Médée (Euripide)

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Médée
traduction Henri Berguin.


PERSONNAGES
Médée
La nourrice
Le gouverneur
Jason
Créon
Le Chœur
La Coryphée
Un Messager
Des enfants
Français Grec

LA NOURRICE

Plût aux dieux que le navire Argo n’eût pas volé par-delà les Symplégades bleu sombre vers la terre de Colchide, que dans les vallons du Pélion le pin ne fût jamais tombé sous la hache et n’eût armé de rames les mains des héros valeureux qui allèrent chercher pour Pélias la Toison toute d’or ! Ma maîtresse Médée n’eût pas fait voile vers les tours du pays d’Iôlcos, le cœur blessé d’amour pour Jason. Elle n’eût pas persuadé aux filles de Pélias d’assassiner leur père et n’habiterait pas ici en cette terre de Corinthe avec son mari et ses enfants. Elle plaisait d’abord aux citoyens du pays où elle s’était réfugiée et elle vivait dans une entente parfaite avec Jason ; or c’est bien là que se trouve la meilleure des sauvegardes, quand la femme n’est jamais en désaccord avec son mari. Maintenant tout lui est hostile ; elle est atteinte dans ses affections les plus chères : Jason trahit ses enfants et ma maîtresse et entre dans une couche royale ; il épouse la fille de Créon, qui règne sur le pays. Médée, l’infortunée ! outragée, à grands cris atteste les serments, en appelle à l’union des mains, le plus fort des gages ; elle prend les dieux à témoin de la reconnaissance qu’elle reçoit de Jason. Affaissée, sans nourriture, elle abandonne son corps à ses douleurs ; elle consume ses jours entiers dans les larmes depuis qu’elle connaît la perfidie de son mari ; elle ne lève plus les yeux ni ne détache du sol son regard ; elle semble un roc ou le flot de la mer quand elle écoute les consolations de ses amis. Parfois cependant elle détourne son cou éclatant de blancheur, et, en elle-même, elle pleure son père aimé, sa patrie, son palais, qu’elle a trahis et quittés pour suivre l’homme qui la tient aujourd’hui en mépris. Elle sait, la malheureuse, par son propre malheur, ce qu’on gagne à ne pas quitter le sol natal. Elle abhorre ses fils ; leur vue ne la réjouit plus. Je crains qu’elle ne médite quelque coup inattendu : c’est une âme violente ; elle ne supportera pas l’outrage ; je la connais et j’ai peur qu’elle n’entre sans rien dire dans l’appartement où est dressé son lit et ne se plonge un poignard aiguisé à travers le foie, ou encore qu’elle ne tue la princesse et son mari et qu’ensuite elle ne s’attire ainsi une plus grande infortune. Elle est terrible ! Non certes, il ne sera pas facile, à qui aura encouru sa haine, de remporter la couronne de victoire. — Mais voici les enfants qui reviennent de s’exercer à la course ; ils ne pensent pas aux malheurs de leur mère : une âme jeune n’a point coutume de souffrir. (Entrent les deux fils de Médée, suivis de leur gouverneur.)

LE GOUVERNEUR

Toi qui depuis longtemps appartiens à la maison de ma maîtresse, pourquoi près des portes, ainsi solitaire, es-tu là debout à te raconter à toi-même tes chagrins ? Comment Médée consent-elle à rester seule, sans toi ?

LA NOURRICE

Vieillard, compagnon des enfants de Jason, pour les bons esclaves, c’est un malheur que les revers de leurs maîtres et ils en sont touchés eux aussi dans leur cœur. Pour moi, j’en suis arrivée à un tel excès de chagrin que l’envie m’a prise de venir ici raconter à la Terre et au Ciel les infortunes de ma maîtresse.

LE GOUVERNEUR

C’est donc qu’elle ne cesse point de gémir, la malheureuse.

LA NOURRICE

Enviable naïveté ! C’est le début de sa douleur ; elle n’en est même pas encore à la moitié.

LE GOUVERNEUR

L’insensée ! — s’il faut parler ainsi de ses maîtres — elle ne sait rien encore de ses nouveaux malheurs.

LA NOURRICE

Qu’y a-t-il, vieillard ? Vite, explique-toi.

LE GOUVERNEUR

Rien. Je me repens de ce que je viens de dire.

LA NOURRICE (suppliante)

Non, par ce menton m, ne cache rien à ta compagne d’esclavage ! Je garderai, s’il le faut, le silence sur tout cela.

LE GOUVERNEUR

J’ai entendu dire — sans avoir l’air d’écouter — en approchant des joueurs de dés, là où s’assoient les vieillards, près de la fontaine sacrée de Pirène, que ces enfants allaient être chassés du royaume de Corinthe, avec leur mère, par le maître de ce pays, Créon. Ce bruit est-il fondé ? Je l’ignore : je voudrais qu’il n’en fût rien.

LA NOURRICE

Et Jason laissera traiter ainsi ses fils, malgré son désaccord avec leur mère ?

LE GOUVERNEUR

Les anciennes alliances le cèdent aux nouvelles et Créon n’est pas un ami pour notre maison.

LA NOURRICE

Alors, c’en est fait de nous si nous ajoutons un malheur nouveau à l’ancien avant d’avoir épuisé le premier.

LE GOUVERNEUR

Quant à toi — car il n’est pas temps encore que ma maîtresse le sache — tiens-toi tranquille, et tais-toi.

LA NOURRICE

O mes enfants, vous entendez ce qu’est votre père pour vous ? Qu’il meure, non, car il est mon maître ; pourtant sa méchanceté à l’égard de ceux qui l’aiment est bien prouvée.

LE GOUVERNEUR

Qui des mortels ne fait de même ? Reconnais-tu d’aujourd’hui seulement que tout homme, < tantôt à bon droit, tantôt par intérêt, > s’aime plus que son prochain, à voir l’amour détruire chez lui toute tendresse pour ses enfants ?

LA NOURRICE

Allons ! — car tout ira bien, — rentrez dans le palais, mes enfants. Et toi, tiens-les le plus possible à l’écart et ne les approche pas d’une mère irritée. Déjà je l’ai vue fixer sur eux un regard furieux, comme prête à un forfait : elle n’apaisera pas sa colère, j’en suis sûre, avant de s’être déchaînée sur quelqu’un. Que ses ennemis du moins, non ses amis, soient ses victimes !

MÉDÉE (de l’intérieur du palais)

Hélas ! Infortunée que je suis ! Malheureuse ! quelles souffrances ! Hélas ! Malheur, malheur à moi ! Que ne puis-je mourir !

LA NOURRICE

Je le disais bien, chers enfants. Votre mère excite sa colère, elle excite sa rage. Plus vite ! Hâtez-vous ! Dans le palais ! N’approchez pas de sa vue, ne l’abordez pas, gardez-vous de son caractère sauvage, du naturel terrible de cette âme orgueilleuse. Allons ! rentrez maintenant au plus vite. (Les enfants et le gouverneur rentrent dans le palais.) Il est clair que la nuée de sa colère commence à s’élever pour bientôt éclater en un torrent de fureur. Que ne va pas faire une âme aux passions effrénées, difficile à apaiser, mordue par le malheur ?

MÉDÉE (dans le palais)

Hélas ! je souffre, infortunée ! je souffre des maux qui méritent quelles lamentations ! O fils maudits d’une odieuse mère, puissiez-vous périr avec votre père et toute la maison aller à sa perte !

LA NOURRICE

Ah ! malheur, malheur à moi ! Infortunée que je suis ! Quelle part ont donc tes fils à la faute de leur père ? Pourquoi les hais-tu, eux ? Hélas ! mes enfants, qu’allez-vous souffrir ! Quelle angoisse est la mienne ! Terribles sont les passions des rois ; obéissant peu, commandant toujours, il leur est difficile de déposer leurs colères. Être habitué à vivre dans l’égalité vaut mieux. Moi, du moins, puissé-je vieillir dans la sécurité, loin des grandeurs ! La médiocrité ! c’est le mot le plus beau à prononcer, sans conteste ; c’est aussi le bien de beaucoup le plus précieux pour les hommes. L’excès de biens ne vaut jamais rien de profitable aux mortels : de plus grandes calamités, quand le Destin s’irrite contre une maison, voilà ce qu’il lui attire. (Entre le chœur, formé de quinze femmes de Corinthe.)

LE CHOEUR

J’ai entendu la voix, j’ai entendu le cri de l’infortunée Colchidienne ! elle ne s’est pas encore adoucie. Allons ! vieille, parle. Car à travers la double porte j’ai entendu dans le palais un gémissement. je ne suis pas sans compatir, ô femme, aux maux d’une maison qui m’est devenue chère.

LA NOURRICE

La maison n’est plus ; c’en est fait d’elle désormais. Car l’un est asservi à la couche d’une princesse, et l’autre, ma maîtresse, consume ses jours dans la chambre nuptiale : de ses amis aucun jamais ne réchauffe son âme au feu de ses consolations.

MÉDÉE (dans le palais)

Hélas ! Que sur ma tête s’abatte le feu du ciel ! Quel intérêt ai-je encore à vivre ? Ah ! ah ! que la Mort plutôt me précipite et me délivre d’une existence odieuse !

LE CHOEUR

Strophe — As-tu entendu — ô Zeus, ô Terre, ô Lumière — la clameur que chante la malheureuse épouse ? Quel est cet amour de la couche d’horrible accès, ô insensée ? Il se hâtera assez, le terme de la mort ; ne fais pas cette prière. Si ton mari honore une nouvelle couche, contre lui n’aiguise pas ta colère. Zeus t’aidera à défendre ton droit. Ne te consume pas à trop pleurer celui qui partageait ta couche.

MÉDÉE (dans le palais)

O grand Zeus et toi Thémis vénérable, voyez-vous mes souffrances ? Les Grands Serments m’avaient attaché cet époux maudit : puissé-je les voir un jour, lui et son épousée, mis en pièces avec leur palais, puisque, les premiers, ils osent m’outrager ! O mon père, ô ma patrie, que j’ai honteusement abandonnés après avoir tué mon propre frère !

LA NOURRICE

Entendez-vous ce qu’elle dit, ce qu’elle crie à Thémis l’Invoquée et à Zeus que les mortels regardent comme le dépositaire des Serments. Il est impossible qu’une vaine satisfaction quelconque apaise le courroux de ma maîtresse.

LE CHOEUR

Antistrophe. — Comment l’amener à ma vue et lui faire agréer la voix de mes conseils ? Ah ! si elle renonçait à la colère qui écrase son cœur et à l’obstination de son âme ! Que mon zèle du moins ne fasse pas défaut à ceux que j’aime ! Va donc, fais-la venir de la maison ici. Dis-lui qu’elle a en nous des amis. Hâte-toi avant qu’elle ait fait du mal à ceux du palais : voici que sa douleur grandit, se déchaîne.

LA NOURRICE

Je le ferai. Mais j’ai peur de ne pas convaincre ma maîtresse. Je me donnerai cependant cette peine, pour te plaire. Pourtant elle a le regard d’une lionne qui vient de mettre bas et, comme un taureau elle le lance sur ses servantes quand l’une d’elles s’approche pour lui adresser la parole. En disant sots et dépourvus complètement de sagesse les hommes qui nous ont précédés, on ne se tromperait pas : des hymnes pour les fêtes, pour les festins bruyants et dans les banquets, voilà ce qu’ils ont inventé : des accents pour charmer la vie. Mais les chagrins odieux des mortels, personne n’a inventé l’art de les dissiper par la musique et les mille voix du chant, et pourtant c’est eux qui causent les morts et les terribles infortunes qui renversent les maisons. Et cependant voilà ce que les mortels auraient profit à guérir par des chants. Dans les festins plantureux à quoi bon enfler la voix inutilement ? N’y a-t-il pas alors la satiété du festin, et ne suffit-elle pas pour charmer les mortels ?

LE CHŒUR

Epode. — j’ai ouï la longue clameur plaintive de ses sanglots ; elle pousse des cris perçants, lamentables, contre le traître au lit conjugal, le mauvais époux ; elle invoque, à cause de l’injure reçue, la déesse, la fille de Zeus, la gardienne des Serments, Thémis, qui l’a conduite en Grèce de l’autre côté du détroit, à travers les flots nocturnes jusqu’à la passe amère, clef qui ouvre la pleine mer infranchissable.

(Médée entre en scène, défaite.)

MÉDÉE

Femmes de Corinthe, je suis sortie de la maison pour ne pas encourir vos reproches. Car, je le sais, beaucoup de mortels ont montré une telle fierté — les uns que j’ai vus de mes yeux, les autres parmi les étrangers — que leur insouciance à se produire leur a valu un fâcheux renom de négligence. La Justice ne réside pas dans les yeux des mortels quand, avant d’avoir sondé à fond le cœur d’un homme, ils le haïssent, à une première vue et sans en avoir reçu aucune offense. Il faut que l’étranger aille au-devant de la cité qu’il habite et je n’approuve pas non plus en général le citoyen qui, par orgueil, se rend odieux à ses compatriotes faute d’être connu. Mais un malheur s’est abattu sur moi à l’improviste et m’a brisé l’âme. C’en est fait de mai ; j’ai perdu la joie de vivre et je désire mourir, mes amies. Celui en qui j’avais mis tout mon bonheur, — je ne le sais que trop, — mon époux, est devenu le pire des hommes. De tout ce qui a la vie et la pensée, nous sommes, nous autres femmes, la créature la plus misérable. D’abord il nous faut, en jetant plus d’argent qu’il n’en mérite, ache-ter un mari et donner un maître à notre corps, ce dernier mal pire encore que l’autre. Puis se pose la grande question : le choix a-t-il été bon ou mauvais ? Car il y a toujours scandale à divorcer, pour les femmes, et elles ne peuvent répudier un mari. Quand on entre dans des habitudes et des lois nouvelles, il faut être un devin pour tirer, sans l’avoir appris dans sa famille, le meilleur parti possible de l’homme dont on partagera le lit. Si après de longues épreuves nous y arrivons et qu’un mari vive avec nous sans porter le joug à contrecœur, notre sort est digne d’envie. Sinon, il faut mourir. Quand la vie domestique pèse à un mari, il va au-dehors guérir son cœur de son dégoût et se tourne vers un ami ou un camarade de son âge. Mais nous, il faut que nous n’ayons d’yeux que pour un seul être. Ils disent de nous que nous vivons une vie sans danger à la maison tandis qu’ils combattent avec la lance. Piètre raisonnement ! Je préférerais lutter trois fois sous un bouclier que d’accoucher une seule. Mais je me tais, car le même langage ne vaut pas pour toi et pour moi : toi, tu as ici une patrie, une demeure paternelle, les jouissances de la vie et la société d’amis. Moi, je suis seule, sans patrie, outragée par un homme qui m’a, comme un butin, arrachée à une terre barbare, sans mère, sans frère, sans parent près de qui trouver un mouillage à l’abri de l’infortune. Voici tout ce que je te demande : si je trouve un moyen, une ruse pour faire payer la rançon de mes maux à mon mari, < à l’homme qui lui a donné sa fille et à celle qu’il a épousée >, tais-toi. Une femme d’ordinaire est pleine de crainte, lâche au combat et à la vue du fer ; mais quand on attente aux droits de sa couche, il n’y a pas d’âme plus altérée de sang.

LA CORYPHÉE

Je le ferai. Tu es dans ton droit en punissant ton mari, Médée. Que tu déplores tes infortunes, je ne m’en étonne pas. — Mais je vois Créon, le roi du pays, qui vient t’annoncer de nouvelles décisions. (Entre Créon, sceptre à la main. Il est suivi de gardes.)

CRÉON

C’est à toi, œil sombre, qui t’irrites contre ton mari, Médée, que je parle. Quitte ce pays pour l’exil, emmène avec toi tes deux enfants, et sans tarder ! C’est moi-même qui ferai exécuter cet ordre et je ne retournerai pas au palais avant de t’avoir jetée hors des frontières de ce pays.

MÉDÉE

Hélas ! je suis anéantie ! Malheureuse ! je suis perdue ! Car voici que mes ennemis mettent toutes voiles dehors et il n’est plus pour moi de port où m’abriter sûrement de la malédiction. Je te poserai pourtant une question, Créon, malgré mon malheur : pour quel motif me chasses-tu du pays, Créon ?

CRÉON

J’ai peur de toi, — à quoi bon m’en cacher ? — j’ai peur que tu ne fasses à ma fille quelque mal sans remède. Beaucoup de raisons à la fois contribuent à ma crainte : tu es habile, savante en maints maléfices, et tu souffres d’avoir perdu le lit conjugal. J’entends dire — on me le rapporte — que tu menaces de te venger sur son beau-père, sur l’époux et sur l’épousée. Aussi, avant d’avoir eu à souffrir, je prendrai mes précautions. Mieux vaut pour moi aujourd’hui ta haine, femme, que la faiblesse à ton égard, et, plus tard, les longs gémissements.

MÉDÉE

Hélas ! hélas ! ce n’est pas la première fois aujourd’hui, mais bien souvent, Créon, que ma réputation m’a nui et m’a causé de grands malheurs. On ne doit jamais, quand on est sensé naturellement, donner à ses enfants une instruction trop développée ; car outre le reproche d’oisiveté qu’on leur fait, ils s’attirent encore l’envie et la malveillance de leurs concitoyens. Apportez aux ignorants d’ingénieuses nouveautés, vous passerez pour un inutile et non pour un savant. Des hommes passent pour avoir des connaissances variées : qu’on vous juge supérieur à eux, et vous paraîtrez dangereux à la ville. Moi aussi, je partage ce sort : ma science me rend odieuse aux uns ; d’autres me trouvent indolente ; d’autres le contraire ; pour d’autres je suis un scandale. Je ne suis pourtant pas si savante. — Ainsi donc, tu me crains, toi ; tu as peur d’un attentat. Ne tremble pas devant nous, Créon : je ne suis pas en état de pécher contre des princes. Après tout, quel tort m’as-tu fait, toi ? Tu as marié ta fille à celui qu’agréait ton cœur. C’est mon mari que je hais. Toi, je trouve que tu as agi en sage. Maintenant, je ne suis pas jalouse de ton bonheur. Mariez-vous, soyez heureux ; mais laissez-moi habiter ce pays. Malgré l’injustice qui m’est faite, je me tairai, vaincue par de plus forts que moi.

CRÉON

Tes paroles sont douces à entendre. Mais au fond de ton cœur — et j’en frémis — tu médites un malheur ; c’est pourquoi je me fie à toi moins encore qu’auparavant. Car d’une femme prompte à s’irriter — j’en dis autant d’un homme — on se met plus facilement en garde que de celle qui se tait par habileté. Pars donc au plus vite. Assez de paroles ! Ma décision est irrévocable. Tu ne connais pas de ruse qui te fasse rester auprès de nous, puisque tu es mon ennemie.

MÉDÉE (se jetant à ses genoux)

Non, par tes genoux ! par la jeune épousée !

CRÉON

Paroles perdues ! Tu ne saurais me fléchir.

MÉDÉE

Tu me chasseras ? Tu n’auras aucun égard à mes prières ?

CRÉON

C’est que tu ne m’es pas plus chère que ma maison.

MÉDÉE

O ma patrie ! Combien en ce jour je me souviens de toi !

CRÉON

Après mes enfants, pour moi aussi c’est le bien de beaucoup le plus cher.

MÉDÉE

Hélas ! hélas ! pour les mortels, quel mal terrible que les amours !

CRÉON

Cela dépend, je crois, des circonstances.

MÉDÉE

Zeus, qu’il ne t’échappe pas, l’auteur de mes maux !

CRÉON

Va-t’en, insensée, et délivre-moi de mes ennuis.

MÉDÉE

Les ennuis sont pour moi, et je n’en manque pas.

CRÉON

Bientôt la main de mes serviteurs va t’expulser de force.

MÉDÉE

Ah ! non, pas cela. — Je t’en supplie, Créon…

CRÉON

Tu veux me créer des embarras, je le vois bien, femme.

MÉDÉE

Nous nous exilerons. Ce n’est pas cela que je te supplie de m’accorder.

CRÉON

Pourquoi résistes-tu et ne sors-tu pas de ce pays ?

MÉDÉE

Un seul jour ! Laisse-moi rester aujourd’hui seulement, pour achever de prendre un parti sur le lieu de notre exil et trouver des ressources pour mes enfants, puisque leur père n’a pas envisagé le moyen de leur en procurer. Pitié pour eux ! Toi aussi, tu as des enfants, tu es père : il est naturel que tu sois bienveillant. Car ce n’est pas de moi que je m’inquiète, ni de mon exil, mais je pleure sur eux et sur leur infortune.

CRÉON

Ma volonté, certes, n’est pas celle d’un tyran, et la pitié souvent m’a été funeste. Je vois bien qu’aujourd’hui encore, femme, je fais une faute : tu obtiendras pourtant cette faveur. Mais je t’en préviens, si demain le flambeau du dieu te revoit, toi et tes fils, à l’intérieur de ces frontières, tu mourras. J’ai dit ; et je n’aurai pas menti. < Et maintenant, s’il faut que tu restes, demeure, mais un jour, un seul ; car tu ne pourras accomplir aucun de ces forfaits dont j’ai peur. >

LA CORYPHÉE

Malheureuse femme ! Hélas ! hélas ! infortunée ! quelles douleurs sont les tiennes ! Où donc te tourner ? Quelle demeure, quelle terre hospitalière trouveras-tu, qui te sauve du malheur ? Dans quelle tempête, ô Médée, dans quels maux sans issue un dieu t’a-t-il jetée ?

MÉDÉE

Les malheurs m’assaillent de tous côtés. Qui le niera ? Mais les choses ne se passeront pas ainsi ; ne le croyez pas encore. Il reste des luttes à soutenir pour les nouveaux époux, et pour les beaux-parents de terribles épreuves. Crois-tu donc que moi je l’eusse jamais flatté sinon pour un profit ou pour machiner une ruse. Je ne lui aurais même pas adressé la parole ; je ne l’aurais pas touché de mes mains. Mais il en est arrivé à un degré de sottise tel que, pouvant ruiner mes projets en me chassant du pays, il m’a accordé de rester ce jour encore. Aujourd’hui, je ferai des cadavres de trois de mes ennemis, du père, de la fille et de mon époux. Bien des moyens de leur donner la mort s’offrent à moi. Je ne sais, mes amies, lequel essayer de préférence. Mettrai-je le feu à la demeure nuptiale ? Leur enfoncerai-je un poignard aiguisé à travers le foie, en me glissant secrètement dans le palais où est dressée la couche ? Mais une chose m’arrête : si on me surprend à pénétrer dans la maison et à machiner une vengeance, je mourrai et ma mort sera la risée de mes ennemis. Mieux vaut la voie directe, celle qui convient le mieux à mon habileté naturelle : usons des poisons. Soit. Les voilà morts. Quelle cité, alors, me recevra ? Quel hôte m’offrira une terre d’asile et la garantie de sa demeure, pour défendre ma personne ? Il n’en est pas. Donc restons ici quelque temps encore et, si un rempart sûr se montre à moi, avec ruse et en silence je passerai au crime. Mais si la fatalité me poursuit et m’interdit la ruse, je saisirai moi-même un glaive et, dussé-je y périr, avec audace j’aurai recours à la violence. Non, jamais, par la maîtresse que j’honore entre toutes les divinités et que j’ai choisie pour auxiliaire, Hécate, qui réside au plus profond de mon foyer, nul n’aura la joie de me déchirer le cœur. Je les leur rendrai amères et funestes, ces noces, amers cette alliance et mon exil loin de ce pays. Allons ! n’épargne pas ta science, Médée, pour dresser tes plans et ourdir tes ruses. Va jusqu’à l’horrible. C’est maintenant l’épreuve de ton courage. Tu vois ce que tu endures. Il ne faut pas que tu sois condamnée à la risée par l’hymen de la fille de Sisyphe avec Jason, toi la fille d’un noble père, issue du Soleil. Tu as la science. En outre la nature nous a faites, nous autres femmes, absolument incapables de faire le bien, mais pour le mal les plus habiles des ouvrières.

LE CHŒUR

Strophe I. — Les fleuves sacrés remontent à leur source ; la justice, tout est renversé. Aux hommes maintenant les perfides desseins ; la foi jurée aux dieux n’est plus stable. Notre conduite aura bon renom par un retour de l’opinion ; le jour vient où le sexe féminin sera honoré ; une renommée injurieuse ne pèsera plus sur les femmes.

Antistrophe I. — Et les Muses abandonnant leurs vieux thèmes cesseront de chanter notre manque de foi. Car ce n’est pas notre esprit qu’il a doté du chant inspiré de la lyre, Phoibos, le roi de la poésie. Sinon, en réponse, j’aurais crié un hymne de revanche contre la race des mâles. Or la longue suite des temps a beaucoup à dire, sinon sur notre compte, du moins sur celui des hommes.

Strophe II. — Pour toi, loin des demeures paternelles tu as vogué, le cœur en délire, et franchi les rochers jumeaux qui bornent le Pont-Euxin. Tu habites une terre étrangère, sans époux, frustrée de ta couche, malheureuse ! bannie, chassée honteusement du pays.

Antistrophe II. — C’en est fait de la sainteté des serments ; la Pudeur n’a plus de demeure dans la grande Hellade : elle s’est envolée au ciel. Et toi, tu n’as plus de maison paternelle, infortunée ! où trouver un mouillage en cette tempête de malheurs. Plus puissante que ta couche, une autre reine domine dans ta maison.(Entre Jason.)

JASON

Ce n’est pas la première fois aujourd’hui, mais bien souvent que j’ai constaté quel mal sans remède est une âpre colère. Tu pouvais habiter ce pays et cette demeure en supportant avec patience les volontés de plus puissants, et pour de vaines paroles tu te fais chasser de ce pays. A moi, peu m’importe : répète sans te lasser que Jason est le pire des hommes ; mais après ce que tu as dit contre les princes, c’est tout bénéfice pour toi, crois-moi, de n’être punie que de l’exil. Pour ma part, j’ai toujours essayé de détourner le courroux du roi irrité. Je voulais te faire rester. Mais toi tu ne mets pas de frein à ta folie, tu ne cesses pas d’insulter les princes : aussi tu seras chassée du pays. Pourtant, malgré tes outrages, je n’ai pas renié des êtres chers, et si je suis venu, femme, c’est que je me préoccupe de tes intérêts, que je ne veux pas que tu sois chassée sans ressources avec les enfants, ni que tu manques de rien : l’exil entraîne tant de maux avec lui ! Bien que tu me haïsses, je ne saurais jamais te vouloir du mal.

