savoir réellement quel était le fond de sa pensée. Mais en songeant à ces trois personnages, je ne puis m’empêcher de te faire part d’une conversation que je surpris un jour entre eux. Le musicien ne voyait que son art dans le monde entier. Du reste, il pouvait passer pour un esprit assez borné, car il prenait pour argent comptant les suffrages les plus futiles et les moins consciencieux, et croyait naïvement que l’art et les artistes jouissaient partout d’une haute considération. Le philosophe, sur la figure jésuitique et satirique duquel se réflétait une profonde ironie pour toutes les vulgarités de la vie, n’avait foi en personne au contraire, et il regardait la sottise et le défaut de goût comme un second péché originel. Un soir, il se trouvait à la fenêtre avec le caractère indécis, lorsque le musicien, toujours en extase dans les régions idéales, s’approcha d’eux, en s’écriant : « Ha !… » Mais laisse-moi, pour éviter la répétition fastidieuse des dit-il, répondit-il, te répéter tout simplement leurs discours alternatifs. Seulement, si tu fais imprimer notre conversation actuelle, il faudra que ce nouveau dialogue soit habilement distingué du nôtre.

MOI.

Je vois, mon cher Berganza, que ta pénétration et ta sagacité s’appliquent à tout. Tes confidences sont trop curieuses pour que je ne les publie pas, à l’instar de l’enseigne Campuzano. Raconte comme tu voudras ton entretien dans l’entretien ; car je pressens qu’un éditeur attentif mettra, au pied de la lettre, la puce à l’oreille au compositeur pour qu’il arrange le tout pour le mieux, de manière à ce que cela ressorte aux yeux du lecteur non moins commodément qu’agréablement.

BERGANZA.

M’y voici donc.

LE MUSICIEN. — C’est pourtant une femme admirable, avec sa profonde intelligence de l’art et son instruction encyclopédique !

LE CARACTÈRE INDÉCIS. — Oui, il faut en convenir, Madame est en effet portée aux sciences d’une manière !…

LE PROFESSEUR DE PHILOSOPHIE. — Ha ?… ha ?… c’est donc là réellement votre avis ? Eh bien moi, je prétends et soutiens le contraire !

LE CARACTÈRE INDÉCIS. — Au fait, oui, quant à l’enthousiasme, comme l’entend notre ami le virtuose ici présent, il se pourrait bien que…

LE PROFESSEUR DE PHILOSOPHIE. — Je vous dis que le chien noir que voici la, sous le poêle, et qui nous regarde d’un air si intelligent, comme s’il prêtait la plus vive attention à nos paroles, aime et comprend l’art mieux que cette femme, à qui le ciel veuille pardonner de ce qu’elle s’attribue ainsi sans vergogne la chose du monde à laquelle elle a le moins de droits. Son cœur froid comme la glace ne s’échauffe jamais, et quand l’âme d’autres individus, devant le spectacle imposant de la nature et l’immensité de la création, déborde d’un saint ravissement, elle s’informe combien il y a de degrés de chaleur d’après Réaumur, ou s’il menace de pleuvoir. Et l’art, ce médiateur entre nous et l’être tout-puissant, et qui seul nous le fait clairement pressentir, l’art non plus n’allumera jamais en elle une pensée élevée. Oui ! avec tous ses exercices académiques, avec ses mines et ses phrases, elle ne respire que le trivial ; — elle est prosaïque, — prosaïque ! — honteusement prosaïque ! !

Ces derniers mots, le professeur les avait criés si haut, en gesticulant avec véhémence, que toute la société réunie dans le salon voisin fut aussitôt en émoi pour se défendre, d’un commun effort, contre le prosaïsme qui paraissait s’être glissé perfidement et silencieusement dans le cercle, comme un insidieux ennemi dont le cri de guerre du professeur venait de trahir la présence. Le musicien était resté tout étourdi, mais le caractère indécis le prit à part, et lui dit à demi-voix à l’oreille en souriant d’un air gracieux :

« Cher ami, que pensez-vous des paroles du professeur ? — Savez-vous pourquoi il tonne si effroyablement et déclame ainsi de froideur glaciale, de prosaïsme ? — Vous convenez, n’est-ce pas, que Madame est encore passablement fraîche et jeune pour son âge. — Eh bien… riez, riez ! — Eh bien le professeur a voulu à toutes forces lui développer entre quatre

yeux certaines propositions philosophiques qui lui parurent trop hardies. Elle dédaigna absolument les leçons particulières de philosophie que voulait lui donner messire le professeur, et il a pris cela en très-mauvaise part : de là ses invectives, ses malédictions ! 

