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[modifier] CHAPITRE VII Reliure mécanique.
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- Au moyen de procédés mécaniques, on est parvenu
- à diminuer notablement le prix de la main-d’œuvre
- et la durée des opérations. L’application de ces pro-
- cédés a donné naissance à la reliure dite indus-
- trielle, qui, ne se préoccupant que d’une manière très-
- secondaire, de la question de solidité, cherche sur-
- tout, d’une part, à faire vite et à bon marché, d’autre
- part, à donner à ses produits un extérieur riche et
- élégant. On conçoit qu’elle n’est possible que là où
- l’on a constamment des milliers de volumes sembla-
- bles à relier à la fois. La reliure sérieuse lui emprunte
- souvent quelques-uns de ses moyens d’action plus
- particulièrement ceux qui servent à la dorure et
- à la gaufrure.
- Comme dans toutes les branches de l’Industrie, on
- a cherché à remplacer la main d’œuvre par des ma-
- chines, que l’on a perfectionnées avec le temps ; cette
- partie de la reliure a pris, de nos jours, une impor-
- tance considérable. Nous devons donc déclarer, avant
- d’entrer en matière, que notre travail ne peut former
- un ensemble complet ; à notre grand regret, nous
- sommes obligé de nous borner à la description des
- machines-types et des appareils les plus simples, d’a-
- près lesquels les constructeurs ont établi des ma-
- chines plus compliquées et plus parfaites, dont quel-
- ques-unes ont été adoptées dans les grands ateliers.
- MACHINES A BATTRE. 331
-
- Nous comblerons, à une nouvelle édition, cette
- lacune excusable dans un travail d’ensemble aussi
- minutieux, tant au moyen des notes que nous avons
- déjà prises dans ce but, que par les communications
- que les industriels voudront bien nous adresser.
[modifier] § 1. -- MACHINES A BATTRE.
-
- Le battage est une opération trop longue pour
- qu’on l’effectue dans la reliure industrielle ; on s’y
- contente de cylindrer légèrement les volumes. On a cependant essayé : d’exécuter le battage mécanique-
- ment. Tel a été l’intention de l’inventeur de la ma-
- chine représentée en perspective par la figure 14. Tou-
- tefois, dans l’idée de son auteur, elle était spéciale-
- ment destinée à préserver les ouvriers du danger des
- hernies, auquel ils sont exposés quand ils n’ont pas
- la précaution de rapprocher suffisamment les jambes
- l’une de l’autre.
- « Cette machine, est toute entière en fonte et en
- fer.
- « Elle se compose d’un bâti très-solide sur lequel
- s’élèvent, au milieu de sa longueur, deux jumelles
- qui supportent les tourillons de deux forts cylindres
- roulant sur des coussinets de bronze. Ce grand bâti
- est désigné par les lettres a, a, etc. Les deux cyIin-
- dres b b' sont supportés chacun séparément par de
- doubles coussinets en bronze, de même que les
- cylindres d’un laminoir.
- « Ces cylindres ont un mètre de longueur, abs-
- traction faite de leurs tourillons ; leur diamètre est
- d’environ 27 centimètres ou un tiers de la longueur
- du cylindre. La force motrice ne s’exerce directe-
- ment que sur le cylindre inférieur ; le cylindre supé-
332 RELIURE MÉCANIQUE.
- rieur n’est mis en mouvement que par le contact
- médiat ou immédiat du cylindre inférieur, comme on
- va le voir. dans un instant.
- « Le cylindre supérieur est supporté par ses deux
- coussinets à l’aide de deux vis o, o, qui s’engagent
- par une de leurs extrémités dans les écrous taraudés
- dans ses coussinets. Ces vis sont rivées par leurs
- extrémités supérieures, au centre de deux roues f, f,
- à dentures hélicoïdes, dans Iesquelles engrènent des
- vis sans fin, à simple filet et du même pas, portées
- toutes les deux par le même axe g. Une manivelle h,
- qu’on tourne à la main, fait monter ou descendre de
- la même quantité les deux tourillons à la fois, de
- sorte que les deux cylindres s’approchent ou s’éloi-
- gnent toujours parallèlement entre eux.
- « L’ouvrier qui fait mouvoir la machine s’exerce
- sur la manivelle i ; il fait tourner l’arbre m, m, en
- entraînant le volant k, k. L’arbre m, m porte un
- pignon n qui, engrenant dans la roue p, fait tourner
- le pignon q, lequel, en même temps engrenant dans
- la roue r, la fait tourner ; cette roue étant fixée sur le
- tourillon du cylindre inférieur b, lui imprime un
- mouvement de rotation très-lent.
- « Rarement on a besoin d’employer plus d’un
- homme pour force motrice, mais dans le cas où un
- second serait nécessaire, on a ménagé à gauche, au
- bout de l’arbre m, m une tige carrée sur laquelle on
- place la manivelle additionnelle l, fig. 15 ; alors on a
- une force double ; mais jusqu’à présent on n’a pas eu
- besoin de l’employer.
- « Vers le milieu de la grosseur du cylindre inférieur
- b', environ à la hauteur du trait s, est solidement
- fixée sur le bâti, une planche ou tablette que la fi-
- gure ne représente pas, afin de ne cacher aucune des
- MACHINES A BATTRE. 333
- pièces qui se trouvent dessous, mais que le lecteur
- concevra facilement. Cette tablette sert de table à
- l’ouvrier, qui se place de ce côté pour introduire les
- feuilles entre les deux cylindres, comme on va le
- voir. Cette planche, qui a 2 1/2 centimètres d’épais-
- seur, couvre en entier, et excède même de quelque
- chose toute la surface supérieure du bâti. C’est de-
- vant cette table que se place, sur une chaise suffi-
- samment élevée, l’ouvrier qui introduit les feuilles de
- papier entre les deux cylindres. Cet ouvrier est, par
- conséquent, placé en X, la face tournée vers les
- cylindres.
- « Sur le côté opposé est fixée, immédiatement au-
- dessus du bâti, une autre table de même dimension
- que la première, devant laquelle se place un enfant
- de dix à douze ans, la face tournée vers les cylin-
- dres. Cet enfant, assis en Y, sur une chaise suffisam-
- ment élevée, n’est occupé qu’à recevoir les feuilles au
- fur et à mesure qu’elles s’échappent de dessous le
- laminoir, et à les entasser dans le même ordre qu’el-
- les tombent.
- « La machine bien comprise, voici comment on
- opère.
- « Nous désignerons les deux ouvriers par X et Y.
- « L’ouvrier X, à qui l’on remet les volumes l’un
- après l’autre, dont les feuilles sont bien pliées selon
- leur format, et collationnées, et par conséquent en
- cahiers, prend un cahier l’un après l’autre, et l’intro-
- duit par l’angle du dos entre les deux cylindres, en
- commençant vers sa droite, et le soutient jusqu’à ce
- qu’il soit engagé.
- « On conçoit qu’avant d’introduire le premier ca-
- hier, on a réglé l’écartement des deux cylindres, en
- tournant plus ou moins la manivelle h, et que cet
-
- 19.
334 RELIURE MÉCANIQUE.
- écartement varie selon l’épaisseur à laquelle on veut
- réduire le papier.
- « Aussitôt que l’ouvrier X a introduit le premier
- cahier, il en engage un second sur la gauche, puis un
- troisième, etc., toujours en continuant sur la gauche,
- jusqu’à ce qu’il ait parcouru et couvert tout le cylin-
- dre. Alors le premier cahier qu’il avait introduit est
- tombé du côté de l’ouvrier Y, dont nous allons bien-
- tôt nous occuper. L’ouvrier X continue toujours de
- même jusqu’à ce qu’il ait terminé ce volume, puis il
- en commence un autre, et continue toujours de
- même.
- « Pendant ce temps, le petit ouvrier Y ramasse les
- cahiers au fur et à mesure qu’ils tombent sur la
- table, et les entasse dans le même ordre, c’est-à-dire
- en renversant les cahiers sens dessus dessous, afin
- qu’ils soient dans l’ordre naturel lorsqu’on les
- retourne. Il sépare les volumes et les pose sur une
- table à côté de lui.
- « La roue r a soixante-douze dents, et pendant
- qu’elle fait un tour, le pignon q, qui a douze dents,
- fait six tours.
- « Le pignon q porte la roue p, qui a quatre-vingt-
- dix dents, laquelle engrène dans le pignon n, de dix-
- huit dents, auquel elle fait faire par conséquent cinq
- tours. Ainsi cinq tours de manivelle font faire un
- tour à la roue p, mais chaque tour de la roue p fait
- faire, par le pignon q, de douze dents, six tours à
- la roue r, et cette dernière roue, de même que le
- cylindre b' ait un tour par chaque trente tours de
- manivelle.
- « Les ouvriers battent à la main deux exemplaires
- par heure, et la machine en lamine quatorze. Le bat-
- teur est payé à raison de 3 francs 25 centimes par
- MACHINES A BATTRE 335
- jour, et la mécanique emploie trois personnes qui
- coûtent ensemble 4 francs 50 centimes. Il résulte de
- là que la mécanique fait pour 4 francs 50 centimes
- l’ouvrage qui nécessiterait sept ouvriers coûtant en-
- semble 22 francs 75 centimes ; elle procure donc
- chaque jour un bénéfice de 18 francs 25 centimes.
- « La machine anglaise à battre opère plutôt un
- satinage qu’un battage proprement dit, et il est pré-
- sumable que cet effet n’échappe pas à un œil exercé.
- Dans tous les cas, elle peut très-bien servir à battre
- des ouvrages courants et où l’on ne cherche pas la
- beauté du travail, ou bien à accélérer le travail du
- battage qu’on reprend ensuite à la main pour les
- objets soignés.
- « Dans l’état actuel de la mécanique, rien ne serait
- plus facile que de construire une machine sur le mo-
- dèle des marteaux-pilons des forges, ou semblable à
- celle dont se servent actuellement plusieurs batteurs
- d’or à Paris, et qui servirait à battre les livres par
- un procédé tout à fait semblable à celui qui se prati-
- que à la main, avec une perfection remarquable et
- sans fatigue ni danger pour l’ouvrier.
- « Une machine de ce genre expédierait moins dou-
- vrage que la machine anglaise, mais aussi le travail
- en serait plus parfait, elle coûterait moins de pre-
- mière acquisition et ne nécessiterait pour son service
- qu’un seul ouvrier qui la ferait mouvoir avec le
- pied.
- « Dans les grands établissements de reliure ou
- dans des ateliers spéciaux de battage, la machine
- serait manœuvrée par la vapeur, et alors, comme
- avec le marteau-pilon, on pourrait la faire battre en
- commençant avec une extrême légèreté, et à mesure
336 RELIURE MÉCANIQUE.
- que le travail avancerait, augmenter la force des
- coups jusqu’à ce qu’on aurait atteint le but désiré. »
[modifier] § 2. -- MACHINES A GRECQUER.
-
- Ces machines se composent de deux parties prin-
- cipales supportées, l’une et l’autre, par un bâti.
- L’une consiste en un étau dont les mâchoires peu-
- vent être rapprochées ou écartées au moyen d’une
- pédale ou autrement. L’autre est formée d’un axe
- horizontal tournant sur lequel sont montées un nom-
- bre de petites scies circulaires égal à celui des grec-
- ques que l’on veut produire. Cet arbre peut tourner
- en dessus, en dessous ou sur les côtés de l’étau.
- Dans tous les cas, les choses sont combinées de teIle
- sorte qu’une fois le volume placé dans l’étau, et l’ar-
- bre tournant mis en mouvement, les scies pratiquent
- dans le dos du livre, en un temps souvent inappré-
- ciable, tant il est court, des grecques d’une régularité
- absolue et dont la profondeur ne dépasse jamais les
- limites qui ont été tracées. Il est inutile d’ajouter
- que le nombre et l’écartement des scies varient,
- suivant les formats, à la volonté du conducteur de la
- machine.
[modifier] § 3. -- MACHINES A COUDRE.
-
- Sauf pour les ouvrages communs, la couture se
- fait à la main, sur le cousoir.
- Parmi les machines, en assez petit nombre, imagi-
- nées pour effectuer cette opération, celle de Th. Ri-
- chards, relieur anglais, présente quelques disposi-
- tions ingénieuses. En l’inventant, cet industriel a
- voulu atteindre plusieurs buts :
- Réunir ensemble par une sorte de tissage des fils
- de la couture, des feuilles ou des cahiers, pour en
- former un livre au lieu de les coudre à la main ;
- MACHINES A COUDRE. 337.
-
- Etablir une combinaison pouvant permettre à une
- table animée d’un mouvement de va-et-vient, d’ali-
- menter, de feuilles ou de cahiers, les organes cou-
- seurs à mesure qu’ils travaillent ;
- Disposer des mécanismes propres à mettre en
- mouvement les aiguilles portant le fil qu’on destine à
- la couture des feuilles ou des cahiers à mesure que
- ceux-ci sont présentés ; établir une série de doigts ou
- pinces pouvant avancer et saisir les aiguilles, les
- faire passer à travers les cahiers, et les rendre à
- leurs mécanismes respectifs après la couture de ces
- cahiers ;
- Enfin, établir des espèces de bras ou des leviers
- pouvant déposer chaque feuille régulièrement sur la
- pile ou le tas de celles qui ont été assemblées précé-
- demment pour former un volume.
- « La figure 17 représente la machine en élévation,
- vue par devant. La figure 18 en est une section trans-
- versale prise par la ligne A B de la figure 17, et la
- figure 19, une vue en élévation de l’extrémité sur
- laquelle sont placés les organes de mouvement.
- « Deux joues on poupées a, a, boulonnées à une
- hauteur convenable sur les montants b b du bâti,
- servent de support aux coussinets des arbres respec-
- tifs c, d et e. Parmi eux, c est l’arbre moteur à l’ex-
- trémité duquel est calée une poulie f mise en action
- par une courroie sans fin provenant d’une roue pla-
- cée à la partie inférieure ou autrement.
- « Sur cet arbre sont fixés à clé deux excentriques
- g, g qui ont pour fonction de lever et de baisser le
- châssis h, h qui glisse dans des coulisses verticales
- en V, i, i pratiquées dans les poupées a, a. A ce châs-
- sis h est attachée la barre longitudinale k, k sur
- laquelle sont fixés à vis les ressorts l, l, l qui for-
338 RELIURE MÉCANIQUE.
- ment ensemble une série de doigts ou pinces lorsque
- ces ressorts sont pressés et repoussés sur la barre k,
- ce qui s’effectue par l’entremise de la came m (fig.18)
- lorsque l’arbre d fait tourner le rail demi-cylindri-
- que en forme de D, n, n d’une portion de tour par
- l’entremise des bielles o, o. Ce rail est porté par le
- châssis h et maintenu en contact parfait avec les
- doigts à ressort l par les presses p, p.
- « Sur l’arbre aux cames e, il y a trois sortes d’or-
- ganes de ce genre, savoir : les cames q et r qui ont
- pour fonction de faire travailler les barres aux ai-
- guilles s et s', suivant un mouvement alternatif dé-
- terminé par la nature du travail, en agissant sur les
- queue t, t' attachées respectivement à ces barres à
- aiguilles qui glissent dans les coulisses en V hori-
- zontales u, u pratiquées dans les poupées a, a, et
- les lames indiquées par v, v qui ont pour but de le-
- ver et abaisser la presse w, w dans laquelle on a
- découpé des entailles pour permettre aux aiguilles de
- passer, et qui sert à presser les feuilles sur les poin-
- tes des aiguilles, et à les conduire ensuite plus bas
- par une combinaison de leviers x et x'.
- « Un bouton de manivelle y (fig. 19), fixé sur une
- grande roue dentée z qui tourne sur un bout d’arbre
- établi sur une des poupées a, fait manœuvrer la ta-
- ble 1, sur laquelle est placée la feuille qu’il s’agit
- de coudre, suivant un mouvement de va-et-vient sur
- les rails 2 2, avec l’assistance d’un système de leviers
- 3, 3, 3 en forme de parallélogramme.
- « Tous ces mouvements sont coordonnés symétri-
- quement entre eux, et avec la poulie motrice, au
- moyen de pignons d’angle 5,5 et de l’arbre diago-
- nal 6.
- « Chacune des feuilles qu’on veut coudre pour for-
- MACHINES A COUDRE. 339
- mer un volume étant pliée suivant le format, on in-
- troduit longitudinalement sur la marge de fond un fil
- gommé dont les extrémités sont ensuite passées à
- travers le pli et ressortent par le dos à peu de dis-
- tance du haut et du bas, ainsi que le représente la
- ligne 7,7, fig. 20.
- « La couture alterne @ que doit exécuter la machine
- se fait ensuite de la manière suivante.
- « Supposons que la courroie fasse tourner la poulie
- f dans la direction de la flèche fig. 19. A mesure que
- cette poulie tourne, le pignon extérieur 4 monté sur
- l’arbre c, étant en prise avec la roue dentée z, oblige
- la manivelle y à amener la table 1, avec un cahier
- contenant dans le pli le fil longitudinal dont il a été
- question, jusqu’à ce qu’elle rencontre un arrêt, ce
- qui permet à cette table de placer le dos du pli du
- papier exactement au-dessus de la série des aiguil-
- les de l’une des barres à aiguilles s (l’autre barre ou
- série d’aiguilles n’étant pas alors en prise et se trou-
- vant repoussée en arrière), pour qu’en s’abaissant
- sur le cahier, la barre fixe en même temps le fil lon-
- gitudinal du pli, ainsi que les fils verticaux piqués
- par les aiguilles.
- « Les cames v, v, en tournant, ont abaissé les le-
- viers verticaux xx, qui sont en contact avec elles,
- et élevé aussi, par l’entremise des leviers x’ x', la
- presse w w exactement au-dessus de la feuille pliée,
- ainsi qu’on le voit dans la figure 17 ; puis fait
- descendre cette même presse, et par conséquent pres-
- ser le cahier sur la pointe des aiguilles et le mainte-
- nir fortement sur la barre s, de façon que les aiguil-
- les percent au travers du papier. Au même instant,
- les excentriques g, g que porte l’arbre c, ont fait des-
- cendre le châssis h, h jusqu’à ce que les doigts
340 RELIURE MÉCANIQUE.
- à ressort l, l viennent saisir les aiguilles. La came
- m, au moyen du levier o, o, faisant alors tourner le
- rail demi-cylindrique n, n, celui-ci presse sur les
- doigts à ressort, les ferme sur les aiguilles, en main-
- tenant toute la série de celles-ci entre les doigts et la
- barre postérieure x.
- « L’action continue des excentriques g, g entraîne
- alors le châssis h, h avec les doigts qui tiennent fer-
- mement les aiguilles, et les soulève ainsi que les fils
- qui sont passés à travers le cahier, tandis que les
- ressorts 8, 8, agissant sur les queues t, t, repoussent
- légèrement en arrière la barre aux aiguille s et la
- mettent hors de prise avec la presse w. Cette presse
- descend alors par l’entremise des leviers x, x, en
- échappant à la grande levée des cames v, v, et par
- conséquent presse ou abaisse la feuille cousue, en la
- déposant sur le tas déjà cousu placé au-dessous. La
- table 9, sur Iaquelle sont ainsi réunis les uns sur les
- autres les cahiers cousus, est disposée de telle sorte
- qu’on peut l’ajuster à la longueur des fils à mesure
- que les feuilles s’accumulent.
- « Le diamètre extérieur des lames r, r ramène
- alors la barre aux aiguilles s, puis les excentriques
- g, g abaissant de nouveau le châssis h, h, remettent
- en place les aiguilles ; le levier o s’échappant de la
- came m, tourne alors la face aplatie du rail n, n
- vers les doigts à ressort l, l, leur permettant ainsi
- de s’ouvrir et de lâcher les aiguilles à mesure que le
- châssis h, h descend.
