Merlin au berceau

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Première partie
Merlin


Fragments et ballades


I. Merlin au berceau


- Dialecte de Cornouaille -


Voici treize mois et trois semaines que dans le bois je m'endormis.

Dors donc, mon enfant ; mon enfant, dors donc ; enfant, dors.

J'avais ouï chanter un oiseau qui chantait si bien, si doucement !

Dors donc, etc.

Qui chantait si bien, si doucement, plus doucement que l'eau qui coule.

Dors donc, etc.

Tant que, sans y prendre assez garde, je le suivis l'esprit charmé.

Dors donc, etc.

Je le suivis bien loin, bien loin ; hélas ! hélas ! que j'étais jeune !

— O fille de roi, me disait-il, tu es belle comme la rosée du matin.

Le jour levant est ravi quand il te regarde; ne le sais-tu pas ?

Le soleil lui-même est ravi. Et qui donc sera ton époux ?

— Taisez-vous, taisez-vous, vilain petit oiseau ; votre petit bec est trop libre.

Pourvu que le Roi du ciel jette un regard sur moi, que m'importe le regard de l'aurore ?

Que m'importe le regard du soleil ou même de l'univers entier ?

Si vous me parlez mariage, parlez-moi du Roi du ciel.

Et pourtant il chantait de plus en plus doucement, et moi, je le suivais, la tête basse.

Tant que je tombai endormie de fatigue sous un chêne, dans un lieu écarté.

Et là je fis un rêve qui me troubla au-delà de tout.

Je rêvais que j'étais dans la maison d'un petit Duz, dans le cercle des eaux d'une fontaine.

Ses pierres étaient si transparentes ! Ses pierres étaient si brillantes ! Ses pierres étaient aussi diaphanes que le cristal !

Sur le sol, un tapis de mousse, des fleurs nouvelles semées dessus.

Comme le petit ''Duz'' n'était pas chez lui, j'étais sans frayeur et joyeuse.

Lorsque je vis venir de loin, à tire-d'aile, une tourterelle.

Et elle frappa de son bec au mur transparent de la grotte.

Et moi, simple par pitié pour elle, d'aller lui ouvrir la porte.

Et elle d'entrer et de voler en cercle autour de la maison.

Tantôt mon épaule, tantôt mon front, tantôt elle effleurait mon sein.

Trois fois elle becqueta mon oreille, et de s'en retourner gaiement sous le bois vert.

Si elle était gaie, elle; moi, je ne suis pas; maudite soit l'heure où je m'endormis !

Les larmes coulent de mes yeux d'avoir un berceau à balancer.

Que ne sont-ils dans l'abîme de glace, les Esprits noirs, tous, chair et os !

Que n'est-il faux mon rêve ! Que ne suis-je inconnue à tout le monde !

L'enfant, tout nouveau-né qu'il était, se mit à rire, en répétant :

Dors donc, etc.

— Taisez-vous, ma mère, ne pleurez pas, je ne vous causerai aucun chagrin.

— Mais c'est pour moi un grand crève-cœur d'entendre appeler mon père un Esprit noir.*

— Mon père, entre le ciel et la terre, est aussi brillant que la lune.

— Mon père aime les pauvres gens, et, quand il le peut, il les aide.

— Que Dieu préserve éternellement mon père de l'abîme de glace !

— Mais bénie soit, au contraire, l'heure où je naquis pour faire le bien.

— Où je naquis pour faire le bien de mon pays; Que Dieu le garde de chagrin !

La mère demeura stupéfaite : « Voici un prodige, s'il en fut jamais !

Dors donc, mon enfant ; mon enfant, dors donc ; enfant, dors. »
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