MÉDÉE

Monstre de scélératesse ! — car je ne trouve pas sur ma langue injure plus forte pour flétrir ta lâcheté, — tu es venu devant nous, tu es donc venu, le pire ennemi des dieux, de moi-même, de toute la race des hommes ? Ah non ! ce n’est pas là du courage, ni de la hardiesse, quand on a mal agi envers des êtres chers, que de les regarder en face, mais c’est le plus grand des vices qui soient au monde, de l’impudence. Au reste tu as bien fait de venir : à te dire des injures je soulagerai mon cœur, et, toi, tu souffriras à m’écouter. Mais c’est par le commencement que je commencerai. Je t’ai sauvé, comme le savent tous ceux des Grecs qui se sont embarqués avec toi sur le navire Argo. On t’avait envoyé pour soumettre au joug les taureaux au souffle de feu et ensemencer les sillons de la mort. Or le dragon qui enveloppait la Toison d’or de ses mille replis tortueux et la gardait sans jamais dormir, je l’ai tué et j’ai levé pour toi le flambeau du salut. Moi-même j’ai trahi mon père et ma maison et je suis venue à la ville du Pélion, à Iôlcos, avec toi, plus empressée que sage. J’ai fait périr Pélias de la mort la plus cruelle, de la main de ses propres filles, et t’ai enlevé toute crainte. Voilà les services que je t’ai rendus, ô le plus scélérat des hommes. Et tu m’as trahie, tu as pris possession d’un nouveau lit, toi qui avais des fils ! Si encore tu n’avais pas d’enfants, tu serais pardonnable de t’enamourer de cette couche. Mais où est-elle la foi de tes serments ? Saurai-je jamais ta pensée ? Crois-tu que les dieux d’alors ne règnent plus, ou qu’ils ont établi maintenant de nouvelles lois pour les hommes, puisque tu as conscience de ton parjure envers moi ? (Amère.) Ah ! main droite que tu prenais si souvent ! Ah ! mes genoux ! N’est-ce pas en vain que vous avez été embrassés par ce perfide ? Que d’espérances trompées ! Allons ! comme un ami je vais te consulter. — Quel service, d’ailleurs, attendre de toi ? N’importe : mes questions feront mieux paraître ton infamie. — Où main-tenant me tourner ? Vers le palais de mon père, que j’ai trahi, ainsi que ma patrie, pour te suivre ? Vers les malheureuses filles de Pélias ? Oui, elles me feraient un bel accueil, elles dont j’ai tué le père ! Car il en est ainsi : de ceux des miens qui me chérissaient je suis devenue l’ennemie, et ceux que je ne devais pas outrager, pour te plaire, je m’en suis fait des adversaires acharnés. (Sarcastique.) Aussi, en récompense, que de femmes en Grèce envient mon bonheur ! Ah ! oui, j’ai en toi un époux admirable, et fidèle, malheureuse que je suis si je fuis cette terre, proscrite, privée d’amis, seule avec mes enfants abandonnés ! Beau sujet de gloire, certes, pour le nouvel époux que de voir ses enfants errer en mendiants avec moi qui t’ai sauvé ! O Zeus, pourquoi donc as-tu doté les hommes de moyens sûrs pour reconnaître l’or de mauvais aloi et pourquoi n’y a-t-il pas sur le corps humain de marque naturelle qui distingue le méchant ?

LA CORYPHÉE

Terrible et difficile à guérir est généralement la colère quand ce sont des êtres chers que met aux prises la discorde.

JASON

J’ai besoin, je crois, de n’être pas naturellement inhabile à parler et, tel le prudent pilote d’une nef, de prendre des ris pour fuir sous le vent ta loquacité, femme, et ta démangeaison de parler. Pour moi, puisque aussi bien tu exaltes outre mesure tes services, c’est Cypris, à mon avis, qui dans mon expédition m’a sauvé, seule entre les dieux et les hommes. Tu as l’esprit subtil, mais il t’est odieux de raconter tout au long comment Eros t’a obligée, par ses traits inévitables, à sauver ma personne. Mais je n’insisterai pas trop sur ce point : quelle que soit la façon dont tu m’aies aidé, c’est bien, je ne me plains pas. Cependant pour m’avoir sauvé tu as reçu plus que tu ne m’as donné. Je vais le prouver. D’abord c’est la terre grecque, au lieu d’un pays barbare, que tu habites ; tu connais la justice, l’usage des lois, non les caprices de la force. Tous les Grecs se sont rendu compte que tu es savante ; tu as acquis la gloire. Si tu vivais aux extrêmes limites de la terre, on ne parlerait pas de toi. Peu m’importerait, à moi, d’avoir de l’or dans un palais ou de chanter plus harmonieusement qu’Orphée si mon sort devait passer inaperçu. — Je t’en ai assez dit sur mes travaux : aussi bien c’est toi qui as engagé ce duel de paroles. Quant au mariage royal que tu me reproches, je te prouverai qu’en cela je me suis montré habile d’abord, puis chaste, enfin un ami dévoué à toi et à mes enfants. (Geste de Médée.) Allons, sois calme. — Venu ici de la terre d’Iôlcos, traînant après moi tant de malheurs inextricables, quelle aubaine plus heureuse aurais-je trouvée que d’épouser la fille d’un roi, moi, un exilé ? Non pas — ce qui te pique — que je haïsse ta couche, ni qu’une nouvelle épousée excite mon désir, ou que j’aie cure de rivaliser avec d’autres pour une nombreuse postérité : il me suffit des enfants que j’ai et je ne te fais pas de reproches. Mais je voulais — et c’est l’essentiel — que nous vivions dans l’aisance et non dans le besoin, sachant que le pauvre voit fuir et s’éclipser tous les amis ; je voulais élever les enfants d’une manière digne de ma maison, donner des frères aux fils nés de toi, les mettre tous au même rang, n’en faire qu’une seule famille et assurer mon bonheur. Qu’as-tu besoin d’autres fils, toi ? Mais moi, j’ai intérêt à ce que mes enfants à venir soient utiles à ceux qui vivent. Est-ce un mauvais calcul ? Toi-même tu n’oserais le dire si une rivale ne piquait ta jalousie. Mais vous en venez à croire, vous autres femmes, que, vos amours prospérant, vous avez tout ; au contraire une atteinte est-elle portée à votre lit, ce qu’il y a de plus avantageux et de plus beau, vous le déclarez odieux. Ah ! il faudrait que les mortels pussent avoir des enfants par quelque autre moyen, sans qu’existât la gent féminine ; alors il n’y aurait plus de maux chez les hommes.

LA CORYPHÉE

Jason, tu as fort bien arrangé ton discours. Pourtant, dussé-je parler contre ton attente, à mon avis, en trahissant ton épouse tu n’as pas agi selon la justice.

MÉDÉE

Ah ! sur combien de points je suis en désaccord avec la plupart des mortels ! Pour moi, l’homme injuste, quand il est habile à parler, mérite le châtiment le plus sévère. Se flattant de cacher ses injustices sous le voile de l’éloquence, audacieusement il commet tous les crimes. Malgré tout il n’est pas si bien avisé. — Toi non plus, ne va pas devant moi faire montre de beaux dehors et d’habileté. Un seul mot t’étendra sur le flanc : tu devais, si tu n’étais pas un traître, me convaincre avant de faire ce mariage, et non le taire à tes amis.

JASON

Ah ! oui, tu aurais merveilleusement servi mon projet, si je t’avais parlé de ce mariage, à toi qui, même aujourd’hui, n’as pas la force d’apaiser le violent courroux de ton cœur !

MÉDÉE

Ce n’est pas là ce qui te retenait : ton union avec une Barbare aboutissait pour toi à une vieillesse sans gloire

JASON

Sache-le bien : ce n’est pas pour la femme que j’ai contracté cette union avec une fille de roi, mais, comme je te l’ai déjà dit, je voulais te sauver et à mes enfants donner pour frères des princes qui fussent le rempart de ma maison.

MÉDÉE

Ah ! loin de moi un bonheur qui me soit à charge et une prospérité qui me déchire le cœur !

JASON

Sais-tu comment former d’autres vœux et te montrer plus sage ? Que les biens ne te paraissent jamais à charge, et qu’une heureuse fortune ne soit pas à tes yeux une mauvaise fortune !

MÉDÉE

Insulte-moi : tu as un asile, toi. Moi, je suis abandonnée et je vais partir pour l’exil.

JASON

C’est toi qui l’as voulu : n’accuse personne.

MÉDÉE

Qu’ai-je fait ? Ai-je pris femme et t’ai-je trahi ?

JASON

Tu as lancé contre les princes des malédictions impies.

MÉDÉE

De ta maison aussi je serai la malédiction.

JASON

Assez ; je ne discuterai pas avec toi plus longtemps. Allons ! si tu veux, pour les enfants ou pour ton exil, recevoir de mes richesses une assistance, parle : je suis prêt à te donner d’une main généreuse et à envoyer des symboles à mes hôtes pour qu’ils te fassent bon accueil. Si tu me refuses, tu seras insensée ; apaise ta colère, tu as tout à y gagner.

MÉDÉE

Non, je n’userai pas de tes hôtes et je n’accepterai rien : garde tes dons. Les présents d’un méchant homme ne sont d’aucun profit.

JASON

Du moins j’atteste les divinités que je consens à tout faire pour toi et les enfants. C’est toi qui rejettes mes bienfaits et par entêtement repousses des amis : tu aggraves ainsi tes souffrances.

MÉDÉE

Va-t’en. Le regret de ta jeune femme doit te prendre depuis le temps que tu es hors de vue du palais. Cajole ton épouse. Peut-être — un dieu écoutera ma voix — tel sera ton hymen que tu le renieras. (Jason sort.)

LE CHŒUR

Strophe I. — Les amours quand ils fondent sur eux avec trop de violence n’apportent ni bon renom ni vertu aux hommes. Mais que Cypris vienne avec mesure, nulle autre déesse n’a autant de charme. Que jamais, ô souveraine, contre moi ton arc d’or ne lance un trait inévitable trempé dans le poison du désir !

Antistrophe I. — Que me chérisse la chasteté, le plus beau présent des dieux ! Que jamais la redoutable Cypris ne suscite en moi disputes passionnées et querelles insatiables en frappant mon cœur d’amour pour un lit étranger ! Qu’elle respecte les ménages et les pacifie en réglant d’un esprit pénétrant les différends entre époux !

Strophe II. — O patrie, ô demeure, puissé-je ne pas être sans cité et traîner une pénible existence dans la détresse et les plus lamentables des souffrances ! Que la mort, oui la mort, me dompte avant que j’atteigne ce jour ! Entre les peines, il n’en est point de pire que d’être privé de la patrie.

Antistrophe II. — Nous l’avons vu et ce n’est pas sur les récits d’autrui que nous pouvons en parler : ni cité ni aucun ami n’a eu pitié du sort affreux qui t’accable. Périsse l’ingrat qui ne sait pas honorer des amis en leur ouvrant la clef d’un cœur pur ! jamais il ne sera mon ami.(Entre Égée, roi d’Athènes.)

ÉGÉE

Médée, salut. Nul ne sait de plus beau préambule pour adresser la parole à des amis.

MÉDÉE

Salut à toi aussi, fils du sage Pandion, Égée. D’où viens-tu visiter le sol de ce pays ?

ÉGÉE

J’ai quitté l’antique sanctuaire de Phoibos.

MÉDÉE

Pourquoi étais-tu allé au nombril fatidique du monde ?

ÉGÉE

Pour demander comment je pourrais avoir des enfants.

MÉDÉE

Au nom des dieux, quoi ! tu as vécu sans enfants jusqu’à ce jour ?

ÉGÉE

Oui, sans enfants, par l’arrêt de quelque divinité.

MÉDÉE

As-tu une épouse ? ou n’as-tu pas connu le mariage ?

ÉGÉE

Je ne suis pas libre du joug conjugal.

MÉDÉE

Eh bien ! que t’a dit Phoibos à ce sujet ?

ÉGÉE

Ses paroles sont trop subtiles pour une intelligence humaine.

MÉDÉE

M’est-il permis de connaître l’oracle du dieu ?

ÉGÉE

Oui, d’autant plus qu’il exige un esprit pénétrant.

MÉDÉE

Quel est-il ? Parle, puisque je puis entendre.

ÉGÉE

De ne pas délier le pied qui sort de l’outre.

MÉDÉE

Avant d’avoir fait quoi ? d’être arrivé en quel pays

ÉGÉE… avant d’être revenu au foyer de mes pères.

MÉDÉE

Mais dans quelle intention es-tu venu en cette terre ?

ÉGÉE

Il y a un certain Pitthée, roi du pays de Trézène.

MÉDÉE

Fils, dit-on, de Pélops ; il est très pieux.

ÉGÉE

Je veux lui communiquer l’oracle du dieu.

MÉDÉE

Oui, c’est un homme savant et versé en ces matières.

ÉGÉE

Et pour moi le plus cher de tous mes alliés.

MÉDÉE

Eh bien ! bonne chance ! puisses-tu obtenir ce que tu désires ! (Un silence.)

ÉGÉE

Pourquoi cet air triste et ce visage bouleversé ?

MÉDÉE

Égée, mon époux est le plus lâche des hommes.

ÉGÉE

Que dis-tu ? Raconte-moi sans détour tes ennuis.

MÉDÉE

Jason m’outrage, sans que j’aie aucun tort envers lui.

ÉGÉE

Qu’a-t-il fait ? Explique-toi plus clairement.

MÉDÉE

Il a pris une autre femme, qui règne sur ma maison.

ÉGÉE

Non, il n’a pas osé une action aussi infâme !

MÉDÉE

Sache-le. On nous méprise, nous qu’on aimait hier.

ÉGÉE

Est-ce par amour ? ou par haine de ta couche ?

MÉDÉE

C’est un grand amour ; il n’est pas fidèle à ceux qu’ils aiment.

ÉGÉE

Laisse-le donc si, comme tu le dis, c’est un lâche.

MÉDÉE

Il a souhaité obtenir l’alliance de rois.

ÉGÉE

Qui lui donne sa fille ? Achève ce que tu disais.

MÉDÉE

Créon, qui règne sur le pays de Corinthe.

ÉGÉE

Tu étais pardonnable, dans ce cas, de t’affliger, femme.

MÉDÉE

C’en est fait de moi ; et puis je suis expulsée du pays

ÉGÉE

Par qui ? C’est un nouveau malheur que tu m’apprends

MÉDÉE

Créon me chasse et m’exile de Corinthe.

ÉGÉE

Et Jason le permet ? Cela non plus, je ne l’approuve pas

MÉDÉE

A l’entendre, non ; mais il se résigne à ce qu’il désire (Se jetant aux pieds d’Égée.) Ah ! je t’en conjure par toi menton et par tes genoux ! Je me fais ta suppliante. Pitié pitié pour mon infortune ! Ne m’abandonne pas ! Ne me laisse pas chasser ! Accueille-moi dans ton pays, dans ta demeure, à ton foyer. Alors puisse se réaliser, au nom des dieux, ton désir d’avoir des enfants, et toi-même mourir : heureux ! Tu ne sais pas l’aubaine que tu as trouvée ici grâce à moi tu ne seras plus sans enfants et je te fera engendrer une postérité. Je sais les philtres qu’il faut.

ÉGÉE

Pour bien des raisons je suis disposé, femme, à t’accorder cette grâce : d’abord à cause des dieux, puis i cause des enfants dont tu me promets la naissance, car c’est là que vont toutes mes pensées. Voici donc mes dispositions : si tu viens dans mon pays, je m’efforcerai de t’y offrir l’hospitalité, comme je le dois. Il est seulement une chose dont je veux d’avance t’avertir, femme : t’emmener de cette terre, je m’y refuse, mais si de toi-même tu viens à mon palais, tu y resteras inviolable et tu n’auras pas craindre que je te livre à personne. Porte donc toi-même tes pas hors de ce pays ; car à l’égard de mes hôtes aussi je veux être sans reproche.

MÉDÉE

Il en sera ainsi. Mais si j’avais une garantie, je n’au­rais qu’à me louer de toi.

ÉGÉE

N’as-tu pas confiance ? Quel sujet d’inquiétude te reste ?

MÉDÉE

J’ai confiance. Mais la maison de Pélias et Créon me sont hostiles. S’ils veulent m’arracher de ton royaume, lié par des serments, tu ne me livrerais pas. Si tu n’es engagé qu’en paroles, sans avoir juré par les dieux, seras-tu mon ami et ne céderas-tu pas aux sommations de leurs hérauts ? Moi, je suis faible ; eux, ils ont la puissance : c’est une famille royale.

ÉGÉE (souriant)

Tes paroles, femme, sont pleines de prévoyance. Mais, puisque bon te semble, je ne refuse pas d’agir ainsi. D’ailleurs, pour moi, il y aura moins de risques si j’ai un prétexte à opposer à tes ennemis ; et ta situation à toi n’en sera que mieux assise. Explique-moi les dieux que je dois invoquer.

MÉDÉE

Jure par le sol de la Terre, par le Soleil, père de mon père ; ajoute encore toute la race des dieux…

ÉGÉE

De faire ou de ne pas faire quoi ? Parle.

MÉDÉE

De ne jamais toi-même me chasser de ton pays et, si un de mes ennemis veut m’en arracher, de ne pas me livrer, de ton vivant, volontairement.

ÉGÉE

Je jure par la Terre, par la lumière éclatante du Soleil, par tous les dieux d’observer ce que tu viens de dire.

MÉDÉE

Il suffit. Mais si tu n’observes pas ton serment, quel châtiment appelles-tu sur toi ?

ÉGÉE

Les malheurs qui arrivent aux mortels impies.

MÉDÉE

Adieu. Pars : tout est bien. Pour moi j’arriverai le plus tôt possible dans ta cité, après avoir fait ce que je médite et obtenu ce que je veux. (Égée sort.)

LA CORYPHÉE

Que le fils de Maïa, le Roi-conducteur, te ramène dans ta demeure ! Puisses-tu obtenir ce que tu souhaites si ardemment et trouver le bonheur ! car un homme généreux, Égée, voilà ce que tu es à mes yeux.

MÉDÉE

O Zeus ! Justice, fille de Zeus ! Lumière du Soleil ! maintenant nous allons remporter une belle victoire sur nos ennemis, mes amies. Nous sommes sur la voie ; maintenant j’ai l’espoir que mes ennemis paieront leur dette à la justice. Cet homme, du côté où j’étais le plus en danger, m’est apparu dans mes projets comme un port où j’attacherais le câble de poupe, une fois arrivée à la ville et à la citadelle de Pallas. Mais déjà je vais te dire tous mes projets. Écoute des paroles qui ne sont pas pour te plaire. J’enverrai un de mes serviteurs auprès de Jason pour le prier de paraître à ma vue. Quand il sera venu, je lui dirai de douces paroles, que nous sommes d’accord, qu’il fait bien de nous abandonner pour contracter alliance avec la princesse, que ses décisions sont utiles et heureuses. Je lui demanderai que mes fils restent ici, non que je veuille les laisser sur une terre hostile exposés aux outrages de mes ennemis, mais pour tuer par mes ruses la fille du roi. Car je les enverrai les mains chargées de cadeaux les porter à la jeune épousée pour qu’on ne les bannisse pas de ce pays : un voile fin et un diadème d’or ciselé. Si elle prend la parure et la met sur sa peau, elle périra dans d’horribles souffrances et avec elle quiconque la touchera, tellement seront violents les poisons dont j’imprégnerai ces présents. — Mais ici je m’arrête et je pleure sur l’action qu’il me faut accomplir ensuite. Car je tuerai mes propres enfants ; il n’y a personne qui puisse les arracher à la mort. Et quand j’aurai bouleversé toute la maison de Jason, je sortirai du pays, m’exilant pour le meurtre de mes fils bien-aimés, après avoir osé le plus sacrilège des crimes. Non, je ne puis supporter, mes amies, d’être la risée de mes ennemis. Poursuivons ! Que leur sert de vivre ? Je n’ai ni patrie, ni demeure, ni refuge contre les malheurs. La faute, je l’ai faite quand j’ai abandonné la demeure de mon père, séduite par les paroles d’un Grec qui, avec l’aide des dieux, nous paiera sa dette à la justice. Non, les fils qui sont nés de moi, il ne les verra plus vivants désormais ! Non, de la jeune femme qu’il vient d’épouser il n’aura pas de fils puisqu’il faut que misérablement la misérable périsse victime de mes poisons ! Que nul ne m’estime lâche et faible, ni résignée non plus ! Mon caractère est fait de contrastes : terrible pour mes ennemis, pour mes amis bien disposée. Il n’y a que de telles natures pour avoir une vie riche de gloire.

LA CORYPHÉE

Puisque tu nous as communiqué ton projet, je veux et te servir et prendre la défense des lois humaines : crois-moi, n’accomplis pas ces crimes.

MÉDÉE

Je ne puis faire autrement. Mais je te pardonne tes paroles : tu n’es pas, comme moi, lâchement maltraitée.

LA CORYPHÉE

Tu oseras tuer tes deux fils, femme ?

MÉDÉE

C’est là ce qui déchirera surtout le cœur de mon mari.

LA CORYPHÉE

Mais toi, tu seras la plus malheureuse des femmes.

MÉDÉE

C’en est décidé. Superflus, tous ces discours qui nous retardent. (A la nourrice.) Toi, va et ramène Jason. Car pour toutes les missions de confiance c’est de toi que je me sers. Ne dis rien de mes décisions, si tu aimes tes maîtres et si tu es femme. (La nourrice s’en va.)

LE CHOEUR

Strophe I. — Les Erechthéides, de toute antiquité, sont fortunés. Fils des dieux bienheureux, issus d’une terre sacrée et jamais conquise, ils se nourrissent de la plus illustre sagesse et toujours dans l’air le plus resplendissant ils marchent avec grâce. C’est là que jadis les saintes Piérides, les neuf Muses, ont été mises au monde, dit-on, par la blonde Harmonie…

Antistrophe I :…là qu’aux belles ondes du Céphise, comme on le conte, Cypris vient puiser, pour les verser sur le pays, les brises tempérées au soude de miel ; là que, toujours, ceignant ses cheveux flottants d’une couronne parfumée de fleurs de roses, elle envoie siéger auprès de la Sagesse les Amours, auxiliaires de toute vertu.

Strophe II. — Comment donc la ville des fleuves sacrés, la contrée qui fait cortège à ses amis, te gardera-t-elle, toi, la meurtrière de tes fils, toi qui es impure même chez les autres hommes ? Songe au coup dont tu vas frapper tes enfants. Songe au meurtre dont tu te charges. Ah ! par tes genoux, de toute notre force, nous t’en supplions, n’assassine pas tes enfants !

Antistrophe II. — Où donc ton âme, où donc ton bras trouveront-ils le courage de porter au cœur de tes enfants les coups d’une horrible audace ? Comment, jetant les yeux sur tes fils, commettras-tu le meurtre sans verser de larmes ? Tu ne pourras pas, tes fils tombant suppliants à tes pieds, tacher de sang ta main, avec un cœur intrépide.

(Entre Jason. La nourrice le suit.)

JASON

Je viens sur ta demande. Malgré ton ressentiment contre moi, je ne saurais te refuser du moins cette grâce et j’écouterai ta nouvelle requête, femme.

MÉDÉE

Jason, je te prie de me pardonner ce que j’ai dit. Excuse mes emportements, il le faut, après les marques d’affection que souvent nous nous sommes données. Pour moi je suis entrée en discussion avec moi-même et me suis fait des reproches : « Malheureuse, pourquoi cette folie et cette animosité contre ces gens, qui voient juste ? Pourquoi me poser en ennemie des maîtres du pays et de mon mari qui agit de la façon la plus utile pour nous en épousant une fille de roi et en donnant des frères à mes enfants ? Ne renoncerai-je pas à ma colère ? Pourquoi me plaindre, quand les dieux pourvoient heureusement à tout ? N’ai-je pas des fils ? Ne sais-je pas que je suis exilée de ma patrie et que je n’ai plus d’amis ? Ces réflexions m’ont fait sentir toute mon imprudence et la vanité de ma rancune. Maintenant donc je t’approuve ; tu me parais sage d’avoir contracté pour nous cette alliance et je me trouve insensée, moi qui devais m’associer à tes projets, t’aider à les mener à bien, me tenir auprès de ton lit et avoir plaisir à servir ta jeune femme. Mais nous sommes ce que nous sommes. Je ne médirai pas de nous, les femmes. Tu ne devais pas copier ma méchanceté et opposer les enfantillages aux enfantillages. Mais je l’accorde, j’avoue que j’étais insensée, alors. J’ai maintenant de meilleures résolutions. (Appelant ses fils.) Enfants ! enfants ! venez, quittez ce toit, sortez embrasser votre père et lui adresser la parole avec moi ; rejetez, vous aussi, votre ancienne haine pour des êtres aimés, en même temps que votre mère. Il y a trêve entre nous. Ma colère est morte. Prenez sa main droite. (A elle-même.) Hélas ! comme j’ai le pressentiment de malheurs cachés ! O mes enfants, vivrez-vous longtemps pour me tendre ainsi vos bras chéris ? Mal-heureuse que je suis ! Comme je suis prompte à pleurer et pleine de frayeur ! (Tout haut.) Enfin je termine ma querelle avec votre père ; et mes yeux attendris se remplissent de larmes ! (Elle éclate en sanglots.)

LA CORYPHÉE

Et moi aussi ; de mes yeux ont jailli des pleurs abondants. Puisse le malheur présent ne pas s’aggraver encore !

JASON

J’approuve, femme, ce changement et je ne te reproche pas le passé. Il est naturel que le sexe féminin conçoive de la colère contre un époux s’il contracte une autre union. Mais ton cœur est revenu aux sentiments les meilleurs. Tu as reconnu le point de vue qui l’emporte ; tu as été longue, mais enfin… C’est agir en femme sensée. (Aux enfants.) Quant à vous, mes enfants, votre père n’a pas négligé vos intérêts et, avec l’aide des dieux, il a assuré plus que votre salut. Car je crois que vous occuperez le premier rang dans ce pays, à Corinthe, avec vos frères, un jour. Grandissez seulement. Le reste est l’œuvre de votre père et des dieux qui vous sont favorables. Puissé-je vous voir, pleins de vigueur, atteindre l’épanouis­sement de la jeunesse, supérieurs à mes ennemis ! — (A Médée) Toi, pourquoi ces larmes abondantes qui mouillent tes paupières ? Pourquoi détourner ta joue pâlie ? N’es-tu pas heureuse d’entendre mes paroles ?

MÉDÉE

Ce n’est rien : je pensais à mes enfants.

JASON

Rassure-toi ; je m’occuperai d’eux.

MÉDÉE

Je le ferai ; je ne me défierai pas de tes paroles. Mais la femme est un être faible et portée aux larmes, naturellement.

JASON

Pourquoi, malheureuse, tant gémir sur tes enfants ?

