Manuel-Roret du relieur - deuxieme partie Reliure

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Manuel-Roret du relieur
' Opérations du Relieur








[modifier] DEUXIÈME PARTIE - RELIURE

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[modifier] CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES

[modifier] § 1. -- UTILITÉ ET IMPORTANCE DE LA RELIURE.

Aux yeux de certaines gens, la reliure est un mé-
tier de mince importance, qui mérite à peine de fixer
l’attention des esprits sérieux. « Cependant, a dit avec
raison un savant économiste, elle est digne à tous les
égards d’échapper à cet injuste dédain, puisque, s’ap-
pliquant à conserver les manifestations les plus bril-
lantes et les plus fécondes de la pensée, elle est le
complément naturel de ces merveilleuses inventions
qui réunissent dans un magnifique ensemble les ef-
forts des générations, et qui nous rendent, pour ainsi
dire, habitants de tous les pays, et contemporains
de tous les âges. En effet, il ne suffit pas que l’écri-
ture fixe les résultats des méditations ou des caprices
de l’esprit, que le papier les recueille, que l’impri-
merie les multiplie, il faut encore que les manuscrits
et que les livres échappent à la destructive atteinte
du temps, pour que, suivant la sublime expression
de Pascal, l’humanité soit comme un seul homme qui
vit et qui apprend toujours. Grâce aux feuilles dans
lesquelles se reflète et se conserve le travail intellec-
tuel, la meilleure partie de notre être ne meurt pas,


60 RELIURE.

alors que disparaît l’enveloppe matérielle destinée à
une existence éphémère.
« Est-ce donc une faiblesse de s’appliquer à con-
server avec un soin délicat, non-seulement le souve-
nir, mais la réalité même des plus nobles et des plus
agréables sentiments ? Rien de plus simple que de
se plaire à garder et à parer les objets de notre affec-
tion. En est-il une plus pure et plus légitime que
celle qui nous met en communication constante avec
le rayonnement de la pensée humaine ? »
L’art du relieur répond donc à l’un de nos besoins
les plus vrais ; il est aussi un de ceux qui exigent
le plus d’habileté et d’intelligence. Pour se rendre
compte de tout ce qu’il a fallu de labeur et d’adresse,
de patience et de goût, pour produire une bonne et
belle reliure, qui, très-simple en apparence, est le ré-
sultat de manipulations nombreuses et compliquées,
il est nécessaire de la décomposer par la pensée,
quand on ne veut pas la détruire en la disséquant.
Alors on est surpris d’y rencontrer une création vé-
ritable, et l’art du relieur est d’autant plus parfait
qu’il parvient mieux à déguiser les opérations suc-
cessives qu’il exige. En outre, au lieu d’être uniforme
dans les procédés et les résultats, il faut qu’il se plie
aux exigences des temps et des productions. Rien de
plus commun dans cette branche de travail que les
@dissonnances et les anachronismes ; aucune n’exige
autant de sens et de jugement, et c’est pour avoir
manqué de l’un et de l’autre que l’on a vu trop sou-
vent des artistes fort habiles, pratiquement parlant,
appliquer d’anciennes formes de reliure peu en har-
monie ou même sans aucune harmonie avec la na-
ture actuelle des livres et la forme que ceux-ci sont
destinés à occuper dans nos demeures. C’est ainsi


RELIURE. 61
qu’ils ont reproduit, sans toutefois les calquer servi-
lement, des dispositions empruntées au moyen âge,
qui répondaient fort bien aux exigences de manus-
crits précieux ou de feuilles de vélin exposées à être
gonflées par l’humidité de l’atmosphère, et la pensée
ne leur est pas venue de se demander si les livres de
notre époque, imprimés à prix réduit sur du papier
plus ou moins solide, mais toujours identique, et ap-
pelés non à figurer sur des pupitres ou de riches éta-
gères, mais à rencontrer, sur les rayons d’une biblio-
thèque, le contact immédiat d’autres livres rangés et
pressés les uns contre les autres, se prêtaient à de
semblables fantaisies d’ornementation et demandaient
le même appareil de ferrures en saillie.
On l’a dit bien souvent, et on ne saurait trop le
répéter, chaque forme de reliure a eu sa raison d’être :
il n’y a qu’à la découvrir. Celui qui est véritablement
artiste la trouve sans trop de peine, et il se met ainsi
à l’abri de ces erreurs, presque toujours irréparables,
qui ne servent qu’à, mettre en évidence l’ignorance et
le défaut de sens et de jugement de celui qui n’a pas
su les éviter.
Avant l’invention de l’imprimerie, quand les li-
vres étaient rares et fort chers, on les traitait comme
des espèces de reliques. Aussi rien ne paraissait trop
dispendieux pour les conserver. Aujourd’hui, les cho-
ses ont changé complètement. La multiplication des
livres, leur bon marché relatif, enfin la tendance gé-
nérale vers l’utile, imposent d’autres conditions. Il
faut que le relieur arrive à une production courante
qui soit au niveau des fortunes les plus divisées ; il
faut qu’il sache donner aux exemplaires qu’on lui
confie une forme à la fois simple, élégante et durable ;
enfin, il faut que, sans cesser d’être un art, la reliure
Relieur. 4.


62 RELIURE.

prenne des allures et crée les procédés d’une grande
industrie. C’est pour cela qu’aujourd’hui, dans tous
les pays, à côté des modestes ateliers dont le person-.
nel se compose du patron et de quelques aides, sou-
vent même du patron seul et d’un ou deux apprentis,
se sont fondés de vastes établissements, véritables
manufactures où, sous la direction d’un maître ha-
bile, de nombreux ouvriers, toujours chargés de la
même opération et secondés, quand la chose est pos-
sible, par d’ingénieuses machines, font en fort peu
de temps et très-économiquement ce que le travail
manuel, tel qu’il a lieu dans les petites maisons, ne
saurait produire qu’avec une extrême lenteur et une
grande dépense.

[modifier] § 2. -- DIFFÉRENTES SORTES DE RELIURES.

Les produits de l’art du relieur diffèrent, entre eux
d’après leur fabrication, qu’elle soit courante, soignée
ou riche, l’usage auquel on les destine, le prix de
revient et de vente, ainsi que celui qu’y attachent les
bibliophiles et les amateurs. Les reliures d’art, que
ces derniers recherchent, varient à l’infini, suivant
le goût, le caprice et même la mode.
1° Relativement aux procédés, on distingue :
La reliure pleine, / La reliure à dos plein,
La demi-reliure, / La reliure à dos brisé,
La reliure à nerfs, / Le cartonnage ordinaire,
La reliure à la grecque, / Le cartonnage emboîté.
2° Relativement à l’exécution, on distingue :
La reliure d’art, / La reliure de bibliothèque,
La reliure d’amateur, / La reliure à bon marché,
La reliure de luxe, / Le cartonnage.


RELIURE. 63
Nous nous proposons de décrire successivement
ces diverses sortes de reliure, dans les articles sui-
vants ; nous le ferons aussi brièvement que possible
en cherchant à être clair et concis.
[modifier] 1. Reliure pleine, demi-reliure.
La reliure est pleine quand elle est tout entière
couverte en peau, basane, maroquin, veau, etc. La
demi-reliure en diffère en ce que le dos seul est en
peau ; quant aux plats, ils sont en papier ou en toile.
La dorure en peau est antérieure à l’invention de
l’imprimerie. Elle a régné exclusivement avec la
reliure en vélin, jusque vers la fin du siècle dernier,
époque à laquelle la demi-reliure, que l’on croit être
d’origine allemande, a commencé à se répandre.
Nous venons de parler de la reliure en vélin.
C’était une espèce d’emboîtage à dos brisé, dans le-
quel la solidité s’unissait à la légèreté. Les cahiers
étaient cousus sur nerfs de parchemin ; un carton
très-mince supportait le vélin qui formait la couver-
ture, et les pointes des nerfs, passées dans des char-
nières et collées sur le carton par dessous une bande
de papier fort ou de parchemin que recouvraient les
gardes, maintenaient le tout. Enfin, des attaches de
parchemin fixées sur le dos, et dont les bouts se col-
laient aussi sous les gardes, ajoutaient encore à la
solidité.
[modifier] 2. Reliure à nerfs, reliure à la grecque.
Ces deux reliures peuvent être pleines ou de sim-
ples demi-reliures. Ce qui les différencie, c’est que,
dans la reliure à nerfs, les ficelles des nerfs font
saillie sur le dos du volume, tandis que, dans la re-
liure à la grecque, ces mêmes ficelles sont logées


64 RELIURE

dans des entailles appelées grecques, en sorte que
le dos reste uni.
Dans le principe, on reliait tous les volumes à
nerfs apparents, cousus sur véritables nerfs de
bœuf ou sur cordes à boyaux ; plus tard, tant pour
obtenir des dos plus souples que par économie, on
remplaça les nerfs de bœuf par des cordes ou ficelles
de lin ou de chanvre @câblés. La reliure, dite à la
grecque, parait remonter à la fin du XVIIe siècle ou
au commencement du siècle suivant. On la jugea si
contraire à la bonne conservation des livres, que les
règlements l’interdirent aux relieurs ; mais les dé-
fenses de l’administration tombèrent peu à peu en
désuétude et, vers 1762, le grecquage se faisait pu-
bliquement.
[modifier] 3. Reliure à dos plein, reliure à dos brisé.
Dans la reliure à dos plein, soit qu’on fixe direc-
tement la peau sur les cahiers, soit que, pour donner
plus de consistance au dos, on le garnisse entre les
nerfs de bandes de vélin, la peau qui recouvre le
dos du volume forme corps avec lui.
Au contraire, dans la reliure à dos brisé, la peau
n’adhère pas aux cahiers, le dos étant garni d’une
toile recouverte de papier, ou étant simplement garni
de papier. Une carte unie ou garnie de nerfs simu-
lés, que l’on nomme faux dos, est interposée, de
manière que la peau qui recouvre la carte ne tient
qu’aux cartons. Cette méthode permet au relieur
d’exécuter son travail beaucoup plus rapidement.
Certains relieurs prétendent que cette dernière re-
liure permet au volume de s’ouvrir avec plus de fa-
cilité ; c’est une erreur. On fabrique, spécialement
pour les ouvrages de liturgie, des reliures cousues


RELIURE. 65
sur nerfs, dont la peau de maroquin ou de chagrin,
convenablement parée et grattée, puis directement
collée sur les cahiers, laisse au dos une souplesse
telle qu’aucune reliure à dos brisé ne pourrait l’at-
teindre.
[modifier] 4. Cartonnages, emboîtages.
Les cartonnages et les emboîtages sont des re-
liures très légères et à un prix relativement peu
élevé, que l’on applique aux ouvrages de consom-
mation générale ou à ceux que l’on se propose de
faire habiller plus tard d’une manière plus sérieuse.
Toutefois, il existe une différence très sérieuse entre
les uns et les autres. C’est que, dans les carton-
nages, la couverture est réellement fixée au volume
à la manière ordinaire, c’est-à-dire par des ficelles,
tandis que dans les emboîtages, la couverture ne
tient au livre que par le collage des gardes, lesquelles
sont en papier.
[modifier] 5. Reliure d’art, reliure d’amateur.
L’Art en reliure consiste à reproduire, dans leur
forme archaïque, les types admirables des anciens
temps. Nos pères nous ont légué des œuvres mer-
veilleusement appropriées aux sujets traités dans les
volumes ; chaque époque, depuis le premier siècle de
l’imprimerie, a son cachet propre. C’est ainsi que
nous avons les incunables, aux allures massives et
puissantes, les merveilleux joyaux de la Renais-
sance, et les gracieux bijoux du XVIIe siècle. Jus-
qu’au milieu du siècle dernier, les artistes de chaque
période se sont attachés à habiller le livre selon la
forme et l’esprit dans lesquels l’auteur l’avait conçu.
Depuis, il y eut une époque de décadence bien dé-
sastreuse pour les beaux livres ; mais, de nos jours,


