[modifier] DEUXIÈME PARTIE - RELIURE
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[modifier] CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES
[modifier] § 1. -- UTILITÉ ET IMPORTANCE DE LA RELIURE.
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- Aux yeux de certaines gens, la reliure est un mé-
- tier de mince importance, qui mérite à peine de fixer
- l’attention des esprits sérieux. « Cependant, a dit avec
- raison un savant économiste, elle est digne à tous les
- égards d’échapper à cet injuste dédain, puisque, s’ap-
- pliquant à conserver les manifestations les plus bril-
- lantes et les plus fécondes de la pensée, elle est le
- complément naturel de ces merveilleuses inventions
- qui réunissent dans un magnifique ensemble les ef-
- forts des générations, et qui nous rendent, pour ainsi
- dire, habitants de tous les pays, et contemporains
- de tous les âges. En effet, il ne suffit pas que l’écri-
- ture fixe les résultats des méditations ou des caprices
- de l’esprit, que le papier les recueille, que l’impri-
- merie les multiplie, il faut encore que les manuscrits
- et que les livres échappent à la destructive atteinte
- du temps, pour que, suivant la sublime expression
- de Pascal, l’humanité soit comme un seul homme qui
- vit et qui apprend toujours. Grâce aux feuilles dans
- lesquelles se reflète et se conserve le travail intellec-
- tuel, la meilleure partie de notre être ne meurt pas,
60 RELIURE.
- alors que disparaît l’enveloppe matérielle destinée à
- une existence éphémère.
-
- « Est-ce donc une faiblesse de s’appliquer à con-
-
- server avec un soin délicat, non-seulement le souve-
- nir, mais la réalité même des plus nobles et des plus
- agréables sentiments ? Rien de plus simple que de
- se plaire à garder et à parer les objets de notre affec-
- tion. En est-il une plus pure et plus légitime que
- celle qui nous met en communication constante avec
- le rayonnement de la pensée humaine ? »
- L’art du relieur répond donc à l’un de nos besoins
- les plus vrais ; il est aussi un de ceux qui exigent
- le plus d’habileté et d’intelligence. Pour se rendre
- compte de tout ce qu’il a fallu de labeur et d’adresse,
- de patience et de goût, pour produire une bonne et
- belle reliure, qui, très-simple en apparence, est le ré-
- sultat de manipulations nombreuses et compliquées,
- il est nécessaire de la décomposer par la pensée,
- quand on ne veut pas la détruire en la disséquant.
- Alors on est surpris d’y rencontrer une création vé-
- ritable, et l’art du relieur est d’autant plus parfait
- qu’il parvient mieux à déguiser les opérations suc-
- cessives qu’il exige. En outre, au lieu d’être uniforme
- dans les procédés et les résultats, il faut qu’il se plie
- aux exigences des temps et des productions. Rien de
- plus commun dans cette branche de travail que les
- @dissonnances et les anachronismes ; aucune n’exige
- autant de sens et de jugement, et c’est pour avoir
- manqué de l’un et de l’autre que l’on a vu trop sou-
- vent des artistes fort habiles, pratiquement parlant,
- appliquer d’anciennes formes de reliure peu en har-
- monie ou même sans aucune harmonie avec la na-
- ture actuelle des livres et la forme que ceux-ci sont
- destinés à occuper dans nos demeures. C’est ainsi
- RELIURE. 61
- qu’ils ont reproduit, sans toutefois les calquer servi-
- lement, des dispositions empruntées au moyen âge,
- qui répondaient fort bien aux exigences de manus-
- crits précieux ou de feuilles de vélin exposées à être
- gonflées par l’humidité de l’atmosphère, et la pensée
- ne leur est pas venue de se demander si les livres de
- notre époque, imprimés à prix réduit sur du papier
- plus ou moins solide, mais toujours identique, et ap-
- pelés non à figurer sur des pupitres ou de riches éta-
- gères, mais à rencontrer, sur les rayons d’une biblio-
- thèque, le contact immédiat d’autres livres rangés et
- pressés les uns contre les autres, se prêtaient à de
- semblables fantaisies d’ornementation et demandaient
- le même appareil de ferrures en saillie.
- On l’a dit bien souvent, et on ne saurait trop le
- répéter, chaque forme de reliure a eu sa raison d’être :
- il n’y a qu’à la découvrir. Celui qui est véritablement
- artiste la trouve sans trop de peine, et il se met ainsi
- à l’abri de ces erreurs, presque toujours irréparables,
- qui ne servent qu’à, mettre en évidence l’ignorance et
- le défaut de sens et de jugement de celui qui n’a pas
- su les éviter.
- Avant l’invention de l’imprimerie, quand les li-
- vres étaient rares et fort chers, on les traitait comme
- des espèces de reliques. Aussi rien ne paraissait trop
- dispendieux pour les conserver. Aujourd’hui, les cho-
- ses ont changé complètement. La multiplication des
- livres, leur bon marché relatif, enfin la tendance gé-
- nérale vers l’utile, imposent d’autres conditions. Il
- faut que le relieur arrive à une production courante
- qui soit au niveau des fortunes les plus divisées ; il
- faut qu’il sache donner aux exemplaires qu’on lui
- confie une forme à la fois simple, élégante et durable ;
- enfin, il faut que, sans cesser d’être un art, la reliure
- Relieur. 4.
62 RELIURE.
- prenne des allures et crée les procédés d’une grande
- industrie. C’est pour cela qu’aujourd’hui, dans tous
- les pays, à côté des modestes ateliers dont le person-.
- nel se compose du patron et de quelques aides, sou-
- vent même du patron seul et d’un ou deux apprentis,
- se sont fondés de vastes établissements, véritables
- manufactures où, sous la direction d’un maître ha-
- bile, de nombreux ouvriers, toujours chargés de la
- même opération et secondés, quand la chose est pos-
- sible, par d’ingénieuses machines, font en fort peu
- de temps et très-économiquement ce que le travail
- manuel, tel qu’il a lieu dans les petites maisons, ne
- saurait produire qu’avec une extrême lenteur et une
- grande dépense.
[modifier] § 2. -- DIFFÉRENTES SORTES DE RELIURES.
-
- Les produits de l’art du relieur diffèrent, entre eux
- d’après leur fabrication, qu’elle soit courante, soignée
- ou riche, l’usage auquel on les destine, le prix de
- revient et de vente, ainsi que celui qu’y attachent les
- bibliophiles et les amateurs. Les reliures d’art, que
- ces derniers recherchent, varient à l’infini, suivant
- le goût, le caprice et même la mode.
- 1° Relativement aux procédés, on distingue :
-
-
- La reliure pleine, / La reliure à dos plein,
- La demi-reliure, / La reliure à dos brisé,
- La reliure à nerfs, / Le cartonnage ordinaire,
- La reliure à la grecque, / Le cartonnage emboîté.
-
-
- 2° Relativement à l’exécution, on distingue :
- La reliure d’art, / La reliure de bibliothèque,
- La reliure d’amateur, / La reliure à bon marché,
- La reliure de luxe, / Le cartonnage.
- 2° Relativement à l’exécution, on distingue :
- RELIURE. 63
-
- Nous nous proposons de décrire successivement
- ces diverses sortes de reliure, dans les articles sui-
- vants ; nous le ferons aussi brièvement que possible
- en cherchant à être clair et concis.
[modifier] 1. Reliure pleine, demi-reliure.
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- La reliure est pleine quand elle est tout entière
- couverte en peau, basane, maroquin, veau, etc. La
- demi-reliure en diffère en ce que le dos seul est en
- peau ; quant aux plats, ils sont en papier ou en toile.
- La dorure en peau est antérieure à l’invention de
- l’imprimerie. Elle a régné exclusivement avec la
- reliure en vélin, jusque vers la fin du siècle dernier,
- époque à laquelle la demi-reliure, que l’on croit être
- d’origine allemande, a commencé à se répandre.
- Nous venons de parler de la reliure en vélin.
- C’était une espèce d’emboîtage à dos brisé, dans le-
- quel la solidité s’unissait à la légèreté. Les cahiers
- étaient cousus sur nerfs de parchemin ; un carton
- très-mince supportait le vélin qui formait la couver-
- ture, et les pointes des nerfs, passées dans des char-
- nières et collées sur le carton par dessous une bande
- de papier fort ou de parchemin que recouvraient les
- gardes, maintenaient le tout. Enfin, des attaches de
- parchemin fixées sur le dos, et dont les bouts se col-
- laient aussi sous les gardes, ajoutaient encore à la
- solidité.
[modifier] 2. Reliure à nerfs, reliure à la grecque.
-
- Ces deux reliures peuvent être pleines ou de sim-
- ples demi-reliures. Ce qui les différencie, c’est que,
- dans la reliure à nerfs, les ficelles des nerfs font
- saillie sur le dos du volume, tandis que, dans la re-
- liure à la grecque, ces mêmes ficelles sont logées
64 RELIURE
- dans des entailles appelées grecques, en sorte que
- le dos reste uni.
- Dans le principe, on reliait tous les volumes à
- nerfs apparents, cousus sur véritables nerfs de
- bœuf ou sur cordes à boyaux ; plus tard, tant pour
- obtenir des dos plus souples que par économie, on
- remplaça les nerfs de bœuf par des cordes ou ficelles
- de lin ou de chanvre @câblés. La reliure, dite à la
- grecque, parait remonter à la fin du XVIIe siècle ou
- au commencement du siècle suivant. On la jugea si
- contraire à la bonne conservation des livres, que les
- règlements l’interdirent aux relieurs ; mais les dé-
- fenses de l’administration tombèrent peu à peu en
- désuétude et, vers 1762, le grecquage se faisait pu-
- bliquement.
[modifier] 3. Reliure à dos plein, reliure à dos brisé.
-
- Dans la reliure à dos plein, soit qu’on fixe direc-
- tement la peau sur les cahiers, soit que, pour donner
- plus de consistance au dos, on le garnisse entre les
- nerfs de bandes de vélin, la peau qui recouvre le
- dos du volume forme corps avec lui.
- Au contraire, dans la reliure à dos brisé, la peau
- n’adhère pas aux cahiers, le dos étant garni d’une
- toile recouverte de papier, ou étant simplement garni
- de papier. Une carte unie ou garnie de nerfs simu-
- lés, que l’on nomme faux dos, est interposée, de
- manière que la peau qui recouvre la carte ne tient
- qu’aux cartons. Cette méthode permet au relieur
- d’exécuter son travail beaucoup plus rapidement.
- Certains relieurs prétendent que cette dernière re-
- liure permet au volume de s’ouvrir avec plus de fa-
- cilité ; c’est une erreur. On fabrique, spécialement
- pour les ouvrages de liturgie, des reliures cousues
- RELIURE. 65
- sur nerfs, dont la peau de maroquin ou de chagrin,
- convenablement parée et grattée, puis directement
- collée sur les cahiers, laisse au dos une souplesse
- telle qu’aucune reliure à dos brisé ne pourrait l’at-
- teindre.
[modifier] 4. Cartonnages, emboîtages.
-
- Les cartonnages et les emboîtages sont des re-
- liures très légères et à un prix relativement peu
- élevé, que l’on applique aux ouvrages de consom-
- mation générale ou à ceux que l’on se propose de
- faire habiller plus tard d’une manière plus sérieuse.
- Toutefois, il existe une différence très sérieuse entre
- les uns et les autres. C’est que, dans les carton-
- nages, la couverture est réellement fixée au volume
- à la manière ordinaire, c’est-à-dire par des ficelles,
- tandis que dans les emboîtages, la couverture ne
- tient au livre que par le collage des gardes, lesquelles
- sont en papier.
[modifier] 5. Reliure d’art, reliure d’amateur.
-
- L’Art en reliure consiste à reproduire, dans leur
- forme archaïque, les types admirables des anciens
- temps. Nos pères nous ont légué des œuvres mer-
- veilleusement appropriées aux sujets traités dans les
- volumes ; chaque époque, depuis le premier siècle de
- l’imprimerie, a son cachet propre. C’est ainsi que
- nous avons les incunables, aux allures massives et
- puissantes, les merveilleux joyaux de la Renais-
- sance, et les gracieux bijoux du XVIIe siècle. Jus-
- qu’au milieu du siècle dernier, les artistes de chaque
- période se sont attachés à habiller le livre selon la
- forme et l’esprit dans lesquels l’auteur l’avait conçu.
- Depuis, il y eut une époque de décadence bien dé-
- sastreuse pour les beaux livres ; mais, de nos jours,
66 RELIURE
- une phalange d’artistes, jaloux de leur art et tra-
- vaillant consciencieusement à le relever, sont par-
- venus, par une exécution irréprochable et des études
- approfondies, à réveiller la passion longtemps en-
- dormie des amateurs.
- A côté de la reliure d’Art proprement dite, se
- place la reliure d’Amateur. Cette dénomination gé-
- nérale s’applique à tous les genres de reliure, qu’elle
- soit simple ou riche, pourvu que l’exécution soit
- irréprochable, tant sous le rapport du fini et de la
- solidité que sous celui du goût qui doit présider aux
- plus petits détails de leur confection.
