Les Deux Mulets (Collinet)

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Les Deux Mulets


Deux Mulets cheminaient ; l’un d'avoine chargé ;
L’autre portant l’argent de la Gabelle.
Celui-ci, glorieux d’une charge si belle,
N’eût voulu pour beaucoup en être soulagé.
5Il marchait d’un pas relevé,
Et faisait sonner sa sonnette ;
Quand, l’ennemi se présentant,
Comme il en voulait à l’argent,
Sur le Mulet du fisc une troupe se jette,
10Le saisit au frein et l’arrête.
Le Mulet en se défendant
Se sent percer de coups : il gémit, il soupire.
« Est-ce donc là, dit-il, ce qu'on m’avait promis ?
Ce Mulet qui me suit du danger se retire ;
15Et moi j’y tombe, et je péris.
— Ami, lui dit son camarade,
Il n’est pas toujours bon d’avoir un haut emploi :
Si tu n’avais servi qu’un Meunier, comme moi,
Tu ne serais pas si malade. »




Sources
Phèdre : II, 7.
Variantes
11 : « en » omis (1668).