» — Voyez-vous, le malin singe ! À présent, me voilà raffermi tout-à-fait dans mon opinion, » dit le musicien ; et tous deux rejoignirent la société.

Mais, je le répète encore : que le diable emporte le sphinx et le professeur de philosophie !

MOI.

Pourquoi cela ?

BERGANZA.

C’est à eux que je dois la privation du spectacle des jeux mimiques de Madame, et peu s’en est fallu que je ne fusse chassé de l’hôtel ignominieusement.

MOI.

Ce sphinx est sans doute un emblème allégorique par lequel tu désignes quelque nouvel original de ton cercle ?

BERGANZA.

Point du tout ! je veux parler du véritable sphinx avec sa coiffure égyptienne et le regard fixe de ses yeux ouverts eu forme d’œufs.

MOI.

Eh bien, raconte.

BERGANZA.

Que ce fût en effet par vengeance à cause du cours particulier de philosophie manqué, comme le soutenait le caractère indécis, ou bien seulement par dégoût et par aversion pour les ridicules prétentions artistiques de la dame, bref, le professeur devenu son ichneumon4, la poursuivait sans relâche, et se plaisait à fouiller dans le plus intime de son être, au moment où elle s’y attendait le moins. Il avait le talent de l’entortiller et de l’enlacer, dans ses propres phrases à bévues et dans ses sentences philosophico-esthétiques sur l’art, d’une façon toute particulière et si adroite, qu’elle s’enfonçait profondément dans le labyrinthe prosaïque et hérissé d’ivraie du non-sens, en faisant de vains efforts pour en trouver l’issue. Il poussait la malignité si loin, qu’il débitait devant elle, comme autant de théorèmes de philosophie transcendante, des phrases absolument dénuées de sens, ou aboutissant à de niaises trivialités, qu’elle retenait, grâce à sa prodigieuse mémoire des mots, et lançait ensuite à tout propos avec une affectation emphatique. Plus ces propositions étaient baroques et inintelligibles, plus elles lui plaisaient, car alors l’admiration des cerveaux étroits, ou plutôt leur fanatisme pour cet esprit supérieur, pour cette sublimité féminine, s’exaltait d’autant plus. — Mais venons au fait ! — Le professeur m’avait pris en très-grande amitié : il saisissait toutes les occasions de me caresser et de me donner de bons morceaux. Je répondais à cette bienveillance par une affection des plus cordiales, et je le suivis d’autant plus volontiers un soir qu’il m’attira dans une chambre écartée, tandis que la société passait dans une grande salle tendue de noir, où Madame allait exécuter ses scènes de mimique.

Il m’avait réservé comme de coutume un bon morceau de gâteau. Pendant que je le mangeais, il commença à me gratter doucement sur la téte, et puis il ceignit mon front d’un mouchoir qu’il noua et drapa avec beaucoup de soin autour de mes oreilles. Durant cette opération, il riait en me regardant, et me dit plusieurs fois : « Chien intelligent, habile chien ! montre aujourd’hui ton esprit, et ne gâte pas la plaisanterie ! » — Habitué de vieille date, depuis mon métier dramatique, à ce qu’on me fit la toilette, je le laissai m’arranger comme il le voulut, et je le suivis ensuite machinalement, et à petits pas, dans le salon où Madame avait déjà commencé ses exhibitions. Le professejur sut si adroitement me soustraire aux regards des spectateurs que personne ne me remarqua.

Après avoir représenté des saintes Vierges et des Cariatides, des Cariatides et des saintes Vierges, Madame s’avança avec une coiffure fort singulière, ressemblant à la mienne à s’y méprendre. Elle se mit à genoux, et allongea les bras sur un tabouret placé devant elle, en contraignant ses yeux naturellement vifs et spirituels, à un regard fixe, funèbre et fantasmatique. Alors le professeur me poussa tout doucement en avant, et moi, sans soupçonner la plaisanterie, je m’avançai gravement jusqu’au milieu du cercle, et je m’accroupis par terre vis-à-vis de la dame, les pattes de devant étendues dans ma position habituelle. Excessivement surpris de la voir dans cette posture, qui présentait l’aspect le plus singulier, surtout à cause de la partie sur laquelle on a coutume de s’asseoir, et que la nature avait douée chez elle d’une ampleur prodigieuse, je ne me lassais point de la considérer avec ce regard immuable et sérieux qui m’est propre.

