Les Frelons et les Mouches à miel

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[ 63 ]
Chauveau - Fables de La Fontaine - 01-21.png


XXI.

Les Frelons, & les Moûches à miel.


A l’œuvre on connoiſt l’Artiſan.
Quelques rayons de miel ſans maiſtre ſe trouverent.
    Des Frelons les reclamerent.
    Des Abeilles s’oppoſant,
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Devant certaine Gueſpe on traduiſit la cauſe.
Il eſtoit mal-aiſé de décider la choſe.
Les témoins dépoſoient qu’autour de ces rayons
Des animaux aîlez bourdonnans, un peu longs,
De couleur fort tannée ; & tels que les Abeilles,
Avoient long-temps paru. Mais quoy, dans les Frelons
    Ces enſeignes eſtoient pareilles.
La Gueſpe ne ſçachant que dire à ces raiſons,
Fit enqueſte nouvelle ; & pour plus de lumiere
    Entendit une fourmilliere.
    Le point n’en pût eſtre éclaircy.
    De grace, à quoy bon tout cecy ?
    Dit une Abeille fort prudente.
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Depuis tantoſt ſix mois que la cauſe eſt pendante,
    Nous voicy comme aux premiers jours.
    Pendant cela le miel ſe gaſte.
Il eſt temps deſormais que le Juge ſe haſte :
    N’a-t-il point aſſez leché l’Ours ?
Sans tant de contredits, & d’interlocutoires,
    Et de fatras, & de grimoires,
    Travaillons, les Frelons & nous :
On verra qui ſçait faire avec un ſuc ſi doux
    Des cellules ſi bien baſties.
    Le refus des Frelons fit voir
    Que cet art paſſoit leur ſçavoir :
Et la Gueſpe adjugea le miel à leurs parties :
Pluſt à Dieu qu’on reglaſt ainſi tous les procez ;
Que des Turcs en cela l’on ſuiviſt la methode :
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Le ſimple ſens commun nous tiendroit lieu de Code.
    Il ne faudroit point tant de frais.
    Au lieu qu’on nous mange, on nous gruge ;
    On nous mine par des longueurs :
On fait tant à la fin, que l’huiſtre eſt pour le Juge,
    Les écailles pour les plaideurs.