- « On voit qu’il y a deux barres à aiguilles s et s',
- avec une série distincte d’aiguilles pour chacune
- d’elles, et disposées de telle façon que les aiguilles
- alternent réciproquement. Cette disposition a été ima-
- ginée pour qu’il n’y ait que chaque cahier alterne
- MACHINES A COUDRE. 341
- qui soit cousu au même endroit, et que le cahier
- intermédiaire soit piqué dans les intervalles. En con-
- séquence, l’une des séries de fils verticaux passe à
- l’intérieur du fil longitudinal dans le cahier, et l’au-
- tre série passe à l’extérieur ou du côté du dos de ce
- même cahier, et alternativement ainsi pour la cou-
- ture de tous les cahiers.
- « Ce point étant le caractère principal de ce mode
- de couture, et s’effectuant entièrement par l’action
- alternative des barres à aiguilles s et s', on s’en for-
- mera une idée plus exacte à l’inspection de la figure
- 21, dans laquelle a a a indiquent les feuilles pliées
- de papier, dans le pli desquelles le petit point rond
- représente le fil longitudinal tel qu’on le verrait en
- coupe, et qui a été préalablement placé au fond de ce
- pli, les traits à points longs, la marche de l’un des
- fils introduits par l’un des systèmes d’aiguilles s, et
- enfin les traits pleins, la marche de l’autre fil, con-
- duit par l’autre système s', qui complète une couture
- altene ou tissée où chaque feuille se trouve assujet-
- tie séparément.
- « A mesure que la table 1 s’avance avec une autre
- feuille de papier pliée qu’il s’agit de coudre, les ca-
- mes q et la queue t' poussent en avant l’autre sys- :
- tème de barre aux aiguilles s', et alors les mêmes
- opérations s’exécutent sur cette feuille comme sur la
- première, à l’exception seulement que la série des
- fils est cousue ou piquée au travers du nouveau ca-
- hier dans les intervalles laissés par les piqûres fai-
- tes dans le précédent, par suite du changement de
- système de la barre aux aiguilles.
- « Lorsque la série d’opérations semblables a été
- exécutée par la machine sur un certain nombre de
- cahiers, et que ceux-ci, accumulés sur la table infé-
342 RELIURE MÉCANIQUE.
- rieure 99 sont en assez grande quantité pour former
- un volume, ce volume est enlevé et soumis aux autres
- opérations du cartonnage ou de la reliure, en laissant
- les fils d’une longueur suffisante pour remplacer les
- bouts de ficelle qui, dans la couture ordinaire, ser-
- vent à assembler le dos du livre avec les cartons de
- la couverture. »
- Une autre couseuse, due à l’allemand Brehmer,
- coud avec du fil de fer étamé ou du fil de laiton, qui
- est fourni par une bobine. En pénétrant dans la ma-
- chine, le fil subit un laminage qui le change en
- un ruban infiniment mince et flexible, après quoi des
- organes spéciaux s’en emparent et le découpent en
- tronçons. Ces tronçons sont repris aussitôt par d’au-
- tres organes qui les convertissent en des espèces
- d’agrafes, lesquelles s’accrochant entre elles finis-
- sent par former plusieurs chaînettes dont les mail-
- lons emprisonnent tout à la fois des nerfs en ruban
- de fil et une bande de canevas qu’une couche de
- colle forte fixera plus tard sur le dos du volume.
[modifier] § 4. -- MACHINES A ENDOSSER.
-
- Nous avons décrit ailleurs une petite machine ou
- presse à endosser. Parmi celles dont on a encore
- signalé les bons offices, nous citerons d’abord celle
- de M. Pfeiffer, mécanicien à Paris.
- Cette machine consiste en une large table ou pla-
- teau rectangulaire dont on peut régler la hauteur à
- volonté à l’aide de vis placées à chaque extrémité et
- qui le supportent, le tout disposé dans un solide bâti
- en fer.
- A la partie supérieure de ce bâti est attaché par des
- charnières un cadre ou châssis dont les dimensions
- sont les mêmes que celles du plateau. Ce cadre est lui-
- MACHINES A ENDOSSER. 343
- même pourvu d’une vis à chaque extrémité, en sorte
- qu’il forme une espèce de presse dans laquelle les
- livres à endosser sont soumis à une pression.
- Pour faire l’endossage, on place entre chaque vo-
- lume une plaque en tôle de fer, en ayant soin, s’ils
- sont de dimensions différentes, de faire supporter les
- plus petits par des cales en bois. On met ensuite le
- tout en presse, et l’on endosse avec le marteau
- comme à l’ordinaire.
- Le cadre qui contient les livres en presse est muni
- de charnières, afin qu’on puisse lui faire exécuter un
- demi-tour et renverser ainsi le système pour présen-
- ter tous les dos des livres à un feu léger, dans le
- but d’obtenir que le collage sèche plus rapidement.
-
- La machine Pfeiffer, malgré tous ses mérites, n’a
- pas eu le succès pratique de celle des Américains
- Sauborn et Carter, dont l’invention doit être consi-
- dérée comme un véritable progrès dans l’art de la
- reliure, et qui est généralement désignée sous le nom
- d'endosseuse américaine, @
- Cette machine (figure 30, planche II) consiste prin-
- cipalement en une presse ou plutôt un étau à longues
- mâchoires, soutenues par un bâti. Au-dessus de l’étau
- est un cylindre de fer qui se rapproche ou s’éloigne
- de lui au moyen de vis, et qui peut obéir à un mou-
- vement d’arrière en avant et d’avant en arrière que
- lui imprime une poignée verticale.
- Quand le premier encollage du volume est sec, le
- livre est placé dans l’étau, le dos dépassant au-des-
- sus des mâchoires de toute sa hauteur, plus celle
- qu’on veut donner au mors. Lorsqu’il est fortement
- serré, le cylindre en est rapproché par les vis, et
- l’ouvrier saisissant la poignée lui donne deux ou
344 RELIURE MÉCANIQUE.
- trois mouvements d’arrière en avant. La pression
- opérée par ce cylindre sur le dos du livre l’arrondit,
- et, en même temps, écrase suffisamment les bords
- sur les arrêtes des mâchoires, pour former des mors
- bien prononcés et bien nets.
[modifier] § 5. -- MACHINES A COUPER LE CARTON.
-
- Dans les grands ateliers, le débitage du car-
- ton est une opération qui ne manque pas d’impor-
- tance et pour l’exécution rapide de laquelle on a
- senti le besoin de machines spéciales. Ces machines
- sont très-nombreuses et leur construction appartient
- à différents systèmes. Toutefois, en ne considérant
- que la disposition de leur outil tranchant, les unes
- sont des cisailles de dimensions très-variables, tan-
- dis que les autres sont des combinaisons de scies
- circulaires.
- Dans tous les cas, une fois qu’on les a mises en
- mouvement, soit à la main, au moyen d’une mani-
- velle, soit à l’aide de la vapeur, il suffit de leur pré-
- senter successivement les feuilles de carton pour
- qu’elles les coupent pour ainsi dire instantanément
- et avec une netteté que le travail manuel serait inca-
- pable d’obtenir.
- Nous décrirons, à titre d’exemple, celle que pré-
- sente la figure 22, pl. 2 ; elle est tout en fer.
- « Sur les deux flasques a, a, qui sont maintenues
- entre elles par les traverses b et c, @ est bou-
- lonnée une table d, sur le devant de laquelle la
- presse e est maintenue sur les guides par deux
- ressorts à boudin disposés sur les côtés et qu’on
- peut faire descendre au moyen de la tringle g et de la
- pédale h.
- « Sur la traverse c est montée à vis la lame fixe en
- MACHINES A COUPER LE CARTON. 345
- acier i @ qui, avec la lame courbe mobile k, dont le
- point de centre est placé en l, constitue la
- cisaille ; m est un contrepoids qu’on peut ajuster
- pour donner plus de mobilité à la lame k et moins
- de fatigue à l’ouvrier. La traverse b forme coulisse
- pour recevoir le coulisseau n, qui peut être mu dans
- un sens ou dans l’autre par la tige o et la roue à ma-
- nivelle p.
- « Sur le coulisseau n s’élève le portant q qui, lors-
- qu’on tourne la roue à manivelle p, peut se rappro-
- cher ou s’éloigner de la coulisse. Afin de pouvoir
- disposer bien parallèlement ce portant, on a monté
- dessus une règle r qu’on peut ajuster à l’aide de
- vis s.
- « Sur la table d sont établies des équerres tt,
- glissant dans des coulisses qui se croisent à an-
- gle droit pour pouvoir ajuster de grandeur le mor-
- ceau de carton qu’on veut détacher. Enfin les équer-
- res t portent des vis u qui, par un quart de tour,
- serrent les écrous qui retiennent ces équerres sur les
- coulisses.
- « Pour faire usage de cette presse, on ajuste la
- feuille de carton sur la table, on élève le portant de
- manière que ce carton appuie bien exactement sur sa
- règle, puis on rabat la lame mobile dans l’espace
- laissé libre entre la lame fixe et la règle, et on sépare
- ainsi une plaque de carton de la grandeur détermi-
- née par l’ajustement des équerres.
-
- « Nous donnerons encore, mais sans la décrire
- (fig. 23) tant elle est facile à comprendre, la figure d’un
- autre modèle de machine à couper le carton cons-
- truite par MM. Heim, et qui est également toute
- en fer.
346 RELIURE MÉCANIQUE.
-
- « Les machines à couper le carton sont surtout
- destinées à couper les cartons épais ; mais comme
- elles sont d’un prix assez élevé, on peut les rempla-
- cer, quand il s’agit de cartons peu épais, par une
- pointe à rabaisser représentée dans la figure 24.
- « Cet outil se compose d’une planche aa sur l’un des
- côtés de laquelle est vissée une coulisse h travaillée
- avec soin. Dans cette coulisse se meut un coulisseau
- qui s’y adapte très-exactement, et sur lequel est vis-
- sée la pièce c qui est percée d’un trou carré dans
- lequel glisse une règle d, graduée si l’on veut. A l’une
- des extrémités e de cette règle, est insérée une lame
- ou une pointe f qui, au moyen d’une vis de pression
i, peut être arrêtée à la distance où l’on veut opérer
- la section.
- « Supposons que le carton doive avoir une hauteur
- de 15 centimètres, on porte la pointe f à cette dis-
- tance du bord h de la coulisse, et on l’arrête en ce
- point par la vis g ; puis on pose le carton sur la
- planche, un des côtés appuyé sur le bord de la cou-
- lisse, on l’y maintient avec la main gauche, tandis
- que de la main droite on presse sur la pièce c en
- même temps qu’on la fait glisser dans la coulisse h,
- ce qui marque, à une profondeur suffisante, la ligne
- où le carton doit être coupé, et même, en remplaçant
- la pointe par une lame tranchante, sert à le cou-
- per de la grandeur exactement voulue pour en cou-
- vrir un livre, lorsque ce carton n’est pas trop
- épais. »
[modifier] § 6. -- MACHINES A ROGNER.
-
- Anciennement, dans toutes les industries qui ont
- besoin de rogner le papier, on n’employait pas d’au-
- tre instrument que le rognoir du relieur. On a vu
- MACHINES A ROGNER. 347
- que, pour se servir de cet outil, le papier est placé
- verticalement dans une presse, et que l’ouvrier est
- obligé de tourner à la main le manche de la vis du
- fût afin de faire avancer le couteau progressivement,
- de sorte qu’il peut, faute d’habitude ou par distrac-
- tion, avancer le couteau plus qu’il ne devrait, et qu’a-
- lors la résistance que présente le papier est trop
- grande, ce qui produit des déchirures ou d’au-
- tres graves inconvénients.
- Dans le rognoir mécanique dont nous allons don-
- ner la description, tous ces défauts ont disparu, et le
- travail se fait avec plus de régularité.
- « Les figures 38, 39, 41, 42 et 43) montrent l’instru-
- ment dans tous ses détails. Les mêmes lettres indi-
- quent les mêmes objets dans toutes les figures. Sur
- une table très-épaisse A A, montée sur quatre forts
- pieds B B, assemblés à tenons et mortaises, sont
- fixés à pattes, par derrière, deux montants C C, D D,
- en fer forgé, épais de la moitié de leur largeur.
- « Ces deux montants servent de support à la ma-
- chine. Sur le devant de ces deux montants est soli-
- dement fixée une plaque de fonte E E, ouverte de
- deux grands trous F F, dans la vue de la rendre plus
- légère.
- « En G G et H H, sont rivées deux bandes de fer
- forgé, parallèlement entre, elles, et présentant sur la
- plaque E E, une coulisse pour y recevoir le fût (fig.
- 38), dont nous allons parler dans un instant.
- « Au-dessus de cet appareil est une forte pièce de
- bois J J, dont on voit l’épaisseur (fig. 41), mêmes
- lettres J J. Cette pièce de bois est traversée, à droite,
- par le montant D D, boulonné de ce côté ; elle est
- traversée sur la gauche par un autre montant en fer
- K L, avec lequel elle est boulonnée.
348 RELIURE MÉCANIQUE.
-
- « Il faut faire attention à la description des pièces
- qui vont suivre, et qui servent à fixer le papier ou
- les volumes à rogner. On voit que le montant K L
- est boulonné d’abord avec la pièce de bois J J, ensuite
- avec la pièce de fer forgée M N, et enfin avec le levier
- en fer R, S, I. Ces trois boulons permettent aux trois
- pièces un petit mouvement de rotation, comme une
- charnière.
- « Le levier R, S, l a son point d’appui sur le boulon
- l. Il est formé en fourche au point I, et dans l’inté-
- rieur de cette fourche, et sur le même boulon, se meut
- la pièce T l,qui n’est autre chose qu’un cliquet, comme
- on va le voir. Avant de passer à la description d’au-
- tres pièces, voici comment on parvient à fixer le pa-
- pier ou les livres.
- La barre de fer M N, que la figure 42 représente
- à part, est formée en fourche au point M, et embrasse
- la pièce K L ; de même que la pièce K L embrasse en
- L Ie levier R, S, I. On aperçoit que cette barre de fer
- MN a en O (fig. 39 et 42), une saillie intérieurement :
- cette saillie est destinée à appuyer fortement, par le
- milieu de l’appareil, sur une plaque de bois dur P P,
- fig. 43, précisément au point Q qui est plus épais,
- et dont les extrémités Q P, sont en plan incliné, afin
- que l’effort se distribue sur toute l’étendue de l’objet
- pressé.
- « Lorsqu’on a placé le papier ou les livres sur la
- table AA, au-dessous du point O, et sur une feuille
- de carton épais, on met dessus la pièce de bois P, Q,
- P ; on appuie fortement sur l’extrémité R du levier
- R S ; il fait descendre tout à la fois la barre J J et la
- barre de fer M, dont l’autre extrémité N appuie
- contre le dessous du boulon V. On fait descendre le
- point M jusqu’à ce que la barre MN soit parfaitement
- MACHINES A ROGNER. 349
- horizontale, et que, par le point 0, elle appuie forte-
- ment sur le point Q de la pièce de bois P, Q, P (fig.
- 43). Alors, en appuyant toujours sur le bras du levier
- R, sans lui permettre un retour en arrière, on pousse
- avec l’autre main, le cliquet T I, et on l’engage dans
- une des dents de la crémaillère S I, qui le retient
- parfaitement, de manière que rien ne peut bouger.
- « Dans le cas où l’on n’aurait pas assez de papier
- pour remplir l’intervalle entre le point O et la table
- A A, on y suppléerait par des plateaux de bois plus
- ou moins épais, de la largeur et de la longueur de la
- planche P, Q, P, afin d’obtenir une pression suffi-
- sante, comme nous l’avons expliqué.
- « Voyons actuellement l’action du rognoir :
- « Au-devant de la plaque E E est placé le rognoir
- (fig. 38), dans les coulisses G G, H H. Il est dessiné à
- part dans cette figure, afin de rendre la figure 39
- moins confuse. Les lettres a a indiquent deux anses
- cylindriques en bois, portées par des armatures en fer
- m m, dont un seul ouvrier se sert pour faire
- marcher la machine, en prenant d’une main celle qui
- lui est la plus commode.
- « L’effort à faire est si faible, qu’il ne faut jamais
- qu’un ouvrier. Au milieu de cette pièce est fixée une
- boite b, qui contient le couteau f, semblable à celui
- du relieur, et qui reçoit un mouvement vertical par la
- vis d, qui est à sa partie supérieure. Le rognoir est
- retenu dans les coulisses G G, H H (fig. 39) par les
- parties g g, h h (fig. 38).
- « La vis d du rognoir est surmontée d’un chapeau
- c triangulaire, tel qu’on le voit en c (fig. 41). Au-des-
- sous de la pièce J J (fig. 39) sont fixés deux petits
- liteaux de bois r s, l’un plus long que l’autre, portant
- chacun une cheville en fer t, u, qui engrènent avec
-
- Relieur. 20
350 RELIURE MÉCANIQUE.
- les trois dents du chapeau alternativement aux deux
- extrémités opposées du même diamètre, de sorte
- qu’elles font tourner ce triangle dans le même sens,
- afin de faire avancer le couteau d’un tiers de pas de
- la vis, à chaque mouvement de va-et-vient.
- « On conçoit actuellement avec quelle régularité
- s’opère cet enfoncement progressif, et combien de
- précision et de célérité doit présenter cet instrument,
- dont le relieur intelligent peut tirer un grand avan-
- tage
- « M. Cotte a perfectionné cette machine qui travaille
- avec une célérité étonnante : il fait marcher le cou-
- teau à l’aide d’un engrenage. Une roue placée verti-
- calement à côté de la machine, engrène dans un
- pignon qui porte un excentrique, et imprime au ro-
- gnoir un mouvement de va-et-vient. La première
- roue porte un volant, et est mue par une manivelle ;
- le pignon porte aussi un volant. Cette machine n’exige
- qu’une très-faible force. »
-
- Mais la presse à rogner, malgré les perfectionne-
- ments de détail qu’on a pu y apporter, ne répond pas
- aux besoins de la grande industrie. Il a donc fallu
- imaginer des appareils autrement puissants, et ce
- sont ces appareils qu’on appelle proprement machi-
- nes à rogner.
- Parmi les machines de ce genre, une des plus po-
- pulaires en France est celle de M. Massiquot, méca-
- nicien à Paris, dont le nom est même devenu celui
- des coupeuses construites sur le même principe. In-
- diquons sommairement en quoi consiste un massi-
- quot. Il se compose des parties essentielles sui-
- vantes :
- MACHINES A ROGNER. 351
-
-
- 1° Une table en bois sur laquelle glisse un plateau
-
- mobile. On fait avancer ou reculer ce plateau au
- moyen d’une chaîne de Galle fixée en dessous à ses
- deux extrémités, et venant engrener avec un pignon
- denté que porte un arbre disposé sur la table et qu’on
- met en mouvement en tournant une manivelle ;
-
- 2° Un bâti en fonte établi à demeure sur la table.
-
- Ce bâti se compose de deux pièces symétriques et
- verticales qui laissent entre elles un espace vide,
- dans lequel est placé un couteau en fonte garni à sa
- partie inférieure d’une lame d’acier tranchante. Ce
- couteau porte deux coulisses inclinées dans lesquelles
- sont engagés des galets dont les tourillons sont fixés
- dans le bâti. Ce couteau porte à sa partie supérieure
- une crémaillère inclinée parallèlement aux coulisses,
- et avec laquelle vient engrener un pignon qui est
- actionné par une manivelle montée sur un volant, et
- par l’intermédiaire de deux pignons et de deux
- roues.