66 RELIURE

une phalange d’artistes, jaloux de leur art et tra-
vaillant consciencieusement à le relever, sont par-
venus, par une exécution irréprochable et des études
approfondies, à réveiller la passion longtemps en-
dormie des amateurs.
A côté de la reliure d’Art proprement dite, se
place la reliure d’Amateur. Cette dénomination gé-
nérale s’applique à tous les genres de reliure, qu’elle
soit simple ou riche, pourvu que l’exécution soit
irréprochable, tant sous le rapport du fini et de la
solidité que sous celui du goût qui doit présider aux
plus petits détails de leur confection.
La reliure d’amateur doit être riche, sans ostenta-
tion, sobre de moyens employés, mais visant à la
perfection dans le résultat, solide sans lourdeur, en
parfaite harmonie avec l’ouvrage qu’elle recouvre,
d’un grand fini de travail, enfin d’une exacte exécu-
tion des plus petits détails, à lignes nettes et à des-
sin fermement conçu.
En France, la reliure d’amateur est executée par
un petit nombre de véritables artistes qui travaillent
presque tous eux-mêmes ; aussi tout ce qu’ils pro-
duisent est-il parfait. Mais le prix de pareils chefs-
d’œuvre est toujours très élevé, quoique peu profi-
table à leurs auteurs, à cause du temps considérable
qu’ils y passent.
[modifier] 6. Reliure de luxe.
En raison des connaissances artistiques qu’elle
exige, dec l’habileté technique qu’elle réclame et du
prix élevé des matières qu’elle emploie, la reliure
dite de luxe ne peut être abordée que par un très
petit nombre de personnes. Elle habille ces livres
exceptionnels, missels, antiphonaires, livres de ma-


RELIURE. 67
riage, paroissiens, etc., qui s’allient au travail le
plus exquis du fer, de l’acier, du bois ou de l’ivoire,
ou qui, enrichis de métaux précieux, de pierreries et,
d’émaux, ressemblent à des pièces de bijouterie et
sont uniquement destinés à rester enfermés dans des
écrins. Quand un artiste véritablement digne de ce
nom la dirige, elle maintient fidèlement en harmonie
les décorations de style avec les époques et les su-
jets traités, et, bien loin de se laisser absorber par
le sculpteur, le ciseleur, le joaillier et le bijoutier,
elle les plie, au contraire, aux besoins spéciaux de
chacune des œuvres qu’elle a entreprises, et les re-
duit au seul rôle qui leur appartient, celui de sim-
ples auxiliaires. De cette manière, elle ne peut plus
être envahie par cette exubérance d’accessoires,
qui est toujours un signe de décadence et dénote,
chez celui qui l’emploie, un manque absolu de juge-
ment et de goût.
Ainsi que l’a dit un homme d’infiniment d’esprit :
" Sachons maintenir la reliure bijou dans l’étroit do-
maine qui lui appartient. Qu’elle ajoute du charme à
la religion des souvenirs, qu’elle prête son concours
à des œuvres d’un mérite exceptionnel, ou qu’elle
consacre, dans un style sévère, les aspirations reli-
gieuses, nous le comprenons ; mais, en dehors de ces
limites, elle détruirait l’Art véritable, elle le perdrait
dans une recherche futile et prétentieuse ; elle tom-
berait dans le puéril ou dans le monstrueux, comme
on en a vu trop d’exemples à toutes les Expositions. »
[modifier] 7. Reliure de bibliothèque.
Les livres de bibliothèque étant destinés à un usage
très fréquent, leur reliure ne peut évidemment être-
ni aussi parfaite, ni aussi riche que celle d’amateur.


68 RELIURE.

Il est d’ailleurs indispensable que la dépense ne dé-
passe pas des limites relativement restreintes. Cette
reliure doit être d’une structure commode et at-
trayante, élégante sans prétention, d’un effet à la
fois simple et de bon goût, d’une couture très-solide,
et néanmoins sans lourdeur, pour qu’on ne risque
jamais de voir les pages se détacher. Il faut encore
que le livre s’ouvre bien et se maintienne parfaite-
ment ferme, et qu’enfin elle soit faite pour le conser-
ver indéfiniment, et non pour en provoquer ou en
hâter la destruction.
[modifier] 8. Reliure à bon marché.
La reliure, dite à bon marché, est employée pour
les ouvrages des valeurs les plus diverses. Aussi,
renferme-t-elle les genres les plus disparates, depuis
les cartonnages les plus grossiers jusqu’à, ces vérita-
bles reliures en peau sciée et à dorure sur tranche
qui habillent les petits paroissiens et les recueils de
prières à l’usage des enfants. Les seules qualités
qu’on puisse raisonnablement exiger d’elle, c’est que
le livre soit aussi solide que possible. Pour le reste,
on ne peut guère être très-exigeant. Néanmoins, dans
les ateliers importants ou l’emploi des machines vient
s’unir à une division du travail bien organisée, on
peut obtenir, et l’on obtient chaque jour, malgré la
modicité de la dépense, des résultats excessivement
remarquables au quadruple point de vue de l’élé-
gance, de la décoration, de l’effet et de la bonne exé-
cution ; mais c’est là seulement où, comme dans ces
ateliers, tout est combiné en vue de réduire chaque
opération au minimum de temps et d’argent, que de
tels résultats peuvent être réalisés.


MATIÈRES EMPLOYÉES PAR LE RELIEUR. 69

[modifier] CHAPITRE Ier. Matières employées par le relieur.

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[modifier] Ire SECTION - Peaux.

Les peaux qu’emploie l’art du relieur forment cinq
groupes principaux, savoir : les basanes, les veaux,
le maroquin et ses imitations, le cuir de Russie et
le chagrin. On peut y joindre le parchemin. Les
peaux de truies, de phoques et autres, sont des ex-
ceptions ou des singularités.
[modifier] § 1. -- BASANES.
Les basanes sont des peaux de mouton ou de bre-
bis, tannées par le procédé ordinaire, c’est-à-dire au
moyen du tan, ou écorce de chêne. On les réserve
pour les reliures communes ; mais, afin de prévenir
l’effet, généralement peu agréable, de leur couleur na-
turelle, on leur communique les nuances les plus va-
riées à l’aide de la teinture, ou bien on y produit dif-
férents dessins par le racinage, la jaspure et la
marbrure, opérations qui sont décrites plus loin.
Elles reçoivent également fort bien la dorure et l’es-
tampage.
Un fait, cité par M. Ambroise-Firmin Didot, en
1852, peut donner une idée de la quantité de basanes
que consomme la reliure. « Parmi les ouvrages que
publie notre librairie, dit ce savant éditeur, un seul,
l’Almanach général du commerce, qui paraît cha-


70 MATIÈRES EMPLOYÉES PAR LE RELIEUR.

que année, et dont la grande dimension exige une
peau entière de mouton, exige la dépouille d’un trou-
peau de douze mille moutons pour recouvrir les douze
mille exemplaires qui se vendent actuellement. »
La peau teinte en vert sur chair, qui sert pour la
reliure des registres, est également fournie par la
race ovine ; mais, malgré le nom que lui donnent
beaucoup de personnes, ce n’est pas une basane, car,
au lieu d’être tannée à l’écorce, elle a été : préparée au
moyen de l’alun et du sel marin, en d’autres termes,
avec la substance que les chimistes appellent chlorure
d’aluminium. C’est donc une peau mégie ou mégissée,
et non une peau tannée proprement dite.
[modifier] § 2. -- VEAUX.
Les veaux destinés, à la reliure se préparent avec
des peaux de veau minces. On les tanne à l’écorce
de chêne, puis on les soumet aux mêmes traitements
qui servent à donner de la souplesse aux cuirs à
œuvre. Les corroyeurs, aux attributions desquels ap-
partiennent ces traitements, s’attachent aussi, à ren-
dre l’épaisseur des peaux aussi égale partout que
possible, et ils y parviennent en les drayant avec soin,
c’est-à-dire en les débarrassant de toutes les chairs
inutiles, par l’opération appelée drayage.
Les peaux de veau ne s’emploient guère avec leur
couleur naturelle. Le plus souvent, on les revêt de
nuances artificielles par les procédés de la teinture.
On en fait surtout usage pour les reliures d’amateur.
et de bibliothèque et, en général, pour toute reliure
ou demi-reliure sérieuse.
[modifier] § 3. -- MAROQUINS.
Les maroquins sont des peaux fines et molles,


MATIÈRES EMPLOYÉES PAR LE RELIEUR. 71
tannées au sumac et teintes. On en distingue deux
sortes :
Les vrais maroquins, qui se font exclusivement
avec des peaux de bouc ou de chèvre ;
Les faux maroquins, qui se préparent avec des
peaux de mouton, des moutons sciés ou de très-min-
ces peaux de veau.
Les faux maroquins se nomment aussi moutons
ou veau maroquinés.
Les vrais maroquins sont des peaux de luxe qu’on
réserve aux belles reliures. Leur nom vient de celui
du Maroc, et il leur a été donné parce que c’est de ce
pays que l’art de les fabriquer a été introduit en Eu-
rope, du moins en France.
On sait que la découverte de cette branche du tra-
vail des cuirs est attribuée aux Orientaux, qui, à
l’époque de la conquête arabe, le firent dit-on, connaî-
tre aux populations de l’Afrique du Nord.
Pendant longtemps, tout le maroquin employé
en Europe, avait une origine étrangère ; on le ti-
rait soit du Levant, c’est-à-dire de la Turquie d’Eu-
rope, de l’Asie-Mineure, de la Syrie ou de l’Égypte ;
soit des pays barbaresques, c’est-à-dire des régences
d’Alger, de Tripoli, de Tunis et de l’empire du Maroc.
Depuis le siècle dernier, les choses ont tellement
changé qu’aujourd’hui les Européens en fabriquent in-
finiment plus qu’ils n’en peuvent consommer, et qu’en
outre, quand ils travaillent, avec les soins convena-
bles, des peaux bien choisies, ils obtiennent des pro-
duits toujours égaux et le plus souvent très-supé-
rieurs à ceux des Orientaux.
Les peaux qui donnent le meilleur maroquin et le
plus solide, proviennent du Maroc, de l’Espagne et
de l’Agérie. Cela provient de ce que les chèvres de


72 MATIÈRES EMPLOYÉES PAR LE RELIEUR.

ces pays sont plus grandes et plus fortes que celles
de nos contrées du Nord, et qu’en outre l’action du
climat, tout à la fois chaud et sec, sous lequel elles
vivent, communique à leur peau une densité et une
dureté que ne peut jamais acquérir la peau des chè-
vres des régions plus ou moins froides et humides.
Pour la même raison, en France, les peaux des chè-
vres des départements montagneux du Midi valent
infiniment mieux que celles des autres départements.
Au reste, en général, tous les pays de plaine et du
Nord ne produisent que des peaux de fort médiocre
qualité.
La grosseur de ce qu’on appelle le grain du maro-
quin est due au plus ou moins d’épaisseur et de gros-
sièreté des peaux. Plus donc la peau est épaisse et
grossière, plus le maroquin qui en est fait a le grain
gros et réciproquement. Le maroquin gros grain, dit@
du Levant, doit uniquement à cette cause, et non à
un travail particulier ou à une préparation tenue se-
crète, l’aspect qui le caractérise. Comme tous les
autres maroquins que l’on tire encore des pays orien-
taux, il n’a réellement d’autre mérite que de venir de
loin. On peut même dire que la plupart des maro-
quins qualifiés du Levant sont tout simplement de
beaux maroquins français qu’on a débaptisés pour
satisfaire la fantaisie des consommateurs.
Ainsi que nous venons de le dire et que nous ne
saurions trop le répéter, les produits des maroqui-
niers européens, surtout ceux des maroquiniers fran-
çais, valent toujours ceux des Orientaux, quand ils
ont été préparés avec soin ; ils leur sont même géné-
ralement supérieurs. Dans tous les cas, ils ont sur
eux l’avantage de présenter presque toutes les teintes
de la palette la plus riche, tandis que ceux des Asia-


MATIÈRES EMPLOYÉES PAR LE RELIEUR. 73
tiques ne sortent jamais d’un très-petit nombre de
couleurs, invariablement les mêmes.
En raison de son prix élevé, le maroquin ne peut
être employé que pour les reliures soignées, par con-
séquent coûteuses. C’est en vue des reliures commu-
nes ou mi-communes qu’on a imaginé les moutons
maroquinés. Ces peaux se travaillent de la même
manière que celles de chèvre, et, quand elles ont été
préparées par des ouvriers habiles, elles imitent assez
bien ces dernières. Après les avoir teints, on les im-
prime quelquefois sur chair pour simuler le velours.
Les moutons dédoublés, ou sciés, ne sont autre
chose que des moutons maroquinés, divisés dans leur
épaisseur. Cette opération s’effectue avec des machi-
nes spéciales, dites à refendre. On obtient ainsi deux
peaux d’une seule, quelquefois même trois. Chacune
de ces peaux est nécessairement d’une extrême min-
ceur, mais, comme elle coûte fort peu de chose, elle
peut servir pour les reliures à bon marché.
[modifier] § 4. -- CUIR DE RUSSIE.
Sous le nom de cuir de Russie, on désigne un cuir
qui joint à une odeur particulière, assez agréable, la
triple propriété d’être imperméable, de ne pas moisir
dans les lieux humides et de repousser les insectes ;
on lui donne ce nom parce que, jusqu’à présent, il a
été presque exclusivement fabriqué en Russie. On
l’appelle aussi cuir de roussi, parce qu’il est le plus
souvent teint en rouge roussâtre, mais rien n’empê-
che de lui donner d’autres couleurs.
En raison des propriétés qui viennent d’être énu-
mérées, on choisit souvent le cuir de Russie pour
les reliures de bibliothèque et, en général ; pour les
livres dont on veut assurer plus particulièrement la
Relieur. 5