MÉDÉE

Je les ai mis au monde ; et quand tu leur souhaitais une heureuse vie, la pitié m’a envahie : en sera-t-il ainsi ? — (Se reprenant.) Mais des choses dont je voulais t’entretenir, je t’ai dit les unes ; je vais te faire part des autres. Puisque les souverains du pays décident de me chasser, que le plus avantageux pour moi — je le comprends bien— est de ne pas te gêner toi et les maîtres du pays en vivant ici, — car je passe pour hostile à cette maison, — je quitterai cette terre pour l’exil. Mais les enfants ? Pour qu’ils soient élevés de ta main, demande à Créon de ne pas les exiler.

JASON

Je ne sais si je le fléchirais. J’essayerai du moins ; je le dois.

MÉDÉE

Eh bien ! engage ta femme à demander à son père que les enfants ne soient pas exilés.

JASON

Je le ferai, et j’espère la persuader, moi.

MÉDÉE

Oui, si elle est femme comme les autres. Je t’aiderai de mon côté dans cette tâche. Je lui enverrai des présents les plus beaux qui soient actuellement au monde — c’est moi qui le sais — et de beaucoup : un voile fin et un diadème en or ciselé. Les enfants les porteront. — (S’adressant à un serviteur.) Allons ! que le plus vite possible une des servantes apporte ici la parure. — ( A Jason. ) Elle sera heureuse, non pas une fois mais mille, d’avoir en toi le meilleur des maris pour partager sa couche et de posséder une parure que jadis le Soleil, père de mon père, a donnée à ses descendants. (Une servante apporte la parure. (Médée la remet aux enfants.) Prenez ces cadeaux de noces, mes enfants, dans vos mains, et à la princesse, à la bienheureuse épousée, donnez-les. Ce n’est certes pas des présents méprisables qu’elle recevra.

JASON

Pourquoi, folle, en dépouilles-tu tes mains ? Crois-tu que le palais royal manque de voiles, manque d’or ? Garde-les ; ne les donne pas. Si de moi ma femme fait quelque cas, elle me préférera aux richesses, j’en suis sûr, moi.

MÉDÉE

Ne dis pas cela ! Les présents fléchissent jusqu’aux dieux, dit-on, et l’or a plus de puissance que toutes les paroles sur les mortels. C’est pour elle qu’est le destin ; c’est elle qu’exauce un dieu maintenant ; elle est jeune ; elle règne. Et l’exil de mes fils, je l’achèterais de ma vie, non seulement de mon or. (Aux enfants) Allons ! enfants, entrez tous deux, entrez dans le riche palais, et la nouvelle épouse de votre père, ma maîtresse, suppliez-la ; demandez-lui, en lui donnant la parure, de ne pas être exilés. Ce qu’il faut avant tout, c’est qu’elle reçoive le -présent de ses propres mains. Hâtez-vous ! A votre mère rapportez la bonne nouvelle qu’elle désire. Puissiez-vous réussir !

LE CHŒUR

Strophe I. — Maintenant je n’ai plus d’espoir que les enfants vivent. Non. Car ils marchent à la mort, déjà. Elle recevra, l’épousée, elle recevra, l’infortunée, le diadème d’or fatal ; autour de sa blonde chevelure elle posera la parure d’Hadès, de ses propres mains.

Antistrophe I. — Elle se laissera persuader par leur charme et par leur immortel éclat de revêtir le voile et le diadème d’or ciselé ; c’est aux enfers qu’elle portera sa parure d’épousée. Voici le filet où elle tombera, et son lot fatal : la mort. L’infortunée ! A la fatalité elle n’échappera pas.

Strophe II. — Et toi, ô malheureux, perfide époux, gendre d’un roi, sans le savoir sur tes enfants c’est la ruine que tu attires, et sur ton épouse une affreuse mort. Infortuné ! sur ton sort combien tu te méprends !

Antistrophe II. — je pleure aussi ta douleur, ô mère mal-heureuse dans tes fils, toi qui verseras le sang de tes enfants à cause du lit nuptial qu’un époux, en dépit de toute loi, a quitté pour partager la vie et la couche d’une autre.(Les enfants reviennent avec le gouverneur.)

LE GOUVERNEUR

Maîtresse, on a fait grâce de l’exil à tes fils que voici, et les présents, l’épousée, fille du roi, les a reçus avec joie dans ses mains. C’est la paix de ce côté pour tes enfants. — Eh bien ! pourquoi restes-tu là, bouleversée, quand la fortune te favorise ? Pourquoi détournes-tu ta joue et n’accueilles-tu pas avec joie mes paroles ?

MÉDÉE

Hélas !

LE GOUVERNEUR

Voilà qui ne s’accorde pas avec mes nouvelles.

MÉDÉE

Hélas ! encore une fois.

LE GOUVERNEUR

T’ai-je annoncé un malheur sans le savoir ? Je me trompais donc en croyant t’apprendre une bonne nouvelle ?

MÉDÉE

Ta nouvelle est ce qu’elle est. Ce n’est pas toi que je blâme.

LE GOUVERNEUR

Pourquoi donc baisses-tu les yeux et verses-tu des larmes ?

MÉDÉE

Il le faut bien, vieillard ; voilà ce que les dieux, et moi, dans ma folie, nous avons machiné.

LE GOUVERNEUR

Prends courage : toi aussi tu rentreras d’exil, grâce à tes fils, un jour.

MÉDÉE

Et d’autres rentreront dans la terre auparavant. Malheureuse que je suis !

LE GOUVERNEUR

Tu n’es pas la seule qu’on ait séparée de ses enfants. Il faut d’un cœur léger supporter les infortunes, quand on est mortel.

MÉDÉE

Je les supporterai. — Mais entre dans le palais et prépare à mes fils de ce qu’il leur faut chaque jour. (Le gouverneur sort.)

O mes enfants, mes enfants, vous avez donc une cité, une demeure où, m’abandonnant à mon malheur, vous vivrez pour toujours, privés de votre mère. Et moi je m’en irai en exil vers une autre terre avant de jouir de vous deux et de vous voir heureux, avant de vous avoir mariés, d’avoir paré votre couche nuptiale et levé pour vous les torches de l’hyménée ! Ah ! malheureuse que je suis à cause de mon orgueil ! C’est donc en vain, ô mes enfants que je vous ai élevés, en vain aussi que j’ai peiné, que j’ai été déchirée par les souffrances, que j’ai supporté les terribles douleurs de l’enfantement ! Ah ! oui, jadis, infortunée ! combien d’espérances avais-je placées en vous ! Vous me nourrissiez dans ma vieillesse et, après ma mort, vos mains m’ensevelissaient pieusement, chose enviée des hommes. Maintenant c’en est fait de cette douce pensée. Car privée de vous je traînerai une vie de tristesse et de souffrances. Et vous, votre mère, jamais plus vos yeux chéris ne la verront : vous serez partis vers une autre forme d’existence. Hélas ! hélas ! pourquoi tournez-vous vers moi vos yeux, mes enfants ? Pourquoi m’adressez-vous ce dernier sourire ? — Malheur ! Que faire ? Le cœur me manque, femmes, quand je vois le regard brillant de mes enfants. Non, je ne pourrais pas. Adieu, mes anciens projets. J’emmènerai mes fils loin du pays. Pourquoi me faut-il, pour torturer leur père par leur malheur à eux, redoubler mes malheurs à moi ? Non, non, pas moi. Adieu, mes projets. Mais quoi ? Je veux être condamnée à la risée en laissant mes ennemis impunis ? Allons ! de l’audace ! Ah ! quelle est ma lâcheté d’abandonner mon cœur à ces faiblesses ! Rentrez dans le palais, mes enfants. (Elle lève le bras vers le Soleil.) Celui à qui Thémis interdit d’assister à mon sacrifice, cela le regarde, mais je ne laisserai pas faiblir ma main. Hélas ! Non, mon cœur, non, n’accomplis pas, toi, ce crime. Laisse-les, malheureuse ! Épargne tes enfants. Ils vivront là-bas avec moi et seront ma joie. Non, par les vengeurs souterrains de l’Hadès, il n’arrivera jamais que je livre moi-même mes fils aux insultes de mes ennemis. Il faut absolument qu’ils meurent ; puisqu’il le faut, c’est moi qui les tuerai, qui les ai mis au monde. C’est chose faite, inévitable. D’ailleurs, la couronne sur la tête, dans ses voiles, la royale épousée expire ; j’en suis sûre, moi. Allons ! puisque je vais entrer dans la voie des plus terribles malheurs et leur faire prendre une voie plus funeste encore, je veux dire adieu à mes fils. Donnez, mes enfants, donnez à baiser votre main droite à votre mère. O main adorée, ô bouche adorée, traits et visage si nobles de mes enfants ! Puissiez-vous être heureux tous les deux, mais là-bas ! Le bonheur ici-bas, votre père vous l’a ravi. O doux embrassement ! ô délicieuse peau ! ô haleine si douce de mes enfants ! — Allez-vous-en ! Allez-vous-en ! Je ne suis plus capable de tourner mes regards vers mes fils. Je suis vaincue par les malheurs. Je sais les crimes que je vais oser, mais ma colère est plus puissante que ma volonté et c’est elle qui cause les plus grands maux aux mortels.

LA CORYPHÉE

Souvent déjà je me suis livrée à des discussions plus subtiles et j’ai affronté des débats plus graves que ne doit, paraît-il, la gent féminine en aborder ; c’est que nous avons une Muse, nous aussi, qui vient nous visiter pour nous apprendre la sagesse. Nous toutes, non ; car il est rare que la gent féminine — on en trouverait une parmi beaucoup peut-être — ne soit pas étrangère aux Muses. Je le proclame : parmi les mortels ceux qui ignorent totalement ce que sont des fils pour n’en avoir pas eu l’emportent en bonheur sur les parents. Ceux qui n’ont pas d’enfants, dans l’incertitude où l’on est si les enfants sont joie ou amertume pour les mortels, de par leur sort sont affranchis de beaucoup de peines. Mais ceux qui dans leur maison ont une douce floraison d’enfants, je les vois tout le temps s’épuiser en soucis. D’abord, comment les élèveront-ils honnêtement ? D’où tireront-ils les ressources à leur laisser ? Et puis, est-ce pour des méchants ou pour des bons qu’ils se donnent tant de mal ? Mystère. Enfin le suprême malheur pour tous les mortels, je vais vous le dire : voilà qu’ils ont trouvé des ressources suffisantes ; les enfants ont atteint la jeunesse ; ils sont bons ; mais, telle étant la volonté du destin, vient la mort qui dans l’Hadès emporte leurs corps. Où est alors l’avantage pour les mortels quand aux autres maux ils voient ce nouveau chagrin, le plus cruel de tous, à cause d’enfants, leur échoir du fait des dieux ?

MÉDÉE

Amies, il y a bien longtemps que j’attends l’événement et guette ce qui va là-bas advenir. Mais je vois accourir un des serviteurs de Jason : sa respiration haletante indique qu’il va nous annoncer un nouveau malheur.(Entre un serviteur de Jason, bouleversé.)

LE MESSAGER

O toi qui, au mépris des lois, as accompli un horrible crime, Médée, fuis, fuis, sans négliger aucune voie, mer ou terre, navire ou char.

MÉDÉE

Qu’est-il donc arrivé pour que je doive fuir ?

LE MESSAGER

Elle est morte à l’instant, la fille du roi, et aussi Créon, son père, victimes de tes philtres.

MÉDÉE

O la plus belle des nouvelles ! C’est parmi mes bienfaiteurs et mes amis que désormais je te compterai.

LE MESSAGER

Que dis-tu ? As-tu ton bon sens ? N’es-tu pas folle, femme ? Tu as outragé le foyer de tes princes et tu te réjouis d’apprendre de telles nouvelles, au lieu de trembler.

MÉDÉE

J’ai de mon côté beaucoup à dire en réponse à tes paroles. Mais ne t’emporte pas, ami. Comment ont-ils péri ? Car tu redoubles d’autant ma joie s’ils sont morts dans les tourments les plus horribles.

LE MESSAGER

Après que les enfants, ta double descendance, furent arrivés avec leur père et entrés dans la demeure nuptiale, nous nous réjouissions, nous les esclaves qui compatissions à tes maux : car de bouche en bouche aussitôt courut avec insistance le bruit que toi et ton mari vous aviez mis fin à votre ancienne querelle. L’un baise la main, l’autre la tête blonde de tes fils, et moi aussi, plein de joie, dans l’appartement des femmes je suivis les enfants. Or la maîtresse qu’aujourd’hui à ta place nous honorons, avant d’apercevoir le couple de tes enfants, fixait sur Jason un regard plein d’ardeur. Mais ensuite elle se couvrit les yeux, pâlit et détourna sa joue, saisie d’horreur à l’entrée de tes fils. Ton mari voulut apaiser la colère et le ressentiment de la jeune femme. Il lui dit : « N’aie pas de haine pour ceux qui t’aiment. Renonce à ta colère et retourne la tête de ce côté. Vois des amis dans les amis de ton mari. Accepte ces présents et demande à ton père de faire grâce de l’exil à ces enfants, pour l’amour de moi. » Mais dès qu’elle eut vu la parure elle ne résista plus et accorda tout à son mari. Tes fils et leur père ne s’étaient pas éloignés du palais qu’elle avait pris les voiles brodés et s’en était revêtue. Elle place la couronne d’or sur ses boucles. Devant un clair miroir elle arrange sa chevelure, souriant à l’image inanimée de sa personne. Puis elle se lève, descend du trône, s’en va par l’appartement. Gracieusement s’avance son pied si blanc. Les présents la transportent de joie. Encore et encore elle se dresse sur la pointe des pieds et regarde son talon. Mais ensuite ce fut un spectacle horrible à voir : elle change de couleur ; pliée en deux, elle recule ; ses membres tremblent ; elle n’a que le temps de se laisser tomber sur le trône pour ne pas s’abattre à terre. Une vieille servante, croyant que ce sont là peut-être les fureurs de Pan ou de quelque dieu qui la saisissent, pousse le cri de la supplication. Mais bientôt elle lui voit à la bouche venir une blanche écume, dans leur orbite les pupilles se retourner, le sang abandonner le corps. Alors, au lieu de sa plainte religieuse, elle lance une longue lamentation. Aussitôt l’une se précipite à la demeure du père, l’autre vers le nouveau mari pour leur apprendre le malheur de l’épousée. Tout le toit résonne de courses multipliées. Déjà, forçant l’allure, un rapide coureur aurait franchi les six plèthres et atteint le but que, jusque-là sans voix et évanouie, la malheureuse poussant un terrible gémissement revient à elle. Car un double fléau s’attaquait à sa personne : le diadème d’or posé sur sa tête lançait un prodigieux torrent de feu dévorant et les voiles légers, présents de tes enfants, mordaient la chair blanche de l’infortunée. Elle fuit, s’étant levée du trône, embrasée, secouant sa chevelure et sa tête en tous sens, pour rejeter la couronne : mais l’or restait fixé à sa tête, soudé, et le feu quand elle secouait plus fort sa chevelure redoublait d’éclat. Elle tombe sur le sol, vaincue par l’infortune, entièrement méconnaissable sauf pour son père : on ne distinguait plus la place de ses yeux ni la grâce de son visage ; le sang, du sommet de sa tête, dégouttait au milieu des flammes ; les chairs, comme la larme du pin, sous la dent invisible du poison, des os se détachaient, affreux spectacle ! Tous redoutaient de toucher le cadavre : son sort était pour nous une leçon. Or son père, le malheureux ! dans son ignorance de la calamité, soudain entre dans l’appartement, se jette sur le cadavre, gémit aussitôt, enveloppe le corps de ses bras, le baise en disant : « Pauvre enfant ! Qui des dieux t’a fait périr aussi indignement ? Lequel m’a privé de toi, moi un vieillard, un tombeau ? Hélas ! puissé-je mourir avec toi, mon enfant ! » Puis quand il eut fini ses lamentations et ses sanglots, il voulut redresser son vieux corps, mais il adhérait, comme un lierre à des rameaux de laurier, aux voiles fins ; et c’était une lutte horrible. Lui voulait soulever son genou et elle le retenait. S’il tirait avec force, ses vieilles chairs s’arrachaient de ses os. Enfin il renonça et rendit l’âme, l’infortuné ! car le mal était plus fort que lui lu. Ils gisent morts, la fille et le vieux père, à côté l’un de l’autre. Que de larmes mérite leur infortune ! Pour moi, de ce qui te regarde, je suis empêché de parler : tu connaîtras toi-même le juste retour du châtiment. La vie des mortels ! ce n’est pas d’aujourd’hui que je la considère comme une ombre et je dirai sans trembler que ceux des humains qui passent pour habiles et avides de science sont condamnés à la plus dure des peines. Parmi les mortels, il n’est pas un homme heureux. L’opulence, quand elle afflue, peut donner à l’un plus de succès qu’à l’autre, mais le bonheur, non. (Le gouverneur sort.)

LA CORYPHÉE

Il semble que le destin en ce jour inflige avec justice une multitude de maux à Jason. O malheureuse ! Combien nous plaignons tes infortunes, fille de Créon, toi qui aux portes d’Hadès t’en es allée pour avoir épousé Jason !

MÉDÉE

Amies, mon acte est décidé : le plus vite possible je tuerai. mes fils et m’enfuirai loin de ce pays pour ne pas, par mes lenteurs, exposer mes enfants à périr par une main plus hostile. Il faut absolument qu’ils meurent. Puisqu’il le faut, c’est moi qui les tuerai, qui les ai mis au monde. Allons ! arme-toi, mon cœur ! Que tardons-nous ? Reculer devant ces maux terribles, mais nécessaires ! Va, ô malheureuse main, prends un glaive, prends ; marche vers la barrière d’une vie de chagrins. Ne sois pas lâche. Ne te souviens pas de tes enfants, que tu les adores, que tu les as mis au monde. Allons ! pour cette journée du moins, oublie tes fils : après, gémis ! Car si tu les tues, pourtant ils t’étaient chers ; et je serai, moi, une femme infortunée ! (Elle rentre dans le palais.)

LE CHŒUR

Strophe I. — Ah ! Terre ! Rayon éclatant du Soleil ! Regardez, voyez cette femme funeste avant qu’elle n’ait porté une main meurtrière sur ses enfants et immolé son propre sang. De la race d’or ils sont la descendance ; que le sang d’un dieu tombe sous les coups des hommes, c’est chose terrible ! Ah ! Lumière née de Zeus, retiens-la, arrête-la, chasse de la maison une malheureuse et meurtrière Erinys envoyée par des dieux vengeurs.

Antistrophe II. — Vaines se sont perdues les peines de ton enfantement ; en vain tu as donc mis au monde une postérité chérie, ô toi qui as quitté des Symplégades les roches azurées, la passe inhospitalière ! Malheureuse ! Pour-quoi une lourde colère s’abat-elle sur ton âme ? Pourquoi à ta tendresse fait place une haine meurtrière ? Funeste est pour les mortels la souillure d’un meurtre domestique. Elle éveille contre les meurtriers de leur famille, par la volonté des dieux, des douleurs proportionnées au crime qui s’abattent sur leurs maisons.

LES ENFANTS (de l’intérieur) Hélas !

LE CHOEUR

Strophe II. — Entends-tu le cri ? Entends-tu les enfants ? Ah ! malheureuse ! femme infortunée !

UN DES ENFANTS

Hélas ! Que faire ? Où fuir les mains d’une mère ?

L’AUTRE ENFANT

Je ne sais ; frère chéri, nous sommes perdus.

LE CHŒUR

Dois-je entrer dans le palais, soustraire au meurtre les enfants ? Je le crois.

UN DES ENFANTS

Oui, au nom des dieux, sauvez-nous. Hâtez-vous.

L’AUTRE ENFANT

Car nous sommes près du filet, sous le glaive. (Silence. Les enfants sont morts.)

LE CHOEUR

Malheureuse ! Tu avais donc un cœur de roc ou de fer, pour tuer de ta fatale main tes enfants, le fruit de tes entrailles !

Antistrophe II. — Une seule femme, m’a-t-on dit, une seule, avant toi a porté la main sur ses enfants chéris…… Inô, frappée de démence par les dieux, lorsque l’épouse de Zeus l’eut chassée de sa demeure, errante.- Elle se lança, la malheureuse ! dans la mer, pour tuer ses enfants, meurtre impie…— … ayant bondi du haut du promontoire marin, elle partagea la mort avec ses deux fils.

— Que pourrait-il arriver encore d’horrible ? O union conjugale, si féconde en épreuves, que de maux déjà tu as causés aux humains !

(Jason entre, bouleversé.)

JASON

Femmes, qui vous tenez ici près du palais, est-elle encore dans la maison, Médée qui a commis ces horribles crimes, ou s’est-elle éloignée en fuyant ? Car il faut qu’elle se cache sous la terre ou qu’elle s’élève sur des ailes dans les profondeurs de l’éther si elle ne veut pas payer sa dette à la maison royale. Croit-elle qu’après avoir tué les souverains du pays, impunément elle s’enfuira de ce palais ? Mais je me soucie moins d’elle que des enfants. Elle, ses victimes lui vaudront le mal qu’elle leur a fait. C’est la vie de mes enfants que je suis venu sauver : je crains que les parents de Créon ne leur fassent du mal et ne, vengent le meurtre impie de leur mère.

LA CORYPHÉE

Infortuné ! Tu ne sais pas l’étendue de tes malheurs, Jason ; sinon, tu n’aurais pas tenu ce langage.

JASON

Qu’y a-t-il ? Veut-elle me tuer moi aussi ?

LA CORYPHÉE

Tes fils sont morts de la main de leur mère.

JASON

Malheur ! Que me dis-tu ? Ah ! quel coup mortel pour moi, femme !

LA CORYPHÉE

Oui, tes enfants ne sont plus, sache-le bien.

JASON

Où les a-t-elle tués ? Dans le palais ? ou dehors ?

LA CORYPHÉE

Ouvre les portes : tu verras tes enfants égorgés.

JASON (à des esclaves)

Tirez les verrous, serviteurs. Vite ! Faites sauter les gonds, pour que je voie mon double malheur ; eux qui sont morts, et elle (dans un rugissement) que je châtierai.(Médée apparaît sur un char traîné par des dragons ailés, ses enfants à ses pieds.)

MÉDÉE

Pourquoi ébranles-tu et forces-tu ces portes ? Pour chercher les morts et moi qui les ai fait périr ? Épargne­toi cette peine : si tu as besoin de moi, dis ce que tu veux. (Jason s’élance pour l’atteindre.) Ta main ne me touchera jamais. Voilà le char que le Soleil, père de mon père, m’a donné comme rempart contre une main ennemie.

JASON

O monstre ! ô femme odieuse entre toutes aux dieux, à moi, et à la race entière des hommes ! Quoi ! sur tes enfants tu as osé porter le glaive, après les avoir mis au monde, pour me faire périr en m’enlevant mes fils ! Et après ce forfait tu regardes le Soleil et la Terre, quand tu as osé le crime le plus impie ! Puisses-tu périr ! Pour moi, aujourd’hui je suis sensé, mais j’étais insensé quand de ta demeure et d’un pays barbare je t’ai emmenée en Grèce à mon foyer, horrible fléau, traîtresse à ton père et à la terre qui t’avait nourrie. Ton génie vengeur, c’est contre moi que l’ont lancé les dieux, car tu avais tué ton frère à ton foyer quand tu montas sur le navire Argo à la belle proue. C’est par là que tu as commencé. Devenue ma femme et après m’avoir donné des enfants, par jalousie tu les as fait périr. Il n’est pas de femme grecque qui eût jamais osé un tel crime et pourtant avant elles je t’ai choisie pour épouse, — alliance odieuse et funeste pour moi ! — toi, une lionne, non une femme, nature plus sauvage que la Tyrrhénienne Scylla. Mais assez, car toi mille outrages ne pourraient te mordre, telle est l’impudence de ta nature. Va-t’en, ouvrière de hontes, souillée du sang de tes enfants ! Pour moi, il ne me reste qu’à pleurer mon sort : de mon nouvel hymen je ne jouirai pas et mes fils que j’avais engendrés et élevés je ne pourrai plus leur adresser la parole vivants : je les ai perdus.

MÉDÉE

Je me serais longuement étendue à répondre à tes paroles si Zeus mon père ne savait les services que je t’ai rendus et ce que tu m’as fait. Allons ! tu n’allais pas, après avoir outragé ma couche, mener agréable vie à te rire de moi avec la princesse et celui qui te l’avait donnée pour femme, Créon, impunément me chasser de ce pays ! Après cela, appelle-moi, si tu veux, lionne ou Scylla, qui habite le sol tyrrhénien : comme tu le mérites, à mon tour je t’ai blessé au cœur.

JASON

Toi aussi tu souffres et partages mes malheurs.

MÉDÉE

Sache-le bien : ma douleur est un avantage, si de moi tu ne te ris pas.

JASON

O mes enfants, quelle mère criminelle vous avez eue !

MÉDÉE

O mes fils, comme vous a perdus la perfidie d’un père !

JASON

Non, ce n’est pas ma main qui les a fait périr.

MÉDÉE

C’est ton outrage et ton nouvel hymen.

JASON

C’est pour ta couche que tu as accepté de les tuer.

MÉDÉE

Crois-tu que ce soit pour une femme un léger malheur ?

JASON

Oui, si elle est sage ; mais pour toi tout devient offense.

MÉDÉE (montrant le corps des enfants)Ils ne vivent plus : voilà qui te mordra le cœur.

JASON

Ils vivent : cruels vengeurs, pour ta tète.

MÉDÉE

Les dieux connaissent le premier auteur de leur malheur.

JASON

Ils connaissent donc ton âme abominable.

MÉDÉE

Hais. Je déteste ton odieux entretien.

JASON

Et moi le tien : la séparation est aisée.

MÉDÉE

Comment donc ? Qu’ai-je à faire ? Je la désire vivement moi aussi.

JASON

Laisse-moi ensevelir ces morts et les pleurer.

MÉDÉE

Non certes : c’est moi qui de ma main les ensevelirai. Je les porterai au sanctuaire d’Héra, la déesse d’Acraea, pour qu’aucun de mes ennemis ne les outrage en boule-versant leurs tombes. Et sur cette terre de Sisyphe nous instituerons à jamais une fête solennelle et des cérémonies, en expiation de ce meurtre impie. Pour moi, je vais sur le territoire d’Erechthée vivre avec Égée, fils de Pandion. Toi, comme il convient, tu mourras, misérable ! misérablement, frappé à la tête par un débris d’Argo, et tu auras vu les amers résultats de ton nouvel hymen.

JASON

Ah ! puissent te faire périr l’Erinys de tes enfants et la Justice vengeresse du meurtre !

