Les Femmes et le printemps
Il paraîtrait que le Printemps,
-
- Si l’on en croit l’Histoire,
- Si l’on en croit l’Histoire,
Était jadis des plus constants,
-
- Fatal, obligatoire.
- Fatal, obligatoire.
C’était un héros gracieux,
-
- Chanté par nos grands-pères,
- Chanté par nos grands-pères,
Et sous ses pas délicieux
-
- Naissaient les primevères.
Il arrivait, disant : « C’est moi ! »
-
- Peu après le carême.
- Peu après le carême.
Et l’on sentait à quelque émoi
-
- Qu’il était bien lui-même.
- Qu’il était bien lui-même.
Les cœurs ainsi que les pavés
-
- Sautaient comme des chèvres…
- Sautaient comme des chèvres…
Et puis, des roses, vous savez,
-
- Jaillissaient de ses lèvres.
- Jaillissaient de ses lèvres.
Il vous berçait, vous dorlotait ;
-
- Il vous rendait ben aise.
- Il vous rendait ben aise.
Ah ! le cher Printemps que c’était
-
- Sous le roi Louis Seize !
- Sous le roi Louis Seize !
« Qui n’a — Talleyrand me disait —
-
- Vécu sous ce règne ivre,
- Vécu sous ce règne ivre,
Ne peut pas savoir ce que c’est
-
- Que la douceur de vivre. »
- Que la douceur de vivre. »
Aujourd’hui, voyez mon cochon.
-
- C’est un affreux bonhomme,
- C’est un affreux bonhomme,
Plus sale et puant qu’un torchon,
-
- Tout Printemps qu’il se nomme.
- Tout Printemps qu’il se nomme.
Ce ne sont plus que des crapauds
-
- Qui sortent de sa bouche ;
- Qui sortent de sa bouche ;
Sa voix, qui vous faisait, dispos,
-
- Tressaillir sur la couche,
N’est plus bonne à rien qu’à glapir
-
- Le résultat des curses ;
- Le résultat des curses ;
Et, quand vous l’entendez sévir,
-
- Croyez qu’il vous précurse
- Croyez qu’il vous précurse
Des pestes et des choléras,
-
- Des tremblements de terre,
- Des tremblements de terre,
Sans compter et cæteras
-
- D’huissier… d’apothicaire…
- D’huissier… d’apothicaire…
Allons, messieurs, puisqu’aussi bien
-
- Ces heures sont infâmes,
- Ces heures sont infâmes,
Et puisque nous n’y pouvons rien,
-
- Allons donc voir les femmes.
- Allons donc voir les femmes.
Les temps sont noirs ? Que fait cela ?
-
- Les chères créatures
- Les chères créatures
N’entrent pas dans ces détails-là,
-
- Dans cette climature.
- Dans cette climature.
Malgré cette absurde saison,
-
- Malgré les cieux rebelles,
- Malgré les cieux rebelles,
Elles sont, sans comparaison,
-
- Mille et trois fois plus belles.
- Mille et trois fois plus belles.
Elles ont même, en vérité,
-
- — Dis-je une chose énorme ? —
- — Dis-je une chose énorme ? —
Non seulement plus de beauté,
-
- Mais aussi plus de « forme ».
Il faut qu’à chaque renouveau,
-
- Et quelque temps qu’il tasse,
- Et quelque temps qu’il tasse,
Cette pure image du Beau
-
- Augmente encore en grâce.
- Augmente encore en grâce.
C’est là le miracle profond,
-
- La loi mystérieuse
- La loi mystérieuse
Qu’il nous faut adorer du fond
-
- De notre âme pieuse…
- De notre âme pieuse…
Maintenant, jeunes entêtés,
-
- Avec vos temps de truies,
- Avec vos temps de truies,
Qu’est-ce que vous nous embêtez ?…
-
- Prenez vos parapluies.
- Prenez vos parapluies.
Qu’importent nos cieux dégoûtants,
-
- Chères femmes ! nos boues…
- Chères femmes ! nos boues…
Si l’on respire le Printemps
-
- Aux roses de vos joues ?