- La reliure d’amateur doit être riche, sans ostenta-
- tion, sobre de moyens employés, mais visant à la
- perfection dans le résultat, solide sans lourdeur, en
- parfaite harmonie avec l’ouvrage qu’elle recouvre,
- d’un grand fini de travail, enfin d’une exacte exécu-
- tion des plus petits détails, à lignes nettes et à des-
- sin fermement conçu.
- En France, la reliure d’amateur est executée par
- un petit nombre de véritables artistes qui travaillent
- presque tous eux-mêmes ; aussi tout ce qu’ils pro-
- duisent est-il parfait. Mais le prix de pareils chefs-
- d’œuvre est toujours très élevé, quoique peu profi-
- table à leurs auteurs, à cause du temps considérable
- qu’ils y passent.
[modifier] 6. Reliure de luxe.
-
- En raison des connaissances artistiques qu’elle
- exige, dec l’habileté technique qu’elle réclame et du
- prix élevé des matières qu’elle emploie, la reliure
- dite de luxe ne peut être abordée que par un très
- petit nombre de personnes. Elle habille ces livres
- exceptionnels, missels, antiphonaires, livres de ma-
- RELIURE. 67
- riage, paroissiens, etc., qui s’allient au travail le
- plus exquis du fer, de l’acier, du bois ou de l’ivoire,
- ou qui, enrichis de métaux précieux, de pierreries et,
- d’émaux, ressemblent à des pièces de bijouterie et
- sont uniquement destinés à rester enfermés dans des
- écrins. Quand un artiste véritablement digne de ce
- nom la dirige, elle maintient fidèlement en harmonie
- les décorations de style avec les époques et les su-
- jets traités, et, bien loin de se laisser absorber par
- le sculpteur, le ciseleur, le joaillier et le bijoutier,
- elle les plie, au contraire, aux besoins spéciaux de
- chacune des œuvres qu’elle a entreprises, et les re-
- duit au seul rôle qui leur appartient, celui de sim-
- ples auxiliaires. De cette manière, elle ne peut plus
- être envahie par cette exubérance d’accessoires,
- qui est toujours un signe de décadence et dénote,
- chez celui qui l’emploie, un manque absolu de juge-
- ment et de goût.
- Ainsi que l’a dit un homme d’infiniment d’esprit :
- " Sachons maintenir la reliure bijou dans l’étroit do-
- maine qui lui appartient. Qu’elle ajoute du charme à
- la religion des souvenirs, qu’elle prête son concours
- à des œuvres d’un mérite exceptionnel, ou qu’elle
- consacre, dans un style sévère, les aspirations reli-
- gieuses, nous le comprenons ; mais, en dehors de ces
- limites, elle détruirait l’Art véritable, elle le perdrait
- dans une recherche futile et prétentieuse ; elle tom-
- berait dans le puéril ou dans le monstrueux, comme
- on en a vu trop d’exemples à toutes les Expositions. »
[modifier] 7. Reliure de bibliothèque.
-
- Les livres de bibliothèque étant destinés à un usage
- très fréquent, leur reliure ne peut évidemment être-
- ni aussi parfaite, ni aussi riche que celle d’amateur.
68 RELIURE.
- Il est d’ailleurs indispensable que la dépense ne dé-
- passe pas des limites relativement restreintes. Cette
- reliure doit être d’une structure commode et at-
- trayante, élégante sans prétention, d’un effet à la
- fois simple et de bon goût, d’une couture très-solide,
- et néanmoins sans lourdeur, pour qu’on ne risque
- jamais de voir les pages se détacher. Il faut encore
- que le livre s’ouvre bien et se maintienne parfaite-
- ment ferme, et qu’enfin elle soit faite pour le conser-
- ver indéfiniment, et non pour en provoquer ou en
- hâter la destruction.
[modifier] 8. Reliure à bon marché.
-
- La reliure, dite à bon marché, est employée pour
- les ouvrages des valeurs les plus diverses. Aussi,
- renferme-t-elle les genres les plus disparates, depuis
- les cartonnages les plus grossiers jusqu’à, ces vérita-
- bles reliures en peau sciée et à dorure sur tranche
- qui habillent les petits paroissiens et les recueils de
- prières à l’usage des enfants. Les seules qualités
- qu’on puisse raisonnablement exiger d’elle, c’est que
- le livre soit aussi solide que possible. Pour le reste,
- on ne peut guère être très-exigeant. Néanmoins, dans
- les ateliers importants ou l’emploi des machines vient
- s’unir à une division du travail bien organisée, on
- peut obtenir, et l’on obtient chaque jour, malgré la
- modicité de la dépense, des résultats excessivement
- remarquables au quadruple point de vue de l’élé-
- gance, de la décoration, de l’effet et de la bonne exé-
- cution ; mais c’est là seulement où, comme dans ces
- ateliers, tout est combiné en vue de réduire chaque
- opération au minimum de temps et d’argent, que de
- tels résultats peuvent être réalisés.
- MATIÈRES EMPLOYÉES PAR LE RELIEUR. 69
[modifier] CHAPITRE Ier. Matières employées par le relieur.
- ------------
[modifier] Ire SECTION - Peaux.
-
- Les peaux qu’emploie l’art du relieur forment cinq
- groupes principaux, savoir : les basanes, les veaux,
- le maroquin et ses imitations, le cuir de Russie et
- le chagrin. On peut y joindre le parchemin. Les
- peaux de truies, de phoques et autres, sont des ex-
- ceptions ou des singularités.
[modifier] § 1. -- BASANES.
-
- Les basanes sont des peaux de mouton ou de bre-
- bis, tannées par le procédé ordinaire, c’est-à-dire au
- moyen du tan, ou écorce de chêne. On les réserve
- pour les reliures communes ; mais, afin de prévenir
- l’effet, généralement peu agréable, de leur couleur na-
- turelle, on leur communique les nuances les plus va-
- riées à l’aide de la teinture, ou bien on y produit dif-
- férents dessins par le racinage, la jaspure et la
- marbrure, opérations qui sont décrites plus loin.
- Elles reçoivent également fort bien la dorure et l’es-
- tampage.
- Un fait, cité par M. Ambroise-Firmin Didot, en
- 1852, peut donner une idée de la quantité de basanes
- que consomme la reliure. « Parmi les ouvrages que
- publie notre librairie, dit ce savant éditeur, un seul,
- l’Almanach général du commerce, qui paraît cha-
70 MATIÈRES EMPLOYÉES PAR LE RELIEUR.
- que année, et dont la grande dimension exige une
- peau entière de mouton, exige la dépouille d’un trou-
- peau de douze mille moutons pour recouvrir les douze
- mille exemplaires qui se vendent actuellement. »
- La peau teinte en vert sur chair, qui sert pour la
- reliure des registres, est également fournie par la
- race ovine ; mais, malgré le nom que lui donnent
- beaucoup de personnes, ce n’est pas une basane, car,
- au lieu d’être tannée à l’écorce, elle a été : préparée au
- moyen de l’alun et du sel marin, en d’autres termes,
- avec la substance que les chimistes appellent chlorure
- d’aluminium. C’est donc une peau mégie ou mégissée,
- et non une peau tannée proprement dite.
[modifier] § 2. -- VEAUX.
-
- Les veaux destinés, à la reliure se préparent avec
- des peaux de veau minces. On les tanne à l’écorce
- de chêne, puis on les soumet aux mêmes traitements
- qui servent à donner de la souplesse aux cuirs à
- œuvre. Les corroyeurs, aux attributions desquels ap-
- partiennent ces traitements, s’attachent aussi, à ren-
- dre l’épaisseur des peaux aussi égale partout que
- possible, et ils y parviennent en les drayant avec soin,
- c’est-à-dire en les débarrassant de toutes les chairs
- inutiles, par l’opération appelée drayage.
- Les peaux de veau ne s’emploient guère avec leur
- couleur naturelle. Le plus souvent, on les revêt de
- nuances artificielles par les procédés de la teinture.
- On en fait surtout usage pour les reliures d’amateur.
- et de bibliothèque et, en général, pour toute reliure
- ou demi-reliure sérieuse.
[modifier] § 3. -- MAROQUINS.
-
- Les maroquins sont des peaux fines et molles,
- MATIÈRES EMPLOYÉES PAR LE RELIEUR. 71
- tannées au sumac et teintes. On en distingue deux
- sortes :
- Les vrais maroquins, qui se font exclusivement
- avec des peaux de bouc ou de chèvre ;
- Les faux maroquins, qui se préparent avec des
- peaux de mouton, des moutons sciés ou de très-min-
- ces peaux de veau.
- Les faux maroquins se nomment aussi moutons
- ou veau maroquinés.
- Les vrais maroquins sont des peaux de luxe qu’on
- réserve aux belles reliures. Leur nom vient de celui
- du Maroc, et il leur a été donné parce que c’est de ce
- pays que l’art de les fabriquer a été introduit en Eu-
- rope, du moins en France.
- On sait que la découverte de cette branche du tra-
- vail des cuirs est attribuée aux Orientaux, qui, à
- l’époque de la conquête arabe, le firent dit-on, connaî-
- tre aux populations de l’Afrique du Nord.
- Pendant longtemps, tout le maroquin employé
- en Europe, avait une origine étrangère ; on le ti-
- rait soit du Levant, c’est-à-dire de la Turquie d’Eu-
- rope, de l’Asie-Mineure, de la Syrie ou de l’Égypte ;
- soit des pays barbaresques, c’est-à-dire des régences
- d’Alger, de Tripoli, de Tunis et de l’empire du Maroc.
- Depuis le siècle dernier, les choses ont tellement
- changé qu’aujourd’hui les Européens en fabriquent in-
- finiment plus qu’ils n’en peuvent consommer, et qu’en
- outre, quand ils travaillent, avec les soins convena-
- bles, des peaux bien choisies, ils obtiennent des pro-
- duits toujours égaux et le plus souvent très-supé-
- rieurs à ceux des Orientaux.
- Les peaux qui donnent le meilleur maroquin et le
- plus solide, proviennent du Maroc, de l’Espagne et
- de l’Agérie. Cela provient de ce que les chèvres de
72 MATIÈRES EMPLOYÉES PAR LE RELIEUR.
- ces pays sont plus grandes et plus fortes que celles
- de nos contrées du Nord, et qu’en outre l’action du
- climat, tout à la fois chaud et sec, sous lequel elles
- vivent, communique à leur peau une densité et une
- dureté que ne peut jamais acquérir la peau des chè-
- vres des régions plus ou moins froides et humides.
- Pour la même raison, en France, les peaux des chè-
- vres des départements montagneux du Midi valent
- infiniment mieux que celles des autres départements.
- Au reste, en général, tous les pays de plaine et du
- Nord ne produisent que des peaux de fort médiocre
- qualité.
- La grosseur de ce qu’on appelle le grain du maro-
- quin est due au plus ou moins d’épaisseur et de gros-
- sièreté des peaux. Plus donc la peau est épaisse et
- grossière, plus le maroquin qui en est fait a le grain
- gros et réciproquement. Le maroquin gros grain, dit@
- du Levant, doit uniquement à cette cause, et non à
- un travail particulier ou à une préparation tenue se-
- crète, l’aspect qui le caractérise. Comme tous les
- autres maroquins que l’on tire encore des pays orien-
- taux, il n’a réellement d’autre mérite que de venir de
- loin. On peut même dire que la plupart des maro-
- quins qualifiés du Levant sont tout simplement de
- beaux maroquins français qu’on a débaptisés pour
- satisfaire la fantaisie des consommateurs.
- Ainsi que nous venons de le dire et que nous ne
- saurions trop le répéter, les produits des maroqui-
- niers européens, surtout ceux des maroquiniers fran-
- çais, valent toujours ceux des Orientaux, quand ils
- ont été préparés avec soin ; ils leur sont même géné-
- ralement supérieurs. Dans tous les cas, ils ont sur
- eux l’avantage de présenter presque toutes les teintes
- de la palette la plus riche, tandis que ceux des Asia-
- MATIÈRES EMPLOYÉES PAR LE RELIEUR. 73
- tiques ne sortent jamais d’un très-petit nombre de
- couleurs, invariablement les mêmes.
- En raison de son prix élevé, le maroquin ne peut
- être employé que pour les reliures soignées, par con-
- séquent coûteuses. C’est en vue des reliures commu-
- nes ou mi-communes qu’on a imaginé les moutons
- maroquinés. Ces peaux se travaillent de la même
- manière que celles de chèvre, et, quand elles ont été
- préparées par des ouvriers habiles, elles imitent assez
- bien ces dernières. Après les avoir teints, on les im-
- prime quelquefois sur chair pour simuler le velours.
- Les moutons dédoublés, ou sciés, ne sont autre
- chose que des moutons maroquinés, divisés dans leur
- épaisseur. Cette opération s’effectue avec des machi-
- nes spéciales, dites à refendre. On obtient ainsi deux
- peaux d’une seule, quelquefois même trois. Chacune
- de ces peaux est nécessairement d’une extrême min-
- ceur, mais, comme elle coûte fort peu de chose, elle
- peut servir pour les reliures à bon marché.
[modifier] § 4. -- CUIR DE RUSSIE.
