Les Dieux antiques/L’Hestia grecque ou la Vesta latine

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J. Rothschild, éditeur, 1880 (pp. 70-72).
L’Hestia grecque ou la Vesta latine

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LA HESTIA GRECQUE OU LA VESTA LATINE.





Hestia. — Hestia est l’aîné des enfants de Cronos et de Rhée. Sa fonction : déesse du foyer domestique ou plutôt du feu qui brûle sur le foyer. Tous les hommes étaient, selon la vieille coutume païenne, regardés comme ennemis, à moins que, par un pacte spécial, ils ne fussent devenus amis ; et Hestia (fig, 41) présidait spécialement au commerce loyal et vrai qui s’établissait entre eux. La maison est le centre de toute bonne affection, et la déesse du logis était toujours représentée comme pure et non souillée. Hestia livre peu d’elle-même à la légende : ce fait seul, peut-être, que Poséidon chercha à en faire sa femme et qu’elle refusa. À qui demande comment il se fait qu’on ne dise presque rien de Hestia, je répondrai que cela vient uniquement de ce que son nom était un de ces mots qui n’avaient pas perdu leur signification. Hestia continua jusqu’à la fin d’être ce qu’elle avait été dès le commencement : Fig. 41. — Statue de Hestia ou Vesta.
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l’autel de la maison, le sanctuaire de la paix et de l’équité, et la source de tout bonheur et de toute richesse.

Son influence se fit peut-être sentir plus profondément et accomplit plus de bien que celle de tout autre personnage de l’Olympe ; l’honneur que lui rendait chacun impliquant des devoirs directs et pratiques. Hestia ne pouvait être servie en rien par des hommes qui tenaient mal la parole engagée ou agissaient traîtreusement à l’égard de ceux qu’ils avaient reçus à leur foyer. Le culte de cette déesse devint la source d’un bien presque sans mélange, à la fois dans les intérieurs et pour l’État ; aussi était-elle honorée par les cités aussi bien que dans la vie privée de la maison ! Chaque ville avait son Prytanéion, où les prytanes, qui sont les anciens, tenaient leurs réunions. On ne souffrait pas que le feu sacré, brûlant sur le foyer public, s’y éteignît jamais. Si parfois il venait à s’éteindre, soit par négligence, soit par accident, le devoir était de le restaurer avec du feu obtenu par le frottement de morceaux de bois entre eux, enflammés quelquefois encore au moyen d’un verre ardent : avec du feu ordinaire, jamais. Quand une cité envoyait de ses hommes établir une colonie, on maintenait le pacte qui unissait cette colonie et la mère patrie à la faveur du feu sacré de Hestia, dont le colon emportait au loin une portion, pour la garder vive à jamais sur la terre nouvelle. Aussi longtemps que le feu continuait à brûler, ce groupe sentait qu’un intérêt commun le rattachait aux citoyens du sol antique et natal. Voyons encore jusqu’où s’élargit la fonction de Hestia, qui n’est point limitée aux âtres de la maison et à la cité, ni même aux bornes de la patrie, car on supposait qu’au centre de la terre il existe un foyer répondant lui-même au foyer placé au centre de l’univers total. La déesse y préside.

Vesta. — La Vesta des Latins semble une déité par son nom, de même que par son caractère, identique à la Hestia grecque. Probablement un vestige de l’héritage commun apporté de là par les ancêtres des tribus grecques et latines, patrie où elles avaient vécu autrefois ensemble. Vesta, pour les Romains, représenta toutefois une déesse d’une bien autre importance que Hestia chez les Grecs. Le feu de son autel était gardé par les vierges Vestales, consacrées à ce seul soin ; on sait que si l’une d’elles venait à le laisser éteindre, elle subissait ce supplice horrible d’être enterrée vivante.