74 MATIÈRES ENPLOYÉES PAR LE RELIEUR.

conservation. Dans tous les cas, c’est une matière de
luxe.
Le cuir de Russie se prépare avec des peaux de
cheval, de veau et de chèvre ; pour la reliure, on em-
ploie seulement les veaux minces et les chèvres. Pour
matière tannante, on fait usage d’écorce de saule, de
pin ou de bouleau, ou d’un mélange de ces trois écor-
ces. Quant à l’odeur qui le caractérise, on la lui
communique en l’imprégnant, du côté de la chair,
d’une huile empyreumatique provenant de la distilla-
tion de l’écorce de bouleau. Cette huile, qu’on ap-
pelle vulgairement huile de Russie, doit elle-même
sa propriété aromatique à un principe particulier
qui à reçu le nom de bétuline. Enfin, la couleur
roussâtre se donne avec une décoction de santal
rouge et de bois de Brésil dans l’eau de chaux.
Depuis plusieurs années, on imite à Paris, à
Vienne et à Londres, le cuir de Russie, et les imita-
tions sont quelquefois aussi belles et aussi durables
que les produits d’origine russe, dont elles ont d’ail-
leurs les autres propriétés.
[modifier] § 5. -- CHAGRIN.
Comme le maroquin, le chagrin est encore une in-
vention orientale. Ce qui le caractérise, c’est qu’il est
grenu d’un côté, c’est-à-dire couvert de petits tuber-
cules arrondis.
En Perse, en Turquie, dans l’Asie-Mineure, où on
l’appelle saghir ou sagri, on prépare le chagrin avec
la partie de la peau de cheval et d’âne sauvage qui
recouvre la croupe de l’animal. Pour matière tan-
nante, on se sert de tan de chêne ou d’alun. Enfin,
on produit le grain d’une façon assez bizarre. Après
avoir ramolli la peau, on l’étend dans un châssis,


MATIÈRES EMPLOYÉES PAR LE RELIEUR. 75
puis on répand, sur le côté de la chair ; la semence
dure et noire de l’Arroche sauvage (Chenopodium
album des botanistes), après quoi on la piétine pour
y faire bien pénétrer les graines, et l’on fait sécher.
Quand la peau est devenue sèche, on la secoue pour
en faire tomber les semences ; elle paraît alors criblée
de petites cavités produites par la pression des se-
mences. Plus tard, à la suite de certaines manipula-
tions, toutes ces parties déprimées augmentent de
volume et, en se soulevant, donnent naissance aux
tubercules que l’on veut produire.
La fabrication du chagrin existe en Europe, no-
tamment en France, depuis une cinquantaine d’an-
nées au moins, mais elle n’y a pris quelque impor-
tance qu’après l830. Elle n’emploie, du moins pour
la reliure, que des maroquins ou des moutons maro-
quinés.
Dans le principe, on n’opérait que sur des mor-
ceaux découpés à la demande des relieurs, et l’on y
faisait le grain, c’est-à-dire les tubercules, au moyen
d’une planche gravée que l’on appliquait sur le cuir
après l’avoir chauffée à une température peu élevée,
et sur laquelle on exerçait ensuite une assez forte
pression. Mais ce grain n’avait ni la fermeté ni la
régularité désirables ; il disparaissait même en partie
entre les mains des relieurs.
Le relieur Thouvenin paraît être le premier qui ait
chagriné à la main. Après avoir taillé, encollé et pré-
paré, ses peaux, il les roulait avec le liège et la pau-
melle, et obtenait un grain ferme, serré et à pointe
diamantée, qui fut immédiatement recherché par les
amateurs. Ce procédé avait cependant deux défauts
fort graves : il était long et dispendieux.
Il y avait donc un nouveau progrès à réaliser. On


76 MATIÈRES EMPLOYÉES PAR LE RELIEUR.

eut alors l’idée de chagriner les peaux entières après
la teinture ; mais le grain, qui ne se forme que par
le renflement de l’épiderme du cuir et par un travail
très-long, et qui, en outre, exige une grande adresse
de la part de l’ouvrier, ne put d’abord s’obtenir que
très-imparfaitement. Ce ne fut même qu’après une
multitude d’essais que l’on parvint à faire du chagrin
de qualité convenable, c’est-à-dire à grain égal, ferme,
serré, mat au fond et brillant à la surface.
C’est par un paumelage soigné que le maroquin se
chagrine, et l’on se sert, suivant le cas, de paumelles
striées en dessous ou de paumelles où les stries sont
remplacées par un morceau de peau de chien marin
dont les rugosités déterminent la formation du grain.
On emploie aussi des cylindres garnis de cannelures
très-fines disposées en spirale, et entre lesquels on
fait passer les peaux dans des sens différents, mais
le grain produit par ces machines, n’a aucune durée,
il ne se soutient même pas au travail.
[modifier] § 6. -- TEINTURE DES PEAUX.
Anciennement, les relieurs teignaient eux-mêmes
leurs peaux et, malgré leurs soins, ils ne parvenaient
le plus souvent qu’à obtenir des résultats fort im-
parfaits. La teinture des matières animales et celle
des peaux en particulier, présente, en effet, des diffi-
cultés nombreuses qu’une pratique constante et des
connaissances chimiques très-variées, peuvent seules
permettre de surmonter. Nous engageons les relieurs
à consulter sur ce point le Manuel du Teinturier en
peaux qui fait partie de notre Manuel du Chamoi-
seur, et nous pensons qu’ils feront sagement de se
procurer uniquement par la voie du commerce les
peaux teintes dont ils pourront avoir besoin ; ils évi


MATIÈRES EMPLOYÉES PAR LE RELIEUR. 77
teront ainsi des déceptions à peu près certaines et,
par suite, des pertes de temps et d’argent inutiles.
--------
A propos de la couleur des peaux, basanes, maro-
quins, veaux, chagrins, M. Ambroise-Firmin Didot,
émettait, il y a une vingtaine d’années, une idée in-
génieuse qui a été depuis bien souvent mise en prati-
que, non-seulement pour les livres d’amateur, mais
aussi pour ceux de bibliothèque.
« Depuis quelque temps, écrivait-il, mais pour le
cartonnage seulement, on a adopté des ornements se
rapportant, par le dessin, au sujet traité dans le li-
vre qu’ils recouvrent. Il est désirable que les relieurs,
sortant de leurs habitudes routinières, cherchent
désormais à donner à leurs reliures un caractère plus
particulier. Ainsi, comme principe général, le choix
des couleurs plus ou moins sombres, plus ou moins
claires, devrait toujours être approprié à la nature
des sujets traités dans les livres. Pourquoi ne réser-
verait-on pas le rouge pour la guerre et le bleu pour
la marine, ainsi que le faisait l’antiquité pour les
poèmes d’Homère, dont les rapsodes vêtus en pour-
pre chantaient l’Iliade et ceux vêtus en bleu chan-
taient l’Odyssée ? On pourrait aussi consacrer le
violet aux œuvres des grands dignitaires de l’Église,
le noir à celles des philosophes, le rose aux poésies
légères, etc. Ce système offrirait, dans une vaste bi-
bliothèque, l’avantage d’aider les recherches en frap-
pant les yeux tout d’abord. On pourrait aussi dési-
rer que certains ornements indiquassent sur le dos
si tel ouvrage sur l’Égypte, par exemple, concerne
l’époque pharaonique, arabe, française ou turque ;
qu’il en fût de même pour la Grèce antique, la Grèce


78 MATIÈRES EMPLOYÉES PAR LE RELIEUR.

byzantine on la Grèce moderne, la Rome des Césars
ou celle des papes. >>
On vient de voir que cette idée de mettre la cou-
leur des peaux en harmonie avec la nature des ma-
tières de l’ouvrage, avait reçu d’assez nombreuses
applications ; mais, comme il arrive, même aux meil-
leures choses, elle a été quelquefois singulièrement
comprise. Nous n’avons pas oublié l’étonnement dont
frappa les gens de goût, à l’exposition universelle de
Paris, en 1867, une histoire de Napoléon Ier, envoyée
par un relieur anglais qui avait imaginé de la diviser
en trois parties égales, rouge, blanc et bleu, croyant
sans doute se faire bien venir du public français en
lui montrant la réunion des couleurs nationales.
[modifier] § 7. -- PARCHEMIN ET VÉLIN.
Nous n’apprendrons rien à personne en disant que
le PARCHEMIN n’est pas un cuir proprement dit, puis-
que aucune espèce de tannage ne fait partie de sa
préparation. On appelle ainsi toute peau qui a été
simplement nettoyée, épilée, débarrassée des parties
inutiles, enfin étendue, égalisée et desséchée.
Toutes les peaux pourraient, à la rigueur, être con-
verties en parchemin ; mais, sauf les exceptions, les
parcheminiers ne travaillent généralement que celles
de mouton, d’agneau, de chèvre, de chevreau et de
veau.
On sait que les produits de la parcheminerie for-
ment trois groupes bien distincts : le parchemin or-
dinaire, le parchemin vitré, et le vélin. Le parche-
min ordinaire et le parchemin vitré se subdivisent
ensuite, l’un et l’autre, en parchemin brut et par-
chemin raturé, lesquels diffèrent en ce que le der-
nier reçoit des façons complémentaires appelées


MATIÈRES EMPLOYÉES PAR LE RELIEUR. 79
raturage et polissage, qui ont pour objet d’en ren-
dre la surface aussi unie et aussi blanche que pos-
sible.
Le parchemin ordinaire se fait soit avec des peaux
de mouton, de chèvre ou de veau, soit avec des mou-
tons dédoublés. C’est celui qu’on emploie en reliure,
et on le choisit brut pour les livres de peu de valeur,
et raturé pour les ouvrages plus ou moins précieux.
Ce dernier, qui, en raison des opérations complé-
mentaires qu’il a reçues, est plus cher que l’autre,
est le plus souvent utilisé pour l’impression des di-
plomes des universités et des sociétés savantes, et la
transcription de certains écrits auxquels on veut as-
surer une longue durée. Quelques genres de peinture,
l’imagerie et la fabrication des fleurs artificielles en
consomment aussi une quantité notable.
Il n’y a rien à dire du parchemin vitré, sinon que
c’est à lui qu’on a recours pour la garniture des tam-
bours, des timbales, des grosses caisses et des cri-
bles communs et que selon sa destination, on le pré-
pare presque toujours avec des peaux de veau, de
porc, de chèvre, de mouton ou de bouc.
Quant au vélin, il ne se fait pas toujours avec des
peaux de veau, comme son nom pourrait le faire
croire. On emploie indistinctement les peaux de mou-
ton, de chèvre, de veau mort-né et de veau de moyenne
force, et, suivant la peau qu’on a choisie, on l’appelle
vélin mouton, vélin chèvre, vélin veau, etc. C’est
un parchemin ordinaire, mais de qualité supérieure,
qui a été raturé des deux côtés, amené partout à une
épaisseur parfaitement égale, travaillé avec le plus
grand soin, et enfin enduit d’une bouillie de blanc
d’argent et de colle de peau. On en fait usage pour
peindre et pour écrire. Anciennement, on l’utilisait


80 MATIÈRES EMPLOYÉES PAR LE RELIEUR.

aussi pour des reliures d’amateur, dont des orne-
ments d’or variaient agréablement l’uniformité.