-
- Sous le nom de cuir de Russie, on désigne un cuir
- qui joint à une odeur particulière, assez agréable, la
- triple propriété d’être imperméable, de ne pas moisir
- dans les lieux humides et de repousser les insectes ;
- on lui donne ce nom parce que, jusqu’à présent, il a
- été presque exclusivement fabriqué en Russie. On
- l’appelle aussi cuir de roussi, parce qu’il est le plus
- souvent teint en rouge roussâtre, mais rien n’empê-
- che de lui donner d’autres couleurs.
- En raison des propriétés qui viennent d’être énu-
- mérées, on choisit souvent le cuir de Russie pour
- les reliures de bibliothèque et, en général ; pour les
- livres dont on veut assurer plus particulièrement la
- Relieur. 5
74 MATIÈRES ENPLOYÉES PAR LE RELIEUR.
- conservation. Dans tous les cas, c’est une matière de
- luxe.
- Le cuir de Russie se prépare avec des peaux de
- cheval, de veau et de chèvre ; pour la reliure, on em-
- ploie seulement les veaux minces et les chèvres. Pour
- matière tannante, on fait usage d’écorce de saule, de
- pin ou de bouleau, ou d’un mélange de ces trois écor-
- ces. Quant à l’odeur qui le caractérise, on la lui
- communique en l’imprégnant, du côté de la chair,
- d’une huile empyreumatique provenant de la distilla-
- tion de l’écorce de bouleau. Cette huile, qu’on ap-
- pelle vulgairement huile de Russie, doit elle-même
- sa propriété aromatique à un principe particulier
- qui à reçu le nom de bétuline. Enfin, la couleur
- roussâtre se donne avec une décoction de santal
- rouge et de bois de Brésil dans l’eau de chaux.
- Depuis plusieurs années, on imite à Paris, à
- Vienne et à Londres, le cuir de Russie, et les imita-
- tions sont quelquefois aussi belles et aussi durables
- que les produits d’origine russe, dont elles ont d’ail-
- leurs les autres propriétés.
[modifier] § 5. -- CHAGRIN.
-
- Comme le maroquin, le chagrin est encore une in-
- vention orientale. Ce qui le caractérise, c’est qu’il est
- grenu d’un côté, c’est-à-dire couvert de petits tuber-
- cules arrondis.
- En Perse, en Turquie, dans l’Asie-Mineure, où on
- l’appelle saghir ou sagri, on prépare le chagrin avec
- la partie de la peau de cheval et d’âne sauvage qui
- recouvre la croupe de l’animal. Pour matière tan-
- nante, on se sert de tan de chêne ou d’alun. Enfin,
- on produit le grain d’une façon assez bizarre. Après
- avoir ramolli la peau, on l’étend dans un châssis,
- MATIÈRES EMPLOYÉES PAR LE RELIEUR. 75
- puis on répand, sur le côté de la chair ; la semence
- dure et noire de l’Arroche sauvage (Chenopodium
- album des botanistes), après quoi on la piétine pour
- y faire bien pénétrer les graines, et l’on fait sécher.
- Quand la peau est devenue sèche, on la secoue pour
- en faire tomber les semences ; elle paraît alors criblée
- de petites cavités produites par la pression des se-
- mences. Plus tard, à la suite de certaines manipula-
- tions, toutes ces parties déprimées augmentent de
- volume et, en se soulevant, donnent naissance aux
- tubercules que l’on veut produire.
- La fabrication du chagrin existe en Europe, no-
- tamment en France, depuis une cinquantaine d’an-
- nées au moins, mais elle n’y a pris quelque impor-
- tance qu’après l830. Elle n’emploie, du moins pour
- la reliure, que des maroquins ou des moutons maro-
- quinés.
- Dans le principe, on n’opérait que sur des mor-
- ceaux découpés à la demande des relieurs, et l’on y
- faisait le grain, c’est-à-dire les tubercules, au moyen
- d’une planche gravée que l’on appliquait sur le cuir
- après l’avoir chauffée à une température peu élevée,
- et sur laquelle on exerçait ensuite une assez forte
- pression. Mais ce grain n’avait ni la fermeté ni la
- régularité désirables ; il disparaissait même en partie
- entre les mains des relieurs.
- Le relieur Thouvenin paraît être le premier qui ait
- chagriné à la main. Après avoir taillé, encollé et pré-
- paré, ses peaux, il les roulait avec le liège et la pau-
- melle, et obtenait un grain ferme, serré et à pointe
- diamantée, qui fut immédiatement recherché par les
- amateurs. Ce procédé avait cependant deux défauts
- fort graves : il était long et dispendieux.
- Il y avait donc un nouveau progrès à réaliser. On
76 MATIÈRES EMPLOYÉES PAR LE RELIEUR.
- eut alors l’idée de chagriner les peaux entières après
- la teinture ; mais le grain, qui ne se forme que par
- le renflement de l’épiderme du cuir et par un travail
- très-long, et qui, en outre, exige une grande adresse
- de la part de l’ouvrier, ne put d’abord s’obtenir que
- très-imparfaitement. Ce ne fut même qu’après une
- multitude d’essais que l’on parvint à faire du chagrin
- de qualité convenable, c’est-à-dire à grain égal, ferme,
- serré, mat au fond et brillant à la surface.
- C’est par un paumelage soigné que le maroquin se
- chagrine, et l’on se sert, suivant le cas, de paumelles
- striées en dessous ou de paumelles où les stries sont
- remplacées par un morceau de peau de chien marin
- dont les rugosités déterminent la formation du grain.
- On emploie aussi des cylindres garnis de cannelures
- très-fines disposées en spirale, et entre lesquels on
- fait passer les peaux dans des sens différents, mais
- le grain produit par ces machines, n’a aucune durée,
- il ne se soutient même pas au travail.
[modifier] § 6. -- TEINTURE DES PEAUX.
-
- Anciennement, les relieurs teignaient eux-mêmes
- leurs peaux et, malgré leurs soins, ils ne parvenaient
- le plus souvent qu’à obtenir des résultats fort im-
- parfaits. La teinture des matières animales et celle
- des peaux en particulier, présente, en effet, des diffi-
- cultés nombreuses qu’une pratique constante et des
- connaissances chimiques très-variées, peuvent seules
- permettre de surmonter. Nous engageons les relieurs
- à consulter sur ce point le Manuel du Teinturier en
- peaux qui fait partie de notre Manuel du Chamoi-
- seur, et nous pensons qu’ils feront sagement de se
- procurer uniquement par la voie du commerce les
- peaux teintes dont ils pourront avoir besoin ; ils évi
- MATIÈRES EMPLOYÉES PAR LE RELIEUR. 77
- teront ainsi des déceptions à peu près certaines et,
- par suite, des pertes de temps et d’argent inutiles.
- --------
- A propos de la couleur des peaux, basanes, maro-
- quins, veaux, chagrins, M. Ambroise-Firmin Didot,
- émettait, il y a une vingtaine d’années, une idée in-
- génieuse qui a été depuis bien souvent mise en prati-
- que, non-seulement pour les livres d’amateur, mais
- aussi pour ceux de bibliothèque.
- « Depuis quelque temps, écrivait-il, mais pour le
- cartonnage seulement, on a adopté des ornements se
- rapportant, par le dessin, au sujet traité dans le li-
- vre qu’ils recouvrent. Il est désirable que les relieurs,
- sortant de leurs habitudes routinières, cherchent
- désormais à donner à leurs reliures un caractère plus
- particulier. Ainsi, comme principe général, le choix
- des couleurs plus ou moins sombres, plus ou moins
- claires, devrait toujours être approprié à la nature
- des sujets traités dans les livres. Pourquoi ne réser-
- verait-on pas le rouge pour la guerre et le bleu pour
- la marine, ainsi que le faisait l’antiquité pour les
- poèmes d’Homère, dont les rapsodes vêtus en pour-
- pre chantaient l’Iliade et ceux vêtus en bleu chan-
- taient l’Odyssée ? On pourrait aussi consacrer le
- violet aux œuvres des grands dignitaires de l’Église,
- le noir à celles des philosophes, le rose aux poésies
- légères, etc. Ce système offrirait, dans une vaste bi-
- bliothèque, l’avantage d’aider les recherches en frap-
- pant les yeux tout d’abord. On pourrait aussi dési-
- rer que certains ornements indiquassent sur le dos
- si tel ouvrage sur l’Égypte, par exemple, concerne
- l’époque pharaonique, arabe, française ou turque ;
- qu’il en fût de même pour la Grèce antique, la Grèce
78 MATIÈRES EMPLOYÉES PAR LE RELIEUR.
- byzantine on la Grèce moderne, la Rome des Césars
- ou celle des papes. >>
- On vient de voir que cette idée de mettre la cou-
- leur des peaux en harmonie avec la nature des ma-
- tières de l’ouvrage, avait reçu d’assez nombreuses
- applications ; mais, comme il arrive, même aux meil-
- leures choses, elle a été quelquefois singulièrement
- comprise. Nous n’avons pas oublié l’étonnement dont
- frappa les gens de goût, à l’exposition universelle de
- Paris, en 1867, une histoire de Napoléon Ier, envoyée
- par un relieur anglais qui avait imaginé de la diviser
- en trois parties égales, rouge, blanc et bleu, croyant
- sans doute se faire bien venir du public français en
- lui montrant la réunion des couleurs nationales.
[modifier] § 7. -- PARCHEMIN ET VÉLIN.
-
- Nous n’apprendrons rien à personne en disant que
- le PARCHEMIN n’est pas un cuir proprement dit, puis-
- que aucune espèce de tannage ne fait partie de sa
- préparation. On appelle ainsi toute peau qui a été
- simplement nettoyée, épilée, débarrassée des parties
- inutiles, enfin étendue, égalisée et desséchée.
- Toutes les peaux pourraient, à la rigueur, être con-
- verties en parchemin ; mais, sauf les exceptions, les
- parcheminiers ne travaillent généralement que celles
- de mouton, d’agneau, de chèvre, de chevreau et de
- veau.
- On sait que les produits de la parcheminerie for-
- ment trois groupes bien distincts : le parchemin or-
- dinaire, le parchemin vitré, et le vélin. Le parche-
- min ordinaire et le parchemin vitré se subdivisent
- ensuite, l’un et l’autre, en parchemin brut et par-
- chemin raturé, lesquels diffèrent en ce que le der-
- nier reçoit des façons complémentaires appelées
- MATIÈRES EMPLOYÉES PAR LE RELIEUR. 79
- raturage et polissage, qui ont pour objet d’en ren-
- dre la surface aussi unie et aussi blanche que pos-
- sible.
- Le parchemin ordinaire se fait soit avec des peaux
- de mouton, de chèvre ou de veau, soit avec des mou-
- tons dédoublés. C’est celui qu’on emploie en reliure,
- et on le choisit brut pour les livres de peu de valeur,
- et raturé pour les ouvrages plus ou moins précieux.
- Ce dernier, qui, en raison des opérations complé-
- mentaires qu’il a reçues, est plus cher que l’autre,
- est le plus souvent utilisé pour l’impression des di-
- plomes des universités et des sociétés savantes, et la
- transcription de certains écrits auxquels on veut as-
- surer une longue durée. Quelques genres de peinture,
- l’imagerie et la fabrication des fleurs artificielles en
- consomment aussi une quantité notable.
- Il n’y a rien à dire du parchemin vitré, sinon que
- c’est à lui qu’on a recours pour la garniture des tam-
- bours, des timbales, des grosses caisses et des cri-
- bles communs et que selon sa destination, on le pré-
- pare presque toujours avec des peaux de veau, de
- porc, de chèvre, de mouton ou de bouc.
- Quant au vélin, il ne se fait pas toujours avec des
- peaux de veau, comme son nom pourrait le faire
- croire. On emploie indistinctement les peaux de mou-
- ton, de chèvre, de veau mort-né et de veau de moyenne
- force, et, suivant la peau qu’on a choisie, on l’appelle
- vélin mouton, vélin chèvre, vélin veau, etc. C’est
- un parchemin ordinaire, mais de qualité supérieure,
- qui a été raturé des deux côtés, amené partout à une
- épaisseur parfaitement égale, travaillé avec le plus
- grand soin, et enfin enduit d’une bouillie de blanc
- d’argent et de colle de peau. On en fait usage pour
- peindre et pour écrire. Anciennement, on l’utilisait
80 MATIÈRES EMPLOYÉES PAR LE RELIEUR.
- aussi pour des reliures d’amateur, dont des orne-
- ments d’or variaient agréablement l’uniformité.
[modifier] IIe SECTION - Papier Parcheminé, Ivoire, Écaille, Nacre
[modifier] § 1. -- LE PAPIER PARCHEMINÉ.
-
- Depuis une trentaine d’années, on fabrique des pa-
- piers qui possèdent les qualités essentielles du par-
- chemin et du vélin, et que, pour ce motif, on appelle
- PAPIERS PARCHEMINéS. On a proposé plusieurs fois
- de les substituer, pour des reliures communes, à la
- basane, au mouton maroquiné, même au veau. Cette
- idée n’a pas eu encore beaucoup de succès pratique,
- mais rien ne prouve qu’un jour il n’en soit autre-
- ment. Quoi qu’il en soit, nous croyons devoir dire
- quelques mots de ces produits.