- On multiplie ou diminue le nombre des engrenages
- selon les dimensions de la machine et la résistance
- des objets qu’on veut couper.
- Au-dessus du plateau mobile se trouve une forte
- règle en fonte, qui peut recevoir, par le moyen d’un
- volant, un mouvement de haut en bas ou de bas en
- haut. Elle sert à presser et à maintenir le papier ou
- les volumes à couper.
- Sur les côtés de la table sont placées deux règles
- divisées, qui portent, à leur partie inférieure une cré-
- maillère dans laquelle viennent engrener des pignons
- qu’on met en mouvement avec une manivelle.
- Aux extrémités de ces deux règles est fixé un arrêt
- qu’on peut soulever et mettre de côté quand on le dé-
- sire, car il est mobile autour de deux articulations.
352 RELIURE MÉCANIQUE.
-
- Cet arrêt est indépendant du plateau mobile ; il a
- pour destination de régler la grandeur des feuilles à
- couper, grandeur que donnent deux petits indices,
- et qu’on peut faire varier à volonté en avançant ou
- reculant les règles.
- La manière de se servir du massiquot est des pIus
- simples. On place le papier on les volumes à couper
- sur le plateau ; on fixe avec l’arrêt la dimension des
- feuilles qu’on veut obtenir, après quoi on fait avan-
- cer le plateau. Le papier vient appuyer contre l’ar-
- rêt, on abaisse la règle, on fait descendre le couteau,
- et l’on relire le papier coupé en faisant tourner la
- règle autour de ses articulations. Le papier enlevé,
- on remet l’arrêt en place, et l’on recommence comme
- on vient de le dire.
- Nous allons maintenant décrire les machines à
- rogner qui figurent sur les planches.
[modifier] 1° Machine Perkins.
-
-
- « M.J. Th. Perkins est inventeur d’une machine
-
- à rogner qui coupe, selon lui, avec une telle perfec-
- tion et donne une tranche si unie et si nette qu’on
- peut procéder immédiatement à la marbrure ou à la
- dorure.
-
- « La figure 44, pl. 2, est une vue en élévation de
-
- cette machine. La figure 45, même pl., en est une
- vue en élévation latérale.
-
- « A, A, deux flasques en fonte, reliées entre elles
-
- par des traverses horizontales a ; B, B, mon-
- tants venus de fonte sur les flasques A A. Au centre
- de ces montants existe une coulisse b pour recevoir
- les extrémités du plateau mobile C ; lequel est pourvu
- d’une vis c, fonctionnant dans un écrou d, établi
- dans le chapeau ou traverse supérieure D. Un ba-
- MACHINE A ROGNER. 353
- lancier, monté sur la tête de la vis c, sert, en lui
- imprimant un mouvement de rotation, à faire des-
- cendre le plateau C, afin de presser et maintenir en
- place avec fermeté sur le sommier de la machine le
- livre qu’on veut rogner.
-
- « EE, consoles boulonnées sur le côté du bâti et
-
- destinées à porter l’arbre horizontal F et la mani-
- velle G. Sur l’une des extrémités de cet arbre sont
- enfilées deux poulies ee, l’une fixe, l’autre folle, et
- sur l’autre un bras de manivelle f. On peut de cette
- manière communiquer le mouvement à la Machine
- soit à l’aide de la vapeur ou de tout autre moteur,
- soit à bras d’homme.
-
- g, roue dentée, calée sur l’arbre F qui engrène dans
-
- le pignon h monté sur l’arbre à manivelle G ; i, vo-
- lant sur cet arbre pour régulariser les mouvements
- de la machine.
-
- « L’arbre à manivelle G, au moyen de la bielle K,
-
- communique un mouvement horizontal à la scie ou
- au couteau H, qui fonctionne entre des guides dans
- les montants BB. De chaque côté de ces guides sont
- insérées à vis des tiges qui s’avancent dans les cou-
- lisses et viennent buter sur la scie ou le couteau H,
- afin de lui donner un mouvement ferme et régu-
- lier.
-
- « I, sommier sur lequel est placée une table pour
-
- porter le papier ; ce sommier repose en outre sur
- un chariot qui glisse sur les deux côtés du bâti. En
- avant de ce bâti et fonctionnant dans ses appuis pro-
- pres, est un arbre horizontal k, portant deux seg-
- ments dentés Il qui engrènent dans des crémaillères
- verticales qq, glissant sur des barres de guide pp
- et reliées dans le bas par la traverse rr, aux deux
- bouts de laquelle sont articulées les bielles ss qui
354 RELIURE MÉCANIQUE.
- l’assemblent avec le couteau. Au milieu de la Ion-
- gueur de l’arbre k, est calée une poulie à poids m ;
- sur ce même arbre, il existe une roue à rochet n
- dans les dents de laquelle tombe, à certaines époques
- de l’opération, le cliquet n et enfin le levier o pour
- le service indiqué ci-après.
-
- « Voici comment on fait fonctionnel la machine :
- « Avant de placer le livre qu’il s’agit de rogner
-
- dans la machine, il faut d’abord relever le couteau H,
- ce que l’on fait en abaissant le levier o sur l’arbre k
- qui agit sur les segments l et relève les crémaillères
- q, la barre r et les bielles verticales, et par consé-
- quent le couteau qui s’y trouve articulé. Le livre est
- alors placé sur la table, en position convenable sous
- le couteau ; on abaisse le plateau C sur ce livre et on
- serre. En cet état, on imprime un mouvement de ro-
- tation à la roue dentée g au moyen du bras f ou de la
- poulie e, et le pignon h engrenant dans cette roue g,
- fait agir la manivelle G qui communique le mouve-
- ment alternatif nécessaire au couteau H.
-
- « Si l’on trouve que le poids de la lame du couteau
-
- et des pièces qui en dépendent ne suffit pas
- pour produire la pression nécessaire pour couper
- la matière sur laquelle on opère, comme par exem-
- ple quand on veut couper du carton, on applique un
- poids à la poulie m, ainsi qu’on Ie voit dans les deux
- figures.
-
- « Lorsque la lame a pénétré jusqu’au fond de la
-
- masse de papier, on suspend son mouvement alter-
- natif en rejetant la courroie de transmission sur la
- poulie folle, ou en cessant de tourner le bras f. On
- relève alors le plateau C en faisant tourner la vis c
- en sens contraire, on soulève la lame, ainsi qu’il a
- été expliqué ci-dessus, et on la maintient dans cette
- MACHINES A ROGNER. 355
- position à l’aide du cliquet n* qu’on met en prise
- avec l’une des dents de la roue à rochet m.
- « Pour faire avancer le livre ou le papier pour
- qu’il soit rogné en tête ou en queue ou sur l’autre
- rive bien parallèlement à la première, on se sert de
- l’appareil représenté dans la figure 46 et qui consiste
- en une tringle t montée sur le côté extérieur du bâti,
portant à l’une de ses extrémités une petite mani-
- velle u, et légèrement conique à l’autre sur une cer-
- taine longueur, afin de pouvoir glisser dans une
douille mobile v.
-
- « A cette douille est attachée une barre w qui s’é-
- tend sur toute la largeur de la machine et est
- pourvue à son autre bout d’une autre douille x,
- au travers de laquelle passe une seconde tringle y
- fixe sur le bâti et servant de guide pour assurer la
- marche ferme et correcte de la barre w dans ses
- mouvements en avant et en arrière.
- « A cette barre w est attachée une planchette qui,
- amenée en avant quand on fait tourner la mani-
- velle sur la tringle t, pousse le livre u le papier
- vers la partie antérieure de la machine en la mainte-
nant constamment paralléle au couteau. Arrivé dans
- la position convenable sur la table, on abaisse le
- plateau C sur l’objet et ou fait fonctionner le cou-
- teau.
- « On peut aussi construire la machine, comme
- l’indique la figure 47, c’est-à-dire monter les mon-
- tants BB séparément du bâti en les y fixant à char-
- nière. Alors le couteau fonctionne dans des guides
- distincts des montants et la partie supérieure de la
- machine, qu’on appelle la presse, peut être rabattue
- dans une position horizontale aprés que le livre ou
- le papier a été rogné, afin de pouvoir en marbrer ou
356 RELIURE MÉCANIQUE.
- dorer la tranche sans l’enlever de dessus la ma-
- chine.
- « La figure 48 représente le couteau le plus propre
- à rogner le papier ou couper le carton, et la figure
- 49 celui à tranchant droit qui convient davantage
- pour couper les peaux ou les matières en laine ou en
- coton, car la machine peut servir à ces divers
- usages. »
[modifier] 2° Machine Delamarre.
-
-
- « La machine à rogner le papier de M. Delamarre,
-
- qui a reçu successivement plusieurs perfectionne-
- ments, se distingue par plusieurs dispositions heu-
- reuses, et en ce que le coupage ou le rognage du pa-
- pier ou du livre s’y opère non plus dans le sens
- horizontal, mais dans le sens vertical et par un mou-
- vement angulaire du couteau. Elle est représentée
- dans son état actuel dans les figures suivantes : fig.
- 50, vue en élévation de face ; fig. 51, vue en coupe
- par les lignes 1 et 2 de la figure 50 ; fig. 52, vue en
- plan du couteau ; fig. 53, vue en coupe verticale de
- ce couteau, toutes pl. III.
-
- « L’appareil se compose du couteau A fixé par des
-
- vis dans un châssis en fonte ou en fer B, lequel se
- trouve assujetti dans trois de ses points par trois
- leviers de manœuvre ; le premier C, monté sur l’ar-
- bre D, est celui qui reçoit le mouvement ; les deux
- autres C’C’ sont ajustés sur des goujons aa placés
- sur une même ligne horizontale. Le bâti en fonte se
- compose de deux jumelles E.E supportant à la fois
- le mécanisme du couteau et de la commande qui se
- trouvent suffisamment élevés par un banc ou éta-
- bli GG en bois ou en fonte.
-
- « Les. feuilles à rogner reposent sur le bloc H et y
-
- sont pressées par un plateau en fonte I. On peut ma-
- MACHINES A ROGNER. 357
- nœuvrer ce plateau de la partie inférieure, soit par
- une vis à volant J, faisant monter ou descendre le
- balancier K et les tringles bb qui le retiennent, soit
- par une pédale.
- « Voici comment s’effectue le coupage ou le rognage
- des feuilles ou des livres soumis à l’action de la ma-
- chine de M. Delamarre :
- « Supposons que ce soient des livres. Ces livres
- sont placés sur le bloc en bois qui surmonte l’établi,
- puis, au moyen de deux ou trois tours du volant J,
- sont serrés au degré convenable par le plateau I qui
- est solidaire avec les tringles bb et guidé dans son
- ascension par les rainures d. On comprend que la
- vis de ce volant, butant contre le socle ou écrou L,
- ne peut pas changer de place et par conséquent
- qu’il force le balancier, dont il a été question, à mon-
- ter ou descendre et à produire le résultat qui vient
- d’être annoncé.
- « Le serrage des livrés étant ainsi effectué, on fait
- agir le couteau, qui descend toujours perpendi-
- culairement en affleurant le bord du plateau, On
- obtient ce résultat en agissant sur la manivelle
- M, qui commande par son pignon N, la roue P et
- son pignon Q, montés sur le même axe e ; ce dernier
- pignon engrenant dans un secteur denté R monté
- sur l’arbre central D, tend à faire décrire à celui-
- ci un espace angulaire d’autant plus grand que
- l’épaisseur des matières est plus considérable, et par
- suite à entraîner les trois leviers C C’ et C". C’est
- le jeu de ce mécanisme qui produit la coupe trés-
- régulière du papier, car ces leviers se mouvant par
- leur partie supérieure autour d’un axe fixe, décrivent
- à leur partie inférieure et font, par conséquent,
- décrire au couteau un arc de cercle qui est, comme
358 RELIURE MÉCANIQUE.
- on sait, utile et même indispensable à un rognage
- propre et satisfaisant.
- « la cheville g, qui relie le châssis B et le levier C,
- fait saillie sur le devant de la machine, pour s’enga-
- ger dans une coulisse h qui dépend du secteur R et
- mener le couteau d’une manière plus régu1ière et plus
- invariable. .
- « Afin de pouvoir affûter ou rentrer et fixer la lame
- A à son châssis B ; on a rapporté sur ce dernier des
- vis fff qui permettent de la manœuvrer et de la
- serrer à volonté, suivant l’usure, les cassures ou
- le gauche qui surviennent assez habituellement. »
[modifier] 3∞ Machine Pfeiffer.
-
- " La machine à rogner de M. Pfeiffer est très-ex-
- péditive. Elle se distingue des autres appareils de ce
- genre, en ce qu’elle peut aussi rogner la gouttière
- des livres, en lui donnant la forme concave qu’on a
- l’habituçle d’appliquer à la tranche, opération assez
- délicate que peu de relieurs pratiquent avec un plein
- succès, et que cette machine au contraire exécute,
- d’une manière parfaite et avec célérité. En voici la
- descriptiqn, toutes les figures se trouvant sur la
- même pl. et les mêmes lettres désignant les mêmes
- parties.
- « Fig. 54. Vue de face de la machine.
- « Fig. 55. Vue de profil.
- « Fig : 56. Profil et vue de face partielle du couteau
- à lame courbe.
- « Fig. 57. Détail relatif au mouvement du couteau
- à lame courbe.
- « Fig. 58. Vue debout de la machine.
- « Fig. 59. Section verticale perpendiculaire au plan
- de la figure 54.
- MACHINES A ROGNER. 359
-
- « Fig. 60. Profil du couteau à lame droite.
- « Fig. 61. Détail relatif au mouvement du couteau
- à lame droite.
- « Cette machine accomplit deux operations distinc-
- tes, celle qui consiste à rogner les tranches planes des
- livres et celle qui a pour but de rogner circulaire-
- ment la tranche longitudinale, c’est-à-dire de prati-
- quer ce qu’on nomme la gouttière.
- « Chacune de ces opérations étant faite au moyen
- d’organes spéciaux, entièrement séparés, bien que
- portés par les mêmes bâtis, il est important de les
- décrire séparément.
- « Les dessins montrant la machine disposée pour
- la seconde opération, nous décrirons celle-là la pre-
- mière.
- « Rognage circulaire. — X X, bâtis en fonte
- parallèles, supportant tous les organes de la ma-
- chine ; ils sont reliés par trois tirants boulonnés y.
- A, table principale sur laquelle se font les opéra-
- tions ; elle est boulonnée sur les bâtis X. Vπ est le
- volume sur lequel doit être pratiquée la gouttière ; on
- voit sa position fig. 59. B B, mâchoires entre les-
- quelles on place plusieurs volumes lorsqu’il s’agit de
- rogner des tranches planes ; mais, lorsqu’il s’agit ;
- comme ici, de rogner circulairement, opération qui
- ne permet d’agir que sur un seul volume à la fois,
- on ajoute aux mâchoires BB, qui occupent toute la lar-
- geur de la table A, de petites mâchoires mobiles bb
- moins larges, qui s’y adaptent au moyen de goujons
- se logeant dans des trous correspondants. Pour sou-
- tenir la petite mâchoire supérieure ’b’, on opère un
- serrage au moyen de deux petites vis à poignées o,o,
- fig.58,.
- « Les mâchoires BB sont montées sur des vis verti-
360 RELIURE MÉCANIQUE.
- cales C à filets opposés, disposées de l’un et de l’au-
- tre côté de la table A (fig. 56, 57 et 58) et dont le
- mouvement permet d’éloigner ou de rapprocher à
- volonté les mâchoires suivant l’épaisseur sur laquelle
- le serrage doit être opéré. DD, roues d’angle fixées à
- la partie inférieure des vis C. dd, pignons coniques
- engrenant avec les roues D et calés sur l’arbre E
- porté par les bâtis. C’est à l’aide du volant à
- poignées F qu’on communique le mouvement au
- système.
- « G (fig. 59) est le couteau à@ lame courbe qui sert
- à pratiquer la gouttière ; la figure 56 en donne à une
- plus grande échelle une section verticale et une vue
- partielle de face. La lame, qu’on peut changer à vo-
- lonté, forme une portion de cylindre dont le rayon
- est égal à celui que doit avoir la concavité de la tran-
- che, suivant la dimension du volume. H est le porte-
- couteau auquel le couteau est solidement vissé
- (fig. 59). I, secteur denté au centre duquel est fixé
- le porte-couteau, et servant à imprimer à la lame
- courbe un mouvement de rotation de haut en bas. j,
- pignon transmettant le mouvement au secteur I. K,
- grand volant à poignées commandant le pignon j au
- moyen des engrenages 1 et 2.
- « Le mouvement circulaire n’est pas le seul que le
- couteau G reçoive ; il doit être animé en même temps
- d’un mouvement de glissement horizontal, en sorte
- que la résultante des deux mouvements est, pour
- ainsi dire, une hélice suivant laquelle le rognage est
- opéré, condition essentielle pour éviter les bavures.
- Or, ce second mouvement est obtenu de la manière
- suivante : Le porte-couteau H, se prolongeant du
- côté du volant K, est relié à un système indiqué en
- coupe longitudinale, fig. 57, qui se compose d’un ar-
- MACHINES A ROGNER. 361
- bre L enfermé dans un manchon et forcé de se dépla-
- cer horizontalement par suite d’un artifice produisant
- un mouvement excentrique. Cet artifice est obtenu
- au moyen d’une vis v, dont la queue est engagée
- dans une rainure hélicoïdale r. Enfin, l’arbre L porte
- un engrenage 3 qui reçoit son mouvement de la roue
- l calée sur l’axe du volant K.
- « Par suite de ces dispositions, lorsque le volant K
- est mis en mouvement, le couteau G est animé à la
- fois d’un mouvement circulaire et d’un mouvement
- de translation alternatif horizontal.
- « Tout le système que nous venons de décrire est
- porté par un chariot M pouvant glisser à volonté sur
- la table A, qu’on approche du volume lorsqu’il s’agit
- de pratiquer la goultière, et qu’on recule à l’extrè-
- mité de la table lorsqu’on doit procéder au rognage
- des tranches planes. Les dessins représentent l’ap-
- pareil au moment où la gouttière venant d’ètre faite,
- le volume est encore en place et le chariot M a été
- reculé. Ce charriot est mis en mouvement au moyen,
- de deux pignons d’angle ii placés à droite et à gau-
- che (fig, 54, 55 et 59), et à l’axe desquels il est relié.
- Les pignons i engrènent avec d’autres pignons n ca-
- lés sur un même arbre et commandés par le volant
- à manivelle SS'.
- « Rognage des tranches planes. — Supposons
- maintenant qu’il s’agisse de rogner les tranches pla-
- nes : ici l’opération peut être pratiquée facilement sur
- plusieurs volumes à la fois.
- « N est une table mobile qui est relevée, ainsi que
- l’indiquent les dessins (fig. 55 et 59), lorsque le
- couteau à lame courbe opère et qu’on abaisse, aprés
- avoir reculé le chariot M, pour venir recevoir les
- volumes qu’on serre en nombre quelconque entre les
- Relieur. 91
362 RELIURE MÉCANIQUE.
- mâchoires BB. (Pour cette opération les petites mâ-
- choires bb doivent être enlevées.).
-
- « gg sont deux tringles horizontales placées à droite
-
- et à gauche, et qu’on pousse, lorsque la table N est
- abaissée, jusqu’à ce qu’elles viennent loger leurs
- extrémités dans des trous correspondants ménagés
- dans cette table.