[modifier] IIe SECTION - Papier Parcheminé, Ivoire, Écaille, Nacre

[modifier] § 1. -- LE PAPIER PARCHEMINÉ.
Depuis une trentaine d’années, on fabrique des pa-
piers qui possèdent les qualités essentielles du par-
chemin et du vélin, et que, pour ce motif, on appelle
PAPIERS PARCHEMINéS. On a proposé plusieurs fois
de les substituer, pour des reliures communes, à la
basane, au mouton maroquiné, même au veau. Cette
idée n’a pas eu encore beaucoup de succès pratique,
mais rien ne prouve qu’un jour il n’en soit autre-
ment. Quoi qu’il en soit, nous croyons devoir dire
quelques mots de ces produits.
On distingue deux sortes principales de papiers
parcheminés, chacune renfermant d’assez nombreu-
ses variétés, de force et de couleurs différentes ; ce
sont les papiers parcheminés proprement dits et le
parchemin végétal.
Les papiers parcheminés sont des papiers fabri-
qués à la manière ordinaire, mais avec des soins
tout particuliers, des précautions spéciales, et pour
la préparation de la pâte desquels on emploie des
matières de choix, pour ainsi dire exceptionnelles.
Ceux qui sont utilisés en France proviennent de trois
ou quatre usines, dont les produits, remarquables
pour leur excellente qualité, suffisent largement aux
besoins de la consommation.
Le parchemin végétal, qu’on appelle aussi papier
anglais, parce que c’est en Angleterre qu’il a été
d’abord produit sur une grande échelle, est tout


MATIÈRES EMPLOYÉES PAR LE RELIEUR. 81
simplement du papier ordinaire non collé qui a été
soumis à l’action de l’acide sulfurique ou à celle
d’une solution de chlorure de zinc. On emploie le plus
souvent l’acide sulfurique. On le choisit concentré
et l’on y ajoute de l’eau pure dans la proportion de
125 grammes pour 1,000 grammes d’acide, après quoi
l’on y trempe le papier de telle sorte qu’il soit égale-
ment mouillé des deux côtés. La durée de l’immer-
sion varie suivant l’épaisseur du papier ; elle est
d’autant plus longue que celui-ci est plus épais ; dans
tous les cas, elle ne doit pas être inférieure à 5 se-
condes ni supérieure à 20 secondes. Quand le papier
a été extrait du bain, on le lave à l’eau froide, et à
plusieurs reprises, afin de le débarrasser de toutes
les parties d’acide qu’il a pu retenir. Il n’y a plus
alors qu’à, le faire sécher très-lentement, et l’on ob-
tient ce résultat en le plaçant entre deux pièces de
flanelle ou entre plusieurs feuilles de buvard, et po-
sant sur le tout une planche chargée de poids.
Quand le parchemin végétal a été préparé avec tous
les soins convenables, il a la couleur, la transluci-
dité, la solidité du parchemin ordinaire, ou parche-
min animal, et il peut le remplacer dans toutes ses
applications usuelles ; il peut même en recevoir d’au-
tres, auxquelles ce dernier serait impropre.
[modifier] § 2. -- L’IVOIRE.
On sait que l’IVOIRE du commerce est la matière
blanche et excessivement dure qui constitue les dents
de certains animaux terrestres ou marins, tels que
l’Eléphant, l’Hippopotame, le Cachalot, le Morse, le
Narval, etc. Celui qu’emploie le relieur est exclusive-
ment fourni par les deux grosses dents, ou défenses,
qui, partant de la mâchoire supérieure de l’Eléphant,
5.


82 MATIÈRES EMPLOYÉES PAR LE RELIEUR.

sortent de la bouche, l’une à droite, l’autre à gauche,
sur une longueur de 50 centimètres à près de 3 mè-
tres. En conséquence, c’est de lui seul qu’il sera ques-
tion dans les paragraphes suivants.
Bien que l’ivoire ait la même composition chimique
que les os, on le distingue très-facilement de ces der-
niers. Premièrement, il est beaucoup plus dur et son
grain est infiniment plus fin. Deuxièmement, sa coupe
transversale présente un tissu losangé, une multitude
d’aréoles rhomboïdales, caractère que n’offrent ja-
mais les os.
Il existe deux espèces d’Eléphants : l’Eléphant des
Indes, appelé aussi Eléphant d’Asie, et l’Eléphant
d’Afrique. L’Eléphant des Indes habite toute l’Asie
méridionale, c’est-à-dire l’Inde proprement dite et
l’Indo-Chine, plusieurs contrées de l’Asie centrale et
les grandes îles de l’Archipel indien. Quant à l’Elé-
phant d’Afrique, on le rencontre dans toutes les ré-
gions boisées du centre et du sud du continent afri-
cain, depuis le Sénégal et l’Abyssinie jusqu’au cap
de Bonne-Espérance.
Les pays producteurs d’ivoire sont donc très-nom-
breux ; mais l’ivoire qu’on en retire ne présente ni les
mêmes teintes, ni la même finesse de grain, ni la
même dureté, etc. De là les différentes sortes d’ivoire
qu’on trouve dans le commerce, et dont les unes sont
préférables aux autres suivant l’usage particulier
qu’on veut en faire. Malheureusement, elles n’ont pas
encore été assez complétement étudiées, leurs carac-
tères n’ont pas encore été suffisamment déterminés,
pour qu’il soit possible de les distinguer toujours
avec certitude.
L’ivoire d’Afrique est généralement regardé comme
supérieur à celui d’Asie ; mais le fait est loin d’être


MATIÈRES EMPLOYÉES PAR LE RELIEUR. 83
établi, du moins pour tous les cas. Quoiqu’il en soit,
voici quelles sont les principales sortes commerciales
de l’un et de l’autre :
L’ivoire de guinée : il nous arrive de la côte occi-
dentale d’Afrique : c’est celui qui passe pour le meil-
leur. Il est très-dur, très-pesant et d’un grain fin.
D’abord d’un blond jaunâtre un peu translucide, il
devient peu à peu très-opaque. En outre, il blanchit
de plus en plus, à mesure qu’il vieillit, tandis que les
autres sortes, dans les mêmes circonstances ; pren-
nent une teinte jaune plus ou moins foncée.
L’ivoire du Cap : il vient de l’Afrique du Sud et
porte le nom de la ville qui est censée @être@ le siège prin-
cipal de l’exportation. Il est moins dur que le précé-
dent et sa couleur varie du jaunâtre au blanc mat.
L’ivoire du Sénégal, l’ivoire d’Abyssinie : ils ont
à peu près les mêmes caractères que celui du Cap.
L’ivoire des Indes : il est généralement blanc,
mais d’un blanc plus ou moins pur, quelquefois
même rosé. Il renferme plusieurs variétés, parmi les-
quelles deux surtout sont estimées, savoir : l’ivoire
de Ceylan et l’ivoire de Siam. L’ivoire dit de Bom-
bay leur est très-inférieur. En outre, bien qu’il porte
le nom d’une ville indienne, il n’a pas une origine
asiatique : c’est un ivoire africain qu’on tire de la
côte orientale d’Afrique, principalement par Zanzi-
bar.
Quelle que soit la provenance de l’ivoire, qu’il soit
fourni par l’Eléphant d’Afrique ou par l’Eléphant
d’Asie, quand on scie une dent dans sa longueur, on
la trouve souvent colorée intérieurement en plusieurs
nuances. Ainsi, certaines parties sont jaunes, d’au-
tres sont rosées, d’autres enfin ont une teinte olivâ-
tre. Toutefois, ces dernières ne se rencontrent que


84 MATIÈRES EMPLOYÉES PAR LE RELIEUR.

dans les défenses enlevées récemment à l’animal. On
ne les trouve jamais dans l’ivoire mort, c’est-à-dire
dans les défenses dont les possesseurs sont morts
depuis longtemps.
L’ivoire à couleur olivâtre est communément dési-
gné sous le nom d’ivoire vert. Ainsi qu’on vient de le
voir, c’est la partie interne des dents qui ont été ar-
rachées depuis peu de temps à l’animal. Au moment
ou en débitant une de ces dents, on l’amène au jour,
il est plus tendre et se travaille plus facilement que
les autres parties de la même dent ; mais il durcit
peu à peu et, en même temps, il acquiert une blan-
cheur éclatante que l’action de l’air n’altère pas. Ces
circonstances le font mettre de côté avec soin, et on
le réserve pour les ouvrages de luxe.
Outre l’ivoire vert, il y a aussi un ivoire bleu. Ce
dernier se retire de dents d’animaux de la famille de
notre Eléphant, dont l’espèce a disparu depuis une
époque immémoriale et probablement antérieure à
l’apparition de l’homme. Ces dents se rencontrent
dans le sein de la terre, où, par un séjour de plusieurs
milliers d’années, elles se sont lentement pénétrées
de sels métalliques qui leur ont communiqué la co-
loration qui les caractérise. Elles sont surtout abon-
dantes en Sibérie et dans l’Amérique du Nord.
-------------
Les relieurs achètent les plaques d’ivoire dont ils
ont besoin, chez des marchands qui les leur fournis-
sent toutes prêtes à être fixées sur les livres. Il n’est
donc pas nécessaire que nous leur apprenions com-
ment on travaille cette matière. Mais ce qui pourra
leur être utile à connaître, c’est qu’il est possible de
débiter une dent, non pas de manière à la dérouler,


MATIÈRES EMPLOYÉES PAR LE RELIEUR. 85
comme on l’a dit improprement, mais à en extraire
des feuilles d’une longueur véritablement surpre-
nante. Ainsi, par exemple, nous nous rappelons
avoir vu, à l’exposition de Paris, en 1855, une feuille
de ce genre qui n’avait pas moins de 2 mètres de
long sur 66 centimètres de largeur. Comme ces feuil-
les sont peu épaisses et très-légères, elles donnent le
moyen de mettre à la portée des personnes peu aisées
des reliures habituellement assez chères. Cela est in-
finiment préférable à l’usage, adopté par certains
éditeurs, de faire relier les livres de mariage ou de
première communion, à bon marché, avec des plan-
chettes de houx ou de quelqu’autre bois analogue,
recouvertes d’un vernis qui leur communique une
fausse apparence de l’ivoire.
Quelques mots maintenant sur le blanchiment de
l’ivoire jauni. Beaucoup de procédés ont été indiqués
pour cela ; mais aucun ne produit des résultats tout
à fait satisfaisants, il y en a même dans le nombre
dont il faudrait se garder de se servir. En voici un
cependant qui, sans être parfait, n’a du moins aucun
inconvénient. Il consiste à brosser l’objet d’ivoire
avec de la pierre ponce calcinée, réduite en poudre
impalpable et délayée dans de l’eau, puis à le renfer-
mer, encore humide, sous une cloche de verre que
l’on expose à l’action directe du soleil, pendant plu-
sieurs jours. Au bout d’un certain temps, l’ivoire a
repris sa première blancheur et, malgré la chaleur
élevée à laquelle il a été soumis pendant son exposi-
tion, il est rare qu’il s’y soit produit quelque ger-
çure.
D’après le chimiste Cloez, on blanchit compléte-


86 MATIÈRES EMPLOYÉES PAR LE RELIEUR.

ment l’ivoire jauni, et d’une manière beaucoup plus
prompte, en le mettant dans une caisse vitrée conte-
nant de l’essence de citron ou de l’essence de téré-
benthine. Il faut avoir soin que les objets ne touchent
pas l’essence, et l’on obtient ce résultat en le posant
sur un ou plusieurs petits supports en zinc ; sans
cette précaution, ils ne manqueraient pas d’être plus
ou moins détériorés. Si l’on opère au soleil, trois ou
quatre jours suffisent pour que l’ivoire devienne d’une
blancheur éblouissante. Si c’est à l’ombre, la durée
de l’exposition doit être un peu plus longue.
[modifier] § 3. -- L’ÉCAILLE
On sait que le corps de la plupart des tortues est
enfermé dans une espèce de cuirasse et que, comme
les coquilles à nacre, cette cuirasse se compose de
deux parties bien distinctes, l’une externe, l’autre
interne. C’est la partie externe qui constitue L’ÉCAILLE ;
elle recouvre l’autre sous forme de plaques.
Quand une cuirasse est complète, ce qui n’a jamais
lieu chez certaines espèces, elle présente deux pièces
principales : la carapace, qui protège le dos, et le
plastron, qui couvre la poitrine et le ventre, les-
quelles sont réunies ordinairement par des pièces
latérales qu’on appelle sertissures ou onglons.
La carapace comprend 18 plaques qui tantôt se
joignent bord à bord, tantôt se recouvrent légèrement
comme les tuiles d’un toit, mais toujours sont sou-
dées et rigides. Le plastron n’en contient que 9 qui,
à l’exception d’une seule, sont soudées entre elles ou
bien articulées. Leur épaisseur, rarement inférieure
à 5 millimètres, dépasse quelquefois 30 centimètres.
Quant à leurs autres dimensions, elles varient sui-
vant la taille des Tortues qui, à peine grandes par-