- On distingue deux sortes principales de papiers
- parcheminés, chacune renfermant d’assez nombreu-
- ses variétés, de force et de couleurs différentes ; ce
- sont les papiers parcheminés proprement dits et le
- parchemin végétal.
- Les papiers parcheminés sont des papiers fabri-
- qués à la manière ordinaire, mais avec des soins
- tout particuliers, des précautions spéciales, et pour
- la préparation de la pâte desquels on emploie des
- matières de choix, pour ainsi dire exceptionnelles.
- Ceux qui sont utilisés en France proviennent de trois
- ou quatre usines, dont les produits, remarquables
- pour leur excellente qualité, suffisent largement aux
- besoins de la consommation.
- Le parchemin végétal, qu’on appelle aussi papier
- anglais, parce que c’est en Angleterre qu’il a été
- d’abord produit sur une grande échelle, est tout
- MATIÈRES EMPLOYÉES PAR LE RELIEUR. 81
- simplement du papier ordinaire non collé qui a été
- soumis à l’action de l’acide sulfurique ou à celle
- d’une solution de chlorure de zinc. On emploie le plus
- souvent l’acide sulfurique. On le choisit concentré
- et l’on y ajoute de l’eau pure dans la proportion de
- 125 grammes pour 1,000 grammes d’acide, après quoi
- l’on y trempe le papier de telle sorte qu’il soit égale-
- ment mouillé des deux côtés. La durée de l’immer-
- sion varie suivant l’épaisseur du papier ; elle est
- d’autant plus longue que celui-ci est plus épais ; dans
- tous les cas, elle ne doit pas être inférieure à 5 se-
- condes ni supérieure à 20 secondes. Quand le papier
- a été extrait du bain, on le lave à l’eau froide, et à
- plusieurs reprises, afin de le débarrasser de toutes
- les parties d’acide qu’il a pu retenir. Il n’y a plus
- alors qu’à, le faire sécher très-lentement, et l’on ob-
- tient ce résultat en le plaçant entre deux pièces de
- flanelle ou entre plusieurs feuilles de buvard, et po-
- sant sur le tout une planche chargée de poids.
- Quand le parchemin végétal a été préparé avec tous
- les soins convenables, il a la couleur, la transluci-
- dité, la solidité du parchemin ordinaire, ou parche-
- min animal, et il peut le remplacer dans toutes ses
- applications usuelles ; il peut même en recevoir d’au-
- tres, auxquelles ce dernier serait impropre.
[modifier] § 2. -- L’IVOIRE.
-
- On sait que l’IVOIRE du commerce est la matière
- blanche et excessivement dure qui constitue les dents
- de certains animaux terrestres ou marins, tels que
- l’Eléphant, l’Hippopotame, le Cachalot, le Morse, le
- Narval, etc. Celui qu’emploie le relieur est exclusive-
- ment fourni par les deux grosses dents, ou défenses,
- qui, partant de la mâchoire supérieure de l’Eléphant,
- 5.
82 MATIÈRES EMPLOYÉES PAR LE RELIEUR.
- sortent de la bouche, l’une à droite, l’autre à gauche,
- sur une longueur de 50 centimètres à près de 3 mè-
- tres. En conséquence, c’est de lui seul qu’il sera ques-
- tion dans les paragraphes suivants.
- Bien que l’ivoire ait la même composition chimique
- que les os, on le distingue très-facilement de ces der-
- niers. Premièrement, il est beaucoup plus dur et son
- grain est infiniment plus fin. Deuxièmement, sa coupe
- transversale présente un tissu losangé, une multitude
- d’aréoles rhomboïdales, caractère que n’offrent ja-
- mais les os.
- Il existe deux espèces d’Eléphants : l’Eléphant des
- Indes, appelé aussi Eléphant d’Asie, et l’Eléphant
- d’Afrique. L’Eléphant des Indes habite toute l’Asie
- méridionale, c’est-à-dire l’Inde proprement dite et
- l’Indo-Chine, plusieurs contrées de l’Asie centrale et
- les grandes îles de l’Archipel indien. Quant à l’Elé-
- phant d’Afrique, on le rencontre dans toutes les ré-
- gions boisées du centre et du sud du continent afri-
- cain, depuis le Sénégal et l’Abyssinie jusqu’au cap
- de Bonne-Espérance.
- Les pays producteurs d’ivoire sont donc très-nom-
- breux ; mais l’ivoire qu’on en retire ne présente ni les
- mêmes teintes, ni la même finesse de grain, ni la
- même dureté, etc. De là les différentes sortes d’ivoire
- qu’on trouve dans le commerce, et dont les unes sont
- préférables aux autres suivant l’usage particulier
- qu’on veut en faire. Malheureusement, elles n’ont pas
- encore été assez complétement étudiées, leurs carac-
- tères n’ont pas encore été suffisamment déterminés,
- pour qu’il soit possible de les distinguer toujours
- avec certitude.
- L’ivoire d’Afrique est généralement regardé comme
- supérieur à celui d’Asie ; mais le fait est loin d’être
- MATIÈRES EMPLOYÉES PAR LE RELIEUR. 83
- établi, du moins pour tous les cas. Quoiqu’il en soit,
- voici quelles sont les principales sortes commerciales
- de l’un et de l’autre :
- L’ivoire de guinée : il nous arrive de la côte occi-
- dentale d’Afrique : c’est celui qui passe pour le meil-
- leur. Il est très-dur, très-pesant et d’un grain fin.
- D’abord d’un blond jaunâtre un peu translucide, il
- devient peu à peu très-opaque. En outre, il blanchit
- de plus en plus, à mesure qu’il vieillit, tandis que les
- autres sortes, dans les mêmes circonstances ; pren-
- nent une teinte jaune plus ou moins foncée.
- L’ivoire du Cap : il vient de l’Afrique du Sud et
- porte le nom de la ville qui est censée @être@ le siège prin-
- cipal de l’exportation. Il est moins dur que le précé-
- dent et sa couleur varie du jaunâtre au blanc mat.
- L’ivoire du Sénégal, l’ivoire d’Abyssinie : ils ont
- à peu près les mêmes caractères que celui du Cap.
- L’ivoire des Indes : il est généralement blanc,
- mais d’un blanc plus ou moins pur, quelquefois
- même rosé. Il renferme plusieurs variétés, parmi les-
- quelles deux surtout sont estimées, savoir : l’ivoire
- de Ceylan et l’ivoire de Siam. L’ivoire dit de Bom-
- bay leur est très-inférieur. En outre, bien qu’il porte
- le nom d’une ville indienne, il n’a pas une origine
- asiatique : c’est un ivoire africain qu’on tire de la
- côte orientale d’Afrique, principalement par Zanzi-
- bar.
- Quelle que soit la provenance de l’ivoire, qu’il soit
- fourni par l’Eléphant d’Afrique ou par l’Eléphant
- d’Asie, quand on scie une dent dans sa longueur, on
- la trouve souvent colorée intérieurement en plusieurs
- nuances. Ainsi, certaines parties sont jaunes, d’au-
- tres sont rosées, d’autres enfin ont une teinte olivâ-
- tre. Toutefois, ces dernières ne se rencontrent que
84 MATIÈRES EMPLOYÉES PAR LE RELIEUR.
- dans les défenses enlevées récemment à l’animal. On
- ne les trouve jamais dans l’ivoire mort, c’est-à-dire
- dans les défenses dont les possesseurs sont morts
- depuis longtemps.
- L’ivoire à couleur olivâtre est communément dési-
- gné sous le nom d’ivoire vert. Ainsi qu’on vient de le
- voir, c’est la partie interne des dents qui ont été ar-
- rachées depuis peu de temps à l’animal. Au moment
- ou en débitant une de ces dents, on l’amène au jour,
- il est plus tendre et se travaille plus facilement que
- les autres parties de la même dent ; mais il durcit
- peu à peu et, en même temps, il acquiert une blan-
- cheur éclatante que l’action de l’air n’altère pas. Ces
- circonstances le font mettre de côté avec soin, et on
- le réserve pour les ouvrages de luxe.
- Outre l’ivoire vert, il y a aussi un ivoire bleu. Ce
- dernier se retire de dents d’animaux de la famille de
- notre Eléphant, dont l’espèce a disparu depuis une
- époque immémoriale et probablement antérieure à
- l’apparition de l’homme. Ces dents se rencontrent
- dans le sein de la terre, où, par un séjour de plusieurs
- milliers d’années, elles se sont lentement pénétrées
- de sels métalliques qui leur ont communiqué la co-
- loration qui les caractérise. Elles sont surtout abon-
- dantes en Sibérie et dans l’Amérique du Nord.
- -------------
- Les relieurs achètent les plaques d’ivoire dont ils
- ont besoin, chez des marchands qui les leur fournis-
- sent toutes prêtes à être fixées sur les livres. Il n’est
- donc pas nécessaire que nous leur apprenions com-
- ment on travaille cette matière. Mais ce qui pourra
- leur être utile à connaître, c’est qu’il est possible de
- débiter une dent, non pas de manière à la dérouler,
- MATIÈRES EMPLOYÉES PAR LE RELIEUR. 85
- comme on l’a dit improprement, mais à en extraire
- des feuilles d’une longueur véritablement surpre-
- nante. Ainsi, par exemple, nous nous rappelons
- avoir vu, à l’exposition de Paris, en 1855, une feuille
- de ce genre qui n’avait pas moins de 2 mètres de
- long sur 66 centimètres de largeur. Comme ces feuil-
- les sont peu épaisses et très-légères, elles donnent le
- moyen de mettre à la portée des personnes peu aisées
- des reliures habituellement assez chères. Cela est in-
- finiment préférable à l’usage, adopté par certains
- éditeurs, de faire relier les livres de mariage ou de
- première communion, à bon marché, avec des plan-
- chettes de houx ou de quelqu’autre bois analogue,
- recouvertes d’un vernis qui leur communique une
- fausse apparence de l’ivoire.
-
- Quelques mots maintenant sur le blanchiment de
- l’ivoire jauni. Beaucoup de procédés ont été indiqués
- pour cela ; mais aucun ne produit des résultats tout
- à fait satisfaisants, il y en a même dans le nombre
- dont il faudrait se garder de se servir. En voici un
- cependant qui, sans être parfait, n’a du moins aucun
- inconvénient. Il consiste à brosser l’objet d’ivoire
- avec de la pierre ponce calcinée, réduite en poudre
- impalpable et délayée dans de l’eau, puis à le renfer-
- mer, encore humide, sous une cloche de verre que
- l’on expose à l’action directe du soleil, pendant plu-
- sieurs jours. Au bout d’un certain temps, l’ivoire a
- repris sa première blancheur et, malgré la chaleur
- élevée à laquelle il a été soumis pendant son exposi-
- tion, il est rare qu’il s’y soit produit quelque ger-
- çure.
- D’après le chimiste Cloez, on blanchit compléte-
86 MATIÈRES EMPLOYÉES PAR LE RELIEUR.
- ment l’ivoire jauni, et d’une manière beaucoup plus
- prompte, en le mettant dans une caisse vitrée conte-
- nant de l’essence de citron ou de l’essence de téré-
- benthine. Il faut avoir soin que les objets ne touchent
- pas l’essence, et l’on obtient ce résultat en le posant
- sur un ou plusieurs petits supports en zinc ; sans
- cette précaution, ils ne manqueraient pas d’être plus
- ou moins détériorés. Si l’on opère au soleil, trois ou
- quatre jours suffisent pour que l’ivoire devienne d’une
- blancheur éblouissante. Si c’est à l’ombre, la durée
- de l’exposition doit être un peu plus longue.
[modifier] § 3. -- L’ÉCAILLE
-
- On sait que le corps de la plupart des tortues est
- enfermé dans une espèce de cuirasse et que, comme
- les coquilles à nacre, cette cuirasse se compose de
- deux parties bien distinctes, l’une externe, l’autre
- interne. C’est la partie externe qui constitue L’ÉCAILLE ;
- elle recouvre l’autre sous forme de plaques.
- Quand une cuirasse est complète, ce qui n’a jamais
- lieu chez certaines espèces, elle présente deux pièces
- principales : la carapace, qui protège le dos, et le
- plastron, qui couvre la poitrine et le ventre, les-
- quelles sont réunies ordinairement par des pièces
- latérales qu’on appelle sertissures ou onglons.
- La carapace comprend 18 plaques qui tantôt se
- joignent bord à bord, tantôt se recouvrent légèrement
- comme les tuiles d’un toit, mais toujours sont sou-
- dées et rigides. Le plastron n’en contient que 9 qui,
- à l’exception d’une seule, sont soudées entre elles ou
- bien articulées. Leur épaisseur, rarement inférieure
- à 5 millimètres, dépasse quelquefois 30 centimètres.
