Rayons perdus (1869)/Les Remembrances
A. de Musset.
Quel glas de désespoir résonne à mon oreille ?
Je souffre ; mon front brûle & mon corps est transi.
N’aura-t-il point pitié de mes trois ans de veille,
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- D’angoisse & de souci ?
- D’angoisse & de souci ?
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Depuis trois ans, je crains le coup qui me menace :
Celui que j’aime tant repousse mon amour,
Et l’âpre sentiment de sa froideur tenace
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- M’accable nuit & jour.
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Le danger, qui depuis trois ans sans cesse plane
Sur ma tête courbée, est aujourd’hui présent :
Je n’ai pas entendu l’arrêt qui me condamne,
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- Mais mon cœur le pressent.
- Mais mon cœur le pressent.
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Le gémissement sourd du vent, l’heure qui sonne,
Le cri de la chouette entendu dans la nuit,
La porte que soudain l’on ouvre… je frissonne,
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- J’ai peur du moindre bruit.
- J’ai peur du moindre bruit.
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Hélas ! étaient-ce donc de fausses apparences
Que tous ces mots si doux, promesses d’avenir,
Sur qui j’avais fondé toutes les espérances
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- Dont il veut me punir ?
- Dont il veut me punir ?
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Non, non, c’est impossible & je ne puis le croire,
Ce qu’il a fait pour moi dément sa cruauté.
J’écoute les récits que me fait ma mémoire
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- Sur ce temps enchanté.
- Sur ce temps enchanté.
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Lorsqu’il m’avait souri, qu’il m’avait regardée,
Quand par hasard sa main avait touché ma main,
Je me sentais de calme & de joie inondée
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- Jusques au lendemain.
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Quoi de plus naturel qu’il fût tout dans ma vie,
Que mon désir prévînt sa visite du soir,
Et que ma seule idée incessamment suivie
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- Fût toujours de le voir ?
- Fût toujours de le voir ?
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Même au loin il savait occuper ma pensée,
Il écrivait souvent, il écrivait si bien !
Son amitié d’ailleurs était tout empressée
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- Et ne négligeait rien.
- Et ne négligeait rien.
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Lorsque, découragée en dépit de son zèle
Et triste, je cédais à l’ennui triomphant,
Laissant là ce long mot si froid : Mademoiselle !
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- Il disait : Pauvre enfant !
- Il disait : Pauvre enfant !
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Il exauçait alors mes moindres fantaisies ;
Mais quand il disait : Non ! quel bonheur d’obéir !
Comme à ses volontés parfois au vol saisies,
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- J’immolais mon plaisir !
- J’immolais mon plaisir !
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Comme je m’inclinais, moi qu’on dit indomptable,
Comme j’étais joyeuse en ma soumission ;
Comme je lui prouvais qu’un orgueil intraitable
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- Cède à la passion !
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Ah ! s’il m’avait aimée ou seulement comprise,
Comme il eût été fier de mon humilité !
À son lucide esprit, quelle étrange méprise
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- Cacha la vérité ?
- Cacha la vérité ?
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Lui, qui me reprochait d’être presque trop franche,
N’ai-je donc pas trahi mon secret mille fois ?
N’a-t-il pas su me voir devenir toute blanche
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- Et demeurer sans voix ?
- Et demeurer sans voix ?
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Le soin que je prenais de ma simple parure,
Quand nous allions au bal, ne lui parlait donc pas ?
Oh ! comment n’a-t-il point entendu le murmure
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- Qui montait sur nos pas ?
- Qui montait sur nos pas ?
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Sa place était toujours à mon côté marquée,
Jamais il ne perdait mon fauteuil du regard ;
Il en usait ainsi jusqu’à l’heure indiquée
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- Par lui, pour mon départ.
- Par lui, pour mon départ.
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Et ceux qui l’avaient vu sous les yeux de ma mère,
De moi se rapprocher un peu plus chaque jour,
Disaient, l’ignorait-il ? disaient, quelle chimère !
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- Disaient : Amour, amour !
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Mais cet instant rapide où j’avais cru comprendre,
Où j’avais cru toucher la fin de mon tourment,
Oh ! cet instant béni qui pourra me le rendre
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- Dans son trouble charmant ?
- Dans son trouble charmant ?