MÉDÉE

Qui donc t’écoute, dieu ou génie, toi le parjure et l’hôte perfide ?

JASON

Hélas ! hélas ! Femme infâme ! Infanticide !

MÉDÉE

Va-t’en au palais ensevelir ton épouse.

JASON

J’y vais, privé de mes deux enfants.

MÉDÉE

Ce n’est encore rien que tes pleurs : attends la vieillesse.

JASON

O mes enfants adorés !

MÉDÉE De leur mère, oui, de toi, non.

JASON

Pourquoi les as-tu tués ?

MÉDÉE Pour faire ton malheur.

JASON

Hélas ! Je veux embrasser les lèvres chéries de mes fils, malheureux que je suis !

MÉDÉE

Maintenant tu leur parles, maintenant tu les chéris ; tout à l’heure tu les repoussais.

JASON

Laisse-moi, au nom des dieux, toucher la douce peau de mes enfants.

MÉDÉE

Impossible. C’est jeter en vain tes paroles au vent. (Le char disparaît.)

JASON

Zeus, tu entends comme on me repousse, comme me traite cette femme abominable qui a tué ses enfants, cette lionne. Ah ! puisque c’est tout ce qui m’est permis et possible, je pleure mes fils et j’en appelle aux dieux, les prenant à témoin qu’après avoir tué mes enfants tu m’empêches de toucher et d’ensevelir leurs corps de mes mains. Plût aux dieux que je ne les eusse pas engendrés pour les voir égorgés par toi ! (Il sort.)

LA CORYPHÉE

De maints événements Zeus est le dispensateur dans l’Olympe. Maintes choses contre notre espérance sont accomplies par les dieux. Celles que nous attendions ne se réalisent pas ; celles que nous n’attendions pas, un dieu leur fraye la voie. Tel a été le dénouement de ce drame.

ΤΡΟΦΟΣ

Εἴθ΄ ὤφελ΄ Ἀργοῦς μὴ διαπτάσθαι σκάφος Κόλχων ἐς αἶαν κυανέας Συμπληγάδας͵ μηδ΄ ἐν νάπαισι Πηλίου πεσεῖν ποτε τμηθεῖσα πεύκη͵ μηδ΄ ἐρετμῶσαι χέρας ἀνδρῶν ἀρίστων. οἳ τὸ πάγχρυσον δέρας Πελίᾳ μετῆλθον. οὐ γὰρ ἂν δέσποιν΄ ἐμὴ Μήδεια πύργους γῆς ἔπλευσ΄ Ἰωλκίας ἔρωτι θυμὸν ἐκπλαγεῖσ΄ Ἰάσονος· οὐδ΄ ἂν κτανεῖν πείσασα Πελιάδας κόρας πατέρα κατῴκει τήνδε γῆν Κορινθίαν ξὺν ἀνδρὶ καὶ τέκνοισιν͵ ἁνδάνουσα μὲν φυγῇ πολιτῶν ὧν ἀφίκετο χθόνα͵ αὐτή τε πάντα ξυμφέρουσ΄ Ἰάσονι· ἥπερ μεγίστη γίγνεται σωτηρία͵ ὅταν γυνὴ πρὸς ἄνδρα μὴ διχοστατῇ. νῦν δ΄ ἐχθρὰ πάντα͵ καὶ νοσεῖ τὰ φίλτατα. προδοὺς γὰρ αὑτοῦ τέκνα δεσπότιν τ΄ ἐμὴν γάμοις Ἰάσων βασιλικοῖς εὐνάζεται͵ γήμας Κρέοντος παῖδ΄͵ ὃς αἰσυμνᾷ χθονός· Μήδεια δ΄ ἡ δύστηνος ἠτιμασμένη βοᾷ μὲν ὅρκους͵ ἀνακαλεῖ δὲ δεξιάς͵ πίστιν μεγίστην͵ καὶ θεοὺς μαρτύρεται οἵας ἀμοιβῆς ἐξ Ἰάσονος κυρεῖ. κεῖται δ΄ ἄσιτος͵ σῶμ΄ ὑφεῖσ΄ ἀλγηδόσι͵ τὸν πάντα συντήκουσα δακρύοις χρόνον͵ ἐπεὶ πρὸς ἀνδρὸς ᾔσθετ΄ ἠδικημένη͵ οὔτ΄ ὄμμ΄ ἐπαίρουσ΄ οὔτ΄ ἀπαλλάσσουσα γῆς πρόσωπον· ὡς δὲ πέτρος ἢ θαλάσσιος κλύδων ἀκούει νουθετουμένη φίλων· ἢν μή ποτε στρέψασα πάλλευκον δέρην αὐτὴ πρὸς αὑτὴν πατέρ΄ ἀποιμώξῃ φίλον καὶ γαῖαν οἴκους θ΄͵ οὓς προδοῦσ΄ ἀφίκετο μετ΄ ἀνδρὸς ὅς σφε νῦν ἀτιμάσας ἔχει. ἔγνωκε δ΄ ἡ τάλαινα συμφορᾶς ὕπο οἷον πατρῴας μὴ ἀπολείπεσθαι χθονός. στυγεῖ δὲ παῖδας οὐδ΄ ὁρῶσ΄ εὐφραίνεται. δέδοικα δ΄ αὐτὴν μή τι βουλεύσῃ νέον· βαρεῖα γὰρ φρήν͵ οὐδ΄ ἀνέξεται κακῶς πάσχουσ΄· ἐγᾦδα τήνδε͵ δειμαίνω τέ νιν μὴ θηκτὸν ὤσῃ φάσγανον δι΄ ἥπατος͵ σιγῇ δόμους εἰσβᾶσ΄͵ ἵν΄ ἔστρωται λέχος͵ ἢ καὶ τύραννον τόν τε γήμαντα κτάνῃ͵ κἄπειτα μείζω συμφορὰν λάβῃ τινά. δεινὴ γάρ· οὔτοι ῥᾳδίως γε συμβαλὼν ἔχθραν τις αὐτῇ καλλίνικον οἴσεται. ἀλλ΄ οἵδε παῖδες ἐκ τρόχων πεπαυμένοι στείχουσι͵ μητρὸς οὐδὲν ἐννοούμενοι κακῶν· νέα γὰρ φροντὶς οὐκ ἀλγεῖν φιλεῖ.

ΠΑΙΔΑΓΩΓΟΣ

παλαιὸν οἴκων κτῆμα δεσποίνης ἐμῆς͵ τί πρὸς πύλαισι τήνδ΄ ἄγουσ΄ ἐρημίαν ἕστηκας͵ αὐτὴ θρεομένη σαυτῇ κακά ; πῶς σοῦ μόνη Μήδεια λείπεσθαι θέλει ;

ΤΡΟΦΟΣ

τέκνων ὀπαδὲ πρέσβυ τῶν Ἰάσονος͵ χρηστοῖσι δούλοις ξυμφορὰ τὰ δεσποτῶν κακῶς πίτνοντα͵ καὶ φρενῶν ἀνθάπτεται. ἐγὼ γὰρ ἐς τοῦτ΄ ἐκβέβηκ΄ ἀλγηδόνος͵ ὥσθ΄ ἵμερός μ΄ ὑπῆλθε γῇ τε κοὐρανῷ λέξαι μολούσῃ δεῦρο δεσποίνης τύχας.

ΠΑΙΔΑΓΩΓΟΣ

οὔπω γὰρ ἡ τάλαινα παύεται γόων ;

ΤΡΟΦΟΣ

ζηλῶ σ΄· ἐν ἀρχῇ πῆμα κοὐδέπω μεσοῖ.

ΠΑΙΔΑΓΩΓΟΣ

ὦ μῶρος—εἰ χρὴ δεσπότας εἰπεῖν τόδε· ὡς οὐδὲν οἶδε τῶν νεωτέρων κακῶν.

ΤΡΟΦΟΣ

τί δ΄ ἔστιν͵ ὦ γεραιέ ; μὴ φθόνει φράσαι.

ΠΑΙΔΑΓΩΓΟΣ

οὐδέν· μετέγνων καὶ τὰ πρόσθ΄ εἰρημένα.

ΤΡΟΦΟΣ

μή͵ πρὸς γενείου͵ κρύπτε σύνδουλον σέθεν· σιγὴν γάρ͵ εἰ χρή͵ τῶνδε θήσομαι πέρι.

ΠΑΙΔΑΓΩΓΟΣ ἤκουσά του λέγοντος͵ οὐ δοκῶν κλύειν͵ πεσσοὺς προσελθών͵ ἔνθα δὴ παλαίτατοι θάσσουσι͵ σεμνὸν ἀμφὶ Πειρήνης ὕδωρ͵ ὡς τούσδε παῖδας γῆς ἐλᾶν Κορινθίας σὺν μητρὶ μέλλοι τῆσδε κοίρανος χθονὸς Κρέων. ὁ μέντοι μῦθος εἰ σαφὴς ὅδε οὐκ οἶδα· βουλοίμην δ΄ ἂν οὐκ εἶναι τόδε.

ΤΡΟΦΟΣ

καὶ ταῦτ΄ Ἰάσων παῖδας ἐξανέξεται πάσχοντας͵ εἰ καὶ μητρὶ διαφορὰν ἔχει ;

ΠΑΙΔΑΓΩΓΟΣ

παλαιὰ καινῶν λείπεται κηδευμάτων͵ κοὐκ ἔστ΄ ἐκεῖνος τοῖσδε δώμασιν φίλος.

ΤΡΟΦΟΣ

ἀπωλόμεσθ΄ ἄρ΄͵ εἰ κακὸν προσοίσομεν νέον παλαιῷ͵ πρὶν τόδ΄ ἐξηντληκέναι.

ΠΑΙΔΑΓΩΓΟΣ

ἀτὰρ σύ γ΄—οὐ γὰρ καιρὸς εἰδέναι τόδε δέσποιναν—ἡσύχαζε καὶ σίγα λόγον.

ΤΡΟΦΟΣ

ὦ τέκν΄͵ ἀκούεθ΄ οἷος εἰς ὑμᾶς πατήρ ; ὄλοιτο μὲν μή· δεσπότης γάρ ἐστ΄ ἐμός· ἀτὰρ κακός γ΄ ὢν ἐς φίλους ἁλίσκεται.

ΠΑΙΔΑΓΩΓΟΣ

τίς δ΄ οὐχὶ θνητῶν ; ἄρτι γιγνώσκεις τόδε͵ ὡς πᾶς τις αὑτὸν τοῦ πέλας μᾶλλον φιλεῖ͵ οἳ μὲν δικαίως͵ οἳ δὲ καὶ κέρδους χάριν͵ εἰ τούσδε γ΄ εὐνῆς οὕνεκ΄ οὐ στέργει πατήρ.

ΤΡΟΦΟΣ

ἴτ΄—εὖ γὰρ ἔσται—δωμάτων ἔσω͵ τέκνα. σὺ δ΄ ὡς μάλιστα τούσδ΄ ἐρημώσας ἔχε καὶ μὴ πέλαζε μητρὶ δυσθυμουμένῃ. ἤδη γὰρ εἶδον ὄμμα νιν ταυρουμένην τοῖσδ΄͵ ὥς τι δρασείουσαν· οὐδὲ παύσεται χόλου͵ σάφ΄ οἶδα͵ πρὶν κατασκῆψαί τινα. . . ἐχθρούς γε μέντοι͵ μὴ φίλους͵ δράσειέ τι.

ΜΗΔΕΙΑ

ἰώ͵ δύστανος ἐγὼ μελέα τε πόνων͵ ἰώ μοί μοι͵ πῶς ἂν ὀλοίμαν ;

ΤΡΟΦΟΣ

τόδ΄ ἐκεῖνο͵ φίλοι παῖδες· μήτηρ κινεῖ κραδίαν͵ κινεῖ δὲ χόλον. σπεύσατε θᾶσσον δώματος εἴσω καὶ μὴ πελάσητ΄ ὄμματος ἐγγύς͵ μηδὲ προσέλθητ΄͵ ἀλλὰ φυλάσσεσθ΄ ἄγριον ἦθος στυγεράν τε φύσιν φρενὸς αὐθάδους.— ἴτε νῦν͵ χωρεῖθ΄ ὡς τάχος εἴσω.— δῆλον δ΄ ἀρχῆς ἐξαιρόμενον νέφος οἰμωγῆς ὡς τάχ΄ ἀνάψει μείζονι θυμῷ· τί ποτ΄ ἐργάσεται μεγαλόσπλαγχνος δυσκατάπαυστος ψυχὴ δηχθεῖσα κακοῖσιν ;

ΜΗΔΕΙΑ

αἰαῖ͵ ἔπαθον τλάμων ἔπαθον μεγάλων ἄξι΄ ὀδυρμῶν· ὦ κατάρατοι παῖδες ὄλοισθε στυγερᾶς ματρὸς σὺν πατρί͵ καὶ πᾶς δόμος ἔρροι.

ΤΡΟΦΟΣ

ἰώ μοί μοι͵ ἰὼ τλήμων. τί δέ σοι παῖδες πατρὸς ἀμπλακίας μετέχουσι ; τί τούσδ΄ ἔχθεις ; οἴμοι͵ τέκνα͵ μή τι πάθηθ΄ ὡς ὑπεραλγῶ. δεινὰ τυράννων λήματα καί πως ὀλίγ΄ ἀρχόμενοι͵ πολλὰ κρατοῦντες χαλεπῶς ὀργὰς μεταβάλλουσιν. τὸ γὰρ εἰθίσθαι ζῆν ἐπ΄ ἴσοισιν κρεῖσσον· ἐμοὶ γοῦν ἐν μὴ μεγάλοις ὀχυρῶς γ΄ εἴη καταγηράσκειν. τῶν γὰρ μετρίων πρῶτα μὲν εἰπεῖν τοὔνομα νικᾷ͵ χρῆσθαί τε μακρῷ λῷστα βροτοῖσιν· τὰ δ΄ ὑπερβάλλοντ΄ οὐδένα καιρὸν δύναται θνητοῖς· μείζους δ΄ ἄτας͵ ὅταν ὀργισθῇ δαίμων οἴκοις͵ ἀπέδωκεν.

ΧΟΡΟΣ

ἔκλυον φωνάν͵ ἔκλυον δὲ βοὰν τᾶς δυστάνου Κολχίδος͵ οὐδέ πω ἤπιος· ἀλλ΄ ὦ γηραιά͵ λέξον· ἐπ΄ ἀμφιπύλου γὰρ ἔσω μελάθρου βοὰν ἔκλυον· οὐδὲ συνήδομαι͵ ὦ γύναι͵ ἄλγεσιν δώματος· ἐπεί μοι φίλον κέκρανται.

ΤΡΟΦΟΣ

οὐκ εἰσὶ δόμοι· φροῦδα τάδ΄ ἤδη. τὸν μὲν γὰρ ἔχει λέκτρα τυράννων͵ ἃ δ΄ ἐν θαλάμοις τάκει βιοτὰν δέσποινα͵ φίλων οὐδενὸς οὐδὲν παραθαλπομένα φρένα μύθοις.

ΜΗΔΕΙΑ

αἰαῖ· ὦ Ζεῦ καὶ Γᾶ καὶ Φῶς· διά μου κεφαλᾶς φλὸξ οὐρανία βαίη· τί δέ μοι ζῆν ἔτι κέρδος ; φεῦ φεῦ· θανάτῳ καταλυσαίμαν βιοτὰν στυγερὰν προλιποῦσα.

ΧΟΡΟΣ.

ἄιες· ὦ Ζεῦ καὶ γᾶ καὶ φῶς· [στρ. ἀχὰν οἵαν ἁ δύστανος μέλπει νύμφα ; — τίς σοί ποτε τᾶς ἀπλάτου κοίτας ἔρος͵ ὦ ματαία ; σπεύσει θανάτου τελευτά· μηδὲν τόδε λίσσου. — εἰ δὲ σὸς πόσις καινὰ λέχη σεβίζει͵ κείνῳ τόδε· μὴ χαράσσου· — Ζεύς σοι τάδε συνδικήσει. μὴ λίαν τάκου δυρομένα σὸν εὐνάταν.

ΜΗΔΕΙΑ

ὦ μεγάλα Θέμι καὶ πότνι΄ Ἄρτεμι λεύσσεθ΄ ἃ πάσχω͵ μεγάλοις ὅρκοις ἐνδησαμένα τὸν κατάρατον πόσιν ; ὅν ποτ΄ ἐγὼ νύμφαν τ΄ ἐσίδοιμ΄ αὐτοῖς μελάθροις διακναιομένους͵ οἷ΄ ἐμὲ πρόσθεν τολμῶσ΄ ἀδικεῖν. ὦ πάτερ͵ ὦ πόλις͵ ὧν ἀπενάσθην αἰσχρῶς τὸν ἐμὸν κτείνασα κάσιν.

ΤΡΟΦΟΣ

κλύεθ΄ οἷα λέγει κἀπιβοᾶται Θέμιν εὐκταίαν Ζῆνά θ΄͵ ὃς ὅρκων θνητοῖς ταμίας νενόμισται ; οὐκ ἔστιν ὅπως ἔν τινι μικρῷ δέσποινα χόλον καταπαύσει.

ΧΟΡΟΣ.

πῶς ἂν ἐς ὄψιν τὰν ἁμετέραν [ἀντ. ἔλθοι μύθων τ΄ αὐδαθέντων δέξαιτ΄ ὀμφάν ; — εἴ πως βαρύθυμον ὀργὰν καὶ λῆμα φρενῶν μεθείη͵ μήτοι τό γ΄ ἐμὸν πρόθυμον φίλοισιν ἀπέστω. — ἀλλὰ βᾶσά νιν δεῦρο πόρευσον οἴκων ἔξω· φίλα καὶ τάδ΄ αὔδα. — σπεῦσον πρίν τι κακῶσαι τοὺς εἴσω· πένθος γὰρ μεγάλως τόδ΄ ὁρμᾶται.

ΤΡΟΦΟΣ

δράσω τάδ΄· ἀτὰρ φόβος εἰ πείσω δέσποιναν ἐμήν· μόχθου δὲ χάριν τήνδ΄ ἐπιδώσω. καίτοι τοκάδος δέργμα λεαίνης ἀποταυροῦται δμωσίν͵ ὅταν τις μῦθον προφέρων πέλας ὁρμηθῇ. σκαιοὺς δὲ λέγων κοὐδέν τι σοφοὺς τοὺς πρόσθε βροτοὺς οὐκ ἂν ἁμάρτοις͵ οἵτινες ὕμνους ἐπὶ μὲν θαλίαις ἐπί τ΄ εἰλαπίναις καὶ παρὰ δείπνοις ηὕροντο βίου τερπνὰς ἀκοάς· στυγίους δὲ βροτῶν οὐδεὶς λύπας ηὕρετο μούσῃ καὶ πολυχόρδοις ᾠδαῖς παύειν͵ ἐξ ὧν θάνατοι δειναί τε τύχαι σφάλλουσι δόμους. καίτοι τάδε μὲν κέρδος ἀκεῖσθαι μολπαῖσι βροτούς· ἵνα δ΄ εὔδειπνοι δαῖτες͵ τί μάτην τείνουσι βοήν ; τὸ παρὸν γὰρ ἔχει τέρψιν ἀφ΄ αὑτοῦ δαιτὸς πλήρωμα βροτοῖσιν.

ΧΟΡΟΣ

ἰαχὰν ἄιον πολύστονον γόων͵ λιγυρὰ δ΄ ἄχεα μογερὰ βοᾷ τὸν ἐν λέχει προδόταν κακόνυμφον· θεοκλυτεῖ δ΄ ἄδικα παθοῦσα τὰν Ζηνὸς ὁρκίαν Θέμιν͵ ἅ νιν ἔβασεν Ἑλλάδ΄ ἐς ἀντίπορον δι΄ ἅλα νύχιον ἐφ΄ ἁλμυρὰν πόντου κλῇδ΄ ἀπέραντον.

ΜΗΔΕΙΑ

Κορίνθιαι γυναῖκες͵ ἐξῆλθον δόμων͵ μή μοί τι μέμφησθ΄· οἶδα γὰρ πολλοὺς βροτῶν σεμνοὺς γεγῶτας͵ τοὺς μὲν ὀμμάτων ἄπο͵ τοὺς δ΄ ἐν θυραίοις· οἱ δ΄ ἀφ΄ ἡσύχου ποδὸς δύσκλειαν ἐκτήσαντο καὶ ῥᾳθυμίαν. δίκη γὰρ οὐκ ἔνεστ΄ ἐν ὀφθαλμοῖς βροτῶν͵ ὅστις πρὶν ἀνδρὸς σπλάγχνον ἐκμαθεῖν σαφῶς στυγεῖ δεδορκώς͵ οὐδὲν ἠδικημένος. . . . χρὴ δὲ ξένον μὲν κάρτα προσχωρεῖν πόλει. . οὐδ΄ ἀστὸν ᾔνεσ΄ ὅστις αὐθάδης γεγὼς πικρὸς πολίταις ἐστὶν ἀμαθίας ὕπο. ἐμοὶ δ΄ ἄελπτον πρᾶγμα προσπεσὸν τόδε ψυχὴν διέφθαρκ΄· οἴχομαι δὲ καὶ βίου χάριν μεθεῖσα κατθανεῖν χρῄζω͵ φίλαι. ἐν ᾧ γὰρ ἦν μοι πάντα γιγνώσκειν καλῶς͵ κάκιστος ἀνδρῶν ἐκβέβηχ΄ οὑμὸς πόσις. πάντων δ΄ ὅσ΄ ἔστ΄ ἔμψυχα καὶ γνώμην ἔχει γυναῖκές ἐσμεν ἀθλιώτατον φυτόν· ἃς πρῶτα μὲν δεῖ χρημάτων ὑπερβολῇ πόσιν πρίασθαι͵ δεσπότην τε σώματος λαβεῖν· κακοῦ γὰρ τοῦτ΄ ἔτ΄ ἄλγιον κακόν. κἀν τῷδ΄ ἀγὼν μέγιστος͵ ἢ κακὸν λαβεῖν ἢ χρηστόν. οὐ γὰρ εὐκλεεῖς ἀπαλλαγαὶ γυναιξίν͵ οὐδ΄ οἷόν τ΄ ἀνήνασθαι πόσιν. ἐς καινὰ δ΄ ἤθη καὶ νόμους ἀφιγμένην δεῖ μάντιν εἶναι͵ μὴ μαθοῦσαν οἴκοθεν͵ ὅτῳ μάλιστα χρήσεται ξυνευνέτῃ. κἂν μὲν τάδ΄ ἡμῖν ἐκπονουμέναισιν εὖ πόσις ξυνοικῇ μὴ βίᾳ φέρων ζυγόν͵ ζηλωτὸς αἰών· εἰ δὲ μή͵ θανεῖν χρεών. ἀνὴρ δ΄͵ ὅταν τοῖς ἔνδον ἄχθηται ξυνών͵ ἔξω μολὼν ἔπαυσε καρδίαν ἄσης· [ἢ πρὸς φίλον τιν΄ ἢ πρὸς ἥλικα τραπείς·] ἡμῖν δ΄ ἀνάγκη πρὸς μίαν ψυχὴν βλέπειν. λέγουσι δ΄ ἡμᾶς ὡς ἀκίνδυνον βίον ζῶμεν κατ΄ οἴκους͵ οἳ δὲ μάρνανται δορί· κακῶς φρονοῦντες· ὡς τρὶς ἂν παρ΄ ἀσπίδα στῆναι θέλοιμ΄ ἂν μᾶλλον ἢ τεκεῖν ἅπαξ. ἀλλ΄ οὐ γὰρ αὑτὸς πρὸς σὲ κἄμ΄ ἥκει λόγος· σοὶ μὲν πόλις θ΄ ἥδ΄ ἐστὶ καὶ πατρὸς δόμοι βίου τ΄ ὄνησις καὶ φίλων συνουσία͵ ἐγὼ δ΄ ἔρημος ἄπολις οὖσ΄ ὑβρίζομαι πρὸς ἀνδρός͵ ἐκ γῆς βαρβάρου λελῃσμένη͵ οὐ μητέρ΄͵ οὐκ ἀδελφόν͵ οὐχὶ συγγενῆ μεθορμίσασθαι τῆσδ΄ ἔχουσα συμφορᾶς. τοσοῦτον οὖν σου τυγχάνειν βουλήσομαι͵ ἤν μοι πόρος τις μηχανή τ΄ ἐξευρεθῇ πόσιν δίκην τῶνδ΄ ἀντιτείσασθαι κακῶν͵ [τὸν δόντα τ΄ αὐτῷ θυγατέρ΄ ἥ τ΄ ἐγήματο] σιγᾶν. γυνὴ γὰρ τἄλλα μὲν φόβου πλέα κακή τ΄ ἐς ἀλκὴν καὶ σίδηρον εἰσορᾶν· ὅταν δ΄ ἐς εὐνὴν ἠδικημένη κυρῇ͵ οὐκ ἔστιν ἄλλη φρὴν μιαιφονωτέρα.

ΧΟΡΟΣ

δράσω τάδ΄· ἐνδίκως γὰρ ἐκτείσῃ πόσιν͵ Μήδεια. πενθεῖν δ΄ οὔ σε θαυμάζω τύχας. ὁρῶ δὲ καὶ Κρέοντα͵ τῆσδ΄ ἄνακτα γῆς͵ στείχοντα͵ καινῶν ἄγγελον βουλευμάτων.

ΚΡΕΩΝ

σὲ τὴν σκυθρωπὸν καὶ πόσει θυμουμένην͵ Μήδειαν͵ εἶπον τῆσδε γῆς ἔξω περᾶν φυγάδα͵ λαβοῦσαν δισσὰ σὺν σαυτῇ τέκνα· καὶ μή τι μέλλειν· ὡς ἐγὼ βραβεὺς λόγου τοῦδ΄ εἰμί͵ κοὐκ ἄπειμι πρὸς δόμους πάλιν͵ πρὶν ἄν σε γαίας τερμόνων ἔξω βάλω.

ΜΗΔΕΙΑ

αἰαῖ· πανώλης ἡ τάλαιν΄ ἀπόλλυμαι. ἐχθροὶ γὰρ ἐξιᾶσι πάντα δὴ κάλων͵ κοὐκ ἔστιν ἄτης εὐπρόσοιστος ἔκβασις. ἐρήσομαι δὲ καὶ κακῶς πάσχουσ΄ ὅμως· τίνος μ΄ ἕκατι γῆς ἀποστέλλεις͵ Κρέον ;

ΚΡΕΩΝ

δέδοικά σ΄—οὐδὲν δεῖ παραμπίσχειν λόγους— μή μοί τι δράσῃς παῖδ΄ ἀνήκεστον κακόν. συμβάλλεται δὲ πολλὰ τοῦδε δείματος· σοφὴ πέφυκας καὶ κακῶν πολλῶν ἴδρις͵ λυπῇ δὲ λέκτρων ἀνδρὸς ἐστερημένη. κλύω δ΄ ἀπειλεῖν σ΄͵ ὡς ἀπαγγέλλουσί μοι͵ τὸν δόντα καὶ γήμαντα καὶ γαμουμένην δράσειν τι. ταῦτ΄ οὖν πρὶν παθεῖν φυλάξομαι. κρεῖσσον δέ μοι νῦν πρός σ΄ ἀπεχθέσθαι͵ γύναι͵ ἢ μαλθακισθένθ΄ ὕστερον μέγα στένειν.