- Quant à leurs autres dimensions, elles varient sui-
- vant la taille des Tortues qui, à peine grandes par-
- MATIÈRES EMPLOYÉES PAR LE RELIEUR. 87
- fois comme la paume de la main, atteignent, dans
- certaines espèces, une longueur de 1 mètre et demi et
- une largeur de 2 mètres ; elles varient aussi, dans la
- même tortue, suivant la place que les plaques occu-
- pent.
- Sauf de rares exceptions, toute l’Ecaille qu’emploie
- l’industrie est fournie par les Tortues de mer, plus
- particulièrement par celles qui appartiennent au
- genre caret, au genre de la tortue franche et au
- genre caouanne.
- Les Carets habitent l’Atlantique, la mer des Indes
- et une grande partie du Pacifique. Ce sont des tor-
- tues de grande taille dont le poids n’est quelquefois
- pas inférieur à 100 kilogrammes. Leur écaille est la
- plus belle qui existe, mais elle est relativement peu
- commune, parce que les individus les plus volumi-
- neux ne donnent guère plus de 2 kilogrammes à 2
- kilogrammes et demi de matière qu’on puisse tra-
- vailler.
- Les Tortues franches se rencontrent surtout dans
- l’Atlantique, la mer des Indes et les mers du Sud.
- Ce sont également des animaux de grande taille.
- Enfin, les Caouannes habitent l’Atlantique et la
- Méditerranée ; l’on en rencontre assez souvent sur
- les côtes de France et d’Angleterre. Elles sont plus
- petites que les précédentes ; néanmoins, il n’est pas
- rare d’en prendre dont la longueur dépasse 1 mètre.
- Dans le commerce de l’Ecaille, on divise cette
- matière en huit sortes, savoir :
- La grande écaille de l’Inde ; elle est fournie par
- le Caret. Détachée de la carapace, elle se présente
- en feuilles épaisses, solides, peu flexibles et translu-
- cides. Sa couleur est ordinairement noire avec des
- taches ou jaspures bien détachées, dont la teinte
88 MATIÈRES EMPLOYÉES PAR LE RELIEUR.
- varie du jaune pâle au brun rouge. Elle renferme
- plusieurs vaviétés qui viennent, les unes des mers
- de l’Inde, de la Chine ou du Japon, les autres des
- îles Seychelles ;
- L’écaille jaspée de l’Inde : elle est également four-
- nie par le Caret et se tire des mêmes lieux. On la
- confond souvent avec la précédente, dont elle diffère
- cependant en ce qu’elle n’est tranlucide qu’aux en-
- droits de couleur claire, et qu’elle est tout à fait
- opaque dans les parties rembrunies ;
- La grande écaille d’Amérigue : elle provient de
- la Tortue franche et nous est fournie par les Antilles
- et la plupart des contrées de l’Amérique du Sud. Ses
- feuilles sont plus épaisses et plus grandes que celles
- des autres sortes. Sa couleur, verdâtre au dehors,
- noirâtre au dedans, est marquée, particulièrement
- sur les bords, de larges jaspures d’un rouge brunâ-
- tre ou d’un jaune citron ;
- La grande écaille de tortue franche : malgré son
- nom, elle n’est pas fournie par la Tortue franche
- proprement dite, mais par une autre espèce du même
- genre. On la reçoit surtout de l’Amérique. Sa cou-
- leur est un brun plus ou moins foncé, avec des taches,
- des bandes ou des marbrures jaunes, rougeâtres ou
- blanchâtres. Elle est mince, flexible et seulement
- translucide dans les parties claires ;
- La grande écaille de caouanne : comme l’indique
- son nom, elle provient de la Tortue caouanne. A
- l’extérieur, elle présente un fond brun, noirâtre ou
- rougeâtre, avec de grandes taches d’un blanc sale et
- transparentes, et de petites d’un blanc mat et opa-
- ques. A l’intérieur, elle est revêtue d’une matière
- jaune, semblable à une crasse, et si peu adhérente
- qu’on la détache avec l’ongle ;
- MATIÈRES EMPLOYÉES PAR LE RELIEUR. 89
-
- L’écaille de caouanne blonde : elle est fournie
- par l’une des treize plaques de la carapace de la
- Caouanne. Cette écaille se distingue des autres par
- sa couleur d’un jaune doré, qui est d’une transpa-
- rence un peu louche quand la plaque est brute, mais
- qui devient d’une grande limpidité, quand elle est
- polie ;
- L'onglon sain de l’Inde : cette sorte provient des
- pattes du Caret. Elle est lisse, de couleur brune et de
- faibles dimensions ;
- L’onglon galeux d’Amérique : cette écaille est
- fournie par les pattes de la Tortue franche. Les pla-
- ques sont formées de deux feuilles d’inégale gran-
- deur, qui se séparent facilement, et dont l’une est
- blonde et l’autre brune. On l’appelle galeuse parce
- qu’elle est quelquefois couverte d’aspérités qui ren-
- dent sa surface raboteuse.
-
- On sait que l’écaille est très-fragile. Elle se laisse
- heureusement ramollir par le moyen du feu ou de
- l’eau bouillante, et ; en outre, elle se soude sans
- l’intermédiaire d’aucune autre substance, propriété
- précieuse dont on tire journellement parti dans l’in-
- dustrie.
- Une feuille d’écaille est-elle plus ou moins bombée ?
- Il suffit, pour la redresser, de la faire tremper dans
- l’eau bouillante ; puis, quand on la juge suffisamment
- ramollie, on la place entre deux plaques de cuivre ou
- de fer bien polies et chauffées à une température de
- 120 à 150 degrés, et l’on porte le tout sur une presse
- que l’on serre progressivement.
- Pour réunir deux plaques d’écaille, l’opération est
- également fort simple. Après avoir taillé en biseau
90 MATIÈRES EMPLOYÉES PAR LE RELIEUR.
- l’un des bords de chacune d’elles, on les fait tremper
- dans l’eau bouillante pour les ramollir. On les retire
- ensuite, on pose les deux biseaux exactement l’un
- sur l’autre, et on les maintient en place, en les ser-
- rant entre le pouce et l’index, jusqu’à, ce qu’ils se
- soient entièrement refroidis ; ou bien, pour hâter ce -
- refroidissement, on les plonge dans d’eau froide. Il
- n’y a plus alors, pour achever la soudure, qu’à les
- disposer, comme ci-dessus, entre deux plaques de
- métal convenablemont chauffées et à les soumettre à
- l’action d’une presse.
[modifier] § 4. -- LA NACRE
-
- Un grand nomhre de coquillages semblent formés
- de deux parties distinctes, collées l’une sur l’autre,
- savoir : une intérieure, qui est brillante, d’un beau
- poli, avec la blancheur et les effets irrisés des perles
- fines ; et une extérieure qui, rude et grossière, déborde
- un peu la première. C’est la partie intérieure qui
- constitue la NACRE. Quand on l’a détachée de l’autre,
- elle est en plaques de différentes dimensions, suivant
- l’âge et l’espèce des mollusques. Néanmoins, ces pla-
- ques ne dépassent jamais ou presque jamais 22 cen-
- timètres de diamètre et 28 millimètres d’épaisseur.
- La Nacre la plus belle est fournie par l’Avicule ou
- Aronde perlière, c’est-à-dire par le mollusque qui
- produit les perles. Ce coquillage et les autres ani-
- maux du même genre qui sont aussi producteurs de
- nacre, habitent les mers de presque toutes les con-
- trées chaudes de l’ancien monde et du nouveau.
- Il y a plusieurs sortes de nacre. Les plus répan-
- dues dans le commerce sont les suivantes :
- La nacre franche ou nacre vraie : elle est en val-
- ves aplaties ou très-légèrement concaves. Sa partie
- MATIÈRES EMPLOYÉES PAR LE RELIEUR. 91
- intérieure est d’un blanc éclatant et reflète toutes les
- couleurs de l’arc-en-ciel, mais elle est bordée d’une
- bande bleuâtre, que précède immédiatement une autre
- bande un peu plus large et d’un jaune verdâtre. On
- la trouve surtout dans le détroit de Manaar, entre
- l’île de Ceylan et la presqu’île de l’Inde. On en reçoit
- aussi beaucoup des Philippines, des Moluques et des
- îles voisines ;
- La nacre bâtarde blanche : les valves sont plus
- creuses que celles de la précédente. L’intérieur est
- blanc au centre, puis il passe au rouge, au vert, au
- bleuâtre, et se termine par une bande jaune, quel-
- quefois verdâtre. Son iris n’est remarquable que vers
- le bord ; il se compose uniquement de rouge et de
- vert. Cette nacre se tire principalement de Zanzibar
- et de Mascate ;
- La nacre bâtarde noire : son intérieur est d’un
- blanc bleuâtre qui s’assombrit sur les bords. Comme
- celui de la précédente, son iris ne s’aperçoit bien
- que vers les bords ; il se compose de rouge, de bleu et
- d’un peu de vert. On en distingue deux variétés : la
- nacre du Levant, qui se rencontre dans les mers de
- l’Inde, et la nacre de Californie, qu’on pêche dans
- le Pacifique, aux îles Marquises et sur les côtes du
- Pérou, du Chili, du Mexique et de la Californie.
- La nacre d’oreille de mer ou nacre d’haliotide :
- elle possède un bel éclat et des teintes très-brillantes,
- mais elle est toujours fort mince. On la reçoit pres-
- que exclusivement du Levant, bien qu’elle existe
- dans toutes les mers des pays chauds, même dans la
- Méditerranée.
92 COLLES.
[modifier] IIIe SECTION - Colles.
-
- Nous ne saurions terminer ce chapitre sans parler
- des COLLES, dont le choix et l’emploi judicieux font la
- qualité de la reliure, quels qu’en soient le genre et
- le prix. Le caractère principal d’une bonne reliure
- consiste dans la plus grande souplesse des arti-
- culations ; il faut, pour l’obtenir, que la colle que
- l’on emploie réunisse ces deux qualités essentielles :
- s’attacher d’une façon définitive aux parties avec
- lesquelles on la met en contact, et conserver après
- l’emploi une élasticité parfaite. Une colle qui durcit
- ou qui devient cassante ne peut nullement convenir
- à la reliure. On doit aussi se méfier des colles ven-
- dues à bas prix, qui sont ordinairement mélangées
- et qui peuvent renfermer des matières contraires au
- service qu’elles sont appelées à rendre (1).
-
- Colle forte. -- La colle forte est celle dont on se
-
- sert habituellement pour la reliure ; nous parlerons
- donc très succinctement de ses propriétés qu’il est
- utile à tout relieur de connaître, afin qu’il puisse
- l’employer avec intelligence et discernement.
- On fabrique la colle forte avec des rognures de
- peaux, les cartilages, les os et les débris d’animaux.
- On obtient, en les faisant bouillir dans de l’eau, une
- matière translucide qui, en se refroidissant, se prend
- en gelée de consistance variable, suivant qu’on a em-
-
- (1) Voir pour plus de détails le Manuel du Fabricant de
- Colles, 1 vol. in-18, 3 fr., publié dans la Collection des Manuels-
- Roret.
- C0LLES. 93
- ployé plus ou moins d’eau. Cette matière est la géla-
- tine ; en cet état, elle a encore besoin d’être clarifiée.
- A l’état de pureté, elle est douée d’une force adhésive
- considérable. L’eau froide la gonfle, l’amollit et la
- rend opaque, mais sans la dissoudre. Il est donc
- avantageux de la plonger d’abord en morceaux dans
- de d’eau froide, pour la débarrasser des sels solubles
- qu’elle peut renfermer, puis de la faire dissoudre
- dans une nouvelle eau à une chaleur douce. Les
- colles de première qualité absorbent jusqu’à six fois
- leur poids d’eau ; celles du commerce l’absorbent
- environ trois fois, et les colles de basse qualité en
- absorbent encore moins.
- Aussitôt qu’il commence à s’en servir, c’est-à-dire
- après avoir encollé le dos d’un volume, le relieur
- peut se rendre compte de sa qualité, d’après l’encol-
- lage de la veille. Si, en arrondissant le dos pour for-
- mer la gouttière, les cahiers prennent la courbure
- voulue sans que la colle se fendille, ou si elle ne
- s’écaille pas sous le marteau, elle est de bonne qua-
- lité. Si, au contraire, lorsque le dos est arrondi, des
- parcelles de colle s’en détachent, que le tas à arron-
- dir se couvre de pellicules, ou qu’en appliquant sur
- le dos du volume la main humidifiée par l’haleine
- on l’enlève chargée d’une poussière fine formée par
- la colle, il n’y a pas à hésiter, il faut la rejeter : un
- travail fait avec un produit semblable ne peut avoir
- la moindre solidité. Les colles de Lyon remplissent
- les conditions voulues pour faire un bon travail.
- Pourtant, toute règle n’étant pas sans exception,
- on doit faire une réserve pour le collage des toiles
- françaises et anglaises, qui réclament l’emploi de
- colles dont l’adhérence et la siccativité soient très
- rapides ; ces conditions sont absolument indispen-
94 COLLES.
- sables pour leur conserver leur fraîcheur et pour ne
- pas détruire les dessins gaufrés dont elles sont cou-
- vertes. Les colles de Givet remplissent bien ce but.