Tout-à-coup, au morne silence qui régnait dans la salle, succéda un éclat de rire universel et immodéré. Ce fut alors seulement que la dame, plongée dans la contemplation intérieure de l’art, m’aperçut. Elle se reléve en fureur et s’écrie comme Macbeth, avec une affreuse grimace : « Qui m’a fait cela ! » Mais personne ne l’entend, car tous les assistants, comme électrisés par cet aspect véritablement trop comique, éclatent et crient confusément : « Deux sphinx. — Deux sphinx en conflit ! »

— « Qu’on chasse ce chien loin d’ici, qu’on l’ôte de ma vue, hors du logis le maudit chien ! » Ainsi tonnait la dame, et déjà les domestiques me pourchassaient, lorsque ma protectrice, la charmante Cécile s’élança vers moi, me délivra de ma coiffure égyptienne, et m’emmena dans sa chambre.— J’obtins, il est vrai, la permission de rester dans la maison, mais l’entrée de la salle des représentations mimiques me fut de ce jour à jamais interdite.

MOI.

Et au fond tu n’as guère dû y perdre, car, j’en sais bon gré au joyeux professeur ! tu avais été témoin de la plus superbe scène de ces bouffonneries artistiques ; le reste t’aurait paru fade et l’eût été à coup sûr, puisqu’on aurait naturellement prévenu toute coopération ultérieure de ta part.

BERGANZA.

Le lendemain il était partout question du double sphinx, et même il circula à ce sujet un sonnet que je me rappelle très-bien, et dont probablement le professeur de philosophie était l’auteur.

LES DEUX SPHINX.
SONNET.

Quelle est cette figure étrange, aux yeux hagards,
D’un linceul affublée, et prosternée à terre ?
Parle, nouvel Œdipe, et brave les hasards
Réservés à celui qui sonde un tel mystère !

Vois là-bas du Sphinx noir les flamboyants regards ;
Le mannequin pâlit ; d’un trouble involontaire
Cet aspect l’a saisi ! l’on rit de toutes parts,
Voici la comédie introduite au parterre.

Ils se lèvent tous deux : elle, femme, lui, chien !…
La passion de l’art est leur commun lien :
Quelle union jamais eut plus noble origine ?

Ils rivalisent donc de gloire et de talent,
Et chacun dans son rôle offre un type excellent:
Le chien noir est Paillasse, elle… c’est Colombine !

MOI.

Bravo, Berganza ! le sonnet satirique n’est pas mal pour une pièce de circonstance, et tu l’as récité avec l’expression et la dignité convenables. En général, il y a déjà pour moi, rien que dans la forme du sonnet, un charme tout particulier, un charme musical, pour ainsi dire.

BERGANZA.

Que le sonnet a certainement aussi pour toute oreille tant soit peu délicate, et qu’il conservera éternellement.

MOI.

Et cependant la forme particulière d’une composition en vers, le mètre en un mot, m’a toujours paru être quelque chose d’accessoire, de subordonné, à quoi l’on n’a attribué, selon moi, que trop de valeur dans ces derniers temps.

BERGANZA.

Grâces soient rendues aux efforts de vos derniers poètes, parmi lesquels il y en a d’excellents, de ce qu’ils ont rétabli dans ses droits bien légitimes l’art métrique pratiqué par nos grands maîtres d’autrefois, avec amour et sollicitude. La forme, le mètre, dans la composition en vers, c’est la couleur exprès choisie par le peintre pour les vêtements de ses personnages ; c’est le ton dans lequel le compositeur écrit son morceau. Or, tous deux n’apportent-ils pas à ce choix du ton, de la couleur, la réflexion la plus mûre et le soin le plus minutieux, pour qu’ils s’allient convenablement, soit à la gravité, à la noblesse, soit à la grâce, à la frivolité du personnage, soit au caractère tendre ou gai du morceau ? Et une grande partie de l’effet qu’ils se proposent de produire ne dépendra-t-elle pas de la justesse de ce choix ? Un vêtement d’une couleur brillante relève souvent un personnage commun, ainsi que la richesse du ton fait valoir un thème médiocre ; et de là vient que souvent des vers dépourvus, il est vrai, d’un sens profond et frappant, et effleurant à peine la pensée, captivent néanmoins l’esprit, comme le ferait une apparition vaporeuse et fantastique par la grâce de la forme, par l’élégant entrelacement des rimes, et exercent ainsi, abstraction faite de ce que la raison pourrait y chercher, une séduction mystérieuse à laquelle une organisation sensible voudrait en vain résister.