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Il paraissait heureux de ma profonde joie,
Si franchement heureux, que, dans un élan fou,
Je lui jetai, semblable à la tige qui ploie,
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- Mes bras autour du cou.
- Mes bras autour du cou.
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Une larme germa d’abord à sa paupière,
On l’eût dit attendri de ce geste d’enfant,
Car il lui révélait mon âme tout entière,
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- Ce baiser confiant !
- Ce baiser confiant !
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Puis soudain, tressaillant à mon étreinte ardente,
Si pleine de candeur & d’ingénuité,
Il me repoussa presque en disant : Imprudente !
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- Avec sévérité.
- Avec sévérité.
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Oh ! de ce moment-là, je me sentis perdue :
« — Jamais, jamais, me dis-je, il ne me répondra.
« Ma passion par lui ne peut être entendue,
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- « Jamais il n’aimera. »
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Poëtes, qui pleurez, ô pléiade sacrée !
Vous, qui menez le deuil de vos beaux jours flétris,
Vous, qui vous en allez l’âme désespérée,
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- Ô vous, grands cœurs meurtris !
- Ô vous, grands cœurs meurtris !
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Vous tous, qui vous plaignez de votre triste histoire,
Qui prenez à témoin les cieux sourds & jaloux,
Qui trouvez un supplice en ce que la mémoire
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- Vous offre de plus doux,
- Vous offre de plus doux,
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Dites-moi, dites-moi si vos regrets se fondent
Sur des bonheurs pareils à mes bonheurs anciens ?
Si les pleurs douloureux, qui dans vos yeux abondent,
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- Coulent comme les miens ?…
- Coulent comme les miens ?…
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Ce baiser fut le seul, cruelle & pure étreinte !
Car mes jours même étant en danger, je n’osai
En demander un autre, un adieu ! dans la crainte
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- Qu’il me fût refusé.
- Qu’il me fût refusé.
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Cette scène d’ailleurs par lui fut oubliée.
Il resta plus longtemps, il revint plus souvent ;
Mais je sentais en moi l’espérance pliée
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- Comme une fleur au vent.
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Bientôt ma mère & moi, nous rendîmes visite
À son logis d’automne, une vieille maison,
Un rustique chalet que toujours il habite,
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- Dans l’arrière-saison.
- Dans l’arrière-saison.
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Nous trouvâmes au bout d’une courte avenue,
Une barrière ouverte au-devant de nos pas ;
Sa mère nous reçut, & comme bienvenue
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- Me pressa dans ses bras.
- Me pressa dans ses bras.
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Dans le petit jardin quelques tardives roses
Mariaient leur parfum à celui du jasmin.
Ah ! plus encor pour moi, les fleurs d’amour écloses
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- Embaumaient ce chemin !
- Embaumaient ce chemin !
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La maison nous ouvrait sa porte entrebâillée ;
Nous montâmes ensemble à son balcon couvert,
Admirant la campagne à peine dépouillée
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- De son feuillage vert.
- De son feuillage vert.
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À nos pieds s’étendait la riante vallée.
Avec ses peupliers & son marais trompeur ;
La colline voisine apparaissait voilée
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- D’un réseau de vapeur.
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Les grands monts enflammés d’une lumière intense
Prenaient mille couleurs sous le soleil du soir,
Et les sapins, gardiens de l’horizon immense,
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- Frangeaient le ciel de noir.
- Frangeaient le ciel de noir.
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Un hymne universelle d’allégresse divine
S’élevait de la terre & toujours reprenait…
Mais tout à coup mon cœur bondit dans ma poitrine,
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- C’était lui qui venait !
- C’était lui qui venait !
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Sifflant entre ses dents une vieille romance,
Il venait souriant ; sur le gazon jauni
Son pas impatient résonnait en cadence,
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- Il semblait rajeuni.
- Il semblait rajeuni.
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Son costume de chasse ajoutait à sa taille
Quelque chose de fier, de leste en même temps ;
Il balançait gaîment un grand chapeau de paille :
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- Il n’avait que vingt ans !
- Il n’avait que vingt ans !
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Tandis que, de plaisir, je devenais vermeille,
Quand j’aperçus au loin son regard attachant,
Il était coloré d’une teinte pareille
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- Par le soleil couchant.
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Sa chienne le suivait, léchant sa main pendante,
Intelligente bête aux poils longs & soyeux,
Qui, dès qu’elle nous vit, fit, de sa voix stridente,
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- Entendre un cri joyeux.