- Les sortes de colle que nous préconisons peuvent
- paraître chères au premier abord ; mais elles absor-
- bent tant d’eau et elles couvrent avec une couche si
- mince qu’il y a encore économie à les employer.
- Quand on veut se servir de colle forte, on com-
- mence par casser en menus morceaux une ou plu-
- sieurs tablettes, puis on les jette dans un chaudron
- en fer, de préférence à tout autre vase. On verse des-
- sus assez d’eau fraîche pour qu’ils soient entière-
- ment recouverts, et on laisse macérer pendant quel-
- ques heures jusqu’à complet ramollissement. Alors
- on fait bouillir sur un feu doux, en ayant soin de
- remuer continuellement, surtout au fond du chau-
- dron, afin que la colle ne brûle pas ; la colle brûlée
- répand une odeur très désagréable et perd ses qua-
- lités essentielles. Cela fait, on verse la préparation
- dans un récipient chauffé au bain-marie et on l’em-
- ploie tiède à une température telle qu’on puisse y
- tenir le doigt. Ce degré de chaleur est suffisant pour
- conserver à la colle toutes ses qualités, sans donner
- de déchet.
- Colle de gélatine. -- On emploie cette colle sur
- la soie ou sur le vélin ; elle sert à encoller les vo-
- lumes qui ont été nettoyés, ceux qui sont imprimés
- sur du papier sans colle, ainsi que les tranches de
- ces volumes en vue de les préparer à la dorure ; on
- l’emploie encore pour préparer les toiles destinées à
- être dorées à l’or faux, au moyen du balancier.
- On la prépare comme la colle forte. Après l’avoir
- fait bouillir légèrement, on la passe dans un linge
- un peu fin. Quand on veut s’en servir, on la chauffe
- COLLES. 95
- modérément au bain-marie et l’on y ajoute l’eau
- nécéssaire, selon le genre de travail à exécuter.
- Colle de pâte ou de farine. -- Cette sorte de colle
- est fabriquée avec de la farine de froment de bonne
- qualité. Ses différents usages, notamment son emploi
- au collage des papiers de tenture et des affiches, font
- qu’on la trouve toute faite et partout chez les épi-
- ciers, les marchands de couleurs et les peintres.
- Cependant, au cas ou l’on n’en aurait pas à sa dis-
- position, voici la manière de la préparer :
- On prend de la farine de froment pur, dont on
- verse une certaine quantité dans un chaudron en
- cuivre et à laquelle on ajoute une petite quantité
- d’eau fraîche. On continue à ajouter petit à petit l’eau
- nécessaire, en triturant la pâte avec les mains ou en
- la remuant avec une cuillère en bois ; ensuite on
- place le chaudron sur un feu vif, et l’on continue de
- remuer en tournant toujours dans le même sens et
- de plus en plus rapidement dès que la pâte s’épais-
- sit. On fait ainsi jeter deux ou trois bouillons, puis
- on retire le chaudron du feu et l’on continue de re-
- muer encore pendant quelque temps jusqu’à ce que
- la pâte se refroidisse.
- Quand on veut employer cette colle, au cas ou la
- pâte vient à se coaguler, on en place une partie dans
- une toile à grosses mailles et, en ramassant deux coins
- dans une main et deux coins dans l’autre, on la tord
- fortement pour forcer la pâte à traverser les mailles.
- On obtient ainsi une colle parfaite.
-
- Colle d’amidon. -- Beaucoup de relieurs se ser-
-
- vent de cette colle pour intercaler entre les cahiers
- les gravures montées sur onglet, pour la couvrure
- des peaux en général et pour préparer la peau de
- veau destinée à être dorée. On la fabrique ainsi :
96 COLLES.
-
- On prend de l’amidon de froment pur ou de riz,
- dont la qualité essentielle est de produire une pâte
- bien grasse. On en met une certaine quantité dans
- un vase de faïence, puis on y ajoute petit à petit un
- peu d’eau fraîche, en triturant la pâte dans les
- mains. On verse alors de l’eau bouillante dans le
- vase, mais lentement et en remuant continuellement
- avec une cuillère en bois, puis on laisse refroidir la
- pâte. On la passe ensuite dans une toile à grosses
- mailles que l’on tord entre les mains, comme pour
- la colle de farine ordinaire. Si l’on a opéré avec de
- l’amidon de bonne qualité, on obtient une excellente
- colle, que l’on réserve pour les travaux soignés.
-
- Colle de gomme. -- Cette colle s’emploie à froid,
-
- principalement pour le montage des planches et
- pour les travaux qui doivent sécher rapidement.
- Nous l’avons employée avec succès pour des mon-
- tages sur onglets et pour des agencements d’albums,
- qui ont pu être cousus immédiatement.
- Pour la préparer, on prend une certaine quantité
- de gomme arabique parfaitement blanche, que l’on
- place dans un vase en grès ; on y verse de l’eau fraî-
- che, dans la proportion du double en volume de la
- gomme à traiter, et on laisse macérer pendant un
- jour ou deux, en remuant de temps en temps, jus-
- qu’à ce que la gomme soit complètement dissoute.
- On la passe ensuite à travers un linge à larges
- mailles ou un tamis, et on la conserve jusqu’à, ce
- qu’on s’en serve.
- Cette colle se conserve fort longtemps lorsqu’on
- la tient au frais ; elle s’épaissit à la chaleur par l’éva-
- poration de l’eau qu’elle contient. Au moment de
- l’employer, ou y ajoute l’eau nécessaire, suivant le
- genre de travail que l’on veut exécuter.
- ATELIER ET OUTILLAGE DU RELIEUR. 97
[modifier] CHAPITRE II. Atelier et outillage du relieur.
[modifier] § 1. -- ATELIER
-
- Avant de parler de l’outillage, disons quelques mots
- de l’atelier. Il doit être absolument à l’abri de l’hu-
- midité et orienté de telle sorte que la lumière y pénè-
- tre en abondance. Il faut, en outre, qu’il ait des
- dimensions assez grandes pour que les différentes
- opérations puissent s’y faire sans gène, et que les
- pièces encombrantes de l’outillage soient toujours
- d’un facile accès.
- Outre un fourneau pour la préparation des colles,
- colle forte et colle de pâte, l’atelier doit contenir une
- ou plusieurs armoires, vitrées ou non, pour rece-
- voir, les unes les ouvrages en feuilles et les ouvrages
- brochés, les autres les ouvrages terminés et prêts à
- être livrés aux clients. D’autres armoires sont desti-
- nées à renfermer les peaux, les papiers et les autres
- matières dont le relieur peut avoir besoin. Des ta-
- blettes, fixées solidement contre la muraille, servent
- au même usage pour celles de ces matières qui ne
- craignent pas la poussière. Enfin, une ou plusieurs
- tables très-solides et de dimensions variables com-
- plètent le mobilier.
[modifier] § 2. -- OUTILLAGE
-
- Le relieur ordinaire, surtout celui des petites villes,
- fait tout à la fois la reliure proprement dite, la mar-
- brure des tranches et la dorure. Nous supposerons
- ici qu’il ne s’occupe que de la reliure. En consé-
- Relieur. 6
98 ATELIER ET OUTILLAGE DU RELIEUR.
- fluence, nous ne parlerons que de l’outillage qui
- lui est exclusivement propre, et nous ne nous occu-
- perons de celui du marbreur et du doreur qu’aux
- chapitres consacrés à ces deux professions.
- L’outillage du relieur se compose des objets sui-
- vants :
[modifier] 1° Pierre à battre.
-
- C’est un bloc de pierre ou de marbre qui a 85 centi-
- mètres de haut sur 40 à 50 centimètres en carré. La
- pierre de liais@ est préférable parce qu’elle a le grain
- très-fin et lisse moins le papier. Il est indispensable
- que la surface sur laquelle on bat soit unie et parfai-
- tement horizontale.
- Pour donner une plus grande solidité à la pierre à
- battre, on l’enfonce dans la terre de 40 à 50 centime-
- tres. Elle a donc en tout 1m 25 à 1m 85 de hauteur.
[modifier] 2° Marteau à battre.
-
- Le MARTEAU A BATTRE, ou marteau du relieur, est
- l’accessoire obligé de la pierre dont il vient d’être
- question. C’est une masse de fer A (fig. 13), dont la
- tête B est large et carrée de 11 centimètres environ
- de côté. Cette partie se nomme platine ; c’est celle
- par laquelle on bat ordinairement les volumes. Les
- vives arêtes de ce carré sont arrondies, afin que les
- batteurs ne soient pas exposés à couper les feuilles,
- dans le cas ou le marteau viendrait à vaciller dans
- leurs mains. En outre, la surface de la tête est un
- peu convexe afin que les ouvriers puissent travailler
- plus aisément ; les relieurs donnent à cette convexité
- le nom de panse ; elle est nécessaire, pour que, dans
- le travail, il porte moins fort sur les bords que vers
- le milieu. Ce n’est que dans le cas ou l’on bat des
- volumes dont le format est très-petit, comme des
- ATELIER ET OUTILIAGE DU RELIEUR. 99
- in-32 et au-dessous, qu’on peut renverser le marteau
- et s’en servir, par la partie A, pour les battre ; mais
- il faut que la surface de cette partie soit disposée de
- la même manière que l’autre côté. Il vaudrait mieux
- avoir des marteaux plus petits disposés pour cela ;
- car la règle est de ne se servir jamais du marteau
- ainsi retourné, parce qu’il écrase trop le volume, dont
- on ne peut pas facilement unir la battée.
- Le marteau est percé du côté d’une de ses faces d’un
- trou de 1 centimètre de large parallèle à sa surface,
- pour y fixer le manche, et a une hauteur telle que les
- jointures des doigts de l’ouvrier soient suffisamment
- éloignés du livre pour qu’elles ne puissent pas y tou-
- cher ; sans cela, il serait exposé à se blesser conti-
- nuellement. Le manche C est court et gros, afin qu’on
- puisse le tenir solidement dans la main : il a 19 à 22
- centimètres de long, et 3 à 3 centimètres 1/4 de dia-
- mètre près de la tête, et un peu plus vers l’autre
- extrémité. Le marteau pèse, avec son manche, 4 kil. 50
- à 5 kil. 50 environ.
[modifier] 3° Cousoir.
-
- On appelle cousoir le métier qui sert à coudre les
- feuilles ou cahiers d’un livre. Il se compose (fig. 16)
- d’une table ou planche a, formée ordinairement d’un
- dessus très-simple, de 2 centimètres d’épaisseur, d’en-
- viron 1 mètre de long sur 1m.65 de large. Cette planche
- est posée fixement sur quatre pieds b, b, etc., carrés,
- arrêtés en bas par deux traverses dans lesquelles
- une barre est assemblée à tenons et mortaises. A 5
- centimètres environ à l’extrémité d’un des grands
- côtés, et à l4 ou 15 centimètres des petits, on a pra-
- tiqué une entaille f, f, de 70 centimètres de long, sur
100 ATELIER ET OUTILLAGE DU RELIEUR.
- 4 centimètres 1/2 de large, pour recevoir les ficelles
- g, g, g, g, qui doivent former les nerfs.
- Le dessus de la table déborde le haut des pieds à
- peu près de 10 centimètres. A 5 centimètres environ
- des bords de cette table sont placées deux vis en bois
- hi, hi, posées verticalement, leurs pas ou filets en
- haut ; ces vis ont 65 centimètres de long, dont 44 cen-
- timètres de pas de vis ; les 21 centimètres restants du
- bout qui touche la table n’ont point de pas de vis ;
- ils sont taillés à huit pans, et forment ce qu’on ap-
- pelle le manche ll ou la poignée de ces vis ; le bout
- se termine par un pivot cylindrique, qui entre dans
- un trou pratique dans la table sans y être arrêté. Ces
- pivots entrent librement dans leurs trous, et les vis
- ne sont arrêtées fixement que lorsqu’on tend les ficel-
- les qui forment les nerfs.
- Une traverse mm, maintient les vis dans une
- situation verticale ; et ses deux extrémités sont per-
- cées chacune d’un trou taraudé du même pas que le
- filet de la vis et qui sert d’écrou. On fait monter et
- descendre cette traverse selon qu’on tourne d’un côté
- ou de l’autre les deux vis à la fois, en les prenant par
- le manche l.
- Vers le milieu de la traverse sont placés des bouts
- de ficelle oo, noués en forme de boucle, qu’on appelle
- entre-nerfs, et qui sont en nombre suffisant pour la
- quantité de ficelles, ou nerfs, qu’on doit mettre au
- volume ; ils ont été déterminés soit par le nombre de
- coups de scie qui ont été donnés en grecquant, soit
- par le relieur qui indique à la couturière le nombre
- de nerfs qu’il veut avoir lorsqu’il ne grecque pas.
- On attache chaque ficelle g à l’une des boucles, soit
- en l’y nouant lorsqu’on met la ficelle simple, soit en
- l’enveloppant lorsque la ficelle est double. Ensuite on
- ATELIER ET OUTILLAGE DU RELIEUR. 101
- la tend avec la main, et on la coupe à 8 centimètres
- environ au-dessous de la table du cousoir, afin de
- l’y arrêter et de la bien tendre au moyen d’une che-
- villette. Ce petit instrument, que l’on voit en A,
- à côté du cousoir, est en cuivre jaune, long de 6 cen-
- timètres et de 4 millimètres environ d’épaisseur ; la
- figure en montre sa forme. On y remarque vers la
- tête r, un trou carré, et l’extrémité opposée se termine
- par deux branches ss.