ΜΗΔΕΙΑ

φεῦ φεῦ. οὐ νῦν με πρῶτον͵ ἀλλὰ πολλάκις͵ Κρέον͵ ἔβλαψε δόξα μεγάλα τ΄ εἴργασται κακά. χρὴ δ΄ οὔποθ΄ ὅστις ἀρτίφρων πέφυκ΄ ἀνὴρ παῖδας περισσῶς ἐκδιδάσκεσθαι σοφούς· χωρὶς γὰρ ἄλλης ἧς ἔχουσιν ἀργίας φθόνον πρὸς ἀστῶν ἀλφάνουσι δυσμενῆ. σκαιοῖσι μὲν γὰρ καινὰ προσφέρων σοφὰ δόξεις ἀχρεῖος κοὐ σοφὸς πεφυκέναι· τῶν δ΄ αὖ δοκούντων εἰδέναι τι ποικίλον κρείσσων νομισθεὶς ἐν πόλει λυπρὸς φανῇ. ἐγὼ δὲ καὐτὴ τῆσδε κοινωνῶ τύχης. σοφὴ γὰρ οὖσα͵ τοῖς μέν εἰμ΄ ἐπίφθονος͵ τοῖς δ΄ ἡσυχαία͵ τοῖς δὲ θατέρου τρόπου͵ τοῖς δ΄ αὖ προσάντης· εἰμὶ δ΄ οὐκ ἄγαν σοφή. σὺ δ΄ οὖν φοβῇ με· μὴ τί πλημμελὲς πάθῃς ; οὐχ ὧδ΄ ἔχει μοιμὴ τρέσῃς ἡμᾶς͵ Κρέον ὥστ΄ ἐς τυράννους ἄνδρας ἐξαμαρτάνειν. σὺ γὰρ τί μ΄ ἠδίκηκας ; ἐξέδου κόρην ὅτῳ σε θυμὸς ἦγεν. ἀλλ΄ ἐμὸν πόσιν μισῶ· σὺ δ΄͵ οἶμαι͵ σωφρονῶν ἔδρας τάδε. καὶ νῦν τὸ μὲν σὸν οὐ φθονῶ καλῶς ἔχειν· νυμφεύετ΄͵ εὖ πράσσοιτε· τήνδε δὲ χθόνα ἐᾶτέ μ΄ οἰκεῖν. καὶ γὰρ ἠδικημένοι σιγησόμεσθα͵ κρεισσόνων νικώμενοι.

ΚΡΕΩΝ

λέγεις ἀκοῦσαι μαλθάκ΄͵ ἀλλ΄ ἔσω φρενῶν ὀρρωδία μοι μή τι βουλεύσῃς κακόν͵ τόσῳ δέ γ΄ ἧσσον ἢ πάρος πέποιθά σοι· γυνὴ γὰρ ὀξύθυμος͵ ὡς δ΄ αὔτως ἀνήρ͵ ῥᾴων φυλάσσειν ἢ σιωπηλὸς σοφός. ἀλλ΄ ἔξιθ΄ ὡς τάχιστα͵ μὴ λόγους λέγε· ὡς ταῦτ΄ ἄραρε͵ κοὐκ ἔχεις τέχνην ὅπως μενεῖς παρ΄ ἡμῖν οὖσα δυσμενὴς ἐμοί.

ΜΗΔΕΙΑ

μή͵ πρός σε γονάτων τῆς τε νεογάμου κόρης.

ΚΡΕΩΝ

λόγους ἀναλοῖς· οὐ γὰρ ἂν πείσαις ποτέ.

ΜΗΔΕΙΑ

ἀλλ΄ ἐξελᾷς με κοὐδὲν αἰδέσῃ λιτάς ;

ΚΡΕΩΝ

φιλῶ γὰρ οὐ σὲ μᾶλλον ἢ δόμους ἐμούς.

ΜΗΔΕΙΑ

ὦ πατρίς͵ ὥς σου κάρτα νῦν μνείαν ἔχω.

ΚΡΕΩΝ

πλὴν γὰρ τέκνων ἔμοιγε φίλτατον πολύ.

ΜΗΔΕΙΑ

φεῦ φεῦ͵ βροτοῖς ἔρωτες ὡς κακὸν μέγα.

ΚΡΕΩΝ

ὅπως ἄν͵ οἶμαι͵ καὶ παραστῶσιν τύχαι.

ΜΗΔΕΙΑ

Ζεῦ͵ μὴ λάθοι σε τῶνδ΄ ὃς αἴτιος κακῶν.

ΚΡΕΩΝ

ἕρπ΄͵ ὦ ματαία͵ καί μ΄ ἀπάλλαξον πόνων.

ΜΗΔΕΙΑ

πονοῦμεν ἡμεῖς κοὐ πόνων κεχρήμεθα.

ΚΡΕΩΝ

τάχ΄ ἐξ ὀπαδῶν χειρὸς ὠσθήσῃ βίᾳ.

ΜΗΔΕΙΑ

μὴ δῆτα τοῦτό γ΄͵ ἀλλά σ΄ αἰτοῦμαι͵ Κρέον. .

ΚΡΕΩΝ

ὄχλον παρέξεις͵ ὡς ἔοικας͵ ὦ γύναι.

ΜΗΔΕΙΑ

φευξούμεθ΄· οὐ τοῦθ΄ ἱκέτευσα σοῦ τυχεῖν.

ΚΡΕΩΝ

τί δαὶ βιάζῃ κοὐκ ἀπαλλάσσῃ χερός ;

ΜΗΔΕΙΑ

μίαν με μεῖναι τήνδ΄ ἔασον ἡμέραν καὶ ξυμπερᾶναι φροντίδ΄ ᾗ φευξούμεθα͵ παισίν τ΄ ἀφορμὴν τοῖς ἐμοῖς͵ ἐπεὶ πατὴρ οὐδὲν προτιμᾷ μηχανήσασθαι τέκνοις. οἴκτιρε δ΄ αὐτούς· καὶ σύ τοι παίδων πατὴρ πέφυκας· εἰκὸς δ΄ ἐστὶν εὔνοιάν σ΄ ἔχειν. τοὐμοῦ γὰρ οὔ μοι φροντίς͵ εἰ φευξούμεθα͵ κείνους δὲ κλαίω συμφορᾷ κεχρημένους.

ΚΡΕΩΝ

ἥκιστα τοὐμὸν λῆμ΄ ἔφυ τυραννικόν͵ αἰδούμενος δὲ πολλὰ δὴ διέφθορα· καὶ νῦν ὁρῶ μὲν ἐξαμαρτάνων͵ γύναι͵ ὅμως δὲ τεύξῃ τοῦδε· προυννέπω δέ σοι͵ εἴ σ΄ ἡ ΄πιοῦσα λαμπὰς ὄψεται θεοῦ καὶ παῖδας ἐντὸς τῆσδε τερμόνων χθονός͵ θανῇ· λέλεκται μῦθος ἀψευδὴς ὅδε. νῦν δ΄͵ εἰ μένειν δεῖ͵ μίμν΄ ἐφ΄ ἡμέραν μίαν· οὐ γάρ τι δράσεις δεινὸν ὧν φόβος μ΄ ἔχει.

ΧΟΡΟΣ

φεῦ φεῦ͵ μελέα τῶν σῶν ἀχέων. ποῖ ποτε τρέψῃ ; τίνα πρὸς ξενίαν ; ἦ δόμον ἢ χθόνα σωτῆρα κακῶν ἐξευρήσεις ; ὡς εἰς ἄπορόν σε κλύδωνα θεός͵ Μήδεια͵ κακῶν ἐπόρευσε.

ΜΗΔΕΙΑ

κακῶς πέπρακται πανταχῇ· τίς ἀντερεῖ ; ἀλλ΄ οὔτι ταύτῃ ταῦτα͵ μὴ δοκεῖτέ πω. ἔτ΄ εἴσ΄ ἀγῶνες τοῖς νεωστὶ νυμφίοις καὶ τοῖσι κηδεύσασιν οὐ σμικροὶ πόνοι. δοκεῖς γὰρ ἄν με τόνδε θωπεῦσαί ποτε͵ εἰ μή τι κερδαίνουσαν ἢ τεχνωμένην ; οὐδ΄ ἂν προσεῖπον οὐδ΄ ἂν ἡψάμην χεροῖν. ὃ δ΄ ἐς τοσοῦτον μωρίας ἀφίκετο͵ ὥστ΄ ἐξὸν αὐτῷ τἄμ΄ ἑλεῖν βουλεύματα γῆς ἐκβαλόντι͵ τήνδ΄ ἀφῆκεν ἡμέραν μεῖναί μ΄͵ ἐν ᾗ τρεῖς τῶν ἐμῶν ἐχθρῶν νεκροὺς θήσω͵ πατέρα τε καὶ κόρην πόσιν τ΄ ἐμόν. πολλὰς δ΄ ἔχουσα θανασίμους αὐτοῖς ὁδούς͵ οὐκ οἶδ΄ ὁποίᾳ πρῶτον ἐγχειρῶ͵ φίλαι· πότερον ὑφάψω δῶμα νυμφικὸν πυρί͵ ἢ θηκτὸν ὤσω φάσγανον δι΄ ἥπατος͵ σιγῇ δόμους ἐσβᾶσ΄͵ ἵν΄ ἔστρωται λέχος. ἀλλ΄ ἕν τί μοι πρόσαντες· εἰ ληφθήσομαι δόμους ὑπεσβαίνουσα καὶ τεχνωμένη͵ θανοῦσα θήσω τοῖς ἐμοῖς ἐχθροῖς γέλων. κράτιστα τὴν εὐθεῖαν͵ ᾗ πεφύκαμεν σοφαὶ μάλιστα͵ φαρμάκοις αὐτοὺς ἑλεῖν. εἶἑν· καὶ δὴ τεθνᾶσι· τίς με δέξεται πόλις ; τίς γῆν ἄσυλον καὶ δόμους ἐχεγγύους ξένος παρασχὼν ῥύσεται τοὐμὸν δέμας ; οὐκ ἔστι. μείνασ΄ οὖν ἔτι σμικρὸν χρόνον͵ ἢν μέν τις ἡμῖν πύργος ἀσφαλὴς φανῇ͵ δόλῳ μέτειμι τόνδε καὶ σιγῇ φόνον· ἢν δ΄ ἐξελαύνῃ ξυμφορά μ΄ ἀμήχανος͵ αὐτὴ ξίφος λαβοῦσα͵ κεἰ μέλλω θανεῖν͵ κτενῶ σφε͵ τόλμης δ΄ εἶμι πρὸς τὸ καρτερόν. οὐ γὰρ μὰ τὴν δέσποιναν ἣν ἐγὼ σέβω μάλιστα πάντων καὶ ξυνεργὸν εἱλόμην͵ Ἑκάτην͵ μυχοῖς ναίουσαν ἑστίας ἐμῆς͵ χαίρων τις αὐτῶν τοὐμὸν ἀλγυνεῖ κέαρ. πικροὺς δ΄ ἐγώ σφιν καὶ λυγροὺς θήσω γάμους͵ πικρὸν δὲ κῆδος καὶ φυγὰς ἐμὰς χθονός. ἀλλ΄ εἶα· φείδου μηδὲν ὧν ἐπίστασαι͵ Μήδεια͵ βουλεύουσα καὶ τεχνωμένη· ἕρπ΄ ἐς τὸ δεινόν· νῦν ἀγὼν εὐψυχίας. ὁρᾷς ἃ πάσχεις· οὐ γέλωτα δεῖ σ΄ ὀφλεῖν τοῖς Σισυφείοις τοῖς τ΄ Ἰάσονος γάμοις͵ γεγῶσαν ἐσθλοῦ πατρὸς Ἡλίου τ΄ ἄπο. ἐπίστασαι δέ· πρὸς δὲ καὶ πεφύκαμεν γυναῖκες͵ ἐς μὲν ἔσθλ΄ ἀμηχανώταται͵ κακῶν δὲ πάντων τέκτονες σοφώταται.

ΧΟΡΟΣ

ἄνω ποταμῶν ἱερῶν χωροῦσι παγαί͵ [στρ. καὶ δίκα καὶ πάντα πάλιν στρέφεται. ἀνδράσι μὲν δόλιαι βουλαί͵ θεῶν δ΄ οὐκέτι πίστις ἄραρε· τὰν δ΄ ἐμὰν εὔκλειαν ἔχειν βιοτὰν στρέψουσι φᾶμαι· ἔρχεται τιμὰ γυναικείῳ γένει· οὐκέτι δυσκέλαδος φάμα γυναῖκας ἕξει.

μοῦσαι δὲ παλαιγενέων λήξουσ΄ ἀοιδῶν [ἀντ. τὰν ἐμὰν ὑμνεῦσαι ἀπιστοσύναν. οὐ γὰρ ἐν ἁμετέρᾳ γνώμᾳ λύρας ὤπασε θέσπιν ἀοιδὰν Φοῖβος͵ ἁγήτωρ μελέων· ἐπεὶ ἀντάχησ΄ ἂν ὕμνον ἀρσένων γέννᾳ. μακρὸς δ΄ αἰὼν ἔχει πολλὰ μὲν ἁμετέραν ἀνδρῶν τε μοῖραν εἰπεῖν.

σὺ δ΄ ἐκ μὲν οἴκων πατρίων ἔπλευσας [στρ. μαινομένᾳ κραδίᾳ͵ διδύμους ὁρίσασα πόντου πέτρας· ἐπὶ δὲ ξένᾳ ναίεις χθονί͵ τᾶς ἀνάνδρου κοίτας ὀλέσασα λέκτρον͵ τάλαινα͵ φυγὰς δὲ χώρας ἄτιμος ἐλαύνῃ.

βέβακε δ΄ ὅρκων χάρις͵ οὐδ΄ ἔτ΄ αἰδὼς [ἀντ. Ἑλλάδι τᾷ μεγάλᾳ μένει͵ αἰθερία δ΄ ἀνέπτα. σοὶ δ΄ οὔτε πατρὸς δόμοι͵ δύστανε͵ μεθορμίσασθαι μόχθων πάρα͵ τῶν τε λέκτρων ἄλλα βασίλεια κρείσσων δόμοισιν ἐπέστα.

ΙΑΣΩΝ

οὐ νῦν κατεῖδον πρῶτον ἀλλὰ πολλάκις τραχεῖαν ὀργὴν ὡς ἀμήχανον κακόν. σοὶ γὰρ παρὸν γῆν τήνδε καὶ δόμους ἔχειν κούφως φερούσῃ κρεισσόνων βουλεύματα͵ λόγων ματαίων οὕνεκ΄ ἐκπεσῇ χθονός. κἀμοὶ μὲν οὐδὲν πρᾶγμα· μὴ παύσῃ ποτὲ λέγουσ΄ Ἰάσον΄ ὡς κάκιστός ἐστ΄ ἀνήρ· ἃ δ΄ ἐς τυράννους ἐστί σοι λελεγμένα͵ πᾶν κέρδος ἡγοῦ ζημιουμένη φυγῇ. κἀγὼ μὲν αἰεὶ βασιλέων θυμουμένων ὀργὰς ἀφῄρουν καί σ΄ ἐβουλόμην μένειν· σὺ δ΄ οὐκ ἀνίεις μωρίας͵ λέγουσ΄ ἀεὶ κακῶς τυράννους· τοιγὰρ ἐκπεσῇ χθονός. ὅμως δὲ κἀκ τῶνδ΄ οὐκ ἀπειρηκὼς φίλοις ἥκω͵ τὸ σὸν δὲ προσκοπούμενος͵ γύναι͵ ὡς μήτ΄ ἀχρήμων σὺν τέκνοισιν ἐκπέσῃς μήτ΄ ἐνδεής του· πόλλ΄ ἐφέλκεται φυγὴ κακὰ ξὺν αὑτῇ. καὶ γὰρ εἰ σύ με στυγεῖς͵ οὐκ ἂν δυναίμην σοὶ κακῶς φρονεῖν ποτε.

ΜΗΔΕΙΑ

ὦ παγκάκιστε͵ τοῦτο γάρ σ΄ εἰπεῖν ἔχω͵ γλώσσῃ μέγιστον εἰς ἀνανδρίαν κακόν· ἦλθες πρὸς ἡμᾶς͵ ἦλθες ἔχθιστος γεγώς ; [θεοῖς τε κἀμοὶ παντί τ΄ ἀνθρώπων γένει ; ] οὔτοι θράσος τόδ΄ ἐστὶν οὐδ΄ εὐτολμία͵ φίλους κακῶς δράσαντ΄ ἐναντίον βλέπειν͵ ἀλλ΄ ἡ μεγίστη τῶν ἐν ἀνθρώποις νόσων πασῶν͵ ἀναίδει΄· εὖ δ΄ ἐποίησας μολών· ἐγώ τε γὰρ λέξασα κουφισθήσομαι ψυχὴν κακῶς σε καὶ σὺ λυπήσῃ κλύων. ἐκ τῶν δὲ πρώτων πρῶτον ἄρξομαι λέγειν. ἔσῳσά σ΄͵ ὡς ἴσασιν Ἑλλήνων ὅσοι ταὐτὸν συνεισέβησαν Ἀργῷον σκάφος͵ πεμφθέντα ταύρων πυρπνόων ἐπιστάτην ζεύγλῃσι καὶ σπεροῦντα θανάσιμον γύην· δράκοντά θ΄͵ ὃς πάγχρυσον ἀμπέχων δέρας σπείραις ἔσῳζε πολυπλόκοις ἄυπνος ὤν͵ κτείνασ΄ ἀνέσχον σοὶ φάος σωτήριον. αὐτὴ δὲ πατέρα καὶ δόμους προδοῦσ΄ ἐμοὺς τὴν Πηλιῶτιν εἰς Ἰωλκὸν ἱκόμην σὺν σοί͵ πρόθυμος μᾶλλον ἢ σοφωτέρα· Πελίαν τ΄ ἀπέκτειν΄͵ ὥσπερ ἄλγιστον θανεῖν͵ παίδων ὑπ΄ αὐτοῦ͵ πάντα τ΄ ἐξεῖλον δόμον. καὶ ταῦθ΄ ὑφ΄ ἡμῶν͵ ὦ κάκιστ΄ ἀνδρῶν͵ παθὼν προύδωκας ἡμᾶς͵ καινὰ δ΄ ἐκτήσω λέχη— παίδων γεγώτων· εἰ γὰρ ἦσθ΄ ἄπαις ἔτι͵ συγγνώστ΄ ἂν ἦν σοι τοῦδ΄ ἐρασθῆναι λέχους. ὅρκων δὲ φρούδη πίστις͵ οὐδ΄ ἔχω μαθεῖν ἦ θεοὺς νομίζεις τοὺς τότ΄ οὐκ ἄρχειν ἔτι͵ ἢ καινὰ κεῖσθαι θέσμι΄ ἀνθρώποις τὰ νῦν͵ ἐπεὶ σύνοισθά γ΄ εἰς ἔμ΄ οὐκ εὔορκος ὤν. φεῦ δεξιὰ χείρ͵ ἧς σὺ πόλλ΄ ἐλαμβάνου͵ καὶ τῶνδε γονάτων͵ ὡς μάτην κεχρῴσμεθα κακοῦ πρὸς ἀνδρός͵ ἐλπίδων δ΄ ἡμάρτομεν. ἄγ΄· ὡς φίλῳ γὰρ ὄντι σοι κοινώσομαι —δοκοῦσα μὲν τί πρός γε σοῦ πράξειν καλῶς ; ὅμως δ΄· ἐρωτηθεὶς γὰρ αἰσχίων φανῇ— νῦν ποῖ τράπωμαι ; πότερα πρὸς πατρὸς δόμους͵ οὓς σοὶ προδοῦσα καὶ πάτραν ἀφικόμην ; ἢ πρὸς ταλαίνας Πελιάδας ; καλῶς γ΄ ἂν οὖν δέξαιντό μ΄ οἴκοις ὧν πατέρα κατέκτανον. ἔχει γὰρ οὕτω· τοῖς μὲν οἴκοθεν φίλοις ἐχθρὰ καθέστηχ΄͵ οὓς δέ μ΄ οὐκ ἐχρῆν κακῶς δρᾶν͵ σοὶ χάριν φέρουσα πολεμίους ἔχω. τοιγάρ με πολλαῖς μακαρίαν Ἑλληνίδων ἔθηκας ἀντὶ τῶνδε· θαυμαστὸν δέ σε ἔχω πόσιν καὶ πιστὸν ἡ τάλαιν΄ ἐγώ͵ εἰ φεύξομαί γε γαῖαν ἐκβεβλημένη͵ φίλων ἔρημος͵ σὺν τέκνοις μόνη μόνοις— καλόν γ΄ ὄνειδος τῷ νεωστὶ νυμφίῳ͵ πτωχοὺς ἀλᾶσθαι παῖδας ἥ τ΄ ἔσῳσά σε. ὦ Ζεῦ͵ τί δὴ χρυσοῦ μὲν ὃς κίβδηλος ᾖ τεκμήρι΄ ἀνθρώποισιν ὤπασας σαφῆ͵ ἀνδρῶν δ΄ ὅτῳ χρὴ τὸν κακὸν διειδέναι͵ οὐδεὶς χαρακτὴρ ἐμπέφυκε σώματι ;

ΧΟΡΟΣ

δεινή τις ὀργὴ καὶ δυσίατος πέλει͵ ὅταν φίλοι φίλοισι συμβάλωσ΄ ἔριν.

ΙΑΣΩΝ

δεῖ μ΄͵ ὡς ἔοικε͵ μὴ κακὸν φῦναι λέγειν͵ ἀλλ΄ ὥστε ναὸς κεδνὸν οἰακοστρόφον ἄκροισι λαίφους κρασπέδοις ὑπεκδραμεῖν τὴν σὴν στόμαργον͵ ὦ γύναι͵ γλωσσαλγίαν. ἐγὼ δ΄͵ ἐπειδὴ καὶ λίαν πυργοῖς χάριν͵ Κύπριν νομίζω τῆς ἐμῆς ναυκληρίας σώτειραν εἶναι θεῶν τε κἀνθρώπων μόνην. σοὶ δ΄ ἔστι μὲν νοῦς λεπτός—ἀλλ΄ ἐπίφθονος λόγος διελθεῖν͵ ὡς Ἔρως σ΄ ἠνάγκασε τόξοις ἀφύκτοις τοὐμὸν ἐκσῷσαι δέμας. ἀλλ΄ οὐκ ἀκριβῶς αὐτὸ θήσομαι λίαν· ὅπῃ γὰρ οὖν ὤνησας͵ οὐ κακῶς ἔχει. μείζω γε μέντοι τῆς ἐμῆς σωτηρίας εἴληφας ἢ δέδωκας͵ ὡς ἐγὼ φράσω. πρῶτον μὲν Ἑλλάδ΄ ἀντὶ βαρβάρου χθονὸς γαῖαν κατοικεῖς καὶ δίκην ἐπίστασαι νόμοις τε χρῆσθαι μὴ πρὸς ἰσχύος χάριν· πάντες δέ σ΄ ᾔσθοντ΄ οὖσαν Ἕλληνες σοφὴν καὶ δόξαν ἔσχες· εἰ δὲ γῆς ἐπ΄ ἐσχάτοις ὅροισιν ᾤκεις͵ οὐκ ἂν ἦν λόγος σέθεν. εἴη δ΄ ἔμοιγε μήτε χρυσὸς ἐν δόμοις μήτ΄ Ὀρφέως κάλλιον ὑμνῆσαι μέλος͵ εἰ μὴ ΄πίσημος ἡ τύχη γένοιτό μοι. τοσαῦτα μέν σοι τῶν ἐμῶν πόνων πέρι ἔλεξ΄· ἅμιλλαν γὰρ σὺ προύθηκας λόγων. ἃ δ΄ ἐς γάμους μοι βασιλικοὺς ὠνείδισας͵ ἐν τῷδε δείξω πρῶτα μὲν σοφὸς γεγώς͵ ἔπειτα σώφρων͵ εἶτα σοὶ μέγας φίλος καὶ παισὶ τοῖς ἐμοῖσιν—ἀλλ΄ ἔχ΄ ἥσυχος. ἐπεὶ μετέστην δεῦρ΄ Ἰωλκίας χθονὸς πολλὰς ἐφέλκων συμφορὰς ἀμηχάνους͵ τί τοῦδ΄ ἂν εὕρημ΄ ηὗρον εὐτυχέστερον ἢ παῖδα γῆμαι βασιλέως φυγὰς γεγώς ; οὐχ͵ ᾗ σὺ κνίζῃ͵ σὸν μὲν ἐχθαίρων λέχος͵ καινῆς δὲ νύμφης ἱμέρῳ πεπληγμένος͵ οὐδ΄ εἰς ἅμιλλαν πολύτεκνον σπουδὴν ἔχων· ἅλις γὰρ οἱ γεγῶτες οὐδὲ μέμφομαι· ἀλλ΄ ὡς͵ τὸ μὲν μέγιστον͵ οἰκοῖμεν καλῶς καὶ μὴ σπανιζοίμεσθα͵ γιγνώσκων ὅτι πένητα φεύγει πᾶς τις ἐκποδὼν φίλος͵ παῖδας δὲ θρέψαιμ΄ ἀξίως δόμων ἐμῶν σπείρας τ΄ ἀδελφοὺς τοῖσιν ἐκ σέθεν τέκνοις ἐς ταὐτὸ θείην͵ καὶ ξυναρτήσας γένος εὐδαιμονοῖμεν. σοί τε γὰρ παίδων τί δεῖ ; ἐμοί τε λύει τοῖσι μέλλουσιν τέκνοις τὰ ζῶντ΄ ὀνῆσαι. μῶν βεβούλευμαι κακῶς ; οὐδ΄ ἂν σὺ φαίης͵ εἴ σε μὴ κνίζοι λέχος. ἀλλ΄ ἐς τοσοῦτον ἥκεθ΄ ὥστ΄ ὀρθουμένης εὐνῆς γυναῖκες πάντ΄ ἔχειν νομίζετε͵ ἢν δ΄ αὖ γένηται ξυμφορά τις ἐς λέχος͵ τὰ λῷστα καὶ κάλλιστα πολεμιώτατα τίθεσθε. χρῆν γὰρ ἄλλοθέν ποθεν βροτοὺς παῖδας τεκνοῦσθαι͵ θῆλυ δ΄ οὐκ εἶναι γένος· χοὕτως ἂν οὐκ ἦν οὐδὲν ἀνθρώποις κακόν.