- Entendre un cri joyeux.
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Il fut plus captivant que de coutume encore.
Répéter ce qu’il dit, il n’importe aujourd’hui,
Sa parole vibrait attrayante & sonore :
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- Il parle si bien, lui !
- Il parle si bien, lui !
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Nous causâmes longtemps sur cette galerie
Avant d’aller errer dans le petit jardin,
Quand il vit à l’écart une rose fleurie
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- Et le cueillit soudain :
- Et le cueillit soudain :
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« — En octobre, dit-il, une rose encor belle !
« La voulez-vous ? tenez, c’est la seule à coup sûr. »
« — Voyez là-bas, lui dis-je, une branche rebelle
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- « S’abrite au pied du mur. »
- « S’abrite au pied du mur. »
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Il courut la couper, une autre dans l’allée,
Comme il me revenait, lui barra le chemin ;
Chaque tige semblait fière d’être appelée
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- À périr par sa main.
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La verveine étendait ses feuilles odorantes ;
Le jasmin s’étoilait de pétales nacrés ;
Le grenadier courbait ses branches murmurantes
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- Aux frais boutons pourprés.
- Aux frais boutons pourprés.
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À la hâte il cueillait les gerbes enlacées
Et me les apportait d’un air joyeux ; nos doigts
S’effleurèrent ainsi sous les feuilles pressées,
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- En tremblant bien des fois.
- En tremblant bien des fois.
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Notre gaîté pourtant résonnait moins rieuse.
Le coup d’œil échangé devenait plus furtif ;
Car la félicité profonde est sérieuse
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- Et le bonheur craintif.
- Et le bonheur craintif.
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Nous étions, moi tremblante & lui presque timide.
« — Oh ! me dis-je, s’il m’aime, il le dira ce soir.
« J’ai vu sous ses longs cils luire une perle humide,
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- « C’est un signe d’espoir ! »
- « C’est un signe d’espoir ! »
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Le jardin dévasté n’avait plus une rose ;
Le soleil avait fui derrière l’horizon ;
Les arbres frémissants racontaient quelque chose
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- À l’herbe du gazon.
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L’heure du départ vint, il souriait de même ;
Mon trouble intérieur n’avait su l’émouvoir.
Avec un son de voix d’une douceur extrême,
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- Il me dit : « À ce soir ! »
- Il me dit : « À ce soir ! »
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Le soir, le lendemain, les jours se succédèrent.
Il me fallut alors le quitter, n’emportant
Qu’un bouquet desséché, dont les débris gardèrent
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- Un parfum persistant.
- Un parfum persistant.
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J’en conserve un rameau, souvenir plein de charme,
Il me rappelle encor ce beau jour d’autrefois ;
Et quand je le regarde, une brûlante larme
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- Ruisselle entre mes doigts.
- Ruisselle entre mes doigts.
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Ses lettres de jadis que j’avais tant aimées,
Dans le petit coffret dont je garde la clé,
Sont près des brins jaunis aujourd’hui renfermées,
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- Là, j’ai tout rassemblé.
- Là, j’ai tout rassemblé.
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Car à ces vieilles fleurs mon histoire ressemble
Avec son innocence & sa naïveté :
L’espoir & le bouquet se sont fanés ensemble ;
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- L’amour seul m’est resté.
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Lorsque j’étais partie, une âpre inquiétude
M’avait mordue au cœur en le laissant ainsi.
Hélas ! ce triste instinct devint la certitude
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- Deux mois après ceci.
- Deux mois après ceci.
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Je le revis enfin, mais ce fut pour apprendre
Qu’il ne pouvait m’aimer (qui me dira pourquoi ?),
Et que ce doux aveu, que j’avais cru surprendre,
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- N’était pas fait pour moi.
- N’était pas fait pour moi.
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Depuis ce jour j’attends, je tremble de tout craindre.
L’épouvante me prend comme prend un remord ;
Mais je n’ai pas cessé de l’aimer sans me plaindre,
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- Même devant la mort.
- Même devant la mort.
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Avec enthousiasme, avec mélancolie,
Depuis ce jour je vois que j’aime sans retour…
Oh ! ne me dites pas que c’est une folie ;
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- Mon Dieu ! non, c’est l’amour !
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Novembre 18…