Les Nibelungen/35

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Traduction par Émile de Laveleye.
Librairie internationale, A. Lacroix, Verboekhoven et Cie, 1866 (pp. 302-309).




XXXV. COMMENT IRINC FUT TUÉ


Irinc, le margrave du Tenemark, s’écria : « — J’ai longtemps cherché la gloire et je me suis vaillamment conduit dans maintes batailles entre peuples divers ; qu’on m’apporte mes armes : je veux lutter contre Hagene. »

— « Je ne vous le conseille pas, lui cria Hagene ; faites, au contraire, reculer les guerriers Hiunen ; car si deux ou trois d’entre vous pénètrent dans la salle, je les jetterai à terre du haut des degrés, assez mal portants. »

— « Ce que tu dis ne m’arrêtera pas, dit Irinc peu intimidé ; j’ai tenté des entreprises plus périlleuses : avec mon épée seule je veux te combattre. À quoi te servira la forfanterie qui a éclaté dans tes paroles ? »

Le brave Irinc fut bientôt armé, ainsi que Irnfrit de Düringen, un vaillant jeune homme, et le fort Hâwart, avec mille hommes au moins. Ils étaient prêts à soutenir Irinc dans son entreprise.

Le ménestrel vit approcher une grande troupe, qui s’avançait bien armée avec Irinc. Ils portaient, fortement attachés, maints bons boucliers. Le hardi Volkér en fut animé de colère :

— « Vois-tu, ami Hagene, s’avancer Irinc, qui promit de lutter contre toi avec sa seule épée ? Est-ce qu’il est Page:Laveleye - Les Nibelungen.djvu/308 Page:Laveleye - Les Nibelungen.djvu/309 Page:Laveleye - Les Nibelungen.djvu/310 Page:Laveleye - Les Nibelungen.djvu/311 Page:Laveleye - Les Nibelungen.djvu/312 Page:Laveleye - Les Nibelungen.djvu/313

Le fracas s’apaisa : le silence se fit. De toutes parts le sang des guerriers morts coulait par les ouvertures et par les trous destinés à dégager les eaux. Voilà ce qu’avaient fait les bras puissants des hommes du Rhin.

Ceux du pays burgonde s’assirent pour se reposer. Ils déposèrent leurs armes et leurs boucliers ; mais le hardi ménestrel se tenait toujours debout devant le palais. Il attendait que quelqu’un osât encore venir l’attaquer.

Le roi se lamentait désespéré et ainsi faisait la reine. Vierges et femmes avaient l’âme déchirée. Je crois vrai- ment que la mort était liguée contre eux. Bientôt les étrangers tuèrent encore plus d’un guerrier.