Les Femmes et le printemps

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Aux éditions Rieder, 1939 (pp. 126-129).
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LES FEMMES ET LE PRINTEMPS


Il paraîtrait que le Printemps,

Si l’on en croit l’Histoire,

Était jadis des plus constants,

Fatal, obligatoire.


C’était un héros gracieux,

Chanté par nos grands-pères,

Et sous ses pas délicieux

Naissaient les primevères.


Il arrivait, disant : « C’est moi ! »

Peu après le carême.

Et l’on sentait à quelque émoi

Qu’il était bien lui-même.


Les cœurs ainsi que les pavés

Sautaient comme des chèvres…

Et puis, des roses, vous savez,

Jaillissaient de ses lèvres.


Il vous berçait, vous dorlotait ;

Il vous rendait ben aise.

Ah ! le cher Printemps que c’était

Sous le roi Louis Seize !


« Qui n’a — Talleyrand me disait —

Vécu sous ce règne ivre,

Ne peut pas savoir ce que c’est

Que la douceur de vivre. »


Aujourd’hui, voyez mon cochon.

C’est un affreux bonhomme,

Plus sale et puant qu’un torchon,

Tout Printemps qu’il se nomme.


Ce ne sont plus que des crapauds

Qui sortent de sa bouche ;

Sa voix, qui vous faisait, dispos,

Tressaillir sur la couche,


N’est plus bonne à rien qu’à glapir

Le résultat des curses ;

Et, quand vous l’entendez sévir,

Croyez qu’il vous précurse


Des pestes et des choléras,

Des tremblements de terre,

Sans compter et cæteras

D’huissier… d’apothicaire…


Allons, messieurs, puisqu’aussi bien

Ces heures sont infâmes,

Et puisque nous n’y pouvons rien,

Allons donc voir les femmes.


Les temps sont noirs ? Que fait cela ?

Les chères créatures

N’entrent pas dans ces détails-là,

Dans cette climature.


Malgré cette absurde saison,

Malgré les cieux rebelles,

Elles sont, sans comparaison,

Mille et trois fois plus belles.


Elles ont même, en vérité,

— Dis-je une chose énorme ? —

Non seulement plus de beauté,

Mais aussi plus de « forme ».


Il faut qu’à chaque renouveau,

Et quelque temps qu’il tasse,

Cette pure image du Beau

Augmente encore en grâce.


C’est là le miracle profond,

La loi mystérieuse

Qu’il nous faut adorer du fond

De notre âme pieuse…


Maintenant, jeunes entêtés,

Avec vos temps de truies,

Qu’est-ce que vous nous embêtez ?…

Prenez vos parapluies.


Qu’importent nos cieux dégoûtants,

Chères femmes ! nos boues…

Si l’on respire le Printemps

Aux roses de vos joues ?
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