MATIÈRES EMPLOYÉES PAR LE RELIEUR. 87
fois comme la paume de la main, atteignent, dans
certaines espèces, une longueur de 1 mètre et demi et
une largeur de 2 mètres ; elles varient aussi, dans la
même tortue, suivant la place que les plaques occu-
pent.
Sauf de rares exceptions, toute l’Ecaille qu’emploie
l’industrie est fournie par les Tortues de mer, plus
particulièrement par celles qui appartiennent au
genre caret, au genre de la tortue franche et au
genre caouanne.
Les Carets habitent l’Atlantique, la mer des Indes
et une grande partie du Pacifique. Ce sont des tor-
tues de grande taille dont le poids n’est quelquefois
pas inférieur à 100 kilogrammes. Leur écaille est la
plus belle qui existe, mais elle est relativement peu
commune, parce que les individus les plus volumi-
neux ne donnent guère plus de 2 kilogrammes à 2
kilogrammes et demi de matière qu’on puisse tra-
vailler.
Les Tortues franches se rencontrent surtout dans
l’Atlantique, la mer des Indes et les mers du Sud.
Ce sont également des animaux de grande taille.
Enfin, les Caouannes habitent l’Atlantique et la
Méditerranée ; l’on en rencontre assez souvent sur
les côtes de France et d’Angleterre. Elles sont plus
petites que les précédentes ; néanmoins, il n’est pas
rare d’en prendre dont la longueur dépasse 1 mètre.
Dans le commerce de l’Ecaille, on divise cette
matière en huit sortes, savoir :
La grande écaille de l’Inde ; elle est fournie par
le Caret. Détachée de la carapace, elle se présente
en feuilles épaisses, solides, peu flexibles et translu-
cides. Sa couleur est ordinairement noire avec des
taches ou jaspures bien détachées, dont la teinte


88 MATIÈRES EMPLOYÉES PAR LE RELIEUR.

varie du jaune pâle au brun rouge. Elle renferme
plusieurs vaviétés qui viennent, les unes des mers
de l’Inde, de la Chine ou du Japon, les autres des
îles Seychelles ;
L’écaille jaspée de l’Inde : elle est également four-
nie par le Caret et se tire des mêmes lieux. On la
confond souvent avec la précédente, dont elle diffère
cependant en ce qu’elle n’est tranlucide qu’aux en-
droits de couleur claire, et qu’elle est tout à fait
opaque dans les parties rembrunies ;
La grande écaille d’Amérigue : elle provient de
la Tortue franche et nous est fournie par les Antilles
et la plupart des contrées de l’Amérique du Sud. Ses
feuilles sont plus épaisses et plus grandes que celles
des autres sortes. Sa couleur, verdâtre au dehors,
noirâtre au dedans, est marquée, particulièrement
sur les bords, de larges jaspures d’un rouge brunâ-
tre ou d’un jaune citron ;
La grande écaille de tortue franche : malgré son
nom, elle n’est pas fournie par la Tortue franche
proprement dite, mais par une autre espèce du même
genre. On la reçoit surtout de l’Amérique. Sa cou-
leur est un brun plus ou moins foncé, avec des taches,
des bandes ou des marbrures jaunes, rougeâtres ou
blanchâtres. Elle est mince, flexible et seulement
translucide dans les parties claires ;
La grande écaille de caouanne : comme l’indique
son nom, elle provient de la Tortue caouanne. A
l’extérieur, elle présente un fond brun, noirâtre ou
rougeâtre, avec de grandes taches d’un blanc sale et
transparentes, et de petites d’un blanc mat et opa-
ques. A l’intérieur, elle est revêtue d’une matière
jaune, semblable à une crasse, et si peu adhérente
qu’on la détache avec l’ongle ;


MATIÈRES EMPLOYÉES PAR LE RELIEUR. 89
L’écaille de caouanne blonde : elle est fournie
par l’une des treize plaques de la carapace de la
Caouanne. Cette écaille se distingue des autres par
sa couleur d’un jaune doré, qui est d’une transpa-
rence un peu louche quand la plaque est brute, mais
qui devient d’une grande limpidité, quand elle est
polie ;
L'onglon sain de l’Inde : cette sorte provient des
pattes du Caret. Elle est lisse, de couleur brune et de
faibles dimensions ;
L’onglon galeux d’Amérique : cette écaille est
fournie par les pattes de la Tortue franche. Les pla-
ques sont formées de deux feuilles d’inégale gran-
deur, qui se séparent facilement, et dont l’une est
blonde et l’autre brune. On l’appelle galeuse parce
qu’elle est quelquefois couverte d’aspérités qui ren-
dent sa surface raboteuse.
On sait que l’écaille est très-fragile. Elle se laisse
heureusement ramollir par le moyen du feu ou de
l’eau bouillante, et ; en outre, elle se soude sans
l’intermédiaire d’aucune autre substance, propriété
précieuse dont on tire journellement parti dans l’in-
dustrie.
Une feuille d’écaille est-elle plus ou moins bombée ?
Il suffit, pour la redresser, de la faire tremper dans
l’eau bouillante ; puis, quand on la juge suffisamment
ramollie, on la place entre deux plaques de cuivre ou
de fer bien polies et chauffées à une température de
120 à 150 degrés, et l’on porte le tout sur une presse
que l’on serre progressivement.
Pour réunir deux plaques d’écaille, l’opération est
également fort simple. Après avoir taillé en biseau


90 MATIÈRES EMPLOYÉES PAR LE RELIEUR.

l’un des bords de chacune d’elles, on les fait tremper
dans l’eau bouillante pour les ramollir. On les retire
ensuite, on pose les deux biseaux exactement l’un
sur l’autre, et on les maintient en place, en les ser-
rant entre le pouce et l’index, jusqu’à, ce qu’ils se
soient entièrement refroidis ; ou bien, pour hâter ce -
refroidissement, on les plonge dans d’eau froide. Il
n’y a plus alors, pour achever la soudure, qu’à les
disposer, comme ci-dessus, entre deux plaques de
métal convenablemont chauffées et à les soumettre à
l’action d’une presse.
[modifier] § 4. -- LA NACRE
Un grand nomhre de coquillages semblent formés
de deux parties distinctes, collées l’une sur l’autre,
savoir : une intérieure, qui est brillante, d’un beau
poli, avec la blancheur et les effets irrisés des perles
fines ; et une extérieure qui, rude et grossière, déborde
un peu la première. C’est la partie intérieure qui
constitue la NACRE. Quand on l’a détachée de l’autre,
elle est en plaques de différentes dimensions, suivant
l’âge et l’espèce des mollusques. Néanmoins, ces pla-
ques ne dépassent jamais ou presque jamais 22 cen-
timètres de diamètre et 28 millimètres d’épaisseur.
La Nacre la plus belle est fournie par l’Avicule ou
Aronde perlière, c’est-à-dire par le mollusque qui
produit les perles. Ce coquillage et les autres ani-
maux du même genre qui sont aussi producteurs de
nacre, habitent les mers de presque toutes les con-
trées chaudes de l’ancien monde et du nouveau.
Il y a plusieurs sortes de nacre. Les plus répan-
dues dans le commerce sont les suivantes :
La nacre franche ou nacre vraie : elle est en val-
ves aplaties ou très-légèrement concaves. Sa partie


MATIÈRES EMPLOYÉES PAR LE RELIEUR. 91
intérieure est d’un blanc éclatant et reflète toutes les
couleurs de l’arc-en-ciel, mais elle est bordée d’une
bande bleuâtre, que précède immédiatement une autre
bande un peu plus large et d’un jaune verdâtre. On
la trouve surtout dans le détroit de Manaar, entre
l’île de Ceylan et la presqu’île de l’Inde. On en reçoit
aussi beaucoup des Philippines, des Moluques et des
îles voisines ;
La nacre bâtarde blanche : les valves sont plus
creuses que celles de la précédente. L’intérieur est
blanc au centre, puis il passe au rouge, au vert, au
bleuâtre, et se termine par une bande jaune, quel-
quefois verdâtre. Son iris n’est remarquable que vers
le bord ; il se compose uniquement de rouge et de
vert. Cette nacre se tire principalement de Zanzibar
et de Mascate ;
La nacre bâtarde noire : son intérieur est d’un
blanc bleuâtre qui s’assombrit sur les bords. Comme
celui de la précédente, son iris ne s’aperçoit bien
que vers les bords ; il se compose de rouge, de bleu et
d’un peu de vert. On en distingue deux variétés : la
nacre du Levant, qui se rencontre dans les mers de
l’Inde, et la nacre de Californie, qu’on pêche dans
le Pacifique, aux îles Marquises et sur les côtes du
Pérou, du Chili, du Mexique et de la Californie.
La nacre d’oreille de mer ou nacre d’haliotide :
elle possède un bel éclat et des teintes très-brillantes,
mais elle est toujours fort mince. On la reçoit pres-
que exclusivement du Levant, bien qu’elle existe
dans toutes les mers des pays chauds, même dans la
Méditerranée.


92 COLLES.

[modifier] IIIe SECTION - Colles.

Nous ne saurions terminer ce chapitre sans parler
des COLLES, dont le choix et l’emploi judicieux font la
qualité de la reliure, quels qu’en soient le genre et
le prix. Le caractère principal d’une bonne reliure
consiste dans la plus grande souplesse des arti-
culations ; il faut, pour l’obtenir, que la colle que
l’on emploie réunisse ces deux qualités essentielles :
s’attacher d’une façon définitive aux parties avec
lesquelles on la met en contact, et conserver après
l’emploi une élasticité parfaite. Une colle qui durcit
ou qui devient cassante ne peut nullement convenir
à la reliure. On doit aussi se méfier des colles ven-
dues à bas prix, qui sont ordinairement mélangées
et qui peuvent renfermer des matières contraires au
service qu’elles sont appelées à rendre (1).
Colle forte. -- La colle forte est celle dont on se
sert habituellement pour la reliure ; nous parlerons
donc très succinctement de ses propriétés qu’il est
utile à tout relieur de connaître, afin qu’il puisse
l’employer avec intelligence et discernement.
On fabrique la colle forte avec des rognures de
peaux, les cartilages, les os et les débris d’animaux.
On obtient, en les faisant bouillir dans de l’eau, une
matière translucide qui, en se refroidissant, se prend
en gelée de consistance variable, suivant qu’on a em-
(1) Voir pour plus de détails le Manuel du Fabricant de
Colles, 1 vol. in-18, 3 fr., publié dans la Collection des Manuels-
Roret.


C0LLES. 93
ployé plus ou moins d’eau. Cette matière est la géla-
tine ; en cet état, elle a encore besoin d’être clarifiée.
A l’état de pureté, elle est douée d’une force adhésive
considérable. L’eau froide la gonfle, l’amollit et la
rend opaque, mais sans la dissoudre. Il est donc
avantageux de la plonger d’abord en morceaux dans
de d’eau froide, pour la débarrasser des sels solubles
qu’elle peut renfermer, puis de la faire dissoudre
dans une nouvelle eau à une chaleur douce. Les
colles de première qualité absorbent jusqu’à six fois
leur poids d’eau ; celles du commerce l’absorbent
environ trois fois, et les colles de basse qualité en
absorbent encore moins.
Aussitôt qu’il commence à s’en servir, c’est-à-dire
après avoir encollé le dos d’un volume, le relieur
peut se rendre compte de sa qualité, d’après l’encol-
lage de la veille. Si, en arrondissant le dos pour for-
mer la gouttière, les cahiers prennent la courbure
voulue sans que la colle se fendille, ou si elle ne
s’écaille pas sous le marteau, elle est de bonne qua-
lité. Si, au contraire, lorsque le dos est arrondi, des
parcelles de colle s’en détachent, que le tas à arron-
dir se couvre de pellicules, ou qu’en appliquant sur
le dos du volume la main humidifiée par l’haleine
on l’enlève chargée d’une poussière fine formée par
la colle, il n’y a pas à hésiter, il faut la rejeter : un
travail fait avec un produit semblable ne peut avoir
la moindre solidité. Les colles de Lyon remplissent
les conditions voulues pour faire un bon travail.
Pourtant, toute règle n’étant pas sans exception,
on doit faire une réserve pour le collage des toiles
françaises et anglaises, qui réclament l’emploi de
colles dont l’adhérence et la siccativité soient très
rapides ; ces conditions sont absolument indispen-