-
- « La plaque verticale de fond de la table N est
-
- mobile et, par conséquent, peut être avancée ou re-
- culée, suivant la dimension des volumes qui vien-
- nent y appuyer la tranche opposée à celle qui doit
- être rognée. hh (fig. 54 et 58), règles verticales
- mobiles servant à équerrer les volumes.
-
- « @ Le mouvement vertical de la table N est obtenu
-
- au moyen de deux crémaillères PP qui y sont
- fixées, et engrènent avec deux pignons pp, placés sur
- un même axe horizontal. Ces pignons pp sont com-
- mandés par un petit volant Q, au moyen des roues
- d’angle 4 et 5 (fig. 58 et 59). G est une roue à rochet @
- calée sur l’axe du volant Q, avec levier d’enclique-
- tage R, et servant à maintenir la table N à son point
- d’arrêt lorsqu’elle a été remontée.
-
- « T, couteau à lame droite occupant horizontale-
-
- ment toute la largeur de la machine. Il se compose
- d’une partie fixe et d’une partie mobile, la lame, la-
- quelle pouvant être changée à volonté, s’adapte dans
- une rainure de la partie fixe, et y est serrée au moyen
- de quatre boulons (fig. 54 et 60).
-
- « V V, coulisses jumelles en fonte, assemblées
-
- verticalement sur la table A, réunies en une seule
- arcade, et entre lesquelles glisse le couteau T dans
- son mouvement de montée ou de descente : Ce mou-
- vement est en outre guidé au moyen de deux règles
- obliques xx, formant parallélogramme, et reliées,
- MACHINES A ROGNER. 363
- d’une part, à l’arcade V V, et d’autre part, au couteau
- lui-même.
-
- « Bien qu’il opère toujours dans un plan vertical,
-
- ce couteau n’agit pas perpendiculairement à la tran-
- che des livres qu’il doit rogner ; mais il descend
- obliquement et opère, en quelque sorte, un sciage.
- Ce résulat est obtenu à l’aide des dispositions sui-
- vantes :
-
- « Z est une vis à direction oblique, dont l’axe fait
-
- avec l’horizon un angle égal à celui que décrit le
- couteau T dans sa course. Elle est reliée à ce cou-
- teau par deux bras en fonte. Sur l’axe de la vis Z
- est un écrou u visible, fig. 61, lequel est enfermé
- dans un manchon qui porte une roue d’angle 7.
-
- « W est un volant à manivelle à l’aide duquel on
-
- imprime le mouvement à la roue 7, et par consé-
- quent à l’écrou u par l’intermédiaire des engrenages
- 8,9,10 et 11 (fig,. 55). Il suffit donc de tourner ce
- volant dans un sens ou dans l’autre, pour faire des-
- cendre ou monter obliquement le couteau. »
[modifier] 4° Machine à rogner la gouttière.
-
-
- « On doit à MM. G. Trink et L. Heitkamp, de New-
-
- York, l’invention, en 1862, d’une machine à rogner
- la gouttière des livres dont le croquis, fig. 62, suffira
- pour donner une idée suffisante.
-
- « cette machine se compose d’un établi a sur la
-
- surface duquel repose une table b qu’on cale au
- moyen de vis dd, pour lui donner une position bien
- horizontale. C’est sur cette table qu’on dispose le
- volume dont on veut faire la gouttière. Une petite
- presse à vis e qui surmonte la table, maintient fer-
- mement ce volume à sa place, et un ais à gorge f
- qu’on place derrière le dos, et que serrent anssi les
364 RELIURE MÉCANIQUE.
- vis de calage, contribuent à le rendre immobile.
-
- « Dans cet état, on en approche le couteau g, qui
-
- a une structure particulière. Ce couteau se compose
- d’une lame dont le biseau est placé dessous, et dont
- le dos est arrondi, suivant la courbure qu’on veut
- donner à la gouttière. Cette lame est arrêtée par des
- vis sur une monture dont les extrémités présentent
- la même courbure que le dos de la lame, ou plutôt
- en sont la continuation.
-
- « En outre le tranchant de ce couteau a une forme
-
- un peu courbe d’une extrémité à l’autre, et le dos
- en est poli avec beaucoup de soin. Ce couteau avec
- sa monture peut tourner sur un axe qui forme le
- point de centre de sa courbure, et est manœuvré par
- un levier h. Enfin il est mobile et en coulisseau,
- comme le couteau ordinaire, dans des coulisses de
- la table parallèles à la longueur du volume.
-
- « Pour opérer avec cetle presse, on place le vo-
-
- lume sur la table, le couteau touchant le point où
- doit commencer la gouttière. On l’arrête un moment
- à ce point, comme il a été dit, puis on fait voyager
- en va-et-vient devant soi le couteau qui commence à
- en couper les feuillets. Aussitôt que l’ouvrier sent que
- le couteau ne mord plus, il le fait tourner doucement
- au moyen du levier h, ou à l’aide d’un autre moyen
- plus délicat, et continue ainsi jusqu’à ce que le cou-
- teau, dans son mouvement partiel de rotation, ait
- rogné la gouttière sous la forme qu’elle doit rece-
- voir.
- « On fera remarquer que non-seulement le couteau
- rogne la gouttière, mais que, de plus, par son dos
- parfaitement lisse et uni, il la polit à l’intérieur et
- lui donne de l’éclat et du brillant.
- « Cette machine est fort, ingénieuse et mérite qu’on
- MACHINES A ROGNER. 365
- en fasse l’essai en France ; seulement, quand on
- voudra lui donner toute la précision et l’utilité con-
- venable, il sera peut-être nécessaire d’en compliquer
- un peu le mécanisme.
-
- « Nous ferons en outre remarquer qu’un seul cou-
-
- teau ne peut pas rogner correctement les gouttières
- de livres d’épaisseurs différentes, et qu’on est peut-
- être obligé d’avoir une série de couteaux à lames et
- montures de courbures diverses pour ces différentes
- épaisseurs : mais dans les cas assez fréquents où
- l’on a à relier un grand nombre de volumes de même
- format et de même épaisseur, la machine à un seul
- couteau peut faire un bon service.
-
- « Il serait possible, il est vrai, de rendre mobile
-
- au besoin le point de centre autour duquel tourne le
- couteau, et de l’ajuster à la courbure qu’on veut
- donner à la gouttière, et déjà une vis i sert à le met-
- tre de hauteur ; il faudrait en outre qu’on pût faire
- varier la longueur du bras de levier du couteau.
- Dans tous les cas, la courbure de la gouttière ne
- correspondrait plus avec celle du dos, et celui-ci ne
- lisserait plus bien cette gouttière.
-
- « L’affûtage de ce couteau doit aussi être fait avec
-
- un certain soin, pour ne pas altérer la courbure ou
- le poli du dos.
-
- « Enfin, il nous semble, quoique l’inventeur garde
-
- le silence à ce sujet, qu’on peut rogner aussi avec
- cet appareil le volume en têle et en pied, et qu’il suf-
- firait pour cela, avec quelques légères modifications,
- de pouvoir rendre le couteau fixe dans une position
- déterminée, et, au contraire, le volume, bien mainte-
- nu, mobile dans deux sens, l’un transversal devant le
- couteau, et l’autre d’élévation, à mesure que le ro-
- gnage ferais des progrès. »
366 RELIURE MÉCANIQUE.
[modifier] § 7. -- MACHINES A DORER ET A GAUFRER.
-
- Les machines de cette catégorie sont, pour la plu-
- part, des presses à genou ou à balancier, d’une
- construction particulière, du moins quant aux dé-
- tails, et qui, suivant les dimensions, sont mues par
- des manivelles ou par la vapeur. C’est avec elles et
- des plaques de cuivre gravées en relief, que s’obtien-
- nent ces ornements dorés ou simplement gaufrés,
- qui décorent la couverture, plats et dos, des ouvra-
- ges d’étrennes ou de fantaisie, dont la mode est au-
- jourd’hui si répandue, et qui, presque toujours,
- seraient d’une exécution radicalement impossible, si
- l’on en était réduit au travail si lent et si coûteux du
- doreur aux petits fers.
- Quelle que soit la disposition, quant à certains
- détails, des machines à dorer, la plaque gravée est
- toujours fixée à la partie inférieure de la vis, sous
- une boîte creuse dans laquelle circule un courant de
- vapeur fourni par le générateur de l’atelier. Inutile
- d’ajouter que lorsqu’on tire à froid, le courant de
- vapeur est supprimé. Dans ce dernier cas, pour im-
- primer, en noir ou en couleur, des dessins gaufrés,
- on se sert d’une machine semblable, mais dont le
- dessous de la vis est encré par un système de rou-
- leaux encreurs qui, animés d’un mouvement de va-
- et-vient, vient frotter dessus au moment conve-
- nable.
- En enlevant la plaque gravée et mettant à la place
- des fers appropriés, on produit avec la même facilité
- les nerfs et les titres des livres, et toujours avec une
- pureté et une précision mathématique. On parvient
- aussi, en ajustant à la vis une plaque polie, exécuter,
- dans les conditions les plus favorables, l’opération
- MACHINES A DORER ET A GAUFRER. 367.
- de la polissure, la pression se trouvant ainsi substi-
- tuée au frollement.
- --------------------
- La figure 101 représente une machine à dorer et
- gaufrer à balancier. Comme le montre le dessin, elle
- « repose sur une plaque de fondation boulonnée sur
- un gros bloc de bois. Sur celle plaque de fondation s’é-
- lèvent deux colonnes massives en fonte H H, reliées
- entre elles dans le haut par une traverse C renflée en
- son milieu qui est percé et taraudé pour recevoir
- la vis B qu’on manœuvre à l’aide du balancier AA.
- « Cette vis roule dans le bas dans une crapaudine
- D et porte sur la platine EE, à laquelle elle trans-
- met l’action du balancier. Des tiges FF, qui por-
- tent sur cette platine sont, par un écrou e, assem-
- blées avec la vis et le balancier de manière que leur
- mouvement est solidaire de celui de ce balancier, et
- pour être certain que la pression sera ferme et s’exé-
- cutera bien verticalement, l’inventeur a disposé sur
- la platine deux guides GG, appliqués très-exacte-
- ment sur les colonnes H H, et qui, par conséquent,
- pendant que cette platine monte ou descend, ne lui
- permettent pas de se déverser soit à droite, soit à
- gauche, et, au contraire, d’appliquer une pression
- bien uniforme dans toute son étendue.
- « La platine de pression EE opère sur une pla-
- que ou table en fer I, sur laquelle on place l’objet
- qu’on veut dorer ou gaufrer, et pour fixer cet objet,
- c’est-à-dire pour pouvoir le placer d’une manière in-
- variable déterminée sur la table I, celle-ci porte de
- nombreuses chevilles sur lesquelles on arrête les
- objets au moyen des plaques ou matrices, disposi-
- tion fort utile, surtout lorsqu’on a un grand nombre
- de pressions ou de dorures à appliquer les unes
368 RELIURE MÉCANIQUE.
- après les autres. D’ailleurs, la presse étant établie
- pour pouvoir tirer en avant la table I, après chaque
- pressèe, sur les coulisses KK et les guides ff, puis la
- remettre en place, on conçoit qu’on doit prendre des
- précautions pour que cette table revienne toujours
- exactement à sa place.
- « Quand on fait usage de cette presse, on introduit
- dans la platine par les bouches LL, fermées par des
- tampons, des boulons ou barres de fer rougies au
- feu, et pour entretenir la température convenable, il
- suffit de remplacer ces corps chauds toutes les
- 15 ou 20 minutes. Toutefois, ce moyen de chauffage
- est aujourd’hui complètement abandonné dans tous
- les ateliers bien montés. Comme nous l’avons dit plus
- haut, c’est par un courant de vapeur qu’on chauffe
- les machines à dorer et à gaufrer.
-
-
- « La presse de la figure 102 est organisée d’après
-
- le même système que la précédente et appliquée plus
- particulièrement à la dorure et au gaufrage des
- grandes pièces ; elle en diffère en ce qu’elle est pour-
- vue d’un volant AA qu’on fait tourner à la main au
- moyen des poignées BB pour donner le coup de
- balancier, de manière qu’un seul ouvrier peut, sans
- développer un grand effort, donner une pression
- très-énergique.
-
-
- « On fait aussi usage pour la dorure ou le gaufrage
-
- de presses à levier établies à peu près sur le modèle
- de la presse typographique. Nous en avons repré-
- senté un modèle, dù à M. Queva, d’Erfurth, dans la
- figure 103.
-
- « On peut faire sur cette presse, dont il est inutile
-
- de donner une description détaillée, les travaux les
-
-
- RELIURES DIVERSES. 369
-
- plus variés en dorure et gaufrage, avec un faible dé-
- ploiement de force et une précision remarquable. La
- platine inférieure peut, par une disposition com-
- mode, être ramenée aisément et remise en place de
- manière à enlever la plaque qui la couvre et la rem-
- placer par une autre. Celle du haut ou de pression
- peut de même être changée d’une manière prompte
- et simple, et l’on parvient ainsi à dorer ou à gaufrer
- soit de simples cartons, soit des plats de livres plus
- ou moins épais. »
[modifier] CHAPITRE VIII Reliures diverses
[modifier] § 1. -- RELIURE DITE ARRAPHIQUE.
-
- Tandis que de nombreux et importants perfection-
- nements ont successivement amélioré plusieurs
- branches de la reliure, la partie spécialement relati-
- ve à la réunion des feuilles, à la confection du dos
- et à l’ouverture des livres et des registres, est restée
- stationnaire. En effet, dans la reliure, même la
- mieux soignée, les livres et les registres, en s’ou-
- vrant, forment une sorte de gouttière au milieu, et
- ont besoin d’être fortement retenus pour rester ou-
- verts. Cela provient de ce que jusqu’à présent les
- feuilles étant réunies par cahiers, il faut de toute né-
- cessité les coudre ensemble. Ces cahiers étant réu-
- nis entre eux et attachés au dos du livre, empêchent
- celui-ci de s’ouvrir.
-
-
-
-
- 21.
-
-
-
-
370 RELIURES DIVERSES.
-
- Par la nouvelle méthode proposée, tous ces incon-
- vénients disparaissent, puisque les livres et les
- registres, même les plus épais et du plus grand for-
- mat s’ouvrent sur une surface tellement plane, que
- l’on peut écrire sur un grand livre d’un côté à l’au-
- tre avec autant de facilité que l’on écrirait sur une
- simple feuille. On conçoit, en effet, que chaque
- feuille étant réunie séparément une à une, on obtient
- un seul plan pour les deux pages, et comme le dos
- est fait sans fil ni couture, on évite la gouttière for-
- mée par la marge intérieure de toute espèce de livres
- ou de registres reliés d’après l’ancien système.
- Ce procédé de reliure convient, d’après l’inventeur,
- aux albums de dessins, aux atlas de géographie ou
- à ceux qui accompagnent des volumes, aux volumes
- ou aux partitions de musique, enfin aux collections
- de lettres, de journaux, de manuscrits, même en
- feuillets séparés, qui n’auraient pas de marges inté-
- rieures, et à tous les documents qu’il faudrait rogner
- pour les relier d’après la méthode ordinaire.
- La matière employée a, en outre, l’avantage de dé-
- truire les insectes produits par l’humidité et les
- changements de température, bien différente en cela
- de la colle, qui engendre les vers. Dans les latitudes
- les plus élevées, on parvient ainsi, suivant l’inven-
teur, à préserver les registres et les livres des ra-
- vages auxquels ils sont sujets. Enfin, les change-
- ments de température n’ayant aucun effet sur cette
- matière, on ne craindra pas de déformer un Iivre en
- lisant près du feu.
- Dans ce mode de reliure, les feuillets ne sont pas
- réunis par cahiers au moyen d’une couture appro-
- priée, suivant la reliure ordinaire ; ils sont collés
- l’un à l’autre par la tranche à l’aide d’une dissolu-
-
-
- RELIURES DIVERSES. 371
-
- tion de gomme élastique ou caoutchouc, on en forme
- une couche fort tenace et assez épaisse par des appli-
- cations successives. @
- On conçoit dès lors que les deux feuillets ainsi
- collés ne forment aucune gouttière et s’étendent à
- volonté sur une surface plane. On conçoit aussi que
- la matière agglutineuse ne soit pas du tout suscep-
- tible d’engendrer des insectes et des vers.
- On conçoit également que cette méthode est excel-
- lente pour relier ainsi des cartes ou des gravures,
- qu’elle a le grand avantage de ne pas exiger qu’on
- les unisse par cahiers au moyen d’un surjet, que la
- marge se conserve, de cette façon, bien large, bien
- nette, et que toutes les tranches étant bien saisies
- par la matière agglutinative, il y a en même temps
- solidité, propreté, élasticité complètes.
- Mais il se présente une importante difficulté quand
- il s’agit d’appliquer le procédé arraphique à un livre
- ordinaire. En effet, les feuilles dont il devra se com-
- poser, sont pliées en cahiers, et ce sont ces cahiers
- qu’il faut réunir par la gomme élastique. Il est clair
- qu’alors le centre du cahier ne serait pas fixé ou le
- serait du moins d’une manière très-imparfaite. Pour
- obvier à ce grave inconvénient, il n’est qu’une res-
- source qui est elle-même une sujétion et un nouvel
- inconvénient. En effet, il est indispensable de cou-
- per la feuille d’impression en feuillets pour réunir
- ceux-ci deux à deux à l’aide du caoutchouc, tenu en
- dissolution. Or, cette disposition qui oblige à mettre
- ainsi les feuilles en morceaux, a quelque chose d’é-
- trange et d’extrêmement désagréable, quoiqu’en
- définitive dans la reliure ordinaire, la feuille soit
- bien coupée forcément sur toutes les tranches,
- excepté celle qui est cousue, et qu’il importe peu
372 RELIURES DIVERSES.
- qu’elle soit aussi coupée sur cette tranche s’il est,
- impossible de le soupçonner, et si ce sacrifice ajoute
- à la solidité et à l’agrément de la reliure.
- Les procédés à l’aide desquels on dissout le caout-
- chouc sont trop connus pour qu’il soit nécessaire de
- les décrire ici. Nous terminerons donc en disant que
- le froid doit donner une espèce de raideur aux reliu-
- res arraphiques, ainsi qu’il rend raides et dures tou-
- tes les préparations en gomme élastique. Nous ajou-
- terons enfin qu’un livre relié par cette méthode,
- d’ailleurs assez ingénieuse, ne peut plus être relié
- par les anciens procédés, et que Lesné, si fort indi-
- gné contre Delorme, qui rognait les livres par le
- dos, et remplaçait la couture par la colle forte, au-
- rait tonné contre la reliure arraphique, laquelle,
- quoiqu’en dise l’inventeur, est un véritable vanda-
- lisme et n’a été, que nous sachions, pratiquée par
- aucun relieur intelligent.
[modifier] § 2. -- APPAREIL DE RELIURE, PAR M. GIRARD, DE BORDEAUX.
-
- « La boîte en métal 1, fig. 104, peut être faite en
- toile mince ou tout autre métal ; sa profondeur est
- de 11 millimètres.
- « Les deux coulisses 2 servent à presser les écrous
- en cuivre 6.
- « Deux arbres ronds, en fer ou en cuivre 3, sont
- maintenus à leurs extrémités par un épaulement, et
- rivés à un trou pratiqué dans le bord de la boîte ; ils
- sont percés dans leur épaisseur d’une coulisse assez
- longue pour laisser mouvoir la bascule en fer qui les
- traverse et garnis chacun d’un ressort à pompe formé
- d’un fil en acier trempé. Ces deux ressorts servent
- de Moteurs à tout la machine.