MOI.

Oui, mais l’abus qu’ont fait de ce système tant de brocanteurs de forme poétique !

BERGANZA.

Cet abus prétendu pourrait bien trouver son remède dans son application même. Mon avis est que cette rigoureuse observation de la métrique, tellement en crédit aujourd’hui, est la conséquence des tendances plus sérieuses, plus profondes, qui distinguent dans toutes les branches de l’art et de la littérature notre époque critique et rénovatrice. Naguère, en effet, lorsque chaque poète ou soi-disant tel, se créait lui-même, pour chacune de ses chansonnettes, un métre boiteux, baroque, lorsqu’il parodiait et défigurait à plaisir vos doux huitains, rime ottave, la seule forme méridionale qui semble avoir été connue à cette époque, alors les peintres aussi dédaignaient d’apprendre à dessiner, et les compositeurs auraient rougi d’étudier le contrepoint. Bref, il s’était introduit dans l’art un mépris pour toute école, pour toute convention qui devait amener naturellement les plus monstrueux avortements. Même chez les poètes médiocres, l’étude des divers modes réguliers les habitue à une certaine harmonie toujours préférable aux misérables divagations d’un cerveau vide. Aussi, je le répète encore, c’est un travail méritoire et avantageux que de s’appliquer religieusement à la forme, au mètre poétique.

MOI.

Tu es un peu tranchant dans tes opinions, mon cher Berganza ; cependant je ne saurais te donner tort. En vérité, j’étais loin de penser que les miennes dussent être modifiées par les réflexions d’un chien d’esprit.

BERGANZA.

Dans le cercle féminin en question, se trouvait un jeune homme qu’on honorait du titre de poète, et qui, absolument dévoué au système de l’école moderne, ne rêvait et ne respirait que sonnets, madrigaux, etc. Son génie poétique n’avait rien de transcendant, mais ses productions dans le genre des canzoni ne manquaient pas d’une certaine harmonie, d’une certaine grâce d’expression qui fascinaient l’esprit et l’oreille. Il était, comme presque tous les poètes, et conformément en quelque sorte à une loi du métier, de nature amoureuse, et il professait pour Cécile une adoration platonique pleine de respect et d’ardeur. À son exemple, le musicien, d’ailleurs beaucoup plus âgé, se plaisait à faire la cour à la jeune fille d’une manière tout à fait sentimentale, et tous deux donnaient souvent le spectacle d’une lutte d’émulation fort comique, par les mille petites galanteries dont ils se piquaient, à l’envi l’un de l’autre. Doués d’une instruction réelle et d’un esprit fin, ils ne supportaient les parades musicales, déclamatoires et mimiques de la dame que par amour pour Cécile, qui les distinguait sensiblement d’entre tous les jeunes fats, dont l’essaim voltigeait autour d’elle ; aussi elle récompensait leur empressement chevaleresque par une franchise gaie et naïve qui mettait le comble à leur enthousiasme et à leur passion. Souvent une parole amicale, un regard affectueux qu’elle accordait à l’un, suscitait chez l’autre une jalousie comique, et rien n’était plus divertissant que de les voir, comme les troubadours du moyen-âge, se porter des défis à qui célébrerait le mieux dans ses odes et ses chansons les grâces et les attraits de Cécile.

MOI.

C’est un tableau intéressant, et ces relations tendres et naïves d’un cœur innocent avec l’artiste, sont toujours à l’avantage du dernier. Je ne doute pas que ce conflit entre le poète et le musicien n’ait produit d’excellents ouvrages.

BERGANZA.

N’as-tu pas remarqué, mon cher ami, que tous ces individus qui, avec une âme sèche et stérile, ont tant de prétentions au caractère poétique, regardent tout ce qui leur arrive comme éminemment singulier, et voient du merveilleux jusque dans leurs personnes ?

MOI.

En effet, et tandis qu’ils considèrent comme tenant du prodige tout ce qui se passe entre les parois resserrées de leur pauvre coquille, dans l’idée que rien d’ordinaire ne saurait advenir à des personnages de leur nature, leur âme reste fermée et insensible aux merveilles divines de l’univers.

BERGANZA.

