Les voici

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Œuvres de Sully Prudhomme
Alphonse Lemerre, éditeur, s.d. (Poésies 1865-1866 : Stances & Poèmes, pp. 106-107).
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Son heureux fiancé l’attend ; moi je me cache.
Elle vient ; je l’épie, en murmurant tout bas
Ce reproche, le seul que son oubli m’arrache :
            — Vous ne m’aimiez donc pas ?

Les voici tous les deux : ils vont l’un près de l’autre,
Ils se froissent les doigts en cueillant des lilas.
— Vous oubliez le jour où ma main prit la vôtre ;
            Vous ne m’aimiez donc pas ?

Heureuse elle rougit, et le jeune homme tremble,
Et la douceur du rêve a ralenti leur pas.
— Vous oubliez le jour où nous errions ensemble ;
            Vous ne m’aimiez donc pas ?

Il s’est penché sur elle en murmurant : « Je t’aime !
Sur mon bras laisse aller, laisse peser ton bras. »
— Vous oubliez le jour où j’ai parlé de même ;
            Vous ne m’aimiez donc pas ?

Oh ! comme elle a levé cet œil bleu que j’adore !
Elle m’a vu dans l’ombre et me sourit, hélas !
— Que vous ai-je donc fait pour me sourire encore
            Quand vous ne m’aimez pas ?

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