- RELIURES DIVERSES. 373
-
- « Les deux bascules en fer 4 ont 1 millimètre d’é-
- paisseur ; elles sont tenues à la boîte par les vis 5,
- et s’appuient en glissant à l’autre extrémité dans la
- rainure pratiquée sur les écrous 6.
- « Les écrous 6 sont en cuivre ou épaulés carré-
- ment, de manière à entrer juste dans les coulisses 2,
- jusqu’à la face extérieure de la boîte ; une rainure y
- est aussi pratiquée pour recevoir le bec des bascu-
- les 4 ; les mêmes écrous reçoivent aussi les vis 22
- et 23, fig. 105.
- « Le ressort à paillette 7 est coudé carrément à
- son extrémité supérieure, de manière à former un
- mentonnet qui sort au dehors de la boîte par la
- mortaise 15, fig. 105. Il est aussi percé pour recevoir
- le pied-de-biche de la détente ; il est tenu à sa base,
- au corps de la boîte, par deux rivures.
- « Le coulisseau 8 est sondé au bord de la boîte, et
- sert à empêcher la tête de la détente de dévier de sa
- mortaise.
- « La détente 9 forme à sa base un pied-de-biche
- qui remplit juste la fente pratiquée dans le ressort à
- paillette où elle est tenue par son extrémité ; sa queue
- s’élève jusqu’à la surface du bord de la boîte où elle
- se termine par une tête carrée de la grandeur de
- l’intérieur du coulisseau.
- « L’intérieur de la boite est parfaitement uni et
- d’équerre en tous sens ; il n’a qu’un seul rebord in-
- diqué par 16.
- « Le mentonnet 15 sert à agrafer la tringle mou-
- vante 20, en entrant dans la mortaise 23.
- « Le rebord extérieur 16 est adhérent à la boîte ;
- sa largeur est de 10 millimètres ; il est percé de deux
- trous pour recevoir les deux vis 19.
- « La tringle en fer 17 a 9 millimètres de largeur ;
374 RELIURES DIVERSES.
- elle est percée de sept trous dont neuf servent à la
- tenir au rebord 16, par le moyen des deux vis 19, et
- les autres servent à y fixer les cinq broches 18.
- « Les broches 18 servent à coudre le papier ; elles
- sont percées sur le côté, à leur extrémité : supérieure,
- de manière que les trous se trouvent placés hori-
- zontalement vis-à-vis l’un de l’autre, pour recevoir
- l’épingle 25 qui sert à clore le volume achevé.
- « La tringle mouvante 20 est en fer plat et coudée
- d’équerre dans sa longueur ; elle a deux trous à sa
- partie supérieure, pour la fixer à la boite par les
- deux vis 22 qui se vissent dans l’écrou en cuivre 6.
- Le rebord intérieur de cette tringle est percé de cinq
- trous, dans lesquels passent les broches 18 ; les deux
- bouts 21 sont placés à ses extrémités pour servir à
- la soulever.
- « Les six trous indiques par 24 sont ainsi prati-
- qués à chaque bord dans la longueur de la boite, et
- servent à coudre et à fixer le mécanisme entier au
- dos du livre.
- « L’enveloppe du livre est conforme à celle des
- registres ordinaires, à l’exception que le dos inté-
- rieur est en bois mince et non en carton, et que les
- bords de la boîte à mécanisme s’y placent dans une
- rainure pratiquée à cet effet ; ladite boîte y est, en
- outre, cousue par les trous 24, à deux bandes en
- toile qui sont collées moitié sur le dos en bois, et
- moitié au carton qui forme la couverture.
- « Pour se servir de cet appareil, il faut le placer,
- fermé sur une table, de manière que le dessous du
- livre soit en dessus, le dos devant soi, et e haut du
- livre à droite ; appuyant ensuite les deux pouces sur
- les extrémités du côté du dos, qui est en dessus, on
- place l’index de chaque main sous les deux bouts en
- RELIURES DIVERSES. 375
- cuivre de la tringle mouvante ; on élève ainsi.ladite
- tringle jusqu’à ce qu’elle s’agrafe, par sa mortaise
- 23, au mentonnet du ressort à paillette 15. On relève
- ensuite devers soi la couverture de manière que le
- livre reste ouvert ; prenant le papier que l’on veut
- relier, on met le commencement de l’écriture en des-
- sous et le haut à droite, et on place ainsi le bord
- dans l’espace qui se trouve entre le bout des bro-
- ches 18 et le dessous de la tringle mouvante, en ayant
- soin d’en faire toucher le haut au talon du bout en
- cuivre de droite, afin que chaque papier soit tou-
- jours à la même hauteur. Pesant ensuite légèrement
- avec le pouce sur la tête de la détente 14, la tringle,
- chassée par les ressorts à pompe, descend alors avec
- force, entraînant avec elle le papier qu’elle coud, par
- le moyen des broches qui passent dans les cinq trous
- de ladite tringle.
- « Plaçant ensuite le livre dans sa position natu-
- relle, on peut numéroter l’écrit que l’on vient de cou-
- dre, et le classer au répertoire qui est au commen-
- cement dudit livre.
- « On continue à l’occasion, comme il vient d’être
- expliqué, jusqu’à ce que le nombre de feuilles gar-
- nisse entièrement les broches. Pour clore alors le
- volume, il suffit d’agrafer la tringle mouvante, de
- passer dans les trous des broches l’épingle 23, de
- relever, sur le côté non couvert dudit volume, le
- deuxième côté de sa couverture qui, déjà, est placée
- la première dans les broches, et après l’avoir piquée
- par le bout des broches, en laissant libres les trous
- qui y sont placés, d’y passer de nouveau l’épingle 25,
- et tout est terminé pour un volume.
- « Pour en recommencer un autre les tringles à bro-
- ches, conformes à 17-18, seraient disposées à bien
376 RELIURES DIVERSES.
- peu de frais, avec couverture et répertoire, et se re-
- placeraient comme la première par les deux vis 19 ;
- ces nouveaux volumes se feraient comme le premier.
[modifier] § 3. -- RELIURE MOBILE, PAR MADAME FRICHET.
-
- Cette reliure, où tout le mécanisme se trouve dans
- le dos, permet de relier provisoirement toute espèce
- de recueils périodiques, journaux, musique, etc., et
- même des livres brochés ou réunion de gravures,
- qu’on voudrait lire ou feuilleter avant de les faire
- relier définitivement. On évitera ainsi le froissement
- de ces recueils, dont la couverture en simple papier
- n’offre jamais aux feuilles qui les composent un sou-
- tien capable d’empêcher qu’elles ne soient bientôt
- cassées ou chiffonnées.
- Le dos se compose de deux baguettes en fer mé-
- plat : les angles du côté intérieur sont abattus
- en chanfrein, et diminuent d’autant, surtout vers
- le milieu, la largeur de la baguette, qui présente alors
- un angle ; ces deux baguettes retiennent ainsi plus
- facilement les feuillets qu’elles sont destinées à ser-
- rer ; l’action de ces baguettes sur le bord de ces feuil-
- lets en fait même relever un peu la partie, qui dé-
- passe et va se loger dans le dos, de sorte que cette
- partie, en buttant contre les baguettes, donne une
- solidité de plus à la reliure en retenant davantage
- les feuillets qui composent le recueil. Les baguettes
- tiennent à chacune des deux feuilles de carton qui
- complètent la reliure par des toiles formant char-
- nières, et collées sur le papier qui recouvre la ba-
- guette de fer, lequel papier est préparé de manière à
- pouvoir adhérer à ladite baguette ; ces toiles permet-
- tent ainsi aux baguettes d’avoir un mouvement qui
- produit le même effet qu’un dos brisé. La toile peut
- RELIURES DIVERSES. 377
- aisément se remplacer par du parchemin, de la
- peau, etc.
- Chaque baguette est arrondie à ses extrémités,
- dont l’une porte un canon en cuivre fraisé dans toute
- sa longueur, et l’autre est percée d’un œil fraisé à
- demi-épaisseur pour recevoir le collet de la vis de
- pression ; cette vis sert à diminuer ou à augmenter
- l’écartement ou la largeur du dos, selon la nécessité
- imposée par la plus ou moins grande épaisseur du
- recueil qu’on veut introduire dans cette reliure.
- Toutefois, comme la longueur du canon pourrait être
- un obstacle à ce qu’on pût employer cette reliure
- pour des quantités peu considérables de feuillets,
- l’addition d’une ou de deux baguettes en bois, évi-
- dées de manière à pouvoir s’appuyer sur les baguet-
- tes en fer, vient remplir l’espace non occupé par les
- feuillets.
- Pour garantir le dos des feuillets introduits, une
- bande de papier, de peau, etc., est collée il l’une des
- baguettes de fer ; elle vient rabattre sur le dos des
- feuillets, qu’elle garantit du frottement, et se trouve
- ainsi fixée par la même pression que celle qui agit
- sur les feuillets pour les retenir.
- La tête des deux vis se trouve évidée pour l’intro-
- duction d’une clef destinée au service de pression ;
- ces évidements peuvent être remplacés par des
- trous, ainsi que cela se pratique aux têtes des
- compas.
- La clef dont il est question est faite comme celles
- qui servent à ce dernier objet.
- Les baguettes, ainsi que la couverture, les canons,
- les vis, etc., peuvent subir des modifications, soit
- dans le choix de la matière, soit dans leur coupe ou
- leurs entailles, selon les différentes applications de
378 RELIURES DIVERSES
- cette reliure qui peut s’appliquer à tous les formats
- de n’importe quel genre de publication imprimée,
- gravée, lithographiée et même aux manuscrits ; mais l’économie de : l’invention sera toujours la même puis-
- qu’elle réside dans l’emploi des baguettes, ainsi qu’il
- vient d’être dit, dans leur réunion par un canon tra-
- versé par une vis de pression, et dans l’assemblage
- de ces pièces à une couverture.
[modifier] § 4. -- RELIURE DE M. GAGET.
-
- Cette reliure se compose :
- 1° D’une suite de réglettes, dont on peut augmen-
- ter ou diminuer le nombre à volonté ;
- 2° De crampons, dont une partie, traversant la
- feuille qu’il s’agit de fixer, va s’accrocher dans les
- réglettes ;
- 3° De deux feuilles de carton fixées par une bande
- de toile, l’une à la réglette de tête et l’autre à la ré-
- glette de queue, et qui sont destinées à former cou-
- verture.
- Des réglettes. - Toutes les réglettes s’adaptent
- l’une à l’autre sur leur longueur, au moyen d’une
- coulisse : chaque réglette porte avec elle, par consé-
- quent et dans toute sa longueur, moins l’extrémité
- supérieure, d’un côté, une partie saillante dite la
queue, et de l’autre côté une partie creuse dite la rai-
- nure. La queue, la rainure et la partie pleine, en
- tête de chaque réglette, sont disposées de telle façon
- que, si l’on glisse de bas en haut, la queue de la se-
- conde réglette, dans la rainure de la première, et
- ainsi de suite jusqu’à la fin, toutes les réglettes se
- tiennent ensemble par leur largeur et butent l’une
- contre l’autre par le même bout, dans leur hauteur.
- La partie droite et pleine, qui existe à l’extrémité
- RELIURES DIVERSES. 379
- supérieure de chaque réglette, est munie d’un cro-
- chet qui, se tournant à volonté pour s’engager d’une
- réglette dans l’autre, en commençant par la pre-
- mière, empêche les réglettes de se séparer, en glis-
- sant dans leur longueur de tête en bas.
- Ces réglettes, ainsi réunies et assujetties de ma-
- nière à ne pouvoir se déranger, si l’on ne tourne pas
- les crochets, forment le dos de la reliure mobile.
- La réglette de tête n’a qu’une rainure et celle de
- queue qu’une queue ; ni l’une ni l’autre n’ont de cro-
- chets. La première réglette est fixée à celle de tête
- par une vis, et le crochet de la dernière réglette s’en-
- gage dans la réglette de queue au moyen d’une en-
- taille pratiquée dans celle-ci.
- Entailles des réglettes. Toutes les réglettes
- moins celles de tête et de queue, ont, sur champ et
- dans la partie intérieure du dos qu’elles forment par
- leur réunion, une, deux ou trois entailles destinées à
- recevoir la partie saillante ou queue des crampons
- qui vont être décrits, Le nombre de ces entailles à
- chaque réglette est subordonné au nombre de cram-
- pons nécessaires pour fixer solidement chaque feuille
- au dos de la reliure, et le nombre de ces crampons
- dépend lui-même de la grandeur du format, dans
- lequel la reliure mobile peut être exécutée.
- Chaque entaille est faite en forme de queue d’a-
- ronde ; elle est garnie, d’un côté, d’une joue en métal
- fixée à demeure, et, de l’autre côté, d’un crochet mo-
- bile, de façon que la queue des crampons passés
- dans les feuilles, étant placée dans l’entaille et le
- crochet fermé, ces queues ne puissent plus sortir,
- même lorsque chaque réglette serait isolée.
- Des crampons. Chaque crampon, fait en métal
- ou autre matière résistante, est droit dans toute sa
380 RELIURES DIVERSES.
- longueur, pour bien plaquer sur le pli des feuilles
- qu’il doit fixer. Il est armé au milieu, et d’un seul
- côté, d’une partie saillante, ou queue, découpée en
- queue d’aronde.
- Cette partie, qui traverse les feuilles, est destinée
- à se loger dans les entailles ci-dessus décrites de
- chaque réglette.
- De la couverture. Une moitié de la couverture
- est attachée à la réglette de tête et l’autre moitié à la
- réglette de queue ; elle est faite dans la forme ordi-
- naire des couvertures des livres.
- Indications pour l’usage de la reliure. Toutes
- les réglettes étant déplacées, moins la première, qui
- doit rester fixée à celle de tête, on pose devant les
- entailles de cette première réglette les feuilles qu’on
- veut fixer, et on les marque avec un poinçon ou la
- pointe d’un canif en face du milieu des entailles : on
- fait ceci de façon que la piqûre pénètre jusqu’au
- milieu du cahier. On ouvre ensuite les feuilles ou le
- cahier, puis on les perce dans le pli avec un canif, à
- l’endroit indiqué par la première piqûre, et l’on intro-
- duit dans cette couverture la partie saillante, ou
- queue des crampons.
- On place enfin la queue des crampons dans les en-
- tailles des réglettes, puis, quand les entailles d’une
- réglette sont suffisamment remplies par la superposi-
- tion des crampons, on ferme le crochet, qui empêche
- les queues des crampons de s’échapper, et l’on conti-
- nue de procéder de même avec une seconde réglette
- et une troisième, selon le besoin, et d’après le nom-
- bre de feuilles ou cahiers qu’on veut fixer de suite.
- En dernier lieu, et quand on n’a plus de feuilles à
- poser, on glisse, sur la dernière réglette employée, la
- réglette de queue, portant la seconde partie de la
- RELIURES DIVERSES. 381
- couverture, et l’on tourne les crochets de tête pour
- assujettir le tout ensemble.
- Lorsqu’au lieu d’un cahier, ou d’une simple feuille,
- on n’a que des demi-feuilles, ou dos gravures à réu-
- nir, on fait à la première un onglet dans un sens, à
- la seconde un autre onglet en sens inverse, puis on
- met les deux onglets l’un dans l’autre, et l’on place
- ensuite le crampon dans le double pli, comme s’il
- s’agissait de deux feuilles entières mises l’une sur
- l’autre, ou d’un cahier plié in-4°.
- Quand plusieurs réglettes sont réunies et portent
- des feuilles, on peut détacher l’une, d’elles et en ôter
- les feuilles, sans être obligé de tout démonter : pour
- ce faire, il suffit de tourner les deux crochets de tête
- qui lient la réglette à ôter avec les réglettes voisines
- de droite et de gauche, puis à faire glisser cette ré-
- glette dans sa longueur de haut en bas.
[modifier] § 5. -- RELIURE DES LIVRES, PAR M. NICKELS.
-
- Le mode dont il s’agit consiste dans l’emploi de la
- gutta-percha sous différents états, au lieu des ma-
- tières dont on se sert ordinairement pour cet objet.
- Il y a cinq moyens différents de faire entrer la
- gutta-percha dans l’art du brocheur et dans celui du
- relieur.
- 1° On s’en sert en solution, au lieu de colle, pour
- réunir les feuilles des ouvrages imprimés, au lieu de
- coudre et endosser, en opérant comme on le fait déjà
- avec le caoutchouc. Pour cela, on coupe les feuilles
- en pages ou bien on impose par demi ou par quart
- de feuille ; on bat, on passe une râpe sur le dos, et
- l’on donne une ou plusieurs couches d’une solution
- de gutta-percha, en ajoutant, si cela est nécessaire,
- une bande de toile collée également à la gutta-per-
382 RELIURES DIVERSES.
- cha, ou enfin opérant comme dans la reliure ordi-
- naire.
- La solution de gutta-percha est, dans la plupart
- des cas, appliquée chaude, et l’on n’ajoute une nou-
- velle couche que lorsque la précédente est sèche ou
- qu’on a interposé une substance.
- 2° On fait usage de la solution de gutta-percha au
- lieu de colle, de blanc d’œuf, de, gomme, etc., toutes
- les fois qu’on emploie ces dernières substances dans
- la reliure.
- 3° La solution de gutta-percha est également em-
- ployée comme véhicule des couleurs, pour marbrer
- les tranches, colorer les couvertures, etc.
- 4° On se sert encore de la gutta-percha en feuilles,
- au lieu de vélin, basane, veau, toile, etc., dans la
- reliure des livres, en imprimant dessus des orne-
- ments ou en coulant une solution de cette substance
- sur des surfaces gravées en creux ou en relief. On
- peut aussi grainer les feuilles ou les étendre en une
- couche mince à l’état plastique sur des tissus, des
- matières quelconques, ou enfin en faire un enduit en
- la faisant dissoudre.
- 5° Enfin, on substitue au carton, pour relier et cou-
- vrir, des lames formées d’un mélange de gutta-per-
- cha et de pulpe de papier, de tontisse de laine, de
- coton ou de toute autre matière fibreuse.
- Si l’on désire un degré de flexibilité un peu plus
- grand que celui que possède la gutta-percha, on peut
- y mélanger une petite quantité de caoutchouc dans la
- proportion d’une partie de ce dernier pour quatre de
- la première.
- Nous n’avons pas besoin d’ajouter que le procédé
- de reliure du § 1 est aussi barbare que la reliure arra-
- phique décrite plus haut et ne doit pas être pratiqué.
- RELIURES DIVERSES. 383
[modifier] § 6. -- RELIURE DE M. LEVYS.
-
- M. Levys a indiqué une reliure métallique, ou en
- partie métallique, et qui s’applique au livre, soit fixée
- comme les reliures ordinaires, soit indépendante
- du livre ; dans ce dernier cas, c’est une boîte dans
- laquelle on enferme le livre.
- Les reliures métalliques ou en partie métalliques
- sont du reste fort anciennes, et elles sont appliquées
- encore aujourd’hui pour certains livres d’église ou de
- prières d’un haut prix, pour des registres, etc.
[modifier] § 7. -- RELIURES MOBILES DE M. WEDER.
-
- La mobilité de la reliure de M. Weber ne consiste
- que dans la disposition de certaines pièces de l’inté-
- rieur, toute la partie extérieure étant fixe et ayant
- l’avantage de pouvoir être assimilée, tant pour la
- forme que pour la solidité, aux reliures ordinaires.
