(reconstruit avec les débris d’une vieille chanson normande.)
Sous le chèvrefeuil,
Je vidais bouteille.
Trois amis en deuil
M’ont dit à l’oreille :
― Eh ! bon ! bon ! bon ! ― qu’on nous verse encor !
Le vin, c’est du sang ! ― le cidre, de l’or !
« prends bien garde à toi,
On te fauche l’herbe. »
― « Je n’ai pas d’effroi,
J’ai rentré ma gerbe ! »
― Eh ! bon ! bon ! bon ! ― qu’on nous verse encor !
Le vin, c’est du sang ! ― le cidre, de l’or !
Il prend son cheval,
Sa bride et sa selle,
Et court, par le val,
Au seuil de sa belle.
― Eh ! bon ! bon ! bon ! ― qu’on nous verse encor !
Le vin, c’est du sang ! ― le cidre, de l’or !
Y trouve un garçon,
Qui faisait ripaille,
Lequel eut frisson,
De peur de bataille.
― Eh ! bon ! bon ! bon ! ― qu’on nous verse encor !
Le vin, c’est du sang ! ― le cidre, de l’or !
― « Reste désormais
Près de cette femme ;
Tu n’auras jamais
L’orgueil de mon âme ! »
― Eh ! bon ! bon ! bon ! ― qu’on nous verse encor !
Le vin, c’est du sang ! ― le cidre, de l’or !
― « Au fond de son cœur,
J’ai cueilli naguère
Une belle fleur
Qu’on ne trouve guère.
― Eh ! bon ! bon ! bon ! ― qu’on nous verse encor !
Le vin, c’est du sang ! ― le cidre, de l’or !
« J’ai couché trois ans,
La nuit avec elle,
Dans de beaux draps blancs,
Garnis de dentelle.
― Eh ! bon ! bon ! bon ! ― qu’on nous verse encor !
Le vin, c’est du sang ! ― le cidre, de l’or !
« Reste et sois joyeux ! »
― J’ai trois enfants d’elle
L’un est à Bayeux,
L’autre à la Rochelle !
― Eh ! bon ! bon ! bon ! ― qu’on nous verse encor !
Le vin, c’est du sang ! ― le cidre, de l’or !
« Le troisième, ici,
Dessous les charmilles !
Fait tout son souci
De courir les filles !...
― Eh ! bon ! bon ! bon ! ― qu’on nous verse encor !
Le vin, c’est du sang ! ― le cidre, de l’or !
« ― Reste, beau vainqueur !
― Moi qui suis leur père,
J’ai noyé mon cœur
Au fond d’un grand verre ! »
― Eh ! bon ! bon ! bon ! ― qu’on nous verse encor !
Le vin, c’est du sang ! ― le cidre, de l’or !