94 COLLES.

sables pour leur conserver leur fraîcheur et pour ne
pas détruire les dessins gaufrés dont elles sont cou-
vertes. Les colles de Givet remplissent bien ce but.
Les sortes de colle que nous préconisons peuvent
paraître chères au premier abord ; mais elles absor-
bent tant d’eau et elles couvrent avec une couche si
mince qu’il y a encore économie à les employer.
Quand on veut se servir de colle forte, on com-
mence par casser en menus morceaux une ou plu-
sieurs tablettes, puis on les jette dans un chaudron
en fer, de préférence à tout autre vase. On verse des-
sus assez d’eau fraîche pour qu’ils soient entière-
ment recouverts, et on laisse macérer pendant quel-
ques heures jusqu’à complet ramollissement. Alors
on fait bouillir sur un feu doux, en ayant soin de
remuer continuellement, surtout au fond du chau-
dron, afin que la colle ne brûle pas ; la colle brûlée
répand une odeur très désagréable et perd ses qua-
lités essentielles. Cela fait, on verse la préparation
dans un récipient chauffé au bain-marie et on l’em-
ploie tiède à une température telle qu’on puisse y
tenir le doigt. Ce degré de chaleur est suffisant pour
conserver à la colle toutes ses qualités, sans donner
de déchet.
Colle de gélatine. -- On emploie cette colle sur
la soie ou sur le vélin ; elle sert à encoller les vo-
lumes qui ont été nettoyés, ceux qui sont imprimés
sur du papier sans colle, ainsi que les tranches de
ces volumes en vue de les préparer à la dorure ; on
l’emploie encore pour préparer les toiles destinées à
être dorées à l’or faux, au moyen du balancier.
On la prépare comme la colle forte. Après l’avoir
fait bouillir légèrement, on la passe dans un linge
un peu fin. Quand on veut s’en servir, on la chauffe


COLLES. 95
modérément au bain-marie et l’on y ajoute l’eau
nécéssaire, selon le genre de travail à exécuter.
Colle de pâte ou de farine. -- Cette sorte de colle
est fabriquée avec de la farine de froment de bonne
qualité. Ses différents usages, notamment son emploi
au collage des papiers de tenture et des affiches, font
qu’on la trouve toute faite et partout chez les épi-
ciers, les marchands de couleurs et les peintres.
Cependant, au cas ou l’on n’en aurait pas à sa dis-
position, voici la manière de la préparer :
On prend de la farine de froment pur, dont on
verse une certaine quantité dans un chaudron en
cuivre et à laquelle on ajoute une petite quantité
d’eau fraîche. On continue à ajouter petit à petit l’eau
nécessaire, en triturant la pâte avec les mains ou en
la remuant avec une cuillère en bois ; ensuite on
place le chaudron sur un feu vif, et l’on continue de
remuer en tournant toujours dans le même sens et
de plus en plus rapidement dès que la pâte s’épais-
sit. On fait ainsi jeter deux ou trois bouillons, puis
on retire le chaudron du feu et l’on continue de re-
muer encore pendant quelque temps jusqu’à ce que
la pâte se refroidisse.
Quand on veut employer cette colle, au cas ou la
pâte vient à se coaguler, on en place une partie dans
une toile à grosses mailles et, en ramassant deux coins
dans une main et deux coins dans l’autre, on la tord
fortement pour forcer la pâte à traverser les mailles.
On obtient ainsi une colle parfaite.
Colle d’amidon. -- Beaucoup de relieurs se ser-
vent de cette colle pour intercaler entre les cahiers
les gravures montées sur onglet, pour la couvrure
des peaux en général et pour préparer la peau de
veau destinée à être dorée. On la fabrique ainsi :


96 COLLES.

On prend de l’amidon de froment pur ou de riz,
dont la qualité essentielle est de produire une pâte
bien grasse. On en met une certaine quantité dans
un vase de faïence, puis on y ajoute petit à petit un
peu d’eau fraîche, en triturant la pâte dans les
mains. On verse alors de l’eau bouillante dans le
vase, mais lentement et en remuant continuellement
avec une cuillère en bois, puis on laisse refroidir la
pâte. On la passe ensuite dans une toile à grosses
mailles que l’on tord entre les mains, comme pour
la colle de farine ordinaire. Si l’on a opéré avec de
l’amidon de bonne qualité, on obtient une excellente
colle, que l’on réserve pour les travaux soignés.
Colle de gomme. -- Cette colle s’emploie à froid,
principalement pour le montage des planches et
pour les travaux qui doivent sécher rapidement.
Nous l’avons employée avec succès pour des mon-
tages sur onglets et pour des agencements d’albums,
qui ont pu être cousus immédiatement.
Pour la préparer, on prend une certaine quantité
de gomme arabique parfaitement blanche, que l’on
place dans un vase en grès ; on y verse de l’eau fraî-
che, dans la proportion du double en volume de la
gomme à traiter, et on laisse macérer pendant un
jour ou deux, en remuant de temps en temps, jus-
qu’à ce que la gomme soit complètement dissoute.
On la passe ensuite à travers un linge à larges
mailles ou un tamis, et on la conserve jusqu’à, ce
qu’on s’en serve.
Cette colle se conserve fort longtemps lorsqu’on
la tient au frais ; elle s’épaissit à la chaleur par l’éva-
poration de l’eau qu’elle contient. Au moment de
l’employer, ou y ajoute l’eau nécessaire, suivant le
genre de travail que l’on veut exécuter.


ATELIER ET OUTILLAGE DU RELIEUR. 97

[modifier] CHAPITRE II. Atelier et outillage du relieur.

[modifier] § 1. -- ATELIER

Avant de parler de l’outillage, disons quelques mots
de l’atelier. Il doit être absolument à l’abri de l’hu-
midité et orienté de telle sorte que la lumière y pénè-
tre en abondance. Il faut, en outre, qu’il ait des
dimensions assez grandes pour que les différentes
opérations puissent s’y faire sans gène, et que les
pièces encombrantes de l’outillage soient toujours
d’un facile accès.
Outre un fourneau pour la préparation des colles,
colle forte et colle de pâte, l’atelier doit contenir une
ou plusieurs armoires, vitrées ou non, pour rece-
voir, les unes les ouvrages en feuilles et les ouvrages
brochés, les autres les ouvrages terminés et prêts à
être livrés aux clients. D’autres armoires sont desti-
nées à renfermer les peaux, les papiers et les autres
matières dont le relieur peut avoir besoin. Des ta-
blettes, fixées solidement contre la muraille, servent
au même usage pour celles de ces matières qui ne
craignent pas la poussière. Enfin, une ou plusieurs
tables très-solides et de dimensions variables com-
plètent le mobilier.

[modifier] § 2. -- OUTILLAGE

Le relieur ordinaire, surtout celui des petites villes,
fait tout à la fois la reliure proprement dite, la mar-
brure des tranches et la dorure. Nous supposerons
ici qu’il ne s’occupe que de la reliure. En consé-
Relieur. 6


98 ATELIER ET OUTILLAGE DU RELIEUR.

fluence, nous ne parlerons que de l’outillage qui
lui est exclusivement propre, et nous ne nous occu-
perons de celui du marbreur et du doreur qu’aux
chapitres consacrés à ces deux professions.
L’outillage du relieur se compose des objets sui-
vants :
[modifier] 1° Pierre à battre.
C’est un bloc de pierre ou de marbre qui a 85 centi-
mètres de haut sur 40 à 50 centimètres en carré. La
pierre de liais@ est préférable parce qu’elle a le grain
très-fin et lisse moins le papier. Il est indispensable
que la surface sur laquelle on bat soit unie et parfai-
tement horizontale.
Pour donner une plus grande solidité à la pierre à
battre, on l’enfonce dans la terre de 40 à 50 centime-
tres. Elle a donc en tout 1m 25 à 1m 85 de hauteur.
[modifier] 2° Marteau à battre.
Le MARTEAU A BATTRE, ou marteau du relieur, est
l’accessoire obligé de la pierre dont il vient d’être
question. C’est une masse de fer A (fig. 13), dont la
tête B est large et carrée de 11 centimètres environ
de côté. Cette partie se nomme platine ; c’est celle
par laquelle on bat ordinairement les volumes. Les
vives arêtes de ce carré sont arrondies, afin que les
batteurs ne soient pas exposés à couper les feuilles,
dans le cas ou le marteau viendrait à vaciller dans
leurs mains. En outre, la surface de la tête est un
peu convexe afin que les ouvriers puissent travailler
plus aisément ; les relieurs donnent à cette convexité
le nom de panse ; elle est nécessaire, pour que, dans
le travail, il porte moins fort sur les bords que vers
le milieu. Ce n’est que dans le cas ou l’on bat des
volumes dont le format est très-petit, comme des


ATELIER ET OUTILIAGE DU RELIEUR. 99
in-32 et au-dessous, qu’on peut renverser le marteau
et s’en servir, par la partie A, pour les battre ; mais
il faut que la surface de cette partie soit disposée de
la même manière que l’autre côté. Il vaudrait mieux
avoir des marteaux plus petits disposés pour cela ;
car la règle est de ne se servir jamais du marteau
ainsi retourné, parce qu’il écrase trop le volume, dont
on ne peut pas facilement unir la battée.
Le marteau est percé du côté d’une de ses faces d’un
trou de 1 centimètre de large parallèle à sa surface,
pour y fixer le manche, et a une hauteur telle que les
jointures des doigts de l’ouvrier soient suffisamment
éloignés du livre pour qu’elles ne puissent pas y tou-
cher ; sans cela, il serait exposé à se blesser conti-
nuellement. Le manche C est court et gros, afin qu’on
puisse le tenir solidement dans la main : il a 19 à 22
centimètres de long, et 3 à 3 centimètres 1/4 de dia-
mètre près de la tête, et un peu plus vers l’autre
extrémité. Le marteau pèse, avec son manche, 4 kil. 50
à 5 kil. 50 environ.
[modifier] 3° Cousoir.
On appelle cousoir le métier qui sert à coudre les
feuilles ou cahiers d’un livre. Il se compose (fig. 16)
d’une table ou planche a, formée ordinairement d’un
dessus très-simple, de 2 centimètres d’épaisseur, d’en-
viron 1 mètre de long sur 1m.65 de large. Cette planche
est posée fixement sur quatre pieds b, b, etc., carrés,
arrêtés en bas par deux traverses dans lesquelles
une barre est assemblée à tenons et mortaises. A 5
centimètres environ à l’extrémité d’un des grands
côtés, et à l4 ou 15 centimètres des petits, on a pra-
tiqué une entaille f, f, de 70 centimètres de long, sur


100 ATELIER ET OUTILLAGE DU RELIEUR.

4 centimètres 1/2 de large, pour recevoir les ficelles
g, g, g, g, qui doivent former les nerfs.
Le dessus de la table déborde le haut des pieds à
peu près de 10 centimètres. A 5 centimètres environ
des bords de cette table sont placées deux vis en bois
hi, hi, posées verticalement, leurs pas ou filets en
haut ; ces vis ont 65 centimètres de long, dont 44 cen-
timètres de pas de vis ; les 21 centimètres restants du
bout qui touche la table n’ont point de pas de vis ;
ils sont taillés à huit pans, et forment ce qu’on ap-
pelle le manche ll ou la poignée de ces vis ; le bout
se termine par un pivot cylindrique, qui entre dans
un trou pratique dans la table sans y être arrêté. Ces
pivots entrent librement dans leurs trous, et les vis
ne sont arrêtées fixement que lorsqu’on tend les ficel-
les qui forment les nerfs.
Une traverse mm, maintient les vis dans une
situation verticale ; et ses deux extrémités sont per-
cées chacune d’un trou taraudé du même pas que le
filet de la vis et qui sert d’écrou. On fait monter et
descendre cette traverse selon qu’on tourne d’un côté
ou de l’autre les deux vis à la fois, en les prenant par
le manche l.
Vers le milieu de la traverse sont placés des bouts
de ficelle oo, noués en forme de boucle, qu’on appelle
entre-nerfs, et qui sont en nombre suffisant pour la
quantité de ficelles, ou nerfs, qu’on doit mettre au
volume ; ils ont été déterminés soit par le nombre de
coups de scie qui ont été donnés en grecquant, soit
par le relieur qui indique à la couturière le nombre
de nerfs qu’il veut avoir lorsqu’il ne grecque pas.
On attache chaque ficelle g à l’une des boucles, soit
en l’y nouant lorsqu’on met la ficelle simple, soit en
l’enveloppant lorsque la ficelle est double. Ensuite on


