Malédiction
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- Qu'il erre sans repos, courbé dès sa jeunesse,
- En des sables sans borne où le soleil renaisse
- Sitôt qu'il aura lui !
- Comme un noir meurtrier qui fuit dans la nuit sombre,
- S'il marche, que sans cesse il entende dans l'ombre
- Un pas derrière lui !
- En des glaciers polis comme un tranchant de hache,
- Qu'il glisse, et roule, et tombe, et tombe, et se rattache
- De l'ongle à leurs parois !
- Qu'il soit pris pour un autre, et, râlant sur la roue,
- Dise : Je n'ai rien fait ! et qu'alors on le cloue
- Sur un gibet en croix !
- Qu'il pense échevelé, la bouche violette !
- Que, visible à lui seul, la mort, chauve squelette,
- Rie en le regardant !
- Que son cadavre souffre, et vive assez encore
- Pour sentir, quand la mort le ronge et le dévore,
- Chaque coup de sa dent !
- Qu'il ne soit plus vivant, et ne soit pas une âme :
- Que sur ses membres nus tombe un soleil de flamme
- Ou la pluie à ruisseaux !
- Qu'il s'éveille en sursaut chaque nuit dans la brume,
- Et lutte, et se secoue, et vainement écume
- Sous des griffes d'oiseaux !