ΧΟΡΟΣ

Ἰᾶσον͵ εὖ μὲν τούσδ΄ ἐκόσμησας λόγους· ὅμως δ΄ ἔμοιγε͵ κεἰ παρὰ γνώμην ἐρῶ͵ δοκεῖς προδοὺς σὴν ἄλοχον οὐ δίκαια δρᾶν.

ΜΗΔΕΙΑ

ἦ πολλὰ πολλοῖς εἰμι διάφορος βροτῶν. ἐμοὶ γὰρ ὅστις ἄδικος ὢν σοφὸς λέγειν πέφυκε͵ πλείστην ζημίαν ὀφλισκάνει· γλώσσῃ γὰρ αὐχῶν τἄδικ΄ εὖ περιστελεῖν͵ τολμᾷ πανουργεῖν· ἔστι δ΄ οὐκ ἄγαν σοφός. ὡς καὶ σὺ μή νυν εἰς ἔμ΄ εὐσχήμων γένῃ λέγειν τε δεινός. ἓν γὰρ ἐκτενεῖ σ΄ ἔπος· χρῆν σ΄͵ εἴπερ ἦσθα μὴ κακός͵ πείσαντά με γαμεῖν γάμον τόνδ΄͵ ἀλλὰ μὴ σιγῇ φίλων. Ια. καλῶς γ΄ ἄν͵ οἶμαι͵ τῷδ΄ ὑπηρέτεις λόγῳ͵ εἴ σοι γάμον κατεῖπον͵ ἥτις οὐδὲ νῦν τολμᾷς μεθεῖναι καρδίας μέγαν χόλον.

ΜΗΔΕΙΑ

οὐ τοῦτό σ΄ εἶχεν͵ ἀλλὰ βάρβαρον λέχος πρὸς γῆρας οὐκ εὔδοξον ἐξέβαινέ σοι.

ΙΑΣΩΝ

εὖ νῦν τόδ΄ ἴσθι͵ μὴ γυναικὸς οὕνεκα γῆμαί με λέκτρα βασιλέων ἃ νῦν ἔχω͵ ἀλλ΄͵ ὥσπερ εἶπον καὶ πάρος͵ σῷσαι θέλων σέ͵ καὶ τέκνοισι τοῖς ἐμοῖς ὁμοσπόρους φῦσαι τυράννους παῖδας͵ ἔρυμα δώμασι.

ΜΗΔΕΙΑ

μή μοι γένοιτο λυπρὸς εὐδαίμων βίος μηδ΄ ὄλβος ὅστις τὴν ἐμὴν κνίζοι φρένα.

ΙΑΣΩΝ

οἶσθ΄ ὡς μέτευξαι͵ καὶ σοφωτέρα φανῇ ; τὰ χρηστὰ μή σοι λυπρὰ φαίνεσθαι ποτέ͵ μηδ΄ εὐτυχοῦσα δυστυχὴς εἶναι δοκεῖν.

ΜΗΔΕΙΑ

ὕβριζ΄͵ ἐπειδὴ σοὶ μὲν ἔστ΄ ἀποστροφή͵ ἐγὼ δ΄ ἔρημος τήνδε φευξοῦμαι χθόνα.

ΙΑΣΩΝ

αὐτὴ τάδ΄ εἵλου· μηδέν΄ ἄλλον αἰτιῶ.

ΜΗΔΕΙΑ

τί δρῶσα ; μῶν γαμοῦσα καὶ προδοῦσά σε ;

ΙΑΣΩΝ

ἀρὰς τυράννοις ἀνοσίους ἀρωμένη.

ΜΗΔΕΙΑ

καὶ σοῖς ἀραία γ΄ οὖσα τυγχάνω δόμοις.

ΙΑΣΩΝ

ὡς οὐ κρινοῦμαι τῶνδέ σοι τὰ πλείονα. ἀλλ΄͵ εἴ τι βούλῃ παισὶν ἢ σαυτῆς φυγῇ προσωφέλημα χρημάτων ἐμῶν λαβεῖν͵ λέγ΄· ὡς ἕτοιμος ἀφθόνῳ δοῦναι χερὶ ξένοις τε πέμπειν σύμβολ΄͵ οἳ δράσουσί σ΄ εὖ. καὶ ταῦτα μὴ θέλουσα μωρανεῖς͵ γύναι· λήξασα δ΄ ὀργῆς κερδανεῖς ἀμείνονα.

ΜΗΔΕΙΑ

οὔτ΄ ἂν ξένοισι τοῖσι σοῖς χρησαίμεθ΄ ἄν͵ οὔτ΄ ἄν τι δεξαίμεσθα͵ μηδ΄ ἡμῖν δίδου· κακοῦ γὰρ ἀνδρὸς δῶρ΄ ὄνησιν οὐκ ἔχει.

ΙΑΣΩΝ

ἀλλ΄ οὖν ἐγὼ μὲν δαίμονας μαρτύρομαι͵ ὡς πάνθ΄ ὑπουργεῖν σοί τε καὶ τέκνοις θέλω· σοὶ δ΄ οὐκ ἀρέσκει τἀγάθ΄͵ ἀλλ΄ αὐθαδίᾳ φίλους ἀπωθῇ· τοιγὰρ ἀλγυνῇ πλέον.

ΜΗΔΕΙΑ

χώρει· πόθῳ γὰρ τῆς νεοδμήτου κόρης αἱρῇ χρονίζων δωμάτων ἐξώπιος. νύμφευ΄· ἴσως γάρ—σὺν θεῷ δ΄ εἰρήσεται— γαμεῖς τοιοῦτον ὥστε σ΄ ἀρνεῖσθαι γάμον.

ΧΟΡΟΣ

ἔρωτες ὑπὲρ μὲν ἄγαν [στρ. ἐλθόντες οὐκ εὐδοξίαν οὐδ΄ ἀρετὰν παρέδωκαν ἀνδράσιν· εἰ δ΄ ἅλις ἔλθοι Κύπρις͵ οὐκ ἄλλα θεὸς εὔχαρις οὕτως. μήποτ΄͵ ὦ δέσποιν΄͵ ἐπ΄ ἐμοὶ χρυσέων τόξων ἐφείης ἱμέρῳ χρίσασ΄ ἄφυκτον οἰστόν.

στέργοι δέ με σωφροσύνα͵ [ἀντ. δώρημα κάλλιστον θεῶν· μηδέ ποτ΄ ἀμφιλόγους ὀρ γὰς ἀκόρεστά τε νείκη θυμὸν ἐκπλήξασ΄ ἑτέροις ἐπὶ λέκτροις προσβάλοι δεινὰ Κύπρις͵ ἀπτολέμους δ΄ εὐνὰς σεβίζουσ΄ ὀξύφρων κρίνοι λέχη γυναικῶν.

ὦ πατρίς͵ ὦ δώματα͵ μὴ [στρ. δῆτ΄ ἄπολις γενοίμαν τὸν ἀμηχανίας ἔχουσα δυσπέρατον αἰῶν΄͵ οἰκτροτάτων ἀχέων. θανάτῳ θανάτῳ πάρος δαμείην ἁμέραν τάνδ΄ ἐξανύσασα· μό χθων δ΄ οὐκ ἄλλος ὕπερθεν ἢ γᾶς πατρίας στέρεσθαι.

εἴδομεν͵ οὐκ ἐξ ἑτέρων [ἀντ. μῦθον ἔχω φράσασθαι· σὲ γὰρ οὐ πόλις͵ οὐ φίλων τις ᾤκτισεν παθοῦσαν δεινότατον παθέων. ἀχάριστος ὄλοιθ΄͵ ὅτῳ πάρεστιν μὴ φίλους τιμᾶν καθαρᾶν ἀνοί- ξαντα κλῇδα φρενῶν· ἐμοὶ μὲν φίλος οὔποτ΄ ἔσται.

ΑΙΓΕΥΣ

Μήδεια͵ χαῖρε· τοῦδε γὰρ προοίμιον κάλλιον οὐδεὶς οἶδε προσφωνεῖν φίλους.

ΜΗΔΕΙΑ

ὦ χαῖρε καὶ σύ͵ παῖ σοφοῦ Πανδίονος͵ Αἰγεῦ. πόθεν γῆς τῆσδ΄ ἐπιστρωφᾷ πέδον ;

ΑΙΓΕΥΣ

Φοίβου παλαιὸν ἐκλιπὼν χρηστήριον.

ΜΗΔΕΙΑ

τί δ΄ ὀμφαλὸν γῆς θεσπιῳδὸν ἐστάλης ;

ΑΙΓΕΥΣ

παίδων ἐρευνῶν σπέρμ΄ ὅπως γένοιτό μοι.

ΜΗΔΕΙΑ

πρὸς θεῶν—ἄπαις γὰρ δεῦρ΄ ἀεὶ τείνεις βίον ;

ΑΙΓΕΥΣ

ἄπαιδές ἐσμεν δαίμονός τινος τύχῃ.

ΜΗΔΕΙΑ

δάμαρτος οὔσης͵ ἢ λέχους ἄπειρος ὤν ;

ΑΙΓΕΥΣ

οὐκ ἐσμὲν εὐνῆς ἄζυγες γαμηλίου.

ΜΗΔΕΙΑ

τί δῆτα Φοῖβος εἶπέ σοι παίδων πέρι ;

ΑΙΓΕΥΣ

σοφώτερ΄ ἢ κατ΄ ἄνδρα συμβαλεῖν ἔπη.

ΜΗΔΕΙΑ

θέμις μὲν ἡμᾶς χρησμὸν εἰδέναι θεοῦ ;

ΑΙΓΕΥΣ

μάλιστ΄͵ ἐπεί τοι καὶ σοφῆς δεῖται φρενός.

ΜΗΔΕΙΑ

τί δῆτ΄ ἔχρησε ; λέξον͵ εἰ θέμις κλύειν.

ΑΙΓΕΥΣ

ἀσκοῦ με τὸν προύχοντα μὴ λῦσαι πόδα—

ΜΗΔΕΙΑ

πρὶν ἂν τί δράσῃς ἢ τίν΄ ἐξίκῃ χθόνα ;

ΑΙΓΕΥΣ

πρὶν ἂν πατρῴαν αὖθις ἑστίαν μόλω.

ΜΗΔΕΙΑ

σὺ δ΄ ὡς τί χρῄζων τήνδε ναυστολεῖς χθόνα ;

ΑΙΓΕΥΣ

Πιτθεύς τις ἔστι͵ γῆς ἄναξ Τροζηνίας. . . .

ΜΗΔΕΙΑ

παῖς͵ ὡς λέγουσι͵ Πέλοπος͵ εὐσεβέστατος.

ΑΙΓΕΥΣ

τούτῳ θεοῦ μάντευμα κοινῶσαι θέλω.

ΜΗΔΕΙΑ

σοφὸς γὰρ ἁνὴρ καὶ τρίβων τὰ τοιάδε.

ΑΙΓΕΥΣ

κἀμοί γε πάντων φίλτατος δορυξένων.

ΜΗΔΕΙΑ

ἀλλ΄ εὐτυχοίης καὶ τύχοις ὅσων ἐρᾷς.

ΑΙΓΕΥΣ

τί γὰρ σὸν ὄμμα χρώς τε συντέτηχ΄ ὅδε ;

ΜΗΔΕΙΑ

Αἰγεῦ͵ κάκιστός ἐστί μοι πάντων πόσις.

ΑΙΓΕΥΣ

τί φῄς ; σαφῶς μοι σὰς φράσον δυσθυμίας.

ΜΗΔΕΙΑ

ἀδικεῖ μ΄ Ἰάσων οὐδὲν ἐξ ἐμοῦ παθών.

ΑΙΓΕΥΣ

τί χρῆμα δράσας ; φράζε μοι σαφέστερον.

ΜΗΔΕΙΑ

γυναῖκ΄ ἐφ΄ ἡμῖν δεσπότιν δόμων ἔχει.

ΑΙΓΕΥΣ

οὔ που τετόλμηκ΄ ἔργον αἴσχιστον τόδε ;

ΜΗΔΕΙΑ

σάφ΄ ἴσθ΄· ἄτιμοι δ΄ ἐσμὲν οἱ πρὸ τοῦ φίλοι.

ΑΙΓΕΥΣ

πότερον ἐρασθεὶς ἢ σὸν ἐχθαίρων λέχος ;

ΜΗΔΕΙΑ

μέγαν γ΄ ἔρωτα πιστὸς οὐκ ἔφυ φίλοις.

ΑΙΓΕΥΣ

ἴτω νυν͵ εἴπερ͵ ὡς λέγεις͵ ἐστὶν κακός.

ΜΗΔΕΙΑ

ἀνδρῶν τυράννων κῆδος ἠράσθη λαβεῖν.

ΑΙΓΕΥΣ

δίδωσι δ΄ αὐτῷ τίς ; πέραινέ μοι λόγον.

ΜΗΔΕΙΑ

Κρέων͵ ὃς ἄρχει τῆσδε γῆς Κορινθίας.

ΑΙΓΕΥΣ

συγγνωστὰ μέν τἄρ΄ ἦν σε λυπεῖσθαι͵ γύναι.

ΜΗΔΕΙΑ

ὄλωλα· καὶ πρός γ΄ ἐξελαύνομαι χθονός.

ΑΙΓΕΥΣ

πρὸς τοῦ ; τόδ΄ ἄλλο καινὸν αὖ λέγεις κακόν.

ΜΗΔΕΙΑ

Κρέων μ΄ ἐλαύνει φυγάδα γῆς Κορινθίας.

ΑΙΓΕΥΣ

ἐᾷ δ΄ Ἰάσων ; οὐδὲ ταῦτ΄ ἐπῄνεσα.

ΜΗΔΕΙΑ

λόγῳ μὲν οὐχί͵ καρτερεῖν δὲ βούλεται. ἀλλ΄ ἄντομαί σε τῆσδε πρὸς γενειάδος γονάτων τε τῶν σῶν ἱκεσία τε γίγνομαι͵ οἴκτιρον οἴκτιρόν με τὴν δυσδαίμονα καὶ μή μ΄ ἔρημον ἐκπεσοῦσαν εἰσίδῃς͵ δέξαι δὲ χώρᾳ καὶ δόμοις ἐφέστιον. οὕτως ἔρως σοὶ πρὸς θεῶν τελεσφόρος γένοιτο παίδων͵ καὐτὸς ὄλβιος θάνοις. εὕρημα δ΄ οὐκ οἶσθ΄ οἷον ηὕρηκας τόδε· παύσω δέ σ΄ ὄντ΄ ἄπαιδα καὶ παίδων γονὰς σπεῖραί σε θήσω· τοιάδ΄ οἶδα φάρμακα.

ΑΙΓΕΥΣ

πολλῶν ἕκατι τήνδε σοι δοῦναι χάριν͵ γύναι͵ πρόθυμός εἰμι͵ πρῶτα μὲν θεῶν͵ ἔπειτα παίδων ὧν ἐπαγγέλλῃ γονάς· ἐς τοῦτο γὰρ δὴ φροῦδός εἰμι πᾶς ἐγώ. οὕτω δ΄ ἔχει μοι· σοῦ μὲν ἐλθούσης χθόνα͵ πειράσομαί σου προξενεῖν δίκαιος ὤν. τόσον γε μέντοι σοι προσημαίνω͵ γύναι· ἐκ τῆσδε μὲν γῆς οὔ σ΄ ἄγειν βουλήσομαι͵ αὐτὴ δ΄ ἐάνπερ εἰς ἐμοὺς ἔλθῃς δόμους͵ μενεῖς ἄσυλος κοὔ σε μὴ μεθῶ τινι. ἐκ τῆσδε δ΄ αὐτὴ γῆς ἀπαλλάσσου πόδα· ἀναίτιος γὰρ καὶ ξένοις εἶναι θέλω.

ΜΗΔΕΙΑ

ἔσται τάδ΄· ἀλλὰ πίστις εἰ γένοιτό μοι τούτων͵ ἔχοιμ΄ ἂν πάντα πρὸς σέθεν καλῶς.

ΑΙΓΕΥΣ

μῶν οὐ πέποιθας ; ἢ τί σοι τὸ δυσχερές ;

ΜΗΔΕΙΑ

πέποιθα· Πελίου δ΄ ἐχθρός ἐστί μοι δόμος Κρέων τε. τούτοις δ΄ ὁρκίοισι μὲν ζυγεὶς ἄγουσιν οὐ μεθεῖ΄ ἂν ἐκ γαίας ἐμέ· λόγοις δὲ συμβὰς καὶ θεῶν ἀνώμοτος φίλος γένοι΄ ἂν τἀπικηρυκεύματα·— οὐκ ἂν πίθοιο· τἀμὰ μὲν γὰρ ἀσθενῆ͵ τοῖς δ΄ ὄλβος ἐστὶ καὶ δόμος τυραννικός.

ΑΙΓΕΥΣ

πολλὴν ἔλεξας ἐν λόγοις προμηθίαν· ἀλλ΄͵ εἰ δοκεῖ σοι͵ δρᾶν τάδ΄ οὐκ ἀφίσταμαι. ἐμοί τε γὰρ τάδ΄ ἐστὶν ἀσφαλέστατα͵ σκῆψίν τιν΄ ἐχθροῖς σοῖς ἔχοντα δεικνύναι͵ τὸ σόν τ΄ ἄραρε μᾶλλον· ἐξηγοῦ θεούς.

ΜΗΔΕΙΑ

ὄμνυ πέδον Γῆς͵ πατέρα θ΄ ῞Ηλιον πατρὸς τοὐμοῦ͵ θεῶν τε συντιθεὶς ἅπαν γένος.

ΑΙΓΕΥΣ

τί χρῆμα δράσειν ἢ τί μὴ δράσειν ; λέγε.

ΜΗΔΕΙΑ

μήτ΄ αὐτὸς ἐκ γῆς σῆς ἔμ΄ ἐκβαλεῖν ποτε͵ μήτ΄ ἄλλος ἤν τις τῶν ἐμῶν ἐχθρῶν ἄγειν χρῄζῃ͵ μεθήσειν ζῶν ἑκουσίῳ τρόπῳ.

ΑΙΓΕΥΣ

ὄμνυμι Γαῖαν Ἡλίου θ΄ ἁγνὸν σέβας θεούς τε πάντας ἐμμενεῖν ἅ σου κλύω.

ΜΗΔΕΙΑ

ἀρκεῖ· τί δ΄ ὅρκῳ τῷδε μὴ ΄μμένων πάθοις ; ΑΙΓΕΥΣ. ἃ τοῖσι δυσσεβοῦσι γίγνεται βροτῶν.

ΜΗΔΕΙΑ

χαίρων πορεύου· πάντα γὰρ καλῶς ἔχει. κἀγὼ πόλιν σὴν ὡς τάχιστ΄ ἀφίξομαι͵ πράξασ΄ ἃ μέλλω καὶ τυχοῦσ΄ ἃ βούλομαι.

ΧΟΡΟΣ

ἀλλά σ΄ ὁ Μαίας πομπαῖος ἄναξ πελάσειε δόμοις͵ ὧν τ΄ ἐπίνοιαν σπεύδεις κατέχων πράξειας͵ ἐπεὶ γενναῖος ἀνήρ͵ Αἰγεῦ͵ παρ΄ ἐμοὶ δεδόκησαι.

ΜΗΔΕΙΑ

ὦ Ζεῦ Δίκη τε Ζηνὸς Ἡλίου τε φῶς͵ νῦν καλλίνικοι τῶν ἐμῶν ἐχθρῶν͵ φίλαι͵ γενησόμεσθα κεἰς ὁδὸν βεβήκαμεν· νῦν [δ΄] ἐλπὶς ἐχθροὺς τοὺς ἐμοὺς τείσειν δίκην. οὗτος γὰρ ἁνὴρ ᾗ μάλιστ΄ ἐκάμνομεν λιμὴν πέφανται τῶν ἐμῶν βουλευμάτων· ἐκ τοῦδ΄ ἀναψόμεσθα πρυμνήτην κάλων͵ μολόντες ἄστυ καὶ πόλισμα Παλλάδος. ἤδη δὲ πάντα τἀμά σοι βουλεύματα λέξω· δέχου δὲ μὴ πρὸς ἡδονὴν λόγους. πέμψασ΄ ἐμῶν τιν΄ οἰκετῶν Ἰάσονα ἐς ὄψιν ἐλθεῖν τὴν ἐμὴν αἰτήσομαι· μολόντι δ΄ αὐτῷ μαλθακοὺς λέξω λόγους͵ ὡς καὶ δοκεῖ μοι ταὐτά͵ καὶ καλῶς ἔχειν γάμους τυράννων οὓς προδοὺς ἡμᾶς ἔχει· καὶ ξύμφορ΄ εἶναι καὶ καλῶς ἐγνωσμένα. παῖδας δὲ μεῖναι τοὺς ἐμοὺς αἰτήσομαι͵ οὐχ ὡς λιποῦσ΄ ἂν πολεμίας ἐπὶ χθονὸς ἐχθροῖσι παῖδας τοὺς ἐμοὺς καθυβρίσαι͵ ἀλλ΄ ὡς δόλοισι παῖδα βασιλέως κτάνω. πέμψω γὰρ αὐτοὺς δῶρ΄ ἔχοντας ἐν χεροῖν͵ νύμφῃ φέροντας͵ τήνδε μὴ φυγεῖν χθόνα͵ λεπτόν τε πέπλον καὶ πλόκον χρυσήλατον· κἄνπερ λαβοῦσα κόσμον ἀμφιθῇ χροΐ͵ κακῶς ὀλεῖται πᾶς θ΄ ὃς ἂν θίγῃ κόρης· τοιοῖσδε χρίσω φαρμάκοις δωρήματα. ἐνταῦθα μέντοι τόνδ΄ ἀπαλλάσσω λόγον· ᾤμωξα δ΄ οἷον ἔργον ἔστ΄ ἐργαστέον τοὐντεῦθεν ἡμῖν· τέκνα γὰρ κατακτενῶ τἄμ΄· οὔτις ἔστιν ὅστις ἐξαιρήσεται· δόμον τε πάντα συγχέασ΄ Ἰάσονος ἔξειμι γαίας͵ φιλτάτων παίδων φόνον φεύγουσα καὶ τλᾶσ΄ ἔργον ἀνοσιώτατον. οὐ γὰρ γελᾶσθαι τλητὸν ἐξ ἐχθρῶν͵ φίλαι. ἴτω· τί μοι ζῆν κέρδος ; οὔτε μοι πατρὶς οὔτ΄ οἶκος ἔστιν οὔτ΄ ἀποστροφὴ κακῶν. ἡμάρτανον τόθ΄ ἡνίκ΄ ἐξελίμπανον δόμους πατρῴους͵ ἀνδρὸς Ἕλληνος λόγοις πεισθεῖσ΄͵ ὃς ἡμῖν σὺν θεῷ τείσει δίκην. οὔτ΄ ἐξ ἐμοῦ γὰρ παῖδας ὄψεταί ποτε ζῶντας τὸ λοιπὸν οὔτε τῆς νεοζύγου νύμφης τεκνώσει παῖδ΄͵ ἐπεὶ κακῶς κακὴν θανεῖν σφ΄ ἀνάγκη τοῖς ἐμοῖσι φαρμάκοις. μηδείς με φαύλην κἀσθενῆ νομιζέτω μηδ΄ ἡσυχαίαν͵ ἀλλὰ θατέρου τρόπου͵ βαρεῖαν ἐχθροῖς καὶ φίλοισιν εὐμενῆ· τῶν γὰρ τοιούτων εὐκλεέστατος βίος.

ΧΟΡΟΣ

ἐπείπερ ἡμῖν τόνδ΄ ἐκοίνωσας λόγον͵ σέ τ΄ ὠφελεῖν θέλουσα͵ καὶ νόμοις βροτῶν ξυλλαμβάνουσα͵ δρᾶν σ΄ ἀπεννέπω τάδε.

ΜΗΔΕΙΑ

οὐκ ἔστιν ἄλλως· σοὶ δὲ συγγνώμη λέγειν τάδ΄ ἐστί͵ μὴ πάσχουσαν͵ ὡς ἐγώ͵ κακῶς.

ΧΟΡΟΣ

ἀλλὰ κτανεῖν σὸν σπέρμα τολμήσεις͵ γύναι ;

ΜΗΔΕΙΑ

οὕτω γὰρ ἂν μάλιστα δηχθείη πόσις.

ΧΟΡΟΣ

σὺ δ΄ ἂν γένοιό γ΄ ἀθλιωτάτη γυνή.

ΜΗΔΕΙΑ

ἴτω· περισσοὶ πάντες οὑν μέσῳ λόγοι. ἀλλ΄ εἶα χώρει καὶ κόμιζ΄ Ἰάσονα· ἐς πάντα γὰρ δὴ σοὶ τὰ πιστὰ χρώμεθα. λέξῃς δὲ μηδὲν τῶν ἐμοὶ δεδογμένων͵ εἴπερ φρονεῖς εὖ δεσπόταις γυνή τ΄ ἔφυς.

ΧΟΡΟΣ

Ἐρεχθεΐδαι τὸ παλαιὸν ὄλβιοι [στρ. καὶ θεῶν παῖδες μακάρων͵ ἱερᾶς χώρας ἀπορθήτου τ΄ ἄπο͵ φερβόμενοι κλεινοτάταν σοφίαν͵ αἰεὶ διὰ λαμπροτάτου βαίνοντες ἁβρῶς αἰθέρος͵ ἔνθα ποθ΄ ἁγνὰς ἐννέα Πιερίδας Μούσας λέγουσι ξανθὰν Ἁρμονίαν φυτεῦσαι·

τοῦ καλλινάου τ΄ ἐπὶ Κηφισοῦ ῥοαῖς [ἀντ. τὰν Κύπριν κλῄζουσιν ἀφυσσαμέναν χώραν καταπνεῦσαι μετρίας ἀνέμων ἡδυπνόους αὔρας· αἰεὶ δ΄ ἐπιβαλλομέναν χαίταισιν εὐώδη ῥοδέων πλόκον ἀνθέων τᾷ Σοφίᾳ παρέδρους πέμπειν Ἔρωτας͵ παντοίας ἀρετᾶς ξυνεργούς.