ATELIER ET OUTILLAGE DU RELIEUR. 101
la tend avec la main, et on la coupe à 8 centimètres
environ au-dessous de la table du cousoir, afin de
l’y arrêter et de la bien tendre au moyen d’une che-
villette. Ce petit instrument, que l’on voit en A,
à côté du cousoir, est en cuivre jaune, long de 6 cen-
timètres et de 4 millimètres environ d’épaisseur ; la
figure en montre sa forme. On y remarque vers la
tête r, un trou carré, et l’extrémité opposée se termine
par deux branches ss.
[modifier] 4° Etau à endosser.
C’est un étau véritable, en fer ou en acier, dont les
mâchoires ou mordaches ont une longueur en rap-
port avec les dimensions du volume à endosser, et
peuvent être rapprochées à volonté au moyen d’une
pédale qui ajoute son action à celle d’une vis de
serrage. La figure 40, planche II en représente une.
[modifier] 5° Endosseuses.
L’étau convient surtout pour les grands formats.
Pour les petits formats et les formats moyens, on
emploie de préférence des machines de dimensions
relativement très-restreintes, appelées ENDOSSEUSES
et dont il existe plusieurs variétés. L’une des plus
simples et des plus usitées est l’endosseuse dite amé-
ricaine (figure 30, planche II.) Le volume étant
serré à volonté par un mordage mû par l’action d’une
pédale, le dos est formé en quelques secondes par
l’oscillation circulaire d’un rouleau que l’ouvrier fait
mouvoir à l’aide d’un levier.
[modifier] 6° Presse à rogner.
Comme son nom l’indique, c’est avec elle que l’on
coupe la tranche des livres. Sa construction ne diffère
guère de celle de la presse à endosser dont nous di-

102 ATELIER ET OUTILLAGE DU RELIEUR.

rons bientôt quelques mots ; mais elle a des dimen-
sions plus grandes. Elle est représentée figures 31 à
36, planche II, ainsi que son accessoire indispensa-
ble, le fût à rogner. On en distingue deux sortes :
la presse ordinaire et la presse anglaise.
[modifier] 1. Presse à rogner usuelle.
La PRESSE A ROGNER USUELLE se compose de six
pieces :
1° Deux jumelles A B (figure 34), de 1m.17 de long,
18 centim. de large et 14 centim. d’épaisseur ;
2° Deux clés de 65 cent. de long et 3 cent. et demi
en carré ;
3° Deux vis E F (figure 34), dont la longueur
totale est de 76 centim. Pour avoir une force, suffi-
sante, ces vis doivent avoir 7 centim. de diamètre,
et leurs pas être serrés autant que peut le permettre
la résistance du bois.
La tête de ces vis est plus grosse que leur corps,
afin de bien appuyer contre la jumelle et d’exercer la
pression désirable. Cette tête est percée de deux trous
diamétralement opposés, dans lesquels on passe la
barre C pour faire mouvoir la vis. Elle a environ
17 centim. de long.
Les filets de chaque vis ne descendent qu’à 14 cent.
de la tête. Dans cet espace, qu’on appelle le blanc de
la vis, on a creusé au tour une rainure de 2 cen-
timètres de diamètre et 10 millimètres de profondeur,
qui reliait une cheville de ce même diamètre, sur
laquelle la vis tourne, sans que la tête sorte, pour
pousser ou attirer l’autre jumelle. La cheville dont il
vient d’être question traverse la jumelle de devant.
Cette jumelle est renforcée intérieurement par une
tringle de bois dur, de 7 millimètres d’épaisseur,


ATELIER ET OUTILLAGE DU RELIEUR. 103
dressée en chanfrein, c’est-à-dire plus épaisse vers
le bord supérieur de la jumelle avec lequel elle
affleure, que par le bas. Cette disposition est néces-
saire pour que le livre soit bien serré par le haut où
s’opère la rognure.
Un pas de vis exactement semblable est pratiqué
dans les trous de la jumelle de derrière, qui sert d’é-
crou à chaque vis. Au-dessus de cette jumelle est fixé
un liteau de bois dur qui sert à diriger le fût du cou-
teau. Ce liteau, de 18 a 20 millimètres de large et
13 millimètres d’épaisseur, est fixé parallèlement à la
ligne qui joint les deux jumelles. Il est reçu dans une
rainure pratiquée au-dessous du fût, dans laquelle
la vis est taraudée.
La presse à rogner se pose à plat sur un porte-
presse D (figure 34), pour qu’elle se trouve à la hau-
teur de l’ouvrier. Le porte-presse est une espèce de
caisse très-solide qui tout à la fois sert de support
à la presse et reçoit les rognures à mesure qu’elles
tombent.
[modifier] 2. Fût à rogner, appelé aussi rognoir.
Le FûT A ROGNER est une petite presse destinée à
glisser sur la grande, que nous venons de décrire.
Il est formé de deux jumelles, de deux clés et
d’une seule vis. Ces pièces sont assemblées comme
celles de la presse à rogner. La jumelle de devant,
contre laquelle appuie la tête de la vis, porte par-
dessous le couteau. Ce couteau, qui est en acier, et
dont le tranchant aiguisé par-dessus en fer de
lance, et plat en dessous, est reçu, en queue d’aronde,
dans une pièce de fer portée par la jumelle de devant.
On le sort plus ou moins, à volonté, et on le fixe
à l’endroit convenable, au moyen d’une vis à oreilles,


104 ATELIER ET OUTILLAGE DU RELIEUR.

taraudée dans la partie supérieure de la pièce de
fer qui le supporte.
La pièce de fer qui supporte le couteau est placée
sous la jumelle de devant ; elle est fixée à cette
jumelle par un boulon à vis à tête carrée, dont la tige
traverse la jumelle à côté du blanc de la vis, et rem-
place la cheville de bois qui empêche la vis de sortir
dans la presse à rogner : elle se loge, comme cette
dernière, dans une entaille circulaire creusée au
tour. Ce boulon se termine, en dessus du fût, par
une vis serrée par un écrou à oreilles.
Le dessous de la plaque dont nous venons de par-
ler est en queue d’aronde ; il reçoit le manche du cou-
teau, qui, ayant une même forme, y glisse librement
et sans jeu. L’extrémité du couteau est comprimée,
vers son tranchant, par une vis à oreilles, comme
nous l’avons dit, pour le fixer au point convenable.
C’est un relieur de Lyon qui a imaginé ce perfection-
nement ; de là est venu le nom de fût à la lyon-
naise, donné au fût qui présente cette disposition et,
qui est le meilleur de tous.
La fig. 31 montre le fût hors de la presse. On y re-
marque la vis a b, les deux clefs e et f, et les
deux jumelles c et d. La jumelle d est taillée en des-
sous en queue d’aronde pour s’engager dans une
tringle placée sur la presse à rogner et découpée pa-
reillement en queue d’aronde ; la jumelle c porte
par-dessous une boîte n, en fer et à coulisse, dans
laquelle passe à queue d’aronde le couteau mm, qui
est pressé au point convenable par la vis à oreille o.
Fig. 32 et 33. Les deux jumelles c d vues de face, un
peu en perspective par-dessous. Le trou g de la
jumelle d est taraudé et sert d’écrou à la vis a. Le
trou h de la jumelle c n’est pas taraudé ; il reçoit le


ATELIER ET OUTILLAGE DU RELIEUR. 105
collet de la vis, qui y tourne librement, lorsque l’ou
vrier la fait mouvoir circulairement. Les quatre trous
carrés i,i,i,i, reçoivent les clés e et f. On remarque
aussi sur cette jumelle c une coulisse en queue d’a-
ronde q et une entaille p, dans laquelle se loge la
boîte en fer n qui porte le couteau à rogner.
La fig. 35 donne une coupe sur une plus grande
échelle de la jumelle c afin de montrer l’ajustement
du couteau à la lyonnaise. On voit en n une plaque
en fer qui porte par-dessous une rainure en queue d’a-
ronde pour recevoir, pareillement à queue d’aronde,
la queue du couteau qu’on avance ou qu’on recule à
volonté et qu’on fixe à la longueur convenable par la
vis de pression o, fig. 32. La boîte n reçoit dans un
trou carré et à biseaux la tête pareillement carrée et
à biseaux du bouton à vis r qui traverse la hauteur
de la jumelle et fixe cette boîte contre le dessous de la
jumelle par un écrou à oreilles s, le tout représenté
dans la figure 36.
On peut rendre la presse à rogner plus juste (elles
ne le sont jamais trop), en fixant une plaque de lai-
ton écroui sur la surface entière de chacune des deux
jumelles, ce qui empêche que ces jumelles ne se
creusent autant qu’elles le font, à l’endroit où frotte
le fût en rognant.
[modifier] 3. Presse à rogner anglaise.
Cette presse, représentée fig. 37, pl. II, a été inven-
tée par M. James Hardie, relieur à Glascow. Une seule
vis en fer remplace les deux vis en bois de la presse
ordinaire. L’appareil consiste en un châssis carré.
Deux des jumelles ont une rainure, ou coulisse inté-
rieure, dans laquelle avance et recule une traverse
mobile, suivant l’impulsion que lui donne une vis


106 ATELIER ET OUTILLAGE DU RELIEUR.

dont l’écrou est noyé dans la traverse qui ferme le
châssis à droite de l’ouvrier. Cette vis est liée par
l’autre bout à la traverse mobile, par un collier qui
lui permet d’ailleurs de tourner librement. La presse
Hardie est plus simple que la presse ordinaire, moins
coûteuse, plus commode, mieux appropriée à un tra-
vail économique. Néanmoins, elle est peu employée
en Angleterre, et elle est presque inconnue en France.
[modifier] 7° Grande presse.
La GRANDE PRESSE du relieur est une presse à vis
qui, anciennement tout en bois, est construite
aujourd’hui, tantôt en fer seulement, tantôt en bois et
fer. En outre, le barreau, employé autrefois pour
faire tourner les vis, a été avantageusement remplacé
par d’autres mécanismes, balanciers, volants hori-
zontaux avec ou sans poignées, etc. Nos planches
représentent quelques-uns des modèles qui sont
actuellement en usage.
[modifier] 1. Presse anglaise.
Le dessin (fig. 25, planche II), fait aisément com-
prendre le jeu et la manœuvre de cette machine.
Quatre jumelles en fer fondu sont implantées dans
un plateau solide et fixe. Elles maintiennent un autre
plateau mobile. C’est entre ces deux plateaux que les
livres doivent être pressés.
La pression est exercée au moyen d’une vis de
métal, qui est mise en jeu au moyen d’une roue hori-
zontale dont les dents sont prises dans le filet d’une
vis sans fin que l’on fait tourner.
Aucune presse ne tient moins de place que celle-
ci. La pression est graduée, uniforme, sans secousse,
et convient par conséquent aux délicates opéra-


ATELIER ET OUTILLAGE DU RELIEUR. 107
tions de la reliure, bien mieux que les anciennes
presses à levier et la plupart des presses actuelles à
balancier.
[modifier] 2. Presse à percussion.
Cette presse (fig. 26, planche II) est également
tout en fer. Elle offre les mêmes avantages que la
précédente, dont elle n’est, en réalité qu’une heureuse
simplification. Comme l’indique le dessin, on la met
en mouvement en agissant sur des poignées fixées à
la partie inférieure d’un volant horizontal. A cause
de la facilité avec laquelle on peut la faire fonction-
ner et régler son action, c’est celle qu’on préfère
aujourd’hui dans un grand nombre d’ateliers.
[modifier] 3. Presse à balancier.
Cette presse (fig. 27, pl. II), qui est aussi tout en
fer, peut servir pour presser les livres, et en même
temps de presse à dorer.
On applique la pression au moyen du balancier a,
des sphères bb dont il est armé, et des poignées dont
celles-ci sont munies. La distance entre les colon-
nes en fer forgé c, c est d’environ 0m.60. Le bloc
en fer d peut être enlevé pour qu’on puisse insérer
les gros volumes, ou remplacé, quand il s’agit de do-
rer, par des boîtes contenant des objets en fer por-
tés au rouge.
Cette presse et toutes celles du même système ont
deux inconvénients assez graves. D’abord, si l’objet
qu’on veut presser est élastique, la vis est sujette à
remonter après le coup de balancier ; en second lieu,
lorsqu’on veut appliquer une nouvelle pression, il
faut d’abord que la vis desserre pour pouvoir don-
ner une nouvelle impulsion au balancier, desserrage


