Les Fleurs (« Oh ! de l’air ! des parfums ! »)

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Marceline Desbordes-Valmore Les Pleurs

Les fleurs
Les Fleurs (« Oh ! de l’air ! des parfums ! »)



Il est bi beau de mourir jeune, et de rendre au Dieu qui nous juge une vie encore pleine d'illusions ! — M. H. DE LATOUCHE.


Oh ! de l'air ! des parfums ! des fleurs pour me nourrir !
Il semble que les fleurs alimentent ma vie ;
Mais elles vont mourir.... Ah ! je leur porte envie :
Mourir jeune, au soleil, Dieu ! que c'est bien mourir !

Pour éteindre une fleur il faut moins qu'un orage :
Moi, je sais qu'une larme effeuille le bonheur.
À la fleur qu'on va fuir qu'importé un long courage?
Heureuse, elle succombe à son premier malheur!

Roseaux moins fortunés, les vents, dans leur furie,
Vous outragent longtemps sans briser votre sort ;
Ainsi, roseau qui marche en sa gloire flétrie,
L'homme achète longtemps le bienfait de la mort !

Et moi, je veux des fleurs pour appuyer ma vie ;
A leurs frêles parfums j'ai de quoi me nourrir :
Mais elles vont mourir.... Ah ! je leur porte envie ;
Mourir jeune, au soleil, Dieu ! que c'est bien mourir !