C’est ainsi que ma Dame avait la folie de voir dans les moindres circonstances de sa vie quelque chose de prestigieux et d’extraordinaire. Ses enfants eux-mêmes étaient nés sous des influences particulières, avec des présages surnaturels, et elle donnait assez clairement à entendre comme quoi des éléments opposés et d’étranges contrastes devaient se trouver combinés d’une manière fantastique dans leurs esprits. Elle avait encore trois garçons plus âgés que Cécile, tous trois frappés au même coin, ternes et obtus comme de viles pièces de billon, et une fille plus jeune qui ne faisait preuve en rien ni d’intelligence ni de sensibilité. Cécile était donc la seule qui fût réellement douée par la nature, non-seulement d’un profond sentiment de l’art, mais même de facultés créatrices, indices du génie. Avec un caractère moins naïf et moins ingénu que le sien, l’air solennel avec lequel la traitait sa mère, qui ne se lassait pas de répéter en sa présence qu’il y avait dans sa fille l’étoffe d’une artiste incomparable et sans modèle, n’aurait que trop facilement exalté son esprit, et l’aurait sans doute engagée dans une fausse route, d’où il est bien rare qu’une femme sache revenir !

MOI.

Berganza ! tu crois donc aussi à l’incorrigibilité des femmes ?

BERGANZA.

De toute mon âme ! — Toutes les femmes jetées une fois dans un moule, que leur esprit soit resté engourdi, ou qu’on ait faussé leur entendement, appartiennent sans rémission, dès qu’elles ont atteint l’âge de vingt-cinq ans, à l’ospedale degl’ incurabili5 et il n’y a plus rien à faire d’elles. La véritable vie des femmes est l’époque de la puberté, qui, embrasant leur double nature, rend leur âme avide de sensations et d’idées. La jeunesse embellit tous les êtres de sa pourpre éclatante, et l’ivresse du plaisir les couronne d’une auréole sacrée, de même que l’immuable retour d’un printemps éternel orne les buissons d’épines eux-mêmes de fleurs odoriférantes. — Ce n’est point une beauté exceptionnelle, ce n’est point un phénomène dans l’ordre intellectuel, non ! c’est uniquement ce moment de floraison, un certain je ne sais quoi, un rien, soit dans son extérieur, soit dans le son de sa voix, et qui ne peut commander qu’une attention passagère, mais qui suffit pour assurer partout à la jeune fille les hommages même des hommes les plus éminents, de sorte qu’au milieu des personnes de son sexe d’un âge plus mûr, elle se présente pour ainsi dire en triomphe, et comme la reine de la fête ! Mais hélas ! après le déclin de ce fatal période solsticial, les couleurs éclatantes disparaissent, et cette féconde vivacité de l’esprit se fane et s’éclipse sous une certaine froideur incompatible avec le sentiment poétique d’aucune jouissance.

MOI.

Il est bien heureux, Berganza, que tu ne sois pas entendu par des femmes ayant passé le point solsticial, elles te feraient un mauvais parti.

BERGANZA.

Ne crois pas cela, mon ami ! Au fond du cœur les femmes le sentent elles-mêmes, que toute leur vie est pour ainsi dire concentrée dans cette saison printannière de l’âge, car ce n’est que par là que peut s’expliquer cette manie qu’on leur reproche avec raison, de renier le leur. Aucune ne veut avoir passé la limite fatale, elles se raidissent de toutes leurs forces contre cette nécessité, et se débattent avec acharnement pour conserver la plus petite place en-deçà de la barrière sacrée qui, une fois franchie, leur ferme à jamais le pays enchanté des plaisirs et des beaux rêves. Mais voici venir en foule leurs jeunes et fraîches remplaçantes, et quand chacune d’elles, riant sous les roses, demande « Quelle est cette femme triste et sans parure ? que vient-elle faire parmi nous ? » alors il faut s’enfuir la honte sur le front, et se réfugier dans le petit jardin d’où l’on peut encore du moins embrasser du regard les trésors d’un printemps écoulé, et à la sortie duquel est écrit le chiffre Trente, plus effrayant pour elles que ne le serait l’ange vengeur avec son épée flamboyante !

MOI.

Tout cela est fort pittoresque ; mais n’est-ce pas aussi plus pittoresque que vrai ? car j’ai connu plus d’une femme qui, même au-delà de cet âge, faisait totalement oublier, par son amabilité, ce que la jeunesse absente avait pu lui ravir.

BERGANZA.