108 ATELIER ET OUTILLAGE DU RELIEUR.

qui peut avoir pour conséquence de déplacer les ob-
jets en presse, et d’exiger du temps pour les remettre
en place et donner une succession de coups.
En général, les presses à balancier sont plus
particulièrement propres à donner une forte pression
aux feuilles pliées, qu’on peut ainsi se dispenser de
battre.
[modifier] 4. Presse différentielle.
La PRESSE A MOUVEMENT DIFFÉRENTIEL de Hunter,
possède la double propriété d’appliquer une pression
énergique, et d’opérer avec une grande célérité.
« Dans les presses ordinaires pourvues d’une vis
simple, l’action de la vis, par suite de l’antagonisme
entre la vitesse et la force, se trouve renfermée dans
d’étroites limites, de façon qu’une presse d’une cons-
truction déterminée, ne peut être employée qu’à un
seul service. Ainsi, par exemple, s’il s’agit de presser
du papier mou et doux, pour qu’il y ait économie du
temps, il faut que le mouvement soit, au commence-
ment, étendu ou rapide, tant que le papier ne pré-
sente encore que peu de résistance, puis, à mesure
que la pression augmente, il est nécessaire que la
vitesse, c’est-à-dire la descente de la vis diminue, et
au contraire qu’on puisse augmenter la pression pour
surmonter la résistance croissante. Si donc on fait
usage d’une seule et même presse pour presser diver-
ses natures de papier, on perd un temps considéra-
ble, quand la vis est d’un pas fin, jusqu’au moment
ou la platine vient à être mise en contact avec le vo-
lume, et cette platine ne marche pas avec plus de cé-
lérité à vide que quand la presse est en charge.
« Même dans le cas ou une perte de temps est sans
conséquence, il faut, quand on veut obtenir une pres-



ATELIER ET OUTILLAGE DU RELIEUR. 109
sion très-énergique, faire le levier de presse très-long
ou, ce qui est la même chose, la marche de la vis
très-lente au moyen d’un pas fin, moyen, toutefois,
dont on ne peut user que dans certaines limites, car,
dans ce cas, le levier devient d’un grand poids, et
exige une vis forte en proportion, et d’un autre côté,
le filet doit être assez fort pour pouvoir résister aux
efforts auxquels il est soumis.
« La particularité qui distingue la presse à mouve-
ment différentiel de Hunter, consiste dans la combi-
naison de deux pas de vis différents. La vis différen-
tielle marche, en effet, dans la direction que doit avoir
la vis à grande allure, tandis que la vis à petit pas
s’avance en même temps en sens contraire. Il en ré-
sulte que pendant un tour, le mouvement de vis n’est
pas égal à la somme du pas des deux vis, mais bien
à leur différence, c’est-à-dire qu’on obtient le même
effet que celui que donnerait une vis simple, dont le
pas ne serait que la différence des pas des deux vis.
On parvient donc ainsi à obtenir cette pression qu’on
désire, en règlant convenablement le mouvement ré-
ciproque de ces vis.
« La figure 28, pl. II, est une vue en élévation de
la presse de Hunter, et la figure 29, une section par-
tielle prise par la vis et l’écrou.
« La traverse A est renflée au milieu, et constitue à
son intérieur un écrou taraudé, dans lequel joue la
vis B, qu’on manœuvre au moyen du double levier
C C. A travers cette vis B, qui est creuse et taraudée
aussi à son intérieur, passe la vis massive DD, qu’on
fait tourner avec le levier E. Pour relever la platine
F F à la hauteur voulue, on fait tourner, au moyen
du levier supérieur E, la vis intérieure, et après qu’on
a disposé dessous, l’objet qu’on veut presser, on la
Relieur. 7



110 ATELIER ET OUTILLAGE DU RELIEUR.

fait redescendre jusqu’à ce qu’elle touche cet objet.
A partir de ce point, où l’on a besoin d’une pression
plus énergique, on saisit des deux mains les leviers
C,C qu’on fait tourner, ce qui imprime à la vis D,
dans la ligne verticale, un mouvement différentiel
dans lequel, à raison du frottement sur la platine F F,
elle n’éprouve aucune rotation. Plus est grande la
différence entre les pas des deux vis, plus aussi est
puissante, dans les mêmes circonstances, la pression
produite.
« Ces sortes de presses occupent peu de place, sont
peu massives, les filets y sont peu exposés à se rom-
pre, leur manœuvre est simple et rapide, et leur ser-
vice excellent. »
[modifier] 5. Presse hydraulique.
Les relieurs dont les travaux sont très-considéra-
bles, ne trouvant pas assez de puissance à la presse
ordinaire plus ou moins améliorée, ont recours à la
PRESSE HYDRAULIQUE, la plus puissante de toutes cel-
les qui ont été inventées. Nous ne voulons pas la
décrire en détail, car un appareil de cette importance
ne pourrait être compris sur les indications sommaires
dans lesquelles nous serions forcés de nous renfer-
mer ; mais nous en donnerons au moins une idée
succincte.
Dans la presse hydraulique, la pression est exercée
au moyen d’une platine mobile entre quatre montants
en fer ; mais à l’inverse de ce qui a lieu dans les
presses ordinaires, cette platine exerce la pression
de bas en haut, et non de haut en has.
La puissance de compression vient d’une pompe
qui est placée à la droite de la presse, et qui est ali-
mentée par l’eau contenue dans un réservoir situé à



ATELIER ET OUTILLAGE DU RELIEUR. 111
proximité et ordinairement sous la pompe. L’eau
qu’elle aspire est ensuite envoyée par elle dans la
base de la presse sur laquelle elle exerce sa pression.
Ce liquide agissant avec une force proportionnelle à
la largeur de cette base, multipliée par la force avec
laquelle il est poussé, soulève avec une énergie irré-
sistible le cylindre qui supporte la platine, et par
conséquent presse fortement contre la faîtière de la
presse les papiers et les livres dont elle est chargée.
Quand la pression a été poussée aussi loin que le
permet le levier ordinaire de la pompe, on y ajoute,
si l’on veut, un levier plus long, qui alors est ma-
nœuvré par deux hommes.
La puissance de la presse hydraulique est si
considérable que, dans les ouvrages communs, on
peut épargner les trois quarts du temps nécessaire
avec la presse ordinaire. Quand on veut retirer les
livres, on ouvre un robinet placé au bas du tube de
compression, l’eau s’écoule dans la citerne, la pla-
tine s’abaisse, et les livres descendent à la portée de
l’ouvrier.
Ordinairement la même pompe sert à faire agir
deux presses placées l’une à droite, l’autre à gauche.
Mais nous devons dire que cet appareil doit être
manœuvré avec précaution. Il est assez fort pour
faire éclater en allumettes une bûche de poêle placée
à bois debout. Si l’on poussait la pression sans mé-
nagement, les feuilles finiraient par s’incorporer en-
semble de façon à ne pouvoir plus être séparées.
[modifier] 8° Ais.
On appelle AIS des planchettes de la grandeur des
volumes qu’on travaille. Il y en a donc pour tous les
formats. En outre, on en distingue plusieurs sortes,



112 ATELIER ET OUTILLAGE DU RELIEUR.

chacune spécialement appliquée à telle ou telle
opération dont on leur donne le nom. En voici l’énu-
mération :
Ais à endosser ; ils sont en chêne ou on hêtre et
de deux espèces. On appelle entre-deux, ceux qui se
placent entre les volumes ; leur épaisseur est plus
grande du côté du mors. On nomme membrures,
ceux qui se mettent aux deux extrémités du paquet,
ou pile, de livres qu’on travaille à la fois ; ils sont
trois fois plus épais que les entre-deux, et plus épais
du côté du mors. Pour que ces derniers puissent ré-
sister plus longtemps aux coups de marteau, l’on en
consolide le bord supérieur avec une garniture de
fer, ce qui les fait alors appeler ais ferrés, (figure 65,
membrure garnie d’une bande de fer a, a, fixée au
moyen de vis à bois). L’adoption des étaux à endos-
ser rend inutile l’emploi de ces ais, dont l’assorti-
ment n’est pas l’un des moindres embarras des petits
ateliers.
Ais à mettre en presse ; ce sont des planchettes
de même épaisseur partout et dont on se sert pour
mettre les volumes à la presse. Ceux qu’on emploie
pour la rognure doivent être recouverts intérieure-
ment d’une bande de papier de verre, qu’on y a collée,
pour que les volumes ne puissent glisser.
Ais à brunir ; comme leur nom l’indique, ils sont
employés dans l’opération du brunissage. Leur épais-
seur est plus grande d’un bout à l’autre, pour la tête
et la queue des volumes, et plus épais du côté du
mors pour la gouttière.
Ais à polir ; ils sont destinés à recevoir les livres
pour la polissure. Aussi doivent-ils être eux-mêmes
unis et même polis. Leur épaisseur est égale partout.
Les uns sont en poirier, les autres en carton bien la-



ATELIER ET OUTILLAGE DU RELIEUR. 113
miné, d’autres enfin en fer-blanc doublé de bois.
Ais à rabaisser ; c’est une planche de hêtre bien
unie sur laquelle on coupe le carton. On lui donne
ordinairement 66 centimètres de long, 22 à 28 cen-
timètres de largeur et 6 centimètres d’épaisseur.
[modifier] 9° Presses diverses.
Indépendamment de la grande presse, qui est la
presse proprement dite, et de la presse à rogner, le
relieur en a deux autres qui ne sont en réalité qu’un
seul et même appareil légèrement modifié. L’un est
la PRESSE A GRECQUER, l’autre la PRESSE A ENDOSSER
toutes les deux en bois et de dimensions en rapport
avec celles du volume qu’on veut y placer. Elles con-
sistent en deux pièces jumelles que l’on écarte ou
rapproche à volonté en agissant sur deux longues vis,
également en bois, placées à chacune de leurs extré-
mités. C’est dans le vide qui existe entre les jumelles
et les vis que se placent les livves à grecquer ou à en-
dosser.
[modifier] 10° Outils divers.
Parmi les autres outils, nous citerons encore :
La POINTE A RABAISSER, lame d’acier dont l’extré-
mité est aiguisée à quatre faces et en pointe, comme
un grattoir de bureau. Elle sert à couper le carton sur
l’ais dit à rabaisser. Cette lame est ordinairement
emmanchée entre deux morceaux de bois que
serrent plusieurs tours de ficelle. Souvent aussi (fig.
99, pl. IV), et cela est préférable, elle est enfermée
dans une gaine ou fourreau de tôle, d’où il est pos-
sible de n’en faire sortir que la quantité nécessaire,
et de la fixer au point convenable au moyen d’une
vis de pression à oreilles. Dans le dessin, b est le
couteau, a la gaine, et c la vis ;



114 ATELIER ET OUTILLAGE DU RELIEUR.

Le FER A POLIR, lame de fer a, (fig. 100, pl. 4) en
forme de quart d’ellipse, qui est fixée à l’extrémité d’un
manche de bois c. Le bord b est en forme de biseau,
et cette partie est très-unie et parfaitement lisse ;
Le POINÇON A ENDOSSER, petit outil composé d’un
fer en forme de langue de carpe et d’un manche en
bois ;
Le GRATTOIR, outil dont le fer est plat et dentelé ;
Le FROTTOIR, outil analogue mais dont le fer est
arrondi dans la largeur, à peu près dans la forme
du dos d’un livre ;
(Ces trois outils sont employés pour l’endossure
dite à la française ; on ne s’en sert presque plus
aujourd’hui) ;
Une ÉQUERRE A REBORDS pour faciliter la rognure à
angles droits ;
Des VASES pour préparer les couleurs et des pin-
ceaux pour les appliquer ;
Un GRILLAGE et des BROSSES pour jasper. Le gril-
lage consiste en un cadre en fer, garni de fils de lai-
ton très-rapprochés et muni d’un manche pour le te-
nir à la main ; les brosses sont des brosses ordinai-
res à longs poils ;
Une PIERRE et un COUTEAU A PARER OU PAROIR pour
amincir les peaux ; la pierre est une plaque de liais
très-fine, de 40 centimètres de long sur 27 de large et
10 d’épaisseur. Le couteau consiste en une lame d’a-
cier plate, longue de 16 à 25 centimètres et large de
6 à 8 centimètres, qui, munie d’un manche de bois
d’environ 14 centimètres de long, se termine en un
tranchant un peu arrondi ;
Plusieurs PALETTES, fers longs et étroits qui servent
à dorer les nerfs, en appuyant, sans pousser devant,
et à marquer la place des pièces de titre ;


OPÉRATIONS DU RELIEUR.                                    115
Des BRUNISSOIRS D’AGATE de plusieurs dimen-
sions ; ces instruments sont vulgairement appelés
dents de loup à cause de leur forme.
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