- On monte d’abord, sur les onglets d’un papier
- mince et nerveux, les feuilles simples et doubles que
- l’on veut collectionner, puis on les assemble et l’on
- serre la masse des onglets entre deux languettes pla-
- cées à l’intérieur et contre le dos de la reliure. La
- première de ces languettes, taillée à gorge, est fixée à
- demeure ; la seconde, dont la face comprimante se
- trouve légèrement arrondie, est entièrement libre. On
- les serre l’une contre l’autre au moyen de vis tour-
- nant dans des écrous métalliques et qui traversent
- les onglets entaillés préalablement à des distances
- convenables.
- La simplicité de cette opération permet, comme on
- peut le voir, de mettre aisément en reliure telle quan-
- tité de feuilles qu’on voudra depuis une seule jus-
- qu’à une limite marquée par la grosseur du volume.
384 RENSEIGNEMENTS DIVERS.
- On voit combien il est facile d’en ajouter, d’en ôter,
- d’en déplacer, sans dommage ni perte sensible de
- temps. On comprend surtout combien ce genre de
- reliure est utilement applicable aux collections des-
- tinées à être chaque jour examinées, feuilletées, étu-
- diées et augmentées.
-
- Nous terminons ici ce chapitre sans avoir épuisé
- le sujet que nous avons entrepris de traiter ; il est
- tellement vaste qu’il pourrait fournir à lui seul la
- matière d’un volume spécial accompagné de nom-
- breuses figures. Le cadre de ce Manuel nous impose
- l’obligation de ne parler que des machines princi-
- pales ; quant aux autres, nous sommes forcé de
- renvoyer nos lecteurs aux Albums illustrés des con-
- structeurs-mécaniciens, dans lesquels ils en trouve-
- ront un choix considérable.
[modifier] CHAPITRE IX Renseignements divers
[modifier] RELIURE DES GRANDS JOURNAUX.
-
- La reliure des grands journaux est une opération
- trés coûteuse et surtout assez difficile, quand on
- l’exécute par les procédés ordinaires, c’est-à-dire au
- moyen de la couture. Pour la rendre plus simple et
- plus économique, on ne coud pas les feuilles entre
- elles et l’on s’y prend de la manière suivante :
- RENSEIGNEMENTS DIVERS. 38
- Aussitôt après l’assemblage, on fixe solidement le
- volume dans la presse à rogner en ayant soin de lais-
- ser dépasser le dos d’une quantité égale à la largeur
- des marges intérieures, ou un peu moins. Cela fait,
- avec une scie quelconque, on pratique dans la partie
- du dos qui est en saillie, un certain nombre de fen-
- tes obliques, puis on glisse dans chacune de ces
- fentes, un ruban de fil préalablement enduit de colle
- forte et dont on laisse dépasser les bouts d’environ
- quatre on cinq centimètres. Il ne reste plus alors qu’à
- passer une couche ou deux de la même colle sur toute
- la longueur du dos, et l’on termine comme à l’ordi-
- naire, les rubans jouant le rôle de nerfs pour fixer les
- cartons de la couverture.
[modifier] RELIURE DE QUELQUES GROS LIVRES.
-
- Les gros volumes d’église qu’on place sur les lutrins,
- pour servir aux choristes à chanter l’office, et les
- grands registres de bureaux, présentent quelques
- différences dans la reliure. Nous devons les faire
- connaître, afin de ne rien négliger de ce qui peut
- compléter cet ouvrage. En 1820, Naissant s’était fait
- une juste réputation pour la reliure de ces gros livres.
- On doit observer que, comme ces volumes sont ex-
- trêmement grands et très-lourds, on est obligé, pour
- les rendre solides, de faire une couture très-soignée.
- En outre, comme ils ont besoin de s’ouvrir parfaite-
- ment, il faut les faire à dos brisé, et par la même
- raison, les coudre à la grecque. Toutefois, comme
- cette couture n’offre pas toute la solidité qu’ils exi-
- gent, il vaut mieux les coudre sur de forts lacets de
- soie, ou au moins sur de forts lacets étroits de fil.
- On ne devrait pas regarder à une légère dépense de
- Relieur. 22
386 RENSEIGNEMENTS DIVERS.
- plus pour employer le lacet de soie : le volume en
- serait incomparablement plus solide.
- On met à ces gros livres, à l’imitation des relieurs
- anglais, des nerfs d’environ 1 centimètre de largeur,
- et deux ou trois fois plus épais que les nerfs ordinai-
- res. Les nerfs se décollent facilement lorsqu’un arron-
- dit le faux dos, à moins qu’on n’ait la précaution de
- placer celui-ci sur le livre, de l’y fixer entre les ner-
- vures, et d’y coller les nerfs. Alors les faux-dos et
- les faux-nerfs prennent justement la forme du dos,
- et ne courent pas le risque de se décoller en ouvrant.
- On ne saurait apporter trop de solidité à de pareils
- livres ; aussi convient-il d’imiter à leur égard les pro-
- cédés des anciens relieurs, qui garnissaient le dos
- de chaque cahier d’une bande de parchemin, afin que
- le grattoir et le frottoir n’altérassent pas le papier.
- Grollier faisait même rouler du parchemin sur la
- corde dont il se servait comme d’un nerf. Cette corde
- excédait la largeur de la tranchefile de 3 centimètres
- par chaque bout, et ce bout de corde, appointé comme
- un nerf, était collé sur le carton en dedans. Cela serait
- très-bon pour les gros livres.
- On couvre les antiphonaires en entier avec du bon
- veau noir, et les registres de bureau avec du mouton
- vert chamoisé, le côté de la chair en dehors. Quelque-
- fois le dos seulement de ces derniers est en parchemin
- vert, mais le plus souvent on les couvre en entier
- avec de la peau chamoisée.
- Nous avons fait observer qu’après la rognure, et au
- moment de coller la peau sur le dos, on met une
- carte, qui est collée sur le dos, mais n’est point collée
- sur le volume, ce qui permet à celui-ci de se détacher
- du dos pour s’ouvrir parfaitement. Le procédé est
- ici le même ; la seule différence consiste à substituer
- RENSEIGNEMENTS DIVERS. 387
- à la carte une tôle battue, à laquelle on a donné aupa-
- ravant la forme du dos et l’on en couvre cette tôle de
- peau ou de parchemin. Pour les registres de bu-
- raux, on emploie une feuille de laiton ayant égale-
- ment la forme du dos, mais qu’on laisse à décou-
- vert. Inutile d’ajouter qu’avant de placer la feuille
- métallique, il faut coller solidement sur le dos du vo-
- lume une forte toile.
- On fait la coiffe en tête et en queue en cuivre jaune
- ou laiton, qu’on attache sur la tôle, après qu’elle est
- couverte en peau ou en parchemin, avec des petits
- clous du même métal, dont la tête est en dehors, que
- l’on rive par derrière.
- Autrefois on faisait les couvertures en bois, mais
- il y a longtemps qu’on a abandonné cette Méthode,
- parce que les vers s’y mettaient, et les feuillets du
- volume étaient souvent rongés. Aujourd’hui on em-
- ploie le carton battu et laminé, dont on colle plusieurs
- épaisseurs l’une sur l’autre, jusqu’à ce qu’on lui ait
- donné une consistance suffisante.
- On arme tous les angles de coins en cuivre
- jaune ou laiton. De plus, lorsqu’on veut donner en-
- core plus de solidité à la couverture, on en enchâsse
- les bords, tout autour, dans de doubles bandes du
- même métal, ce qui forme un cadre métallique par-
- fait. Ces bandes se placent d’abord et se fixent avec
- des clous aussi de cuivre. Les coins se posent après
- et couvrent les bouts des bandes ; ils sont également
- assujettis avec des clous semblables, dont les têtes
- sont toujours en dehors et à rivures en dedans.
- On met encore sur les plats de la couverture, à
- égale distance des coins, ce qui forme un carré long,
- quatre plaques carrées qui sont emboîtées dans le
- milieu, et présentent une bosse demi-sphérique de
388 RENSEIGNEMENTS DIVERS.
- 3 cent. de diamètre. Ces plaques qui s’appellent bosses,
- se fixent sur les plats comme les coins, par des clous
- dont la rivure est en dessous. C’est sur ces bosses
- que les gros livres d’église reposent et frottent sur le
- lutrin ; de sorte que la couverture est garantie par
- elles. Elles servent aussi a arrêter les bandes de cuir
- garnies de laiton au moyen desquelles on tient le livre
- fermé, lorsqu’il ne sert pas.
- Les registres de bureaux n’ont jamais de bosses
- et assez rarement des bandes sur les bords des car-
- tons ; mais ils ont des coins en laiton. Ces garni-
- tures sont unies et sont fixées aux couvertures de la
- même manière que ci-dessus.
- L’on voit que, par cette construction, la tranchefile
- est inutile, aussi l’a-t-on supprimée ; cependant pour
- ne rien laisser à désirer, nous allons indiquer les pro-
- cédés qu’on employait autrefois pour garantir les dos
- de ces livres.
- La tranchefilure des antiphonaires ne ressemble nul-
- lement à celle que nous avons décrite ; elle se divise
- en simple et en double. On se sert de lanières de
- peau passée en mégie, qu’on coupe, autant qu’il se
- peut, assez longues pour pouvoir tranchefiler avec
- une seule lanière sans être obligé d’en ajouter ; on
- enfile cette lanière a dans une aiguille b, fig. 64 ; on
- place le volume dans la presse à tranche filer qu’on
- pose devant soi, la gouttière tournée de ce côté. On
- perce, avec un fort poinçon, le dos de dedans en
- dehors, et le plus près qu’on peut du mors ; on retire
- le poinçon, et dans ce même trou on substitue l’ai-
- guille, qu’on fait sortir au point c ; on laisse pendre
- un haut de la lanière en dedans ; on pique, avec le
- poinçon, un second trou à côté du premier en d, on
- ramène la lanière, de c en f, en lui faisant couvrir le
- RENSEIGNEMENTS DIVERS. 389
- bout qu’on a laissé pendre, et qu’on a rabattu sur le
- dos en dehors ; on fait entrer son aiguille dans un
- second trou d, en la faisant sortir de dedans en
- dehors au point d ; on croise l’aiguille sous la pre-
- mière passe c, comme on le voit en b, pour lui faire
- former le nœud ou chaînette c ; on ramène la lanière
- de d en h, pour la faire sortir par le point i ; on forme
- un nouveau nœud ou chaînette, et ainsi jusqu’à ce
- qu’on soit arrivé à l’autre mors du livre. Alors on
- fait entrer le bout de la lanière en dedans, et on l’y
- colle contre le carton. On recouvre les nœuds ou
- chaînettes, du bout de la lanière qui sort par un
- mors, embrasse le livre dans l’épaisseur du dos, et
- est collé en dedans du carton à l’autre mors.
- Toute la différence de la tranchefilure double, con-
- siste dans la seconde chaînette, qui se fait de même
- que la précédente, mais qui est placée de manière
- qu’elle touche la tranche des feuillets.
- Cette construction n’a plus lieu aujourd’hui, parce
- qu’on les relie à la grecque ; elle serait utile seule-
- ment pour soutenir la tête et la queue du volume, et
- garantir les ornements du dos, qui s’useraient bien
- vite par le frottement. Depuis qu’on a imaginé de se
- servir des bosses, elles soutiennent suffisamment le
- dos en l’air pour qu’on n’ait pas besoin de ces sortes
- de tranchefiles, qui, quoi qu’en aient dit les anciens,
- et quoi qu’en disent quelques modernes, déparaient
- plutôt le volume qu’elles ne l’ornaient. Ces orne-
- ments étaient placés après que la reliure était entiè-
- rement terminée, le dos doré et poli, de sorte que
- l’ouvrage était toujours sali avant d’être rendu.
390 RENSEIGNEMENTS DIVERS.
[modifier] DÉMONTAGE DES LIVRES.
-
- Celle opération ne peut être faite que par un véri-
- table artiste, connaissant à fond son métier. Un re-
- lieur qui rétablit ainsi des chefs-d’œuvre s’honore
- et honore la nation à laquelle il appartient.
- Lorsqu’un livre précieux survit à sa reliure, et
- qu’un amateur veut le conserver ; lorsqu’on veut
- aussi faire remplacer une reliure défectueuse ou
- mesquine par une reliure meilleure, le relieur doit
- commencer par démonter l’ouvrage, en observant
- préalablement comment il a été confectionné.
- Il reconnaît d’abord que les anciens livres sont à
- cet égard d’un bien plus facile travail que des livres
- infiniment plus modernes. Car alors on garnissait le
- dos de chaque cahier d’une bande de parchemin, afin
- que le grattoir et le frottoir n’altérassent pas le pa-
- pier ; puis en collant la garde de papier sur le carton,
- on y collait aussi la partie de parchemin qui passait en
- dedans, ce qui donnait aux reliures une telle solidité,
- que lorsque les nerfs se cassaient, les cartons tenaient
- encore et même fort longtemps après les livres.
- De nos jours c’est bien différent. Les quelques ou-
- vriers qui passent en parchemin le font seulement à
- la tête, à la queue, au milieu peut-être, puis ils cou-
- pent ce qui passe en dedans des cartons au moment
- où ils coupent les gardes. D’autre part, certains re-
- lieurs grattent, piquent et frottent si bien les dos,
- où ils réduisent le papier en une espèce de pâte, et
- de cette manière usent si pernicieusement les cahiers,
- qu’on aperçoit les fils de la couture. Quand on dé-
- monte de tels livres, quelques précautions que l’on
- prenne, ils sont bien près d’être perdus.
RENSEIGNEMENTS DIVERS. 311
-
- Manière de découdre un livre relié. On com-
- mence par déchirer les gardes dans les mors, sans
- attaquer la partie du cahier contre laquelle est collée
- la garde ; puis on lève le veau ou la basane, ou l’étoffe
- de la couverture. Cela fait, on coupe soigneusement
- tous les fils qui se trouvent sur le dos, surtout les
- chaînettes (parties du fil de la couture qui paraît aux
- deux bouts, sur le dos du volume) de tête et de
- queue, ainsi que les ficelles qui tiennent les cartons ;
- on sépare ensuite les cahiers, en commençant par le
- premier, et tenant le volume à plat sur la table, le
- recto en dessus, on appuie la main droite sur les
- cahiers qui suivent celui qu’on veut détacher. Lors-
- que les cahiers sont séparés, on les ouvre l’un après
- l’autre, pour en ôter les fils et les ordures qui se
- trouvent entre chaque feuille, et l’on nettoie celle-ci
- avec de la mie de pain rassis. On termine par enlever
- s’il y a lieu, par les moyens indiqués précédemment,
- les taches qui peuvent s’y rencontrer.
- En résumé, pour bien démonter un livre et et le
- remonter avec intelligence, il faut ménager le dos,
- enlever doucement les nerfs, détacher légèrement
- cahier par cahier, défriser les pages cornées, enlever
- les taches, et s’il s’agit d’un ouvrage ancien et qui
- ait été lavé, collationner par les chiffres et non par
- la signature, car ces anciens livres fourmillent de
- fautes de pagination.
- Il faut en outre bien examiner l’état des marges
- qu’une reliure défectueuse oblige souvent à rogner
- il faut du moins ménager les marges le plus possible
- puis appliquer à ces vieux ouvrages les procédés les
- plus propres à les soutenir.
- Tout cela exige beaucoup de soin, d’intelligence
- et de patience.
392 RENSEIGNEMENTS DIVERS.
[modifier] NETTOYAGE DES LIVRES.
-
- On rencontre souvent des volumes couverts de cer-
- taines taches très-désagréables, qui fatiguent l’œil
- de celui qui est jaloux de la propreté, et un relieur
- ne doit pas ignorer l’art de les faire disparaître.
- La blancheur du papier s’altère de deux manières
- différentes, ou par la vétusté, surtout lorsqu’il est
- exposé au grand air et à la poussière comme les car-
- tes géographiques, qui ne sont pas ordinairement
- sous verre ; ou par des taches d’huile, de graisse ou
- d’encre. Dans le premier cas, le papier devient roux,
- il prend une teinte plus ou moins jaunâtre, il est
- comme enfumé ; dans le second cas, tout le monde
- connaît l’impression désagréable que causent les
- trois sortes de taches que nous avons signalées.
- Les papiers écrits sont ou manuscrits ou impri-
- més : nous ne connaissons aucun moyen assuré pour
- enlever sur les manuscrits la teinte jaunâtre que la
- vétusté leur communique ; on s’apercevra que les
- procédés que nous ferons connaître pour blanchir
- les papiers imprimés, tendent tous, ou à faire dispa-
- raître l’encre ordinaire, ou à la dissoudre de manière
- à former sur le papier des nuances partielles plus
- désagréables que n’était, avant l’opération, la couleur
- jaunâtre dont il était teint.
-
- Le seul moyen qui nous ait quelquefois réussi, c’est
- le soufrage. Nous disons quelquefois, car il nous
- est souvent arrivé, ou qu’il a été impuissant, ou
- qu’il a affaibli considérablement la teinte de l’encre,
- quoique nous ayons opéré de la même manière.
- Quant au papier blanc ou au papier imprimé, soit
- livres, estampes ou cartes géographiques, le procédé
- RENSEIGNEMENTS DIVERS 393
- qui nous a le mieux réussi et que nous recomman-
- dons à nos Iecteurs, pour nettoyer ces objets, con-
- siste dans l’emploi judicieusement fait de l’acide
- oxalique qui enlève parfaitement les taches des en-
- cres à base de gallate de fer. Cet agent est surtout
- précieux pour les livres dont les marges sont char-
- gées d’écritures qu’on désire enlever, parce qu’il
- n’attaque pas l’encre d’imprimerie.
- On place la feuille tachée sur une feuille d’étain, du
- côté de la tache, et on l’humecte abondamment avec
- une forte dissolution de sel d’oseille, puis on relève
- le papier, qu’on lave ensuite à grande eau pour éviter
- les cernes ou cercles qui se produiraient à l’endroit
- qui a été traité. On étend le papier, on le laisse sé-
- cher puis on le satine entre des cartes ou des zincs,
- par les procédés ordinaires.
- Il arrive quelquefois que le papier est sali par des
- taches de rouille. On les enlève en leur appliquant
- d’abord une solution d’un sulfure alcalin, qu’on
- lave bien ensuite, puis une solution d'acide oxalique.
- Le sulfure enlève au fer une partie de son oxygène,
- et le rend soluble dans les acides affaiblis.
- Presque tous les acides enlèvent les taches d’encre
- sur le papier ; mais il faut choisir de préférence
- ceux qui attaquent le moins son tissu. L’acide chlor-
- hydrique, étendu de cinq à six fois son poids d’eau,
- peut être appliqué avec succès sur la tache ; on la
- lave au bout d’une ou deux minutes, et l’on répète
- l’application jusqu’à ce que la tache ait disparu.
- L’emploi du chlore, sous forme dacide chlorhy-
- drique, de chlorure de potasse ou de chaux, est
- toujours une opération très délicate parce qu’il dé-
- truit les fibres du papier et le brûle. Aussi doit-on
- en neutraliser l’effet, autant que possible, en lavant
394 RENSEIGNEMENTS DIVERS.
- le papier à grande eau, pour n’en laisser subsister
- aucune trace.
- On se sert encore, pour détacher les papiers, d’une
- combinaison liquide de chlore et d’alcali caustique,
- très connue sous le nom d'eau de javelle (chlorure de
- potasse), étendue d’eau dans la proportion d’une
- partie sur neuf parties d’eau ; mais ce procédé, mal-
- heureusement trop employé à cause de sa simplicité,
- n’est pas à recommander. On peut atténuer les effets
- destructeurs de l’eau de javelle en immergeant le pa-
- pier traité dans un nouveau bain dhyposulfite de
- soude, puis en le passant dans un troisième bain
- d’eau de pluie. La mauvaise qualité des papiers fa-
- briqués actuellement les rend peu propres à sup-
- porter ces lavages successifs.