Non-seulement je ne conteste pas un cas pareil, mais j’avouerai même qu’il se présente assez fréquemment. Toutefois, ju maintiens irrévocablement ma proposition. — Oui, une femme raisonnable, qui aura été bien élevée, exempte de préjugés, et dont l’esprit aura profité, dans l’âge adulte, d’une culture éclairée, t’offrira toujours un entretien agréable, pourvu que tu consentes à ne pas sortir d’une certaine sphère, et que tu n’abordes pas les idées d’un ordre supérieur. Si elle est spirituelle, elle ne manquera pas d’aperçus et de mots plaisants ; mais au lieu d’un caractère d’enjouement naturel et de la pure conception du comique absolu, ce seront plutôt de brillantes saillies dues à une humeur secrète, et dont l’éclat d’emprunt ne saurait t’abuser et te divertir que momentanément. Est-elle jolie ? elle ne cessera jamais d’être coquette, et ton intérêt pour elle se transformera alors en une passion luxurieuse assez triviale, pour ne pas me servir d’un terme plus caractéristique, telle qu’une jeune fille dans son âge de floraison n’en inspire jamais à un homme qui n’est point totalement corrompu.

MOI.

Paroles dorées ! — Paroles dorées ! — Mais cette immutabilité du caractère féminin, cette persistance invétérée, après la transition fatale dont tu parles, dans les errements antérieurs, sais-tu, Berganza, que cela est triste !

BERGANZA.

Cela n’est pas moins vrai ! Nos auteurs comiques l’ont fort bien senti ; aussi, naguère notre scène ne ne désemplissait-elle pas de ces vieilles filles langoureuses et ridiculement sentimentales, étalant les déplorables prétentions qui survivaient en elles à leur âge de floraison. Mais c’est un type aujourd’hui complètement usé, et il serait temps d’y substituer les modernes Corinne.

MOI.

Tu n’entends pas sans doute parler de l’admirable Corinne le poète, couronnée solennellement au Vatican, ce myrthe prodigieux qui, implanté dans le sol italique, a projeté jusqu’ici ses verts rameaux, de sorte qu’assis à leur ombre, nous respirons les parfums enivrants de sa sève méridionale ?

BERGANZA.

Fort bien dit et fort poétique, quoique l’image soit passablement gigantesque ; car le myrthe qui s’étend d’Italie jusqu’en Allemagne, est véritablement du style le plus grandiose ! — Du reste, c’est bien à la même Corinne que j’ai fait allusion, car telle qu’elle est représentée, précisément au déclin de cette époque de floraison, son apparition a été une consolation soudaine, un baume véritable pour toutes les femmes sur le retour, qui ont vu dès-lors s’ouvrir à deux battants devant elles la porte du temple consacré aux arts, à la littérature, à la poésie, quoiqu’elles eussent à réfléchir que, d’après mon juste principe, elles doivent être déjà tout à l’âge adulte, et ne peuvent plus rien devenir postérieurement. — Corinne ne t’a-t-elle jamais paru insupportable ?

MOI.

Comment supposer cela possible ! — Il est vrai qu’à l’idée de la voir s’approcher de moi animée d’une vie véritable, je me sentais comme oppressé par une sensation pénible et incapable de conserver auprès d’elle ma sérénité et ma liberté d’esprit.

BERGANZA.

Ta sensation était tout-à-fait naturelle. Quelque beaux que pussent être son bras et sa main, jamais je n’aurais pu supporter ses caresses sans une certaine répugnance, un certain frémissement intérieur qui m’ôte ordinairement l’appétit. — Je ne parle ici qu’en ma qualité de chien ! — Au fond, l’exemple même de Corinne sert à faire triompher ma doctrine, car tout son éclat pâlit et s’éclipse devant la pure et brillante clarté de la jeunesse, et comment comparer à l’enthousiaste dévouement de la femme pour l’homme aimé, ses penchants si peu féminins, ou plutôt son affectation d’une sensibilité dont elle est dépourvue ? — Ma Dame se plaisait intimement à jouer le personnage de Corinne.

MOI.

Quelle folie, si elle ne sentait pas en elle la véritable inspiration de l’art !

BERGANZA.

Bien au contraire, mon ami ! tu peux m’en croire. Mais ma Dame s’en tenait sans façon à la superficie, et elle savait en dissimuler assez habilement le peu de profondeur sous un certain vernis dont l’éclat trompeur éblouissait les yeux. Ainsi, elle se croyait déjà la rivale de Corinne, à cause de ses bras et de ses mains fort remarquables en effet, et depuis qu’elle avait lu ce livre, elle se découvrait la gorge et les épaules comme cela ne convenait guère à une femme de son âge, et se surchargeait de chaînes précieuses, de camées et de bagues antiques, de même qu’elle passait aussi plusieurs heures par jour à se faire oindre les cheveux d’huiles parfumées et à les faire tresser en nattes pour représenter telle ou telle coiffure pittoresque d’impératrice romaine. Le mesquin farfouillage des collections d’antiques de Boettiger était vraiment son affaire. — Mais les représentations scéniques de ma Dame eurent une fin imprévue.