[modifier] 4° Etau à endosser.
-
- C’est un étau véritable, en fer ou en acier, dont les
- mâchoires ou mordaches ont une longueur en rap-
- port avec les dimensions du volume à endosser, et
- peuvent être rapprochées à volonté au moyen d’une
- pédale qui ajoute son action à celle d’une vis de
- serrage. La figure 40, planche II en représente une.
[modifier] 5° Endosseuses.
-
- L’étau convient surtout pour les grands formats.
- Pour les petits formats et les formats moyens, on
- emploie de préférence des machines de dimensions
- relativement très-restreintes, appelées ENDOSSEUSES
- et dont il existe plusieurs variétés. L’une des plus
- simples et des plus usitées est l’endosseuse dite amé-
- ricaine (figure 30, planche II.) Le volume étant
- serré à volonté par un mordage mû par l’action d’une
- pédale, le dos est formé en quelques secondes par
- l’oscillation circulaire d’un rouleau que l’ouvrier fait
- mouvoir à l’aide d’un levier.
[modifier] 6° Presse à rogner.
-
- Comme son nom l’indique, c’est avec elle que l’on
- coupe la tranche des livres. Sa construction ne diffère
- guère de celle de la presse à endosser dont nous di-
102 ATELIER ET OUTILLAGE DU RELIEUR.
- rons bientôt quelques mots ; mais elle a des dimen-
- sions plus grandes. Elle est représentée figures 31 à
- 36, planche II, ainsi que son accessoire indispensa-
- ble, le fût à rogner. On en distingue deux sortes :
- la presse ordinaire et la presse anglaise.
[modifier] 1. Presse à rogner usuelle.
-
- La PRESSE A ROGNER USUELLE se compose de six
- pieces :
-
- 1° Deux jumelles A B (figure 34), de 1m.17 de long,
-
- 18 centim. de large et 14 centim. d’épaisseur ;
-
- 2° Deux clés de 65 cent. de long et 3 cent. et demi
-
- en carré ;
-
- 3° Deux vis E F (figure 34), dont la longueur
-
- totale est de 76 centim. Pour avoir une force, suffi-
- sante, ces vis doivent avoir 7 centim. de diamètre,
- et leurs pas être serrés autant que peut le permettre
- la résistance du bois.
- La tête de ces vis est plus grosse que leur corps,
- afin de bien appuyer contre la jumelle et d’exercer la
- pression désirable. Cette tête est percée de deux trous
- diamétralement opposés, dans lesquels on passe la
- barre C pour faire mouvoir la vis. Elle a environ
- 17 centim. de long.
- Les filets de chaque vis ne descendent qu’à 14 cent.
- de la tête. Dans cet espace, qu’on appelle le blanc de
- la vis, on a creusé au tour une rainure de 2 cen-
- timètres de diamètre et 10 millimètres de profondeur,
- qui reliait une cheville de ce même diamètre, sur
- laquelle la vis tourne, sans que la tête sorte, pour
- pousser ou attirer l’autre jumelle. La cheville dont il
- vient d’être question traverse la jumelle de devant.
- Cette jumelle est renforcée intérieurement par une
- tringle de bois dur, de 7 millimètres d’épaisseur,
- ATELIER ET OUTILLAGE DU RELIEUR. 103
- dressée en chanfrein, c’est-à-dire plus épaisse vers
- le bord supérieur de la jumelle avec lequel elle
- affleure, que par le bas. Cette disposition est néces-
- saire pour que le livre soit bien serré par le haut où
- s’opère la rognure.
- Un pas de vis exactement semblable est pratiqué
- dans les trous de la jumelle de derrière, qui sert d’é-
- crou à chaque vis. Au-dessus de cette jumelle est fixé
- un liteau de bois dur qui sert à diriger le fût du cou-
- teau. Ce liteau, de 18 a 20 millimètres de large et
- 13 millimètres d’épaisseur, est fixé parallèlement à la
- ligne qui joint les deux jumelles. Il est reçu dans une
- rainure pratiquée au-dessous du fût, dans laquelle
- la vis est taraudée.
- La presse à rogner se pose à plat sur un porte-
- presse D (figure 34), pour qu’elle se trouve à la hau-
- teur de l’ouvrier. Le porte-presse est une espèce de
- caisse très-solide qui tout à la fois sert de support
- à la presse et reçoit les rognures à mesure qu’elles
- tombent.
[modifier] 2. Fût à rogner, appelé aussi rognoir.
-
- Le FûT A ROGNER est une petite presse destinée à
- glisser sur la grande, que nous venons de décrire.
- Il est formé de deux jumelles, de deux clés et
- d’une seule vis. Ces pièces sont assemblées comme
- celles de la presse à rogner. La jumelle de devant,
- contre laquelle appuie la tête de la vis, porte par-
- dessous le couteau. Ce couteau, qui est en acier, et
- dont le tranchant aiguisé par-dessus en fer de
- lance, et plat en dessous, est reçu, en queue d’aronde,
- dans une pièce de fer portée par la jumelle de devant.
- On le sort plus ou moins, à volonté, et on le fixe
- à l’endroit convenable, au moyen d’une vis à oreilles,
104 ATELIER ET OUTILLAGE DU RELIEUR.
- taraudée dans la partie supérieure de la pièce de
- fer qui le supporte.
- La pièce de fer qui supporte le couteau est placée
- sous la jumelle de devant ; elle est fixée à cette
- jumelle par un boulon à vis à tête carrée, dont la tige
- traverse la jumelle à côté du blanc de la vis, et rem-
- place la cheville de bois qui empêche la vis de sortir
- dans la presse à rogner : elle se loge, comme cette
- dernière, dans une entaille circulaire creusée au
- tour. Ce boulon se termine, en dessus du fût, par
- une vis serrée par un écrou à oreilles.
- Le dessous de la plaque dont nous venons de par-
- ler est en queue d’aronde ; il reçoit le manche du cou-
- teau, qui, ayant une même forme, y glisse librement
- et sans jeu. L’extrémité du couteau est comprimée,
- vers son tranchant, par une vis à oreilles, comme
- nous l’avons dit, pour le fixer au point convenable.
- C’est un relieur de Lyon qui a imaginé ce perfection-
- nement ; de là est venu le nom de fût à la lyon-
- naise, donné au fût qui présente cette disposition et,
- qui est le meilleur de tous.
- La fig. 31 montre le fût hors de la presse. On y re-
- marque la vis a b, les deux clefs e et f, et les
- deux jumelles c et d. La jumelle d est taillée en des-
- sous en queue d’aronde pour s’engager dans une
- tringle placée sur la presse à rogner et découpée pa-
- reillement en queue d’aronde ; la jumelle c porte
- par-dessous une boîte n, en fer et à coulisse, dans
- laquelle passe à queue d’aronde le couteau mm, qui
- est pressé au point convenable par la vis à oreille o.
- Fig. 32 et 33. Les deux jumelles c d vues de face, un
- peu en perspective par-dessous. Le trou g de la
- jumelle d est taraudé et sert d’écrou à la vis a. Le
- trou h de la jumelle c n’est pas taraudé ; il reçoit le
- ATELIER ET OUTILLAGE DU RELIEUR. 105
- collet de la vis, qui y tourne librement, lorsque l’ou
- vrier la fait mouvoir circulairement. Les quatre trous
- carrés i,i,i,i, reçoivent les clés e et f. On remarque
- aussi sur cette jumelle c une coulisse en queue d’a-
- ronde q et une entaille p, dans laquelle se loge la
- boîte en fer n qui porte le couteau à rogner.
- La fig. 35 donne une coupe sur une plus grande
- échelle de la jumelle c afin de montrer l’ajustement
- du couteau à la lyonnaise. On voit en n une plaque
- en fer qui porte par-dessous une rainure en queue d’a-
- ronde pour recevoir, pareillement à queue d’aronde,
- la queue du couteau qu’on avance ou qu’on recule à
- volonté et qu’on fixe à la longueur convenable par la
- vis de pression o, fig. 32. La boîte n reçoit dans un
- trou carré et à biseaux la tête pareillement carrée et
- à biseaux du bouton à vis r qui traverse la hauteur
- de la jumelle et fixe cette boîte contre le dessous de la
- jumelle par un écrou à oreilles s, le tout représenté
- dans la figure 36.
- On peut rendre la presse à rogner plus juste (elles
- ne le sont jamais trop), en fixant une plaque de lai-
- ton écroui sur la surface entière de chacune des deux
- jumelles, ce qui empêche que ces jumelles ne se
- creusent autant qu’elles le font, à l’endroit où frotte
- le fût en rognant.
[modifier] 3. Presse à rogner anglaise.
-
- Cette presse, représentée fig. 37, pl. II, a été inven-
- tée par M. James Hardie, relieur à Glascow. Une seule
- vis en fer remplace les deux vis en bois de la presse
- ordinaire. L’appareil consiste en un châssis carré.
- Deux des jumelles ont une rainure, ou coulisse inté-
- rieure, dans laquelle avance et recule une traverse
- mobile, suivant l’impulsion que lui donne une vis
106 ATELIER ET OUTILLAGE DU RELIEUR.
- dont l’écrou est noyé dans la traverse qui ferme le
- châssis à droite de l’ouvrier. Cette vis est liée par
- l’autre bout à la traverse mobile, par un collier qui
- lui permet d’ailleurs de tourner librement. La presse
- Hardie est plus simple que la presse ordinaire, moins
- coûteuse, plus commode, mieux appropriée à un tra-
- vail économique. Néanmoins, elle est peu employée
- en Angleterre, et elle est presque inconnue en France.
[modifier] 7° Grande presse.
-
- La GRANDE PRESSE du relieur est une presse à vis
- qui, anciennement tout en bois, est construite
- aujourd’hui, tantôt en fer seulement, tantôt en bois et
- fer. En outre, le barreau, employé autrefois pour
- faire tourner les vis, a été avantageusement remplacé
- par d’autres mécanismes, balanciers, volants hori-
- zontaux avec ou sans poignées, etc. Nos planches
- représentent quelques-uns des modèles qui sont
- actuellement en usage.
[modifier] 1. Presse anglaise.
-
- Le dessin (fig. 25, planche II), fait aisément com-
- prendre le jeu et la manœuvre de cette machine.
- Quatre jumelles en fer fondu sont implantées dans
- un plateau solide et fixe. Elles maintiennent un autre
- plateau mobile. C’est entre ces deux plateaux que les
- livres doivent être pressés.
- La pression est exercée au moyen d’une vis de
- métal, qui est mise en jeu au moyen d’une roue hori-
- zontale dont les dents sont prises dans le filet d’une
- vis sans fin que l’on fait tourner.
- Aucune presse ne tient moins de place que celle-
- ci. La pression est graduée, uniforme, sans secousse,
- et convient par conséquent aux délicates opéra-
- ATELIER ET OUTILLAGE DU RELIEUR. 107
- tions de la reliure, bien mieux que les anciennes
- presses à levier et la plupart des presses actuelles à
- balancier.
[modifier] 2. Presse à percussion.
-
- Cette presse (fig. 26, planche II) est également
- tout en fer. Elle offre les mêmes avantages que la
- précédente, dont elle n’est, en réalité qu’une heureuse
- simplification. Comme l’indique le dessin, on la met
- en mouvement en agissant sur des poignées fixées à
- la partie inférieure d’un volant horizontal. A cause
- de la facilité avec laquelle on peut la faire fonction-
- ner et régler son action, c’est celle qu’on préfère
- aujourd’hui dans un grand nombre d’ateliers.
[modifier] 3. Presse à balancier.
-
- Cette presse (fig. 27, pl. II), qui est aussi tout en
- fer, peut servir pour presser les livres, et en même
- temps de presse à dorer.
- On applique la pression au moyen du balancier a,
- des sphères bb dont il est armé, et des poignées dont
- celles-ci sont munies. La distance entre les colon-
- nes en fer forgé c, c est d’environ 0m.60. Le bloc
- en fer d peut être enlevé pour qu’on puisse insérer
- les gros volumes, ou remplacé, quand il s’agit de do-
- rer, par des boîtes contenant des objets en fer por-
- tés au rouge.
- Cette presse et toutes celles du même système ont
- deux inconvénients assez graves. D’abord, si l’objet
- qu’on veut presser est élastique, la vis est sujette à
- remonter après le coup de balancier ; en second lieu,
- lorsqu’on veut appliquer une nouvelle pression, il
- faut d’abord que la vis desserre pour pouvoir don-
- ner une nouvelle impulsion au balancier, desserrage
108 ATELIER ET OUTILLAGE DU RELIEUR.
- qui peut avoir pour conséquence de déplacer les ob-
- jets en presse, et d’exiger du temps pour les remettre
- en place et donner une succession de coups.