- Le seul avantage sérieux que présente l’emploi du
- chlore, c’est de blanchir le papier et de le détacher,
- en une seule opération. On peut donc utiliser cette
- double action, pourvu qu’on agisse avec prudence et
- qu’on l’élimine entièrement par les lavages que nous
- venons d’indiquer.
- Dès 1860, on a appliqué avec succès l’ozone à l’état
- de gaz saturé de vapeur d’eau ou d'eau oxygénée au
- nettoyage des livres et des vieilles gravures.
- L’encre d’impression n’est pas sensiblement atta-
- quée par l’ozone quand on ne prolonge pas le trai-
- tement ; il est sans action sur les taches de graisse
- et de moisissure. Les couleurs métalliques n’éprou-
- vent pas de modification, tandis que les couleurs vé-
- gétales sont complètement détruites. Par contre les
- encres à écrire sont presque toutes effacées par
- l’ozone. Il suffit d’un traitement très peu prolongé
- pour enlever l’écriture et pour rendre au papier
- toute sa blancheur.
- RENSEIGNEMENTS DIVERS. 395
- Il est vrai de dire qu’après quelque temps l’encre
- ainsi enlevée reparaît d’une couleur jaune pâle et
- qu’on peut la fixer de nouveau sur le papier par les
- réactions de l’oxyde de fer. Mais si après avoir traité
- par l’ozone le papier taché, on le passe dans une eau
- acidulée par quelques gouttes d’acide chlorhydrique,
- on empêche entièrement la réapparition de l’encre.
- M. J. Imison a indiqué un procédé facile à exécuter
- pour enlever les taches de graisse sur les livres et
- les estampes. Après avoir légèrement chauffé le
- papier taché de graisse, de cire, d’huile, ou de tout
- autre corps gras, ôtez le plus que vous pourrez de
- cette graisse avec du papier brouillard ; trempez en-
- suite un pinceau dans l’huile de térébenthine presque
- bouillante (car froide elle n’agit que faiblement), et
- promenez-le doucement des deux côtés du papier,
- qu’il faut maintenir chaud. On doit répéter l’opéra-
- tion autant que la quantité de graisse ou l’épaisseur
- du papier l’exige. Lorsque la graisse a disparu, on a
- recours au procédé suivant, pour rendre au papier
- en cet endroit, sa première blancheur. On trempe un
- autre pinceau dans l’esprit-de-vin très-rectifié, et on
- le promène de même sur la tache, et surtout vers
- ses bords, pour enlever tout ce qui paraît encore. Si
- l’on emploie ce procédé avec adresse et précaution
- la tache disparaîtra totalement, le papier reprendra
- sa première blancheur ; et si la partie du papier
- sur laquelle on a travaillé était écrite ou impri-
- mée, les caractères n’en auront nullement souffert.
- La benzine et le sulfure de carbone sont égale-
- ment d’un bon usage.
- Une faible dissolution de potasse ou de soude caus-
- tique enlève avec facilité les taches huileuses ou
- graisseuses sur les papiers, les estampes, les livres ;
396 RENSEIGNEMENTS DIVERS.
- mais il faut que ces derniers soient en feuilles, sans
- cela on aurait beaucoup de peine à les dégraisser
- parfaitement, et l’opération ne se ferait jamais avec
- propreté.
- Il nous suffit de dire que la dissolution de potasse
- ou de soude doit marquer un degré et demi à l’aréo-
- mètre de Baumé. Le procédé de M. Imison doit être
- préféré lorsque les taches ne sont pas considérables,
- et qu’on peut les enlever sans découdre le volume.
- Le relieur est quelquefois sujet, en faisant ses
- marbres, de tacher les feuilles avec les couleurs
- nommées écailles, que beaucoup d’entre eux croient
- qu’il est impossible de faire disparaître. L’eau de ja-
- velle les enlève entièrement, de même que le chlorure
- de chaux. Il suffit de plonger la feuille dans un de ces
- deux liquides, jusqu’à disparition de la tache, ce qui
- n’existe que peu de temps ; ensuite de la plonger dans
- l’eau ordinaire, pendant un temps double à peu près
qu’elle n’est restée immergée dans le liquide.
-
- Il arrive quelquefois qu’on laisse tomber de l’en-
- cre sur un feuillet d’un volume relié, et qu’on craint
- de ne pas l’enlever proprement par les moyens que
- nous avons indiqués, parce que la tache est près de
- la couture. Voici le procédé que nous avons vu em-
- ployer avec succès par M. Berthe : cet artiste mouille
- un gros fil plus long que le volume ; il le passe sous
- le feuillet près de la couture, et le promène dans sa
- longueur. Le papier d’impression, qui est ordinaire-
- ment sans colle, est bientôt humecté dans cette place,
- en sorte qu’il cède au moindre effort. Alors on détache
- le feuillet, on le nettoie, on passe un peu de colle sur
- son épaisseur, on le remet en place adroitement et la
- réparation ne paraît pas du tout.
- RENSEIGNEMENTS DIVERS. 397
[modifier] MOYENS DE PRÉSERVER LES LIVRES DES INSECTES ET DES VERS.
-
- Chacun sait combien les rats et les souris peuvent
- causer de dégâts dans une bibliothèque ou dans une
- librairie ; mais chacun connaît aussi les moyens de
- se délivrer de ces animaux incommodes, qui sont
- peut-être plus redoutables, parce que, malgré tous les
- soins, ils s’introduisent et se multiplient avec une
- extrême facilité.
- Les vers, ces autres ennemis des livres, ne sont
- pas aussi faciles à attaquer. Aussi, le relieur qui
- connaîtrait des moyens éprouvés pour les écarter ou
- les détruire, qui les emploierait avec discernement
- et les ferait connaître à l’amateur de livres, complé-
- terait son art, rendrait de grands services et verrait
- ses produits recherchés avec empressement, con-
- fiance et considération.
- La chaleur, le voisinage d’un jardin ou de planta-
- tions d’arbres multiplient les insectes et les vers. En
- abaissant la température, en éloignant les bibliothè-
- ques des jardins, il y a presque impossibilité d’évi-
- ter complétement les ravages des vers. Néanmoins,
- il existe plusieurs préservatifs et moyens de destruc-
- tion que l’expérience a sanctionnés.
- Le premier et le meilleur consiste dans une pro-
- preté constante et presque minutieuse. Il ne faut
- jamais laisser séjourner la poussière, même dans les
- coins les plus cachés ; il faut battre tous les volumes,
- au printemps et à l’automne, ou au moins une fois
- par an, dans le mois de juilIet et d’août, car les
- papillons recherchent, pour déposer leurs œufs, la
- poussière qui en favorise le développement. Pendant
- toute l’année, d’ailleurs, on doit placer derrière les :
- Relieur. 23
398 RENSEIGNEMENTS DIVERS.
- livres des morceaux de drap fortement imbibés d’es-
- sence de térébenthine, de benzine, de camphre ou
- d’une infusion de tabac à fumer, et les renouveler
- dès que l’odeur s’en affaiblit. L’acide phénique est
- encore préférable.
- Le choix du bois employé au corps de bibliothèque
- contribue aussi pour beaucoup à les préserver des
- vers. Plus il est dur et serré, moins il les attire, et
- le chêne bien sain et bien sec est préférable, sous
- tous les rapports, aux autres bois de nos climats.
- Le genre de la reliure a aussi une grande influence.
- Les anciennes reliures en bois, même quand elles
- sont couvertes de peau ou d’étoffe, sont les berceaux
- des vers et des insectes ; aussi convient-il de les
- reléguer, sans nulle exception, dans l’endroit le plus
- écarté de la bibliothèque. Le même danger est à
- craindre des reliures pour lesquelles on a employé
- la colle de pâte, qui est une sorte de nourriture recher-
- chée par les vers. Les relieurs entendus préfèrent se
- servir de colle forte, à laquelle ils ajoutent une quan-
- tité convenable d’alun. Ils ajoutent aussi du sel am-
- moniac au blanc d’œuf dont ils se servent avant de
- polir la dorure. Au contraire, les reliures en cuir de
- Russie ou en parchemin, celles dont les cartons sont
- faits de vieux cordages de vaisseau imprégnés de
- goudron, ont non-seulement le mérite d’une solidité
- pareille à celle du bois, mais encore l’avantage d’écar-
- ter les vers pour de longues années. Une autre reliure
- peu élégante, mais presque impénétrable aux vers,
- est celle qui est en usage dans.les anciennes biblio-
- thèques d’Espagne, de Portugal et d’Italie. Elle con-
- siste seulement en une couverture de parchemin sans
- carton, et recourbé sur la tranche. Ce n’est à vrai
- dire, qu’une brochure battue, cousue sur nerfs et re-
- RENSEIGNEMENTS DIVERS. 399
- couverte de parchemin. L’expérience de quatre siècles
- a prouvé que, sans le voisinage de reliures en bois
- ou en carton, aucun des livres reliés de la sorte n’eut
- été attaqué des vers.
[modifier] MOYENS DE PRÉSERVER LES LIVRES DE L’HUMIDITÉ.
-
- Sans qu’il soit besoin de le dire, on sait que l’air et
- la chaleur sont les moyens par excellence de combat-
- tre l’humidité. On aura donc soin d’en procurer aux
- bibliothèques autant que la saison, la température et
- le local le permettront. A cet effet, on ouvrira les fe-
- nêtres toutes les fois qu’il fera un temps sec et vif,
- en ayant bien soin de les refermer avant le coucher du
- soleil parce que les papillons déposent leurs œufs
- après cette heure.
- Un excellent préservatif de l’humidité, est d’élever
- les corps de bibliothèque d’au moins 16 à 17 centi-
- mètres du parquet, et de les éloigner des murs d’en-
- viron 6 centimètres, afin de faciliter partout la circu-
- lation de l’air. Dans le cas où cette disposition pré-
- servatrice serait impossible, et qu’on serait forcé de
- placer les rayons prés d’un mur, on diminuera beau-
- coup le danger en donnant au mur plusieurs couches
- d’huile bouillante, et en le recouvrant ensuite, à l’aide
- de petits clous, de feuilles de plomb laminé.
- Il est également nuisible de trop serrer ou de trop
- écarter les livres sur les rayons. L’une de ces deux
- méthodes les déforme et favorise l’introduction des
- vers et de la poussière dans I’intérieur, au moyen
- des faux plis ; l’autre empêche l’air de pénétrer, et
- permet ainsi à l’humidité d’attaquer les reliures.
- Quand on trouve la trace de ces dégradations
- sur les livres, soit par l’aspect terni et moite de la
- reliure, soit par des moisissures plus ou moins mar-
400 RENSEIGNEMENTS DIVERS.
- quées, il faut sur-le-champ les nettoyer avec grand
- soin, les frotter avec un morceau de drap ou de toute
- autre étoffe de laine, puis les exposer à la chaleur et
- à l’àir jusqu’à ce qu’ils soient tout à fait secs.
- De tous ceux dont l’exécution typographique de-
- mande des précautions particulières contre l’humi-
- dité, les livres imprimés sur parchemin ou sur vélin
- exigent le plus de précautions. Le Relieur ne les tra-
- vaillera donc que lorsque l’impression et la peau
- seront d’une siccité parfaite, et encore il aura soin de
- mettre du papier joseph entre chaque feuillet, pour
- empêcher que l’encre ne tache. De son coté, le biblio-
- phile aura soin, lorsqu’il se servira de livres de cette
- sorte, de ne les laisser exposés à l’air que le temps
- nécessaire aux recherches ; car le vélin perd son
- lustre et jaunit avec une rapidité fâcheuse, et se
- crispe à la moindre humidité, ou à la trop grande
- chaleur.
- Le vélin proprement dit n’est autre chose que la
- plus belle qualité du parchemin ; on l’emploie très
- rarement de nos jours et on le réserve pour les ou-
- vrages de grand luxe. On le confectionne avec les
- peaux de veaux et surtout avec celles des vélots ou
- veaux mort-nés, qu’on extrait du ventre des vaches
- pleines, mortes de maladie ou égorgées dans les abat-
- toirs. Le parchemin est fabriqué avec les peaux de
- moutons ou de chèvres, qui sont plus petites que
- celles des veaux. Le parchemin vierge, qui se rap-
- proche le plus du vélin, est fait avec les peaux des
- agneaux morts-nés extraits du ventre des brebis.
- Ces peaux sont chères, ce qui en limite l’emploi
- dans l’impression aux ouvrages de grand prix ; le
- relieur a donc bien rarement l’occasion de les tra-
- vailler.
- RENSEIGNEMENTS DIVERS. 401
[modifier] IMITATION DES RELIURES ÉTRANGÈRES.
-
- Il serait sans doute désirable d’appliquer les reliu-
- res étrangères à leurs livres respectifs, mais il ne
- faudrait point, par exemple, s’engouer des reliures
- anglaises de manière à en imiter les défauts. Ainsi
- les Anglais ne parent point ou très-peu leurs peaux
- en général. Au travers de la garde collée sur Ie car-
- ton, on aperçoit souvent les contours inégaux qu’elle
- y empreint, et ces bosses formées par le cuir produi-
- sent l’effet le plus désagréable. Quand les amateurs
- remarquent cette défectuosité dans les ouvrages des
- relieurs français, ceux-ci croient répondre, sans lais-
- ser de réplique, par ces paroles : « C’est le genre an-
- glais. »
- Les reliures étrangères diffèrent entre elles, pour
- la plupart, par la dorure, les marbres ; d’autres se
- distinguent par l’endossure, les mors, la division des
- nerfs ou filets, si ce sont simplement des reliures à
- la grecque. Il faudrait être bien peu connaisseur
- pour ne pas reconnaître les reliures anglaises, hol-
- landaises, allemandes, italiennes et espagnoles, à la
- seule inspection des dos. Un véritable amateur s’y
- trompe rarement. Quant aux cartonnages, les Alle-
- mands négligent d’amincir sur les bords et de battre
- la portion de carte qui forme le faux dos, et qui est
- collée en dedans des cartons. Le cartonnage terminé
- présente tout le long du mors en dedans une épais-
- seur surabondante, déjà très-disgracieuse, et qui le
- devient davantage en ce qu’elle se loge dans celle du
- livre, et parait souvent à trois ou quatre cahiers. En
- revanche, les Allemands forment une jolie rainure en
- dehors du livre le long du mors. Sa profondeur doit
- être égale à l’épaisseur du carton, le papier doit y être
402 RENSEIGNEMENTS DIVERS.
- collé jusqu’au fond, et non pas, comme dans la plu-
- part de nos cartonnages, courir le risque d’être crevé
- lorsqu’on y appuie la moindre chose.
- En copiant trop servilement les étrangers on
- s’égare. Delorme d’abord, puis Bozerian jeune, et
- Courteval l’ont bien prouvé. Simier et Thouvenin
- eux-mêmes, sont tombés trop souvent dans le gothi-
- que, dit Lesné, pour avoir trop cherché à calquer les
- doreurs anglais. La seule chose bonne à copier dans
- leurs reliures, c’était la bonne façon des mors, la
- justesse des filets, et celle des encadrements.
- Les Anglais couvrent leurs livres classiques d’une
- toile enduite de colle forte, ou plutôt d’une espèce de
- cirage. Cette reliure, assez laide d’ailleurs, est solide,
- économique ; elle convient bien aux livres de classe
- qu’elle soutient suffisamment, car elle est souple et
- peut facilement supporter tous les efforts des enfants.
- On l’a adoptée dans quelques collèges, en coupant
- les angles des cartons. De cette manière, la reliure
- s’écorne moins en tombant. Il vaudrait peut-être
- mieux que les coins fussent arrondis en quart de
- cercle ; mais cette reliure n’est bonne qu’autant que
- le livre est cousu solidement. Ce perfectionnement,
- conseillé par Lesné, est trop onéreux, dit-il, pour
- tous les livres classiques, et convient particulièrement
- aux dictionnaires.
- Les Anglais rétrécissent généralement les titres,
- qu’allongent outre mesure les Allemands.
- L’époque de l’introduction des dos brisés en France
- est très-incertaine. Mais il y a fort à croire qu’elle
- s’est établie il y a cent ans. Les reliures de Hollande
- en auront probablement donné l’idée. Les bons ou-
- vriers du temps, tels que De Rome, ne firent ces reliu-
- res qu’avec répugnance, parce qu’ils voyaient com-
- RENSEIGNEMENTS DIVERS. 403
- bien il était facile de supprimer une infinité d’opéra-
- tions, et de passer légèrement sur les autres ; qu’en-
- fin ils prévoyaient que ce genre, une fois adopté,
- entraînerait la ruine de l’art. Ils en firent toutefois,
- mais avec des modifications solides. Ils continuèrent
- à passer la tête et la queue en parchemin fort, et le
- milieu en parchemin très mince, et revêtirent les dos
- de toile à la hollandaise. Les ouvriers du 2e ordre
- supprimèrent la toile ; ceux du 3e les parchemins et
- la colle forte, et ces derniers plurent malheureuse-
- ment beaucoup au public.
[modifier] PROCÉDÉ MM. V. PARISOT ET J. GIRARD POUR DONNER AUX RELIURES L’ODEUR ET L’ASPECT DU CUIR DE RUSSIE.
-
- On fabrique aujourd’hui en France les cuirs par-
- fumés qu’on importait autrefois de Russie. L’odeur
- particulière de ces cuirs, qui les fait rechercher, est
- due à une huile essentielle contenue dans l’écorce du
- bouleau, à laquelle on a donné le nom de bétuline.
- Nous allons en indiquer la préparation, bien que ce
- ne soit pas le relieur qui l’extraie et qui s’en serve
- pour donner à son cuir l’odeur et l’apparence du vé-
- ritable cuir de Russie.
- On Prend 1,500 grammes d’écorce externe de bou-
- leau. Après l’avoir séparée de l’écorce interne et
- l’avoir divisée convenablement avec des ciseaux, on
- la place dans un alambic avec 10 litres d’alcool à 33°.
- On laisse macérer pendant deux heures, on fait
- ensuite chauffer au bain-marie jusqu’à ce qu’on retire
- deux litres d’alcool ; on arrête le feu, puis on laisse
- refroidir, mais incomplétement ; on filtre la liqueur
- encore un peu chaude, et l’on traite le résidu à trois
404 RENSEIGNEMENTS DIVERS.
- reprises différentes de la même manière ; la quatrième
- fois on fait macérer l’écorce avec l’alcool chaud pen-
- dant vingt-quatre heures. Au bout de ce temps, on
- chauffe de nouveau, et l’on filtre comme dans les opé-
- rations précédentes.
- « Les liqueurs provenant de ces diverses opérations
- étant rassemblées, une grande quantité de bétuline
- se précipite par le refroidissement, la liqueur surna-
- geante est introduite dans un alambic et soumise à la
- distillation au bain-marie jusqu’à ce qu’on retire la
- plus grande partie de l’alcool ; le résidu est versé
- immédiatement dans un vase en porcelaine. Par le
- refroidissement, la liqueur se prend en une masse
- semblable à la gelée. Cette masse est une nouvelle
- quantité de bétuline ; le tout est placé sur un filtre,
- afin de séparer les dernières portions du liquide
- qu’elle peut contenir, et ensuite placée à l’étuve pour
- en déterminer la dessiccation. Des 1,500 grammes
- d’écorce employée, on obtient 350 grammes de bétu-
- line.
- « Nous avons vu, comme MM. Duval-Duval l’avaient
- déjà remarqué, qu’on ne pouvait extraire compléte-
- ment toute la bétuline contenue dans l’écorce de bou-
- leau.