MOI.

El comment cela, Berganza ?

BERGANZA.

Tu t’imagines bien que mon étrange apparition en sphinx leur avait déjà porté une assez rude atteinte. Toutefois, après une interruption passagère, elles avaient repris leur cours, mais j’en étais rigoureusement exclu. Il arrivait aussi qu’on représentait quelquefois, comme cela se pratique, des groupes entiers, et jamais Cécile n’avait voulu consentir à y prendre un rôle. À la fin pourtant, sur les pressantes instances de sa mère, appuyées des sollicitations du poète et du musicien, elle se laissa persuader, et promit de figurer dans la première académie mimique (nom distingué que ma Dame donnait à ses exercices) le personnage de la sainte sa patrone, dont le nom s’alliait si merveilleusement à son talent musical. À peine eut-elle engagé sa parole, que les deux amis s’empressèrent, avec une activité extraordinaire, de se procurer et d’arranger tout ce qui pouvait contribuer à la dignité et à l’effet de la représentation où leur charmante bien-aimée devait jouer le principal rôle. Le poète parvint à se procurer une fort bonne copie de la sainte Cécile de Carlo Dolce, qui est comme ou sait à la galerie de Dresde ; et comme il était assez habile en fait de dessin, il exécuta lui-même des modèles de chaque partie des vêtements avec tant de précision, que le tailleur du théâtre de la ville put façonner à merveille en étoffes convenables les draperies du costume. Le musicien, de son côté, faisait le mystérieux, et laissait beaucoup à penser sur certaine surprise de son invention. En voyant ses amis tellement empressés pour lui plaire et rivalisant plus que jamais de compliments et d’attentions envers elle, Cécile prit un intérêt de plus en plus vif à ce rôle qu’elle avait d’abord obstinément refusé, et elle brûlait d’impatience de se voir au jour de la représentation qui arriva enfin.

MOI.

Je suis curieux, Berganza ! quoique je prévoie encore quelque malheur diabolique !

BERGANZA.

Pour le coup, je m’étais bien promis de pénétrer dans le salon, coûte que coûte. Je m’attachai toute la soirée au professeur, et celui-ci, par pure gratitude de ce que j’avais si bien secondé son espièglerie, choisit un moment propice pour m’ouvrir la porte en cachette ; de sorte que je pus me faufiler derrière le monde et me tapir dans un lieu convenable sans être remarqué.

Cette fois, on avait tendu un rideau dans toute la largeur du salon, et le foyer de lumière, disposé près du plafond, au lieu d’éclairer également tous les objets d’alentour, ne projetait ses rayons que d’un seul côté de la pièce. — Lorsqu’on tira le rideau, on vit sainte Cécile dans son costume pittoresque, exactement comme celle du tableau de Carlo Dolce, assise devant de petites orgues antiques, la tête penchée, et regardant les touches du clavier d’un air pensif, comme si elle eût cherché la traduction matérielle des sons qui paraissaient flotter dans le vague autour d’elle. C’était la reproduction vivante du tableau de Carlo Dolce. Soudain retentit un accord lointain, prolongé et qui se perdit à travers l’espace. Cécile leva doucement la tête. On entendit alors, comme partant d’une très-grande distance, un choral de voix de femmes. C’était un ouvrage du musicien. L’harmonie de cette musique, que semblaient chanter dans le ciel les chérubins et les séraphins, simple, et pourtant empreinte d’un caractère vraiment idéal, me rappela vivement maintes compositions sacrées que j’avais entendues deux cents ans plus tôt en Espagne et en Italie, et je me sentis agité comme alors d’un pieux frémissement. Les yeux de Cécile, tournés vers le ciel, rayonnaient d’une extase divine, si bien que le professeur de philosophie tomba à genoux malgré lui en s’écriant, les mains jointes : Sancta Cæcilia, ora pro nobis6. Beaucoup de spectateurs suivirent son exemple avec un véritable enthousiasme, et quand le rideau se referma avec un sourd frôlement, tous restèrent, jusqu’aux jeunes demoiselles, plongés dans une dévotion silencieuse, jusqu’à ce qu’un transport universel et bruyant d’admiration vint soulager les cœurs oppressés.

