Les Oreilles du Lièvre
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- Un animal cornu blessa de quelques coups
- Le lion, qui, plein de courroux,
- Pour ne plus tomber en la peine,
- Bannit des lieux de son domaine
- Toute bête portant des cornes à son front.
- Chèvres, béliers, taureaux, aussitôt délogèrent ;
- Daims et Cerfs de climat changèrent :
- Chacun à s’en aller fut prompt.
- Un lièvre, apercevant l’ombre de ses oreilles,
- Craignit que quelque inquisiteur
- N’allât interpréter à cornes leur longueur,
- Ne les soutînt en tout à des cornes pareilles.
- Adieu, voisin grillon, dit-il ; je pars d’ici :
- Mes oreilles enfin seroient cornes aussi ;
- Et quand je les aurois plus courtes qu’une autruche
- Je craindrois même encor. Le grillon repartit :
- Cornes cela ! Vous me prenez pour cruche !
- Ce sont oreilles que Dieu fit.
- On les fera passer pour cornes,
- Dit l’animal craintif, et cornes de licornes.
- J’aurais beau protester ; mon dire et mes raisons
- Iront aux Petites-Maisons.
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- Jean de La Fontaine, Fable IV, Livre V.