- « On emploie, pour préparer les 350 grammes de
- bétuline, 10 litres d’alcool ; et l’on retire 7 litres et
- demi, ce qui fait un quart de perte.
- « On a dépensé, pour combustible, 1 franc, ce qui
- fait revenir les 350 grammes de bétuline à 6 francs
- 65c. Toutefois, nous devons faire observer que si l’on
- opérait en grand, le prix de la bétuline serait
- moindre.
- « On a pris 15 grammes de bétuline, qu’on a intro-
- duit dans une cornue à laquelle on avait adapté un
- RENSEIGNEMENTS DIVERS. 405
- récipient ; ceci fait, on a porté la cornue à une cha-
- leur modérée qu’on a augmenté successivement ; la
- bétuline a commencé par se liquéfier, puis la chaleur
- augmentant, elle s’est décomposée. Il a passé à la
- distillation, sous forme de vapeurs d’un jaune clair,
- une huile d’abord fluide qui est devenue plus épaisse
- à la fin de l’opération, les vapeurs étaient plus jaunes
- et plus abondantes.
- « Il resta dans la cornue un produit charbonneux.
- « Le produit obtenu de cette distillation pesait 10
- grammes ; il avait une consistance oléagineuse, il
- était d’un brun foncé, d’une odeur forte et insuppor-
- table, insoluble dans l’eau, dans l’alcool ; mais soIu-
- ble en très-grande quantité dans l’éther sulfurique.
- « Le prix de ces 10 grammes obtenus se composait
- ainsi qu’il suit :
- 15 grammes de bétuline, à 10 c. le gram. 1 fr. 50
- Cornue et récipient. . . . . . . . . . . . . . . . . . 80
- Combustible. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 10
-
-
- Total. . . . . . . . . . . 2 fr. 40
-
-
- « Nous avons fait dissoudre 2 grammes de cette huile
- de bétuline dans 20 grammes d’éther sulfurique, puis,
- avec cette liqueur, nous avons opéré de la manière
- suivante pour enduire la reliure de cette substance.
- Lorsque le livre est relié et qu’on va appliquer sur
- le carton la peau qui doit le couvrir, on enduit ce
- carton des deux côtés au moyen d’un pinceau avec
- l’huile de bétuline dissoute dans l’éther ; on laisse
- évaporer l’éther, puis on recouvre avec la peau comme
- dans la reliure ordinaire, on colle les gardes. Plu-
- sieurs livres ainsi reliés ont une odeur agréable de
- cuir de Russie : 2 grammes ont suffi pour un volume
- in-8°.
23.
- RENSEIGNEMENTS DIVERS. 406
-
- « Voulant nous assurer si nous pouvions employer
- l’huile empyreumatique d’écorce de bouleau, nous
- avons agi de la manière suivante :
- « Nous avons pris 100 grammes d’écorce externe de
- bouleau, divisée convenablement ; nous les avons
- introduits dans une cornue à laquelle nous avons
- adapté un récipient pour recueillir les produits vola-
- tils nous avons placé cette cornue ainsi disposée
- dans un fourneau à réverbère, puis nous avons
- chauffé ; elle se décomposa et fournit des vapeurs
- blanches, épaisses, qui vinrent se condenser dans le
- récipient que l’on avait fait plonger dans un vase
- contenant de l’eau froide.
- « Peu à peu ces vapeurs devinrent plus épaisses, plus
- colorées ; la liqueur qui s’écoulait dans le récipient
- était plus dense. Au bout de deux heures, la décom-
- position était complète ; il restait dans la cornue un
- charbon volumineux. Le produit de la distillation
- pesait 64 gram. ; mais il était formé de deux couches,
- une supérieure épaisse, ayant l’odeur d’huile de bétu-
- line, odeur altérée par l’acide pyroligneux provenant
- de la décomposition du bois qui sert de support à la
- bétuline : la couche inférieure était colorée en jaune
- foncé, pesant 4 grammes : elle était formée par de
- l’eau contenant une petite quantité d’acide pyroli-
- gneux en dissolution.
- « Cette seconde couche fut séparée de la première qui
- fut conservée pour nous servir dans les opérations
- suivantes. Une certaine quantité de cette huile em-
- pyreumatique fut saturée par la craie (carbonate de
- chaux) délayée dans une petite quantité d’eau, puis
- laissée en contact pendant un jour, en ayant soin
- d’agiter de temps en temps. Au bout de ce laps de
- temps, on laissa déposer et l’on décanta de manière à
- RENSEIGNEMENTS DIVERS. 407
- séparer les deux couches. La couche supérieure fut
- conservée. Nous avons pris 2 grammes de cette huile
- saturée et 2 grammes d’huile non saturée ; nous avons
- fait dissoudre chacune de ces huiles dans 20 grammes
- d’éther, comme nous l’avons fait pour l’huile de bétu-
- line pure, puis fait relier des livres avec chaque Ii-
- queur. Nous avons alors reconnu qu’avec l’huile
- empyreumatique saturée par le carbonate de chaux,
- on obtenait une reliure dont l’odeur se rapprochait de
- celle fournie par l’huile de bétuline pure. Quant à la
- reliure faite avec l’huile empyreumatique, elle avait
- une odeur désagréable d’acide pyroligneux Comme
- on le voit, on pourra se procurer des reliures qui
- auront l’odeur de cuir de Russie, à un prix peu élevé,
- avec l’huile empyreumatique de l’écorce de bouleau
- saturée par la craie.
- « On pourra, si l’on veut, se servir de l’huile pure
- de bétuline pour obtenir une reliure qui aura une
- odeur plus agréable de cuir de Russie. On pourra
- aussi, de cette manière, conserver les livres sans
- allération.
- « Cette huile peut non-seulement s’appliquer sur les
- livres reliés en peau, mais encore en papier ; elle ne
- tache pas la reliure et n’empêche en aucune façon le
- travail du relieur. »
- La peau qui convient le mieux pour fabriquer le
- cuir de Russie artificiel est celle de la vache, bien
- tannée puis lavée à plusieurs reprises et enfin teinte
- en rouge. Cette peau acquiert un aspect très agréa-
- ble quand, au moyen d’une éponge, on l’humecte, du
- côté coloré, avec de la gélatine dissoute dans l’eau.
- Seulement, cette eau gélatineuse ne doit pas être
- trop concentrée, et l’on ne doit pas l’appliquer sur
- le cuir dans une trop forte proportion.
408 RENSEIGNEMENTS DIVERS.
[modifier] CHOIX DES RELIURES ET CONSERVATION DES LIVRES.
-
- Nous considérons, dans cet article, le relieur comme
- l’associé du bibliophile, ou même comme le guide des
- amateurs qui veulent se former une bonne biblio-
- thèque. Les sages conseils qui suivent sont presque
- tous empruntés au Manuel de Bibliothéconomie (1).
- 1. Assortiment et qualités des diverses reliures.
- La reliure est à la fois pour les livres un moyen de
- conservation matérielle et d’ornement ; mais il im-
- porte qu’elle soit choisie et graduée d’après la nature
- et l’importance des ouvrages ; car il serait aussi dé-
- placé de couvrir en beau maroquin enrichi de doru-
- res, un pamphlet éphémère, que de revêtir de basane
- ou de cartonnage un chef-d’œuvre de la science ou
- des arts. Qu’un riche amateur ait dans sa bibliothè-
- que un certain nombre de volumes décorés des plus
- belles ou des plus élégantes reliures, mais que ce
- soit des livres dignes de cette décoration, et que tout
- le reste de la bibliothèque soit relié d’une manière
- solide.
- 2. Quand l’amateur de livres n’a pas assez de fonds
- pour faire que la richesse de la reliure réponde au
- mérite de certains ouvrages, il doit se contenter, pour
- toute sa bibliothèque, d’une reliure très-simple. Cela
- vaut infiniment mieux que d’avoir quelques livres
- précieusement reliés et les autres à l’état de bro-
- chure, car ceux-ci sont, en quelque sorte, des livres
- sacrifiés, et cela fait en outre le plus mauvais effet à
- l’œil.
-
-
- (1)Bibliothéconomie, arrangement, conservation et administra-
-
- tion des bibliothèques, par L.-A. CONSTANTIN. 1 vol. orné de figures,
- faisant partie de l'Encyclopédie-Roret.
- RENSEIGNEMENTS DIVERS. 409
-
- 3. La reliure la plus ordinaire est la basane ; elle
- convient à toutes les fortunes et à tous les ouvrages.
- La reliure en veau, en maroquin ou en cuir de Rus-
- sie convient aux beaux ouvrages et aux biblio-
- thèques riches. On n’exécute que dans des cas ex-
- ceptionnels les reliures en moire, en velours, en
- ivoire ou en parchemin.
- 4. Un genre très-convenable et adopté par beau-
- coup d’amateurs, est celui de la demi-reliure à dos
- de veau ou de maroquin, non rogné, avec marges.
- Posés sur les tablettes, des volumes ainsi reliés sont
- aussi élégants que les livres reliés en plein ; ils sont
- d’ailleurs aussi solides. Cette reliure a de plus l’a-
- vantage de la modicité du prix, et de la grandeur des
- marges ; chose si importante aux yeux des bibliophi-
- les qui la paient si cher, et prennent tant de soin
- pour l’obtenir. Quelques-uns d’entre eux ont si fort
- à cœur cette conservation des marges, qu’ils font
- quelquefois recouvrir de la plus belle reliure un
- livre non rogné et même non ébarbé. C’est au relieur
- à respecter, à servir cette prétention fort naturelle
- au fond, malgré l’espèce de ridicule qui parfois s’y
- attache.
- 5. La connaissance technique de la reliure (dit en
- insistant beaucoup sur ce point l’estimable auteur de
- la Bibliothéconomie) est utile pour ne pas s’exposer
- à des dommages réels. Il faut savoir choisir un bon
- relieur, pouvoir apprécier son travail et lui en indi-
- quer les défectuosités, sinon on aura des livres mal
- reliés, ornés sans goût, confectionnés sans solidité ;
- et tandis que ces reliures défectueuses perdront cha-
- que jour, de bonnes reliures qui n’auront pas coûté
- davantage se maintiendront, malgré les années, dans
- toute leur valeur. Une preuve que le travail bien fait
410 RENSEIGNEMENTS DIVERS.
- est toujours estimé, c’est que les anciennes reliures
- des Du Seuil, des De Rome, des Padeloup et autres
- sont encore aujourd’hui aussi recherchées que les
- plus beaux chefs-d’œuvre des fashionnables relieurs
- de Paris et de Londres.
- 6. Jusqu’au XVle siècle, on se servait, pour la reliure
- des livres, de planchettes de bois en place de carton ;
- mais la manière de les couvrir était, comme et plus
- qu’aujourd’hui, variable et fort dispendieuse. On y
- employait des étoffes précieuses brochées d’or et d’ar-
- gent, ou chargées de broderies : on les enrichissait de
- perles, de pierres fines, d’agrafes d’or et d’argent ; on
- garnissait les plats et les coins de plaques et de gros-
- ses têtes de clous en même métal, pour empêcher le
- frottement. Depuis, on a remplacé le bois par le car-
- ton, ce qui est plus léger, et préserve mieux les livres
- des vers ; on a aussi généralement renoncé aux cou-
- vertures d’étoffes, comme trop coûteuses et peu soli-
- des. Les reliures en moire, en velours, ne sont, comme
- nous venons de le dire, relativement aux autres,
- qu’une chose exceptionnelle.
- 7. On emploie communément, ainsi que nous
- l’avons vu, trois sortes de reliures : la reliure pleine,
- la demi-reliure (l’une et l’autre en veau, basane, ma-
- roquin, cuir de Russie, parchemin) et le cartonnage
- (couvert en papier, en toile, en percale de couleur).
- La demi-reliure a sur la première, l’avantage de
- l’économie jointe à la solidité, à condition d’être bien
- faite ; et, sur le cartonnage, I’avantage de la durée.
- Cependant les volumes minces, et dont le contenu
- n’annonce pas un usage très fréquent, peuvent rece-
- voir un simple cartonnage ; mais il importe qu’il soit
- bien fait.
- 8. Le besoin d’économiser, besoin qui parfois com-
- RENSEIGNEMENTS DIVERS. 411
- mande en maître dans la bibliothèque comme dans
- les autres parties de la maison, force souvent à met-
- tre en oubli les meilleures règles à suivre pour la
- reliure des livres. Alors cette reliure, qui est toujours
- une dépense considérable, doit être soumise à cette
- nécessité, mais elle doit l’être avec ordre, avec intel-
- ligence, et le relieur et le bibliophile doivent, d’un com-
- mun accord, repousser toute économie mal entendue
- qui compromet l’existence des livres et la facilité du
- travail. Or, l’économie la plus mal entendue, là plus
- déplorable, est de faire relier plusieurs ouvrages en
- un seul volume, quand même leur contenu serait de
- même nature. Les subdivisions de la classification
- des livres en peuvent souffrir, la lecture d’un tel livre
- est incommode, la copie de divers passages en est
- difficile ; enfin, s’il s’agit d’une bibliothèque publique,
- on est souvent obligé de priver plusieurs lecteurs
- pour en contenter un seul.
- Le meilleur moyen d’éviter les inconvénients de ce
- genre de réunions, consiste à donner à ces minces
- volumes une brochure solide, et de les réunir dans
- des boites en forme de gros volumes, comme celles
- dont on se sert dans les grandes bibliothèques pour
- classer les catalogues en feuilles ou brochés. Si néan-
- moins on est obligé de laisser ces volumes tels qu’ils
- sont, on les place suivant le titre du premier ; mais
- on a bien soin d’inscrire, dans le catalogue et à leur
- place respective, tous les ouvrages qu’ils contiennent.
- On adapte, en outre, pour faciliter les recherches, au
- titre de chacun d’eux, une languette ou canon en
- parchemin. On nomme canon un petit signet collé
- sur la marge, et la dépassant de quelques lignes.
- 9. Quoique nous ayons indiqué, dans le cours de
- l’ouvrage, toutes les qualités d’une bonne reliure, en
412 RENSEIGNEMENTS DIVERS.
- détaillant les diverses manœuvres indispensables à
- sa confection, nous reproduirons volontiers l’espèce
- de résumé ou de nomenclature que donne M. Cons-
- tantin, des nombreuses opérations d’une bonne
- reliure. Cette récapitulation ne sera pas inutile au
- bibliophile et au relieur.
- Une reliure réunissant toutes les qualités désira-
- bles, est, dit-il, chose bien rare, car cette enveloppe si
- nécessaire à l’usage, à la conservation des livres, est
- soumise à tant de manipulations, qu’il y en a presque
- toujours, au moins quelques-unes, de négligées. Il ne
- suffit pas qu’un volume soit plié avec précision, bien
- battu, cousu et endossé avec soin, il faut encore que
- les tranchefiles soient arrêtées à tous les cahiers ; que
- la gouttière soit bien coupée, le dos arrondi conve-
- nablement à la grosseur du volume ; le carton d’une
- force proportionnée au format, et coupé bien juste
- d’équerre ; la peau dont il est recouvert, parée de ma-
- nière à ne pas faire d’épaisseur sur les coins, et sans
- être trop mince, afin qu’ils ne s’écorchent pas au
- moindre frottement ; il faut en outre que les côtés
- soient bien évidés pour que l’ouverture du livre ait
- lieu facilement, sans risquer de casser ou de défor-
- mer le dos ; que les ornements et les dorures soient
- brillants, nets et de bon goût, les marges conser-
- vées aussi grandes que possible ; les pages préser-
- vées de tout maculage, replis, inversions ; les plan-
- ches et les gravures placées avec intelligence ; les
- titres convenablement réduits ou composés avec grâce, suivant les cas : tel est : le but auquel doit atteindre
- tout relieur, afin d’acquérir une réputation honorable
- et de livrer de bons produits aux connaisseurs.
- Faute d’avoir visité les ateliers de reliure, d’avoir
- bien étudié, bien comparé tous les détails, les ama-
- RENSEIGNEMENTS DIVERS. 413
- teurs de livres ne pourront examiner les diverses
- parties d’une reliure ; ils ne sauront point en appré-
- cier les mérites ni les défauts, et se trouveront ainsi
- à la merci d’un ouvrier de mauvaise foi ou mal
- habile.
- 10. Parmi les reproches qu’il est si facile de faire
- au reliures, on adresse avec raison, aux reliures
- anglaises, et plus encore à celles qui sont faites à
- leur imitation, les dos brisés trop plats et à faux
- nerfs, la façon des mors, la surcharge des ornements.
- Deux autres défauts du plus grand nombre de reliu-
- res sont de s’ouvrir difficilement et de fermer mal ;
- l’un empêche de bien lire, et plus encore de travailler,
- si l’on consulte plusieurs volumes à la fois ; l’autre
- laisse pénétrer dans l’intérieur du livre la poussière
- et les vers.
- 11. Les dos ronds, sont, sans doute, moins agréa-
- bles à l’œil que les dos plats, quand les livres sont
- rangés sur les tablettes ; mais ils sont plus durables,
- surtout pour les grands formats. Quant aux in-8° et
- aux petits volumes, les dos plats peuvent être faits
- assez solidement, et permettent une plus grande éga-
- lité dans la dorure, ce qui flatte la vue quand plu-
- sieurs volumes uniformes, et dont les filets sont d’ac-
- cord, se suivent bien en ligne droite.
- 12. Il en est de même des nerfs ; les faux nerfs sont
- seulement un objet de parade, tandis que les nerf
- véritables conservent la reliure, et sont aussi néces-
- saires par leur solidité à un gros et grand volume
- qu’ils soutiennent en l’ornant, qu’ils sont utiles à sa
- décoration par le genre de dorure qu’ils permettent.
- II faut toutefois que le nombre et la grosseur des
- nerfs soient en rapport avec le format et la force du
- livre.
414 RENSEIGNEMENTS DIVERS.
-
- 13. Les mors, quand ils sont trop carrés, produi-
- sent des plis désagréables au fond des cahiers, et
- prennent une partie de la marge intérieure ; quelque-
- fois même ils sont cause que les premières et les der-
- nières feuilles s’usent et se brisent promptement,
- surtout aux livres d’un fréquent usage. Il est donc
- essentiel de sacrifier l’élégance de ces mors carrés
- aux mors en biseau ou en chanfrein, qui conservent
- bien mieux les volumes.
- 14. La dorure, les chiffres, les titres et autres indi-
- cations réclament les soins d’un relieur intelligent,
- et l’attention d’un amateur éclairé, car toutes ces
- choses contribuent singulièrement, les unes à la
- beauté d’une bibliothèque, les autres à son bel ordre,
- à sa bonne organisation. Aussi combien est-il à dési-
- rer, d’une part, que la bonne composition des fers,
- qu’un mélange harmonieux d’ornements en rapport
- avec le contenu des livres, et, d’autre part, que l’en-
- tente judicieuse des titres, du nom de l’auteur, de la
- date de l’édition, du nom de la ville ou de l’imprimeur,
- viennent fournir les plus nobles embellissements, et
- procurer la plus grande facilité pour les recherches.
- 15. Un relieur soigneux auquel on confie des ou-
- vrages précieux, et qui ne peut tout faire par lui-
- même, ne se contente pas de la collation faite avant
- la reliure ; il ne laisse point passer un livre nouvel-
- lement relié des mains de ses ouvriers, dans celles du
- bibliophile ; mais il le collationne de nouveau. Il exa-
- mine s’il n’y a pas de feuilles déplacées ; si toutes
- les gravures s’y trouvent, si elles sont garanties par
- un papier joseph, si les cartes et les grandes feuilles
- sont collées sur onglet et pliées de manière que l’on
- puisse les développer facilement et sans crainte de
- les déchirer.