- En général, les presses à balancier sont plus
- particulièrement propres à donner une forte pression
- aux feuilles pliées, qu’on peut ainsi se dispenser de
- battre.
[modifier] 4. Presse différentielle.
-
- La PRESSE A MOUVEMENT DIFFÉRENTIEL de Hunter,
- possède la double propriété d’appliquer une pression
- énergique, et d’opérer avec une grande célérité.
-
- « Dans les presses ordinaires pourvues d’une vis
-
- simple, l’action de la vis, par suite de l’antagonisme
- entre la vitesse et la force, se trouve renfermée dans
- d’étroites limites, de façon qu’une presse d’une cons-
- truction déterminée, ne peut être employée qu’à un
- seul service. Ainsi, par exemple, s’il s’agit de presser
- du papier mou et doux, pour qu’il y ait économie du
- temps, il faut que le mouvement soit, au commence-
- ment, étendu ou rapide, tant que le papier ne pré-
- sente encore que peu de résistance, puis, à mesure
- que la pression augmente, il est nécessaire que la
- vitesse, c’est-à-dire la descente de la vis diminue, et
- au contraire qu’on puisse augmenter la pression pour
- surmonter la résistance croissante. Si donc on fait
- usage d’une seule et même presse pour presser diver-
- ses natures de papier, on perd un temps considéra-
- ble, quand la vis est d’un pas fin, jusqu’au moment
- ou la platine vient à être mise en contact avec le vo-
- lume, et cette platine ne marche pas avec plus de cé-
- lérité à vide que quand la presse est en charge.
- « Même dans le cas ou une perte de temps est sans
- conséquence, il faut, quand on veut obtenir une pres-
- ATELIER ET OUTILLAGE DU RELIEUR. 109
- sion très-énergique, faire le levier de presse très-long
- ou, ce qui est la même chose, la marche de la vis
- très-lente au moyen d’un pas fin, moyen, toutefois,
- dont on ne peut user que dans certaines limites, car,
- dans ce cas, le levier devient d’un grand poids, et
- exige une vis forte en proportion, et d’un autre côté,
- le filet doit être assez fort pour pouvoir résister aux
- efforts auxquels il est soumis.
-
- « La particularité qui distingue la presse à mouve-
-
- ment différentiel de Hunter, consiste dans la combi-
- naison de deux pas de vis différents. La vis différen-
- tielle marche, en effet, dans la direction que doit avoir
- la vis à grande allure, tandis que la vis à petit pas
- s’avance en même temps en sens contraire. Il en ré-
- sulte que pendant un tour, le mouvement de vis n’est
- pas égal à la somme du pas des deux vis, mais bien
- à leur différence, c’est-à-dire qu’on obtient le même
- effet que celui que donnerait une vis simple, dont le
- pas ne serait que la différence des pas des deux vis.
- On parvient donc ainsi à obtenir cette pression qu’on
- désire, en règlant convenablement le mouvement ré-
- ciproque de ces vis.
-
- « La figure 28, pl. II, est une vue en élévation de
-
- la presse de Hunter, et la figure 29, une section par-
- tielle prise par la vis et l’écrou.
-
- « La traverse A est renflée au milieu, et constitue à
-
- son intérieur un écrou taraudé, dans lequel joue la
- vis B, qu’on manœuvre au moyen du double levier
- C C. A travers cette vis B, qui est creuse et taraudée
- aussi à son intérieur, passe la vis massive DD, qu’on
- fait tourner avec le levier E. Pour relever la platine
- F F à la hauteur voulue, on fait tourner, au moyen
- du levier supérieur E, la vis intérieure, et après qu’on
- a disposé dessous, l’objet qu’on veut presser, on la
- Relieur. 7
110 ATELIER ET OUTILLAGE DU RELIEUR.
- fait redescendre jusqu’à ce qu’elle touche cet objet.
- A partir de ce point, où l’on a besoin d’une pression
- plus énergique, on saisit des deux mains les leviers
- C,C qu’on fait tourner, ce qui imprime à la vis D,
- dans la ligne verticale, un mouvement différentiel
- dans lequel, à raison du frottement sur la platine F F,
- elle n’éprouve aucune rotation. Plus est grande la
- différence entre les pas des deux vis, plus aussi est
- puissante, dans les mêmes circonstances, la pression
- produite.
-
- « Ces sortes de presses occupent peu de place, sont
-
- peu massives, les filets y sont peu exposés à se rom-
- pre, leur manœuvre est simple et rapide, et leur ser-
- vice excellent. »
[modifier] 5. Presse hydraulique.
-
- Les relieurs dont les travaux sont très-considéra-
- bles, ne trouvant pas assez de puissance à la presse
- ordinaire plus ou moins améliorée, ont recours à la
- PRESSE HYDRAULIQUE, la plus puissante de toutes cel-
- les qui ont été inventées. Nous ne voulons pas la
- décrire en détail, car un appareil de cette importance
- ne pourrait être compris sur les indications sommaires
- dans lesquelles nous serions forcés de nous renfer-
- mer ; mais nous en donnerons au moins une idée
- succincte.
- Dans la presse hydraulique, la pression est exercée
- au moyen d’une platine mobile entre quatre montants
- en fer ; mais à l’inverse de ce qui a lieu dans les
- presses ordinaires, cette platine exerce la pression
- de bas en haut, et non de haut en has.
- La puissance de compression vient d’une pompe
- qui est placée à la droite de la presse, et qui est ali-
- mentée par l’eau contenue dans un réservoir situé à
- ATELIER ET OUTILLAGE DU RELIEUR. 111
- proximité et ordinairement sous la pompe. L’eau
- qu’elle aspire est ensuite envoyée par elle dans la
- base de la presse sur laquelle elle exerce sa pression.
- Ce liquide agissant avec une force proportionnelle à
- la largeur de cette base, multipliée par la force avec
- laquelle il est poussé, soulève avec une énergie irré-
- sistible le cylindre qui supporte la platine, et par
- conséquent presse fortement contre la faîtière de la
- presse les papiers et les livres dont elle est chargée.
- Quand la pression a été poussée aussi loin que le
- permet le levier ordinaire de la pompe, on y ajoute,
- si l’on veut, un levier plus long, qui alors est ma-
- nœuvré par deux hommes.
- La puissance de la presse hydraulique est si
- considérable que, dans les ouvrages communs, on
- peut épargner les trois quarts du temps nécessaire
- avec la presse ordinaire. Quand on veut retirer les
- livres, on ouvre un robinet placé au bas du tube de
- compression, l’eau s’écoule dans la citerne, la pla-
- tine s’abaisse, et les livres descendent à la portée de
- l’ouvrier.
- Ordinairement la même pompe sert à faire agir
- deux presses placées l’une à droite, l’autre à gauche.
- Mais nous devons dire que cet appareil doit être
- manœuvré avec précaution. Il est assez fort pour
- faire éclater en allumettes une bûche de poêle placée
- à bois debout. Si l’on poussait la pression sans mé-
- nagement, les feuilles finiraient par s’incorporer en-
- semble de façon à ne pouvoir plus être séparées.
[modifier] 8° Ais.
-
- On appelle AIS des planchettes de la grandeur des
- volumes qu’on travaille. Il y en a donc pour tous les
- formats. En outre, on en distingue plusieurs sortes,
112 ATELIER ET OUTILLAGE DU RELIEUR.
- chacune spécialement appliquée à telle ou telle
- opération dont on leur donne le nom. En voici l’énu-
- mération :
- Ais à endosser ; ils sont en chêne ou on hêtre et
- de deux espèces. On appelle entre-deux, ceux qui se
- placent entre les volumes ; leur épaisseur est plus
- grande du côté du mors. On nomme membrures,
- ceux qui se mettent aux deux extrémités du paquet,
- ou pile, de livres qu’on travaille à la fois ; ils sont
- trois fois plus épais que les entre-deux, et plus épais
- du côté du mors. Pour que ces derniers puissent ré-
- sister plus longtemps aux coups de marteau, l’on en
- consolide le bord supérieur avec une garniture de
- fer, ce qui les fait alors appeler ais ferrés, (figure 65,
- membrure garnie d’une bande de fer a, a, fixée au
- moyen de vis à bois). L’adoption des étaux à endos-
- ser rend inutile l’emploi de ces ais, dont l’assorti-
- ment n’est pas l’un des moindres embarras des petits
- ateliers.
- Ais à mettre en presse ; ce sont des planchettes
- de même épaisseur partout et dont on se sert pour
- mettre les volumes à la presse. Ceux qu’on emploie
- pour la rognure doivent être recouverts intérieure-
- ment d’une bande de papier de verre, qu’on y a collée,
- pour que les volumes ne puissent glisser.
- Ais à brunir ; comme leur nom l’indique, ils sont
- employés dans l’opération du brunissage. Leur épais-
- seur est plus grande d’un bout à l’autre, pour la tête
- et la queue des volumes, et plus épais du côté du
- mors pour la gouttière.
- Ais à polir ; ils sont destinés à recevoir les livres
- pour la polissure. Aussi doivent-ils être eux-mêmes
- unis et même polis. Leur épaisseur est égale partout.
- Les uns sont en poirier, les autres en carton bien la-
- ATELIER ET OUTILLAGE DU RELIEUR. 113
- miné, d’autres enfin en fer-blanc doublé de bois.
- Ais à rabaisser ; c’est une planche de hêtre bien
- unie sur laquelle on coupe le carton. On lui donne
- ordinairement 66 centimètres de long, 22 à 28 cen-
- timètres de largeur et 6 centimètres d’épaisseur.
[modifier] 9° Presses diverses.
-
- Indépendamment de la grande presse, qui est la
- presse proprement dite, et de la presse à rogner, le
- relieur en a deux autres qui ne sont en réalité qu’un
- seul et même appareil légèrement modifié. L’un est
- la PRESSE A GRECQUER, l’autre la PRESSE A ENDOSSER
- toutes les deux en bois et de dimensions en rapport
- avec celles du volume qu’on veut y placer. Elles con-
- sistent en deux pièces jumelles que l’on écarte ou
- rapproche à volonté en agissant sur deux longues vis,
- également en bois, placées à chacune de leurs extré-
- mités. C’est dans le vide qui existe entre les jumelles
- et les vis que se placent les livves à grecquer ou à en-
- dosser.
[modifier] 10° Outils divers.
-
- Parmi les autres outils, nous citerons encore :
- La POINTE A RABAISSER, lame d’acier dont l’extré-
- mité est aiguisée à quatre faces et en pointe, comme
- un grattoir de bureau. Elle sert à couper le carton sur
- l’ais dit à rabaisser. Cette lame est ordinairement
- emmanchée entre deux morceaux de bois que
- serrent plusieurs tours de ficelle. Souvent aussi (fig.
- 99, pl. IV), et cela est préférable, elle est enfermée
- dans une gaine ou fourreau de tôle, d’où il est pos-
- sible de n’en faire sortir que la quantité nécessaire,
- et de la fixer au point convenable au moyen d’une
- vis de pression à oreilles. Dans le dessin, b est le
- couteau, a la gaine, et c la vis ;
114 ATELIER ET OUTILLAGE DU RELIEUR.
-
- Le FER A POLIR, lame de fer a, (fig. 100, pl. 4) en
- forme de quart d’ellipse, qui est fixée à l’extrémité d’un
- manche de bois c. Le bord b est en forme de biseau,
- et cette partie est très-unie et parfaitement lisse ;
- Le POINÇON A ENDOSSER, petit outil composé d’un
- fer en forme de langue de carpe et d’un manche en
- bois ;
- Le GRATTOIR, outil dont le fer est plat et dentelé ;
- Le FROTTOIR, outil analogue mais dont le fer est
- arrondi dans la largeur, à peu près dans la forme
- du dos d’un livre ;
- (Ces trois outils sont employés pour l’endossure
- dite à la française ; on ne s’en sert presque plus
- aujourd’hui) ;
- Une ÉQUERRE A REBORDS pour faciliter la rognure à
- angles droits ;
- Des VASES pour préparer les couleurs et des pin-
- ceaux pour les appliquer ;
- Un GRILLAGE et des BROSSES pour jasper. Le gril-
- lage consiste en un cadre en fer, garni de fils de lai-
- ton très-rapprochés et muni d’un manche pour le te-
- nir à la main ; les brosses sont des brosses ordinai-
- res à longs poils ;
- Une PIERRE et un COUTEAU A PARER OU PAROIR pour
- amincir les peaux ; la pierre est une plaque de liais
- très-fine, de 40 centimètres de long sur 27 de large et
- 10 d’épaisseur. Le couteau consiste en une lame d’a-
- cier plate, longue de 16 à 25 centimètres et large de
- 6 à 8 centimètres, qui, munie d’un manche de bois
- d’environ 14 centimètres de long, se termine en un
- tranchant un peu arrondi ;
- Plusieurs PALETTES, fers longs et étroits qui servent
- à dorer les nerfs, en appuyant, sans pousser devant,
- et à marquer la place des pièces de titre ;
-
- OPÉRATIONS DU RELIEUR. 115
- Des BRUNISSOIRS D’AGATE de plusieurs dimen-
- sions ; ces instruments sont vulgairement appelés
- dents de loup à cause de leur forme.