Le poète et le musicien s’agitaient et grimaçaient comme des fous, et s’embrassaient tous deux en versant d’abondantes larmes. — On avait prié Cécile de garder pour tout le reste de la soirée son costume fantastique ; mais avec un sens exquis, elle s’y était refusée ; et quand elle reparut enfin dans le salon avec sa mise ordinaire et gracieuse, tout le monde se pressa autour d’elle en la comblant des plue vifs éloges, tandis qu’elle, dans sa candeur naïve, ne pouvant concevoir pourquoi on la louait si fort, attribuait l’effet saisissant de cette scène aux habiles dispositions du poète et du musicien. Madame seule était mécontente, car elle sentait bien qu’avec toutes ses poses copiées d’après des dessins ou des tableaux, et mille fois étudiées devant son miroir, elle n’avait jamais pu produire même une ombre passagère de l’impression causée dès la première fois par Cécile. Elle développa très-savamment tout ce qui manquait encore à sa fille pour être une artiste mimique ; sur quoi le professeur de philosophie remarqua malicieusement à demi-voix que Cécile ne gagnerait rien à coup sur comme artiste mimique à ce que sa mère lui cédât ce qu’elle avait de trop en cette qualité. Madame conclut en disant que des occupations spéciales et l’étude de la philosophie naturelle, qui la réclamaient, nécessitaient la suspension momentanée des représentations mimiques. Cette déclaration positive, fruit de sa mauvaise humeur, et puis la mort d’un parent de la famille, changèrent toutes les habitudes de la maison. — Ce vieillard était bien l’un des originaux les plus plaisants que j’aie rencontrés.

MOI.

Comment cela ?

BERGANZA.

Il était homme de condition ; et parce qu’il savait un peu griffonner avec le crayon et racler un peu sur le violon, ses nobles parents lui avaient persuadé dès sa jeunesse qu’il était plein d’aptitude pour les beaux-arts. Il avait fini par le croire, et à force de l’entendre lui-même développer hardiment ses prétentions à ce sujet, le plus grand nombre en était venu à lui reconnaître en matière de goût une certaine omnipotence qu’il avait jugé à propos de s’arroger. Cela n’avait pas pu durer long-temps ; car son impuissance d’esprit ne fut que trop tôt publiquement connue. Néanmoins, il rapportait audacieusement à cette époque signalée par l’apogée de sa renommée imaginaire, la courte période de l’âge d’or de l’art, et il décriait d’une façon passablement grossière tout ce qui s’était fait depuis sans sa coopération, au mépris des rudiments scholastiques qui lui avaient été inculqués en nourrice. Cet homme était aussi médiocre que l’école de sa génération, et ennuyeux dans le commerce de la vie. Mais ses essais artistiques, auxquels il n’avait pu encore renoncer, et qui aboutissaient naturellement fort mal, n’étaient pas moins divertissants que son emportement passionné contre tout ce qui sortait des limites de son petit horison in-douze.

Enfin, cet homme, dont les opinions biscornues et l’influence encore très-grande auraient pu avoir de fâcheux résultats, se trouvait, lorsqu’il mourut, précisément dans le sixième âge.

MOI.

Ah oui : « Le sixième âge nous représente messire Pantalon maigre et étriqué, les lunettes sur le nez, la bourse à la ceinture, avec une culotte soigneusement conservée du temps de sa jeunesse et cent fois trop large pour ses reins décharnés : la voix mâle et creuse changée en une voix d’enfant flûtée et glapissante ! »

BERGANZA.

Tu possèdes à merveille ton Shakespeare ! — Bref, le ridicule vieillard, qui prodiguait une admiration outrée à toutes les parades de ma Dame, était donc mort, et les réunions du cercle furent interrompues pendant un certain temps, jusqu’à l’arrivée du fils d’un ami de la maison qui venait d’obtenir un emploi au sortir de l’université ; alors la maison redevint plus animée.

MOI.

Comment cela arriva-t-il ?


>> SUITE



NOTES DU TRADUCTEUR

4. L’ichneumon est une espèce de rat du Nil que son instinct pousse à rechercher constamment dans le sable les œufs de crocodile pour les casser et peut-être en faire sa pâture. Aussi les anciens Égyptiens l’avaient-il-divinisé par reconnaissance. On trouve son effigie sur plusieurs de leurs monuments.

5. C’est-à-dire : l’hospice des incurables.

6. C’est-à-dire : sainte Cécile, prie pour nous.


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