πῶς οὖν ἱερῶν ποταμῶν [στρ. ἢ πόλις ; ἦ φίλων πόμπιμός σε χώρα τὰν παιδολέτειραν ἕξει͵ τὰν οὐχ ὁσίαν μετ΄ ἄλλων ; σκέψαι τεκέων πλαγάν͵ σκέψαι φόνον οἷον αἴρῃ. μή͵ πρὸς γονάτων σε πάντη πάντως ἱκετεύομεν͵ τέκνα φονεύσῃς.

πόθεν θράσος ἢ φρενὸς ἢ [ἀντ. χειρὶ τέκνων σέθεν καρδίᾳ τε λήψῃ δεινὰν προσάγουσα τόλμαν ; πῶς δ΄ ὄμματα προσβαλοῦσα τέκνοις ἄδακρυν μοῖραν σχήσεις φόνου ; οὐ δυνάσῃ͵ παίδων ἱκετᾶν πιτνόντων͵ τέγξαι χέρα φοινίαν τλάμονι θυμῷ.

ΙΑΣΩΝ

ἥκω κελευσθείς· καὶ γὰρ οὖσα δυσμενὴς οὔ τἂν ἁμάρτοις τοῦδέ γ΄͵ ἀλλ΄ ἀκούσομαι τί χρῆμα βούλῃ καινὸν ἐξ ἐμοῦ͵ γύναι.

ΜΗΔΕΙΑ

Ἰᾶσον͵ αἰτοῦμαί σε τῶν εἰρημένων συγγνώμον΄ εἶναι· τὰς δ΄ ἐμὰς ὀργὰς φέρειν εἰκός σ΄͵ ἐπεὶ νῷν πόλλ΄ ὑπείργασται φίλα. ἐγὼ δ΄ ἐμαυτῇ διὰ λόγων ἀφικόμην κἀλοιδόρησα· Σχετλία͵ τί μαίνομαι καὶ δυσμεναίνω τοῖσι βουλεύουσιν εὖ͵ ἐχθρὰ δὲ γαίας κοιράνοις καθίσταμαι πόσει θ΄͵ ὃς ἡμῖν δρᾷ τὰ συμφορώτατα͵ γήμας τύραννον καὶ κασιγνήτους τέκνοις ἐμοῖς φυτεύων ; οὐκ ἀπαλλαχθήσομαι θυμοῦ—τί πάσχω ; — θεῶν ποριζόντων καλῶς ; οὐκ εἰσὶ μέν μοι παῖδες͵ οἶδα δὲ χθόνα φεύγοντας ἡμᾶς καὶ σπανίζοντας φίλων ; ταῦτ΄ ἐννοήσασ΄ ᾐσθόμην ἀβουλίαν πολλὴν ἔχουσα καὶ μάτην θυμουμένη. νῦν οὖν ἐπαινῶ· σωφρονεῖν τ΄ ἐμοὶ δοκεῖς κῆδος τόδ΄ ἡμῖν προσλαβών͵ ἐγὼ δ΄ ἄφρων͵ ᾗ χρῆν μετεῖναι τῶνδε τῶν βουλευμάτων͵ καὶ ξυγγαμεῖν σοι͵ καὶ παρεστάναι λέχει νύμφην τε κηδεύουσαν ἥδεσθαι σέθεν. ἀλλ΄ ἐσμὲν οἷόν ἐσμεν͵ οὐκ ἐρῶ κακόν͵ γυναῖκες· οὔκουν χρῆν σ΄ ὁμοιοῦσθαι κακοῖς͵ οὐδ΄ ἀντιτείνειν νήπι΄ ἀντὶ νηπίων. παριέμεσθα͵ καί φαμεν κακῶς φρονεῖν τότ΄͵ ἀλλ΄ ἄμεινον νῦν βεβούλευμαι τάδε· ὦ τέκνα τέκνα͵ δεῦτε͵ λείπετε στέγας͵ ἐξέλθετ΄͵ ἀσπάσασθε καὶ προσείπατε πατέρα μεθ΄ ἡμῶν͵ καὶ διαλλάχθηθ΄ ἅμα τῆς πρόσθεν ἔχθρας ἐς φίλους μητρὸς μέτα· σπονδαὶ γὰρ ἡμῖν καὶ μεθέστηκεν χόλος. λάβεσθε χειρὸς δεξιᾶς· οἴμοι͵ κακῶν ὡς ἐννοοῦμαι δή τι τῶν κεκρυμμένων. ἆρ΄͵ ὦ τέκν΄͵ οὕτω καὶ πολὺν ζῶντες χρόνον φίλην ὀρέξετ΄ ὠλένην ; τάλαιν΄ ἐγώ͵ ὡς ἀρτίδακρύς εἰμι καὶ φόβου πλέα. χρόνῳ δὲ νεῖκος πατρὸς ἐξαιρουμένη ὄψιν τέρειναν τήνδ΄ ἔπλησα δακρύων.

ΧΟΡΟΣ

κἀμοὶ κατ΄ ὄσσων χλωρὸν ὡρμήθη δάκρυ· καὶ μὴ προβαίη μεῖζον ἢ τὸ νῦν κακόν.

ΙΑΣΩΝ

αἰνῶ͵ γύναι͵ τάδ΄͵ οὐδ΄ ἐκεῖνα μέμφομαι· εἰκὸς γὰρ ὀργὰς θῆλυ ποιεῖσθαι γένος γάμου παρεμπολῶντος ἀλλοίου πόσει. ἀλλ΄ ἐς τὸ λῷον σὸν μεθέστηκεν κέαρ͵ ἔγνως δὲ τὴν νικῶσαν͵ ἀλλὰ τῷ χρόνῳ͵ βουλήν· γυναικὸς ἔργα ταῦτα σώφρονος. ὑμῖν δέ͵ παῖδες͵ οὐκ ἀφροντίστως πατὴρ πολλὴν ἔθηκε σὺν θεοῖς σωτηρίαν· οἶμαι γὰρ ὑμᾶς τῆσδε γῆς Κορινθίας τὰ πρῶτ΄ ἔσεσθαι σὺν κασιγνήτοις ἔτι. ἀλλ΄ αὐξάνεσθε· τἄλλα δ΄ ἐξεργάζεται πατήρ τε καὶ θεῶν ὅστις ἐστὶν εὐμενής· ἴδοιμι δ΄ ὑμᾶς εὐτραφεῖς ἥβης τέλος μολόντας͵ ἐχθρῶν τῶν ἐμῶν ὑπερτέρους. αὕτη͵ τί χλωροῖς δακρύοις τέγγεις κόρας͵ στρέψασα λευκὴν ἔμπαλιν παρηίδα ; κοὐκ ἀσμένη τόνδ΄ ἐξ ἐμοῦ δέχῃ λόγον ;

ΜΗΔΕΙΑ

οὐδέν. τέκνων τῶνδ΄ ἐννοουμένη πέρι.

ΙΑΣΩΝ

θάρσει νυν· εὖ γὰρ τῶνδ΄ ἐγὼ θήσω πέρι.

ΜΗΔΕΙΑ

δράσω τάδ΄· οὔτοι σοῖς ἀπιστήσω λόγοις· γυνὴ δὲ θῆλυ κἀπὶ δακρύοις ἔφυ.

ΙΑΣΩΝ

τί δῆτα λίαν τοῖσδ΄ ἐπιστένεις τέκνοις ;

ΜΗΔΕΙΑ

ἔτικτον αὐτούς· ζῆν δ΄ ὅτ΄ ἐξηύχου τέκνα͵ ἐσῆλθέ μ΄ οἶκτος εἰ γενήσεται τάδε. ἀλλ΄ ὧνπερ οὕνεκ΄ εἰς ἐμοὺς ἥκεις λόγους͵ τὰ μὲν λέλεκται͵ τῶν δ΄ ἐγὼ μνησθήσομαι. ἐπεὶ τυράννοις γῆς μ΄ ἀποστεῖλαι δοκεῖ κἀμοὶ τάδ΄ ἐστὶ λῷστα͵ γιγνώσκω καλῶς͵ μήτ΄ ἐμποδὼν σοὶ μήτε κοιράνοις χθονὸς ναίειν· δοκῶ γὰρ δυσμενὴς εἶναι δόμοις— ἡμεῖς μὲν ἐκ γῆς τῆσδ΄ ἀπαίρομεν φυγῇ͵ παῖδες δ΄ ὅπως ἂν ἐκτραφῶσι σῇ χερί͵ αἰτοῦ Κρέοντα τήνδε μὴ φεύγειν χθόνα.

ΙΑΣΩΝ

οὐκ οἶδ΄ ἂν εἰ πείσαιμι͵ πειρᾶσθαι δὲ χρή.

ΜΗΔΕΙΑ

σὺ δ΄ ἀλλὰ σὴν κέλευσον αἰτεῖσθαι πατρὸς γυναῖκα παῖδας τήνδε μὴ φεύγειν χθόνα.

ΙΑΣΩΝ

μάλιστα͵ καὶ πείσειν γε δοξάζω σφ΄ ἐγώ.

ΜΗΔΕΙΑ

εἴπερ γυναικῶν ἐστι τῶν ἄλλων μία. συλλήψομαι δὲ τοῦδέ σοι κἀγὼ πόνου· πέμψω γὰρ αὐτῇ δῶρ΄ ἃ καλλιστεύεται τῶν νῦν ἐν ἀνθρώποισιν͵ οἶδ΄ ἐγώ͵ πολύ͵ λεπτόν τε πέπλον καὶ πλόκον χρυσήλατον παῖδας φέροντας. ἀλλ΄ ὅσον τάχος χρεὼν κόσμον κομίζειν δεῦρο προσπόλων τινά. εὐδαιμονήσει δ΄ οὐχ ἕν͵ ἀλλὰ μυρία͵ ἀνδρός τ΄ ἀρίστου σοῦ τυχοῦσ΄ ὁμευνέτου κεκτημένη τε κόσμον ὅν ποθ΄ ῞Ηλιος πατρὸς πατὴρ δίδωσιν ἐκγόνοισιν οἷς. λάζυσθε φερνὰς τάσδε͵ παῖδες͵ ἐς χέρας καὶ τῇ τυράννῳ μακαρίᾳ νύμφῃ δότε φέροντες· οὔτοι δῶρα μεμπτὰ δέξεται.

ΙΑΣΩΝ

τί δ΄͵ ὦ ματαία͵ τῶνδε σὰς κενοῖς χέρας ; δοκεῖς σπανίζειν δῶμα βασίλειον πέπλων͵ δοκεῖς δὲ χρυσοῦ ; σῷζε͵ μὴ δίδου τάδε. εἴπερ γὰρ ἡμᾶς ἀξιοῖ λόγου τινὸς γυνή͵ προθήσει χρημάτων͵ σάφ΄ οἶδ΄ ἐγώ.

ΜΗΔΕΙΑ

μή μοι σύ· πείθειν δῶρα καὶ θεοὺς λόγος· χρυσὸς δὲ κρείσσων μυρίων λόγων βροτοῖς. κείνης ὁ δαίμων͵ κεῖνα νῦν αὔξει θεός͵ νέα τυραννεῖ· τῶν δ΄ ἐμῶν παίδων φυγὰς ψυχῆς ἂν ἀλλαξαίμεθ΄͵ οὐ χρυσοῦ μόνον. ἀλλ΄͵ ὦ τέκν΄͵ εἰσελθόντε πλουσίους δόμους πατρὸς νέαν γυναῖκα͵ δεσπότιν δ΄ ἐμήν͵ ἱκετεύετ΄͵ ἐξαιτεῖσθε μὴ φυγεῖν χθόνα͵ κόσμον διδόντες—τοῦδε γὰρ μάλιστα δεῖ— ἐς χεῖρ΄ ἐκείνης δῶρα δέξασθαι τάδε. ἴθ΄ ὡς τάχιστα· μητρὶ δ΄ ὧν ἐρᾷ τυχεῖν εὐάγγελοι γένοισθε πράξαντες καλῶς.

ΧΟΡΟΣ

νῦν ἐλπίδες οὐκέτι μοι παίδων ζόας͵ [στρ. οὐκέτι· στείχουσι γὰρ ἐς φόνον ἤδη. δέξεται νύμφα χρυσέων ἀναδεσμῶν δέξεται δύστανος ἄταν· ξανθᾷ δ΄ ἀμφὶ κόμᾳ θήσει τὸν Ἅιδα κόσμον αὐτὰ χεροῖν. [λαβοῦσα.]

πείσει χάρις ἀμβρόσιός τ΄ αὐγὰ πέπλων [ἀντ. χρυσέων τευκτὸν στέφανον περιθέσθαι· νερτέροις δ΄ ἤδη πάρα νυμφοκομήσει. τοῖον εἰς ἕρκος πεσεῖται καὶ μοῖραν θανάτου δύστανος· ἄταν δ΄ οὐχ ὑπεκφεύξεται.

σὺ δ΄͵ ὦ τάλαν͵ ὦ κακόνυμφε κηδεμὼν τυράννων͵ [στρ. παισὶν οὐ κατειδὼς 990 ὄλεθρον βιοτᾷ προσάγεις ἀλόχῳ τε σᾷ στυγερὸν θάνατον. δύστανε μοίρας ὅσον παροίχῃ.

μεταστένομαι δὲ σὸν ἄλγος͵ ὦ τάλαινα παίδων [ἀντ. μᾶτερ͵ ἃ φονεύσεις τέκνα νυμφιδίων ἕνεκεν λεχέων͵ ἅ σοι προλιπὼν ἀνόμως 1000 ἄλλᾳ ξυνοικεῖ πόσις συνεύνῳ.

ΠΑΙΔΑΓΩΓΟΣ

δέσποιν΄͵ ἀφεῖνται παῖδες οἵδε σοὶ φυγῆς͵ καὶ δῶρα νύμφη βασιλὶς ἀσμένη χεροῖν ἐδέξατ΄· εἰρήνη δὲ τἀκεῖθεν τέκνοις. ἔα. τί συγχυθεῖσ΄ ἕστηκας ἡνίκ΄ εὐτυχεῖς ; [τί σὴν ἔστρεψας ἔμπαλιν παρηίδα κοὐκ ἀσμένη τόνδ΄ ἐξ ἐμοῦ δέχῃ λόγον ; ]

ΜΗΔΕΙΑ

αἰαῖ.

ΠΑΙΔΑΓΩΓΟΣ

τάδ΄ οὐ ξυνῳδὰ τοῖσιν ἐξηγγελμένοις.

ΜΗΔΕΙΑ

αἰαῖ μάλ΄ αὖθις.

ΠΑΙΔΑΓΩΓΟΣ

μῶν τιν΄ ἀγγέλλων τύχην οὐκ οἶδα͵ δόξης δ΄ ἐσφάλην εὐαγγέλου ;

ΜΗΔΕΙΑ

ἤγγειλας οἷ΄ ἤγγειλας· οὐ σὲ μέμφομαι.

ΠΑΙΔΑΓΩΓΟΣ

τί δαὶ κατηφεῖς ὄμμα καὶ δακρυρροεῖς ;

ΜΗΔΕΙΑ

πολλή μ΄ ἀνάγκη͵ πρέσβυ· ταῦτα γὰρ θεοὶ κἀγὼ κακῶς φρονοῦσ΄ ἐμηχανησάμην.

ΠΑΙΔΑΓΩΓΟΣ

θάρσει· κάτει τοι καὶ σὺ πρὸς τέκνων ἔτι.

ΜΗΔΕΙΑ

ἄλλους κατάξω πρόσθεν ἡ τάλαιν΄ ἐγώ.

ΠΑΙΔΑΓΩΓΟΣ

οὔτοι μόνη σὺ σῶν ἀπεζύγης τέκνων· κούφως φέρειν χρὴ θνητὸν ὄντα συμφοράς.

ΜΗΔΕΙΑ

δράσω τάδ΄. ἀλλὰ βαῖνε δωμάτων ἔσω καὶ παισὶ πόρσυν΄ οἷα χρὴ καθ΄ ἡμέραν. ὦ τέκνα τέκνα͵ σφῷν μὲν ἔστι δὴ πόλις καὶ δῶμ΄͵ ἐν ᾧ͵ λιπόντες ἀθλίαν ἐμέ͵ οἰκήσετ΄ αἰεὶ μητρὸς ἐστερημένοι· ἐγὼ δ΄ ἐς ἄλλην γαῖαν εἶμι δὴ φυγάς͵ πρὶν σφῷν ὀνάσθαι κἀπιδεῖν εὐδαίμονας͵ πρὶν λέκτρα καὶ γυναῖκα καὶ γαμηλίους εὐνὰς ἀγῆλαι λαμπάδας τ΄ ἀνασχεθεῖν. ὦ δυστάλαινα τῆς ἐμῆς αὐθαδίας. ἄλλως ἄρ΄ ὑμᾶς͵ ὦ τέκν΄͵ ἐξεθρεψάμην͵ ἄλλως δ΄ ἐμόχθουν καὶ κατεξάνθην πόνοις͵ στερρὰς ἐνεγκοῦσ΄ ἐν τόκοις ἀλγηδόνας. ἦ μήν ποθ΄ ἡ δύστηνος εἶχον ἐλπίδας πολλὰς ἐν ὑμῖν͵ γηροβοσκήσειν τ΄ ἐμὲ καὶ κατθανοῦσαν χερσὶν εὖ περιστελεῖν͵ ζηλωτὸν ἀνθρώποισι· νῦν δ΄ ὄλωλε δὴ γλυκεῖα φροντίς. σφῷν γὰρ ἐστερημένη λυπρὸν διάξω βίοτον ἀλγεινόν τ΄ ἐμοί. ὑμεῖς δὲ μητέρ΄ οὐκέτ΄ ὄμμασιν φίλοις ὄψεσθ΄͵ ἐς ἄλλο σχῆμ΄ ἀποστάντες βίου. φεῦ φεῦ· τί προσδέρκεσθέ μ΄ ὄμμασιν͵ τέκνα ; τί προσγελᾶτε τὸν πανύστατον γέλων ; αἰαῖ· τί δράσω ; καρδία γὰρ οἴχεται͵ γυναῖκες͵ ὄμμα φαιδρὸν ὡς εἶδον τέκνων. οὐκ ἂν δυναίμην· χαιρέτω βουλεύματα τὰ πρόσθεν· ἄξω παῖδας ἐκ γαίας ἐμούς. τί δεῖ με πατέρα τῶνδε τοῖς τούτων κακοῖς λυποῦσαν αὐτὴν δὶς τόσα κτᾶσθαι κακά ; οὐ δῆτ΄ ἔγωγε. χαιρέτω βουλεύματα. καίτοι τί πάσχω ; βούλομαι γέλωτ΄ ὀφλεῖν ἐχθροὺς μεθεῖσα τοὺς ἐμοὺς ἀζημίους ; τολμητέον τάδ΄. ἀλλὰ τῆς ἐμῆς κάκης͵ τὸ καὶ προσέσθαι μαλθακοὺς λόγους φρενί. χωρεῖτε͵ παῖδες͵ ἐς δόμους. ὅτῳ δὲ μὴ θέμις παρεῖναι τοῖς ἐμοῖσι θύμασιν͵ αὐτῷ μελήσει· χεῖρα δ΄ οὐ διαφθερῶ. ἆ ἆ. μὴ δῆτα͵ θυμέ͵ μὴ σύ γ΄ ἐργάσῃ τάδε· ἔασον αὐτούς͵ ὦ τάλαν͵ φεῖσαι τέκνων· ἐκεῖ μεθ΄ ἡμῶν ζῶντες εὐφρανοῦσί σε. μὰ τοὺς παρ΄ Ἅιδῃ νερτέρους ἀλάστορας͵ οὔτοι ποτ΄ ἔσται τοῦθ΄ ὅπως ἐχθροῖς ἐγὼ παῖδας παρήσω τοὺς ἐμοὺς καθυβρίσαι. [πάντως σφ΄ ἀνάγκη κατθανεῖν· ἐπεὶ δὲ χρή͵ ἡμεῖς κτενοῦμεν οἵπερ ἐξεφύσαμεν.] πάντως πέπρακται ταῦτα κοὐκ ἐκφεύξεται. καὶ δὴ ΄πὶ κρατὶ στέφανος͵ ἐν πέπλοισι δὲ νύμφη τύραννος ὄλλυται͵ σάφ΄ οἶδ΄ ἐγώ. ἀλλ΄͵ εἶμι γὰρ δὴ τλημονεστάτην ὁδόν͵ καὶ τούσδε πέμψω τλημονεστέραν ἔτι͵ παῖδας προσειπεῖν βούλομαι. —δότ΄͵ ὦ τέκνα͵ δότ΄ ἀσπάσασθαι μητρὶ δεξιὰν χέρα. ὦ φιλτάτη χείρ͵ φίλτατον δέ μοι στόμα καὶ σχῆμα καὶ πρόσωπον εὐγενὲς τέκνων͵ εὐδαιμονοῖτον͵ ἀλλ΄ ἐκεῖ· τὰ δ΄ ἐνθάδε πατὴρ ἀφείλετ΄. ὦ γλυκεῖα προσβολή͵ ὦ μαλθακὸς χρὼς πνεῦμά θ΄ ἥδιστον τέκνων. χωρεῖτε χωρεῖτ΄· οὐκέτ΄ εἰμὶ προσβλέπειν οἵα τε πρὸς ὑμᾶς͵ ἀλλὰ νικῶμαι κακοῖς. καὶ μανθάνω μὲν οἷα δρᾶν μέλλω κακά͵ θυμὸς δὲ κρείσσων τῶν ἐμῶν βουλευμάτων͵ ὅσπερ μεγίστων αἴτιος κακῶν βροτοῖς.

ΧΟΡΟΣ

πολλάκις ἤδη διὰ λεπτοτέρων μύθων ἔμολον καὶ πρὸς ἁμίλλας ἦλθον μείζους ἢ χρὴ γενεὰν θῆλυν ἐρευνᾶν· ἀλλὰ γὰρ ἔστιν μοῦσα καὶ ἡμῖν͵ ἣ προσομιλεῖ σοφίας ἕνεκεν· πάσαισι μὲν οὔ· παῦρον δὲ δὴ γένος ἐν πολλαῖς εὕροις ἂν ἴσως κοὐκ ἀπόμουσον τὸ γυναικῶν. καί φημι βροτῶν οἵτινές εἰσιν πάμπαν ἄπειροι μηδ΄ ἐφύτευσαν παῖδας͵ προφέρειν εἰς εὐτυχίαν τῶν γειναμένων. οἱ μὲν ἄτεκνοι δι΄ ἀπειροσύνην εἴθ΄ ἡδὺ βροτοῖς εἴτ΄ ἀνιαρὸν παῖδες τελέθουσ΄ οὐχὶ τυχόντες πολλῶν μόχθων ἀπέχονται· οἷσι δὲ τέκνων ἔστιν ἐν οἴκοις γλυκερὸν βλάστημ΄͵ ὁρῶ μελέτῃ κατατρυχομένους τὸν ἅπαντα χρόνον͵ πρῶτον μὲν ὅπως θρέψουσι καλῶς βίοτόν θ΄ ὁπόθεν λείψουσι τέκνοις· ἔτι δ΄ ἐκ τούτων εἴτ΄ ἐπὶ φλαύροις εἴτ΄ ἐπὶ χρηστοῖς μοχθοῦσι͵ τόδ΄ ἐστὶν ἄδηλον. ἓν δὲ τὸ πάντων λοίσθιον ἤδη πᾶσιν κατερῶ θνητοῖσι κακόν· καὶ δὴ γὰρ ἅλις βίοτόν θ΄ ηὗρον σῶμά τ΄ ἐς ἥβην ἤλυθε τέκνων χρηστοί τ΄ ἐγένοντ΄· εἰ δὲ κυρήσαι δαίμων οὕτως͵ φροῦδος ἐς Ἅιδην θάνατος προφέρων σώματα τέκνων. πῶς οὖν λύει πρὸς τοῖς ἄλλοις τήνδ΄ ἔτι λύπην ἀνιαροτάτην παίδων ἕνεκεν θνητοῖσι θεοὺς ἐπιβάλλειν ;

ΜΗΔΕΙΑ

φίλαι͵ πάλαι τοι προσμένουσα τὴν τύχην καραδοκῶ τἀκεῖθεν οἷ προβήσεται. καὶ δὴ δέδορκα τόνδε τῶν Ἰάσονος στείχοντ΄ ὀπαδῶν· πνεῦμα δ΄ ἠρεθισμένον δείκνυσιν ὥς τι καινὸν ἀγγελεῖ κακόν.

ΑΓΓΕΛΟΣ

ὦ δεινὸν ἔργον παρανόμως εἰργασμένη͵ Μήδεια͵ φεῦγε φεῦγε͵ μήτε ναΐαν λιποῦσ΄ ἀπήνην μήτ΄ ὄχον πεδοστιβῆ.

ΜΗΔΕΙΑ

τί δ΄ ἄξιόν μοι τῆσδε τυγχάνει φυγῆς ;

ΑΓΓΕΛΟΣ

ὄλωλεν ἡ τύραννος ἀρτίως κόρη Κρέων θ΄ ὁ φύσας φαρμάκων τῶν σῶν ὕπο.

ΜΗΔΕΙΑ

κάλλιστον εἶπας μῦθον͵ ἐν δ΄ εὐεργέταις τὸ λοιπὸν ἤδη καὶ φίλοις ἐμοῖς ἔσῃ.

ΑΓΓΕΛΟΣ

τί φῄς ; φρονεῖς μὲν ὀρθὰ κοὐ μαίνῃ͵ γύναι͵ ἥτις͵ τυράννων ἑστίαν ᾐκισμένη͵ χαίρεις κλύουσα κοὐ φοβῇ τὰ τοιάδε ;

ΜΗΔΕΙΑ

ἔχω τι κἀγὼ τοῖς γε σοῖς ἐναντίον λόγοισιν εἰπεῖν· ἀλλὰ μὴ σπέρχου͵ φίλος͵ λέξον δέ· πῶς ὤλοντο ; δὶς τόσον γὰρ ἂν τέρψειας ἡμᾶς͵ εἰ τεθνᾶσι παγκάκως.

ΑΓΓΕΛΟΣ

ἐπεὶ τέκνων σῶν ἦλθε δίπτυχος γονὴ σὺν πατρί͵ καὶ παρῆλθε νυμφικοὺς δόμους͵ ἥσθημεν οἵπερ σοῖς ἐκάμνομεν κακοῖς δμῶες· δι΄ ὤτων δ΄ εὐθὺς ἦν πολὺς λόγος σὲ καὶ πόσιν σὸν νεῖκος ἐσπεῖσθαι τὸ πρίν. κυνεῖ δ΄ ὃ μέν τις χεῖρ΄͵ ὃ δὲ ξανθὸν κάρα παίδων· ἐγὼ δὲ καὐτὸς ἡδονῆς ὕπο στέγας γυναικῶν σὺν τέκνοις ἅμ΄ ἑσπόμην. δέσποινα δ΄ ἣν νῦν ἀντὶ σοῦ θαυμάζομεν͵ πρὶν μὲν τέκνων σῶν εἰσιδεῖν ξυνωρίδα͵ πρόθυμον εἶχ΄ ὀφθαλμὸν εἰς Ἰάσονα· ἔπειτα μέντοι προὐκαλύψατ΄ ὄμματα λευκήν τ΄ ἀπέστρεψ΄ ἔμπαλιν παρηίδα͵ παίδων μυσαχθεῖσ΄ εἰσόδους· πόσις δὲ σὸς ὀργάς τ΄ ἀφῄρει καὶ χόλον νεάνιδος λέγων τάδ΄· Οὐ μὴ δυσμενὴς ἔσῃ φίλοις͵ παύσῃ δὲ θυμοῦ καὶ πάλιν στρέψεις κάρα͵ φίλους νομίζουσ΄ οὕσπερ ἂν πόσις σέθεν͵ δέξῃ δὲ δῶρα καὶ παραιτήσῃ πατρὸς φυγὰς ἀφεῖναι παισὶ τοῖσδ΄͵ ἐμὴν χάριν ; ἣ δ΄ ὡς ἐσεῖδε κόσμον͵ οὐκ ἠνέσχετο͵ ἀλλ΄ ᾔνεσ΄ ἀνδρὶ πάντα͵ καὶ πρὶν ἐκ δόμων μακρὰν ἀπεῖναι πατέρα καὶ παῖδας͵ [σέθεν] λαβοῦσα πέπλους ποικίλους ἠμπέσχετο͵ χρυσοῦν τε θεῖσα στέφανον ἀμφὶ βοστρύχοις λαμπρῷ κατόπτρῳ σχηματίζεται κόμην͵ ἄψυχον εἰκὼ προσγελῶσα σώματος. κἄπειτ΄ ἀναστᾶσ΄ ἐκ θρόνων διέρχεται στέγας͵ ἁβρὸν βαίνουσα παλλεύκῳ ποδί͵ δώροις ὑπερχαίρουσα͵ πολλὰ πολλάκις τένοντ΄ ἐς ὀρθὸν ὄμμασι σκοπουμένη. τοὐνθένδε μέντοι δεινὸν ἦν θέαμ΄ ἰδεῖν· χροιὰν γὰρ ἀλλάξασα λεχρία πάλιν χωρεῖ τρέμουσα κῶλα καὶ μόλις φθάνει θρόνοισιν ἐμπεσοῦσα μὴ χαμαὶ πεσεῖν. καί τις γεραιὰ προσπόλων͵ δόξασά που ἢ Πανὸς ὀργὰς ἤ τινος θεῶν μολεῖν͵ ἀνωλόλυξε͵ πρίν γ΄ ὁρᾷ διὰ στόμα χωροῦντα λευκὸν ἀφρόν͵ ὀμμάτων τ΄ ἄπο κόρας στρέφουσαν͵ αἷμά τ΄ οὐκ ἐνὸν χροΐ· εἶτ΄ ἀντίμολπον ἧκεν ὀλολυγῆς μέγαν κωκυτόν. εὐθὺς δ΄ ἣ μὲν ἐς πατρὸς δόμους ὥρμησεν͵ ἣ δὲ πρὸς τὸν ἀρτίως πόσιν͵ φράσουσα νύμφης συμφοράν· ἅπασα δὲ στέγη πυκνοῖσιν ἐκτύπει δρομήμασιν. ἤδη δ΄ ἀνέλκων κῶλον ἔκπλεθρον δρόμου ταχὺς βαδιστὴς τερμόνων ἂν ἥπτετο͵ ἣ δ΄ ἐξ ἀναύδου καὶ μύσαντος ὄμματος δεινὸν στενάξασ΄ ἡ τάλαιν΄ ἠγείρετο. διπλοῦν γὰρ αὐτῇ πῆμ΄ ἐπεστρατεύετο· χρυσοῦς μὲν ἀμφὶ κρατὶ κείμενος πλόκος θαυμαστὸν ἵει νᾶμα παμφάγου πυρός͵ πέπλοι δὲ λεπτοί͵ σῶν τέκνων δωρήματα͵ λεπτὴν ἔδαπτον σάρκα τῆς δυσδαίμονος. φεύγει δ΄ ἀναστᾶσ΄ ἐκ θρόνων πυρουμένη͵ σείουσα χαίτην κρᾶτά τ΄ ἄλλοτ΄ ἄλλοσε͵ ῥῖψαι θέλουσα στέφανον· ἀλλ΄ ἀραρότως σύνδεσμα χρυσὸς εἶχε͵ πῦρ δ΄͵ ἐπεὶ κόμην ἔσεισε͵ μᾶλλον δὶς τόσως ἐλάμπετο. πίτνει δ΄ ἐς οὖδας συμφορᾷ νικωμένη͵ πλὴν τῷ τεκόντι κάρτα δυσμαθὴς ἰδεῖν· οὔτ΄ ὀμμάτων γὰρ δῆλος ἦν κατάστασις οὔτ΄ εὐφυὲς πρόσωπον͵ αἷμα δ΄ ἐξ ἄκρου ἔσταζε κρατὸς συμπεφυρμένον πυρί͵ σάρκες δ΄ ἀπ΄ ὀστέων ὥστε πεύκινον δάκρυ γναθμοῖς ἀδήλοις φαρμάκων ἀπέρρεον͵ δεινὸν θέαμα· πᾶσι δ΄ ἦν φόβος θιγεῖν νεκροῦ· τύχην γὰρ εἴχομεν διδάσκαλον. πατὴρ δ΄ ὁ τλήμων συμφορᾶς ἀγνωσίᾳ ἄφνω προσελθὼν δῶμα προσπίτνει νεκρῷ· ᾤμωξε δ΄ εὐθύς͵ καὶ περιπτύξας χέρας κυνεῖ προσαυδῶν τοιάδ΄· Ὦ δύστηνε παῖ͵ τίς σ΄ ὧδ΄ ἀτίμως δαιμόνων ἀπώλεσε ; τίς τὸν γέροντα τύμβον ὀρφανὸν σέθεν τίθησιν ; οἴμοι͵ συνθάνοιμί σοι͵ τέκνον. ἐπεὶ δὲ θρήνων καὶ γόων ἐπαύσατο͵ χρῄζων γεραιὸν ἐξαναστῆσαι δέμας προσείχεθ΄ ὥστε κισσὸς ἔρνεσιν δάφνης λεπτοῖσι πέπλοις͵ δεινὰ δ΄ ἦν παλαίσματα· ὃ μὲν γὰρ ἤθελ΄ ἐξαναστῆσαι γόνυ͵ ἣ δ΄ ἀντελάζυτ΄. εἰ δὲ πρὸς βίαν ἄγοι͵ σάρκας γεραιὰς ἐσπάρασσ΄ ἀπ΄ ὀστέων. χρόνῳ δ΄ ἀπέσβη καὶ μεθῆχ΄ ὁ δύσμορος ψυχήν· κακοῦ γὰρ οὐκέτ΄ ἦν ὑπέρτερος. κεῖνται δὲ νεκροὶ παῖς τε καὶ γέρων πατὴρ πέλας͵ ποθεινὴ δακρύοισι συμφορά. καί μοι τὸ μὲν σὸν ἐκποδὼν ἔστω λόγου· γνώσῃ γὰρ αὐτὴ ζημίας ἀποστροφήν. τὰ θνητὰ δ΄ οὐ νῦν πρῶτον ἡγοῦμαι σκιάν͵ οὐδ΄ ἂν τρέσας εἴποιμι τοὺς σοφοὺς βροτῶν δοκοῦντας εἶναι καὶ μεριμνητὰς λόγων τούτους μεγίστην ζημίαν ὀφλισκάνειν. θνητῶν γὰρ οὐδείς ἐστιν εὐδαίμων ἀνήρ· ὄλβου δ΄ ἐπιρρυέντος εὐτυχέστερος ἄλλου γένοιτ΄ ἂν ἄλλος͵ εὐδαίμων δ΄ ἂν οὔ.

ΧΟΡΟΣ

ἔοιχ΄ ὁ δαίμων πολλὰ τῇδ΄ ἐν ἡμέρᾳ κακὰ ξυνάπτειν ἐνδίκως Ἰάσονι. ὦ τλῆμον͵ ὥς σου συμφορὰς οἰκτίρομεν͵ κόρη Κρέοντος͵ ἥτις εἰς Ἅιδου δόμους οἴχῃ γάμων ἕκατι τῶν Ἰάσονος.

ΜΗΔΕΙΑ

φίλαι͵ δέδοκται τοὔργον ὡς τάχιστά μοι παῖδας κτανούσῃ τῆσδ΄ ἀφορμᾶσθαι χθονός͵ καὶ μὴ σχολὴν ἄγουσαν ἐκδοῦναι τέκνα ἄλλῃ φονεῦσαι δυσμενεστέρᾳ χερί. πάντως σφ΄ ἀνάγκη κατθανεῖν· ἐπεὶ δὲ χρή͵ ἡμεῖς κτενοῦμεν͵ οἵπερ ἐξεφύσαμεν. ἀλλ΄ εἶ΄ ὁπλίζου͵ καρδία. τί μέλλομεν τὰ δεινὰ κἀναγκαῖα μὴ πράσσειν κακά ; ἄγ΄͵ ὦ τάλαινα χεὶρ ἐμή͵ λαβὲ ξίφος͵ λάβ΄͵ ἕρπε πρὸς βαλβῖδα λυπηρὰν βίου͵ καὶ μὴ κακισθῇς μηδ΄ ἀναμνησθῇς τέκνων͵ ὡς φίλταθ΄͵ ὡς ἔτικτες· ἀλλὰ τήνδε γε λαθοῦ βραχεῖαν ἡμέραν παίδων σέθεν͵ κἄπειτα θρήνει· καὶ γὰρ εἰ κτενεῖς σφ΄͵ ὅμως φίλοι γ΄ ἔφυσαν—δυστυχὴς δ΄ ἐγὼ γυνή.

ΧΟΡΟΣ

ἰὼ Γᾶ τε καὶ παμφαὴς [στρ. ἀκτὶς Ἀελίου͵ κατίδετ΄ ἴδετε τὰν ὀλομέναν γυναῖκα͵ πρὶν φοινίαν τέκνοις προσβαλεῖν χέρ΄ αὐτοκτόνον· τεᾶς γὰρ ἀπὸ χρυσέας γονᾶς ἔβλαστεν͵ θεοῦ δ΄ αἷμά τι πίτνειν φόβος ὑπ΄ ἀνέρων. ἀλλά νιν͵ ὦ φάος διογενές͵ κάτειρ- γε κατάπαυσον͵ ἔξελ΄ οἴκων φονίαν τάλαινάν τ΄ Ἐρινὺν ὑπ΄ ἀλαστόρων.

μάταν μόχθος ἔρρει τέκνων͵ [ἀντ. ἆρα μάταν γένος φίλιον ἔτεκες͵ ὦ κυανεᾶν λιποῦσα Συμπληγάδων πετρᾶν ἀξενωτάταν ἐσβολάν ; δειλαία͵ τί σοι φρενῶν βαρὺς χόλος προσπίτνει καὶ δυσμενὴς φόνος ; ἀμείβεται χαλεπὰ γὰρ βροτοῖς ὁμογενῆ μιά σματα ἐπὶ γαῖαν αὐτοφόνταις ξυνῳ δὰ θεόθεν πίτνοντ΄ ἐπὶ δόμοις ἄχη.

<ΠΑΙΔΕΣ ἔνδοθεν. αἰαῖ.>

Χο. ἀκούεις βοὰν ἀκούεις τέκνων ; [στρ. — ἰὼ τλᾶμον͵ ὦ κακοτυχὲς γύναι.

ΠΑΙΔΕΣ

οἴμοι͵ τί δράσω ; ποῖ φύγω μητρὸς χέρας ; — οὐκ οἶδ΄͵ ἄδελφε φίλτατ΄· ὀλλύμεσθα γάρ.

ΧΟΡΟΣ

παρέλθω δόμους ; ἀρῆξαι φόνον δοκεῖ μοι τέκνοις.

ΠΑΙΔΕΣ

ναί͵ πρὸς θεῶν͵ ἀρήξατ΄· ἐν δέοντι γάρ. — ὡς ἐγγὺς ἤδη γ΄ ἐσμὲν ἀρκύων ξίφους.

ΧΟΡΟΣ

τάλαιν΄͵ ὡς ἄρ΄ ἦσθα πέτρος ἢ σίδα- ρος͵ ἅτις τέκνων ὃν ἔτεκες ἄροτον αὐτόχειρι μοίρᾳ κτενεῖς.

— μίαν δὴ κλύω μίαν τῶν πάρος [ἀντ. γυναῖκ΄ ἐν φίλοις χέρα βαλεῖν τέκνοις· Ἰνὼ μανεῖσαν ἐκ θεῶν͵ ὅθ΄ ἡ Διὸς δάμαρ νιν ἐξέπεμψε δωμάτων ἄλῃ· πίτνει δ΄ ἁ τάλαιν΄ ἐς ἅλμαν φόνῳ τέκνων δυσσεβεῖ͵ ἀκτῆς ὑπερτείνασα ποντίας πόδα͵ δυοῖν τε παίδοιν συνθανοῦσ΄ ἀπόλλυται. τί δῆτ΄ οὖν γένοιτ΄ ἂν ἔτι δεινόν ; ὦ γυναικῶν λέχος πολύπονον͵ ὅσα βροτοῖς ἔρεξας ἤδη κακά.

ΙΑΣΩΝ

γυναῖκες͵ αἳ τῆσδ΄ ἐγγὺς ἕστατε στέγης͵ ἆρ΄ ἐν δόμοισιν ἡ τὰ δείν΄ εἰργασμένη Μήδεια τοῖσδ΄ ἔτ΄͵ ἢ μεθέστηκεν φυγῇ ; δεῖ γάρ νιν ἤτοι γῆς γε κρυφθῆναι κάτω͵ ἢ πτηνὸν ἆραι σῶμ΄ ἐς αἰθέρος βάθος͵ εἰ μὴ τυράννων δώμασιν δώσει δίκην· πέποιθ΄ ἀποκτείνασα κοιράνους χθονὸς ἀθῷος αὐτὴ τῶνδε φεύξεσθαι δόμων ; ἀλλ΄ οὐ γὰρ αὐτῆς φροντίδ΄ ὡς τέκνων ἔχω· κείνην μὲν οὓς ἔδρασεν ἔρξουσιν κακῶς͵ ἐμῶν δὲ παίδων ἦλθον ἐκσῴσων βίον͵ μή μοί τι δράσωσ΄ οἱ προσήκοντες γένει͵ μητρῷον ἐκπράσσοντες ἀνόσιον φόνον.

ΧΟΡΟΣ

ὦ τλῆμον͵ οὐκ οἶσθ΄ οἷ κακῶν ἐλήλυθας͵ Ἰᾶσον· οὐ γὰρ τούσδ΄ ἂν ἐφθέγξω λόγους.

ΙΑΣΩΝ

τί δ΄ ἔστιν ; ἦ που κἄμ΄ ἀποκτεῖναι θέλει ;

ΧΟΡΟΣ

παῖδες τεθνᾶσι χειρὶ μητρῴᾳ σέθεν.

ΙΑΣΩΝ

οἴμοι τί λέξεις ; ὥς μ΄ ἀπώλεσας͵ γύναι.

ΧΟΡΟΣ

ὡς οὐκέτ΄ ὄντων σῶν τέκνων φρόντιζε δή.

ΙΑΣΩΝ

ποῦ γάρ νιν ἔκτειν΄ ; ἐντὸς ἢ ἔξωθεν δόμων ;

ΧΟΡΟΣ

πύλας ἀνοίξας σῶν τέκνων ὄψῃ φόνον.

ΙΑΣΩΝ

χαλᾶτε κλῇδας ὡς τάχιστα͵ πρόσπολοι͵ ἐκλύεθ΄ ἁρμούς͵ ὡς ἴδω διπλοῦν κακόν͵ τοὺς μὲν θανόντας—τὴν δὲ τείσωμαι δίκην.

ΜΗΔΕΙΑ

τί τάσδε κινεῖς κἀναμοχλεύεις πύλας͵ νεκροὺς ἐρευνῶν κἀμὲ τὴν εἰργασμένην ; παῦσαι πόνου τοῦδ΄. εἰ δ΄ ἐμοῦ χρείαν ἔχεις͵ λέγ΄͵ εἴ τι βούλῃ͵ χειρὶ δ΄ οὐ ψαύσεις ποτέ. τοιόνδ΄ ὄχημα πατρὸς ῞Ηλιος πατὴρ δίδωσιν ἡμῖν͵ ἔρυμα πολεμίας χερός.

ΙΑΣΩΝ

ὦ μῖσος͵ ὦ μέγιστον ἐχθίστη γύναι θεοῖς τε κἀμοὶ παντί τ΄ ἀνθρώπων γένει͵ ἥτις τέκνοισι σοῖσιν ἐμβαλεῖν ξίφος ἔτλης τεκοῦσα͵ κἄμ΄ ἄπαιδ΄ ἀπώλεσας· καὶ ταῦτα δράσασ΄ ἥλιόν τε προσβλέπεις καὶ γαῖαν͵ ἔργον τλᾶσα δυσσεβέστατον· ὄλοι΄· ἐγὼ δὲ νῦν φρονῶ͵ τότ΄ οὐ φρονῶν͵ ὅτ΄ ἐκ δόμων σε βαρβάρου τ΄ ἀπὸ χθονὸς Ἕλλην΄ ἐς οἶκον ἠγόμην͵ κακὸν μέγα͵ πατρός τε καὶ γῆς προδότιν ἥ σ΄ ἐθρέψατο. τὸν σὸν δ΄ ἀλάστορ΄ εἰς ἔμ΄ ἔσκηψαν θεοί· κτανοῦσα γὰρ δὴ σὸν κάσιν παρέστιον τὸ καλλίπρῳρον εἰσέβης Ἀργοῦς σκάφος. ἤρξω μὲν ἐκ τοιῶνδε· νυμφευθεῖσα δὲ παρ΄ ἀνδρὶ τῷδε καὶ τεκοῦσά μοι τέκνα͵ εὐνῆς ἕκατι καὶ λέχους σφ΄ ἀπώλεσας. οὐκ ἔστιν ἥτις τοῦτ΄ ἂν Ἑλληνὶς γυνὴ ἔτλη ποθ΄͵ ὧν γε πρόσθεν ἠξίουν ἐγὼ γῆμαι σέ͵ κῆδος ἐχθρὸν ὀλέθριόν τ΄ ἐμοί͵ λέαιναν͵ οὐ γυναῖκα͵ τῆς Τυρσηνίδος Σκύλλης ἔχουσαν ἀγριωτέραν φύσιν. ἀλλ΄ οὐ γὰρ ἄν σε μυρίοις ὀνείδεσι δάκοιμι· τοιόνδ΄ ἐμπέφυκέ σοι θράσος· ἔρρ΄͵ αἰσχροποιὲ καὶ τέκνων μιαιφόνε· ἐμοὶ δὲ τὸν ἐμὸν δαίμον΄ αἰάζειν πάρα͵ ὃς οὔτε λέκτρων νεογάμων ὀνήσομαι͵ οὐ παῖδας οὓς ἔφυσα κἀξεθρεψάμην ἕξω προσειπεῖν ζῶντας͵ ἀλλ΄ ἀπώλεσα.

ΜΗΔΕΙΑ

μακρὰν ἂν ἐξέτεινα τοῖσδ΄ ἐναντίον λόγοισιν͵ εἰ μὴ Ζεὺς πατὴρ ἠπίστατο οἷ΄ ἐξ ἐμοῦ πέπονθας οἷά τ΄ εἰργάσω· σὺ δ΄ οὐκ ἔμελλες τἄμ΄ ἀτιμάσας λέχη τερπνὸν διάξειν βίοτον ἐγγελῶν ἐμοί· οὐδ΄ ἡ τύραννος͵ οὐδ΄ ὁ σοὶ προσθεὶς γάμους Κρέων ἀνατεὶ τῆσδέ μ΄ ἐκβαλεῖν χθονός. πρὸς ταῦτα καὶ λέαιναν͵ εἰ βούλῃ͵ κάλει καὶ Σκύλλαν ἣ Τυρσηνὸν ᾤκησεν πέδον· τῆς σῆς γὰρ ὡς χρὴ καρδίας ἀνθηψάμην.

ΙΑΣΩΝ

καὐτή γε λυπῇ καὶ κακῶν κοινωνὸς εἶ.

ΜΗΔΕΙΑ

σάφ΄ ἴσθι· λύει δ΄ ἄλγος͵ ἢν σὺ μὴ ΄γγελᾷς.

ΙΑΣΩΝ

ὦ τέκνα͵ μητρὸς ὡς κακῆς ἐκύρσατε.

ΜΗΔΕΙΑ

ὦ παῖδες͵ ὡς ὤλεσθε πατρῴᾳ νόσῳ.

ΙΑΣΩΝ

οὔτοι νυν ἡμὴ δεξιά σφ΄ ἀπώλεσεν.

ΜΗΔΕΙΑ

ἀλλ΄ ὕβρις͵ οἵ τε σοὶ νεοδμῆτες γάμοι.

ΙΑΣΩΝ

λέχους σφε κἠξίωσας οὕνεκα κτανεῖν.

ΜΗΔΕΙΑ

σμικρὸν γυναικὶ πῆμα τοῦτ΄ εἶναι δοκεῖς ;

ΙΑΣΩΝ

ἥτις γε σώφρων· σοὶ δὲ πάντ΄ ἐστὶν κακά.

ΜΗΔΕΙΑ

οἵδ΄ οὐκέτ΄ εἰσί· τοῦτο γάρ σε δήξεται.

ΙΑΣΩΝ

οἵδ΄ εἰσίν͵ οἴμοι͵ σῷ κάρᾳ μιάστορες.

ΜΗΔΕΙΑ

ἴσασιν ὅστις ἦρξε πημονῆς θεοί.

ΙΑΣΩΝ

ἴσασι δῆτα σήν γ΄ ἀπόπτυστον φρένα.

ΜΗΔΕΙΑ

στύγει· πικρὰν δὲ βάξιν ἐχθαίρω σέθεν.

ΙΑΣΩΝ

καὶ μὴν ἐγὼ σήν· ῥᾴδιον δ΄ ἀπαλλαγαί.

ΜΗΔΕΙΑ

πῶς οὖν ; τί δράσω ; κάρτα γὰρ κἀγὼ θέλω.

ΙΑΣΩΝ

θάψαι νεκρούς μοι τούσδε καὶ κλαῦσαι πάρες.

ΜΗΔΕΙΑ

οὐ δῆτ΄͵ ἐπεί σφας τῇδ΄ ἐγὼ θάψω χερί͵ φέρουσ΄ ἐς ῞Ηρας τέμενος Ἀκραίας θεοῦ͵ ὡς μή τις αὐτοὺς πολεμίων καθυβρίσῃ͵ τύμβους ἀνασπῶν· γῇ δὲ τῇδε Σισύφου σεμνὴν ἑορτὴν καὶ τέλη προσάψομεν τὸ λοιπὸν ἀντὶ τοῦδε δυσσεβοῦς φόνου. αὐτὴ δὲ γαῖαν εἶμι τὴν Ἐρεχθέως͵ Αἰγεῖ συνοικήσουσα τῷ Πανδίονος. σὺ δ΄͵ ὥσπερ εἰκός͵ κατθανῇ κακὸς κακῶς͵ Ἀργοῦς κάρα σὸν λειψάνῳ πεπληγμένος͵ πικρὰς τελευτὰς τῶν ἐμῶν γάμων ἰδών.

ΙΑΣΩΝ

ἀλλά σ΄ Ἐρινὺς ὀλέσειε τέκνων φονία τε Δίκη.

ΜΗΔΕΙΑ

τίς δὲ κλύει σοῦ θεὸς ἢ δαίμων͵ τοῦ ψευδόρκου καὶ ξειναπάτου ;

ΙΑΣΩΝ

φεῦ φεῦ͵ μυσαρὰ καὶ παιδολέτορ.

ΜΗΔΕΙΑ

στεῖχε πρὸς οἴκους καὶ θάπτ΄ ἄλοχον.

ΙΑΣΩΝ

στείχω͵ δισσῶν γ΄ ἄμορος τέκνων.

ΜΗΔΕΙΑ

οὔπω θρηνεῖς· μένε καὶ γῆρας.

ΙΑΣΩΝ

ὦ τέκνα φίλτατα.

ΜΗΔΕΙΑ

μητρί γε͵ σοὶ δ΄ οὔ.

ΙΑΣΩΝ

κἄπειτ΄ ἔκανες ;

ΜΗΔΕΙΑ

σέ γε πημαίνουσ΄.

ΙΑΣΩΝ

ὤμοι͵ φιλίου χρῄζω στόματος παίδων ὁ τάλας προσπτύξασθαι.

ΜΗΔΕΙΑ

νῦν σφε προσαυδᾷς͵ νῦν ἀσπάζῃ͵ τότ΄ ἀπωσάμενος.

ΙΑΣΩΝ

δός μοι πρὸς θεῶν μαλακοῦ χρωτὸς ψαῦσαι τέκνων.

ΜΗΔΕΙΑ

οὐκ ἔστι· μάτην ἔπος ἔρριπται.

ΙΑΣΩΝ

Ζεῦ͵ τάδ΄ ἀκούεις ὡς ἀπελαυνόμεθ΄͵ οἷά τε πάσχομεν ἐκ τῆς μυσαρᾶς καὶ παιδοφόνου τῆσδε λεαίνης ; ἀλλ΄ ὁπόσον γοῦν πάρα καὶ δύναμαι τάδε καὶ θρηνῶ κἀπιθεάζω͵ μαρτυρόμενος δαίμονας ὥς μοι τέκνα κτείνασ΄ ἀποκωλύεις ψαῦσαί τε χεροῖν θάψαι τε νεκρούς͵ οὓς μήποτ΄ ἐγὼ φύσας ὄφελον πρὸς σοῦ φθιμένους ἐπιδέσθαι.

ΧΟΡΟΣ

πολλῶν ταμίας Ζεὺς ἐν Ὀλύμπῳ͵ πολλὰ δ΄ ἀέλπτως κραίνουσι θεοί· καὶ τὰ δοκηθέντ΄ οὐκ ἐτελέσθη͵ τῶν δ΄ ἀδοκήτων πόρον ηὗρε θεός. τοιόνδ΄ ἀπέβη τόδε πρᾶγμα.